Le ministre français des TOM-DOM, M. Stasi, a une conception policière de l'histoire dans une interview, il attribue aux trotskystes la responsabilité de la grande grève générale qui vient de secouer toute la Martinique. Il leur fait aussi porter la responsabilité de la mort des deux ouvriers du Lorrain à la suite de la fusillade du 14 février. Enfin il leur reproche d'avoir armé les travailleurs de bâtons et de coutelas... Décidément ce représentant du gouvernement français ment beaucoup pour s'en tirer à bon compte.
Cela lui évite d'ailleurs d'expliquer quelles sont les raisons de cette grève générale : car ce n'est pas le « travail d'agitation » de quelques « groupes organisés » qui peut expliquer le mécontentement unanime des travailleurs antillais. Si la grève de France-Antilles a éclaté il y a trois mois, c'est bien la faute au patron du trust de cette presse d'intoxication, Robert Hersant. Si les grèves de la SPEDEM (électricité) se sont succédées c'est bien aussi par le refus de négocier du pouvoir. Si les grèves se sont ensuite développées dans le bâtiment et parmi les travailleurs de la banane, c'est encore dú à l'augmentation considérable des prix et à la dégradation du niveau de vie des travailleurs. Un premier avertissement avait été donné avec une première grève générale limitée à une journée le 8 janvier 74. Devant le refus du gouvernement français de négoaien sur les douze points revendicatifs établis, l'ensemble: des organisations du mouvement ouvrier et démocratique ont appelé à la grève illimitée à partir du 12 février. Les syndicats (CGTM, CFDT, FO), les partis de gauche (PPM,PCM) et le Groupe Révolution Socialiste, commun ont préparé la grève. C'est ainsi que le mouvement affecta toute l'ile : une manifestation se tint à Fort-de-France avec 4 à 5000 participants. Les autorités coloniales prirent peut : les « békés » (colons) affolés entretinrent un climat de provocation qui se termina par la fusillade du Lorrain. Ce sont les gendarmes qui, de leur propre chef, cernèrent un groupe de 100 grévistes, en plein champ, les bombardèrent de lacrymogènes depuis un hélicoptère et, devant leur résistance, tirèrent à vue. 4 blessés, un mort. Puis un autre mort, qui fut trouvé sur la plage, avec des traces de coups, la langue coupée, les testicules gonflés, marques de liens aux poignets et dont l'autopsie prétend qu'il est mort de « mort naturelle ». Il y eut d'autres manifestations, des obsèques massivement suivies des victimes du colonialisme français, la grève continua, jusqu'à ce que le gouvernement cède sur plusieurs revendications, notamment les exigences salariales.
M. Stasi pretend que ce sont les M. Stasi prétend que ce sont les trotskystes qui sont responsables de tout cela : sans doute cela satisfera M. Marcellin qui doit rêver de dissoudre le GRS comme il a dissout la Ligue Communiste. Les trotskystes ont « armés les travailleurs de bâtons et de coutelas » : allons donc ! Les travailleurs s'étaient armés eux-mémes, car le coutelas c'est leur outil de travail et s'ils possédaient des bâtons, ça ne pouvait étre que pour se défendre, étant donné la férocité de la police coloniale. Aux Antilles, policiers français ont la gachette légère : le prix d'un homme noir ne vaut guère plus à leurs yeux que celui des anciens esclaves. « On essaie de nous transformer en boucs-émissaires parce que nous sommes la seule organisation révolutionnaire structurée. Nous ne sommes pas contre les syndicats: au contraire nous engageons nos militants à renforcer les rangs de la CGT. Nous avons même suscité la création de la section CGT dans le secteur de la banane au Marigot », répond Philippe Pierre Charles, membre du Corté Central du GRS, aux questions des journalistes. Sans la crise de la domination coloniale, le GRS n'aurait en effet pas pu se développer et progresser si vite : présent dans toutes les luttes, animateur, dès le début, du comité de soutien aux grévistes de France-Antilles, très influent dans la grève des lycéens contre la hausse des prix de pensions; présent dans tous les secteurs, de la banane, des chantiers, ou à la SPEDEM, implanté par le biais de certains de ses dirigeants connus (Jean Elie, réélu maire d'Ajoupa Bouillon, Edouard DeLépine, longtemps secrétaire du Parti Communiste Martiniquais, implanté dans la commune du Robert), le GRS a réalisé une « percée » rapide cette dernière année. Son premier congrès, tenu les 28, 29 et 30 décembre 73, marqué par le vote unanime d'adhésion à la IVème Internationale, représente un pas définitif dans sa structuration comme groupe politique. Il représente aussi un processus de fusion entre deux générations militantes, l'une venue du PCM, et l'autre du mouvement de la jeunesse (mouvement du 10 janvier : M XI). C'est pour toutes ces raisons que M. Stasi essaie de frapper dès le début cette organisation en grossissant son rôle et en masquant les reponsabilités gouvernementales dans la crise.
La récente « indépendance » de l'ile de Grenade - proche de la Martinique -contrôlée par les Britanniques, a été l'occasion de mouvements de masse (avec notamment le New Jewel Movement et un cartel d'organisations de gauche) qui montrent combien les travailleurs et les jeunes surtout, commencent à se poser la question de la prise en charge eux-mêmes de l'orientation économique et politique de leurs propres pays dans les Caraibes.
une raie mete minorait
Le GRS représente en effet, à terme, une vraie menace pour les colons, si la crise continue. Le mot d'ordre d'indépendance, très minoritaire jusqu'à aujourd'hui, gagne actuellement en crédibilité. Indissociable d'un programme pour une révolution socialiste et pour la création d'une fédération des Ftats socialistes des Caraibes, le mot d'ordre d'« indépendance des Antilles » est porté par le seul GRS. Tous les autres partis de gauche en restent à une solution néo-coloniale masquée sous le terme « autonomie en union avec la France ». Le seul moyen de sortir les Antilles du statut « d'assistés économiques», d'exploitation hotelière et touristique de la fermeture des dernières usines à sucre, c'est de penser un autre mode de développement économique. Au lieu d'être soumis à des « referendum sur la construction de l'Europe du Marché Commun », les axes de développement de l'industrie, de l'agriculture, de la péche ne peuvent être établis qu'en liaison avec la région caraibe. Les absurdités de la main-mise impérialiste sur les iles carabes sont telles que l'on raconte que dans certaines iles, coupées en deux zones, l'une hollandaise, l'autre britannique, il fallait pour téléphoner d'un bout à l'autre de la même ile, passer respectivement par La Haye et Londres.
L'impérialisme américain n'est pas prét de laisser à sa porte de nouveaux processus révolutionnaires se développer : il tente de prendre pied en Guadeloupe en imposant à Port-Louis une raffinerie - la plus grande du monde - où il amènera ses techniciens, et ses militaires pour la protéger. Une telle raffinerie, par la pollution, aboutirait vite à la mort de la pêche, dans l'une des mers les plus poissonneuses du monde.
L'impérialisme français protégera l'intérêt de ses ressortissants et ceux de ses entreprises jusqu'au dernier moment aux Antilles et dans les TOM-DOM. Les impérialismes français et américain constituent des ennemis terribles pour les révolutionnaires antillais : c'est pour cela que la question de la solidarité internationale est décisive, c'est pour cela que les travailleurs antillais sont tributaires des luttes des travailleurs des autres pays. Pour ce qui est de la « Métropole » française, les trotskystes regroupés actuellement autour du journal « Rouge » s'engagent à faire tous les efforts et sacrifices nécessaires pour aider et populariser les luttes de leurs camarades antillais : tout d'abord les défendre contre la campagne de calomnies, et contre la répression, les aider à se forger une presse révolutionnaire (en popularisant la souscription qu'ils mènent aujourd'hui •pour avoir « 10 millions ») et mobiliser les travailleurs et la jeunesse de France à leurs côtés. G.F.