RA! vant la suspension, pour deux semaines, de la paE: va rution de Politique hebOu, nous ouvrons nos colonnes à une troisième tribune libre des dirigeants de l'ex-Ligue Communiste, à qui nous avons demandé de faire le point sur la répression qui a frappé leur organisation et d'exposer leur point de vue concernant les perspectives ouvertes par la période actuelle.
La riposte nécessaire Les tâches des révolutionnaires après la dissolution de la Ligue Communiste
Il est trop tôt pour tirer des bilans. Sur les plages du mois d'août, la vacance de la vie politique ne va pas favoriser les analyses concrètes de la conjoncture.. Rien de définitif n'est encore arrivé à la suite des événements du 21 juin et de la dissolution de la LIque communiste. Il faut prendre rendez-vous pour une rentrée • chaude - et pour la préparer il faut • falre le point ».
Même insuffisamment préparée, même dans de mauvaises conditions, dans une période défavorable de l'année, la manifestation du 21 juin a été un révélateur, un catalyseur. Au-delà de la conscience qu'en avalent les manifestants, un processus s'est ouvert, qui porte des coups sévères au racisme et au fascisme. Que les formes de la manifestation n'alent pas été maitrisées, en partle à cause de la machination policière orchestrée par Marcellin est une chose. L'essentiel est que, loin d'être isolée, l'initiative des révolutionnalres ait reçu une approbation de masse, et que le ministre de l'intérleur alt vu son plèqe se retourner contre lul.
La Lique est dissoute. Elle n'existe donc plus. Mais le décret peut être abrogé, le conseil des Ministres ou même certalns ministres peuvent être écartés. Il faut créer le rapport de force.
Alain Krivine et Plerre Rousset sont encore emprisonnés. Mals après la décision du juge d'instruction, la chambre des mises en accusation peut décider de les placer en liberté provisoire. Leurs dossiers sont vides. Leur procès est à attendre avec impatience, car rarement plus belle occasion n'aura été donnée d'en faire le procès de Marcellin.
Vigilance et audace
Le pouvolr n'a pas osé poursuivre ses atteintes à la liberté de la presse en attaquant • Rouge •, Chaque semaine qui s'écoule prouve qu'il est impossible d'interdire en France les idées marxistes-révolutionnaires. Jamala l'audience du journal n'a été aussi grande : la solldarité est immense, et surtout elle se développe de façon profonde et large parmi les travailleurs.
D'autres • coups de chiens • sont possibles et probables de la part du policier Marcellin. Il fait poursuivre son enquête par la Cour de sûreté de l'Etat, il multiplie filatures, enquêtes, écoutes téléphoniques, il essaie d'amasser de quoi faire un véritable dossier - quitte à aider à le fabriquer de toutes pièces. Par de nouvelles prévarications au besoin.
Vigilance, donc. Mals surtout : audace ! Car plus les menaces se préciseront, plus la riposte sera nécessaire, Le combat contre Marcellin peut être victorieux : mals à la condition que les, révolutionnaires ne se protègent que pour mieux attaquer, ne se défendent que pour mieux être offensifs sur tous les fronts de la lutte de classes.
Dès le 30 juin, le sens de la conférence de presse d'Alain Krivine, c'était de tracer une vole : les marxistes-révolutionnaires ne s'enfermeront pas dans la clandestinité, ils ne sont pas les • bandes armées, • que Marcellin veut faire croire, ils combattent en diffusant leurs idées au grand jour, en développant de grandes luttes de masse (comme l'ex-Ligue communiste l'avait prouvé lors des mouvements lycéens-étudiants de mars-avril). Pour mener la bataille d'idées, toutes les possibilités légales doivent et devront être exploitées par les révolutionnaires.
La politique de répression du gouvernement ne peut suffire à faire front et à mater les luttes ouvrières. Les factions du patronat, les groupements de l'extrême-droite peuvent utiliser la provocation (- spécialité » des SAC, CDR, CFT, etc.), Pompidou peut tenter de rameuter la drolte et agiter l'épouvantail de la récession économique, Marcellin peut oser demander, de tripler les effectifs policiers, une telle politique ne peut être pratiquée sans que se produisent des heurts frontaux avec des secteurs importants de la classe ouvrière. Le prix à payer serait très lourd pour le patronat français.
Il n'y a pas de • fascisation = de l'appareil d'Etat. L'Etat fort est en crise parce ru'il n'est justement pas adapté pour faire face à l'instabilité actuelle. Le fascisme, cela Implique la destruction de tout le mouvement ouvrier organisé. Cela exige un autre contexte, un autre personnel politique, d'autres institutions, un élargissement des bases sociales de l'extrême-droite.
• L'action du second cabinet Messmer, celui des Galley, Druon Royer et Cie n'a pas élargi les rangs de la droite. Bien au contraire, elle a accentué les clivages et renforcé les chances de Mitterrand lors d'éventuelles présidentielles. A la rentrée, ou dans les mois .qui suivront, des changements brusques de politique sont possibles. Les • grandes manœuvres + de Giscard, de Chaban, de Lecanuet et Cle traduisent les contradictions au sein du pouvoir. Des fuites organisées ont eu lieu, désavouant Marcellin (Stasi, Taittinger, et bien d'autres, officieux et officiels).
Les anachronismes
Les récentes luttes des travallleurs, symbolisées par celles Peugeot, de Fos-sur-Mer ou de Lip. témoignent d'une initiative et d'une conscience révélatrices des expériences accumulées en cinq années. La profonde volonté de changement politique qui s'est manifestée de façon déformée au travers des dernières élections, se double, en ce qui concerne la classe ouvrière, d'un progrès considérable sur la voie de l'auto-organisation des luttes. Les travailleurs, de plus en plus, n'ont confiance que dans la lutte pour faire aboutir leurs revendications et porter des coups de boutoir toujours plus durs au système d'exploitation.
Divisée face à cette combativité ouvrière, la bourgeoisie accentue tour à tour, et parfois simultanément, des • politiques = qui n'en sont pas : la • participation • et la • répression • alternent. L'UDR connait un continuel recul. De nouvelles cliques se forment sans parvenir à constituer des solutions de rechange crédibles. La base sociale du régime est restreinte. L'inquiétude règne sur les possibilités de victoire de l'Union de la Gauche lors de prochaines élections.
Tout dépendra de la mobilisation des masses ouvrières à la rentrée. Mais aussi des luttes de la jeunesse.
Il est absolument certain que les crises de l'enseignement supérieur at de l'enseignement secondaire donneront prises de nouvelles luttes de masse des étudiants et des lycéens.
Il est clair que rien n'a été réglé en ce qui concerne l'institution militaire : ni la question des sursis. ni la question d'un statut du soldat, n' la question de la réduction de ia durée du service militaire. Or le régime actuel des casernes est d'un archaisme tel qu'il devient anachronique de vouloir le faire subir à la masse de la jeunesse, qu'elle soit ouvrière ou scolaire.
Combien de temps le pouvoir pourra-t-il louvoyer sur une question comme celle du droit à la contraception et à l'avortement libre et gratuit ? Attendra-t-il que cette revendication suscite de profonds mouvements de masse pour la satisfaire ?
On peut citer aussi nombre de terrains de lutte, que ce soit contre ' augmentation du prix des transports, ou pour le droit à la santé gratuite qui concerneront et mobiliseront diverses couches de la population, et particulièrement les travailleurs.
Pour une réduction massive du temps de travail, pour l'amélioration des conditions de travail, pour la sécurité de l'emploi, des luttes vont se dérouler au point que le pouvoir, qui les pressent, hésite à mettre en place un nouveau • plan de stabilité •
Dans la pratique
La situation peut permettre qu'un front contre la répression unique . des organisations du mouvement ouvrier et démocratique se construise - dans l'hypothèse où le pouvoir frapperait à nouveau. Certes les organisations réformistes continuent et continueront de subordonner leur action à leurs perspectives électoralistes mais la • situation est telle qu'elles peuvent étre amenées. conjoncturellement, à défendre les révolutionnaires pour se défendre elles-mêmes. Le PCF veut modifier son image de marque interne et externe et se présenter en défenseur des libertés, ne serait-ce que pour soutenir la redoutée concurrence du PS. Mais surtout la sympathie de la classe ouvrière ellemême face aux actions du type 21 juin, pousse les directions réformistes à prendre partie - même du bout des lèvres — pour les révolutionnaires. L'unité d'action doit étre recherchée avec le maximum d'énergie entre les organisations du mouvement ouvrier : sous la pression des masses, le débordement des directions réformistes donnera toute leur force aux révolutionnaires.
Les révolutionnaires pas seulement pour droit à la parole, le qaniser et d'agir au la meilleure façon de le pouvoir c'est que révolutionnaires soient initiatives des ne se battront ré-obtenir le droit de s'orgrand jour :
faire reculer les marxistesprésents dans toutes les luttes, c'est qu'ils animent de vivantes organisations de masse. C'est dans la pratique que le droit à la parole s'obtient : il ne se mendie pas, il se conquiert. Les révolutionnaires montreront que Mar. cellin ne peut rien contre leurs idées lorsque celles-ci se retrouveront dans la pratique, prise en charge par des milliers et des dizaines de milliers de militants anticapitalistes.
Que se développe la propagande et l'action du Comité national créé pour l'abrogation du décret de dissolution de la Ligue communiste. pour la libération de Krivine et Rousset !
Pas une occasion ne doit étre perdue. Sur toutes les routes de France, les murs doivent prouver que le combat continue; dans tous les lieux de vacances l'imagination doit quider les militants afin de décupler la propagande; sur les lieux de travail, il faut tout mettre en -lace pour préparer la rentrée : tout ce qui sera accumulé maintenant permettra une risposte plus vive et plus pulssante dans les prochains mois.
Pour ces tâches, comme pour les tâches préparatoires à la révolution socialiste, tout doit tendre à la construction d'un parti ouvrier marxiste révolutionnaire.