Lénine et la question de Thermidor
Nous avons déjà eu l'occasion de signaler que la S° édition des Oeuvres complètes de Lénine, parue en langue russe et non encore en d'autres langues, est une édition d'œuvres complètes avec des informations ou des textes omis dans les éditions précédentes : ces omissions n'étaient pas dues à la découverte de textes jusque là inconnus des éditeurs soviétiques, mais avaient des raisons politiques daint du temps de Staline (voir Quatrième Internationale, juillet-septembre 1980, « La dernière émotion de Lénine »).
Dans la 5° édition sont publiés pour la première fois des plans rédigés par Lénine pour la préparation du rapport qu'il devait faire à la X• Conférence pan-russe du Parti bolchevik, tenue en mai 1921, sur l'impôt en nature. Impôt que la direction soviétique, en établissant la NEP, substitua aux réquisitions chez les paysans. Ce plan, très court, est rédigé en termes succints indiquant seulement les idées que Lénine entendait développer. Et, dans cette note, on lit entre autre cette remarque que nous commenterons par la suite : « Thermidor ? » Raisonnablement, peut-être ? Oui ? Aura-t-il lieu ? Nous verrons. Ne te vante pas avant la bataille ». (5e édition, volume 43, page 403) (souligné dans le texte).
Qu'est-ce qui a suscité ces lignes ? Au lendemain de Cronstadt ce soulèvement avait été présenté dans l'émigration russe de l'époque, aussi bien de la part de russes blancs que de certains mencheviks et socialistes révolutionnaires, comme un Thermidor de la révolution d'Octobre. Lénine qui suivait attentivement la presse des émigrés envisage dans son esprit cette possibilité d'un Thermidor au moment où il prépare son rapport ainsi que la brochure qu'il a écrite sur l'impôt en nature. On doit toutefois noter qu'il n'a pas repris ce mot « Thermidor » dans son rapport ni dans sa brochure ni dans d'autres interventions qu'il fit dans la même période sur l'impôt en nature. On trouvera ces textes dans le volume 32 de la traduction en français de la 4e édition des Oeuvres complètes. Ces textes contiennent des vues extrêmement intéressantes sur les problèmes de la transition du capitalisme au socialisme - mais ils ne font pas l'obiet de la présente note de lecture.
Et maintenant, pourquoi cette omission de la note de Lénine, plus particulièrement du passage mentionnée plus haut, dans les éditions précédentes ? Rappelons que tous les courants de la social-démocratie russe d'avant 1914, entre autres les bolcheviks, avaient profondément étudié la grande révolution: française afin d'y trouver des leçons pour la révolution qu'ils préparaient contre ie régime tsariste et il ne pouvait en être autrement : en histoire, on ne peut, à la différence des sciences de la nature, concevoir des expériences pour en vérifier les lois, on doit nécessairement se référer aux expériences que l'histoire passée a fournies, tout en tenant compte que celle-ci ne se répète jamais exactement - ce que Plekhanov et les mencheviks allaient oublier. Dans la grande crise qui, entre 1923 et 1927, a détruit le Parti bolchevik et porté au pouvoir absolu la bureaucratie, la notion de Thermidor a donné lieu à de nombreuses discussions quant à son interprétation au sein des diverses tendances oppositionnelles de gauche. Ces discussions aussi n'entrent pas dans le cadre de cette note.
Mais, dans ces mêmes années, pour la tendance droitière de Boukharine et, plus encore, pour celle de Staline et ultérieurement pour tous les porte-parole de la bureaucratie soviétique, la notion de Thermidor était et reste anathème. Prononcer ce terme, même à titre d'hypothèse, c'était faire acte contre-révolutionnaire avec les conséquences qui s'ensuivaient.
Du texte de Lénine si tardivement révélé nous ne pouvons savoir le contenu précis qu'il donnait dans sa pensée au Thermidor possible ; tout au plus ia dernière phrase laisse entendre aux émigrés qu'il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Mais, d'autre part, le fait qu'il a employé ce terme en 1921 montre que son esprit ne reculait pas à l'idée d'une telle possibilité et on ne peut oublier ce qu'il écrivit dans les deux années qui lui restaient à vivre, ces textes que Staline a maintenus sous le boisseau (« testament », lettre au Parti, etc...)
Alan M. (The University of North
Alan Wald, professeur de littérature anglaise et de culture américaine à l'Université de Michigan, a consacré un ouvrage important d'histoire et de critique littéraires à deux poètes révolutionnaires des années 1930, 1940 et 1950, qui formaient en même temps équipe, John Weelwright et notre camarade et ami Sherry Mangan.
Comme son livre précédant, consacré au grand romancier américain James T. Farrell, qui fut pendant toute une période de sa vie un socialiste révolutionnaire proche des camarades du Socialist Workers Party, il s'agit tout d'abord d'une œuvre de rétablissement de la vérité en matière d'histoire qui constituaient autant de preuves qu'il se préparait à engager dans le Parti une lutte fractionnelle avec le 'soutien de Trotsky contre Staline et la bureaucratie soviétique dont la croissance hypertrophique et les procédés le révoltaient. Comment Staline aurait-il pu laisser publier un texte de Lénine dans lequel il cavisageait fut-ce en une seule phrase la ré.lisation d'un Thermidor comme un hypothèse raisonnable plausible ?
Aujourd'hui, la bureaucratie n'est pas revenue sur son passé et ne va pas s'accuser d'avoir accompli son Thermidor. Mais la publication de ces lignes dans une édition que très peu de gens, avant tout de spécialistes, liront pour en rechercher les modifications par comparaison avec les éditions antérieures ne présente pas de réels dangers politiques pour elle. Ceux-ci se trouvent dans les contradictions de la société soviétique présente.
Pierre Frank Wald Carolina Press, 1983) littéraire. L'histoire « officielle » de la littérature américaine a eu tendance à éliminer systématiquement le rôle joué par des écrivains et des poètes d'extrême-gauche dans la période d'entre-deux-guerres et dans la période suivant la deuxième guerre mondiale. Or, il semble incontestable que James T. Farrell fut un des principaux romanciers américains de cette époque et John Wheelwright un des principaux poètes. Tous les deux furent des sympathisants trotskystes. Mais Sherry Mangan, qui avait un énorme talent littéraire, et dont certains poèmes, reportages et short stories sont des modèles du genre, fut plus qu'un sympathisant : un militant d'un
The revolutionary imagination
The Poetry and Politics of John Wheelwright and
Sherry Mangan
The revolutionary imagination
The Poetry and Politics of John Wheelwright and
Sherry Mangan dévouement exemplaire, qui sacrifia systématiquement son potentiel littéraire à ses tâches politiques et organisationnelles.
Voilà la deuxième dimension du livre d'Alan Wald, qui est biographique. Wald a esquissé une biographie explicative de Wheelwright et de Sherry Mangan qui, dans le cas de Mangan, met l'accent sur la contradiction, insoluble dans la société de classe, entre l'imagination et la pulsion poétiques d'une part, la conscience humaine révolutionnaire d'autre part. Peut-on être confronté avec la misère des mineurs boliviens, l'horreur du fascisme, les crimes du stalinisme, et se contenter d'écrire de la poésie ? Voilà la contradiction qui broye des talents comme Sherry, comme elle avait broyé en partie des talents comme Jack London ou Maxime Gorki.
Dans cette partie biographique de son ouvrage, Wald rend justice aux services éminents que Sherry a rendu à la construction de la IVe Internationale, notamment pendant la deuxième guerre mondiale en Argentine et en Grande-Bretagne, et au lendemain de la deuxième guerre mondiale au sein de la direction internationale à laquelle il a appartenu, avec quelques années d'interruption lors de ses séjours en Bolivie, juli 1940 -
Notre camarade Wim Bot a écrit une excellente histoire du « Marx-Lenin-Luxemburg-Front » (Front Marx-Lénine-Luxembourg), la première organisation aux PaysBas à s'organiser clandestinement après Bas à l'occupation nazie du pays. Le MLL-Front fut la continuation directe du parti RSAP (Parti Ouvrier Socialiste Révolutionnaire) qui, sous la direction de Henk Sneevliet, fondateur du PC d'Indonésie et des PaysBas, et le premier responsable de l'I.C. pour aux Etats-Unis et en Espagne, entre 1945 et 1961.
Tous ceux qui ont travaillé avec lui pendant cette période auront conservé le souvenir de sa gentillesse, de son sérieux, de l'application avec laquelle il réalisait ses tâches jusque cans les moindres détails (notamment comme rédacteur-en-chef de la revue Fourth International) de la sûreté de son jugement politique et organisationnel. D'aucuns d'entre eux n'ont pas su saisir la tragédie humaine qui se cachait derrière ce dévouement ; d'autres l'ont pressentie. Il faut remercier Alan Wald de l'avoir révélée sobrement, sans dramatiser, sans en exagérer la signification objective face à la tragédie que représente la vie dans cette société pourrie pour des centaines de millions d'êtres humains, mais sans en minimiser non plus la profondeur que Sherry assuma avec un stoïcisme admirable.
Le livre de Wald comporte finalement une tentative d'esquisser une théorie sur les rapports et les contradictions entre le radicalisme poétique et le radicalisme politique, nouveau mailler dans un long débat sur les relations entre l'esthétique d'avant-garde et le mouvement révolutionnaire.
E.M. april 1942 (1) le PC chinois, avait d'abord adhéré en 1933 all mouvement pour la IVe Internationale, puis s'en était séparé pour adhérer au Bureau de Londres centriste, regroupant le ILP britannique, le SAP allemand, le POUM espagnol et quelques autres organisations.
L'ouvrage de Wim Bot détaille les activités, la ligne politique et les débats internes du MLL-Front, confronté avec l'impérialisme nazi et la bourgeoisie réerlandaise, que ses militants combattent avec grand courage et
Wim Bot
Het Marx-Lenin-Luxemburg Front
Wim Bot
Het Marx-Lenin-Luxemburg Front une adhésion solide aux principes marxistes. Mais il analyse également les contradictions qui surgirent pour la direction autour de Sneevliet des positions fausses qu'elle avait adoptées sur la nature de l'URSS. Celles-ci l'amenèrent à identifier fascisme et stalinisme et à être imperméables jusqu'à la dernière minute à la probabilité d'une agression nazie contre l'URSS.
En fait, les cadres du MLL-Front éclatèrent en trois tendances des que cette agression se vérifia. Une tendance autour de Sneevliet s'opposa à la défense de l'URSS, affirmant que Staline ne mena la guerre que comme une guerre nationale. Une tendance autour de Dolleman plaida en faveur de la défense de l'URSS tout en cherchant à se différencier encore quelque peu du trotskysme : une troisième tendance fut ouvertement trotskyste. Plus tard, ces deux dernières tendances fusionnèrent pour créer le Komitee van Revolutionaire Marxisten (CRM, Comité de Marxistes Révolutionnaires), qui fut à la base de la section néerlandaise de la IVe Internationale créée en 1945.
En février 1942, la direction du MLLFront fut arrêtée dans sa quasi-totalité par suite de la dénonciation d'un fasciste et de l'effondrement sous la torture d'un premier camarade arrêté. Le 7-8-9 avril de la même année, la direction comparut devant un tribunal nazi (« Deutsches Obergericht »).
Le camarade Peng Shuzhi est un des fondateurs du mouvement communiste en
Chine. Il a été membre de la direction du PC chinois pendant plusieurs années aux côtés du fondateur de ce parti, Chen Duxiu ; il fut exclu de ce parti en 1929 en raison de son opposition à la politique de Boukharine-
Staline qui avait subordonné le PC chincis au Kuomintang et pour avoir, avec Chen
Tous les accusés furent condamnés à mort et exécutés.
Leur fermeté dans la défense de leurs idées, leur honnêteté, leur fraternité mutuelle et la courage avec lequel ils moururent (avant de quitter leur cellule ils chantaient l'Internationale et Sneevliet proclama : nous sommes fiers d'être les premiers à mourir pour l'Internationale) forcèrent le respect de tous les témoins oculaires y compris les tortionnaires et bourreaux fascistes.
Au-delà des divergences politiques que nous pouvons avoir avec l'équipe de Sneevliet - y compris avec certaines parties de son discours devant le tribunal - nous devons saluer une fois de plus les qualités révolutionnaires et humaines exceptionnelles de ce communiste de fer, qui se revendiqua d'ailleurs du trotskysme dans son discours de défense. Ces qualités éclatent non seulement dans leur comportement devant les juges nazis, mais aussi dans leur activité dans la clandestinité. Wim Bot révèle ce qui est peu connu : à savoir que le MLL-Front a joué, à côté du PC, un rôle important dans la grève des ouvriers d'Amsterdam de février 1941, première grève large en Europe occidentale sous l'occupation allemande, et grève hautement politique, pour la défense de la population juive d'Amsterdam contre les premières tentatives de pogrom fascistes. (1) Edition Syndikaat, Amsterdam. Duxiu, fondé l'Opposition de gauche chinoise qu'il a dirigée des années durant. Ce livre est annoncé comme le premier d'une série de trois livres. Celui qui a paru retrace sa vie depuis son enfance jusqu'aux premiers mois de l'année 1925 pendant lesquels se tint le 4º Congrès du PCC (2).
Peng Shuzhi, né en 1895, a à présent 88 ans. C'est dans un village nommé Tong-
L'envol du communisme en Chine
(Mémoires de Peng Shuzhi)
L'envol du communisme en Chine
(Mémoires de Peng Shuzhi)
cluocun, de la province du Hunan qu'il vit le jour. Ce village sité à environ 125 km du chef-lieu de district ne puuvait être rejoint qu'à pied. De là il y avait encore près de 500 km pour parvenir à Changsha, capitale de la province, distance dont le plus grande partie devait également être effectuée à pied avant de pouvoir terminer le voyage par bateau. La famille de Peng Shuzhi était celle de petits paysans propriétaires qui se situait un peu au-dessus mais pas trop de la grande majorité des autres habitants de son village natal. Ce dernier comportait alors 95% d'analphabètes ; la plupart des autres habitants sauf rares exceptions étaient peu instruits dans l'art de lire et d'écrire leur langue. Toute l'enfance et une partie de l'adolescence de Peng Shuzhi se développa nécessairement dans le culte des ancêtres et le strict respect des traditions familiales. Ainsi on le fiança alors qu'il n'avait que deux ans et on le maria malgré lui quand il n'était encore qu'un adolescent, mariage qui ne fut pour lui qu'une formalité sans lendemain. Il suivit à Tongcluocun un enseignement primaire fonction de la qualité des instituteurs engagés par le village pour ce travail, apprenant à lire et à écrire dans de très vieux textes. C'est seulement en 1909 qu'il commença à avoir une très vague vision nationale par des nouvelles partielles, décousues, provenant de voyageurs passant par son village. La nouvelle de la révolution de 1911 contre la dynastie mandchoue y fut connue de cette manière. Ce n'est qu'à 17 ans, lorsqu'il quitta son village pour se rendre à Changsha en vue de fréquenter une école secondaire qu'il connut pour la première fois une ville encore provinciale pour l'époque et que, pour la première fois de sa vie aussi, il eut entre les mains des journaux qu'il pouvait lire. Peng Shuzhi n'avait jusque là pas été un cas isolé, il avait vécu approximativement la même vie que celle de millions et de millions de Chinois. C'est un récit que nous avons pu lire maintes fois mais qui était écrit surtout par des visiteurs étrangers à la Chine. Dans e livre, c'est un homme qui décrit son enfance et les premières années de son adolescence telles qu'il les a vécues pour ainsi dire de l'intérieur de lui-même. Et pour cela peut-être comprenons nous mieux la Chine du début de ce siècle et les immenses efforts que le peuple chinois a dû fournir pour sortir de son arriération et tenter de faire ce qu'on pouvait appeler, comme les révolutionnaires de l'époque le faisaient, un pays moderne. Nous n'aborderons pas ici les aspects sociaux et politiques des problèmes de la révolution chinoise que nous retrouverons certainement lors de la parution des livres suivants promis.
Au moment où Peng Shuzhi arriva à Changsha, la révolution (bourgeoise) de 1911 avait été écrasée. La contre-révolution qui se poursuivait allait quelques années plus tard diviser la Chine et la placer sous la coupe des « seigneurs de guerre », des généraux inféodés à des impérialismes rivaux et qui se faisaient la guerre pour le compte de ceux-ci au plus grand détriment des masses chinoises. Est-il besoin de dire que l'adolescent qui subissait, comme il en témoigne, les effets de la contre-révolution dans son école, était encore loin de comprendre les événements dans lesquels il vivait et leurs causes profondes ?
Les moyens de ses parents ne lui permettant pas de poursuivre ses études, il lui fallut retourner dans son district et même dans son village natal. A nouveau, quoique à un degré moindre que par le passé, ce fut pour lui les difficultés et le retard à connaître ce qui se passait à l'échelle nationale et plus encore à l'échelle internationale. Ainsi en fut-il en ce qui concerne le déclenchement de la première guerre mondialę, bien que la Chine ait été obligée par les impérialismes alliés (Grande-Bretagne, Russie tsariste, France, Japon) à déclarer la guerre à. l'Allemagne. Ainsi en fut-il aussi pour la Révolution d'Octobre 1917 dont il n'eut connaissance sous une forme assez vague que vers la fin de 1918. Ainsi en fut-il même pour les événements du « 4 mai » 1919 qui se situent à l'aurore de la révolution chinoise qui allait s'emparer de tout le pays quelques années plus tard (3).
Malgré l'indigence de ces informations ou peut-être à cause de celle-ci, Peng Shuzhi décida de retourner à Changsha. C'est dans cette ville qu'il put prendre connaissance des nombreux écrits exprimant l'effervescence culturelle et politique qui se manifestait alors en Chine. C'est aussi dans cette ville de Changsha qu'en septembre 1920 il eut ses premiers contacts avec des communistes gagnés à cette cause sous l'impulsion de la Révolution d'Octobre, notamment en raison de la prise de position de Chen Duxiu, un intellectuel très renommé dans son pays, et qui fondait alors les premiers groupes communistes qui créèrent le PC chinois. Peng Shuzhi se rendit alors à Shanghai, le berceau du mouvement ouvrier et du mouvement communiste chinois. Il y assista entre autre à la formation de syndicats ouvriers et adhéra au PC en formation. Il mentionne dars son livre les noms des pionniers du communisme dont plus d'un périra par la suite, noms dont beaucoup ont été omis dans les « histoires officielles ». Il rencontra également à cette époque Mao Zedong (Mao Tse-tung), comme lui originaire du Hunan. De prime abord il n'apparaît pas y avoir eu d'atomes crochus entre eux deux, bien que cela ne fut pas dû alors à des problèmes politiques essentiels.
Sous l'impulsion de Lénine qui avait tout de suite saisi l'importance pour l'avenir des mouvements des peuples des pays coloniaux et semi-coloniaux, l'Internationale communiste demanda aux organisations cominunistes d'Orient en formation d'envoyer un certain nombre de leurs jeunes adhérents à
Moscou pour les former comme cadres à l'Université communiste des travailleurs de l'Orient qui serait créée à cet effet. Peng
Shuzhi sera l'un des jeunes Chinois choisis à cet effet. En février 1921 il partira de
Shanghai pour l'Union soviétique. A cette date le Japon occupait encore la partie orientale de la Sibérie, entre autre le port de
Vladivostok, qui était à la fois le point d'arrivée du trafic maritime en provenance de la Chine et le terminus du Transsibérien.
Aussi le voyage de Peng Shuzhi ne s'opéra •til pas sans certaines diffic tés avec aussi quelques intermèdes picaresques. En outre, le Transsibérien était à ce moment là dans un délabrement extrême, et misère et famine sévissaient dans tout le pays à la suite des années de guerre étrangère et de guerre civile. Mais, si douloureuses que furent ces épreuves avant d'atteindre Moscou, elles n'émoussèrent pas l'enthousiasme pour la révolution et le désir d'apprendre de notre jeune communiste. Nous suivons alors Peng Shuzhi au cours du long séjour qu'il effectuera en Union soviétique. Il partage la vie des autres jeunes Chinois venus, comme lui, de leur pays, et celles d'autres Chinois en provenance de groupes communistes formés dans l'émigration en Europe, tout particulièrement de France, de Belgique et d'Allemagne. Parmi ceux-ci, certains dont les noms deviendront célèbres par la suite, tels Zhou Enlai (Chou En-lai) et Liu Shaoqi (Liu Chao-chi). Outre les cours et les travaux de l'Université, Peng Shuzhi qui deviendra le secrétaire du groupe chinois de Moscou décrit quelques rencontres et événements importants auxquels il se trouva associé. Citons le Congrès des travailleurs d'Extrême-Orient (janvier 1922), ses contacts avec les délégués du PC chinois au 4e Congrès de l'I.C. et, surtout, sa participation comme membre de la délégation chinoise au 5º Congrès de l'I.C., sa première rencontre avec Chen Duxiu, prélude à une collaboration qui se développerait ultérieurement en Chine. Il décrit la surprise pour ne pas dire la stupéfaction avec laquelle fut reçue à Moscou la première crise qui, en octobre 1923, opposa en l'absence de Lénine malade, la majorité dủ Bureau Politique à Trotsky, ainsi que l'incompréhension du fond de cette crise et des premières mesures de répression bureaucratiques dans le Parti auxquelles elle donna lieu, mesures encore assez éloignées de ce qu'on connaîtra par la suite. Peng Shuzhi s'était étonné notamment du silence de Trotsky au 5º Congrès face aux attaques publiques en termes violents de
Ruth Fischer, alors principale dirigeante du
103-
PC allemand.
Un point sur lequel Peng Shuzhi insiste à très juste titre et qui aura d'immenses conséquences dans la marche de la révolution en Chine, c'est celui des rapports du PC chinois avec le Kuomintang. Dès 1922 l'I.C. se prononça d'abord pour l'entrée individuelle des communistes chinois dans le Kuomintang, ensuite pour l'adhésion collective du Parti, une adhésion qui devenait équivalente à la subordination des membres. du parti à la direction et à l'orientation politique du Kuomintang. Cette orientation de l'I.C. était le produit de plusieurs erreurs combinées : une erreur sur les perspectives de la révolution chinoise, une méconnaissance - et c'est peu dire - sur la nature sociale du Kuomintang, une orientation droitière de la direction Boukharine-Staline de l'époque. La plupart des communistes chinois à Moscou et, semble-t-il, en Chine étaient hostiles à une telle politique. Elle ne fut adoptée au début par le PC chinois que grâce à l'autorité dont jouissait alors l'I.C. en tant que telle et non par conviction politique (4). Sur le même sujet, Peng Shuzhi raconte la présence à Moscou de Tchiang Kai-chek, délégué du Kuomintang, et dont la visite se concluera par la création avec l'aide de Moscou de l'Ecole militaire de Whampoa destinée à former des officiers pour les armées du Kuomintang. Il mentionne les approches de Tchiang Kai-chek auprès des étudiants chinois de l'Université et les hommages hypocrites qu'il rendit à la Révolution d'Octobre et à la révolution mondiale (5).
Le retour de Peng Shuhzi en Chine fut décidé en juillet 1924 à la fin du 5º Congrès de l'I.C. Il avait ainsi vécu en Union Notes : Notae • (1) Gallimard éditeur, Paris 1983 soviétique pendant plus de trois ans. Ce retour se fit dans de meilleures conditions qu'à l'aller. Revenu en Chine, il prit part à l'activité du PC chinois, entre autre à la préparation et à la tenue du 4° Congrès de ce parti en janvier 1925 où il fut élu membre du Comité Central. Dans cette période se développa le mouvement syndical, prélude à la révolution qui deteriera sur tout le pays dans les années 1925-1927. Nous reviendrons sur cette dernière partie du livre ainsi que sur la question des rapports du PC avec le Kuomintang qui constituera certainement une pièce essentielle du deuxième volume quand il paraîtra.
C'est à peine un résumé de certains des épisodes de la vie de Peng Shuzhi que nous venons de donner. Nous l'avons fait avant tout pour encourager les lecteurs de la revue Quatrième Internationale à lire ce livre. Outre le tableau de la Chine paysanne de la fin du 19° et du commencement du 20° siècle dont nous avons parlé plus haut, ils y trouveront un aperçu des débuts du mouvement communiste chinois, une période qui a été complètement occultée ou détigurée dans les légendes officielles du temps de Mao Zedong et sur laquelle les « rectifications » ou les « corrections » apportées depuis sa mort à son culte n'ont pas rétabli la vérité. L'objectif principal visé par Peng Shüzhi dans ce livre, à savoir faire connaître la vérité sur cette période, est atteint et ce livre constituera sans le moindre doute un précieux élément de travail pour les histoires qui voudront traiter sérieusement des origines et du développement du PC chinois.
Pierre Frank
(2) Le livre a été mis au point en français par Cheng Yingxiang, fille de l'auteur, et son mari
Claude Cadart. (3) Le 4 mai 1919 fut une journée de protestation et de lutte du peuple chinois (étudiants, marchands, ouvriers) contre le traité imposé par les impérialismes vainqueurs de la première guerre mondiale, traité dont les clauses profitaient au Japon au détriment de la
Chine qui restait un pays semi-colonial.
(4) Le représentant de l'I.C. auprès du PC chinois était alors le Hollandais Sneevliet-
Maring. Il a certainement transmis les directives de l'I.C. Sneevliet que j'ai bien cornu n'était pas un stalinien, il s'est très tôt dressé contre la direction stalinienne, et est resté un révolutionnaire pendant toute sa vie. Il devait mourir héroïquement, fusillé en 1942 par les nazis pendant la dernière guerre. Mais les directives qu'il a transmises correspondaient à ses propres convictions politiques qui étaient erronées sur ce point. Il était un des rares militants ouvriers d'avant 1914 qui avait vécu dans un pays colonisé, l'Indonésie, où il avait collaboré avec une organisation indigène révolutionaie, le Sarekat Islam, pour former les premiers syndicats ouvriers dans ce pays - ce qui lui valut la répression et l'expulsion d'Indonésie des autorités de l'impérialisme néerlandais. (5) Sous la direction de Boukharine-Staline, le Kuomintang fut admis dans l'I.C. comme
« organisation sympathisante » en 1926.
James Dunkerley The Long War : Dictatorship and Revolution in El Salvador
(Jonction Books,
Le livre que James Dunkerley qui travaille à l'Université de Liverpool, vient de publier, est à notre connaissance, l'essai le plus systématique paru jusqu'ici sur la guerre civile qui se déroule au Salvador, ses antécédents et sa dynamique. Il contient, entre autres, des appendices et une bibliographie qui sont très utiles pour tous ceux qui veulent se renseigner sur les événements d'Amérique centrale ; il trace synthétiquement l'histoire des différentes organisations de la gauche révolutionnaire et du mouvement ouvrier ; il fait le point sur la situation militaire jusqu'à 1982.
Nous signalons, par ailleurs, que Dunkerley rappelle efficacement tous les événements qui depuis un demi-siècle ont préparé la crise structurelle de la société salvadorienne et l'affrontement dramatique actuel. Il revient, en particulier, sur la situation au début des années 1930, les grandes mobilisations ouvrières et populaires de l'époque, les crises de 1944 et 1948. Il insiste à juste titre sur l'évolution que le Salvador a connu à partir des années 1950 et surtout dans les années 1960, lors du lancement de l'éphémère Marché commun centro-américain. La conclusion qu'il tire correctement de cette analyse et qui recoupe celle de certains
London) protagonistes de la lutte révolutionnaire, est fondamentalement, que, si du point de vue de l'industrialisation et, plus généralement, de la croissance économique les résultats de cette évolution ont été assez limités et même annulés par la suite à cause de la crise économique mondiale, les répercussions au niveau social et politique ont été, par contre, importantes. Sans en tenir compte, on ne peut pas comprendre l'essor du mouvement de masses et des organisations révolutionnaires depuis la moitié des années 1970 et, en dernière analyse, les événements actuels (ce qui ne signifie pas ignorer l'impact des facteurs internationaux - Dunkerley ne l'ignore certainement pas).
Dans le cadre d'un jugement dans l'ensemble positif sur le livre de Dunkerley, neus voudrions, toutefois, faire quelques remarques. Par exemple, s'il est juste de souligner l'impact au Salvador et dans toute la région de la victoire de la révolution au Nicaragua, la conclusion de Dunkerley selon laquelle le FSLN serait devenu le « modèle » pour « le reste des forces de libération en Amérique centrale » nous paraît excessivement simplifiée. Notamment les révolutionnaires salvadoriens dans des textes auxquels Dunkerley lui-même fait référence, n'oublient pas de souligner avec force les spécificités de la situation dans leur pays aussi bien que de la stratégie et de la tactique qui en découlent.
En deuxième lieu, l'analyse de la plateforme programmatique de la CRM nous semble axée beaucoup plus sur certains formulations impliquant effectivement un certain flou que sur ce qui est le contenu réel, surtout si on tient compte du cadre dynamique d'une lutte sans merci, où le clivage entre les classes fondamentales, loin de s'estomper, est profond et va s'approfondir davantage.
Des considérations analogues s'imposent, à notre avis, sur le chapitre de conclusion qui n'est pas dépourvu de contradictions. Dunkerley souligne lui-même la composition sociale de la résistance, le rôle capital qu'y jouent des organisations révolutionnaires mettant l'accent sur la nécessité d'une direction prolétarienne et d'une alliance ouvrière et paysanne, l'inexistance au Salvador d'une aile bourgeoise comparable à celle représentée par Chamorro-Robelo au Nicaragua, la véritable nature de l'affrontement majeur à l'échelle de la région où l'impérialisme nord-américain est de plus en plus directement impliqué. Pourtant, il semble admettre la possibilité qu'une victoire du FMLN aboutisse à une solution type front populaire, dans laquelle, comme d'autres expériences, les organisations du mouvement ouvrier réalisent une alliance avec des forces bourgeoises sur la base d'un programme minimum et de leur renonciation « au droit de se battre pour un programme révolutionnaire global ». Par ailleurs, l'auteur semble minimiser l'importance de l'aide du Cuba - en ce qui concerne le Nicaragua aussi - et accepter la thèse selon laquelle La Havane et Managua ne souhaiteraient aucunement un approfondissement de la lutte au Salvador, voir son aboutissement victorieux, de peur qu'il n'en découle une intervention impérialiste.
Or, la lutte du peuple salvadorien sera encore, sans doute, très longue et certainement extrêmement dure. Mais, en dernière analyse, elle ne pourra être éventuellement écrasée que par une intervention massive des Etats-Unis. Dans ce cas, il n'y aurait pas de solution front-populiste. Il y aurait une répression impitoyable - à faire oublier 1932 ! - et l'instauration d'un régime archiréactionnaire.
A deux reprises, Dunkerley fait allusion aux positions prises par la Quatrième Internationale au cours des années 1960 et 1970 sur la guérilla en Amérique Latine et il rappelle aussi notre autocritique. Nous ne revenons pas ici sur cette question importante. Mais nous estimons utile de préciser à Dunkerley et à ses lecteurs que jamais la Quatrième Internationale n'avait accepté la théorie du foco. Au contraire elle avait critiqué explicitement. Debray dès 1967. Quant à la remarque de Dunkerley sur le fait que le « foquisme » fut rejeté par les staliniens et les maoistes avant que par les trotskystes, elle est pour le moins surprenante de la part de quelqu'un qui, comme notre auteur, semble connaître son sujet. Prétendrait-il que les critiques que les PC prosoviétiques et les PC pro-chinois adressaient à l'époque à Cuba et à Guevara s'inspiraient de critères rigoureux et étaient avancées en partant d'un point de vue révolutionnaire ? Nous n'avons pas besoin de démontrer que ce n'était pas absolument le cas.
Un dernier point. Dunkerley mentionne en passant que Farabundo Marti aurait eu des sympathies pour Trotsky dont il arborait l'image, encadrée dans une étoile rouge. On regrettera que l'auteur n'indique pas explicitement la source de cette information.
L.M.
Ricardo Sanchez :
Historia politica de la clase obrera en Colombia
(La Rosa Roja, Bogotà)
L'histoire qu'a écrite Ricardo Sanchez n'est pas une histoire syndicale savante comme celles qu'écrivent la plupart des historiens latino-américains ni une réduction de l'histoire des travailleurs à l'histoire d'un parti politique dans le style d'auteurs militants des partis communistes. Sanchez accomplit la tâche difficile d'analyser la trajectoire du mouvement ouvrier dans le cadre global d'une formation sociale et de la lutte de classes puisque il sait bien qu'il est impossible de comprendre la dynamique de la lutte de la classe ouvrière sans étudier l'Etat et la classe dominante. L'analyse des classes sociales ne doit pas être séparée des conflits sociaux sous peine d'adopter une approche structuraliste-fonctionnaliste, ce qui arrive souvent, dans les livres sur les classes sociales.. L'étude de la lutte des classes doit prendre également en considération les différents stades de la conscience de classe : classe - lutte de classe - conscience de classe font partie d'une totalité et sont liées par un rapport dialectique.
Marx l'avait dit dans le Manifeste communiste : l'idéologie dominante dans la société est l'idéologie de la classe dominante. Le système de domination bourgeois engendre la fausse conscience des couches exploitées. Mais par la lutte sociale la classe travailleuse - qui inclut non seulement le prolétariat urbain et rural, mais aussi les couches moyennes salariées - développe sa conscience de classe.
Sanchez s'efforce de saisir le développement de cette conscience de classe au cours d'environ un siècle d'histoire de la classe travailleurse colombienne. Dans son livre il analyse les différentes manifestations de la conscience de classe - conscience élémentaire ou syndicale, conscience politique et conscience révolutionnaire - qui n'ont pas une évolution linéaire, mais se combinent avec la pratique sociale, à partir de la formation des premiers syndicats et du Partido Socialista Revolucionario (PSR) en 1926 jusqu'aux paros cívicos des années 1970 en passant par l'insurrection qui a éclaté en 1948 à la suite de l'assassinat de Gaitán.
Il analyse en même temps les formes de médiation de la conscience de classe déterminées par la présence du libéralisme bourgeois colombien et qui aboutissent à une politique populiste, notamment à partir de 1936. Toutefois cette médiation ne s'opère pas que par le truchement de la bourgeoisie : elle s'exprime aussi par le réformisme ouvrier bureaucratique. Sur ce terrain Sanchez met à nu la politique du Parti communiste, le front populaire de l'époque de Lopez Pumarejo et d'autres variantes de la collaboration de classes, qui ont freiné le développement de la conscience des travailleurs colombiens.
Sanchez établit un rapport précis entre les différentes manifestations de la conscience de classe et la pensée sociale, en mettant en évidence les idées libérales, populistes et réformistes qui ont médiatisé la conscience de classe aussi bien que les idées marxistes révolutionnaires qui ont contribué à la développer. Dans cette dialectique penséeaction - ou plutôt l'inverse - il souligne le rôle joué par des figures de proue du prolétariat colombien comme Maria Cano et Camilo Torres à qui le livre est dédié.
L'auteur remonte au XIX* siècle, à la prétendue République des artisans de 1854, pour retrouver la tradition de lutte des travailleurs colombiens qui étaient déjà intégrés dans une formation sociale semicoloniale dépendante du système capitaliste mondial. C'est à cette époque lointaine de l'histoire de son pays que d'après Sanchez surgissent les premières idées socialistes. Il fait en outre référence aux premières formes de collectivisme chez les Chibchas, dont la tradition indigène ne s'est pas épuisée.
L'un des chapitres les plus importantes est celui qui parle de la génèse du premier parti ouvrier dans les deux premières décennies du Siècle. Dans cette génèse se combinent les instruments syndicaux de la classe ouvrière et le parti, dans un processus analogue à celui du Chili, où le POS et la FCH, dirigés par Recabarren, ont fusionné pour donner naissance au Parti communiste en 1922. Une telle relation parti-syndicat - qu'aujourd'hui il serait impossible de réaliser - s'explique du fait qu'à l'époque il existait un seul parti de la classe ouvrière et les travailleurs et les syndicats y entraient pour souder l'unité de classe.
Sanchez souligne en même temps la pratique de l'internationalisme anti-impérialiste et prolétarien de l'époque qui s'était concrétisée dans la solidarité active avec Sacco et Vanzetti et avec l'entreprise de Sandino. En effet, le PSR et la CON avaient stimulé l'envoi d'un contingent de travailleurs, dirigé par Frederico Restrepo et Ruben Ardila Gomez et cet exemple avait été suivi par le salvadorien Farabundo Marti, le vénézuélien Carlos Aponte, les honduriens José M. Lagos et Julian Montoya, le guatémaltèque Giron Ruano et le dominicain Gilbert. Cette régionalisation de la révolution latinoaméricaine - en Amérique centrale et dans la Caraibe au cours des années 1920-1930 - a eu sa renaissance plus tard lors de la victoire de la révolution nicaraguayenne avec la tendance au processus révolutionnaire continental.
L'auteur tire des leçons importantes pour les travailleurs colombiens aussi bien que latino-américains des grandes grèves comme celle des Bananeras de 1928, de la première grève générale nationale de 1945, de l'insurrection de 1948 et d'autres mouvements comme les paros cívicos et les occupations d'usines. C'est pourquoi le livre est un instrument de lutte pour les militants latinoaméricains.
Finalement, le livre contient un appendice rédigé par l'auteur et par Daniel Libreros sur les expériences de la classe travailleuse colombienne dans la période 1977-1981.
On regrettera que l'auteur n'ait pas pu s'étendre sur les luttes du mouvement indigène à la lumière du rapport ethnieclasse, l'ampleur de la participation paysanne à la guérilla et le rôle des anarchistes dans le mouvement ouvrier du début du siècle, bien qu'il soit correct de reconnaître qu'il fait allusion à l'Union syndicale des travailleurs du Magdalena et à d'autres mouvements d'inspiration anarchiste.
L'un des mérites principaux du livre est d'avoir mis en évidence l'action de Camilo Torres et la polémique de Montana Cuellar avec le Parti communiste comme partie intégrante du processus de radicalisation ouvert par la révolution cubaine. Ainsi il fournit des éléments décisifs pour l'éducation politique des cadres révolutionnaires dans la lutte ardue pour la construction du parti marxiste révolutionnaire à laquelle l'auteur a participé et participe pleinement.
Luis Vitale