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La revue › nouvelle série n° 13 (n° 64)

Notes de lecture

Quatrième Internationale, nouvelle série n° 13 (n° 64) · janvier-mars 1974 · p. 29-32 · 3 547 mots

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///Livres Samir Amin a fait suivre la deuxième édition de son livre : * L'accumulation à l'échelle mondiale » (1) d'une post-face qui contient de violentes attaques contre le trotskysme. Nous pensons qu'il est utile d'y répondre brièvement, pour deux raisons : d'une part parce que la compréhension du stalinisme et la rupture totale avec lui sont des conditions nécessaires pour mettre en œuvre une stratégie marxiste. révolutionnaire ; d'autre part, parce que la mauvaise foi et l'irresponsabilité des attaques de responsabilite des attaques de Samir Amin sont monnaie courante chez toute une série d'« intellectuels de gauche » qui fréquentent davantage les salons que le terrain de la lutte des classes. Samir Amin fait trois critiques au trotskysme : 1) Le trotskysme procède du «dogmatisme religieux », c'est à dire d'une démarche qui vise à « réduire les évolutions contemporaines aux soi-disant « prévisions » de Marx, Lénine ou Trotsky » (2). S'en tenant à «la vision religieuse et rassurante de la catastrophe apocalyptique » (3), il est incapable de fournir une analyse du capitalisme contemporain. En bref, « il est le vrai frère jumeau de l'idéologie soviétique officielle : tout également dogmatique » (4). La preuve pour Samir Amin : la critique par Mandel de « l'apport de Baran et Sweezy » qui, seion Samir Amin, est « gênant » pour Mandel, car il « démontre que le système peut fonctionner » et qu'il est nécessaire de « trouver une explication à des faits importants», gênants, puisque Mandel, par dogmatisme religieux, cherche à « éluder les problèmes nouveaux qui se posent », et se contente de « yulgariser Marx » (5); c'est pourquoi,

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par Jacques VALIER ajoute Samir Amin, le manuel Depuis une dizaine d'années, ce. de Mandel « ressemble pendant, le marxisme, à la fois comme un frère à celui de en tant que critique de l'écol'Académie soviétique ; la seule nomie politique bourgeoise et différence est que là Mandel en tant qu'élaboration propre, juxtapose à la vulgarisation du connaît une certaine résurCapital une diatribe contre la rection. Celle-ci doit être reliée bureaucratie soviétique, tandis au développement des contraqu'ici les auteurs russes juxtadictions du capitalisme, à la posent, de la même manière, au montée de la combativité

Mandel sur le « néocapitalisme » (soit divers articles des années 60, soit son traité) sont approximatifs. Ils contiennent, nous le pensons, des erreurs. Mais aussi approximatifs qu'ils aient été, ils ont permis aux militants, contre les staliniens, mais aussi contre les lambertistes, les marcusiens, les tiers-mondistes, de mieux comprendre la signification des révolutions coloniales et le type de contradictions qui se déveLoppait dans les pays capitalistes avancés. Ils ont renforcé l'avantgarde qui se dessinait lors des premières fissures du stalinisme. Nous pensons en définitive que : 1) le poids et les conséquences du stalinisme, 2) la nécessité, indépendamment même du problème du stalinisme, d'élaborer très vite en fonction des besoins immédiats que fait naître la lutte de classes, conduisent à des élaborations qui, tout en étant indispensables, sont forcément approximatives et imparfaites. Le marxisme, pour nous, contrairement à ce qu'affirme Samir Amin, n'est pas seulement l'étude des travaux de Marx, Lénine ou Trotsky, il est aussi, à partir de ces œuvres, élaborer un certain nombre d'hypothèses sur le fonctionnement du capitalisme contemporain, qui, pour les raisons soulignées, ne peuvent pas ne pas être imparfaites, mais hypothèses permettant de mieux agir sur la réalité. Il est évident que nous devons considérablement améliorer nos analyses théoriques. Retravailler Le Capital peut nous y aider. Mais il est clair que ce travail, aussi indispensable soit-il, (Samir Amin en douterait-il ? ) ne nous permettra pas de présenter des hypothèses et des élaborations parfaites, en temps voulu. Contrairement donc à ce que prétend Samir Amin, nous même type de vulgarisation, l'apologie de leur propre système » (6). 2) Le trotskysme « nie l'existence d'un système mondial », considère le monde dévelonné isolé de sa périphérie développé isole de sa périphérie et il est incapable, à ce titre, de comprendre les révolutions prolétariennes qui se sont développées à la périphérie. Les trotskystes, de par leur démarche, « réduisent » ces révolutions à des « jacqueries agir et à transformer la réalité » (8). Reprenons rapidement ces trois critiques. 1) Première critique: le « dogmatisme religieux » et le refus d'analyser le fonctionnement contemporain du capitalisme : le trotskysme « frère jumeau » du stalinisme ? I. Soyons d'abord clairs sur l'état, selon nous, du marxisme aujourd'hui. on verra à quel éloignée du dogmatisme. Depuis fort longtemps, aucune œuvre d'importance n'a été produite par le marxisme. Le stalinisme a annihilé toute tentative d'élaboration, a transformé l'étude théorique en un cache-sexe servant à justifier ses pratiques. On aurait aimé, d'ailleurs, voir Samir Amin, dans cette pestface, reconnaître clairement et explicitement cette respon sabilité du stalinisme.

ouvrière et à l'incapacité des directions social-démocrates et staliniennes à l'étouffer durablement. La longue nuit stalinienne a eu, cependant, des conséquences sur la façon même dont cette résurrection s'est faite et se fait. Le développement du marxisme a été entravé. Il en résulte des déformations. C'est par rapport à celles-ci que se développe à nouveau la pensée marxiste. On peut regretter ces déformations : il n'en demeure pas On peut prendre à cet égard deux exemples : - Les travaux de Gunder Franck demeurent approximatifs. Même embryonnaires, même imparfaits, même avec des erreurs (nous le pensons quant à nous), ils constituent cependant un fait positif. Si nous pensons que ces travaux doivent passer au crible de la critique, nous pensons également qu'ils étaient analyse de l'économie mondiale, de ses contradictions, des formes prises par l'exploitation des pays coloniaux et semi-coloniaux, ils apportaient une première réponse aux problèmes que connaissaient les combattants révolutionnaires, ils leur permettaient de commencer à comprendre contre qui ils se battaient. - Les premiers écrits d paysannes ». (7) 3) Le trotskysme, enfin, et moins qu'elles existent. C'est en c'est la conséquence des deux partant de leur existence qu'on premières caractéristiques, se peut à la fois les combattre et caractérise par « l'impuissance à juger de la façon dont se fait la résurrection du marxisme.

point notre démarche est importants, parce qu'en fournissant l'ébauche d'une

3) Le trotskysme, enfin, et moins qu'elles existent. C'est en caractérise par « l'impuissance à juger de la façon dont se fait la point notre démarche est importants, parce qu'en

Vivres sommes conscients de l'impor tance décisive d'une analyse théorique approfondie du fonctionnement du capitalisme contemporain, mais parce que nous savons ce qu'est le stalinisme et ce qu'est la lutte des classes, nous sommes capables d'expliquer pourquoi seules encore des approximations, à la fois indispensables et imparfaites, peuvent voir le jour. II. La revue « Critiques de l'Economie Politique » illustre parfaitement ce que nous venons d'expliquer. Compte tenu de ce qui vient d'être dit, nous savons qu'il est impossible de sortir tous les trois mois un numéro parfait. Nous sortons cependant « Critiques de l'Economie Politique », car nous ne concevons pas l'étude du marxisme en dehors des besoins nécessités par la lutte des classes, besoins d'autant plus importants et d'autant plus difficiles à satisfaire qu'il y a eu la longue nuit stalinienne. Nous n'hésitons pas, contrairement à ce qu'affirme Samir Amin, à élaborer des hypothèses sur le fonctionnement du capitalisme contemporain, hypothèses imparfaites qui donnent lieu à de vifs débats, y compris entre les membres eux-mêmes du Comité de Rédaction de la revue (9). C'est en fonction également de ce qui a été dit précédemment sur l'état du marxisme aujourd'hui, que « Critiques de l'Economie Politique », revue animée par des militants trotskystes, nous ne l'avons jamais caché, n'est pas « la » revue trotskyste, et est ouverte à tous ceux qui se réclament de la classe ouvrière et de son combat. La phrase qui figure en tête de chaque numéro : « Compte tenu de la misère de l'économie politique marxiste, depuis quelques décennies, nous estimons que l'ouverture des débats est une condition néces30

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saire pour que la critique scientifique du mode de production capitaliste et des sociétés de transition progresse », n'est pas une clause de style. Elle correspond très précisément à l'analyse qui est la nôtre aujourd'hui, et elle s'est concrétisée par l'ouverture de débats, dans « Critiques de l'Economie Politique », entre des militants se réclamant de la classe ouvrière et de son combat, mais venant d'horizons politiques fort différents. Que Samir Amin lise les 12 premiers numéros de « Critiques de l'Economie Politique » ; qu'il lise, puisqu'il se dit spécialiste de la « périphérie », le livre de Paul Salama, Le Procès du « sousdéveloppement », qu'il les critique, soit ! Mais qu'il ne vienne pas nous raconter que les trotskystes ne veulent pas tenter d'analyser les spécificités apparues dans le fonctionnement du capitalisme depuis trente ans ou la stratégie nouvelle de l'impérialisme US ! Ces spécificités d'ailleurs contrairement à ce que semble croire Samir Amin, ne remettent pas en cause les caractéristiques de la période qui s'ouvre avec la guerre de 1914, telles qu'elles ont été définies par Lénine et Trotsky : période du stade suprême du capitalisme, de crise générale du capitalisme, d'actualité de la révolution prolétarienne dans les pays capitalistes avancés comme dans les pays coloniaux et semi-coloniaux. Elles signifient simplement que, dans le cadre de cette même periode, de cette actualité maintenue depuis 1914 de la révolution prolétarienne et de l'alternative socialisme ou barbarie, le capitalisme, sans être capable de rendre caduques ses principales contradictions, a fonctionné différemment depuis 1945, par rapport à la période de l'entredeux guerres. II. Enfin, notons, pour entrer davantage dans le détail des critiques de Samir Amin, a) qu'il déforme les critiques adressées par Mandel à Baran et Sweezy. « Mandel » écrit-il « se contente de qualifier nos auteurs américains de keynésiens ! Ft cela parce qu'ils prennent an sérieux la critique de Kevnes, parce qu'ils ont vi que l'apparition de Keynes traduisait la nécessité pour la théorie conrante de trouver une explication à des faits importants » (10). Or, en fait, ce n'est absolument pas pour cette raison que Mandel traite Baran et Sweezy de keynésiens (11). Il le fait à propos du concept de « surplus », utilisé par Baran et Sweezy, et dont il montre qu'il est plus keynésien que marxiste. Est-ce là du « dogmatisme religieux »? Comment pourrait-il reprocher à Baran et Sweezy d'essayer de présenter de nouvelles élaborations pour expliquer le fonctionnement du capitalisme contemporain, alors que lui-méme est l'auteur d'articles sur le « néo-capitalisme » et, plus récemment, d'un livre de 500 pages (12) qui cherchent précisément à expliquer les caractéristiques nouvelles de fonctionnement du capitalisme depuis la deuxième guerre mondiale ? Que l'on critique les articles de Mandel sur le « néo-capitalisme », soit ! Nous-mêmes, nous l'avons dit, nous sommes conscients de leur insuffisance, tout en soulignant le rôle positif qu'ils ont joué. Mais que l'on affirme que Mandel, par « dogmatisme religieux », se refuse à de nouvelles élaborations et « élude les problèmes nouveaux », relève de la mauvaise foi la plus totale. b) qu'il met scandaleusement sur le même plan les déforma tions apologétiques des staliniens sur le problème des sociétés de transition du capitalisme au socialisme, et l'analyse présentée par Mandel de l'URSS (qualifiée de « diatribe contre la bureaucratie soviétique »), qui, tout en étant là aussi imparfaite et non exempte de critiques, a le mérite, sur des problèmes aussi importants que la rémunération des travailleurs dans une société de transition, ou la possibilité du socialisme dans un seul pays, de renouer avec la tradition marxiste. Signalons enfin, pour la petite histoire, que dans le cadre de ses attaques contre le « dogmatisme religieux » des trotskystes, Samir Amin s'en prend aux critiques faites à Emmanuel dans le N° 3 de « Critiques de l'Economie Politique ». Il s'en prend notamment à l'article de Chatelain (« Où mène la thèse de l'échange inégal ? »). Mais, malheureusement pour Samir Amin, nous sommes forcés de lui apprendre que Chatelain est un camarade maoiste ! 2) Deuxième critique : la négation de l'existence d'un système mondial et la considération du monde capitaliste développé isolé de sa périphérie : les révolutions prolétariennes ont-elles été, pour les trotskystes, de simples « jacqueries paysannes » ? Samir Amin prétend donc qu'aussi bien Trotsky que les trotskystes nient l'existence d'un système mondial, conside. rent les phénomènes nationaux comme des épiphénomènes peu importants, séparent l'analyse du monde capitaliste développé de celle de la périphérie, et finalement ont vu des jacqueries paysannes là où il y avait des révolutions prolétariennes. Nous renvoyons les lecteur connaissant un minimum les analyses trotskystes de la révolution permanente, et qui ne croi-

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rait pas que Samir Amin pousse aussi loin l'ignorance (?) ou le mensonge (?), aux pages 603 et 604 de son livre. Nous n'allons pas ici répondre de façon détaillée à toutes les critiques de Samir Amin. Nous allons simplement rappe ler l'essentiel qui, naivement, ler l'essentiel aui, naivement. nous semblait acquis : (13) a) Trotsky (et à sa suite tous les marxistes révolutionnaires) a souligné que l'économie mondiale ne pouvait pas étre considérée comme simple somme d'économies nationales, mais comme une réalité qui, créée par la division internationale du travail, dominait les marchés nationaux. Il écrivait que les traits spécifiques de l'économie mondiale, si importants qu'ils soient, « constituent à un degré croissant les éléments d'une plus haute unité qui s'appelle l'économie mondiale ». Ils ne sont pas un « supplément aux traits généraux du capitalisme » mais « forment l'originalité des traits fondamentaux de l'évolution mondiale » (14). Où est, Samir Amin, la négation de l'existence d'un système mondial? b) Les trotskystes utilisent, dans leurs analyses, la loi du développement inégal et combiné, formulée par Trotsky. L'apport essentiel de Trotsky est d'avoir insisté sur l'aspect combiné de ce développement inégal, c'est à dire d'avoir montré que la constante pression économique et politique exercée par les pays capitalistes avancés contraignait les pays arriérés à procéder par bonds, à parvenir d'emblée aux techniques les plus avancées. Trotsky partira, pour comprendre la formation sociale russe, de l'économie mondiale capitaliste et précisément de la loi du développement inégal et combiné. Il montrera comment l'économie russe a été bouleversée par l'intervention des capitaux étrangers et insistera, à partir de là, sur la spécificité de la Russie, combinaison de traits d'arriération et de techniques les plus avancées, avec pour conséguence au niveau social. conséquence au niveau social, notamment, l'existence d'un prolétariat jeune et fortement concentre. Cette loi du développement inégal et combiné est, de nos jours et de façon plus générale, un instrument jugé indispensable par les trotskystes pour comprendre la spécificité des formations sociales des pays coloniaux et semi-coloniaux, telle qu'elle découle de leur intégration au système capitaliste mondial, et pour éviter de tomber dans le dogmatisme atemporel des menchéviks et des staliniens. Cela n'implique pas, bien entendu, qu'il faille se dispenser de faire, en plus, pour chaque pays, une analyse concrète très précise de la situation : P. Salama, par exemple, l'a montré, dans son livre déjà cité, pour les économies semiindustrialisées d'Amérique Latine. Où est, Samir Amin, la séparation de l'analyse du monde capitaliste développé de celle de la périphérie ? c) La stratégie de révolution permanente découle de l'existence d'une économie mondiale capitaliste et de la loi du développement inégal et combiné. Sans présenter ici de façon systématique cette stratégie, rappelons qu'elle implique, notamment, que, dans les pays coloniaux et semi-coloniaux, les tâches démocratiques bourgeoises et de libération nationale sont extrémement importantes (où est, Samir Amin, la considération des phénomènes nationaux comme des épiphénomènes peu importants?), mais que la bourgeoisie y est in-

La stratégie de révolution permanente découle d'une économie mondiale capitaliste

Get de la loi du inégal et capable d'y apporter une solution véritable et complète. Rappelons qu'elle implique également la possibilité pour le prolétariat, seul capable d'accomplir ces tâches démocratiques bourgeoises et de faire transcroftre la révolution démocratique bourgeoise en révolution socialiste, de prendre le pouvoir plus facilement dans les pays coloniaux, à condition de savoir entraîner derrière lui les masses paysannes. C'est ainsi que Trotsky, grâce à la loi du développement inégal et combiné et grâce à l'analyse qu'il fit de la formation sociale russe, vit pourquoi la Russie était le chatnon le plus faible, où le prolétariat pouvait prendre le pouvoir avant les prolétariats occidentaux. N'a-t-il pas écrit : « Nous avons, en fin de compte, expliqué la révolution d'octobre non point par l'état arriéré de la Russie, mais par la loi du développement combiné... C'est seulement parce que la démocratie petite-bourgeoise russe ne put remplir la tâche historique dont s'est acquittée son aînée en Occident, que le prolétariat russe obtint accès au pouvoir plus tôt que le prolétariat d'Occident » (15). Où est, Samir Amin, l'analyse de la révolution russe comme d'une simple jacquerie. paysanne?

développement combiné. Pour prendre des exemples plus proches de nous historiquement, dans quel numéro de « Rouge » ou de la revue « IVème Internationale » Samir Amin a-t-il vu des trotskystes analyser la révolution chinoise ou la révolution vietnamienne, non comme des révolutions prolétariennes, mais comme des jacqueries paysannes ? Certes, l'analyse trotskyste de l'économie mondiale et de la loi •du développement inégal et combiné nous montre en quoi la construction du socialisme, au-delà de la simple phase de transition, est impossible dans un seul pays. Mais, de grâce, ne confondons pas cette implication avec une autre implication dont nous avons parlé : la possibilité, pour le prolétariat, dans les pays coloniaux et semicoloniaux, allié à la paysannerie, et jouant un rôle diri. geant, de prendre le pouvoir, en un mot la possibilité de la révolution prolétarienne. A la lumière de ce que nous venons de rappeler, il est diffi. cile de qualifier les énormes contre-vérités de Samir Amin. Nous laissons le lecteur juge. Nous ne le laisserons pas, en revanche, pour ce qui est du troisième grand type de critiques que fait Samir Amin aux trotskystes, car son irresponsabilité est là, encore beaucoup plus grave.

3) Troisième critique : l'impuissance à agir et à transformer la réalité. Il serait facile pour nous d'exposer ici aussi bien les causes de la faiblesse du courant trotskyste durant de nombreuses années, qui s'explique à la fois par des facteurs objectifs (défaites de la classe ouvrière et emprise du stalinisme) et subjectifs (élimination physique de nombreux militants trotskystes), que toute une série de preuves concrètes de la remontée de ce courant, depuis une dizaine d'années, plus spécialement depuis 1968, certaines sections de la IVème Internationale, bien loin évidemment d'être des partis révolutionnaires, ayant un poids qui n'est plus, malgré tout, négligeable dans les luttes de classes. Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit ici. Il nous faut dénoncer l'attitude de Samir Amin, qui est celle d'un intellectuel de salon qui commet l'erreur de croire qu'on peut dire n'importe quoi en politique. Mais pour qui se prend Samir Amin, dans quel monde vit-il, pour se permettre de tirer un trait d'égalité entre Staline et l'Opposition de Gauche persécutée parce qu'elle défendait le bolchévisme, pour se permettre de donner des lecons de militantisme aux camarades de la IVème Internationale ? Que va penser de lui l'ensemble des militants de la IVème Internationale qui a compris la nécessité de s'organiser pour abattre le système capitaliste et la bureaucratie au pouvoir dans les pays de l'Est ? Que vont penser de lui nos camarades espagnols, boliviens, grecs, argentins, brésiliens, qui se battent et meurent parfois les armes à la main contre l'impérialisme? 32

Wivres Ils penseront, et nous leur donnerons raison, que Samir Amin, par le style et le type même de ses attaques (16), se range dans la catégorie de ces « intellectuels de gauche » qui se contentent de faire du marxisme en chambre, qui se fixent pour seul objectif de « réfléchir » au sousdéveloppement. Mais que Samir Amin prenne garde. L'histoire a montré plus d'une fois que, lors des crises révolutionnaires, ce genre d'intellectuels se retrouvait souvent du mauvais côté de la barricade.

Mai 1973 NOTES : (1) Editions Anthropos, 1970, Postface de 1971. (2) S. Amin, op. cit. p. 592. (3) Ibid. p. 592. (4) Ibid. p.593, souligné par nous. (5) Ibid. p. 592 et 593. (6) Ibid. p. 593. (7) Ibid. p. 604, souligné par nous. (8) Ibid. p. 606, souligné par nous. (9) Cf. par exemple, dans le N° 4-5, les articles contradictoires de Dallemagne et Valier, ou dans le N° 11-12, les articles de Nelson et d'Andoche qui critiquent très vigoureusement des articles d'autres membres du Comité de Rédaction. (10) S. Amin, op. cit. p. 593. (11) Cf. son article dans le N° 1 de Critiques de l'Economie Politique. (12) Paru en allemand et actuellement en cours de traduction en français. (13) Nous avons déjà été « contraints » de rappeler cet essentiel à C. Palleix, cf. dans le Nº9 de C.E.P., p. 170-175. (14) Trotsky. La Révolution Permanente, coll: Idées, p. 12-13. (15) Trotsky. L'Internationale Communiste après Lénine, P.U.F., p. 499 et p. 507. (16) Précisons bien que c'est du style même des attaques de Samir Amin qu'il s'agit et pas du principe du débat que nous jugeons indispensable.

Alain Krivine

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