Lenin's Struggle for a Revolutionary International. Documents: 1907-1916. The preparatory years. Edited by John Riddell, Monad Press, New York, 1984
La III° Internationale n'a pas été uniquement le produit de la révolution russe. Bien avant Octobre 1917, la gauche marxiste a mené le combat pour une véritable orientation internationaliste, d'abord au sein de la Il° Internationale, et ensuite, après août 1914 (le ralliemeni de la social-démocratie à la guerre impérialiste), en appelant à la formation d'une nouvelle internationale, dont les premiers jalons furent les Conférences de Zimmerwald (1915) et Kienthal (1916).
Ce volume publié par Monad Press (la maison d'édition du SWP américain), est un recueil de documents (précédes de cours textes explicatits) de cette étape préparatoire, allant du Congrès de Kienthal et ses suites. Par la richesse de sa documentation (sélectionnée par John Riddell), qui inclut une grande quantité de matériaux peu connus ou difficilement trouvables - des textes de Rosa Luxembourg, Pannekoek, Liebknecht, etc. - ainsi que des écrits russes jusqu'ici non traduits (de Trotsky, Zinoviev, Radek, Piatyakov, Boukharine) il constitue un excellent instrument de travail, qui éclaire de façon utile la génèse de l'Interna- tionale communiste. Il s'agit du premier volume d'une série qui doit couvrir la période jusqu'à la fin de 1923, c'est à dire l'époque léniniste du Comintern.
Comme l'observe à juste titre John Riddell dans sa préface, les Œuvres complètes de Lénine sont disponibles depuis des décades, mais très peu existent (du moins en langue anglaise) sur les debats au sein du mouvement ouvrier autour de la formation et le développement de la III° Internationale.
Parmi les documents les plus intéressants et les moins connus, mentionnons un débat au Congrès de Stuttgart (1907) de la II° Internationale sur... les travailleurs immigrés, dont l'actualité est brûlante, quatre-vingts années plus tard ! On y voit Morris Hillquit, un socialiste américain, s'opposer à l'immigration de travailleurs « étrangers » - notamment japonais et chinois - qui constitueraient une « dangereuse compétition » pour les ouvriers indigènes (américains). Rejetée par d'autres socialistes des USA (Julius Hammer), cette position sera critiquée notamment par le socialiste japonais Kato Tokijiro qui rappelait : « C'est seulement la dure nécessité qui a poussé les travailleurs japonais à quitter leur patrie pour gagner leur vie dans un pays étranger. C'est le devoir des socialistes de recevoir ces frères pauvres, de les défendre, et ensemble avec eux, lutter contre le capitalisme. Les fondateurs du socialisme, notamment Karl Marx, ne se sont pas adressés à certains pays en particulier, mais à toute l'humanité. L'internationalisme est inscrit sur notre drapeau. »
La principale réserve qu'on pourrait faire à la présentation historique du volume et des documents, c'est qu'ils offrent une vision trop linéaire de l'évolution de Lénine. S'il est vrai qu'après 1914, Lénine va se trouver à la tête du combat pour une rupture définitive avec la II° Internationale, avant la guerre il avait encore beaucoup d'illusions sur le « centre orthodoxe », et en particulier, sur l'idéologue officiel du marxisme dans le Parti social-démocrate allemand et dans toute l'Internationale : Karl Kautsky. Par contre, Rosa Luxemburg avait adopté, des 1910, une position ouvertement critique et polémique envers le centrisme kautskyen - y compris sur les questions internationales, comme le témoigne d'ailleurs son texte sur le Congrès de léna du SPD (1913), publié dans le recueil.
L'année 1914 a signifié un tournant très important dans l'itinéraire politique de Lénine : c'est à ce moment qu'il se rend compte des limitations du marxisme de la II° Internationale (Kautsky, Plekhanov, etc.) - qu'il va critiquer non seulement du point de vue politique, mais aussi dans ses fondements philosophiques (voir ses Cahiers sur la logique de Hegel, de 1914). Dans la réédition de ce recueil a paraitre prochainement, un additif important sera ajouté : la lettre de Lénine à Shliapnikov, du 27 octobre 1914, où il reconnaissait que « Rosa Luxemburg a eu raison quand elle écrivait, il y a longtemps, qu'il y avait chez Kautsky une "soumission de théoricien" - en langage simple, de la servilité, de la servilite envers la majorité du parti, envers l'opportunisme. » Cette lettre contribue à rétablir le rôle pionnier de Rosa Luxemburg dans le combat contre l'édulcoration kautskyenne du marxisme, qui a servi d'idéologie légitimatrice pour l'appareil dirigeant de la social-démocratie allemande et européenne.
C. Rossi
Vita di Blasco de Paolo Casciola et Giorgio Semasi Odeonlibri, 1985
La vie et l'action militante du marxiste révolutionnaire italien Pietro Tresso (Blasco) n'a été jusqu'ici étudiée que d'une façon fragmentaire et absolument ne vie de la prone de Vience du Pres et ne ch 963, pl publier le volume que nous signalons, enrichi par une série de photos d'époque. Après une préface d'Emilio Franzina, le livre contient quelques pages de souvenir de deux personnes, Domenico Baron et Riccardo Salvador, qui ont connu Tresso et ont eu des rapports avec lui dans leur activité militante.
La première partie, dont l'auteur est Giorgio Semasi, analyse l'activité de Tresso depuis son adhésion à la Fédération des Jeunesses socialistes en 1909 jusqu'au « tournant » de 1930 et à son exclusion du Parti communiste italien. La deuxième partie, écrite par Paolo Casciola, concerne l'activité de Tresso comme militant révolutionnaire trotskyste, de 1930 jusqu'à sa mort en France, en 1944. La troisième partie contient des documents divers, dont des lettres à des personnes de sa famille que la police italienne avait interceptées (1937-1938), et des lettres à sa compagne Barbara en 1941-1943.
Paolo Casciola évoque encore une fois les circonstances de la mort de Tresso, en rappelant en même temps les polémiques à ce sujet, qui ont eu lieu en Italie en 1964. Au-delà de tout ce qui n'est pas encore éclairci, il n'y a pas de doute que notre camarade Tresso a été assassiné, et cet assassinat a allongé la liste tragique des crimes du stalinisme.
Finalement, nous voudrions rappeler l'hommage que Pierre Naville a rendu à la mémoire de Blasco à une époque où l'activité révolutionnaire de celui-ci n'était plus qu'un souvenir lointain : « L'action et la personne de Blasco symbolisent en même temps la lutte sans fléchissement pour un idéal politique socialiste sans compromis, une fidélité totale à ses propres objectifs et la résistance aux effets abominables des méthodes staliniennes dans le mouvement ouvrier (...) Tresso fait partie de cette phalange de victimes que tous les Etats, en dernière analyse, s'acharnèrent à détruire (...) parce qu'il représentait l'avenir vivant du socialisme. Sa personnalité se distingue dans les rangs de cette phalange par des traits particuliers de courage, d'intransigeance et d'humanite profonde. » (Traduit de l'italien).
L. M.
Le Développement international des banques canadiennes, de François Moreau Editions Saint-Martin, Montréal, 1985
Le livre que François Moreau, sociologue à l'Université de Ottawa et militant de la Gauche socialiste du Québec, vient de publier est incontestablement une contribution importante à l'analyse du rôle que les banques canadiennes ont eu et ont encore dans le cadre du capital financier international.
Dans la première partie de son livre, Moreau résume et critique, d'une part, les theories academiques sur les banques multinationales, et de l'autre, il explique quelle est l'approche marxiste du problème de l'internationalisation du capital. Il rappelle correctement les contributions principales en la matière, à savoir les œuvres bien connues de Hilferding, Boukharine et Lénine. On ne peut qu'être d'accord avec sa remarque centrale à propos de l'internationalisation des banques. Leur concentration est, certes. « un facteur pertinent dans l'explication de leur processus d'internationalisation ». Toutefois, « ce facteur doit être mis en rapport avec d'autres éléments d'explication ». En d'autres termes, il faut prendre en consideration « la dynamique d'ensemble de l'accumulation du capital, l'état des