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La revue › n° 19

Vingt ans de lutte pour la libération du peuple palestinien

LCR israélienne · Quatrième Internationale, n° 19 · décembre 1985 · p. 7-22 · 7 434 mots

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Les événements des dernières années à partir de la guerre d'agression de l'Etat sioniste au Liban posent des problèmes d'analise et d'orientation aux marxistes-révolutionnaires du Moyen-Orient. Un débat se développe dans les rangs de la IV Internationale notamment sur le mouvement national palestinien et les tâches des révolutionnaires.

Nous publions dans ce numéro de notre revue une contribution des camarades de la LCR israélienne « Vingt ans de lutte pour la libération du peuple palestinien » et un texte rédigé par les camarades Jeannette Habel et Carlos Rossi.

Nous reproduisons en même temps un article des camarades A. Saïd el M. Machover, déjà paru dans notre revue en septembre 1969, qui fournit des éléments de réflexion très utiles au débat actuel.

1. De la révolte de 1939 jusqu'à la guerre de juin 1967. le peuple arabe de Palestine n'a pas eu de véritable direction nationale. Son sort dépendait des régimes arabes qui, au nom de la « solidarité arabe », s'étaient engagés à utiliser leurs ressources dans la lutte pour libérer la patrie palestinienne. La formation de l'Organisation de libération palestinienne en 1964 par le régime égyptien n'avait pas représenté un tournant à cet égard. L'OLP de Shukeiri n'était qu'une branche de la Ligue arabe et n'avait ni autonomie, ni base de pouvoir indépendant.

La défaite essuyée par les régimes arabes et notamment par le régime nassérien en juin 1967 démontra sans le moindre doute que la libération du peuple arabe de Palestine ne pouvait être réalisée que par le peuple palestinien lui-même et son mouvement national de libération. La formation du Fath en 1965 fut le premier pas vers l'organisation d'un mouvement palestinien de libération autonome. L'objectif de Yasser Arafat, Farouk. Kaoumi, Halil Al-Wazir et de leurs camarades était de créer un mouvement de libération nationale indépendant et militant comme le FLN algérien, le. FRELIMO mozambiquais et d'autres mouvements du tiers monde. La création du Fath représenta un tournant dans le sens ou celui-ci ne compiait plus sur les régimes arabes et adoptait une stratégie liant la lutte nationale palestinienne au mouvement national arabe anti-impérialiste.

2. La quatrième (1968) et la cinquième (1969) sessions du Conseil national palestinien (CNP) confirmaient la formation d'un nouveau mouvement national palestinien dans lequel le Fath assume un rôle d'avant-garde aussi bien au niveau de la nouvelle organisation qu'au niveau du peuple palestinien dans son ensemble.

Dans les années suivantes, le mouvement national palestinien atteint son apogée. Ce développement est lié à la perception croissante de la banqueroute des regimes arabes suite à leur reddition à Israël. A l'époque, le mouvement national palestinien apparait comme le seul espoir aussi bien pour le peuple palestinien que pour le monde arabe dans son ensemble.

Par conséquent, il n'est pas surprenant que les régimes arabes - de la gauche du Baath en Syrie aux autocrates d'Arabie saoudite - s'accordent à aider l'OLP en promettant un soutien financier illimité en échange d'une non-intervention dans leurs affaires intérieures. Toutefois, le grand prestige dont jouissent les combattants palestiniens constitue en lui-même un facteur déstabilisateur décisif de tous les régimes arabes : en effet, il opère comme un stimulant des mouvements de masse dans les pays arabes. Malgré les efforts des dirigeants de l'OLP, I'« intervention » du mouvement dans les affaires jordaniennes sape la monarchie. hachémite. Celle-ci riposte par une attaque frontale contre les combattants palestiniens qui avaient mis sur pied « un Etat dans l'Etat » en territoire jordanien.

Lors de Septembre noir (1970), le mouvement palestinien subit une défaite dans sa principale forteresse, ce qui marque le commencement d'une réappréciation de sa stratégie. Mais ce n'est qu'à la douzième session du CNP, qui se tient après la guerre d'octobre 1973, que cette réappréciation s'exprime sous forme d'«acceptation d'un plan de formation d'un Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza ».

Pour la majorité de l'OLP et notamment pour le Fath, le Front démocratique et la Saïka, cette décision implique de subordonner la lutte militaire à une stratégie politique qui à la fois mise sur l'action diplomatique des régimes arabes et s'efforce de s'insérer dans le cadre d'un accord réalisé par les superpuissances. Ce tournant politique provoque une discussion à la direction de l'OLP et la formation du Front du refus, dirigé par le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP).

Lorsque la quinzième session du CNP se réunit six ans plus tard, il est devenu clair que la stratégie politique de l'OLP n'a pas fait progresser la cause palestinienne plus que ne l'avait fait la stratégie militaire antérieure. Ainsi, une unité nouvelle se cree, basée fondamentalement sur l'acceptation du principe selon lequel la solution envisagéée se réaliserait par étapes. Selon l'interprétation d'un large secteur de la direction de l'OLP. cela signifie que le projet n'aboutirait que par une lutte prolongée et un changement du rapport de forces dans la région.

Jusqu'à la guerre du Liban, la direction de l'OLP s'efforce de manœuvrer entre les initiatives diplomatiques, la mobilisation des masses palestiniennes des territoires occupes et une offensive militaire limitée. Les acquis diplomatiques ne doivent pas étre minimisés : toutefois, rien ne permettait d'espérer l'instauration imminente d'un Etat palestinien.

3. L'OLP n'est pas seulement un mouvement national luttant avec les armes. elle est en même temps l'acquis organisationnel du peuple palestinien. Elle inclut des institutions nationales, politiques, culturelles et militaires et elle englobe tous les secteurs du peuple palestinien, avant tout parmi les réfugiés des camps. C'est pourquoi l'OLP a été reconnue comme sa représentante unique par la grande majorite du peuple palestinien. Le soutien des masses a assuré à l'OLP une autonomie relative et la capacité de résister aux pressions du sionisme. de l'impérialisme et de la reaction arabe.

NOTRE ATTITUDE FACE A L'OLP

1. L'OLP est un mouvement national de libération. En tant que cadre organisationnel qui réunit toutes les tendances significatives de la lutte de libération nationale, l'OLP est le mouvement national de libération du peuple arabe de Palestine et sa seule représentante légitime.

Un mouvement de libération nationale — à savoir un mouvement qui unit un peuple opprime dans le but de réaliser sa libération nationale — n'a pas une orientation de classe spécifique par rapport à ses objectifs et aux forces qu'il veut unifier. L'OLP est un mouvement national et nous définissons notre position à son égard en la considérant comme tel et non comme un parti politique. Le test décisif pour un mouvement de libération nationale réside dans son action conséquente pour conquerir l'indépendance et la libération du peuple qu'il représente.

L'OLP est un mouvement révolutionnaire dans la mesure où il brise l'ordre impérialiste dans la région, en encourageant les mouvements nationaux anti-impérialistes du Moyen-Orient, et il sape les bases du régime sioniste-colonialiste. Ce rôle révolutionnaire se base sur le concept de « lutte armée », définie comme la lutte indépendante des masses palestiniennes en opposition à une conception misant sur l'aide extérieure des régimes arabes ou d'institutions internationales.

Elle est préte à renverser toute force qui barre le chemin de la libération nationale palestinienne

Le caractère révolutionnaire de l'OLP s'exprime également par son attitude face aux Juifs d'Israël. l'une des plus progressistes qu'ait jamais eue un mouvement de libération nationale à l'égard d'un peuple oppresseur : l'aspiration à vivre ensemble sur un pied d'égalité et de respect réciproque.

2. L'attitude des communistes révolutionnaires à l'égard de l'OLP - comme pour n'importe quel mouvement de libération nationale - est de soutien inconditionnel. Ce qui n'implique pas nécessairement qu'il faille étre d'accord avec la direction de l'OLP ou avec sa ligne. Cela signifie plutôt qu'il faut soutenir l'OLP malgré les désaccords (dans le cas où des désaccords existent). En d'autres termes. contre le regime sioniste nous estimons que si des désaccords existent. ils existent au sein du meme camp.

Notre soutien à l'OLP est basé sur l'idée que toute victoire du mouvement de liberation palestinien affaiblit le régime sioniste qui est responsable de l'expropriation du peuple palestinien, de l'occupation et de la guerre. Qui plus est, toute victoire est dans l'interét des masses de la région. les masses juives d'Israël y compris.

La libération du peuple palestinien du sionisme comporte la libération simultanée des Juifs d'Israël du sionisme : c'est pourquoi la lutte de l'OLP est également notre lutte. Une telle position qui. d'apres notre organisation, exprime les intérets aussi bien des Juifs que des Arabes vivant dans l'Etat d'Israël, signifie que nous nous considérons comme partie intégrante du mouvement pour la libération de la Palestine qui, finalement, sera un mouvement de libération de tous ceux qui vivent en Palestine-Israël, qu'il soient juifs ou arabes.

Notre volonté est de contribuer à la transformation de l'OLP de mouvement de libération nationale palestinien qui opère au nom de tous ceux qui résident en Palestine, en mouvement de libération binational de tous les résidants de Palestine-Israël. La Ligue communiste révolutionnaire aura sa place dans un tel mouvement et dans ses institutions.

3. La nature de classe d'une tendance politique dépend d'un certain nombre de facteurs : les forces sociales sur lesquelles elle se base. l'origine sociale de ses membres et de ses dirigeants, son idéologie et ses rapports politiques avec d'autres tendances.

La direction de l'OLP provient de la population palestinienne réfugiée et elle est le produit d'un tel milieu. Elle en tire sa force et elle en reçoit le soutien. Dans ce sens, l'OLP est un mouvement de masse basé sur les couches inférieures du peuple palestinien. Toutefois, la situation spécifique du peuple palestinien - le fait qu'une partie importante de ce peuple vit loin de sa patrie et en dehors du territoire dominé par ceux qui l'oppriment directement - a obligé l'OLP à chercher l'appui des régimes arabes. A leur tour, ceux-ci ont saisi l'occasion pour enlever au mouvement national palestinien son potentiel révolutionnaire.

L'origine sociale de la direction de l'OLP. notamment de celle du Fath. s'exprime par son idéologie qui réduit la libération à l'indépendance et à la souveraineté et qui ne veut pas nécessairement renverser l'ordre capitaliste dans la région ou supprimer les divisions de classe au sein du peuple palestinien. Par consequent, la direction de l'OLP est à la fois sous la pression des masses palestiniennes, notamment des réfugiés qui poussent vers un changement radical qui pourrait impliquer le renversement de l'ordre bourgeois dans la région. et sous la pression des régimes arabes, qui exploitent leurs aides financière. politique et militaire pour enfermer l'OLP dans l'ordre réactionnaire qu'ils représentent et la lier à leur politique. Lequel de ces deux póles exerce le plus de pression sur la direction de l'OLP à chaque moment donné dépend dans une mesure décisive du rapport de forces global dans la région.

Toutefois, jusqu'ici la direction de l'OLP a été conséquente avec ses objectifs même losqu'elle a du payer le prix d'actions secouant l'ordre imperialiste .et reactionnaire dans la région. Cela justifie que nous la caractérisions comme une direction nationaliste révolutionnaire. Aussi longtemps que la direction du Fath continue à subordonner tous les autres intéréts au développement de la libération nationale palestinienne et aussi longtemps qu'elle a le soutien de la majorité du peuple palestinien, elle a droit au soutien des forces révolutionnaires et prolétariennes, dans le mouvement palestinien et dans le monde entier.

En même temps, les objectifs de la révolution palestinienne exigent une attitude différente face à l'ordre impérialiste et une approche différente de la lutte de classes dans le monde arabe : ils exigent une stratégie que seule une direction prolétarienne peut assurer. Dans le cas où les contradictions dans la région et dans le mouvement palestinien s'intensifient, les limites propres d'une conception nationale petite-bourgeoise peuvent mener à une situation où la direction du Fath. en succombant à la pression réactionnaire, ne soit plus en condition d'œuvrer pour la libération nationale de la Palestine. C'est pourquoi nous estimons qu'il est nécessaire de construire une direction prolétarienne du mouvement palestinien. une direction qui sera marxiste et prolétarienne plutôt que nationaliste révolutionnaire.

Le processus de bureaucratisation. Le fait que les ressources et les acquis du mouvement palestinien ne proviennent pas des masses palestiniennes, mais plutôt des regimes arabes, et la nature petite-bourgeoise de la direction et des combattants de l'OLP ont eu un effet décisif sur la formation au sein du mouvement d'une couche bureaucratique qui bénéficie d'avantages matériels et a ses intéréts propres

Cette couche bureaucratique s'est éloignée de plus en plus des besoins et des aspirations des masses palestiniennes. En même temps. elle a été de moins en moins encline à miser sur les masses. Les intérêts de l'appareil politique de l'OLP. qui considère qu'il doit œuvrer comme un appareil d'Etat tout en n'ayant pas son Etat propre, divergent des intérêts et des aspirations des masses palestiniennes. Si ce processus continue et si cette couche prend le contróle de l'OLP. la direction de cette dernière peut se couper du peuple et changer la nature de l'organisation : le mouvement révolutionnaire de libération nationale devient un appareil d'Etat sans Etat, allié à la réaction arabe et allant à l'encontre des intéréts legitimes du peuple arabe de Palestine. Si un tel scénario se développe. l'OLP se scindera et l'une de ses deux fractions deviendra une force contre-révolutionnaire que le peuple palestinien et sa direction devront balayer pour avancer dans leur lutte. II ne s'agit, faut-il le dire, que d'un scénario possible ; on ne saurait exclure une rectification du processus en question.

L'OLP, seule représentante du peuple palestinien. Notre soutien à l'OLP et notre reconnaissance comme la seule représentante légitime du peuple palestinien ne dépendent pas de l'accord avec un leader donné ou avec un programme donné. Ils ne dépendent pas non plus de la reconnaissance de l'OLP par une institution donnée (par exemple l'ONU, la Ligue arabe, etc.). Notre position se base exclusivement sur le fait que l'OLP est un mouvement national de libération et qu'elle est le seul mouvement qui compte sur le soutien du peuple palestinien. Si cette situation change, notre attitude devra changer aussi. Si l'OLP n'est plus un mouvement de libération nationale ou si elle se divise en deux mouvements - les deux jouissant d'un large soutien parmi les Palestiniens -, nous serons obligés à rectifier notre attitude suite aux nouvelles conditions.

Nous ne nous engageons pas non plus à assurer un soutien éternel à tel ou tel autre secteur de sa direction ni à une institution spécifique. Nous avons adopté notre position sur l'OLP uniquement en tenant compte de son rôle de cadre réunissant les différentes organisations de libération du peuple palestinien.

NOTRE BUT :

LA STRATEGIE COMMUNISTE DE LIBERATION

1. Alors que l'OLP explique que son but est la libération de la patrie palestinienne et la formation en Palestine d'un Etat laïque et démocratique, le but des communistes révolutionnaires est la combinaison d'une série d'objectifs qui sont liés : la libération nationale du peuple arabe de Palestine par la réalisation de son droit à l'autodétermination ; la libération des masses israéliennes du sionisme parce que le sionisme les transforme en éternelles machines de guerre, empêche le développement d'une société libre et démocratique et menace leur existence même dans la région ; l'expulsion des forces de l'impérialisme de la région ; la libération des ouvriers, juifs comme arabes, du fardeau de l'exploitation afin qu'ils puissent devenir les maîtres de leur propre sort dans une société fondée sur la liberté et l'égalité, bref l'instauration d'une société socialiste.

Ces quatre objectifs n'en font, en réalité, qu'un seul. Il n'y aura pas de véritable libération du peuple palestinien sans une solution progressiste de la question juive. Cela est vrai aussi en ce qui concerne la libération de l'impérialisme et de ses alliés dans la région. De même, la paix, la sécurité et la liberté ne pourront pas être obtenues sans solution d'ensemble de la question palestinienne.

Nous estimons qu'aucun de ces objectifs n'est prioritaire par rapport aux autres ni plus important que les autres. Ils sont complémentaires et ils constituent des aspects interdépendants d'une bataille commune.

La réalisation de ces objectifs implique l'abolition du régime sioniste. En tant qu'entreprise coloniale et tête de pont de l'impérialisme, le régime sioniste est fondé sur la négation des droits nationaux du peuple arabe de Palestine et constitue une source constante de guerre et d'usurpation territoriale. Ni la paix et la liberté, ni la sécurité et la prospérité ne pourront être obtenues aussi longtemps qu'il existera un régime qui est intrinsèquement opposé aux aspirations légitimes du peuple palestinien et des peuples arabes plus généralement. Le régime sioniste est le roc sur lequel se fonde l'ordre existant et toute tentative d'introduire un changement ne pourra qu'entrer en conflit avec lui.

2. La nécessité d'un mouvement palestinien indépendant. Le peuple palestinien est la première victime directe de l'entreprise sioniste : c'est pourquoi il représente l'avant-garde de la lutte antisioniste. La libération de la Palestine doit être réalisée par le peuple palestinien lui-même, organisé dans un mouvement national unifié et indépendant.

La grande contribution du Fath a été de comprendre la nécessité de construire un mouvement national palestinien organisé et indépendant et d'avoir fait les premiers pas pratiques dans cette direction. La formation du Fath et la transformation de l'OLP d'instrument aux mains des régimes arabes en mouvement national de libération ont représenté une étape qualitativement nouvelle non seulement en ce qui concerne la lutte du peuple palestinien, mais aussi en ce qui concerne la lutte révolutionnaire contre le régime sioniste et l'hégémonie impérialiste dans la région.

Le concept d'une lutte armée de masse, qui fait appel à la mobilisation et à l'organisation indépendante du peuple palestinien dans le but de libérer sa patrie, a été la conséquence directe de la formation d'un mouvement national indépendant. Les feddayns ont représenté le symbole et l'axe central de la lutte nationale du peuple palestinien et d'une lutte armée visant à la reconquête de leurs droits et de leur patrie.

3. Révolution palestinienne et révolution arabe.

A) Le fait d'avoir arraché la question palestinienne aux régimes arabes pour en faire une lutte menée par les masses palestiniennes elles-mêmes a été sans aucun doute un grand pas en avant. Toutefois, les conditions tout à fait spécifiques dans lesquelles la lutte nationale palestinienne se développe et plus précisément le caractère unique de la colonisation sioniste exigent que d'autres pas soient accomplis : 1. A la diftérence d'autres mouvements nationaux de libération, le mouvement palestinien a surtout mené sa lutte du dehors, dans la mesure ou des centaines de milliers de Palestiniens ont été chassés de leurs maisons. 2. Par conséquent, la lutte palestinienne a été menée dans le cadre d'une politique arabe et dans le contexte arabe d'ensemble. 3. La capacité d'action du régime sioniste va bien au-delà des frontières d'Israël-Palestine et le conflit israélo-palestinien n'est, donc, qu'un élément - bien que central - du conflit plus large entre l'impérialisme et ses alliés d'un côté et, de l'autre, le mouvement de libération arabe. 4. Dans le territoire sous domination sioniste, le peuple opprimé représente une minorité alors que le peuple oppresseur est structuré dans une société de classe et il hérite aujourd'hui de toutes les contradictions et tous les conflits qui en découlent.

Ainsi, du point de vue objectif, la lutte palestinienne ne doit pas s'affronter uniquement au sionisme : elle doit également s'affronter à l'ordre impérialiste dans l'ensemble de la région, l'ordre réactionnaire arabe y compris. Pour tout mouvement de libération se serait là une tache de grande ampleur. C'est une tâche d'autant plus rude pour un mouvement qui n'œuvre pas dans des conditions normales (à savoir au sein de l'entité coloniale elle-même). Puisqu'elle se développe dans des pays étrangers, ayant tous des intérets spécifiques, la lutte palestinienne ne peut pas éviter à des moments donnés d'entrer en conflit avec ces interets.

B) Le cul-de-sac du centrisme palestinien. Vingt années de lutte ont révélé les limites stratégiques découlant de l'idée que la lutte palestinienne puisse être séparée de son contexte général arabe par un combat sur le seul front du conflit israélopalestinien. La reside le cul-de-sac du centrisme palestinien.

La direction du Fath est arrivée à cette conclusion par elle-même, quand apres la guerre d'octobre 1973. elle a commencé à développer une approche politique coordonnée à l'offensive diplomatique et militaire des régimes arabes et intégrée a cette offensive. Le tournant d'aprés 1973 l'a amenée à admettre que la lutte était arrivee dans une impasse et qu'il fallait adopter une approche différente, élargir les parametres de la lutte palestinienne.

La question qui se posait à l'époque et qui continue à se poser au mouvement palestinien est fondamentalement la suivante : sa lutte doit-elle être liée à celle des régimes arabes ou à celle des masses arabes ? En tant que marxistes révolutionnaires, nous estimons que les deux branches de l'alternative sont qualitativement différentes et que cette différence implique deux stratégies, divergentes et contradictoires.

C. L'approche de la direction de /'OLP: de la non-intervention à l'intégration. Au début, la direction de l'OLP a adopté une politique de non-intervention dans les affaires intérieures des Etats arabes : elle se voulait neutre dans les conflits entre ces regimes et les masses. En échange, les Etats arabes s'engageaient à ne pas interférer dans les affaires intérieures de l'OLP et lui assuraient l'aide financière et militaire dont elle avait besoin.

Mais, indépendamment de sa volonté. le mouvement armé palestinien a été impliqué dans les affaires intérieures des régimes arabes. La lutte palestinienne est intrinséquement subversive et elle ne peut que saper la stabilité des régimes réactionnaires arabes. Elle ne peut en même temps qu'encourager et renforcer la lutte des masses arabes contre l'impérialisme eet ses, agents locaux, comme l'ont démontré clairement aussi bien les événements de Jordanie jusqu'à 1970 que les événements au Liban jusqu'à l'invasion isréalienne.

En réalité, le conflit en Jordanie était inévitable, malgré le désir de la direction de l'OLP de ne pas géner le régime de Hussein.

L'engagement des Palestiniens dans la guerre civile libanaise était également inevitable. malgré la volonté désespérée de la direction de l'OLP de rester au-dessus de cette lutte meurtrière. Mais, au lieu d'en tirer la conclusion logique que la politique de non-intervention était inapplicable, la direction de l'OLP en a tiré la conclution inverse : dorénavant, elle devait œuvrer au renforcement de son alliance avec les regimes arabes les plus réactionnaires, en s'efforçant d'insérer l'OLP dans leurs manœuvres stratégiques et en liant par la le mouvement palestinien aux besoins globaux de la réaction arabe.

Une telle politique ne peut que conduire à un suicide politique car les régimes bourgeois arabes - de l'Arabie Saoudite à la Syrie - sont interesses a supprimer la lutte palestinienne pour éviter que cette lutte puisse les renverser. Ils la soutiennent comme la corde soutient le pendu.

D. L'approche communiste révolutionnaire : renforcer l'alliance avec les masses arabes. S'il veut donc battre le régime sioniste. les impérialistes qui le soutiennent et les régimes réactionnaires arabes. le mouvement palestinien doit regrouper derrière lui d'autres forces. Ces forces ne peuvent pas venir des rangs de ceux dont la force et le pouvoir politique se basent sur le soutien des ennemis du peuple palestinien. Seules les forces sociales dont les intéréts coïcident avec les intéréts du mouvement palestinien peuvent défendre la cause palestinienne. Il s'agit. donc. des masses ouvrières et paysannes arabes (et de la majorité de la population d'Israël, comme nous allons le voir plus loin).

La lutte pour la libération nationale de la Palestine est une lutte palestinienne. La victoire sur le sionisme exige une lutte commune. menée par le mouvement national palestinien, le mouvement national anti-impérialiste arabe et les travailleurs israéliens.

Au cours de la guerre du Liban, il est devenu encore plus clair que le courage extraordinaire des Palestiniens et l'opposition croissante à la guerre en Israël même ne suffisaient pas à battre l'Etat sioniste. Les régimes arabes restaient sur la ligne de touche, ne voulant pas étre impliqués directement dans le conflit. Ce qui a fait malheureusement défaut, c'est un régime révolutionnaire arabe (ou des régimes révolutionnaires arabes) se mettant à la disposition de la lutte palestinienne. Un tel régime ne peut étre instauré que par une révolution populaire.

Deux points doivent être clarifiés. Primo, nous ne demandons pas à l'OLP de rompre ses liens avec les Etats arabes. Tout doit étre mis en œuvre pour obtenir l'aide financière et militaire nécessaire. y compris le maintien de bonnes relations. Secondo, nous ne demandons pas non plus aux Palestiniens de faire tomber les régimes arabes à la place des ouvriers arabes. Mais, à notre sens, on ne doit pas se faire des illusions sur les relations avec les régimes arabes : il faut comprendre qu'il s'agit d'alliances temporaires, rendues possibles par un rapport de forces qui oblige ces régimes à un moment donné à reconnaitre l'OLP et à l'aider. Le meilleur moyen de faire pression sur les régimes arabes pour les pousser à aider les Palestiniens est d'encourager les masses arabes à faire pression sur les differents régimes de leurs pays et non de freiner un tel développement. C'est pourquoi l'alliance stratégique avec les forces nationalistes et ouvrières dans les pays arabes est essentielle, bien qu'elle puisse provoquer les régimes en place.

Le mouvement palestinien doit étre prét à un conflit avec les régimes arabes dans le cas ou un changement interviendrait dans le rapport de forces au sein d'un pays donné et que l'on puisse en conclure que le régime s'affaiblit et le mouvement de masses se renforce.

Un partage des rôles entre les institutions de l'OLP et les organisations palestiniennes peut faciliter une telle approche, comme le démontrent l'expérience du régime soviétique dans les années de la révolution et l'attitude du gouvernement révolutionnaire cubain : les institutions étatiques peuvent entretenir des relations diplomatiques normales alors que le parti développe des rapports avec les mouvements populaires de masse.

En dernière analyse, seul un mouvement arabe anti-impérialistre militant peut représenter une base solide pour la lutte nationale palestinienne et cette perspective doit devenir l'axe du mouvement national palestinien. Les régimes réactionnaires arabes, quels que soient leur propos et quelle que soit la forme de leurs rapports avec l'impérialisme et le sionisme à un moment donné, ne peuvent assurer aux Palestiniens, au mieux, qu'un soutien insuffisant. Ils peuvent, au pire, devenir les ennemis les plus directs de la lutte palmestinienne. Le Fath l'avait compris au moment de sa formation. Il faut partir de cette idée pour sortir de l'impasse. Cela ne doit aucunement comporter un nouvel isolationnisme palestinien. Par contre. il est nécessaire de renforcer les liens avec le mouvement anti-impérialiste des masses arabes et de stimuler ce mouvement.

4. Intégrer les Juifs d'Israël dans la lutte antisioniste. L'attitude de l'OLP à l'égard du peuple d'Israël est l'une des manifestations de son caractère progressiste. Peu de mouvements de libération ont inclu dans leur programme un appel pour la coexistence avec le peuple oppresseur. Une telle attitude positive de la part de l'écrasante majorité de l'OLP s'explique aussi bien par la nature progressiste de celle-ci que par sa compréhension de la nature complexe et unique du peuple d'Israël.

Pourtant, l'attitude de l'OLP. bien que libérale et progressiste, ne peut pas nous satisfaire en tant qu'internationalistes. Elle ne tient pas compte de la réalité sociale israélienne. Les Israéliens sont perçus comme un ensemble de colons qui restent un élément étranger dans la région. D'où la priorité à des mots d'ordre comme « libération de Palestine » ou « retour » qui semblent réduire le problème à la venue d'étrangers qui ont expulsé les Palestiniens. Le but est ainsi de revenir et de libérer la Palestine, bien qu'on garantisse aux conquérants le droit de rester.

La réalité est plus complexe. Dans la cadre de la colonisation sioniste s'est formée une nation juive israélienne ou une entité non arabe de Palestine qui possède un ensemble d'expériences et d'attitudes communes. Ainsi, le désir de dégager de nombreux Juifs du piège du sionisme est non seulement juste, mais il constitue aussi une pré-condition nécessaire pour le succès de la lutte palestinienne. Le conflit social est en train de polariser la société israélienne et la grande majorité des Israéliens - tous ceux qui, en dernière analyse, n'ont rien à gagner à l'aventurisme sioniste et risquent de perdre tout ce qu'ils ont - ont intérêt à tourner le dos à l'entreprise sioniste et à se lier au mouvement de libération palestinien.

Ces Juifs israéliens n'ont aucun cadre viable alternatif à celui du sionisme. Ils ont, en réalité, à choisir entre une mort lente à la Masada ou une place - acquise de droit et non par la grâce accordée - dans la nouvelle société qui sera bâtie sur les ruines de l'entreprise sioniste. Un mouvement révolutionnaire palestinien doit tout mettre en œuvre pour parler au cœur des masses travailleuses d'Israël et les convaincre de choisir la coexistence et non Masada. Pourtant, en dernière analyse. il n'est pas donné d'avance que les Juifs se libéreront du sionisme.

Les masses israéliennes ne seront pas gagnées par de belles paroles. Leur façon de penser ne pourra changer que grâce à une double approche : elles devront devenir conscientes du prix de plus en plus élevé qu'elles doivent payer à l'aventurisme sioniste et en même temps voir une alternative qui puisse garantir leur existence nationale. Si on se limite à présenter une alternative au statu quo, on ne va pas tres loin : pourquoi les Juifs abandonneraient-ils un bateau qui marche bien ? De même. si le peuple israélien se rend compte du prix lourd que lui fait payer le maintien du sionisme mais ne voit aucune alternative au statu quo, le sentiment qu'« on n'a pas de choix » se renforcera de plus en plus.

Une perspective d'intégration des ouvriers juifs dans la lutte contre le sionisme menee par le mouvement palestinien sera nécessairement une perspective de classe. C'est sur ce terrain qu'un dénominateur commun est possible entre les intérêts des ouvriers juifs et ceux des masses palestiniennes.

5. Libération et reconstruction de Palestine-Israël plutôt que « libération de la Palestine ». Nous avons indiqué qu'une différence existe entre le but de la lutte du mouvement palestinien telle que la conçoit la direction de l'OLP et les objectifs de cette même lutte tels que les projettent les communistes révolutionnaires. La Palestine de 1948 n'existe plus ni économiquement, ni du point de vue de l'infrastructure humaine, ni même écologiquement. Il est impossible « de retourner en Palestine » sans se trouver à côté des Juifs qui y vivent. Une solution progressiste et révolutionnaire du problème israélo-palestinien doit évidemment comporter la réalisation du droit à l'autodétermination du peuple arabe de Palestine et le droit de tout Palestinien de retourner dans sa patrie. Mais, s'il faut écarter les rêves réactionnaires d'une restauration des frontières de 1948, cela ne sera possible que si la libération de la patrie signifie aussi sa reconstruction en tenant compte des changements démographiques, économiques, sociaux et nationaux qui sont intervenus.

Si on prend, par exemple, la question de la terre, il est impensable aussi bien de piétiner les droits des réfugiés sur leurs terres que de démanteler les structures collectives qui ont été installées dans le cadre du processus sioniste et qui contiennent des germes de progres économique et social.

Le seul moyen de combiner les droits légitimes du peuple palestinien, les droits de la population juive israélienne et les progrès économiques et sociaux réalisés pendant les cinquante dernières années est de construire une socité socialiste planifiée centralement et basée sur le pouvoir populaire. Cette société exploitera les ressources du pays dans l'intérêt de tous ses habitants et non dans l'intérêt d'une petite minorité. Voilà le seul chemin d'une libération de la Palestine qui signifie en même temps libération de tous ses habitants, qu'ils soient juifs ou arabes.

Si l'on tient compte de la réalité telle qu'elle est, une Palestine socialiste devra être binationale. Pour des socialistes, un tel cadre exige non seulement l'égalité des citoyens mais aussi l'égalité des peuples.

Quant à la forme de concrétisation des droits nationaux des Juifs israéliens - fédération, confédération, système d'autonomie régionale, etc. -. les deux peuples trancheront entre eux dans l'avenir. Cela dépendra, surtout, du processus de formation d'une société nouvelle et du degré d'unité qui sera réalisé avant la libération. Il serait vain d'avancer une solution détaillée. Il suffit de dire que pour nous le principe d'une Palestine socialiste et binationale est d'importance capitale. A cet égard, nous n'excluons pas la reconnaissance du droit à l'autodétermination des Juifs d'Israël, mais cela n'aurait pas de sens d'adopter dès maintenant un tel mot d'ordre.

Tout d'abord, actuellement les Juifs exercent leur droit à l'autodétermination et ils l'ont même exercé d'une façon excessive et déformée du fait qu'ils ont nié, en principe et dans la pratique, le même droit au peuple palestinien. Deuxièmement, toute concession de la souveraineté palestinienne sur toute parcelle de territoire palestinien devra être le résultat de négociations et d'accords réciproques entre les deux peuples. Cela vaut également comme condition pour l'entrée éventuelle de l'Etat de Palestine-Israël dans une union arabe.

Les communistes révolutionnaires soutiennent l'union socialiste de la région arabe comme étant un pas vers l'exploitation rationnelle des ressources existantes. comme un instrument de défense contre de nouvelles incursions impérialistes et comme réalisation des aspirations à l'unité nationale de la part des masses arabes. Il en découle que le but de la Ligue communiste révolutionnaire est l'instauration d'un Etat ouvrier palestinien binational qui fera partie de la fédération socialiste de la région arabe. Voilà le but que nous proposons aux deux peuples de Palestine.

6. Autocritique. Dans le passé, nous nous en sommes tenus à l'affirmation du but sus-mentionné en rejetant toute solution ou mot d'ordre ne correspondant pas à nos objectifs stratégiques. C'était le produit d'une double incompréhension. Tout d'abord, il était erroné d'ignorer ou d'écarter des programmes susceptibles de mobiliser les masses. Deuxièmement, ce qui ne correspond pas à notre idée d'un objectif stratégique correct n'est pas nécessairement en contradiction avec celui-ci.

En fait, nous estimons aujourd'hui que la perspective de la direction de l'OLP en ce qui concerne la formation d'une Palestine laïque et démocratique pour tous les habitants du pays n'est pas en contradiction avec notre programme, bien qu'elle n'y corresponde pas entierement. Nous soutenons cette revendication-solution parce qu'elle constitue une solution progressiste par rapport à ce qui existe à l'heure actuelle et parce qu'elle peut mobiliser le peuple palestinien en l'appelant à réaliser ses aspirations par le rejet du colonialisme sioniste. Une telle solution ne va pas aussi loin que nous le voudrions, mais elle est une revendication progressiste que nous soutenons, indépendamment du fait qu'elle puisse ou non se concrétiser.

Notre refus total de la revendication de « l'instauration d'un Etat palestinien dans les territoires occupés en 1967 » a été également une erreur. Jusqu'il y a quelques années, nous rejetions ce mot d'ordre en le considérant comme intrinséquement contradictoire avec notre objectif de la libération nationale palestinienne et en conflit avec le droit du peuple palestinien à l'autodétermination. Aujourd'hui, nous sommes convaincus que cela n'est pas vrai : il s'agit d'une revendication justifiée et progressiste qui comporte la négation de l'état actuel des choses. En outre, cette revendication peut mobiliser les masses dans une lutte pour l'obtenir. Toutefois, nous rejetons toute approche capitularde dans la réalisation de ce but car elle ne peut qu'entraver la libération nationale dans son ensemble. voire etouffer dans l'œuf l'accomplissement de cet objectif partiel.

Certes, nous continuons à rejeter le mot d'ordre « pour la formation d'un Etat palestinien à côté d'Israël » de même que le mot d'ordre « Israël-Palestine. deux Etats pour deux peuples » parce que l'un et l'autre expriment l'idée qu'une solution de la question israélo-palestinienne doit mettre l'accent sur la reconnaissance de l'Etat d'Israël. De tels mots d'ordre. présentés comme des solutions, laissent entendre que l'abolition du régime sioniste n'est pas obligatoire. Qui plus est. dans la mesure où ils acceptent les frontières de 1967 comme une réalité et acceptent la nature juive de l'Etat d'Israël dans le cadre de ces frontières, malgré la présence des Palestiniens (« deux Etats, deux peuples »). ils font dépendre la formation d'un Etat palestinien de l'existence et de la reconnaissance de la légitimité de l'Etat sioniste. « Israël-Palestine, deux Etats, deux peuples » est une solution utopique réactionnaire. « Un Etat palestinien dans les territoires occupés » n'est pas une solution. Il s'agit d'une revendication légitime et d'une ligne d'action raisonnable pour développer la lutte pour la libération du peuple palestinien.

PROGRAMME DE TRANSITION

POUR UNE PALESTINE SOCIALISTE BINATIONALE

Il est difficile de prévoir quels seront les formes et les rythmes de la lutte palestinienne dans les prochaines années. Ils seront déterminés dans une large mesure par le rapport de forces global dans la région. Toutefois, l'idée que le régime sioniste puisse être renversé sans des étapes intermédiaires ne saurait être retenue. Notre rôle - et le rôle de la direction nationale palestinienne - est d'avancer des revendications et de fixer des objectifs qui d'un côté correspondent au rapport de forces actuel et, de l'autre, puissent provoquer des changements positifs dans ce rapport. Certaines de ces revendications peuvent être satisfaites parce qu'elles stimulent la mobilisation des masses. D'autres ne pourront pas être satisfaites entièrement et il sera, donc, nécessaire d'avancer d'autres revendications dans le cadre de la lutte pour leur satisfaction.

Un tel programme de transition est donc un pont entre la situation actuelle et notre objectif stratégique, un pont bâti sur des revendications partielles susceptibles de développer la lutte et la formation d'un mouvement de masse et, par conséquent, d'améliorer le rapport de forces.

1. L'instauration d'un Etat palestinien dans les territoires occupés en 1967. En elle-même, cette revendication ne peut résoudre la question palestinienne ni la question juive-palestinienne. Toutefois, elle fixe un objectif sur lequel les masses palestiniennes peuvent se mobiliser et qui peut créer des conditions plus favorables à la continuation de la lutte. Dans le cas d'une évolution positive du rapport de forces, cette revendication partielle pourrait même étre satisfaite. Dans cette éventualité, un Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza serait un stimulant à la continuation de la lutte antisioniste et anti-impérialiste.

Il est utopique de croire qu'il soit possible d'obtenir la formation d'un Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza en « modérant » la lutte palestinienne, en la liant à la réaction arabe et en réalisant des compromis avec l'impérialisme. Israël et les Etats-Unis n'accepteront l'instauration d'un Etat souverain palestinien que s'ils n'ont d'autre choix. Même dans ce cas, ils mettent tout en œuvre pour le vider de tout contenu subversif et militant.

A l'étape actuelle, la revendication de l'instauration d'un Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza n'est pas contradictoire à la mobilisation des masses. Au contraire, elle peut stimuler cette mobilisation. Mais cela n'est vrai que dans le cadre du rapport de forces actuel. Si ce rapport de forces devait changer ou dans une situation différente (occupation prolongée et processus d'annexion, mobilisation des masses dans une vague montante de la lutte anti-impérialiste arabe, désagrégation du régime sioniste avant la fin de l'occupation, etc.), cette revendication devrait être réexaminée en partant d'un angle différent.

2. Un plan de paix israélo-palestinien. Dans le rapport de forces actuel - impliquant l'existence d'un mouvement palestinien fort mais pas suffisamment pour battre Israël -, il est possible d'avancer un plan de paix qui mobilise, d'un côté, le mouvement national palestinien et, de l'autre, les masses israéliennes. Un tel plan ne devrait pas dépendre de la possibilité de le réaliser avec succès. Le critère doit être : pourrait-il favoriser la mobilisation de la majorité des Palestiniens et le début d'un mouvement de masse en Israël ? Ce plan sera réaliste et pourra modifier les masses s'il comprend :

a) La reconnaissance de l'existence des deux peuples et de leur droit à vivre en tant que tels en Palestine : des négociations entre l'OLP et le gouvernement israélien.

b) Un cessez-le-feu entre Israël et les Palestiniens en échange du retrait de tous les territoires occupés en juin 1967 ; l'instauration d'un Etat palestinien indépendant et souverain ; le droit à l'autodétermination pour les Palestiniens résidant en Israël : l'engagement d'Israël de collaborer à la résolution du problème des réfugies.

c) la décision qu'après un délai à fixer dans le cadre d'un accord, toutes les questions restées en suspens devraient être portées à la table des négociations pour être tranchées (souveraineté, rapports entre les deux Etats et solution du problème des réfugiés).

Une étape de transition laisse sans réponse des questions fondamentales parce qu'actuellement il n'y a pas une base commune des deux peuples pour les résoudre. Mais une telle étape de transition peut contribuer à résoudre les problèmes les plus pressants et à permettre, donc, aux deux peuples d'établir des rapports d'un type différent qui ouvrent le chemin à une solution progressive des problèmes de la souveraineté, des réfugiés, etc.

3. Programme de transition pour la désionisation d'Israël. Il est impossible d'écarter totalement la possibilité de réaliser le plan de paix que nous venons d'esquisser et qui comporte des concessions qui peuvent être faites à l'heure actuelle et qui peuvent, donc, mobiliser les masses contre le régime sioniste et ses alliés. Si un tel accord devient une possibilité réelle, il provoquera inévitablement des réactions antipalestiniennes. D'où l'importance de développer dans l'Etat juif une campagne de propagande et de mobilisation contre le sionisme. les fauteurs de guerre et l'expansionnisme en exploitant les rapports de coexistence réalisés dans la phase antérieure. Voilà le programme pour la désionisation d'Israël que les communistes révolutionnaires avancent et qui avait été déjà élaboré dans des textes programmatiques antérieurs (voir Socialisme ou Masada).

Il faut ajouter que ce programme est important y compris si on considère la deuxième possibilité sus-mentionnée, celle d'une période prolongée d'occupation et d'annexion de fait. Dans une telle situation, nous devrions avancer un programme pour la démocratisation d'Israël. c'est-à-dire pour la désionisation de l'Etat et sa transformation en un Etat pour tous ses habitants, en d'autres termes un Etat binational.

En substance, le plan ne comporte pas seulement l'abolition des lois de discrimination anti-arabe. Il comporte également la revendication de l'autonomie de la population palestinienne comme un pas sur le chemin de la concrétisation de leur droit à l'autodétermination.

4. Taches immédiates du mouvement palestinien. La tâche urgente du mouvement national palestinien est de rétablir le rapport de forces qui s'est détérioré à la suite de la guerre du Liban. Une amélioration du rapport de forces est nécessaire pour que des initiatives diplomatiques donnent des résultats.

L'effort essentiel doit être fait dans la direction suivante : la réactivation de la population palestinienne dans les territoires occupés, qui constitue à l'heure actuelle la plus grande concentration de Palestiniens. Eile n'a pas été vaincue et est même devenue plus forte au cours de la dernière décennie. Ce qui fait défaut, c'est une direction politique locale capable d'organiser la population et de lui présenter un programme de revendications concrètes sur lesquelles la mobiliser: cela non seulement à un moment donné mais pour une période prolongée. La question qui se pose est donc la question de la direction et de l'organisation politique qui pourraient se développer si et quand la direction de l'OLP encouragera les résidants des territoires occupés à agir d'une façon indépendante et en même temps encouragera la formation d'une direction autonome dans ses rangs.

L'une des tâches du mouvement national - notamment dans les territoires occupés - est d'attirer l'attention sur la nécessité d'améliorer les rapports avec les groupes israéliens opposés à l'occupation. Toute manifestation de résistance à la politique d'occupation et d'annexion doit être encouragée.

Mais, surtout, il appartient au mouvement national palestinien d'améliorer le rapport de forces entre l'OLP et les régimes arabes en adoptant une politique offensive vers ces régimes et en renforçant les liens avec les mouvements nationaux dans les Etats arabes. Une telle approche offensive pourra mettre en danger des acquis diplomatiques et ramener les organisations palestiniennes à l'époque ou elles n'étaient pas reçues habituellement dans les palais de Riad ou du Caire et elles avaient leur place parmi les masses. Mais une telle « disgrace » pourra avoir des retombees positives dans la mesure ou les acquis du mouvement palestinien n'ont pas un grand poids réel en l'absence d'un rapport de forces plus favorable.

La mobilisation et la lutte du peuple palestinien sont la seule garantie des acquis réels du mouvement palestinien aussi bien sur le territoire diplomatique que sur le terrain militaire et politique. Seule elle peut créer une situation ou des compromis et des accords pourront être réalisés avec plus d'efficacité. C'est maintenant le moment de tout mettre en œuvre pour renforcer la mobilisation et la lutte, le moment de lier toute autre initaitive à cet objectif.

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