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La revue › nouvelle série n° 15 (n° 66)

Russie 17 - Portugal 1974 ?

Carlos Rossi · Quatrième Internationale, nouvelle série n° 15 (n° 66) · juin 1974 · p. 6-8 · 2 409 mots

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Au cours du 1ºr Mai 1974, on a assisté à des scènes au Portugal qui rappellent irrésistiblement des images du « Cuirassé Potemkine » ou des épisodes de l'année 1917 en Russie: les rues et places occupées par des centaines de milliers de travailleurs, des soldats et marins les bras enchaînés avec les ouvriers et les étudiants, défilant et criant des mots d'ordre du mouvement ouvrier, des véhicules militaires ornés de drapeaux rouges à faucille et marteau, brandis parfois par des marins et soldats dans la rue. Est-ce le début d'une révolution sociale ?

Au delà de cette ressemblance « théâtrale » ou « cinématographique », il existe une similitude réelle entre certains aspects de la situation russe en février 17 et la situation au Portugal en mai 74:

1) — Il s'agitdans les deux cas de pays arrièrés, à développement inégal et combiné, avec une structure agraire anachronique et une accumulation explosive des contradictions, dues à l'absence de véritable révolution bourgeoise dans le passé.

2) - Dans les deux cas, un régime absolutiste haï vient d'être renversé et d'immenses énergies populaires ont été libérées : une fois la chappe de plomb de l'Etat policier soulevée, les masses déferlent sur la scène politique, se politisant et se radicalisant avec une rapidité étonnante.

3) - Dans les deux cas, le centre de la crise politique est une armée malade d'une guerre interminable, traversée par des courants politiques contradictoires : une armée aux effectifs gonflés où le rapport de forces entre militaires de carrière et appelés (soldats ou officiers) est beaucoup plus favorable aux « civils en uniforme » que dans une armée ordinaire ( en temps de « paix s). La continuation de la guerre provoque un grand malaise et rend des milliers de marins et de soldats sensibles à la propagande et à l'agitation des révolutionnaires, les seuls à s'opposer activement à la guerre.

Evidemment, l'histoire ne se répète pas et tout analogie de ce genre a ses limites. Il faut donc souligner les très grandes différences entre la crise de la Russie tsariste et celle du Portugal colonial-fasciste :

1) — La Russie de 1917 était une | déjà derrière soi, en février 17, une riche formation sociale à dominance agraire :

l'écrasante majorité de la population était paysanne. La question agraire était donc au centre des préoccupations des révolutionnaires (le parti bolchévique) et expérience de lutte révolutionnaire et d'auto-organisation: 1905 et les soviets. Sa mobilisation en février 1917 se situe donc dès le début à un haut niveau de conscience et d'action, reconstituant immédiatement les conseils ouvriers, forme suprême d'organisation révolutionnaire des masses.

Rien de semblable au Portugal. Le seul " soviet » qu'a connu le prolétariat seul « soviet » qu'a connu le proletariat portugais date de 1934, quand un soulèvement ouvrier a eu lieu à Moninta Grande sous la direction de militants communistes. Evidemment, la lutte de classe ne s'est pas arrêtée pendant les 50 années de salazarisme, mais elle n'a jamais dépassé le niveau local et n'a jamais pris la forme d'un mouvement de masse révolutionnaire à l'échelle nationale. Le retard politique de la classe ouvrière portugaise est donc considérable ce qui risque de faciliter pour les réformistes staliniens et socialdémocrates, le contrôle et l'hégémonie sur le mouvement ouvrier. Evidemment des (bonnes) surprises sont possibles aussi, dans la mesure où la bureaucratie réformiste ne dispose pas encore des instruments organiques, de l'appareil pour exercer le contrôle, laissant ainsi de larges brèches ouvertes à la pénétration des révolutionnaires.

3) - La différence essentielle entre la Russie de 1917 et le Portugal de mai 74 se situe sur le terrain politique. Les Portugais ont aujourd'hui leur « Prince Lvov » dans la personne de Spinola : le social-démocrate Mario Soares ferait un excellent Kensky et Alvaro Cunhal (secrétaire du PC portugais) est un digne émule des menchéviques Dan et Martov. Malheureusement, il manque dans ce tableau le correspondant portugais du parti bolchévique de Lénine et Trotsky ! C'est-à-dire une avant-garde révolutionnaire capable de conduire les masses portugaise de leur « février » anti-fasciste à leur « octobre » rouge: une avant-garde organisée et disciplinée, implantée chez les ouvriers et les travailleurs, les étudiants et les soldats, capable d'impulser partout l'auto-organisation des masses, la formation de comités d'usine, de comités de soldats et marins, de comités d'action étudiants: un parti léniniste de combat capable de rendre la révolution permanente, jusqu'à la destruction de l'appareil d'Etat bourgeois et la victoire du prolétariat. La constitution ou non d'une telle avant-garde dépend de beaucoup de facteurs, entre lesquels l'initiative et l'intervention de nos camarades de la IVè Internationale au Portugal !

En attendant, quelles sont les perspectives immédiates au Portugal ? Le grand capital financier, moderniste, « européen », néo-colonial, représenté l'alliance ouvrière-paysanr direction du prolétariat) é stratégique principal. Or, al population rurale a conn énorme au cours des derni avec un départ massif vers villes et surtout vers l'ét bonne partie de la pays tugaise se trouve aujou Citroën à Paris, etc. Si l'on le traditionnalisme réactio passivité politique de la m petite paysannerie au devient évident que cette pas l'alliée privilégiée du contrairement à ce que maoistes locaux, qui se co traduire dogmatiquement d Portugais le mot d'ordre aux ouvriers et paysans ». Les alliés principaux de la cla portugaise sont les travaill

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Par conséquent nos camarades marxistes révolutionnaires portugais ont tout à fait raison de lancer le mot d'ordre « le pouvoir aux ouvriers et travailleurs ». Ce qui inclut, bien entendu les travailleurs ruraux aussi bien que les travailleurs urbains.

2) - La classe ouvrière russe avait par le banquier et L'industriel multimillionnaire Champalimaud, par le gigantesque trust CUF, dont la « junte de salut national » est plus ou moins l'expression politique, contrôle difficilement la situation. Il se trouve dans la situation d'un directeur de jardin zoologique qui, en essayant de faire passer le lion d'une cage petite à une autre plus spacieuse et confortable, laisse échapper le fauve et est obligé de laisse échapper le t faire appel à un de fermer à nouveau. prolétarien, c'est pi palimaud, les parti! fait leur preuve dan la formation par li nement provisoire, Libéraux bourgeois peut créer C étroitement surVI représentée par présidence ? Deux révolutionnaires so ou moyen terme Gaulle » et la varia a) - Suivant le nement de coaliti « anti-fascistes » é Libération (1944) : PC pour démobili (« bataille de la pro c'est l'arme des tr geoisie s'en débar actif du de G (Spinola) et la com social-démocrates éliminés par la s établissement au «fort », plus ou mo conjoncture, sous droite « modernist grand capital. grand capital.

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Dans l'immédiat, la tâche laplus urgente est la lutte contre la guerre coloniale. Non seulement par devoir internationaliste élémentaire envers les travailleurs des colonies portugaises.

mais aussi pour le développement conmais aussi pour le développement concret d'un processus révolutionnaire au Portugal. Face à la grossièreté et au silence presque complice du PCP sur la question (dans son manifeste du 6 mai, le PC réussit à ne pas mentionner d'un seul mot le problème de l'indépendance des colonies !), les révolutionnaires peuvent le « déborder par la gauche » (et même éventuellement le forcer à rompre sur ce sujet avec les militaires) par la constitution d'un puissant mouvement anti-colonialiste, englobant l'avant-garde large et même des secteurs significatifs des masses. Un tel mouvement permettra aussi une trés rapide pénétration des révolutionnaires chez les soldats et marins.

La question de l'armée est évidemment décisive. Les forces armées portugaises se trouvent aujourd'hui en crise. Tandis que la haute hiérarchie militaire, au passé fasciste, essaie de se convertir en « libérale » - tout en purgeant les secteurs les plus compromis avec le fascisme: des dizaines de généraux et amiraux ont été passés à la réserve — les cadres moyens de l'armée de métier, les fameux capitaines qui ont été . le moteur du coup militaire anti-Caetano du 25 avril, poussent vers une démocratisation radicale de l'Etat : quant aux officiers «appelés » généralement des anciens étudiants, il y en a beaucoup qui sympathisent avec les partis de gauche (PC-PS) ou même avec les organisations révolutionnaires, particulièrement dans la Marine où se trouvent beaucoup de jeunes étudiants qui ne voulaient pas déserter, mais refusaient de faire avec l'infanterie ou l'Aviation, le sale « travail » de la guerre coloniale. A la base de l'armée, ce sont aussi les marins qui constituent le secteur le plus radicalisé: il existe d'ailleurs chez eux une tradition de révolte qui vient du soulèvement rouge de 1936 de diverses unités de la Marine qui ont essayé de joindre l'Espagne républicaine. Cette crise politique de l'Armée peut permettre aux révolutionnaires de désagréger dans une large mesure l'apareil militaire de l'Etat bourgeois.

Ce n'est que si le Gouvernement Provisoire civil du Portugal ne renouvelle pas l'erreur du gouvernement provisoire russe dirigé par Kérensky en 1917 — c'est-à-dire continuer à mener une guerre haie et perdue d'avance — ce n'est que si la coalition rapidement fin à la guerre coloniale en accordant l'indépendance à la Guinée, à l'Angola et au Mozambique, que la crise au sein de l'armée pourra être enrayée et l'explosion du ballon évitée par son dégonfement : la démobilisation massive des appelés.

Dans ce cas-là, la tâche prioritaite des marxistes révolutionnaires sera 8 l'impulsion, l'extension de la centralisation des luttes ouvrieres qui se développeront nécessairement en conséquence du chômage provoqué par le retour des soldats et la crise économique résultant de la perte des marchés coloniaux.

Dans son célèbre livre Le Portugal et l'avenir, le général Spinola parle de la nécessité de prendre « des risques parfaitement calculés » (Spinola, Portugal e o futuro, ed. Arcadia, 1974, p. 183). En effet, la grande bourgeoisie moderniste portugaise (et ses représentants gallonés) a cru pouvoir opérer, sans beaucoup de danger, le passage de l'Etat corporatiste fascisant à un Etat capitaliste « européen », en misant sur la relative passivité des masses au Portugal jusqu'à maintenant. C'est un risque que refuse de prendre, par exemple, la bourgeoisie espagnole qui craint la combativité et la tradition de lutte de « son » prolétariat.

Comment assurer le passage d'une structure à l'autre sans accroc ? Spinola donne la recette, en montrant d'où peut venir la menace: « Tout d'abord, il faut que l'ordre et la tranquilité soient maintenus. ainsi que l'intégrité nationale. Toute évolution se caractérise par un affaiblissement du tissu organique: ils ne manquent pas ceux qui essaient d'atteindre l'équilibre de l'ensemble en exploitant les brèches et les clivages pour introduire en eux le germe nuisible de la subversion, pour accélérer la chute des valeurs que nous voulons préserver à tout prix. Ce sera donc sur le puissant fondement de l'autorité que l'ordre sera maintenu...» (Spinola, op. cit. p. 223).

Il nous semble que par le coup du 25 AVRIL LES MILITAIRES PORTUGAIS ONT OUVERT DES « brèches et clivages » bien plus larges que prévu, par lesquels le « germe de la subversion ». le virus rouge de la révolution a rapidement pénétré. Le isque dépasse déjà les « parfaits calculs » de Spinola. Cela signifie-t-il que 1974 sera le « 1917 » au Portugal ? En réalité, la bourgeoisie a plus d'un tour dans son sac : avec l'aide gracieuse des réformistes staliniens et social-démocrates. elle peut encore maitriser le processus, isoler les révolutionnaires, rétablir « l'ordre » et démobiliser les masses. A moins que que le germe rouge de la subversion soit déjà installé trop profondément au cœur de « l'homme malade de l'Europe »: le capitalisme portugais...

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