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La revue › n° 21

DP : organisation militante et cadre institutionnel

Elettra Deiana · Quatrième Internationale, n° 21 · septembre 1986 · p. 23-30 · 3 482 mots

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Democrazia proletaria, qui s'est considérablement renforcée au cours des dernières années, développe une activité militante réelle parmi les travailleurs et les jeunes et dans les mouvements sociaux. Par ses batailles d'idées et les qualités polémiques de son leader, Mario Capanna, elle a gagné la sympathie de secteurs populaires et a été capable d'exploiter des occasions favorables pour accroître son audience. Cela dit, il est incontestable que sa relance et sa consolidation sont liées dans une large mesure à sa présence dans les institutions (sept députés et un député européen, de nombreux élus municipaux et régionaux, financement que l'Etat garantit à tous les partis représentés au Parlement).

Les élections de 1983 furent pour DP un véritable pari, d'où dépendait son avenir. Son groupe dirigeant avait déjà réalisé tout un travail de recomposition politique et organisationnelle après la défaite électorale que la Nouvelle Gauche unie, qu'elle inspirait, avait subie en 1979 et après la crise profonde de l'extrême gauche vers la fin des années soixante-dix. DP pouvait déjà compter sur une base ouvrière et sur des militants actifs, surtout à Milan, et avait une audience non négligeable. Toutefois les acquis restaient précaires. L'organisation subissait des pressions différentes, voire opposées. De nombreux militants étaient sous l'influence des mouvements « spontanés » de l'époque et de ceux qui rejetaient l'idée même de parti comme désormais obsolète (entre autres, il y a eu des polémiques a ce sujet au congrès national tenu en 1981). Le groupe dirigeant, par ailleurs, était loin d'être consolide. Il était en fait contesté par des secteurs importants de l'organisation.

C'est dans un tel contexte que le choix a été fait de miser sur les élections avant de définir le programme et la perspective à long terme et même le rôle de l'organisation dans le contexte politique donné. Le pari a été gagné aux élections législatives de 1983 et le succès confirmé aux élections locales de l'année dernière.

Le congrès national qui se déroula au mois d'avril dernier refléta les progrès et la consolidation de DP. Selon le rapporteur Capanna, celle-ci a maintenant 8 000 adhérents et l'objectif fixé est d'atteindre les 9 000 avant la fin de l'année. L'aile la plus militante et la plus favorable à la construction d'un véritable parti s'est visiblement renforcée, soutient les initiatives prises dans ce sens par le groupe dirigeant, stimule le recrutement dans les entreprises et parmi les jeunes, et s'engage avec plus de confiance dans les batailles quotidiennes. Le congrès a donné de l'organisation une image militante, bien qu'il se soit déroulé dans le milieu un peu fastueux d'un grand hôtel sicilien. Sans revenir sur l'intervention de DP dans les luttes ouvrières et dans le mouvement syndical, rappelons qu'elle a réussi à construire des groupes dans des entreprises importantes, dont Alfa-Romeo à Milan. En mai et juin derniers, ces groupes ont contribué à la bataille menée par le regroupement syndical d'opposition, Democrazia consiliare, contre le projet de plate-forme pour le renouvellement des conventions collectives qu'avaient proposé les directions syndicales. Dans la métallurgie, les syndicats ont organisé un référendum qui a donné une majorité assez nette à leurs propositions. Mais dans des entreprises importantes, les résultats ont été plus équilibrés et, parfois, le non a prévalu. Cela s'est passé notamment ou DP, de même que la LCR ont pu animerr des noyaux combatifs.

Le congrès d'avril 1986

Toutefois, ces succès incontestables n'ont pas amené DP à utiliser le congrès pour clarifier une série de problèmes politiques essentiels, notamment pour préciser la perspective de l'alternative au système sur laquelle ses dirigeants reviennent constamment dans leurs textes et dans leur propagande.

En effet, on ne peut pas esquisser une alternative au système de domination bourgeois que pourtant DP rejette, ni à la stratégie des partis de la gauche traditionnelle qu'elle critique, si on n'explique pas clairement quelle perspective stratégique justifie l'existence même d'une organisation et son combat; si on ne définit pas son propre rôle au sein du mouvement ouvrier ; si on ne développe pas une orientation politique qui soit alternative d'une façon conséquente à celle des partis ouvriers traditionnels. Or, c'est sur ces trois terrains que DP révèle ses limites et ses contradictions internes. Si ces contradictions ne provoquent pas des ruptures, c'est parce que son groupe dirigeant réussit à faire coexister d'une façon pragmatique des mouvances même très différentes en préservant en même temps son image de marque comme « parti à la gauche du PCI ».

La perspective stratégique de DP est loin d'être claire sur le plan programmatique. Certes, elle parle souvent de projet anticapitaliste, mais il est difficile d'en saisir et le contenu et les voies concrètes de réalisation et l'aboutissement. Le thème du « développement autocentré », sur lequel DP a beaucoup écrit et dont elle a discuté longuement à son congrès, constitue un exemple significatif à ce sujet. Dans le projet de thèses pour le congrès, on lit, entre autres: « Un projet d'économie alternative doit nécessairement partir d'une critique radicale des idéologies et des pratiques du développement quantitatif et centralisé, fondé sur l'accroissement exagéré des volumes et des rythmes de production et sur le gaspillage du travail et de ses ressources. » Il faut opter, selon le projet, pour « une gestion de l'économie basée sur les territoires et autocentrée », c'est-à-dire correspondant aux besoins et aux ressources locales de façon à « valoriser l'occupation et l'environnement et à introduire une éthique de l'environnement et de la société qui enlève le diaphragme du profit dans le rapport entre l'économie d'un côté, et la société de l'autre, et qui ait comme but la production de valeurs d'usage ».

En même temps, DP insiste beaucoup sur l'« éco-développement », c'est-à-dire sur la nécessité d'un développement équilibré de l'économie, de la société et de la nature. Elle ne se pose pas la question de savoir dans quelle mesure ses hypothèses correspondent aux besoins d'émancipation matérielle des peuples qui représentent la grande majorité de l'humanité. Elle préfère parler d'une « responsabilité sociale envers les générations futures » qui devrait amener prioritairement à économiser les ressources naturelles susceptibles d'épuisement et à introduire des technologies à intensité énergétique réduite et aux effets limités sur l'environnement.

Tous ces problèmes devront être incontestablement abordés dans une société libérée de l'exploitation capitaliste. Mais il est illusoire d'en faire maintenant l'axe central d'une perspective d'alternative. De plus, DP n'explique pas avec la clarte nécessaire à quel moment et dans quel cadre le « développement autocentré » se réaliserait. En d'autres termes, on ne sait pas s'il s'agit d'un ensemble de propositions stratégiques à avancer dans une logique de programme de transition ou d'un modèle de société pour la phase qui suivra la prise du pouvoir, ou bien pense-t-on qu'une telle perspective pourrait se concrétiser par bribes dès maintenant ou dans les prochaines années.

Nous excluons la première hypothèse. En effet, les rédacteurs du projet de thèses semblent s'efforcer de placer la perspective de l'« éco-développement » dans le cadre d'une transformation socialiste. Mais, en l'absence d'une explication d'ensemble cohérente, ils ouvrent la porte à des théorisations ambiguës, voire carrément fausses. Ainsi, des militants et même des dirigeants, y compris dans des interventions au dernier congrès national, ont nourri des illusions sur la possibilité d'anticiper des îlots de socialisme autogéré et autocentré dans le cadre de la société actuelle. Dans certains cas, on est allé jusqu'à avancer des idées ou des projets dans une logique de rationalisation du système capitaliste italien, ce qui rappelait « le nouveau modele de développement » esquissé par le PCI dans les années soixante-dix.

Précisons, par ailleurs, que la thèse du développement autocentré, qui est largements partagée dans l'organisation, est défendue notamment par la composante éco-pacifiste et « mouvementiste » (Ronchi, Semenzato, Tosi, Franco Russo) et par des secteurs provenant des régions méridionales et nord-orientales. C'est dans ces milieux que circule une interprétation carrément néo-réformiste du « développement autocentré ». Par exemple, Tosi a expliqué au congrès, que si on voulait effectivement créer des conditions favorables pour un tel développement, il fallait se battre pour « une réforme de l'Etat ». Une telle réforme devrait être accompagnée par des mouvements de masses et... un contrôle ouvrier de la production. Des idées semblables ont été avancées par l'aile Ingrao du PCI depuis quelques décennies.

Répétons-le, de telles conceptions ne sont pas partagées par la majorité de DP Mais le groupe dirigeant a facilité leur apparition dans la mesure où il n'a pas précisé, comme nous l'avons vu, le contenu de « sa perspective révolutionnaire ». Capanna lui-même a contribué à maintenir le flou, en donnant, par exemple, dans son rapport au congrès la définition qui suit de la différence entre réformistes et révolutionnaires :

« Le véritable noyau de la différence entre réformistes et révolutionnaires » réside non « dans la lutte pour les réformes, mais dans la façon de conduire cette lutte et la signification qu'on lui attribue. Nous sommes très fermes sur le choix de la lutte de masses pacifique par l'utilisation des conditions de démocratie politique qui existent et qui, par ailleurs, ont été conquises en Italie par la lutte des masses dans la Résistance, alors que dans les conditions de la violence fasciste, par exemple, les réformistes eux-mêmes ont dû avoir recours à des méthodes de lutte armée et insurrectionnelle... Aujourd'hui, à cause des reculs qu'on a subis, arracher des réformes est une entreprise révolutionnaire et non réformiste ».

La question de la légitimité, du point de vue théorique, de l'utilisation de la violence par un parti révolutionnaire est ici posée sous une forme indirecte. Elle a été abordée plus explicitement dans le débat. Les formules utilisées par le projet de thèses étaient ambiguës, ou même contradictoires, ce qui reflétait l'effort du groupe dirigeant de ne mécontenter personne. En effet, d'un côté, le projet avançait des idées allant dans le sens de ce pacifisme stratégique qui est assez répandu dans l'organisation à la suite de l'adhésion de secteurs du mouvement pour la paix, et il soulignait l'importance de la non-violence comme instrument essentiel de lutte politique et de stratégie alternative. De l'autre, il reconnaissait que « la violence est nécessaire aux masses pour se défendre contre la violence des oppresseurs et pour leur arracher le pouvoir ».

Mais au congrès, le secteur pacifiste a exigé une clarification. Il a imposé à la majorité une rectification du projet, qui implique la reconnaissance du caractère stratégique du choix non violent, tout en constatant que « les oppresseurs tendent à défendre leur pouvoir par la violence ouverte lorsque ce pouvoir est menacé ». En conclusion, le droit des masses à utiliser la violence pour leur autodéfense n'est reconnu que sous des régimes fascistes ou d'autres régimes dictatoriaux. Pour avaliser cette conception, Capanna a estimé nécessaire de citer l'encyclique Populorum progressio, Paul VI et la charte de l'ONU. Un groupe de délégués, surtout de la fédération de Bologne et de celle de Milan, ont proposé de maintenir la version originelle du texte, mais seulement 110 délégués ont voté en faveur de celle-ci, alors que 240 approuvaient le changement introduit.

Plus généralement, le groupe dirigeant de DP a voulu exploiter le congrès pour se donner l'image d'une force politique qui a mûri, qui est devenue responsable et n'a plus rien à voir avec l'ultra-gauchisme d'autrefois. La presse bourgeoise semble avoir saisi cette évolution. Comme l'a fait remarquer Il Manifesto au debut, cette presse était « méfiante et malveillante », mais par la suite, elle a partiellement rectifié son tir en se félicitant notamment du choix de la non-violence. Le Corriere della Sera, par exemple, a apprécié le souci de DP d'éviter que « sa bataille pour l'utopie n'acquière un caractère d'ultra-gauchisme et encore moins de violence ». Et il a souligné que « DP, en réfléchissant sur une grande partie de sa propre expérience, semble vouloir se caractériser non tant comme le parti de l'intransigeance idéologique, fidèle aux enseignements de Marx et Lénine, mais plutôt comme le parti de la fantaisie politique ». Journalistes et politologues bourgeois ne s'attendent pas à ce que DP renonce à sa bataille d'opposition. Mais, en se basant sur le déroulement du congrès, des indications provenant du groupe dirigeant lui-même, l'état d'esprit répandu parmi les délégués, ils entrevoient la possibilité que cette bataille se développe de plus en plus dans le cadre politique et institutionnel existant et qu'elle puisse, dans le futur, canaliser des conflits sociaux et politiques éventuels.

Une orientation internationale ambiguë

Nous voudrions reprendre ici les critiques à l'orientation de politique internationale de DP qui ont été déjà exprimées dans la lettre du secrétariat national de la LCR, publiée dans ce numéro de notre revue. C'est notamment la crise qui a éclaté dans le bassin de la Méditerranée depuis l'automne dernier qui a mis en relief toutes les limites et les ambiguïtés de la ligne éco-pacifiste.

Dans les textes de DP, de même que dans des interventions de ses principaux dirigeants, la défense et la relance de la souveraineté nationale de l'Italie constitue un véritable leitmotiv. Voilà, par exemple, ce que dit Capanna dans son rapport au congrès : « Le gouvernement Craxi fait semblant de ne pas s'apercevoir qu'il met de plus en plus notre pays en situation de jouer avec le feu. Par une attitude grave et irresponsable du point de vue constitutionnel, le gouvernement a voulu éviter au Parlement le vote sur les orientations de politique étrangère que nous avions demandé à plusieurs reprises. L'ambassadeur américain se rend tous les deux jours au siège du gouvernement pour transmettre des ordres. Il est temps de mettre fin à cette sujetion à légard des Etats-Unis. » En se référant ensuite à la situation économique, il regrette que les insuffisances structurelles de l'économie italienne aient entrave le « développement économique » du pays et qu'« il existe des menaces pour nos exportations vers les Etats-Unis et les pays de l'OPEC ». Selon lui, l'Italie doit briser sa subordination au marché mondial, « ne pas jouer un rôle impérialiste de deuxième division » et « rejeter les mécanismes de la division internationale du travail qui, souvent, la pénalisent ». La ligne de défense de la souveraineté nationale découle en réalité d'une analyse qui établit une sorte de hiérarchie entre les différents impérialismes : les Etats-Unis seraient la puissance impérialiste par définition alors que les autres impérialismes, notamment l'impérialisme italien, appartiendraient à une deuxième catégorie et subiraient les brimades de la superpuissance americaine. Une telle interpretation, qui estompe le problème de la nature et du role specifique d'un pays impérailiste comme l'italie, amène à la conclusion qu'il peut y avoir des aspects progressistes dans les conflits interimpérialistes. Elle amène également à mettre l'accent, dans l'analyse de la situation dans le bassin de la Méditerranée, moins sur la distinction essentielle entre pays impérialistes et pays dépendants que sur le rôle hypothétique que pourrait jouer sur le terrain diplomatique et institutionnel un pays comme l'Italie. Tout cela s'est mieux précisé au moment de l'agression des Etats-Unis contre la Libye. DP a condamné explicitement cette agression, exprimé sa solidarité au peuple libyen sur le plan humanitaire et demandé que l'Italie sorte de l'OTAN. Mais elle n'a pas soutenu la Libye en tant que pays dominé. Elle a avalisé la thèse selon laquelle Khadafi serait un terroriste et un fauteur de guerre et on ne saurait compter sur lui pour développer une politique de détente et de paix dans la Méditerranée. Sa fédération romaine, qui est très proche de la direction nationale, a même distribué un tract expliquant que l'attaque de Reagan était « une riposte erronée » au « terrorisme » de Khadafi. Ce tract ne reflète pas la position officielle de DP. Mais c'est justement l'ambiguïté de cette position qui permet de tels dérapages.

Ajoutons que le groupe dirigeant avait organisé pour le dernier jour du congrès national d'avril une espèce de séance élargie ou conférence ad hoc où il voulait présenter un « projet pour la paix dans la Méditerranée », élaboré par le groupe parlementaire. Il avait invité à cette séance, pêle-mêle, les gouvernements d'Algérie, du Maroc, de la Tunisie, de la Grèce et de l'Espagne. Isräel et la Libye n'étaient pas invités. Le gouvernement italien aurait dû être représenté par le ministre des Affaires étrangères, Giulio Andreotti. Celui-ci a finalement déclaré de ne pas pouvoir participer à cause d'autres engagements importants et l'initiative a fait long feu. Il n'empêche que la logique diplomatique institutionnelle était claire. De surcroît, DP ne s'est pas gênée d'opposer au ministre de la Défense, Giuseppe Spadolini, partisan sans réserves de Reagan et du Pentagone, le ministre des Affaires étrangères, Giulio Andreotti, sous le prétexte qu'il serait plus « indépendant », plus sensible aux problèmes de la paix et plus ouvert aux besoins des peuples.

Cet aspect de la politique de DP nous ramène au problème de son intégration dans les institutions qui comporte un danger certain. Dans les textes, y compris ceux adoptés par le congrès, il y a des mises en garde contre ce danger. Mais le cadre matériel pèse incontestablement et cela se reflète dans la vie de l'organisation. Les sept membres du Parlement constituent en effet le noyau de la direction du parti et les fédérations locales sont souvent conditionnées par l'activité de leurs élus municpaux et régionaux. Par exemple, dans les rapports aux congrès prépa- ratoires à l'échelle locale, beaucoup plus de place a été réservée aux initiatives a prendre dans les conseils municipaux qu'à l'organisation de l'intervention dans le mouvement des jeunes lycéens ou dans les luttes ouvrières.

Dans un dossier de la revue Democrazia proletaria, Mario Capanna a abordé récemment les problèmes institutionnels sous l'angle de la problématique de l'alternative. Il a indiqué notamment que la bataille et l'expérience des conseils ouvriers au cours des années soixante-dix n'avaient pas qu'une portée revendicative. Elles avaient une signification politique plus générale : « esquisser, bien que sous une forme parfois élémentaire, les traits spécifiques de la démocratie dans le socialisme ». On ne peut qu'être d'accord.

Le problème des institutions

Mais Capanna explique immédiatement après que, selon DP, « les institutions représentatives du type traditionnel doivent elles-mêmes constituer un pilier [souligné par nous] de la démocratie dans le socialisme. Nous estimons que pendant une longue période, des formes multiples de démocratie doivent coexister parce que le problème des structures politico-institutionnelles en perspective pour le socialisme n'a pas eu de solutions adéquates et il faut tout expérimenter. Plus exactement, , les tentatives faites lors des expériences révolutionnaires passées de renoncer à la démocratie représentative ont facilité la régression bureaucratique et autoritaire des institutions de la démocratie des conseils ».

Voilà une approche formaliste et historiciste qui met une sourdine aux problèmes essentiels, structurels, de la révolution. Au fond, DP reprend une vieille illusion, c'est-à-dire l'illusion qu'il soit possible d'envisager une transition sans rupture, sans violence révolutionnaire et, donc, de se baser sur ce qui subsiste des structures politiques bourgeoises pour construire le nouveau pouvoir et ses institutions. C'est dans une telle optique que « le travail dans les institutions » d'aujourd'hui devient essentiel pour atteindre l'objectif stratégique qu'on propose. Nous ne contestons pas que des acquis démocratiques du passé puissent être utilisés dans le cadre d'une démocratie socialiste avec des contenus qualitativement supérieurs. Mais cela n'implique pas que les vieilles institutions puissent constituer des « piliers » des institutions nouvelles.

Finalement, des ambiguïtés subsistent aussi en ce qui concerne l'idée du parti à construire et le rôle que DP projette pour elle-même dans le mouvement ouvrier italien. Certes, la direction de DP met l'accent sur la construction de sa propre organisation. Mais, en même temps, elle semble plus se préoccuper d'obtenir une légitimité en tant que « force différente du PCI » que d'expliquer que le parti dont les masses exploitees ont besoin doit être le parti de la révolution socialiste aux bases programmatiques et aux contours politiques bien définis. Le recours au theme de la « refondation de la gauche », à savoir à un concept flou et susceptible d'interprétations tout à fait différentes, n'aide pas à la clarification nécessaire. Par ailleurs, tout cela va dans le sens du maintien, au-delà de l'évolution des dernières années, de l'option qui consiste à construire DP comme une organisation éclecti- que qui rassemble des courants, des mouvances et des sensibilités assez hétérogènes et où coexistent des courants d'inspiration marxiste et prolétarienne et des courants pacifistes et non violents.

Cette option comporte également une dimension internationale. DP participe à des mobilisations internationalistes et entretient des rapports avec des organisations et des mouvements d'autres pays. Mais il s'agit souvent de rapports situés sur le plan de la solidarité ou de type diplomatique (par exemple, au niveau du

Parlement européen). Elle n'est pas intéressée à l'établissement de rapports de collaboration ou à l'engagement de discussions tant soit peu sérieuses avec des organisations comme la IV° Internationale. Bref, la construction du parti est conçue comme un cadre strictement national.

Juin 1986

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