Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › 3e série n° 10

Notes de lecture

Quatrième Internationale, 3e série n° 10 · janvier-février-mars 1983 · p. 127-130 · 1 648 mots

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Alexandre Zimine

Le stalinisme et son « socialisme réel »

Il s'agit d'un ouvrage des plus remarquables publiés ces dernières années, et, n'hésitons pas à le dire, le plus remarquable qui nous est parvenu ces dernières décennies en provenance des Etats ouvriers bureaucratisés.

D'abord par la personnalité de l'auteur. Membre du PC soviétique de la période immédiatement postérieure à la révolution d'octobre, cadre de l'Opposition Unifiée anti-stalinienne d'avant 1927, rescapé des camps, Zimine est un des rares, très rares « contestataires » en URSS, où il réside jusqu'aujourd'hui, à rester fidèle au marxisme, au léninisme. Il ne subit l'influence d'aucun courant de pensée bourgeois ou petit-bourgeois ; son livre contient d'ailleurs quelques polémiques réduites mais pertinentes avec les représentants de ces idéologies.

Ensuite par le sujet, Zimine s'efforce de décortiquer minutieusement les origines, la fonction et le contenu du prétendu « socialisme réel » qui existerait en URSS et dans les autres Etats ouvriers bureaucratisés. Il démontre de manière magistrale jusqu'à quel point cette affirmation se fonde sur une révision totale du marxisme et de la tradition léniniste. Cette démonstration fait preuve d'une érudition marxiste tout-à-fait exceptionnelle, d'une connaissance de la littérature soviétique sans égal en Occident, et d'une vue d'ensemble sur la réalité socio-économique et politique en URSS qui soustend toutes les analyses de l'auteur. Puis par le but poursuivi par l'auteur. Communiste inébranlable et non brisé par son tragique destin personnel ; certain que l'avenir de l'humanité dépend de la victoire du socialisme - le socialisme réel s'entend, et non le « socialisme réellement existant aujourd'hui » —; persuadé de ce que l'humanité ne sortira de l'ornière que si « l'URSS (est remise) sur les rails de la marche au socialisme » dont la bureaucratie l'a pour le moment écartée ; convaincu également que « la transition du capitalisme au socialisme (inévitable, et de plus totalement mûre d'un point de vue historique) sera entièrement différente de la transition qui a conduit, au XX* siècle, au pseudosocialisme stalinien ». « La nouvelle construction du socialisme doit être opposée non seulement à la crise généralisée du capitalisme et à son pourrissement, mais également au pourrissement et à la crise généralisée du « socialisme réel » stalinien ». (p. 148).

Finalement par la rigueur scientifique de la pensée de l'auteur. Ce n'est le moindre sujet de satisfaction pour les trotskystes du monde capitaliste que de constater que cet authentique marxiste révolutionnaire soviétique, élève de Lénine, de Zinoviev, de Trotsky, a élaboré, dans l'isolement le plus complet, une analyse de la réalité soviétique qui est jusque dans les moindres nuances identique à celle des marxistes révolutionnaires des pays impérialistes et des pays semi-coloniaux.

La raison en est claire. Il n'a jamais abandonné les critères de classe internationalistes fondamentaux qui ont inspiré Marx et ses disciples. Il n'a jamais abandonné la vision du monde et de l'histoire pris dans leur ensemble. Il n'y a pas de meilleure confirmation pour nous que la IVe Internationale a une vue correcte de la « question russe », et que si Trotsky et ses principaux camarades de combat soviétiques avaient encore été en vie, ils auraient eu en gros, la même position sur l'URSS que celle que nous défendons aujourd'hui.

L'ouvrage d'Alexandre Zimine doit être recommandé à la lecture de tous les cadres communistes du monde entier. Elle entre de plein pied dans la catégorie des livres auxquels les militants du mouvement ouvrier doivent se référer pour comprendre ce qu'est l'URSS. Après l'œuvre de la gauche critique yougoslave (Praxis et autres) ; après la parution du livre de Bahro, de celui de Petr Uhl, des premières analyses marxistes venues de la nouvelle opposition hongroise, des analyses de la gauche du mouvement ouvrier de masse reconstitué en Pologne, des meilleurs produits du « mouvement démocratique » en Chine, c'est la éditeur,

Cette histoire du Parti communiste tchécoslovaque qui s'étend depuis la formation de ce parti au lendemain de la première guerre mondiale jusqu'au « coup de Prague » en 1948 est l'œuvre d'un jeune historien né en Tchécoslovaquie deux ans après ce coup ; il travaille en Occident et s'occupe particulièrement des mouvements communistes en Europe orientale. Son livre repose preuve que le marxisme renaît puissamment dans les pays de l'Est. Le dialogue avec ce marxisme, sa fusion progressive avec la continuité du marxisme révolutionnaire maintenue dans les pays capitalistes pendant la longue nuit stalinienne, fera faire un « grand bond en avant » et à la pensée marxiste universelle et à la réalité de la révolution mondiale.

Signalons une excellente introduction à cet ouvrage de la part de Laetitia Cavaignals, et espérons que la première partie de l'œuvre de Zimine « La doctrine du socialisme dans un seul pays » verra bientôt le jour.

Ernest Mandel Paris 1981 sur une abondante documentation quant aux origines, aux prises de position, à l'influence et à l'incrustation de ce parti dans la société de son pays. L'auteur montre une assez grande compréhension des idées et des mobiles qui ont animé ce parti. Ce qui fait de son livre un ouvrage fort intéressant et utile à consulter. Mais il trouve ses limites dans le fait que, tout en montrant que ce parti a commencé à

Jacques Rupnik

Histoire du Parti communiste tchécoslovaque

Presses de la Fondation nationale des sciences politiques,

Jacques Rupnik

Histoire du Parti communiste tchécoslovaque

Presses de la Fondation nationale des sciences politiques,

HISTOIRE DU PARTI COMMUNISTE se transformer aux alentours de 1925 pour devenir un parti à la botte de Staline vers 1930 quand Gottwald en devient le dirigeant quasi omnipotent, l'auteur ne saisit pas la cause la plus profonde de cette transformation, à savoir la victoire de la contre-révolution bureaucratique qui s'est produite en Union soviétique. Aussi partage-t-il le point de vue répandu par les poststaliniens, les sociaux-démocrates et les bourgeois, selon lequel le stalinisme est le prolongement naturel du léninisme dont il aurait seulement mis en pratique avec quelque outrance de prétendus principes du léninisme (monolithisme, centralisme bureaucratique qualifié centralisme démocratique, internationalisme identifié à l'alignement inconditionnel sur le Kremlin, syndicats courroie de transmission du parti, etc.).

Ceci dit, il n'en reste pas moins que l'auteur, Rupnik, met bien en lumière les traits de ce parti. Si ce dernier présente à quelques égards une certaine similitude avec le parti français (base de masse dans un pays industrialisé, opportunisme originel hérité de la socialdémocratie), il a par contre avec celui-ci des différences considérables qui tiennent aux origines de la Tchécoslovaquie et au sort qu'elle a connu.

La Tchécoslovaquie était une construction artificielle engendrée par le traité de Versailles, reproduisant pour ainsi dire en miniature et sans le passé historique qui l'avait créée, l'AutricheHongrie dont elle était issue. Elle constituait une mosaïque de nationalités différentes (Tchéques, Slovaques, Allemands, Hongrois, Ruthènes) qui n'avaient jamais été unies entre elles. La bourgeoisie tchèque dont Masaryk et Benes étaient les porte-parole politiques visait à dominer les autres nationalités. Le PC tchécoslovaque fut constitué par agglomération de deux partis : la majorité du Parti social-démocrate tchèque dirigé par Smeral d'une part et les

TCHECOSLOVAQUE 129 socialistes slovaques, vivant dans une région peu industrialisée, qui avaient été organisés jusque là dans le parti socialiste hongrois et qui étaient soumis aussi à une influence de l'émigration slovaque aux Etats-Unis, sans parler de celle des Ruthènes, plus proches des Russes d'autre part. Dans le parti ainsi formé l'influence dominante au début était celle de l'austromarxisme. Ce n'est pas par hasard si Otto Bauer considéra pendant longtemps le Parti communiste tchécoslovaque comme le meilleur parti austromarxiste après le sien, celui de l'Autriche d'après guerre. Cela se vit au début dans la prise de position du parti de Smeral sur la politique des nationalités dans la Tchécoslovaquie.

Rupnik insiste, dans son livre, sur les conséquences en Tchécoslovaquie de l'arrivée de Hitler au pouvoir, la destruction de l'équilibre de Versailles sur lequel reposait le pays et la dislocation inévitable du pays après les accords de Munich. Il est intéressant de suivre les variations de position du parti tchécoslovaque, autour de ces accords, ainsi que dans la période du pacte Hitler-Staline et, ensuite, lors de l'alliance de Staline avec les démocraties impérialistes.

L'auteur se penche énormément sur le rôle de Benes dans l'après deuxième guerre mondiale, quand la Tchécoslovaquie fut reconstituée. Il considère que Benes, ayant à la suite de Munich perdu confiance dans les Occidentaux, a voulu assurer une base solide à la Tchécoslovaquie en s'associant fermement à Staline et à l'Union soviétique. Il dit que, ce faisant, Benes a littéralement préparé le terrain dès 1945 au « coup de Prague » de 1948 ; il pense que ce n'était pas en fait un « coup » mais la suite inévitable des mesures prises à la Libération par Benes en accord avec la direction du parti tchécoslovaque. Il y a certainement une grande partie de vérité dans son argumentation. Mais il ne souligne pas suffisamment à notre avis un autre aspect de la situation, le désir des masses de Tchécoslovaquie, comme des autres pays d'Europe orientale, de bâtir au lendemain de la guerre une société socialiste. Or ce désir, cette aspiration, le parti tchécoslovaque l'a contré et c'est seulement quelques années plus tard, lorsque le mouvement des masses n'était plus ascendant et qu'il pouvait être plus aisément manipulé, qu'il s'en servit lors du déclenchement de la « guerre froide » par l'impérialisme américain pour éliminer les partis bourgeois avec lesquels il avait collaboré jusqu'alors sans porter la moindre atteinte au régime capitaliste.

L'auteur a également mis en valeur les oppositions de gauche au stalinisme qui se sont manifestées dans ce parti. En particulier il cite l'opposition de Guttmann à propos de la politique de la « troisième période » en Allemagne et celle de Guttmann et de Kalandra contre les « procès de Moscou ». A la mémoire de Guttmann, mort en exil, et de Kalandra, exécuté par Gottwald en 1950, il a dédié son ouvrage.

Pierre Frank

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