Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › 3e série n° 3

Notes de lecture

Quatrième Internationale, 3e série n° 3 · janvier-février-mars 1981 · p. 119-122 · 1 506 mots

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Léon Trotsky : Avec la publication du huitième volume, la série des OEuvres 1933-1940 est arrivée à 1936, année cruciale. Faut-il rappeler que 1936 est l'année du procès de Moscou contre les seize — dont Zinoviev et Kamenev —, de la crise révolutionnaire de juin en France et du commencement de la révolution en Espagne ?

Le volume n'embrasse que les deux premiers mois. Néanmoins, il a un intérêt certain, d'autant plus que c'est le premier qui sort après l'ouverture des archives de Harvard qui ont donc pu être utilisées. La préface, signée par l'Institut Léon Trotsky, souligne à juste titre l'importance que cet événement aura pour la publication ultérieure des OEuvres.

Parmi les écrits qui sont publiés dans le tome 8, signalons tout d'abord, ceux qui concernent le problème de la nature sociale de l'Union soviétique. Trotsky était désormais arrivé aux conclusions

OEuvres, tome 8 qu'il exprimera dans la même année 1936 dans l'une de ses œuvres capitales, La Révolution trahie. C'est justement dans le texte qui ouvre ce volume - une lettre du ler janvier, adressée à Eric Löffler — qu'il utilise pour la première fois la formule « révolution politique ». Il n'est pas nécessaire de rappeler ici l'importance capitale qu'aura pour la pensée de Trotsky l'introduction de cette catégorie nouvelle.

Une série de textes sont consacrés à la répression en Union soviétique dont les partisans de l'Opposition de Gauche étaient les premières victimes. En se fondant sur des publications officielles, Trotsky démontre qu'en 1935 l'Opposition de Gauche avait encore une audience très large. L'une de ses préoccupations principales est d'organiser des campagnes de solidarité avec les camarades d'Union soviétique - trotskystes ou appartenant à d'autres courants —, dans le but de démystifier le stalinisme aux yeux de l'opinion ouvrière mondiale.

De même que dans les autres volumes, une partie importante des textes concerne, finalement, les vicissitudes du mouvement trotskyste luttant pour la construction de la IVe Internationale. Trotsky prête attention notamment aux débats entre la section française et le groupe de La Commune et aux luttes de tendances dans l'organisation américaine à propos de l'entrée dans le Parti socialiste (Trotsky était favorable à une telle Les publications sur l'histoire du PCI ont été très nombreuses en Italie, notamment au cours de la dernière décennie. Le livre de Ferdinando Ormea, œuvre posthume parue il y a deux ans, représente une nouvelle contribution importante.

La partie générale sur le stalinisme reprend des analyses et des idées connues, utilisant largement la littérature déjà existante en la matière. Son intérêt réside dans le fait qu'Ormea apporte des arguments sérieux pour détruire le mythe, alimenté par les intéressés, selon lequel le PCI n'aurait jamais été vraiment stalinien.

La partie la plus détaillée - l'histoire du « tournant » des années trente, à savoir des méfaits de la « troisième période » - expose sur la base des sources les plus diverses ce qui s'est passé au niveau de la direction du PCI elle-même lorsque Togliatti a voulu imposer la nouvelle ligne stalinienne. Il est bien connu que trois membres du Bureau politique — Tresso, Leonetti et opération qu'il appuyait en engageant tout son prestige). Un article important est consacré à la situation du mouvement en Espagne : c'est une dénonciation très nette du POUM qui venait d'adhérer à «un bloc électoral sur la base d'un programme commun qui ne se distingue en rien du programme du 'Front populaire' français ni de tous les autres programmes charlatanesques du même genre » (p. 133).

L.M. Ravazolli — s'y s'ont opposés, rejoignant par la suite l'Opposition de Gauche internationale. L'étude faite par Ormea sur ce point est la plus complète qui existe jusqu'ici, du moins à notre connaissance.

Il est significatif qu'Ormea - un catholique qui ne cachait pas ses sympathies pour le PCI - en arrive à des conclusions qui ne sont certainement pas pour plaire aux dirigeants du parti. Il indique assez clairement, par exemple, que la pensée de Gramsci ne peut pas être considérée comme une prémisse logique des conceptions actuelles de l'eurocommunisme. Il souligne, par exemple, que Gramsci n'avait jamais renoncé au concept de dictature du prolétariat. En même temps, il souligne que la démarche de Gramsci face aux problèmes posés par la « troisième période » était analogue à celle de Trotsky (bien que Gramsci, en prison, ne pouvait pas connaître les écrits de celui-ci). « Il est évident — écrit Ormea - qu'ils

Francesco Ormea : Le origini dello stalinismo nel PCI

Francesco Ormea : Le origini dello stalinismo nel PCI pouvaient arriver aux mêmes solutions ei aux mêmes propositions en partant d'un point de vue identique : celui du communisme mondial, à savoir, en dernière analyse, celui de la 'révolution permanente'.»

Et notons, pour finir, qu'Ormea s'efforce de déterminer avec précision le La maison d'édition Julius, qui avait déjà publié les mémoires de notre vieux camarade Oscar Hippe, vient de publier une anthologie des écrits de Georg Jungclass, le principal dirigeant de la section allemande de la IVe Internationale après la Deuxième Guerre mondiale, membre du Comité exécutif international de notre Internationale pendant de longues années. De cette anthologie, préfacée par la maison d'édition et avec une postface d'Ernest Mandel, se dégagent les traits principaux du caractère de Schorsch, comme l'appelaient affectueusement ses amis et camarades les plus proches : la fidélité et le dévouement inébranlables à la classe ouvrière, au mouvement ouvrier et à ses grands principes historiques ; l'internationalisme sans faille ; l'acharnement à assurer la permanence de l'organisation révolutionnaire sans solution de continuité.

Parce que nous ne pouvons pas tout citer, nous nous limiterons à souligner l'importance de quelques textes contenus dans cette anthologie : un texte remarquable sur le caractère de la révolution allemande de 1918 ; son discours, à la commémoration des marins Reichpietsch et Köbis, fusillés comme « mutins »

moment exact où Togliatti opéra son propre « tournant », c'est-à-dire où il prit la décision de se rallier sans objection à Staline. C'est l'un des chapitres les plus intéressants de ce livre.

L.M. en 1917 par la justice militaire impériale, et qui, aujourd'hui presqu'oubliés, par leur agitation internationaliste courageuse, préparèrent la grande mutinerie dans la flotte allemande qui déclencha la révolution de novembre 1918 ; les textes de l'époque de l'occupation de l'Allemagne 1945-48 ; l'analyse du « tournant » que représenta pour la social-démocratie allemande l'adoption du programme de Bad Godesberg en 1959.

Ces textes expriment toutes les qualités de Georg Jungclass. Ils constituent un complément indispensable du souvenir qu'il laissera à tous ceux qui l'ont connu — et que nous transmettrons aux générations plus jeunes - comme révolutionnaire et internationaliste dans l'action : le souvenir de son action comme père de la section danoise (il était réfugié au Danemark après l'arrivée au pouvoir des nazis) et comme militant de la résistance antifasciste au Danemark ; le souvenir de son activité comme organisateur de l'aide politique et matérielle à la révolution algérienne dans les années cinquante et au début des années soixante ; le souvenir de la manière dont le plus vieux des trotskystes allemands sut se solidariser immédiatement avec les

Georg Jungclass 1902 - 1975

Eine politische Dokumentation

Georg Jungclass 1902 - 1975

Eine politische Dokumentation jeunes rebelles des SDS lors de leur expulsion de la social-démocratie, et comprit d'emblée l'importance qu'allait prendre le mouvement de radicalisation de la jeunesse dans la renaissance du mouvement ouvrier ouest-allemand.

P.G.

Fritjof Tichelman :

The Social Evolution of Indonesia

Le camarade Fritjof Tichelman vient de consacrer un ouvrage remarquable au problème du mode de production asiatique, sur lequel la discussion ne cesse plus parmi les historiens s'inspirant du marxisme. Mais en tant que marxiste révolutionnaire, il ne traite pas le sujet de manière purement académique. Il s'efforce de répondre à la question : dans quelle mesure les particularités du développement historique de l'Indonésie (et incidemment d'autres pays du sud-est asiatique) ont-elles eu une influence sur le développement contemporain des structures politiques, et notamment sur la naissance et l'essor du mouvement communiste dans cette partie du monde.

La conclusion à laquelle il arrive, c'est que l'histoire sociale de l'Indonésie est dominée par une « triade » traditionnelle : Etat fort / communauté villageoise stable et stagnante / classe marchande (précapitaliste) essentiellement d'abord musulmane, ensuite pendant un aspect plus particulier avec la pénétration du capital néerlandais.

La thèse de Tichelman, c'est que le rapport traditionnel bureaucratique d'Etat priyai / clientèle rurale a été en gros maintenu sous le régime de Sukarno et explique la facilité relative du coup d'Etat militaire d'octobre 1965. Le PC indonésien n'a jamais cherché — et, à plus forte raison, n'a jamais réussi — à organiser la masse de la paysannerie pauvre comme une force séparée active qui aurait pu briser ces rapports traditionnels. Se contentant de timides pressions sur le régime Sukarno, il lui nianquait la force de frappe pour s'opposer aux massacres d'automne 1965. Mais selon le camarade Tichelman, le développement accéléré du capitalisme depuis 1965 est en train de décomposer l'ancienne « triade » paralysante, héritée du mode de production asiatique.

P.G.

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