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La revue › n° 34

Marxisme et écologie

Tiziano Bagarolo · Quatrième Internationale, n° 34 · août-octobre 1989 · p. 27-45 · 9 758 mots

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Nous publions ci-dessous un extrait du premier chapitre de l'ouvrage de Tiziano Bagarolo Marxisme et écologie, intitulé

« Homme, nature, société dans le marxisme. Marxisme et écologie sera publié par les éditions La Brèche.

1. Dans l'essence de la pensée de Marx et de Engels, il y a une formulation du rapport homme-nature-société qui reste méthodologiquement inégalée même après un siècle et plus de développement des sciences biologiques et anthropo-sociales.

L'actualité de cette formulation doit être pleinement revendiquée par le marxisme révolutionnaire. D'une part contre toute forme de réductionisme historique et/ou idéaliste, lequel voit le moteur de l'histoire dans un rapport homme-homme

(c'est-à-dire dans la pure dialectique des idées ou dans celle d'une société désincarnée de la nature) qui n'est plus fondée par le matérialisme et dialectiquement de façon inextricable avec la nature. D'autre part, contre le réductionnisme opposé qui ramène le rapport homme-nature à d'inéluctables matrices biologiques qui dépassent la médiation historique des formes sociales. Des premières formulations de Marx dans les Manuscrits économico-philosophiques de 1844 au Capital, de l'Idéologie allemande de 1845-46, écrite en commun avec Engels, à la Dialectique de la nature, œuvre inachevée du reste, le marxisme élabore une approche qui peut être synthétisée dans la formule de « l'unité dialectique des processus naturels et des processus sociaux, historiquement déterminée ».

2. A la base de ce point de vue, il y a, avant tout, l'idée fondatrice de l'homme comme « entité naturelle », c'est-à-dire l'idée de la profonde unite homme-nature que l'histoire ne supprime pas. Ce concept est énoncé avec une grande clarté dans les Manuscrit de 1844, œuvre fondamentale dans la formation de la pensée de Marx, véritable creuset de ses conceptions qui prendront une forme achevée dans les œuvres successives. Nous y lisons: « L'homme est immédiatement être naturel. En tant qu'être naturel vivant, il est, d'une part, doté de forces naturelles, d'énergies vitales, c'est un être naturel actif ; ces forces existent en lui, sous forme de dispositions, d'aptitudes, d'impulsions. D'autre part, en tant qu'être physique, corporel, sensible, il est aussi un être passif, dépendant et limité tout comme l'animal et la plante. Cela signifie que les objets de ses impulsions existent hors de lui et indépendamment de lui; mais ils correspondent à ses besoins et sont essentiels, indispensables à l'exercice et au développement de ses énergies. » (Manuscrits, p. 130.)

Dans cette affirmation du « naturalisme » de Marx, nous retrouvons même la signification originale du naturalisme : l'homme n'est pas seulement partie passive de la nature mais aussi active. Le rapport entre l'homme et la nature n'est pas donné une fois pour toutes, il évolue, il a une histoire: « l'histoire est la vraie histoire naturelle de l'homme». Le travail, la pratique, c'est ce qui distingue l'homme des autres espèces animales ; une pratique consciente qui ne produit pas seulement selon les besoins, mais aussi « selon les critères de beauté ». Au cours de la production, l'homme travaille en rapport avec ses semblables, socialement. Et c'est l'autre homme (la société), qui aliène le travail de l'homme, pas la nature : « Le mode d'activité vitale renferme tout le caractère d'une espèce (species), son caractère générique, au lieu de l'activité libre, consciente est le caractère générique de l'homme. La vie elle-même apparaît comme simple moyen de vivre. » (Ibidem, p. 63.)

« Si le produit du travail m'est étranger, s'il m'affronte comme une puissance étrangère, à qui appartient-il alors? Si ma propriété active ne m'appartient pas, si elle est une activité étrangère, contrainte, à qui appartient-elle alors?...

« Mais, non plus que la nature, les dieux seuls n'ont jamais été les maîtres du travail. Or, quand, par son travail, l'homme soumet toujours davantage la nature et rend superflus les miracles des dieux par les miracles de son industrie, il serait bien contradictoire que, par amour de la puissance divine, il dût renoncer à la satisfaction de jouir des fruits de sa propre production. L'être étranger à qui appartient le travail et le produit du travail, qui dispose du travail et jouit du produit du travail ne peut être que l'homme lui-même. » (Ibidem, p. 65.)

Cet homme, c'est le capitaliste et la « propriété privée est donc le produit, le résultat, la nécessaire conséquence du travail exproprié, du rapport extrinsèque de l'ouvrier à la nature et à lui-même »; en même temps, « elle est le moyen avec lequel le travail est exproprié, la réalisation de cette expropriation ».

3. La suppression de la propriété privée devient, par conséquent, non seulement la condition de la réconciliation de l'homme avec l'homme mais aussi de l'homme avec la nature : « Le communisme en tant que dépassement positif de la propriété privée, donc de l'auto-aliénation humaine, et par conséquent en tant qu'appropriation réelle de l'essence humaine par l'homme et pour l'homme ; c'est le retour total de l'homme à soi en tant qu'homme social, c'est-à-dire humain, retour conscient, accompli dans toute la richesse du développement antérieur. Ce communisme est un naturalisme achevé, et comme tel un humanisme; en tant qu'humanisme achevé il est un naturalisme ; il est la vraie solution de la lutte entre l'existence et l'essence, entre l'objectification et l'affirmation de soi, entre la liberté et la nécessité, entre l'individu et l'espèce. Il est l'égnime de l'histoire résolue et il sait qu'il est cette solution. » (Ibidem, p. 19.)

Marx semble, 1c1, anticiper une sorte de « conscience de l'espece » qui a une saveur très contemporaine. Ce n'est pas l'unique thème « prophétique ». Dans un autre passage, il examine l'industrie (c'est-à-dire l'activité productive qui transforme les éléments de la nature en fonction des besoins humains) comme la forme des manifestations des forces naturelles de l'homme et comme la base de toute science. Non seulement des sciences naturelles mais aussi de la science de l'homme. Puisque l'expérience sensible « doit être la base de chaque science », et toute science part d'une expérience sensible humaine, il devra y avoir une seule science qui les comprend toutes : « L'histoire elle-même est une partie réelle de l'histoire de la nature, du devenir humain de la nature. Un jour, les sciences de la nature engloberont la science de l'homme, tout comme la science de l'homme englobera les sciences de la nature : il y aura une seule science. » (Ibidem, p. 87.)

C'est un programme qui fait son chemin, comme exigence, dans les sciences contemporaines, et qui se fonde sur la premisse de l'unité - fondamentale - de l'homme dans ses divers aspects : biologique, historico-social, culturel.

Homme, nature et histoire dans le matérialisme historique

1. Les intuitions des Manuscrits de 1844 trouvent un developpement systématique dans toutes les œuvres successives de Marx et Engels. La dialectique naturesociété est un point central de la conception matérialiste de l'histoire (le matérialisme historique). On en trouve la première formulation organique dans l'Idéologie allemande, œuvre écrite par Marx et Engels en 1845-1846 et considérée unanimement comme la première œuvre « marxiste » accomplie.

La clef des événements de l'histoire humaine doit être recherchée dans la production et la reproduction sociale de la vie des hommes, certainement pas dans les idées qui se forment sur elle. Plus précisément, c'est le développement des forces productives le vrai moteur de l'évolution humaine. La logique interne de ce developpement trouve une explication dans la dialectique entre le développement des forces productives elles-mêmes et la forme des relations sociales dans lesquelles il se fait. Avec le développement des forces productives, un développement de la division du travail se réalise, et aussi, un développement des relations entre les hommes : « Les divers stades de développement de la division du travail représentent autant de formes différentes de la propriété; autrement dit, chaque nouveau stade de la division du travail determine également les rapports des individus entre eux pour ce qui est de la matière, des instruments et des produits du travail. » (L'Idéologie allemande, p. 16.)

La plus importante de ces formes de division du travail se développe avec la séparation de la ville et de la campagne et la division entre travail manuel et travail intellectuel ; ce processus coïncide avec l'émergence des différences de classes, de la propiété individuelle et de l'Etat. L'ultime forme de propriété privée, c'est la propriété bourgeoise qui porte la contradiction entre le développement des forces productives et les formes de relation à des conséquences extrèmes : « Ces forces productives connaissent dans la propriété privée un développement qui n'est qu'unilatéral, elles deviennent pour la plupart des forces destructrices et une foule d'entre elles ne peut pas trouver la moindre utilisation sous son régime. » (Ibidem, p. 59.)

Cependant, avec le développement de la grande industrie et du marché mondial, les formes bourgeoises de proprieté créent les conditions matérielles de leur propre depassement : «Fait lié au précédent, il naît une classe qui suppporte toutes les charges de la société, sans jouir de ses avantages, qui est expulsée de la société et se trouve, de force, dans l'opposition la plus ouverte à toutes les autres classes, une classe qui forme la majorité des membres de la société et d'où surgit la conscience de la nécessité d'une révolution radicale, conscience qui est la conscience communiste... La révolution communiste, en revanche, est dirigée contre le mode d'activité antérieur, elle supprime le travail et abolit la domination de toutes les classes en abolissant les classes elles-mêmes. » (Ibidem, p. 37.)

Le communisme, défini comme le « mouvement réel qui abolie le statut des choses présentes », en of osition aux utopies des précédents auteurs socialistes et communistes, est présenté ici, comme «l'appropriation par les prolétaires » d'une « totalité des forces productives »; cela permettra « le développement des individus en individus complets » et la « transformation du travail en manifestation personnelle ». La dépendance des hommes à l'égard de leurs propres relations sociales, puissance extérieure et incontrolée, se transformera en un « controle et une domination consciente de ces forces, lesquelles produites par l'action réciproque des hommes se sont imposées à eux, jusqu'à maintenant et les ont dominées comme forces absolument étrangères ».

2. L'analyse rapidement esquissée ici est très importante; de nombreux marxistes l'ont interprétée comme si l'histoire humaine était le produit uniquement de la lutte de classe et de la pratique sociale des hommes (« historisme »), négligeant le fait que c'est seulement un aspect de la dialectique historique : « l'élaboration des hommes par des hommes », comme la définie l'Idéologie allemande, mise en rapport de façon inextricable avec « l'élaboration de la nature par des hommes ». En vérité, pour Marx et Engels, la nature « matérialiste » de leur conception de l'histoire ne réside pas seulement dans le fait que « ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence mais c'est, au contraire, leur existence sociale qui détermine leur conscience ». Plus généralement, elle ne réside pas seulement dans le fait que la « superstructure » dépend en dernière analyse de la « structure économique de la société ». Elle réside aussi dans le fait que « la production de la vie matérielle » (et aussi spirituelle) des hommes est un processus conditionné par leur être corporel et naturel : « La première présupposition de toute l'histoire humaine est naturellement l'existence d'êtres humains vivants. Le premier état de fait à constater est donc la complexion corporelles de ces individus et les rapports qu'elle crée avec le reste de la nature. Nous ne pouvons naturellement pas faire ici une étude approfondie de la constitution physique de l'homme elle-même, ni des conditions naturelles que les hommes ont trouvées toutes prêtes, conditions géologiques, orographiques, hydrographiques, climatiques et autres. Toute l'histoire doit partir de ces bases naturelles et de leur modification par l'action des hommes au cours de l'histoire. » (Ibidem, p. 15.)

En langage contemporain nous pourrions dire que la première prémisse de l'histoire, c'est l'organisation biologique de l'être humain et sa relation écologique avec le milieu dans lequel il vit. Plus loin, il y a un passage dans lequel s'impose le fait que l'instinct social humain émerge de l'évolution de la socialité animale, une idée qui correspond aux hypothèses plus récentes de l'éthologie (l'étude du comportement animal) et de l'anthropologie, et qui ne débouche pas nécessairement sur le déterminisme biologique, comme le prétend une certaine sociobiologie récente : « Ce début est aussi animal que l'est la vie sociale elle-même à ce stade ; il est une simple conscience grégaire, et l'homme se distingue ici du mouton par l'unique fait que sa conscience prend chez lui la place de l'instinct ou que son instinct est un instinct conscient. Cette conscience grégaire ou tribale se développe et se perfectionne ultérieurement en raison de l'accroissement de la productivité, de l'augmentation des besoins et de l'accroissement de la population qui est à la base de deux éléments précédents. Ainsi se développe la division du travail qui n'était primitivement pas autre chose que la division du travail dans l'acte sexuel, puis devint la division du travail qui se fait d'elle-même ou "par nature" en vertu des dispositions naturelles (vigueur corporelle, par exemple), des besoins, des hasards, etc. » (Ibidem, p. 29.)

Le premier rapport social, c'est le rapport « entre homme et femme, entre parents et enfants: c'est la famille ». C'est même initialement l'unique rapport social.

« Produire la vie, aussi bien la sienne propre par le travail d'autrui en procréant, nous apparait donc des maintenant comme un rapport double : d'une part, comme un rapport naturel, d'autre part, comme un rapport social. » (Ibidem, p. 28.)

Le développement de la société se présente par suite comme une « seconde nature » qui se superpose à la première tout en se nouant à elle. Le conflit, la contradiction entre les deux ne surgit que dans la mesure où les forces sociales séparent l'homme de l'essence de son travail, c'est-à-dire de l'échange avec la nature. Tant que les individus sont liés à leurs moyens de production (et cela advient toujours tant que les moyens de production ont surtout la forme naturelle de la terre) ils sont lies entre eux par un lien comme la famille, la tribu, le lieu où ils vivent, et « l'échange est essentiellement un échange entre les hommes et la nature ». En revanche, quand la division entre les individus et les instruments de travail se developpe (et ceci arrive au plus haut degré avec le capital) alors les individus sont « indépendants l'un de l'autre » et sont « liés par l'échange ». Cette échange est alors « principalement un échange entre les hommes ». En fait, c'est alors l'argent qui est la médiation de cette échange. Avec le développement de la grande industrie, de la concurrence, finalement, la division du travail perd le « dernier indice de son caractère naturel » et « tout les rapports naturels » sont réduits « à des rapports d'argent ».

La critique de l'économie politique : l'échange organique entre l'homme et la nature et ses formes sociales 1. Le double niveau d'analyse déterminé par le matérialisme historique est pleinement développé par Marx dans les œuvres qui constituent ce qu'il appelle la « critique de l'économie politique », c'est-à-dire l'analyse systématique de l'anatomie de la forme sociale contemporaine - le mode de production capitaliste - et de ses contradictions internes qui conduisent à son dépassement révolutionnaire.

Ce document n'a pas pour objet de présenter l'ensemble des lignes générales de cette analyse du capitalisme, en verité plutôt connue. Rappelons seulement quelques-uns de ses éléments de base - généralement négligés et oubliés (non seulement par les critiques de Marx mais aussi par de nombreux prétendus marxistes) —qui concernent les relations homme-nature-société. La thèse selon laquelle Marx aurait été un partisan enthousiaste de l'industrialisation et de la technique, le fait qu'il aurait ignoré les conséquences sur l'environnement du développement capitaliste, sont des lieux communs depuis longtemps répandus, non seulement chez les écologistes mais aussi parmi de nombreux militants de gauche. Ils diffusent l'idée que la théorie économique marxiste serait inadéquate à rendre compte de la contradiction émergente entre l'économie et l'écologie et de manière plus générale, l'économie marxiste aurait un point de vue réducteur en ce qui concerne les contradictions de notre époque, ayant concentré toute son attention sur la question de l'exploitation de la nature. L'analyse qui suit cherche à montrer que cette thèse n'est absolument pas fondée.

2. L'ensemble de l'activité productive des hommes - leur travail - dont le but est la reproduction de la vie, se développe, quels que soient les rapports sociaux, comme une appropriation et une transformation des éléments naturels avec l'aide de moyens et de forces tirés de la nature elle-même : « Le travail est de prime abord un acte qui se passe entre l'homme et la nature. L'homme y joue lui-même vis-à-vis de la nature le rôle d'une puissance naturelle. Les forces dont son corps est doué, bras et jambes, tête et mains, il les met en mouvement, afin de s'assimiler des matières en leur donnant une forme utile à sa vie. » (Le Capital, t. 1, p. 180.)

L'activité économique, en tant que productrice de valeur d'usage, est par conséquent conçue comme une « forme modifiée de l'échange organique (Stoffwechsel) entre l'homme et la nature », comme le dit Marx avec des mots empruntés significativement aux sciences naturelles de son temps. Le concept d'échange organique est extraordinairement moderne ; il équivaut à l'idée de métabolisme de la nature, fait de cycles de matière et de flux d'énergie, soustrait des relations mutuelles entre les espèces et des relations entre les espèces et les circonstances du milieu. Une idée éminemment moderne pour l'écologie.

L'accusation de n'avoir pas saisi les relations entre l'activité économique et les cycles de la nature, entre l'économie et l'écologie, revient continuellement à Marx (de Nicholas Georgescu-Roegen par exemple) qui est mis dans le même sac que la quasi-totalité des économistes bourgeois. cette accusation est complètement injustifié. Sur ce point, on peut même considérer Marx comme un précurseur.

En ce qui concerne sa forme matérielle, l'activité économique est donc un processus naturel, le prolongement et la transformation des processus de la nature elle-même, l'homme soumettant la nature à ses propres fins. Les résultats de la production sont donc le fruit, non seulement de l'activité de l'homme mais aussi de la nature : « En tant qu'il produit des valeurs d'usage, qu'il est utile, le travail, indépendamment de toute forme de société, est la condition indispensable de l'existence de l'homme, une nécessité éternelle, le médiateur de la circulation matérielle entre la nature et l'homme... L'homme ne peut point procéder autrement que la nature elle-même, c'est-à-dire il ne fait que changer la forme des matières. Bien plus, dans cette œuvre de simple transformation, il est encore constamment soutenu par des forces naturelles. Le travail n'est donc pas l'unique source des valeurs d'usage qu'il produit, de la richesse matérielle. Il en est le père, la mère, comme dit William Petty. » (Ibidem, p. 58.)

Mais le travail se distingue de la pure appropriation animale de la nature, dès les origines de l'espèce humaine, car l'homme a recours à des instruments, organes extra-corporels de l'homme. C'est une spécificité propre à l'homme : « L'emploi et la création de moyens de travail, quoiqu'ils se trouvent en germe chez quelques espèces animales, caracterisent eminemment le travail humain. Ainsi Franklin donne-t-il cette définition de l'homme: "l'homme est un animal fabricateur d'outils" . » (Ibidem, p. 182.)

3. Avec le développement de la vie sociale de l'homme, son métabolisme avec la nature devient progressivement un processus articulé «socialement» : « toute production est une appropriation de la nature par les hommes, dans et grâce à une forme déterminée de société ».

En réalité, un véritable échange organique social prend forme, selon Marx, sous-ensemble de l'échange global avec la nature. La forme historique de cet échange dans la société dépend étroitement de la forme des rapports de production. Dans les communautés primitives de chasseurs-cueilleurs, jusque dans les communautés villageoises qui forment la base du mode de production asiatique, la distribution des produits du travail commun (ou du travail individuel subordonné à la collectivite) est basée sur des normes communautaires traditionnelles. Ce sont des formes de distributions différentes de l'échange de marchandises à l'intérieur de la petite économie paysanne et entre cette économie et l'artisanat indépendant, formes qui « constituent en partie la base du mode de production féodal et apparaissent en partie, après la dissolution de ce dernier, à côté de l'entreprise capitaliste ». Des formes de distributions qui « constituent en même temps, le fondement économique de la communauté classique dans ses meilleurs moments, c'est-à-dire après que les propriétés communes orientales originelles se soient dissoutes et avant que l'esclavage se soit emparé serieusement de la production » (Ibidem, p. 27, note

La forme de l'échange des marchandises naît initialement aux marges de la communauté qui produit pour son autoconsommation, pas à l'intérieur. Elle est assortie au développement du commerce et des classes mercantiles et, en général, au développement de l'économie monétaire. Dans cette économie monétaire les valeurs d'usage prennent progressivement la forme de valeurs d'échange, c'est-à-dire de produits du travail privé et indépendant qui sont échangés les uns les autres au moyen de l'argent.

Les valeurs d'échange, l'argent, sont des richesses abstraites (pures représentations sociales de la richesse réelle, mais aussi pures dotations de pouvoir réel sur cette richesse), en opposition à la richesse matérielle et concrète représentée par les valeurs d'usage (c'est-à-dire par les objets utiles). Cette richesse abstraite produit de la richesse abstraite qui s'accroit, se multiplie, s'accumule sans autre but que sa propre accumulation : elle produit le capital. D'abord, sous la forme du capital monétaire et marchand, ensuite sous la forme révolutionnaire du capital industriel, qui s'approprie les moyens de production et soumet le travailleur « libre », c'est-à-dire le travailleur séparé de ses conditions d'existence et de travail. Ce processus voit la dissolution du mode de production féodale, la généralisation de l'économie monétaire (résultat et catalyseur d'une telle dissolution), la création du marché internationnal et par la suite mondial, la transformation en marchandises non seulement des produits mais aussi des moyens de production, y compris la terre et les ressources naturelles.

4. Avec le triomphe du mode de production capitaliste, la circulation des marchandises - et tout est désormais marchandise ou sur le point de le devenir -devient le véritable échange organique social qui marque aussi l'échange organique entre les espèces et la nature. Ce dernier est désormais continuellement bouleversé par la révolution permanente des conditions techniques du processus de travail (le travail étant reduit à un simple moyen servant au processus de valorisation du capital). Révolution qui se réalise surtout dans la grande industrie avec le developpement des machines et l'assujetissement des forces du travail social (science et technique) et des forces de la nature.

La nature, elle-même, est alors systématiquement explorée pour en découvrir de nouvelles potentialités utiles. Elle est intégrée aux processus productifs, elle est b la salis promi largement transformée pour satisfaire le profit. Elle est le ressort qui pousse et oriente la production, et non pas la satisfaction des besoins humains individuels et sociaux : « C'est l'appropriation de travail non payé et le rapport entre ce travail non payé et le travail matérialisé en général ou, pour parler en langage capitaliste, c'est le profit et le rappport entre ce profit et le capital utilisé, donc un certain niveau du taux de profit qui décident de l'extention ou de la limitation de la production, au lieu que ce soit le rapport de la production aux besoins sociaux, aux besoins d'êtres humains socialement évolués... Elle stagne, non quand la satisfaction des besoins l'impose, mais là où la production et la réalisation du profit commandent cette stagnation.» (Ibidem, t.3, p. 271.)

Les besoins humains ne comptent que dans la mesure où ils sont à même de « réaliser » la valeur d'échange des valeurs d'usage correspondantes, c'est-à-dire dans la mesure où ils sont à même de « les payer » suivant les desirs du capital qui les produit. C'est cette logique renversee - pour laquelle les besoins qui decident quoi, combien et comment produire sont les besoins d'un mécanisme social qui échappe au contrôle de ses agents et non les besoins réels des hommes - qui confère au procès de production capitaliste son mouvement caractéristique de « production pour la production ». Ce mouvement est interrompu périodiquement par des crises et le marasme, provoques par les contradictions mêmes du capitalisme : « La véritable barrière de la production capitaliste, c'est le capital lui-même. Le capital et sa mise en valeur par lui-même apparaissent comme point de départ et point final, moteur et fin de la production ; la production n'est qu'une production pour le capital et non l'inverse; les moyens de production ne sont pas de simples moyens de donner forme, en l'élargissant sans cesse, au processus de la vie au bénéfice de la société des producteurs. Les limites qui servent de cadre infranchissable à la conservation et la mise en valeur de la valeur-capital reposent sur l'expropriation et l'appauvrissement de la grande masse des producteurs; elles entrent donc sans cesse en contradiction avec les méthodes de production que le capital doit employer nécessairement pour sa propre fin, et qui tendent à promouvoir un accroissement illimite de la production, un développement inconditionné des forces productives sociales du travail, à faire de la production une fin en soi. Le moyen - développement inconditionné de la productivité sociale - entre perpétuellement en conflit avec la fin limitée: mise en valeur du capital existant. Si donc le mode de production capitaliste est un moyen historique de développer les forces productives matérielles et de créer le marché mondial correspondant, il représente en même temps une contradiction permanente entre cette tâche historique et les rapports de production qui lui correspondent. » (Ibidem, t.3, p. 263.)

Le développement capitaliste est donc pour Marx un « développement contradictoire »: il réalise de grands résultats et ouvre de grandes possibilités mais il le fait plus comme potentialité que comme réalité, et cela pour de nombreuses raisons. Parce que c'est un développement anarchique, non régit, non dirigé. Parce que ses fruits sont le privilège d'une minorité, et ses coûts sont la fatigue et la privation de la majorité. Parce que au cours du processus le capital tend à détruire les fondements même de la richesse : l'homme et la nature.

La dégradation capitaliste de l'homme

5. L'homme, en tant que travailleur, est prive d'une grande part des résultats de son activité : ses besoins sont réduits aux besoins les plus élémentaires si ce n'est aux besoins animaux. Marx écrivait déjà dans les Manuscrits de 1844 : « Même le besoin de grand air cesse d'être un besoin pour l'ouvrier: l'homme retourne à sa caverne qu'empeste désormais le souffle nauséabond et méphitique de la civilisation, et qu'il n'habite plus que d'une façon précaire, puissance étrangère qui peut chaque jour lui faire faux bond, d'où il risque d'être expulsé faute d'argent... La lumière, l'air, etc., la propriété animale la plus élémentaire cessent d'être un besoin pour l'homme. La crasse, cet encanaillement, ce pourrissement de l'homme, le cloaque (au sens littéral) de la civilisation, le relâchement complet et contre nature, la nature putride deviennent l'atmosphère où il vit. Tous ses sens sont morts, non seulement sous leur forme humaine, mais aussi non humaine, animale. » (p. 92.)

Les possibilités de développement individuel et collectif du travailleur sont inhibées, rongées du fait de sa soumission sociale ; son autonomie est transformée en dépendance par rapport au capital et par rapport à son existence matérielle, c'est-à-dire par rapport au système des machines. Sa plus-value est convertie en la base pour le développement de la richesse et du pouvoir de son antagoniste, le capitaliste. Cependant, ce dernier n'est pas seulement, même en tant qu'agent du capital, un homme unilatéral, « contraint » à cette fonction par les lois du système social qui opèrent pour lui comme « nécessité externe »: « Le capitaliste n'a aucune valeur historique, aucun droit historique à la vie, aucune raison d'être sociale qu'autant qu'il fonctionne comme capital personnifié... Le but déterminant de son activité n'est donc ni la valeur d'usage ni la jouissance, mais bien la valeur d'échange et son accroissement continu. Agent fanatique de l'accumulation, il force les hommes, sans merci ni trêve, à produire pour produire. » (Le Capital, t.1. p. 32.)

Cette inhumanité du capital (du capitaliste), déterminée par la pure considération de la valeur d'échange et par l'indifférence envers la valeur d'usage concrète. a produit et continue à produire la surexploitation du travail chaque fois que c'est possible, jusqu'aux pires dégradations physique et psychique de l'humanité du travailleur. Marx examine cette tendance dans le Capital, dans le chapitre dédié à la lutte des travailleurs anglais pour la réduction de la journée de travail ; réduction à laquelle s'oppose la bourgeoisie de toutes les manières possibles, malgrès les impressionnants témoignages des rapports officiels (œuvre de fonctionnaires du gouvernement) qui décrivent les infirmités et les déformations dont est sujette la population ouvriere anglaise des usines de la premiere moitié du xvill siecle.

La critique de l'économie politique : la dégradation capitaliste de la nature

1. «Aprés moi, le déluge ! » [en français dans le texte, NDLR] : le mot qui résume le comportement du capital par rapport à la santé et à la vie des travailleurs, peut très bien servir à synthétiser le comportement du capital envers la nature. L'attention critique de Marx ne prend pas encore la forme d'une analyse systéma- tique et globale des effets du capitalisme sur l'environnement naturel. Il y a toutefois dans son œuvre d'innombrables passages , et aussi des bouts d'analyse de certains aspects singuliers dans leur rapport général avec le nouveau mode de production. Ils montrent la sensibilité avec laquelle Marx comprend les risques qui se profilent à l'horizon. Deux thèmes reviennent souvent : l'approfondissement dans la société moderne de l'antagonisme ville-campagne et les effets de la transformation capitaliste de l'agriculture.

La concentration de grandes masses dans les villes, resultat du développement de la grande industrie, a l'effet d'altérer profondément l'échange organique entre l'homme et la nature (comme le sait bien aujourd'hui l'écologie) : «Avec la prépondérance toujours croissante de la population des villes qu'elle agglomère dans de grands centres, la production capitaliste, d'une part, accumule la force motrice historique de la société; d'autre part, elle détruit la santé physique des ouvriers urbains et la vie intellectuelle des travailleurs rustiques. » (Ibidem, p. 180.)

2. L'analyse de l'application à l'agriculture des techniques modernes capitalistes est particulièrement pénétrante et d'une grande actualité : « Dans l'agriculture moderne, de même que dans l'industrie des villes, l'accroissement de productivité et le rendement supérieur du travail s'achètent au prix de la destruction et du tarissement de la force de travail. En outre, chaque progrès de l'agriculture capitaliste est un progrès non seulement dans l'art d'exploiter le travailleur, mais encore dans l'art de dépouiller le sol ; chaque progrès dans l'art d'accroitre sa fertilité pour un temps, un progrès dans la ruine de ses sources durables de fertilité. Plus un pays, les Etats-Unis du Nord de l'Amérique, par exemple, se développe sur la base de la grande industrie, plus ce procès de destruction s'accomplit rapidement. La production capitaliste ne développe que la technique et la combinaison du procès de production sociale qu'en épuisant en même temps les deux sources d'où jaillit toute richesse : la terre et le travailleur. » (Ibidem, p. 182.) L'appauvrissement du sol soumis à une exploitation irrationnelle avec le recours à des produits chimiques est une chose très importante pour l'écologie moderne. C'est pourquoi il est nécessaire de souligner la portée anticipatrice de cette page « écologiste » du Capital. Marx (comme il le dit lui-même en marge) a déduit ses faits de l'œuvre de Liebig, de laquelle il donne se jugement: « l'explication du côté négatif de l'agriculture moderne, du point de vue des sciences naturelles, est un des mérites de Liebig.» Ces quelques pages suffiraient, en vérité, à faire place nette de tant de lieux communs contre Marx qui circulent parmi les écologistes. Malheureusement, même ceux qui se placent à gauche (comme Laura Conti et Enzo Tiezzi) donnent l'impression qu'ils connaissent l'œuvre marxiste de seconde main et/ou qu'ils ont répandus de manière acritique des jugements liquidateurs d'auteurs antimarxistes qui, en ce qui les concerne, ou ne connaissent pas Marx ou ne l'ont pas compris.

3. Ces thèmes sont ultérieurement approfondis avec l'examen de la rente. Marx traite, à ce moment, les transformations produites dans l'activité agricole, minière et forestière par l'affirmation des rapports de production capitalistes et par l'application des techniques modernes. « Le système capitaliste, observe-t-il, est un obstacle à une "agriculture rationnelle" bien qu'il en favorise le développement technique. »

Même la propriété publique de la terre ne suffit pas par elle-même. pour Marx, à garantir une agriculture rationnelle. si la production reste réglée par le mécanisme externe du marché et des prix, au lieu de l'exigence interne de garantir dans le temps les conditions de fertilité des sols. L'argument est développé dans un commentaire du point de vue de quelques agronomes de son temps: « Des chimistes agronomes tout à fait conservateurs, Jolmston par exemple, admettent qu'une exploitation agricole vraiment rationnelle se heurte partout aux barrières insurmontables de la propriété privée. Des écrivains, défenseurs professionnels du monopole de la production privée sur le globe, le reconnaissent aussi : par exemple, M. Charles Comte dans les deux volumes qu'il consacre spécialement à la défense de la propriete privee... Derant la contradiction entre propriete et agronomie rationnelle, Johnston, Comte, etc. ne voient que la nécessité d'exploiter le sol d'un paris comme un tout. Mais le fait, pour la culture des divers produits du sol, de dépendre des fluctuations des prix de marché, qui entrainent un perpétuel changement, de ces cultures, l'esprit même de la production capitaliste, axé sur le profit le plus immédiat, sont en contradiction avec l'agriculture, qui doit mener sa production en tenant compte de l'ensemble des conditions d'evistence permanentes des générations humaines qui se succèdent. Un exemple frappant de ce fait est fourni par les forêts : il arrive qu'elles soient administrées à peu près dans l'intéret général seulement lorsqu'elles ne sont pas propriété privée, mais prises en charge par l'Etat. » (Capital, Ill. p. I0. note l.) Si l'on reste dans les limites de la propriété privée, le problème est exacerbé par les intéréts antithétiques du propriétaire foncier et du fermier capitaliste. La défense de la fertilité du sol. à long terme. a besoin d'améliorations qui s'incorporent aux fonds deja existants (drainages, irrigations, ammendements...). Les coûts de ces interventions sont supportés généralement. par le fermier (locataire). mais à l'échéance du contrat de location. les résultats deviennent les bénéfices exclusifs du propriétaire foncier qui a les moyens de prétendre à une rente accrue dans les proportions de l'augmentation de la productivité de la terre. Les propriétaires fonciers « mettent ainsi dans leurs poches le résultat du développement social sans ! avoir contribué - fruges consumere nati (nés pour consommer les fruits). Cela constitue en même temps un des obstacles majeurs à une agriculture rationnelle, du fait que le fermier évite toute amélioration et toute dépense qu'il ne pense pas pouvoir récupérer intégralement avant l'échéance de la location. »

Même l'acquisition directe est confrontée à l'obstacle qu'est la rente mais sous la forme transformée du prix à payer pour l'acquisition des fonds (prix qui équivaut à la rente capitaliste au taux courant de l'intérêt). Ensuite. observe Marx, « le débours de capital monétaire pour l'acquisition d'un terrain ne constitue pas (...) un investissement de capital agricole. Il représente donc une diminution du capital dont les petits parsans peuvent disposer dans leur sphère de production. Il diminue pro tanto la quantité de leurs morens de production et restreint par conséquent la base économique de la reproduction. Il assujétit le petit paysan à l'usurier, parce que dans cette sphère | l'agriculture| le crédit dans le sens effectif du mot, en général, se présente rarement seul. »

C'est un cadre qui reste encore valide aujourd'hui. pour voir les problèmes de larges secteurs de la paysannerie, surtout des pays semi-coloniaux. Finalement. en reprenant les raisons que nous avons deja soulignées. Marx ajoute au cadre des effets des techniques industrielles dans l'agriculture et de la séparation villecampagne un élément encore plus vrai aujourd hui qu'il ne l'était alors : les effets du commerce international. Celui-ci crée une fracture irréparable dans l'échange organique « prescrit par les lois générales de la vie ». parce que le gaspillage des elements des forces productives de la terre « est exporte » bien au-dela des frontières nationales.

4. L'écologie moderne a à son actif. c'est indubitable. le fait d'avoir redécouvert l'aspect central de l'agriculture et des conditions naturelles. d'avoir soulevé les problèmes décisifs des ressources naturelles et de la défense du sol de l'érosion. du déboisement, de la désertification. Mais cette « redécouverte » a été. jusqu'à maintenant carentielle sous un autre aspect. Pour dépasser cette carence. la redécouverte de Marx par les écologistes est aussi importante que la découverte de l'écologie par les marxistes. Cette limite de l'écologie. c'est la prise en considération insuffisante des raisons sociales des problèmes écologiques. Quand les écologistes découvriront l'importance de cet aspect. il y aura sans aucun doute une résonnance entre leurs aspirations et la perspective marxiste d'une société sans propriété privée : « Du point de rue d'une organisation économique supérieure de la société, le droit de propriété de certains individus sur des parties du globe paraitra tout aussi absurde que le droit de propriété d'un individu sur son prochain. Une société entière, une nation et même toutes les sociétés contemporaines réunies ne sont pas propriétaires de la Terre. Elles n'en sont que les possesseurs, elles n'en ont que la jouissance et doivent la léguer aux générations futures après l'avoir améliorée en boni patres familias. » (Ibidem. p. 159.)

La critique de l'idéologie du progrès

1. L'analyse pénétrante des conséquences néfastes du capitalisme en agriculture, et de manière plus générale. l'attention particulière de Marx et d'Engels pour l'aspect homme-nature de la dialectique historique. ne sont pas des elements casuels et secondaires : ils découlent directement de leur vision du monde. de leur méthode d'analyse. d'une attention systématique et méthodique. D'une attention critique mais qui participe aux développements scientifiques de leur temps. L'attention se porte non seulement sur des disciplines qui ont un rapport étroit avec la société (comme ce fut le cas de l'ethnologie naissante. et pas seulement de la part de Morgan) mais aussi vers les sciences naturelles et les mathématiques. Les œuvres de Marx sont truffées de références aux découvertes biologiques. chimiques, agronomiques. Engels, durant des décennies. suit et commente les développements des sciences de son temps. réfléchissant sur les implications les plus profondes de ces nouvelles découvertes. L'Anti-Duhring et la Dialectique de la nature sont le résultat de cette réflexion, la Dialectique de la nature restant à l'état d'ébauche. Leur correspondance nous offre d'innombrables exemples de la vive attention qu'ils portaient aux aspects les plus diverses qui pouvaient éclairer les tendances profondes de la société moderne. Un seul exemple : un passage d'une lettre de Marx à Engels du 25 mars 1868 : « L'ouvrage de Fraas (1847) : le Climat et la Flore dans le temps. leur histoire commune, est très intéressant : il démontre en effet qu à lepoque historique le climat et la flore changent. Il est darwinien avant Darrin et fait naitre les espèces elles-mêmes pendant l'époque historique. Mais en même temps, il est agronome. Il prétend qu'avec la culture du sol et selon son niveau, l"humidité" si prisée des paysans se perd (ce serait la raison de la migration des régétaux du sud vers le nord) et que se forment finalement des steppes. L'effet premier de la culture serait utile, mais il finirait par etre dévastateur, par le deboiserment, etc. Cet homme est tout autant un philologue foncièrement érudit (il a écrit des livres en grec) qu'un chimiste, un agronome, etc. Le bilan est que la culture, si elle progresse naturellement, sans être dominée consciemment (en tant que citoven, il ne la pas jusque-là, naturellement), laisse derrière des déserts : la Perse, la Mésopotamie, la Grèce, etc. Et voilà de noureau, inconsciemment la tendance socialiste! »

Cette passion pour les sciences. cependant, n'alimente pas du tout (et nous en avons une preuve dans le passage ci-dessus) un comportement positiviste d'exaltation de la technique et du « progrès ». L'interprétation du marxisme comme philosophie de la technique. de l'industrie et de la domination sur la nature (encore tres diffuse. non seulement parmi les écologistes mais aussi parmi certains marxistes qui la defende) est sans aucun fondement.

2. La critique de l'idéologie positiviste ou historiciste du progrès traverse toute l'œuvre de Marx et Engels. Cette idéologie s'alimente, dans la seconde moitié du XIX' siècle. d'une lecture « bourgeoise » de l'évolution darwinienne (qui d'ailleurs n'a pas de justification dans l'œuvre de Darwin, mais plutôt dans celle de son comptemporain Wallace), qui ne manque pas de contaminer profondément la « vulgate » kautskiste du marxisme, prolongeant ainsi son influence jusqu'à aujourd'hui. Cette idéologie, fortement eurocentrique et subtilement raciste, tend à voir dans le capitalisme le meilleur des mondes possibles, dans les blancs les représentants de la race « supérieure ». dans l'Europe la civilisation la plus avancée et dans la bourgeoisie la vrai societe « naturelle ».

Marx, au contraire, des la Sainte Famille (1844) avait attaque avec des arguments percutants le progressisme bourgeois (dans sa version historique). Engels (a tort considéré comme responsable de la « vulgate » évolutionniste du marxisme qui a suivi fait) la même chose trente ans plus tard dans l'Anti-Duhring (1876-1878) : « là où Fourier apparait le plus grand, c'est dans sa conception de l'histoire de la société ». dans laquelle il dévoile le « cercle vicieux » des contradictions de la « civilisation » moderne. dans laquelle « la pauvreté surgit de l'abondance »: « Fourier, comme on le voit, manie la dialectique avec la même maitrise que son contemporain Hegel. Avec une égale dialectique, il fait ressortir que, contrairement au bavardage sur la perfectibilité indéfinie de l'homme, toute phase historique a sa branche ascendante, mais aussi sa branche descendante, et il applique aussi cette conception à l'avenir de l'humanité dans son ensemble. De mème que Kant introduit la fin à venir de la Terre dans la science de la nature, Fourier introduit dans l'étude de l'histoire la fin à venir de l'humanité. » (Ami-Duhring. p. 299-300.)

Dans l'Origine de la famille, de la propriété privée et de l'état (1884) — œuvre dans laquelle il reprend les études ethnologiques de Marx de manière systématique (inspirées surtout par Morgan) — de nouveau le vieux Engels écrit : «La civilisation a accompli des choses dont l'ancienne société gentilice n'était pas capable le moins du monde. Mais elle les a accomplies en mettant en branle les instincts et les passions les plus ignobles de lhomme... Comme le fondement de la civilisation est l'exploitation d'une classe par une autre classe, tout son développement se meut dans une contradiction permanente. Chaque progrès de la production marque en mème temps un recul dans la situation de la classe opprimée, c'est-à-dire de la grande majorité. Ce qui est pour les uns un bienfait et nécessairement un mal pour les autres, chaque liberation nourelle de lune des classes est une oppression nourelle pour une autre classe. L introduction du machinisme, dont les effets sont universellement connus aujourd'hui, en fournit la preuve la plus frappante. » (p. 352-353.)

Et il conclut. sans autre commentaire de l'augure de Morgan. que la societe future sera « une résurrection, sous une forme plus elerée de la liberté. de legalité et de la fraternité des anciennes gentes » (Morgan. Ancient Sociel!). Tout ceci n'a rien à voir. évidemment, avec les propositions des tendances utopico-reactionnaires de ramener le statut de l'humanité à un stade antérieur. de faire revenir la roue de l'histoire. à un niveau antérieur à la domination de classe. Pour Marx et Engels. il s'agit de sortir de l'histoire « de chaque sociéte avant existé jusqu'à maintenant ». de l'histoire des luttes (et de l'oppression) de classe. éventuellement pour renouer l'évolution future à la préhistoire préclassiste et communautaire. De cette manière. Marx établissait le lien entre la critique réactionnaire et la critique socialiste du progrès dans sa lettre à Engels deja cité plus haut : « La première réaction, contre la Révolution française et la pensée des Lumières qui lui est liée, a été. naturellement. de tout voir sous laspect medieral et romantique... La seconde reaction — et elle correspond à la tendance socialiste - consiste à remonter. par-dela le Moren Age aux origines de chaque peuple. » Les voila alors bien surpris de retrouver. dans ce qu'il ya de plus ancien. les choses les plus neuves. et même des « Egalitarians to a degree » (les égalitaires jusqu'à un certain dégrel. ce qui ferait fremir Proudhon de peur.

3. Cette critique radicale trouve ici et la - il est vrai - certaines limites qui sont cependant imputables, plus qu'à un « industrialisme » enthousiaste. a un comportement hégélien qui valorise la supérieure « ruse de la raison » ou à l'influence de l'eurocentrisme (qui fait partie de la culture de leur epoque) sur Marx et Engels (influence très limitée du reste). Cette approche discutable peut être remarquee dans les écrits de Marx sur l'Inde et sur la colonisation britannique. publies dans le New York Dails Tribune de 1853 : « Est-ce que l'humanité peut réaliser son destin sans une révolution fondamentale dans les rapports sociaux en Asie ? Si ce n'était pas le cas, quels que soient les crimes commis par lAngleterre. elle a ete l'instrument inconscient de l histoire en provoquant celte révolution... La societe de | Inde na pas d'histoire ou, tout au moins, n'a pas d'histoire connue. L'Angleterre doit accomplir en Inde une double mission: l'une destructrice, l'autre régénératrice: anéantir l'ancienne société asiatique et créer les fondements materiels de la societé occidentale en Asie.

Ces concepts ont certes facilité, directement ou indirectement, la defense des positions agnostiques ou favorables au colonialisme impérialiste et aux formes de racisme au sein de la Deuxième internationale et du mouvement ouvrier. Fournissant aussi quelques « points d'appuis » aux conceptions « étapistes » de la révolution dans les pays arrières, conceptions qui inévitablement conduisent au dénaturement et au rejet de la révolution elle-même (c'est le parcours de la socialdémocratie, du menchevisme. de la théorie stalinienne de la révolution par étape). Ce sont évidemment des éléments de ce type - par ailleurs contradictoires dans le contexte général - qui sont replacés par le marxisme dans un processus cohérent de révision et de continuité.

4. On peut lire, à la lumière de la critique de l'idéologie du « progrès » les mêmes pages dans le Capital et Grundrisse qui parlent d'une « fonction civilisatrice du capital »: si elles ne sont pas détachées de leur contexte elles disent tout le contraire de l'exaltation de l'industrialisation à outrance : « C'est un des aspects cirilisateurs du capital que la manière dont il extorque ce surtravail et les conditions dans lesquelles il le fait sont plus favorables au développement des forces productives, des rapports sociaux et à la création des éléments d'une structure nouvelle et supérieure, que ne l'étaient les sistèmes antérieurs de lesclavage, du servage, etc. Cela permet, d'une part, d'atteindre une étape, où disparaissent la contrainte et la monopolisation, par une fraction de la société au détriment de l'autre, du progrès social (t' compris ses avantages matériels et intellectuels). D'autre part, le surtravail crée les moyens matériels et le germe d'une situation qui, dans une forme plus élesée de la société, permettrait d'établir une corrélation entre ce travail et le temps consacré au travail matériel qui serait plus restreint. » (Le Capital, III. p. 198.)

Le développement n'est jamais justifie comme une fin en soi mais toujours et seulement comme prémisse matérielle et sociale de la libération des hommes. Et il n'est jamais conçu sous le pur aspect quantitatif ou matériel mais, toutes les fois. avant tout comme un développement humain des facultés, des relations. de la richesse des manifestations de l'individu. Ce développement des individus, d'autre part. constitue la vrai base de la richesse qui devra prendre la place de la base actuelle. l'appropriation capitaliste du surtravail d'autrui.

Un concept écologique de « domination de la nature »

1. Le concept de « domination de la nature » qui parfois revient chez Marx et Engels, ne renvoie pas à l'idée d'exploitation. de manipulation, de dégradation. La position marxiste est naturellement une position anthropocentrique. qui voit dans le développement de l'utilité de la nature pour l'homme un fait positif. On n'imagine pas. d'autre part. comment cela pourait être autrement. Nous sommes tous préoccupés par l'effet serre ou le trou dans la couche d'ozone parce qu'ils mettent en péril la vie des hommes. et non pas. évidemment, parce qu'une composition chimique différente de l'atmosphère ou la disparition de l'espèce humaine de la planete auraient une quelconque signification pour l'univers. pour la « nature ». Elle poursuivrait son évolution, dans tout les cas. méme sans l'espèce humaine.

Cette domination de la nature (mais pour éviter toute équivoque. il serait mieux dorénavant d'utiliser l'expression de « contrôle de notre rapport a la nature ") se fonde pour le marxisme sur la compréhension de l'unité entre la nature et l'homme lui-même. C'est cela le «fil vert ». pour dire ainsi, qui unit les manuscrits économico-philosophiques de 1844 de Marx et Engels à la Dialectique de la nature. dans laquelle nous trouvons des éléments d'une surprenante modernité qui anticipent le point de vue de l'écologie moderne : « Rien dans la nature n'arrive isolément. Chaque phénomène réagit sur l'autre et inversement, et c'est la plupart du temps parce quils oublient ce mouvement et cette action reciproque unirersels que nos savants sont empeches dl roir clair dans les choses les plus simples... L'animal utilise seulement la nature extérieure et proroque en elle des modifications par sa seule présence : par les changements qu'il t' apporte, Thomme lamène à servir à ses fins, il la domine. Et c'est en cela que consiste la dernière différence essentielle entre l'homme et le reste des animaux, et cette différence, c'est encore une fois au travail que l'homme la doit. Cependant ne nous flattons pas trop de nos victoires sur la nature. Elle se venge sur nous de chacune d'elles. Chaque victoire a certes en premier lieu les consequences que nous avons escomptées, mais, en denvième et en troisième lieu, elle a des effets tout differents, imprévus, qui ne détruisent que trop souvent ces premières consequences... Et ainsi les faits nous rappellent à chaque pas que nous ne régnons nullement sur la nature comme un conquérant règne sur un peuple étranger, comme quelqu'un qui serait en dehors de la nature, mais que nous lui appartenons avec notre chair, notre sang, notre cerveau, que nous sommes dans son sein et que toute notre domination sur elle reside dans / avantage que nous avons sur l'ensemble des autres créatures de connaitre ses lois et de pouroir nous en servir judicieusement. » (Dialectique de la nature. p. 179-181.)

Le dernier passage donne une définition importante de l'anthropocentrisme marxiste : rien à voir avec la vision de l'homme « sommet » et « patron » de la « création ». interprétation du mythe biblique de l'idéologie propriétaire bourgeoise. Il s'agit plutot de la pleine adhesion au point de vue materialiste. introduit par la révolution darwinienne et. aujourd'hui. pleinement valorisé par l'ecologie. Ce mythe fait de l'homme une espece vivante parmi les autres especes vivantes. dont la vie est intimement liée à toutes les autres formes viables. Le respect de la nature et des autres formes vivantes est un respect de l'homme lui-même et des conditions qui en préservent la vie. sans indulgence à l'égard d'un quelconque romantisme bucolique ou pour le mysticisme de l « harmonie de la nature etablie à l'avance », qui n'ont aucun fondement scientifique.

2. Mais Engels, à la différence de nombreux écologistes contemporains, ne se contente pas de remarques : il cherche à connaitre la « matrice sociale » de la dégradation de l'environnement. Puisque les problèmes de l'environnemnt ont des racines sociales. la connaissance scientifique n'est pas suffisante pour les résoudre : il est nécessaire de renverser les rapports de productions existants.

La racine des problemes du milieu se trouvant donc dans les rapports sociaux. il ne suffira pas de se fier aux progres de la connaissance scientifique pour les resoudre : l'elaboration de Marx et Engels est donc traversée constamment par l'idée de la nature contradictoire du capitalisme dont le développement est en même temps le développement de ses aspects contradictoires : le développement des forces productives tend non seulement a se transformer en « gaspillage » et paralysie de ces mêmes forces productives mais il devient de manière croissante un développement des forces destructives de l'homme et de la nature. D'où la nécessité immédiate de la pratique révolutionnaire consciente pour éviter la catastrophe toujours menaçante. et non pas le renvoi de la révolution à la vue des catastrophes futures (et pas plus une attente d'une automatique. évolutive. pacifique résolution des contradictions dans des temps infinis qu'une quelconque voie reformiste sans reformes).

La méthode dialectique

Get le rôle de la pratique consciente 1. La profondeur d'analyse du marxisme - qui trouve confirmation dans l'intuition systematique des aspects du développement capitaliste qui étaient. au siecle dernier. loin d'arriver à leur maturite ou à peine en germe. et qui n'a pas de parallèles dans l'œuvre d'autres spécialistes de son temps - témoigne au fond de la fécondité de sa méthode scientifique : la méthode dialectique. Elle consiste essentiellement à examiner la société non pas comme un fait invariable et historique ou comme un ensemble casuel de faits sans rapport réciproque (comme c'est typique de nombreuses sciences sociales bourgeoises). mais comme une "totalite organique en devenir ». c'est-à-dire comme une unité articulée de multiples éléments lies entre eux. chacun ayant une origine. un devenir. une transformation. Une unité articulée d'éléments en relation avec tout le reste suivant des lois. relation qui revient à privilégier l'étude scientifique.

C'est la signification des lois engelsiennes de la dialectique (tirée de Hegel) : «la conversion de la quantité en qualité et vice et versa ». « l'interpénétration des opposés ". « la négation de la négation ». Elles sont interprétées comme ce qui arrive au cours du developpement des processus historiques. mais seule l'étude empirique peut decider comment et quand effectivement ces changements ont lieu. Ce renvoi à l'étude empirique (sans par ailleurs rien concéder à la croyance positiviste ingénue dans le « fait ». qui. au dehors de la théorie qui l'explique. est privé même de sens) constitue la nature matérialiste de la méthode marxiste. en opposition à l'emploi idealiste de la dialectique de Hegel. emploi qui avait fait de la dialectique hegelienne une sorte de schema a priori pour expliquer l automouvement de l'idée. entendue par Hegel comme le vrai moteur du devenir du monde. Les éléments particuliers qui constituent la société (classes, forces productives. rapports sociaux. culture. forces politiques...) et qui restent à tout moment liés entre eux et avec le milieu naturel par certaines relations structurelles. dans le cours du devenir et sous le ressort des antagonismes el des inter-relations qui se développent entre eux. changent de nature. de qualite. d'importance dans l'enseignement global du processus historique lui-même (on pense à l'ascension et au déclin des classes. des formes politiques. des formes culturelles. des branches productives particulières au cours de l'histoire). Avec ceci. la structure de l'unite en devenir (la sociéte dans tous ses aspects) change elle-mème.

Permettre la compréhension des changements qualitatits qui echappent. au contraire. aux méthodes purement quantitatives de l'étude réelle est une caracteristique particulière de la méthode dialectique. C"est un problème qui apparait toujours plus clairement. même dans les sciences contemporaines. problème venu au premier plan avec le développement de l'écologie et de la crise de l'environnement.

2. La compréhension du vivant et de sa logique de développement inclut la compréhension de la possibilite du changement et de la nature de ce dernier. Il s'agit. par consequent. d'une position qui n'a rien de déterministe : le futur n'est pas deja entièrement écrit dans le présent et celui-ci dans le passe. Si c'était ainsi. cela représenterait la négation de toute histoire humaine. en tant qu'elle serait ramenée à un mécanisme aveugle. qui developpe son mouvement predeterminé des l'origine. une fois pour toute. Et l'action humaine serait ni plus ni moins qu'un rouage inconscient de ce mecanisme. En revanche la dialectique materialiste met en lumiere que. à chaque moment historique donne. subsistent des conditions objectives determinees qui delimitent un certain nombre de possibilites historiques de l'évolution. Dans ce spectre de possibilites. T'action consciente et inconsciente des hommes peut déterminer une issue ou une autre. Et évidemment. l'issue effective change les conditions de toute l'histoire successive (mais le fait q'un debouche soit vérifie plutót qu'un autre. ne signifie pas du tout. que c'était la seule issue possible dans les conditions données). Le point crucial. c'est que les hommes operent inévitablement sous certaines conditions historiques. et celles-ci leurs imposent des limites: mais d'autre part l'action des hommes transforme ces circonstances. et surtout. ils peuvent se proposer de maniere consciente pour les transformer. De cette façon leur action devient determinante dans le fait que le processus historique s'engage dans une voie plutot qu'une autre.

L'action consciente dans et sur l'histoire est définie par Mar (depuis les Thèses sur Feuerbach de 1845) avec le terme de pratique revolutionnaire. L'analyse historique et politique concrète peut clarifier quelles sont les possibilites. à chaque moment donné. de la pratique révolutionnaire. Cette conception marque le marxisme : c'est non seulement une philosophie qui cherche a comprendre le monde. mais aussi une méthode scientifique qui s'emploiera à le transformer dans la pratique: non sur la base d'un quelconque idéal à réaliser. mais sur la base de transformations dont la possibilite s'inserit dans les tendances objectives du devenir historique. Tout ceci ne garantit pas la certitude du succès inevitable de la lutte pour une forme superieure de relations sociales. Cela donne aujourd'hui. en revanche. la certitude que. sans l'action consciente pour cet objectif. le capitalisme decrétera la condamnation à mort de la civilisation. poussera l'humanite dans une barbarie sans précédent. L'alternative entre socialisme et barbarie est. aujourd'hui plus que jamais. un veritable croisement historique.

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