La première phase de l'histoire de notre mouvement s'acheva au congrès de fondation en septembre 1938. Un an plus tard, éclata la Seconde Guerre mondiale et l'Internationale nouvellement fondée fut entraînée dans la tempête. En août 1940, celui qui y avait joué jusqu'alors le rôle capital, Léon Trotsky, fut assassiné. De surcroit, le noyau de direction internationale qui avait été constitué aux Etats-Unis fut assez vite désorganisé du fait que la majorité de ses membres suivirent Schachtman dans sa rupture avec le SWP en 1940. Finalement, les sections europeennes perdirent de nombreux dirigeants et militants dans leur combat contre l'occupation nazie et sous les coups de la répression stalinienne. Tout cela explique pourquoi, au début de la phase historique de l'Internationale qui est l'objet de cet article, il fallut entreprendre un véritable travail de reconstruction en partant souvent de zéro. La continuité de notre mouvement n'avait tenu qu'à un fil '
Cette reconstruction, dont le début peut être fixé pour l'Europe à l'été 1943, au moment où le régime fasciste était renversé en Italie, exigeait d'abord une redefinition programmatique de même que lelaboration d'une hypothèse stratégique pour le mouvement ouvrier et pour notre propre intervention.
La redéfinition progammatique, d'autant plus nécessaire que des differenciations et des ruptures majeures sur ce terrain s'étaient produites depuis le congrès de 1938 et au cours de la guerre, fut achevée dans une large mesure au II° Congrès mondial d'avril 1948° L'apport essentiel de ce congrès fut un texte d'analyse de l'évolution de la société soviétique, qui réfutait, entre autres. les principales thèses qui s'opposaient aux nôtres, notamment celle du capitalisme d'Etat et celle du collectivisme bureaucratique. Il est incontestable que les débats de l'époque et les conclusions du congrès nous ont beaucoup aidés à affronter les polémiques qui ont rebondi dans le mouvement ouvrier quelques mois plus tard déja à la suite de la crise yougoslave, et surtout à comprendre à temps la crise du stalinisme et sa dynamique. Il est évident, en revanche, que nous n'avions pas encore une compréhension claire de ce qui s'était passé et ou qui allait se passer dans un avenir rapproche dans les pays d'Europe orientale. Ce sera la rupture entre le Parti communiste yougoslave et le Kominform en juin 1948 qui nous poussera à réexaminer nos positions à ce sujet. Quant à notre perspective stratégique, nous avons commencé à la préciser à partir du 25 juillet 1943, date de la chute de Mussolini, que nous avons saluée comme « le premier jour de la révolution italienne » et plus généralement européenne. Les thèses, adoptées par une conférence européenne qui se déroula sous l'occupation nazie en fevrier 1944, expliquaient entre autres : «La profondeur, la multiplicite des contradictions de l'impérialisme, l'incapacité majeure de la bourgeoisie à les surmonter véritablement, la décomposition et le pourrissement des milieux capitalistes dirigeants, d'une part. la révolte qui monte irrésistiblement dans toutes les couches de la population laborieuse, d'autre part, sont les prodromes d'une formidable crise revolutionnaire qui ébranlera le système entier de l'impérialisme mondial ?
L'Allemagne aurait dû être l'epicentre de cette crise. Par la suite, d'autres textes attirèrent l'attention sur les facteurs qui freinaient le processus révolutionnaire, notamment en Allemagne. La perspective de crise révolutionnaire fut définie dans un cadre plus général : « La situation actuelle n'est pas une situation de crise conjoncturelle. Il ne s'agit pas d'un soulèvement isolé dans un pays donné. Il s'agit de toute une période révolutionnaire à l'échelle mondiale. Le monde capitaliste n'a pas d'autre issue qu'une agonie prolongée. » (Manifeste de la conférence internationale d'avril 1946)
De cette analyse et de l'analyse de la nature et des orientations des partis ouvriers traditionnels, aussi bien sociaux-démocrates que staliniens, dont l'expérience devait confirmer la justesse, on tirait la conclusion que des crises très profondes étaient inévitables à des échéances relativement rapprochées entre ces partis et les masses radicalisées par le contexte révolutionnaire ou prérévolutionnaire, et qu'il existait donc objectivement de grandes possibilites de construire des partis revolutionnaires, inspirés par la IV° Internationale. Pour utiliser notre termino-
1943-1968: BILAN D'UN COMBAT logie d'aujourd'hui, notre hypothèse de construction était axée sur le travail indépendant. A plus forte raison, telle était notre perspective dans des régions du monde ou les partis traditionnels n'avaient pas l'influence et les traditions qu'ils avaient en Europe, en premier lieu les Etats-Unis et l'Amerique latine.
Cette approche était maintenue au Il° Congrès mondial. La résolution sur la situation mondiale et nos tâches réaffirmait : « Le monde capitaliste évolue dans son ensemble sous le signe d'un déséquilibre fondamental accru, qui restreint la base des périodes possibles d'une stabilité relative et amplifie les périodes de convulsions et de crises. La politique de la IV° Internationale dans le proche avenir doit partir de ces considérations et mettre l'accent sur la mobilisation nécessaire et possible des masses ouvrières coloniales pour la solution révolutionnaire. »
Comme l'Internationale devait l'expliquer plus tard, nous y reviendrons, nous avons incontestablement eu tendance à trop généraliser les situations révolutionnaires, à sous-estimer les possibilités de récupération des bourgeoisies européennes et le fait que la bourgeoisie des Etats-Unis avait non seulement maintenu mais considérablement accru son potentiel économique et pouvait donc contribuer d'une façon décisive à la reconstruction capitaliste du vieux continent. Par ailleurs, nous avions trop misé, notamment en ce qui concerne la France et l'Italie, sur une prise de conscience relativement rapide de la part de secteurs décisifs de la classe ouvrière du rôle effectivement joué par les partis communistes et la bureaucratie de l'URSS elle-même, qui jouissait malgré tout d'un très grand prestige grâce à la lutte héroïque du peuple soviétique contre l'impérialisme nazi. Nous avions egalement sous-estimé la difficulté pour les masses de ne pas être victimes d'illusions dans la démocratie bourgeoise, inévitables après la domination du fascisme en Europe, et de faire la distinction nécessaire entre, d'une part, le combat pour la conquête ou la reconquête des droits démocratiques et, d'autre part, les opérations de restauration capitaliste que les classes dominantes couvraient par l'idéologie mystifiante de la « libération » et du « retour à la democratie ».
Par ailleurs, le volontarisme qui doit nourrir tout combat révolutionnaire tendait à nous faire oublier que la reconstruction de nos organisations partait de noyaux trop exigus pour pouvoir exercer une force d'attraction au niveau de masses et se transformer dans des véritables partis révolutionnaires aux échéances rapprochées indiquées dans nos perspectives. Ce fut le cas de notre travail en Allemagne, pays qui fut présenté pour une période comme la clé de la situation européenne et où, en fait, la reconstruction ne commença qu'autour du II° Congrès. Ce fut aussi le cas de l'Italie, où on avait reconnu trop rapidement comme section le Parti ouvrier et paysan (POC), une organisation beaucoup plus proche des conceptions bordiguistes que du marxisme révolutionnaire et, de surcroît, n'ayant qu'une base régionale très périphérique. Ce n'est qu'après la désaffiliation du POC par le II° Congrès mondial qu'un noyau de camarades provenant surtout des Jeunesses socialistes commença a construire les Groupes communistes révolutionnaires (GCR). En Grèce, des forces trotskystes avaient existé des le debut des années trente, mais pendant l'occupation fasciste et dans les derniè- res annees de la guerre nos camarades avaient été frappés très durement par la répression aussi bien bourgeoise que stalinienne, et dans la situation qui s'était créée dans le pays, ils ne pouvaient pas s'attendre avant longtemps à un changement du rapport des forces à leur avantage. Même en France, nos forces étaient assez limitées et la section fut affaiblie davantage par des départs et par une scission qui se produisit justement à veille du II ° Congrès mondial.
Les réflexions que nous pouvons faire à postériori sur nos perspectives et nos espoirs de l'époque n'impliquent aucunement un changement de notre appréciation des perspectives et de la stratégie que défendaient les partis ouvriers traditionnels. En premier lieu, leur analyse de la situation et de sa dynamique n'était pas du tout plus correcte que la notre. Au-dela de leurs différences, sociaux-démocrates et staliniens, le plus souvent alliés dans des gouvernements d'union nationale. avaient la perspective d'un nouvel ordre international, fondé sur la collaboration des puissances qui avaient gagné la guerre, dans le cadre de nouvelles organisations internationales garantissant la paix à l'échelle de la planète et, sur le plan intérieur, la perspective d'une démocratie progressiste, dans le cadre de laquelle les différentes classes sociales auraient indéfiniment collabore. En deuxième lieu, l'essentiel tient au fait que la politique menée systématiquement par toutes ces organisations dans la phase cruciale 1943-1948 a contribue d'une façon décisive à la reconstruction ou à la réorganisation de l'appareil d'Etat bourgeois secoué par la guerre et à la relance économique sur une base capitaliste. Cette politique consista le plus souvent même à renon- cer à mener des luttes pour des revendications politiques et sociales radicales dans le cadre du systeme.
Dans les débats de l'époque, les dirigeants staliniens, obliges de répondre aux inquiétudes de secteurs importants de leur base défendaient cette orientation par deux arguments: premièrement, il y avait des troupes américaines en Europe qui écraseraient immediatement toute tentative révolutionnaire, deuxièmement, même du point de vue du rapport de forces interne, il était impossible de mettre à l'ordre du jour, en 1944-1945, la conquête du pouvoir par la classe ouvrière. Les luttes révolutionnaires victorieuses qui se sont produites dans différentes régions du monde ont suffisamment démontré par la suite à quel point il est faux d'attribuer une sorte de toute-puissance à une quelconque armée d'occupation* . Mais la question n'était pas de projeter une lutte insurrectionnelle pour le pouvoir à échéance immédiate ou très brève. Personne n'a jamais prône une telle approche et, de notre part, nous étions quand même conscients, comme nous l'avons mentionné, des obstacles qui allaient à l'encontre d'une explosion révolutionnaire rapide, par exemple, en Allemagne. La question est de savoir, si dans un contexte de crise du systeme - crise révolutionnaire, prérévolutionnaire et même crise n'ayant pas encore atteint ce palier -, les organisations ouvrières envisagent dans une optique réformiste le maintien du cadre du système et donc s'efforcent de canaliser les conflits sociaux et politiques en désamorçant le potentiel explosif et en agissant pour rétablir les équilibres brisés et stabiliser à nouveau la situation, ou, à l'inverse, si elles se mobilisent dans la perspective opposée, c'est-à-dire avec le but d'ap-
1943-1968: BILAN D'UN COMBAT profondir les contradictions, d'elargir les brèches et de stimuler une dynamique de plus en plus offensive des luttes, en avançant des revendications de transition susceptibles de faire progresser le niveau de consience des masses et de leur faire comprendre que la question du pouvoir se pose de plus en plus concretement. Les directions socialdémocrates et staliniennes ont opté pour la première alternative, les marxistes-révolutionnaires ont prôné la deuxième. Quatre décennies plus tard, nous n'avons aucune raison de faire notre autocritique à ce sujet.
Finalement, il est vrai que les directions bureaucratiques ont réussi à maintenir leur contrôle sur les masses et que, grâce à la radicalisation provoquée par la crise sociale et politique, elles ont même pu renforcer leur influence, parfois dans des proportions spectaculaires. Mais des différenciations et des conflits se sont effectivement produits en leur sein ou dans leur giron entre 1944 et 1948. Il suffit de rappeler des phénomènes différents mais qui correspondent en dernière analyse à la même logique, tels que les conflits dans la Résistance en France, en Belgique et en Italie au moment où les partisans furent obligés de s'intégrer aux forces « régulières » ou de se dissoudre, et de rendre leurs armes: tels que l'apparition de formation de partisans et de résistants en dehors du cadre politique et militaire de l'unité nationale, par exemple dans une ville comme Rome, les luttes éclatées au moment de la libération de Paris, les différentes luttes politiques et sociales qui ont lieu à plusieurs reprises dans plusieurs pays, et finalement la grande grève des ouvriers de chez Renault en avril 1947 en France et le débordement impétueux des masses, partiellement insurrectionnel en juillet 1948 en Italie à la suite de l'attentat contre le dirigeant du PCI, Palmiro Togliatti. C'est justement en gagnant des militants ou des groupes qui avaient participé à des luttes échappant au contrôle des directions bureaucratiques et qui avaient fait partie de groupes ou de tendances de gauche dans les partis traditionnels, que nous avons pu reconstruire ou commencer a construire nos sections et pu jouer un rôle reel dans des épisodes significatifs de la lutte de classes et dans des affrontements politiques au sein du mouvement ouvrier. Ajoutons que des l'éclatement du conflit entre le Kremlin et le Parti communiste yougoslave, nous sommes intervenus activement non seulement dans le débat politique et théorique que la première crise ouverte du stalinisme avait déclenché, mais aussi dans le mouvement de solidarité avec la Yougoslavie (nous y reviendrons plus loin) et dans des tentatives de recomposition du mouvement ouvrier qui s'étaient esquissées dans certains pays. L'épisode le plus significatif fut incontestablement la formation du Parti ouvrier indépendant (UAP) en Allemagne, à laquelle nos camarades ont contribué en collaboration avec des militants communistes ayant rompu avec leur parti, des militants socialistes de gauche et des travailleurs et des intellectuels sans parti. Si l'UAP a eu une existence éphémère et si son expérience s'est soldée par un gaspillage non négligeable de forces, la responsabilité en incombe à des éléments directement liés à l'appareil yougoslave qui ont voulu imposer des orientations inspirées par les exigences politico-diplomatiques de la Yougoslavie et qui, pour y réussir, n'ont pas hésite à utiliser contre les marxistes-révolutionnaires les pires méthodes bureaucratiques
Une nouvelle étape : le Ill Congrès et le Xe Plénum
Le III° Congrès mondial d'août 1951 et le X° Plénum de février 1952 représentent des moments essentiels d'une nouvelle étape dans l'histoire de l'Internationale, après le parachèvement de la reconstruction de l'après-guerre. Le III Congrès mondial - dont les textes seront publiés à nouveau sous peu par les éditions La Brèche - a tout d'abord reformulé notre analyse de la situation mondiale et de ses tendances. L'idée d'une crise globale du capitalisme dans le cadre d'un rapport de forces évoluant à son désavantage, notamment après la victoire de la révolution chinoise, est maintenue. Mais la perspective fondamentale devient celle de la tendance de l'impérialisme à se lancer dans une guerre mondiale à une échéance rapprochée, c'est-à-dire avant que le rapport de forces ne lui devienne encore plus défavorable, et surtout avant qu'une crise économique majeure ne le frappa dans sa propre forteresse nord-américaine. Cette guerre serait caracterisée par « sa tendance generale dominante » à se transformer en guerre civile internationale
Cette appréciation d'ensemble inspire nos analyses et nos orientations dans les années suivantes. Par exemple, le premier numéro de 1953 de IVe Internationale parle dans son éditorial d'«un processus révolutionnaire mondial irrésistible et irréversible » et l'éditorial du numéro suivant qui avance une première analyse - fondamentalement correcte - des tendances qui s'esquissaient en Union soviétique après la mort de Staline, précise : « Les perspectives révolutionnaires ne restent pas seulement bonnes, elles deviennent même excellentes. » Le IV° Congrès qui eut lieu en juin 1954 et dont la preoccupation principale fut la lutte pour la défense de l'Internationale après la grave scission de 1953 et contre des tendances opportunistes qui s'exprimérent y compris au congrès, reste sur la même longueur d'onde' . Un texte préparatoire explique que « la logique de la situation internationale, de son évolution, nous pouvons le dire, est trotskyste, quatrième internationaliste ». La résolution politique synthétise la perspective comme suit :
« Nous entrons dans une période critique de ce point de vue | des préparatifs de guerre et du réarmement] qui, tout en pouvant, dans certaines conditions, s'étaler sur quelques années, peut aussi dans d'autres conditions, particulièrement dans le cas d'un vrai danger de crise économique majeur, voir se précipiter la lutte armée générale. »
En ce qui concerne la situation dans différents pays, les textes envisagent une «victoire politique rapide dans l'ensemble du pays » des révolutionnaires vietnamiens et, pour les Indes et le Japon, ils parlent d'une crise révolutionnaire qui s'approche alors qu'ils prévoient une « nouvelle crise révolutionnaire " en France et en Italie® L'analyse de la situation aux Etats-Unis esquisse - à juste titre - un tableau radicalement différent, mais elle reste contre-balancée par la perspective d'une crise économique majeure.
Pour en revenir au III° Congrès, un apport important est représenté par le
1943-1968: BILAN D'UN COMBAT texte sur la révolution yougoslave et l'évolution des pays d'Europe orientale, qui parachèvent la réflexion commencée immediatement apres le congres précédent et constituent les premices nécessaires de l'analyse plus systématique de la crise du stalinisme adoptée lors des IV° et V° Congrès. A postériori, on peut relever des faiblesses, des insuffisances et des caractérisations discutables sur lesquelles de multiples débats se sont développés par la suite'. Mais il est incontestable que ces textes nous ont beaucoup aidé à nous orienter rapidement lors des événements qui ont suivi la mort de Staline, de la révolution en Allemagne orientale en juin 1953 au XX° Congrès du PCUS et à la montée révolutionnaire en Pologne et en Hongrie en 1956.
Le III° Congrès a aussi marqué un progrès considérable en ce qui concerne notre analyse et notre orientation en Amérique latine où nous avions déjà eu une influence. parfois importante, au cours des années trente. Au-delà des erreurs d'appréciations sur les perspectives à court terme, l'acquis de ce congrès réside dans la compréhension du phénomène populiste que le mouvement ouvrier d'Europe occidentale et des Etats-Unis avait été jusqu'alors incapable de saisir dans sa nature et sa dynamique de mouvement de masse. Il suffit de rappeler que même aujourd'hui, malgré toutes ses vicissitudes, ses contradictions et ses capitulations, le populisme maintient une influence considérable dans plusieurs pays, pour mesurer l'importance de cette contribution du III° Congrès qui nous a permis, parfois malheureusement avec retard, de ne pas être coupés de ces mouvements de masse qui ont marqué des générations ouvrières et populaires du continent. Mais le III' Congrès représente un tournant surtout par rapport au projet de construction esquisse depuis 1943. La nouvelle orientation et plus particulierement l'adoption au X° Plenum du CEI de l'entrisme sui generis dans les partis communistes se situent dans le cadre de notre perspective de course de l'impérialisme vers la guerre et de guerre-révolution. Certaines décisions organisationnelles notamment ont été dictees et justifiées a l'epoque par l'idée que des échéances décisives se rapprochaient et qu'il ne fallait pas perdre du temps si on voulait être intégrés à temps dans les processus réels '° . Toutefois, l'essentiel, après tout, c'est que nous étions arrivés à une appréciation plus réaliste du rapport de forces dans le mouvement ouvrier et à la compréhension du fait que, pour toute période, les masses auraient tendance à se regrouper autour de leur organisations traditionnelles. Il faut dire qu'avant le Il' Congrès la direction de l'Internationale et des camarades britanniques avaient avancé la perspective d'un travail entriste dans le Parti travailliste. Mais cette perspective se basait sur la spécificité du cadre organisationnel du mouvement ouvrier britannique qui avait déjà suggéré à Lénine et à la III° Internationale l'idée d'une participation des communistes au Parti travailliste " . Au III° Congrès, l'orientation entriste dans des partis sociaux-démocrates est avancee pour d'autres pays aussi (par exemple, la Belgique et l'Autriche et, en dehors de l'Europe. le Japon). Par ailleurs, la résolution sur la situation internationale et nos tâches prône une bataille pour la formation d'une « tendance bolchevique » dans le Parti communiste yougo- slave et un travail dans les organisations des masses sous l'influence des partis communistes en Chine et au Viêt-nam. Mais c'est le X° Plénum qui tire plus systématiquement et explicitement les conclusions des analyses et de l'approche méthodologique des textes du III° Congrès en esquissant un tableau d'ensemble des projets de construction dans les différentes régions du monde et dans les différents secteurs du mouvement ouvrier.
L'adoption d'orientations entristes, sous leurs formes diverses, a le plus souvent provoqué des conflits, voire des ruptures au sein de notre mouvement. Il ne pouvait en aller autrement en ce qui concerne les décisions de 1951-1952 qui ont, en partie, contribué à la scission de 1953 et qui ont été depuis lors l'objet d'innombrables polémiques. Nous nous limiterons ici a quelques reflexions succinctes : - si la perspective d'une guerre à écheance rapprochee ou relativement rapprochée s'est avérée fausse et a été par la suite rectifiée, il a été essentiel, répétons-le, de comprendre que les organisations traditionnelles avaient, notamment en Europe capitaliste, des racines très profondes dans la classe ouvrière et qu'il était impossible de les contourner. Plus tard, nous avons encore mieux expliqué le phénomène de l'attachement des travailleurs à leurs organisations, malgré toutes les vacillations, les reculades et les véritables capitulations de celles-ci, par le concept de la dialectique des conquêtes partielles. En tout cas, notre réorientation de 1951-1952 a ete capitale pour nous doter d'une approche de construction évitant le sectarisme et l'autoproclamation stérile ; - l'entrisme a débouché dans certains cas sur des dérapages opportunistes graves, voir sur des capitulations (par exemple à plusieurs reprises en Grande-Bretagne). Il faut reconnaître également que dans certains pays (comme en Italie et en Allemagne) nous nous sommes rendus compte avec retard qu'il était nécessaire d'opérer un nouveau tournant vers la fin des années soixante dans le but de capitaliser la nouvelle vague de radicalisation de la jeunesse. Il est vrai, en outre, qu'une pratique entriste se prolongeant pendant quinze années et même plus, notamment dans la mesure où de nombreux militants et cadres avaient été recrutes par l'entrisme et n'avaient eu aucune experience d'un travail révolutionnaire indépendant, a souvent constitué un obstacle majeur à une compréhension réelle des problèmes d'organisation et de direction. Mais c'est l'entrisme qui a permis à nos militants de participer directement à des luttes syndicales et à des mouvements de masse, de jouer un rôle dans des expériences importantes, par exemple, au niveau des entreprises, et d'acquérir ainsi des capacités de direction ; - la perspective d'une rupture de « pans entiers » d'organisations traditionnelles ne s'est pas réalisée telle nous l'avions envisagée. Mais c'est un fait difficile à contester qu'une grande partie de ceux qui, dès 1966, ont joué un rôle de premier plan dans la formation et la direction de nouveaux mouvements et de nouvelles organisations, avaient auparavant milité et s'étaient formés dans organisations traditionnelles. L'exemple de la France est le plus significatif pour nous, mais des phenomenes analogues se sont produits dans d'autres pays aussi.
Il ne faut pas oublier, par ailleurs, que le projet de construction défini lors du X* Plénum n'impliquait pas uniquement l'entrisme. Le rapport luimême commence par un chapitre consacre au travail « essentiellement indépendant » qui fixe le critère suivant : « Notre activité doit être considerée comme essentiellement indépendante dans tous les pays où l'existence d'une autre direction, réformiste ou stalinienne, n'est pas solidement établie parmi les masses et, par consequent, n'impose pas un entrisme a longue échéance, comme nous l'envisageons maintenant pour les autres cas. Cette activite essentiellement independante signifie, nous l'avons dit, agir dès maintenant comme la direction révolutionnaire des masses » (voir Quatrième Internationale, février-avril, 1952). Il ne s'agissait pas d'une variante secondaire. Cela est prouvé par le fait que cette orientation était prévue pour des organisations qui étaient — ou apparaissaient - alors comme les plus fortes de l'Internationale, c'est-à-dire le SWP des Etats-Unis, le POR bolivien et le LSSP sri-lankais, de même que les organisations d'Amérique latine, des Indes et du Moyen-Orient. Si, en fait, le poids des organisations indépendantes n'a été pendant toute période que très limité, cela a été du à des facteurs divers (scissions, crises organisationnelles, difficultés politiques, etc.) et non au choix du III° Congrès et du X* Plénum.
Presque quarante ans plus tard, quelqu'un pourrait être tenté d'ironiser sur la perspective politique qui a inspiré le plus directement l'entrisme au debut des années cinquante. Toutefois, tout jugement équilibré ne saurait oublier dans quel contexte nous avions formulé notre programme. C'était l'époque de la guerre de Corée et les Etats-Unis et la Chine étaient directement face à face dans la peninsule asiatique : un engagement plus resolu par l'utilisation de toutes les ressources de l'imperialisme, fut effectivement proposé par des personnages comme Mac Arthur et par la suite, des dirigeants impérialistes comme Foster Dulles, partisan d'une politique allant jusqu'« au bord de l'abime », prônèrent une internationalisation du conflit indochinois (1954) sans exclure le recours aux armes atomiques. Le caractère potentiellement explosif de la situation mondiale fut confirmé par le conflit de Suez en 1956 et plus tard par les crises des détroits de Taïwan, de Berlin et de Cuba '2
Crise du stalinisme et révolution coloniale
La phase qui suit est marquée par nos efforts pour mettre en pratique les lignes de construction que nous avons mentionnées. Malgré de multiples difficultés et l'affaiblissement subi à cause de scissions dans plusieurs pays, c'est justement au cours de cette période que les militants des sections européennes réussissent dans la plupart des cas à s'insérer dans le mouvement ouvrier. En Amérique latine, nos forces se réorganisent aussi en participant aux mouvements de masses et en enregistrant parfois une croissance numérique non négligeable, bien qu inferieure à ce que prétendent les dirigeants de l'époque sous l'influence du bureau latino-americain contrôlé par J. Posadas. Sur le terrain de lelaboration politique et théorique, c'est le moment où nous aboutissons à une analyse d'ensemble de la situation dans les pays capitalistes industrialises et en particulier du boom prolongé de l'économie ; où nous développons plus systematiquement notre évaluation de la crise du stalinisme ; ou, finalement, nous soulignons l'importance capitale de la révolution coloniale.
Notre analyse de l'économie des pays industrialisés combine deux aspects. Elle saisit l'ensemble des facteurs qui ont rendu possible la relance de l'économie capitaliste, en gros depuis 1948-1949, en ne faisant pas l'économie d'une autocritique de nos analyses précédentes '3 . Cette autocritique nous apparaît d'autant plus nécessaire que, comme nous l'avons déja mentionne, c'est justement la perspective d'une crise économique majeure, en premier lieu aux Etats-Unis, qui était à la base de notre perspective d'une course de l'impérialisme à la guerre à une échéance rapprochée. Mais en même temps, tout en ne minimisant pas les marges de manœuvre considérables dont disposait encore l'économie capitaliste et en avançant la perspective de récessions partiellement contrôlées plutôt que de véritables crises, nous rejetons les théories défendues à l'époque par la quasi-totalité des économistes et aussi prédominantes dans le mouvement ouvrier, c'est-à-dire, essentiellement, lidée que la croissance economique continuerait indéfiniment en réléguant dans le grenier de l'histoire des phénomènes classiques du passe comme les crises, le chômage, etc. ". Il va de soi qu'il ne s'agissait pas d'un débat académique. Ceux qui partageaient l'idéologie du « néo-capitalisme », de même que certains marxistes demoralises par la stabilisation relative du capitalisme qu'ils n'avaient pas prévue, en tiraient la conclusion que toute perspective de renversement du capitalisme était un vœu pieux et que la classe ouvrière d'Europe occidentale, et à plus forte raison, celle d'Amérique du Nord, eut cessé d'être une force révolutionnaire. Il est piquant de constater que pas mal d'arguments avancés aujourd'hui à propos de la disparition ou de l'épuisement du potentiel révolutionnaire de la classe ouvrière, étaient avances sous des formes a peine différentes, il y a déjà trente ans'5 !
Le texte adopté au IV° Congrès, qui s'était heurté au moment de sa publication sous forme de projet à des réactions très vives, nous avait déjà aidé à saisir à temps la potentialité et la dynaeclaterait deux ans plus tard lors du X" mique de la crise du stalinisme qui Congrès du PCUS et des événements de Pologne et de Hongrie. Au V° Congrès notre réflexion sur ces évènements nous a fait progresser davantage, y compris par rapport au Programme de transition de 1938 et au texte du II° Congrès, sur la question de la démocratie socialiste dans une société de transition. Le programme pour la révolution politique que nous avons voté alors réprésente un acquis important de notre mouvement qui anticipe dans ses lignes essentielles la résolution plus systématique du congrès de 1985. Ajoutons que nos debats et nos analyses des années cinquante nous ont donné les instruments pour saisir la signification du conflit sino-soviétique et d'y intervenir politiquement, de même que pour comprendre dès le début la portée réelle et la dynamique de la revolution culturelle chinoise, qui a eu tant de répercussions dans le mouvement ouvrier et révolutionnaire international, en provoquant des ravages théoriques et politiques enormes.
Nous pouvons nous interroger aujourd'hui sur certaines de nos perspectives de 1954, comme celle d'une explosion violente à court terme en Union sovietique ou sur notre appréciation de la situation en Hongrie au moment du V° Congrès (octobre 1957). On peut se demander egalement si, tout en ayant expliqué depuis 1948 que la bureaucratie tendait à devenir un frein de plus en plus grand au développement des forces productives, nous n'avons pas nous-mêmes parfois surestime la portée des progres économiques de l'URSS et des autres Etats de transition bureaucratises. Mais il s'agit en tout cas de questions secondaires. De surcroît, même sur le terrain de l'analyse plus conjoncturelle, notre jugement sur la situation en Union soviétique a été précise correctement, par exemple, debut 1958, dans les termes suivants : « La perspective dans les Etats ouvriers et en premier lieu en URSS n'est pas le retour a Staline, mais la "déstalinisation" défigurée à travers l'expérience khrouchtchévienne qui combine pour le moment concessions, promesses et réformes, avec la tendance à interdire les expressions ideologiques et politiques mettant invariablement en cause la bureaucratie » (Quatrième Internationale. tevrier 1959).
C'est en partant d'un côté des difficultes que connaissait le mouvement ouvrier d'Europe occidentale et surtout en prenant acte de la défaite essuyée par la classe ouvriere française avec l'avenement au pouvoir du general de Gaulle, et de l'arrêt temporaire du mouvement antibureaucratique dans les Etats bureaucratises de l'autre, que nous arrivons à l'idée de la centralite, pendant cette phase-là. de la révolution coloniale. Voilà ce que disait en février
57 1959 un éditorial de notre revue : « La révolution coloniale a un dynamisme qui ne peut pas s'épuiser par l'accès à un échelon quelconque de stabilisation capitaliste, mais qui la pousse à se depasser en révolution socialiste. Pour cette raison, la révolution coloniale est effectivement à l'heure actuelle à l'avant-garde de la révolution socialiste et a supplante de fait le rôle jadis joué par la révolution européenne. » Il va de soi que la lutte héroïque du peuple algérien, le développement victorieux de la révolution cubaine et le múrissement d'une crise révolutionnaire dans un pays de limportance de l'Indonésie nous poussaient davantage à avancer une telle perspective.
La réunification de 1963
Les tendances de la situation mondiale, telles qu'elles ont été synthétisées dans les prises de position que nous avons mentionnées, ont provoque dans nos rangs des réactions très diversifiées avec des conséquences opposées du point de vue organisationnel.
En effet. les analyses du V° Congrès et les definitions programmatiques sur la révolution politique avaient poussé la direction du SWP et une partie du regroupement auquel participait cette organisation depuis la scission de 1953 - le Comité international - à esquisser un cours de rapprochement. Il était désormais absolument clair que nous n'avions capitulé sous quelle forme que ce soit face au stalinisme et que les analyses des uns et des autres sur la crise de celui-ci, étaient fondamentalement les mêmes. La convergence rapide dans l'appréciation et l'attitude pratique face à la révolution cubaine fut un stimulant supplementaire à cette unification qui se réalisa au congrès de juin 1963.
Mais en même temps a partir de 1959, de nouveaux clivages s'étaient esquisses au sein de l'Internationale, et en premier lieu de sa direction. Au début, il y avait une convergence entre Pablo et le dirigeant latino-américain Posadas, l'un et l'autre de plus en plus critiques à l'égard de la majorité des membres du secrétariat international. surtout au sujet de l'importance qu'il fallait accorder aux luttes du prolétariat en Europe capitaliste. Tout le monde était substantiellement d'accord sur le rôle primordial de la révolution coloniale dans la phase où nous étions. Mais dès que Pablo et Posadas avaient voulu introduire une interprétation unilatérale de notre analyse commune en estompant l'importance des luttes qu'il était possible de mener en Europe capitaliste même dans le contexte donne et en véhiculant, en dernière analyse, dans nos rangs des attitudes dictées par un pessimisme croissant dans le potentiel révolutionnaire de la classe ouvrière des pays les plus industrialisés, le conflit étant devenu inévitable avec l'écrasante majorité des militants européens qui, justement sur la base de l'expérience qu'ils étaient en train de faire dans les mouvements de masses et les partis traditionnels, exprimaient une toute autre appréciation et une tout autre sensibilité.
La divergence devenait encore plus concrète dans la mesure où Pablo, soutenu par Posadas, s'efforçait de plus en plus de renverser le centre de gravité de l'activité du centre de l'Internationale lui-même. Ce fut le cas au moment de la campagne de solidarité avec la révo- lution algérienne. Il va de soi que personne ne contestait notre devoir de nous engager sur ce terrain. Mais Pablo prit des initiatives organisationnelles très risquées et fort discutables, dont, par ailleurs il devait payer personnellement le prix le plus lourd l6 . Ce comportement était inspiré, dans une large mesure, par une perte de confiance croissante dans les potentialités du mouvement ouvrier europeen et dans nos propres possibilités de construction. Cette distorsion devint encore plus criante et presque paradoxale lorsque Pablo, sorti de prison, estima que sa tâche principale était d'influencer Ben Bella et le groupe le plus progressiste de la révolution algérienne et poussa l'Internationale à se placer sur le même terrain. Du paradoxal il glissa vers l'absurde lorsqu'au congrès d'unification, en partant de la prémice que la dynamique révolutionnaire la plus prometteuse se développait à l'époque en Algérie, il proposa de transférer le centre international à Alger, où celui-ci aurait été, en fait, coupé des organisations réelles qui en assuraient le fonctionnement et aurait dépendu de la complaisance du gouvernement algérien qui n'était pas du tout garantie d'avance. Posadas, lui, faisait pire. Déja au VI Congrès, en janvier 1961, il avait poussé ses attaques jusqu'au bord de la rupture, qu'il devait provoquer quelques mois plus tard. Son « argument » principal était que la majorité de l'Internationale ne comprenait pas la priorité de la révolution coloniale. En fait, avant de s'en aller, il envoya un ultimatum à Pierre Frank, Livio Maïtan et Ernest Mandel en les sommant de se transferer en Amérique du Sud pour former là-bas avec lui le centre international. Il s'agissait d'un prétexte hypocrite, qu'il dé-
1943-1968: BILAN D'UN COMBAT mystifia lui-même très rapidement. En effet, immédiatement après la rupture. les membres les plus représentatifs du bureau latino-americain, dont luimême, s'installèrent en Europe, dans des villes comme Rome, Paris ou Bruxelles qui n'étaient pas exactement des epicentres de la revolution coloniale.
Dans ce contexte, le congres de réunification de juin 1963 a acquis pour la réorganisation du centre international et la recomposition de la direction une importance non moindre que pour notre orientation politique et programmatique. La collaboration internationale avec le SWP avait. par ailleurs, commence deja avant le congres surtout grâce à la présence en Europe de Joseph Jansen et à son activité lucide et efficace.
Le congrès d'unification a adopté un texte sur la dynamique de la révolution mondiale dont les axes fondamentaux ont résisté à l'épreuve de vingt-cinq années de bouleversements à l'échelle internationale. Certes, l'idée des trois secteurs de la révolution n'était pas une nouveaute pour les marxistes-révolutionnaires. Il suffit de relire nos vieux textes pour s'en rendre compte. Mais le texte sur la dialectique de la revolution et les autres textes adoptés par le congrès ont représente en même temps une mise point nécessaire sur les deux décennies qui s'étaient écoulées depuis la phase finale de la guerre et une critique fondamentale des différentes théories de l'époque, dont le trait commun residait dans la négation plus ou moins explicite du potentiel revolutionnaire de la classe ouvrière des pays industrialises. Les analyses et les concepts qu'il contient, de même que notre intégration, füt-elle encore modeste, dans le mouvement ouvrier de la plupart des pays où nous avions des sections, ont été la prémisse nécessaire de notre comprehension des événements qui ont marqué la deuxième partie de la décennie, c'est-à-dire la nouvelle montée ouvrière qui allait secouer même des pays parmi les plus stables, T'explosion des mouvements de la jeunesse et en premier lieu des étudiants, la crise chinoise à l'époque de la révolution culturelle et la guerre impérialiste en Indochine. Qui plus est, cette compréhension nous a permis de participer aux nouveaux mouvements de masses qui se développaient. et surtout de jouer un róle inconstestable en Mai 1968 en France, donc de créer les conditions de la croissance de l'Internationale qui s'esquissa dès le début des années soixante-dix.
Quelques campagnes significatives
Les orientations et les préoccupations de l'Internationale et de sa direction se sont exprimées parfois symboliquement dans les principales campagnes que nous avons menées et dans les initiatives internationales ou continentales auxquelles nous avons participé.
Nous avons deja fait allusion à notre solidarité avec la Yougoslavie, menacée et pratiquement assiégée après la rupture entre PCY et Moscou. Lorsque les difficultés de la Yougoslavie étaient devenues encore plus graves à la suite d'une sécheresse exceptionnelle. le secrétariat international avait diffusé un appel aux organisations ouvrières et en premier lieu aux syndicats de tous les pays pour qu'une aide matérielle fut organisée et des comités de solidarité fussent construits. Nous avions effectivement engage nos modestes forces dans ce soutien. Nous avons été encore plus efficace dans l'organisation de brigades du travail qui se sont rendues en Yougoslavie dans l'été 1950. L'envoi de brigades n'était pas une nouveauté puisque les partis communistes en avaient pris l'initiative à l'époque où Tito apparaissait comme le disciple modele du « grand » Staline. Apres la rupture, non seulement les partis communistes, et en premier le PCF, avaient annulé tout rapport avec les « traîtres », mais ils n'avaient pas hésité non plus à saboter, y compris par l'intervention de nervis, la campagne pour l'envoi de brigades. Des milliers de jeunes provenant de différents pays d'Europe sont quand même allés en Yougoslavie. Notre rôle y a été très important, surtout en ce qui concerne la France, d'où sont partis mille cinq cents jeunes environ. Notre campagne de solidarité avec la révolution algérienne a eu un impact plus grand et plus durable. Plusieurs sections européennes et latino-américaines ont participé à des initiatives multiples dont la construction et le fonctionnement d'une usine d'armes à la frontière entre l'Algérie et le Maroc. En France, notre attitude nous a attire à plusieurs reprises les coups de la répression. En 1956, le gouvernement « socialiste » de Guy Mollet, qui menait la guerre contre le peuple algérien et était soutenu par le PCF. arrêta nos militants Pierre Frank, Simone Minguet et Raymond Bouvet. L'année suivante. Pierre Frank allait de nouveau en prison, cette fois avec Jacques Privas. Ces deux camarades étaient incriminés pour des articles de solidarité avec la revolution algérienne publiés par l'organe de notre section française, la Vérité des travailleurs. En octobre de la même année, le cinquième congres mondial se déroula sous le signe de la révolution algérienne et sa séance la plus émouvante fut celle où le représentant de la fédération de France du FLN prit la parole. Finalement, en juin 1960, Michel Pablo et Sal Santen étaient accusés d'avoir falsifié des papiers et de la monnaie pour les révolutionnaires algeriens et arrêtés a Amsterdam, où le centre de l'Internationale avait été transféré après l'arrivée de De Gaulle au pouvoir. Ce coup dur porté à la direction de l'Internationale n'arrêta pas notre action de solidarité avec le FLN qui fut poursuivie avec vigueur, en la combinant à une campagne internationale pour la libération de nos deux camarades emprisonnes. Leur proces permit aussi bien aux camarades incriminés qu'aux camarades de la direction de l'Internationale qui y témoignèrent, de relancer notre appel internationaliste de solidarité sans reserve avec la révolution algérienne '
Une autre initiative importante de la même période fut la participation de camarades de sections latino-americaines (Argentine, Chili, Mexique, Uruguay et Pérou) au congrès de la jeunesse latino-américaine de La Havane (juillet 1960). Les staliniens qui à l'époque avaient encore leur propre organisation, le Parti socialiste populaire, lancèrent à cette occasion une farouche campagne antitrotskyste dans le but de faire exclure nos delegations du congrès. Rappelons que le PSP rejetait toute perspective de transcroissance socialiste de la révolution, qu'il aurait voulu faire rentrer dans le schéma de la révolution populaire démocratique ou de « l'Etat indépendant de démocratie nationale »
1943-1968: BILAN D'UN COMBAT qui était défendu à l'époque par Moscou et les partis communistes qui en partageaient les conceptions. L'opération fit long feu et nos délégués firent connaître nos positions dans un manifeste distribué au congrès, qui disait entre autres : « Nous soutenons inconditionnellement la révolution cubaine, la révolution algérienne, la révolution africaine (...) Nous avons fait un appel pour résoudre decisive emes en imperialis ette plus les problèmes en vue d'une lutte plus économie dans les mains des travailleurs, sous le contrôle d'un gouvernement de masses. " Fin mai 1963 était arrêté au Pérou le camarade Hugo Blanco qui avait joué un róle dirigeant dans les luttes paysannes de la region du Cuzzo. C'est le congrès d'unification qui, en apprenant la mauvaise nouvelle le jour même de son ouverture, décida de lancer une campagne pour la liberation de Hugo, qui serait en même temps une campagne de solidarité avec les luttes des masses péruviennes frappées par des répressions succesives. La campagne fut effectivement menée pendant presque trois ans dans une cinquantaine de pays avec des adhesions très larges de part de dirigeants politiques et syndicaux du mouvement ouvrier, de membres de parlements, d'intellectuels connus et de défenseurs des droits démocratiques. Dans certains pays des manifestations ou des réunions furent organisées avec la participation de milliers de personnes. La manifestation la plus spectaculaire se déroula à Lima à l'initiative de nombreuses organisations de gauche et d'extrême gauche : trente mille personnes y participèrent. Les déclarations intransigeantes et courageuses de Hugo, qui étaient reprises par notre presse et la presse d'autres organisations du mouvement ouvrier, donnerent a la campagne une tonalité clairement révolutionnaire. Si notre camarade, tout en étant condamné à une lourde peine de détention, put finalement échapper à la peine de mort que ses bourreaux avaient réclamée à plusieurs reprises, ce fut aussi bien le résultat des mobilisations populaires au Pérou que d'une campagne de solidarité internationale d'une ampleur et durée exceptionnelles 18
Finalement, il faut rappeler la participation très active et prolongée de notre mouvement international à la campagne contre la guerre impérialiste en Indochine et de solidarité avec les révolutionnaires vietnamiens. Les mobilisations les plus massives auront lieu au début des années soixante-dix, tant aux Etats-Unis que dans de nombreux pays d'Europe occidentale. Mais déja au mois de mars 1965, le secrétariat unifié avait lancé un appel qui dénonçait l'attaque impérialiste, critiquait l'attitude passive de l'URSS et de la Chine. prônait le front unique des Etats ouvriers contre l'impérialisme et qui s'achevait ainsi: « Il est urgent que, dans tous les pays, les travailleurs, les jeunes, les étudiants, les femmes se dressent par milliers et par millions pour manifester leur préoccupation devant l'agression criminelle de l'impérialisme americain. Qu'ils crient: "Halte !" à Johnson dans les manifestations de solidarité avec l'héroïque peuple vietnamien et sa révolution. »
Le 17 avril de la même année nos camarades du SWP étaient partie prenante de la première grande manifestation réalisée aux Etats-Unis. Par la suite, la campagne contre la guerre au Viêt-nam devint l'une des principales expressions de la radicalisation de la jeunesse. Dans la période qui est abor- dée dans notre article, c'est-à-dire la période d'avant l'explosion de 1968. rappelons notamment le rôle joue par la Jeune garde socialiste de Belgique et par la Jeunesse communiste revolutionnaire de France a la manifestation anti-imperialiste de Liège, en octobre 1966, et notre participation au « Congrès Viêtnam » et à la manifestation massive de Berlin-Ouest en février 1968, qui fut l'un des signes avant-coureurs les plus significatifs et les plus directs de ce qui allait se produire en France et dans d'autres pays d'Europe et du monde quelques mois plus tard '9.
Des espoirs déçus
Get un échec cuisant
Le but de notre article n'est pas d'analyser l'activité des differentes sections dans la période considérée. Toutefois, nous estimons nécessaire de faire référence à deux organisations nationales, le POR bolivien et le LSSP srilankais, qui ont représenté des cas exceptionnels du fait de l'influence de masse qu'elles avaient réussi à gagner. En Bolivie, le mouvement trotskyste. formé à partir de la moitié des années trente, avait considérablement progressé dix ans plus tard (en 1947, il avait obtenu un sénateur et trois deputés) en atteignant le point le plus haut de son développement après la révolution de 1952. Enraciné dans la classe ouvriere et notamment dans les mines, en 1946 il avait réussi à faire adopter par le congres mondial des mineurs un texte programmatique qui reprenait des idées fondamentales du trotskysme. Il suffit de lire les résolutions et les appels de l'Internationale et les articles de notre presse tout au long des années cinquante. pour comprendre a quel point nous misions sur le développement d'une lutte revolutionnaire pour le pouvoir prolétarien en Bolivie et sur la possibilité que notre section y joue un rôle capital. Malheureusement, la revolution n'a pas triomphé et notre organisation a subi des revers multiples, malgre l'influence de masse dont elle disposait et la combativité de ses militants. Les faiblesses du POR. qui sont à l'origine de ses échecs, se sont manifestés de plusieurs manières. Dans les annees trente, il fut traverse par des tendances d'adaptation au gouvernement nationaliste du colonel German Busch. Plus tard, le regime nationaliste populiste de Villaroel lui créa aussi des difficultés. En fait, pendant une certaine période, le POR ne comprit pas dans toute sa portée le developpement du mouvement nationaliste populiste qu'exprimait le MNR, à l'égard duquel il adopta des attitudes sectaires. Au moment de la révolution de 1952, cette attitude avait été corrigée, ce qui permit à notre organisation d'accumuler des forces considerables et même de jouer un rôle tres important dans la centrale syndicale (COB). Mais lorsque le MNR, préoccupé de notre influence. déclencha, a partir de 1954, une contre-attaque par tous les moyens, le POR commença à perdre du terrain. Toute une aile du parti (Moller. Lora) adopta une attitude de collaboration avec le MNR et par la suite Moller et de nombreux dirigeants syndicaux nous quittèrent pour rejoindre le parti gouvernemental. Peu après, Lora provoquait à son tour une scission.
Tout cela indique - évidemment, il est plus facile de le constater à postériori - que le POR n'avait pas vraiment
1943-1968 : BILAN D'UN COMBAT assimilé les conceptions et les orientations du marxisme-révolutionnaire et il n'avait pas compris que l'influence de ses cadres syndicaux n'impliquait pas automatiquement une influence politique équivalente du parti. Même l'adoption de thèses révolutionnaires au congrès des mineurs que nous avons mentionnée, avait été beaucoup plus un résultat du prestige personnel de quelques dirigeants que celui d'une assimilation réelle par des secteurs de masse. Par ailleurs, le POR n'avait pas su introduire en son sein et dans les organisations de masse sous son influence ces normes organisationnelles élémentaires qui sont indispensables pour assurer en même temps un fonctionnement effectivement démocratique et l'efficacité nécessaire dans l'action et dont l'absence a constitué traditionnellement l'un des éléments fondamentaux de faiblesse du mouvement ouvrier bolivien 2°
En 1966, sous la pression de la direction internationale, le POR s'efforça de réaliser l'unification avec l'organisation dirigée par Guillermo Lora. On alla jusqu'à signer un texte public de réunification et à désigner une direction unitaire (voir Quatrième Internationale, juin 1966). Mais l'accord s'avéra tout à fait éphémère et Lora resta en dehors de l'Internationale. L'année suivante, le commencement de la guérilla de Che Guevara approfondissait encore plus le clivage. Alors que Lora attaquait durement Guevara, le POR, qui avait été deja frappé par la répression deux mois avant, lançait en mai un appel de soutien aux guérilleros. L'action développee par nos camarades dans le sens de cette orientation concerne la période qui va de 1968 à 1970 et n'est pas analysée dans notre article ?! • Limitons-nous ici à constater qu'au sujet de la Bolivie, l'Internationale a éprouvé des deceptions douloureuses. Des retards sérieux sur le terrain de l'analyse, des erreurs d'orientation politique et des carences organisationnelles chroniques ont coûté à plusieurs reprises un prix tres élevé et ont eu des conséquences négatives pour le mouvement ouvrier bolivien dans son ensemble. Ce qui s'est passe au Sri Lanka est encore plus grave : la majorité du LSSP et de sa direction a tout simplement capitulé. Rappelons que le LSSP avait été le premier parti ouvrier fondé au pays dans les années trente " , qu'il avait réussi à gagner une influence considérable, y compris au niveau électoral, à jouer un rôle hégémonique dans de grands mouvements de masse et apparaître pendant des années comme la réelle opposition anti-impérialiste et anticapitaliste. Par exemple, il s'était placé à la tête du hartal d'août 195323 avait dirigé les principaux syndicats ouvriers à Colombo, des syndicats de transports et des employes, etc., avait joué un rôle très important dans le mouvement étudiant et l'un de ses dirigeants avait été élu maire de la capitale. Lors de l'éclatement d'émeutes communalistes, il avait pris des positions de principe, par exemple, en défense du droit de la minorité tamoule à utiliser sa propre langue. La première divergence sérieuse avec la direction de l'Internationale devait apparaitre en 1960 lorsque le LSSP décida d'appuyer le gouvernement de Sirimavo Bandaranaike, principale dirigeante du parti bourgeois SLFP. Le 19 mars de cette année, des élections avaient eu lieu et le LSSP s'était lancé dans la campagne avec la perspective d'obtenir la majorité. Il ne remporta que dix sièges contre cinquante pour l'UNP, le parti bourgeois traditionnel, et quarante-six au SLFP. Cette déception et la préoccupation d'éviter un retour au pouvoir de l'UNP furent à l'origine d'un tournant opportuniste dont un accord électoral avec le SLFP avait été la premice 24 • Le secrétariat unifié estima nécessaire de critiquer publiquement l'attitude du LSSP en diffusant un communiqué qui expliquait, entre autres, que le LSSP n'aura pas dû signer l'accord électoral avec le SLFP et à plus forte raison ne pas voter pour le gouvernement Bandaranaike. Quelques mois plus tard, le sixieme congrès mondial ratifia cette prise de position.
Par la suite, le LSSP sembla rectifier son cours: en 196l, ses députés ne votèrent pas le bilan du gouvernement et en mars 1963 il lança une campagne pour un front unique ouvrier dans la perspective d'une alternative ouvrière au gouvernement Bandaranaike. Le Congrès d'unification enregistra ce changement, qui pourtant ne lui apparut pas suffisamment clair, surtout dans la mesure où il n'avait pas impliqué une autocritique explicite de l'orientation de 1960. Cette préoccupation n'était pas sans fondement. Un an après le congrès, le LSSP décidait d'entrer dans le gouvernement bourgeois du SLFP.
Des faiblesses tres sérieuses étaient apparues déjà avant la crise dans la section srilankaise, et la direction de l'Internationale en avait discuté à plusieurs reprises avec ses dirigeants. Synthétiquement, on pouvait dresser un bilan dans les termes suivants : - le noyau de direction trotskyste qui avait fondé le LSSP n'avait pas su éduquer à des conceptions révolutionnaires d'ensemble la plupart des cadres de l'organisation et à plus forte raison les militants; les succès électoraux avaient provoqué une distorsion de plus en plus prononcée dans l'activité du parti : la conquéte de sièges dans les institutions bourgeoises devenait, en fait, l'objectif essentiel et les besoins électoraux déterminaient dans une très large mesure l'activité quotidienne des élus et des dirigeants du parti (de surcroit, il s'agissait le plus souvent des mêmes personnes). Par ailleurs, deja avant le tournant opportuniste, des dirigeants comme N.m. Pereira avaient défendu l'idée que le Sri Lanka représentait un cas exceptionnel et que plusieurs facteurs (faiblesse de l'armée, faiblesse de la police. traditions du pays, etc.) permettaient d'envisager l'avènement de la classe ouvrière au pouvoir par la voie parlementaire 25 - Le LSSP n'avait pas surmonté une faiblesse chronique de la gauche srilankaise, c'est-à-dire la carence de liens un tant soit peu solides avec les travailleurs des plantations, et plus généralement, il n'avait pas réussi à gagner une influence dans les campagnes ni même à élaborer un programme agraire 26 - de même que dans d'autres pays, notre organisation n'avait pas réussi à transformer les dirigeants syndicaux reconnus dans leur secteur en véritables dirigeants politiques du mouvement de masse, en d'autres termes, elle n'avait pas transformé son capital syndical en un capital politique ; commenis parti leniniste (les con eres - l'organisation ne fonctionnait pas n'étaient que des assemblées générales. le fonctionnement était tres flou, le nombre de militants organisé très limité par rapport au nombre des électeurs, etc.) ??
La seule note positive de ce moment pénible de notre histoire consiste dans
1943-1968 : BILAN D'UN COMBAT le fait que s'il n'y a eu qu'une minorité des militants srilankais - environ 25% - pour condamner la capitulation, c'est à l'unanimité que l'orientation du LSSP a été au niveau de l'Internationale non seulement rejetée, mais aussi considérée comme incompatible avec l'appartenance à la IV° Internationale. La mesure d'exclusion des capitulards, prise exceptionnellement par le SU, a été approuvé par tout le monde.
L'échec au Sri-Lanka était d'autant plus grave qu'il s'insérait dans un bilan plus généralement négatif en Asie.
Dans les années trente, notre mouvement avait joué un rôle dont nous pouvons être fiers dans les luttes anti-impérialistes et sociales au Viêt-nam. Daniel Hemery en a parlé amplement dans son excellent livre Révolutionnaires vietnamiens et pouvoir colonial en Indochine (éditions Maspero) et Pierre Rousset a repris ses analyses dans son livre sur le Parti communiste vietnamien (éditions Maspero). Mais par la suite notre mouvement a été écrasé par la répression colonialiste et stalinienne et il a pratiquement disparu comme force organisée. En Chine, les trotskystes avaient mené des combats courageux des le lendemain de la défaite de la révolution de 1925-1927. Ils ont payé eux aussi un lourd tribut à la répression. Après la victoire de la révolution, certains d'entre eux ont passé de longues années en prison : leur crime était de ne pas avoir renoncé à leurs idées et d'avoir dénoncé des erreurs et des crimes que les dirigeants actuels du pays doivent largement reconnaître. Toujours est-il qu'a cause de retards d'élaboration politique et théorique de l'internationale et encore plus d'erreurs d'appréciation et d'orientation très graves qu'ils ont commises, les trotskystes chinois n'ont joué aucun rôle dans les phases décisives se trouvant ainsi complètement en marge du processus révolutionnaire. Finalement, en Inde, nos camarades avaient acquis une certaine influence pendant la Seconde Guerre mondiale, au moment où le Parti communiste sacrifiait la lutte contre l'impérialisme britannique aux besoins de l'alliance de l'URSS avec les puissances « démocratiques ». Mais déjà au III° Congrès mondial une résolution avait enregistre les difficultés politiques et organisationnelles que nous avions rencontrées par la suite. La résolution indiquait tout à fait correctement les dangers qui nous menaçaient, si la situation n'était pas redressée à temps. Ce redressement n'a jamais eu lieu et nous n'avons pas pu construire en Inde une organisation capable de jouer un rôle national un tant soit peu important.
A la fin des années soixante et au début des années soixante-dix, la IV° Internationale a connu des développements positifs au Moyen-Orient et au Japon. Mais le bilan des pays asiatiques que nous avons mentionnés a constitué et constitue encore aujourd'hui une faiblesse capitale de notre mouvement et un handicap majeur pour son activité future dans cette région du monde.
Le handicap des scissions
Nous avons mentionné, en passant, les scissions - de diverses portées -qui se sont produites dans les années cinquante et soixante. Ces scissions - celle de 1953 pas plus que les autres - ne nous ont pas empêché de maintenir la continuité de l'Internatio- nale et de son cadre organisationnel. La scission du groupe Posadas en particulier n'a pas eu des consequences catastrophiques en Amérique latine non plus, bien que Posadas ait exercé un contrôle assez strict sur la plupart des sections latino-américaines pendant une décennie.
Toujours est-il que le prix que nous avons payé a été élevé. Nous n'abordons pas ici le problème sous l'angle des organisations nationales qui ont pourtant subi des dommages assez graves. Il suffit de rappeler, par exemple, les ravages que la scission de 1953 a provoque en Grande-Bretagne, justement au moment ou notre travail dans l'aile gauche du Parti travailliste avait obtenu des résultats spectaculaires qui se reflétaient dans la large diffusion du journal Socialist Outlook. Le conflit interne d'abord et ensuite ia rupture provoquerent une polarisation extrême qui déboucha sur des positions diamétralement opposées mais les unes aussi erronées que les autres. De plus, Socialist Outlook devenait le terrain d'affrontements fractionnels. Tout un capital d'énergies militantes et d'expériences fut rapidement dilapidé et nous avons dû recommencer quasiment de zéro. En France aussi, la rupture de 1952 a causé des pertes douloureuses et sensiblement réduit notre rayonnement pour toute une période.
Mais les conséquences des scissions ont été encore plus négatives du point de vue de la construction de l'Internationale et de sa direction, de notre capacité de fonctionnement et d'intervention. La scission de 1953 a brisé l'équilibre qui existait auparavant et qui était fonde sur la collaboration entre les cadres exprimée par les sections européennes les plus solides et d'une plus longue tradition et les cadres que le SWP dégageait pour aider la direction internationale, tout en ne pouvant pas appartenir formellement à l'Internationale à cause de la législation réactionnaire des Etats-Unis. Depuis la rupture et surtout entre le congrès de 1954 et celui de 1960-1961, l'axe s'est déplacé vers une collaboration entre des cadres européens et des cadres des sections latino-américaines sous l'influence de Posadas. Sans la scission, l'intégration de ceux-ci aurait représenté un élargissement très important de la direction dans l'Internationale dans un contexte qui aurait permis une homogénéisation beaucoup plus grande de notre mouvement sur la base d'une compréhension globale plus directe des processus qui se développaient à l'échelle mondiale. En revanche, la nécessité de reconstruire à n'importe quel prix et dans les plus brefs délais un centre international un tant soit peu efficace après la scission, nous a poussé à rassembler tous ceux qui rejetaient cette scission en laissant de côté une série de problèmes politiques et organisationnels qui pourtant se posaient dans plusieurs pays d'Amérique latine et dans nos rapports avec le bureau latino-américain. Ainsi, Posadas put-il exploiter le rapport de forces existant à l'époque, en se présentant comme le porte-parole de l'Internationale en Amérique latine, alors qu'en fait il menait le plus souvent une politique déterminée par lui-même et ses collaborateurs les plus proches et surtout qu'il utilisait des méthodes organisationnelles qui n'étaient pas celles qui caractérisent notre mouvement depuis toujours 28
L'affaiblissement de la direction internationale a été un sérieux handicap aussi du point de vue de nos rapports
1943-1968: UN BILAN avec la section srilankaise. Assez longtemps avant l'éclatement de la crise, nous étions conscients que l'orientation et le fonctionnement du LSSP posaient des problèmes mais nous n'avions pas le poids politique nécessaire ni même pas les moyens matériels pour intervenir efficacement et à temps. Lorsque la réunification s' est realisee avec lemergence d'une direction plus large, il était malheureusement trop tard.
La scission de Posadas a eu, y compris en Amérique latine, des effets moins graves qu'on aurait pu craindre au début. Toujours est-il que l'aventure posadiste a eu comme conséquence l'éloignement de l'Internationale et l'usure progressive d'un certain nombre de cadres dévoués et capables dont nous n'avons récupéré par la suite qu'un nombre insignifiant. Qui plus est, nous avons été obligés de nous engager à un travail de reconstruction et réorganisation très pénible et de longue haleine, même avant de pouvoir exploiter les conditions plus favorables créées par la réunification.
Un seul exemple suffit pour illustrer le dommage causé par ces dechirements multiples. Nous avons parlé plus haut de la campagne internationale pour sauver et libérer Hugo Blanco. Mais dans la période où celui-ci menait une lutte exemplaire à la tête d'un puissant mouvement paysan, la plupart des membres et des organisations trotskystes n'avaient pas la moindre information à ce propos et même l'organisation à laquelle Hugo appartenait était dechirée et paralysée par toutes sortes de manœuvres fractionnelles "
Le départ en 1965 de la tendance organisée par Michel Pablo a eu des répercussions nettement plus limitées. Mais dans ce cas aussi, nous avons perdu, a part Pablo lui-même, des cadres valables, en premier lieu en France, où à cette époque, avant la fondation de la JCR et la montée de 1968, notre organisation était encore très faible.
Une leçon élémentaire, mais essentielle
La question s'est posée et se pose de savoir si dans les deux décennies dont nous avons parle et qui ont souvent été caractérisées par la métaphore un peu sommaire de « traversée du désert », il était possible de construire des partis révolutionnaires et si ce sont fondamentalement nos erreurs politiques et organisationnelles qui nous en auraient empêche.
On pourrait répondre par l'affirmative dans les deux cas très spécifiques de la Bolivie et du Sri Lanka. Mais, plus généralement, nous sommes convaincus que les conditions aussi bien objectives que subjectives pour réaliser une telle entreprise n'étaient pas réunies, et que même si nous avions évité les erreurs d'analyse et d'orientation que nous avons commises et si nous n'avions pas subi des scissions, des partis marxistes révolutionnaires avec une large influence de masse n'auraient pas pu être construits.
Si on veut dresser un bilan rapide, on peut dire sans triomphalisme que nous avons assure contre vents et marees la continuité du marxisme-révolutionnaire et notamment des conceptions internationalistes. Qui plus est, nous avons été le seul courant du mouvement ouvrier qui s'est donné et a maintenu un cadre international alors que les partis communistes staliniens y renonçaient com- plètement après l'échec lamentable du Kominform, et que les partis sociauxdémocrates concevaient leur « Internationale », encore plus que dans les années vingt et trente, comme un lieu de rencontres diplomatiques où les nécessités des gouvernements et des Etats primaient sur les besoins et les aspirations de la classe ouvrière et des peuples opprimes. Quant aux autres organisations se reclamant du trotskysme, aucune, à aucun moment, n'a pu créer et maintenir un cadre international comparable au nôtre. Sauf le comité international pendant une tres breve periode. d'autres «centres internationaux » n'ont été, au mieux, que des constellations hétéroclites et précaires, dominées par un « grand » parti national.
C'est ce cadre international qui nous a permis non seulement d'affirmer la continuite du marxisme-révolutionnaire, mais aussi et surtout de le développer en fonction des gigantesques expériences historiques de l'après-guerre. C'est ce cadre qui nous a permis d'intégrer et de faire múrir des cadres provenant d'expériences politiques concretes dans leurs pays, d'impulser la formation et le développement de sections, certes, le plus souvent numeriquement très faibles, mais presque toujours enracinées dans leur propre mouvement ouvrier et capables d'y participer activement, parfois avec des rôles de direction, à de grands mouvements de masses. C'est grâce à tout cela que nous sommes arrives au tournant de 1968-1969 avec une accumulation de forces suffisantes pour être partie prenante de la nouvelle montée.
Mais les forces étaient encore trop limitées pour influencer d'une façon décisive sur la recomposition du mouvement ouvrier dans le cours même des nouvelles luttes qui se développaient et donc pour rendre possible une issue revolutionnaire. C'est justement sur ce terrain que nous enregistrons le côté négatif de notre bilan. Nous aurions pu arriver à la fin des années soixante avec plus de forces que nous n'en avions réellement. C'était objectivement possible et ce sont nos erreurs, nos retards, nos déchirements que nous ont empêché de le faire. C'est la leçon élémentaire, mais essentielle qu'il faut tirer. C'est dans la phase preparatoire, avant l'eclatement des grandes crises sociales et politiques, avant des crises pré-révolutionnaires et révolutionnaires qu'il faut accumuler des forces substantielles. Après, c'est trop tard. L'espoir de la génération de militants à laquelle appartient l'auteur de cet article est que les militants des nouvelles générations de l'Internationale réussissent à accomplir à temps cette tâche que nous n'avons pas su accomplir. 1. Il suffit de rappeler que parmi la vingtaine de camarades qui avaient participé au congrès de 1938 comme délégués, rapporteurs, membres de la direction sortante, etc., seuls deux d'entre eux, James Cannon et Michel Raptis, ont maintenu un rôle dirigeant dans l'après-guerre. Certains d'entre eux sont morts au combat, d'autres ont quitté le mouvement quelques années plus tard pour des raisons diverses. Il faut ajouter, par ailleurs, que deja dans la période de préparation du congrès de fondation, nous avions subi des coups très durs avec l'assassinat par le Guépéou d'Erwin Wolf et de Rudolf Klement et la mort de Léon Sedov. 2. Les textes du II° Congrès mondial seront publiés dans le courant de l'année par les éditions La Brèche. Rappelons que deux tomes sur les congrès de la IV° Internationale - le premier sur la période 1930-1940, le deuxième sur la période 1940-1946 - ont déjà été publiés par la même maison d'édi-
1943-1968 : UN BILAN tion, respectivement en 1978 et 1981. Les lecteurs intéresses pourront y trouver des textes importants et des informations sur les événements auxquels nous faisons allusion dans notre article. 3. Les textes que nous citons ont été publies dans Quatrieme Internationale et sont repris dans les volumes mentionnes en note 2. 4. Toute une série de sources, même officielles, ont confirmé que l'état d'esprit des troupes américaines en 1945-1946, aussi bien en Europe qu'en Asie, était tel que les dirigeants de Washington auraient eu de la peine à les mobiliser pour écraser des mouvements populaires massifs ou des insurrections. Par ailleurs, l'argument de l'état d'esprit des troupes, et plus generalement des sentiments du peuple américain opposé à de nouvelles guerres, a été avancé par les partisans du rejet de la perspective d'un engagement militaire en 1946-1947 en Chine pour éviter l'écroulement du régime de Tchang-Kai-Schek. 5. En août 1951, le secrétariat de l'UAP. après avoir exclu le camarade Georg Jungclas qui en faisait partie, déclara que la position de la IV° Internationale sur la défense de l'URSS « était incompatible avec la plate-forme de l'UAP », bien que l'organisation n'eut pas pris position sur ce problème auparavant. Rappelons qu'à ce moment-là la direction yougoslave avait fait un tournant a droite dans sa politique étrangère en votant à l'ONU en faveur de l'intervention en Corée 6. Voir les thèses publiées dans Quatrième Internationale, août-octobre 1951. Les théses l et 2 affirment ce qui suit : « I. Ayant échoué dans les multiples tentatives qu'il a faites depuis la dernière guerre pour arrêter la désagrégation de son système mondial et restaurer son équilibre, et se trouvant menacé par une nouvelle crise de surproduction, l'impérialisme s'est lancé à nouveau dans la preparation acceleree. militaire et politique d'une nouvelle guerre mondiale. « Il. Cette tendance à la guerre, inhérente au système capitaliste dans sa phase impérialiste de décadence et de décomposition existait naturellement dès la liquidation de la Seconde Guerre mondiale et le debut de la «guerre froide ». Toutefois, ce qui caractérise essentiellement le cours pris recemment par la politique des impérialistes. c'est le passage d'une préparation principalement idéologique de la nouvelle guerre (par une croisade antisovietique et anticommuniste en général) à une préparation militaire et politique plus précise de la guerre.
«Ce tournant se concrétise par l'orientation essentielle de l'économie des principaux pays capitalistes vers une economie d'armement et de guerre et la subordination du caractère politique de tous leurs "plans" et idées ("plan Marshall"' "plan Schuman" "Unification de l'Europe") à un caractère militaire.
La résolution sur la situation internationale explique, entre autres : « La situation internationale est caractérisée par les preparatifs accélérés de la guerre de l'impérialisme, la rupture quasi consommée en fait entre le bloc impérialiste d'une part et l'URSS groupant autour d'elle les "démocraties populaires" et la Chine avec qui elle est alliée d'autre part (malgré la possibilité de compromis limités avant le conflit général, la polarisation accrue des forces sociales dans chaque pays. l'amplification du mouvement anti-impérialiste et révolutionnaire dans les pays asiatiques d'Extrême-Orient et du Proche-Orient, les colonies africaines et les pays semi-coloniaux de l'Amérique latine, et la nouvelle montee du mouvement ouvrier dans les métropoles en conséquence des victoires des masses coloniales et de la mise en exécution du programme d'armement de la bourgeoisie. La période qui s'ouvre est celle de l'alignement des forces sociales adverses s'engageant dans des combats partiels qui vont en s'amplifiant vers un choc général décisif.
« L'accélération de la marche de l'imperialisme vers la guerre est le resultat de l'échec de toutes ses tentatives de restaurer un nouvel équilibre, d'arrêter le processus de son auto-décomposition, de mater le puissant mouvement d'émancipation des masses coloniales et métropolitaines et de ses efforts pour conjurer la menace de la crise économique. » 7. Voir Quatrième Internationale, janvier-février et juin-août 1954. 8. Rappelons qu'en août 1953 il y avait eu en France des grèves massives mobilisant des millions de travailleurs. Selon l'éditorial de Quatrième Internationale (novembre 1953), on pouvait parler d'une « situation pré-révolutionnaire ». Remarquons toutefois, que dans un article sur la France paru dans le même numero, cette caracterisation n'est pas explicitement reprise par Pierre Frank, qui parle pourtant du « plus important mouvement de travailleurs depuis juin 1936 ». 9. En ce qui concerne, par exemple, l'utilisation du concept de gouvernement ouvrier et pays, voir notre article paru dans Quatrième Internationale, mars 1985. 10. Un tel argument a été utilisé notamment par Michel Pablo pour justifier les mesures organisationnelles adoptées, avec une procédure qu'une minorité des membres du SI avait déjà à l'époque condamnée, contre la majorité de la direction de la section française (voir à ce propos de la crise de cette section le quatrième volume des documents de la IV° Internationale à paraitre prochainement). 11. Voir à ce sujet le rapport d'activité du Il° Congres mondial 12. Comme l'indiquent clairement les textes qui seront publiés dans les volumes sur les congrès de l'Internationale que nous avons déjà mentionnés, la perspective de la guerre fut acceptée à l'époque même par ceux qui ont participé à la scission de 1953 (la majorité de la section française et le SWP). 13. Il est frappant de constater que dans aucune de nos analyses économiques de l'époque nous n'évoquions la théorie des ondes longues, qui n'attirera à nouveau notre attention qu'à partir de la crise de 1974-1975 et à la suite des pages qu'Ernest Mandel y consacre dans son livre sur le troisième âge du capitalisme. 14. Par exemple, dans son rapport au Ve Congrès, Pablo polémiquait avec les thèses avancées par le théoricien travailliste britan- nique Strachey dans un livre qui avait obtenu un grand succes, Contemporary Capitalism. 15. Voir, par exemple, Quatrième Internationale, février 1959, éditorial et le projet publié dans la même revue (janvier 1960). 16. Voir plus loin à propos de son arrestation et de son proces. 17. Voir notamment le discours prononcé en sa défense par Michel Raptis et le temoignage de Livio Maitan dans Quatrième Internationale, n° 13, juillet 1961. Michel Raptis et Sal Santen furent condamnes à quinze mois de prison et libérés au mois d'août 1961. 18. Hugo Blanco avait écrit, entre autres, dans une lettre au peuple péruvien : « Ce procés ne s'ouvre pas contre ma personne, mais contre la révolution peruvienne. La reaction prétend l'amener au banc des inculpes ; et nous ne devons pas le permettre : au bane des inculpes doit se trouver l'oligarchie. » Le procès eut finalement lieu du 30 août au 8 septembre 1966 et notre camarade fut condamné à vingt-cinq ans de prison. Il fut libéré sous le régime de Velasco Alvarado en 1970. 19. Au meeting du 18 février ont pris la parole entre autres, aux côtés de Rudi Dutschke, Ernest Mandel et Jeannette Habel. 20. Pour d'autres informations et analyses à propos de notre organisation bolivienne, voir notre brochure Apuntes sobre una historia del trotskismo en America latina, publiée en 1978 en Colombie. 21. Voir à ce sujet la résolution sur l'Amérique latine du XI ° Congres mondial (Quatrième Internationale, mai 1969), les resolutions du X° Congrès mondial (Quatrième Internationale, juillet-août 1974), la résolution sur l'Amé-
1943-1968: UN BILAN rique latine du XI ° Congrès mondial (supplément à Inprecor, 1979). Voir aussi notre article « Amérique latine : de la guérilla à la guerre du peuple ? » (Quatrième Internationale, printemps 1975). 22. Rappelons que le Parti communiste est né d'une scission du LSSP, qui avait refusé d'adopter une ligne de collaboration avec l'impérialisme britannique pendant la Seconde Guerre mondiale. 23. Le hartal est une forme de grève générale, en principe, non violente. 24. Les élections auxquelles nous avons fait allusion avaient donné naissance à un parlement ingouvernable. Des nouvelles élections furent organisées au mois de juillet. C'est à cette occasion que le LSSP signa un accord selon lequel il ne présenterait pas des candidats dans les circonscriptions où le SLFP serait présent et le SLFP ferait la même chose. 25. A l'occasion d'un voyage au Sri Lanka en août 1959 nos cheveux se sont dressés sur notre tête en écoutant N.M. Perera défendre la possibilité d'une voie pacifique au socialisme avec des arguments analogues à ceux qu'avançaient les dirigeants des partis ouvriers traditionnels en Europe capitaliste. 26. Le problème des rapports avec les travailleurs des plantations était d'autant plus sérieux que ceux-ci appartenaient dans leur presque totalité à la minorité tamoule. Une indication du dérapage du LSSP fut l'absence d'intégration de ces travailleurs dans le front uni de la gauche en 1963 et même leur exclusion de la plate-forme du premier mai de la même année. 27. Sur les tentatives de rectifier partiellement cet état des choses voir l'article d'E. Germain, Quatrième Internatio- nale, novembre 1964 et l'article de Pierre Franck, Quatrième Internationale, juillet 1964. 28. Des divergences sérieuses étaient apparues avec Posadas, par exemple. a l'occasion des voyages en Amérique latine de Sal Santen et de Pierre Frank (1952-1953), qui avaient perçu, entre autres, que ses méthodes organisationnelles étaient très peu démocratiques. Après 1953, Posadas a mis tout en œuvre pour éviter d'autres voyages de dirigeants de l'Internationale, y compris de Michel Pablo, en Amerique latine. En fait, il aura fallu attendre 1962 pour qu'un nouveau voyage soit organisé, après la scission posadiste. C"est l'auteur de cet article qui l'a effectué. 29. Hugo Blanco était membre de l'organisation péruvienne qui se réclamait du Comité international et qui, en Amérique latine, faisait partie du SLATO (Secrétariat latino-américain du trotskysme orthodoxe).