Documents de la IVe Internationale

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La revue › nouvelle série n° 5 (n° 55)

Vietnam : plus que jamais la solidarité internationale

Quatrième Internationale, nouvelle série n° 5 (n° 55) · 24 décembre 1972 · p. 2-4 · 1 812 mots

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Maintenant qu'il a obtenu le succès électoral que tout le monde prévoyait, Nixon a-t-il les mains libres en Indochine ? La guerre ouverte va-t-elle continuer pendant 4 ans ou plus ? L'escalade militaire va-t-elle connaître de nouvelles étapes ? Les conversations Le Duc Tho-Kissinger, l'accord préalable signé était-il une pure manœuvre électorale de l'impérialisme nord-américain ? Quels sont les atouts des révolutionnaires indochinois? Quel rôle doit continuer à jouer, à tout prix, le soutien militant des révolutionnaires du monde entier? Autant de questions difficiles auxquelles les marxistes-révolutionnaires doivent répondre. 1

Nixon a-t-il les mains libres ?

Certes non. L'offensive printemps-été des révolutionnaires vietnamiens a de toute évidence atteint ses objectifs. Non seulement le corps de bataille fantoche a été sévèrement étrillé, mais surtout, même pourl'observateur le moins favorable, l'édifice de la vietnamisation a été liquidé de façon vraisemblablement irréversible. La situation au Cambodge et au Laos présente les mêmes caractéristiques. Plus rien en

Indochine, ne sera comme avant Mars 1972. Il y a la donnée stratégique bien gênante pour l'impérialisme, mais irrémédiable. Et l'escalade sur le Nord-Vietnam - malgré les bombardements de terreur, malgré le minage des ports

— n'a pas réussi à affecter significativement la logistique et le potentiel militaire de la RDV même si elle s'est traduite par un surcroît de souffrances pour la population civile. Pourtant, la criminelle passivité des bureaucraties russe et chinoise, empêche les révolutionnaires indochinois de recueillir sur le terrain diplomatique tous les fruits de leur courage et de leur obstination. La politique de coexistence pacifique, l'égoisme de grande nation, l'opportunisme des directions de l'URSS et de la Chine sont d'ailleurs dénoncées pour la première fois en termes violents - mais sans qu'elles soient nommées, bien sür - par le journal de Hanoi, NAN DANH (17.8.1972). Malgré cela la résolution des Indochinois à poursuivre la lutte des années s'il le faut n'est pas le fait de paroles en l'air. Nixon a beau avoir fait avec son gang quelques progrès dans l'utilisation du tapis vert, il ne semble pas qu'il fera reculer très loin les Vietnamiens sur l'accord déjà a réaliste » signé par Kissinger et Le Duc Tho. Ce dernier vient de le rappeler dès son retour à Paris le 17 novembre et Nixon doit savoir que les Vietnamiens font ce qu'ils disent. Cette opiniâtre fermeté rend sa marge de manœuvre assez étroite : ou bien, il confirme les clauses de l'accord, et il est vrai alors - surtout après les rodomontades récentes - que la situation de Thieu peut devenir très vite extrèmement précaire, puisqu'alors, l'accord aura été signé sans lui, malgré lui, ramené à son véritable rang de « queue du chien » pour reprendre une expression imagée des Vietnamiens, ou bien Kissinger maintient les exigences nouvelles du fantoche de Saïgon comme condition sine qua non pour signer définitivement. Mais alors les Vietnamiens sauront que l'impérialisme US veut tirer de la négociation un prix exorbitant, inaceptable, pire que celui payé à Genève. Et Nixon sait alors que tout peut repartir de façon imprévisible. Tout, y compris la possibilité d'une nouvelle phase de l'offensive retenue jusqu'à ce jour et dont les conséquences sur une armée fantoche manifestement démoralisée sont difficiles à prévoir. Une telle reprise de la guerre n'est pas inimaginable. Bien peu croyaient en 1968 que l'escalade aérienne massive reprendrait sur le Nord après l'arrêt prétendument « total, définitif et inconditionnel » qu'avait annoncé Johnson. Nous l'avons souvent répété, ceux qui planifient la politique de l'impérialisme sont parfaitement capables de tels coups de folie. Ils l'ont plusieurs fois démontré y compris en Indochine. Mais ce n'est pas l'hypothèse la plus probable. Répétons-le, malgré les atouts qu'il a sur le plan intérieur aux Etats-Unis comme sur la scène internationale, la marge de manœuvre de Nixon est étroite. Il a cherché à tirer de sa volte-face sur l'accord, le maximum d'avantages. Il est possible qu'il en grignote encore un peu et que l'accord qui sera finalement signé soit un peu moins favorable pour les révolutionnaires vietnamiens qui avaient fait pourtant un certain nombre de concessions. Mais en fin de compte, il est vraisemblable qu'il signera. 2 Le calcul de l'impérialisme « après » Il est transparent et il est toujours apparu en filigrane de la politique de vietnamisation que Nixon espère que le régime de Thieu - ou un succédané - peu importe, a une chance raisonnable de se maintenir au Sud-Vietnam et de bloquer l'essor de la situation révolutionnaire qui naitra proba- blement du rapport des forces politiques au Sud-Vietnam. Nous ne reprendront pas ici les raisons de cet espoir et certaines des conditions objectives du Sud-Vietnam qui le nourrissent. L'analyse que nous en avons faite dans le numéro de janvier 72 de la revue, nous semble toujours valable, qu'il suffise de rappeler 3 faits concordants : l'expédition massive de moyens matériels considérabls, (chars, avions, armements divers, moyens logistiques), expédiés par centaines de tonnes à Saigon et à Danang, moyens dont les impérialistes espèrent bien qu'ils resteront entre des mains fantoches et qu'ils renforceront le potentiel combatif des mercenaires de Thieu. C'est aussi la reconversion rapide en personnel « civil » des militaires US encore présents au SudVietnam et dont les portes-paroles du Pentagone ne cachent même pas qu'ils entendent bien les laisser sur place. C'est enfin le dégagement de crédits énormes destinés à faire vivre l'économie fantoche, à ses exécutants et à toute la pourriture sociale qui vit de l'économie de guerre et de ses retombées, à la faire survivre et se développer pour préserver la base sociale du régime de Saigon. Ce néocolonialisme a été planifié de longue date, on en trouve l'amorce dans les projets JASON dès 1965 et dans les papiers secrets du Pentagone. Cette stratégie n'est pas à prendre à la légère. Elle montre en tous cas que l'impérialisme US, même s'il est contraint de procéder à son désengagement direct, le plus voyant, n'a pas perdu la volonté d'imposer sa loi et de mettre en échec la révolution dans le Sud-Est asiatique - et qu'il est prêt à engager d'immenses moyens pour y arriver. Face à cela, quels sont les atouts de la révolution ? D'abord, l'expérience extraordinaire, unique dans l'histoire, des révolutionnaires vietnamiens. Leur pratique trempée par des dizaines d'années, de luttes politiques de masse qui deviendront demain d'une intensité extraordinaire dans les conditions objectives qui seront celles du Sud-Vietnam une fois les combats généraux terminés. Et aussi le souvenir, pour la direction révolutionnaire, des années 1954-1959 qui coutèrent si cher en militants et en cadres. Inversement, et malgré l'afflux de capitaux, dé conseillers, de matériels, la détermination et la combativité politique des fantoches souffrira évidemment du départ de l'appui tangible que constituait la présence militaire américaine. La fuite des rats quittant le navire en perdition et qui suivra celle de leurs capitaux vers la Suisse ou les Etats-Unis, peut devenir un phénomène massif et faire basculer très vite la situation. Des forces nouvelles entreront en lice. Non seulement les 200.000 prisonniers politiques, s'ils échappent au massacre et l'on conçoit l'importance primordiale de la campagne préventive contre les intentions sanglantes avouées du dictateur de Saigon, mais aussi tous ceux qui dans les villes ont été tenus en réserve. Tous ceux dont les réseaux sont restés intacts et qui contrairement à 1968, ont été tenus en réserve pour cette éventualité. Et aussi tous ceux qui, tels les étudiants, sentimentalement acquis à la révolution, basculeront définitivement et de façon organisée avec les forces victorieuses sur le terrain, contre la corruption, la misère, le chômage, l'exploitation. La fierté d'avoir tenu en échec l'impérialisme le plus puissant du monde aménera à la révolution des 'éléments nombreux et enthousiastes, et le rapport de forces peut rapidement devenir irréversible. Au Cambodge et au Laos, malgré les manœuvres de l'impérialisme et l'aide objective scandaleuse que lui apporte l'URSS, tout peut aller plus vite encore et précipiter par contre-coup l'évolution révolutionnaire au Sud-Vietnam. Mais ce « plus vite » est relatif. Dans une telle situation qui, il faut le souligner,n'a pas d'équivalent dans l'histoire de la révolution mondiale, rien ne sera linéaire. A la sombre simplicité des combats, se substituera une réalité contradictoire, faite de luttes souterraines et parfois ouvertes, d'intense activité politique et de manœuvres de toutes sortes.

Et c'est pourquoi le rôle du soutien mondial internationaliste sera plus important que jamais. Quand les armes se tairont, dans cette situation contradictoire que l'on vient de décrire, le rôle de la solidarité internationale deviendra encore plus important qu'aujourd'hui où pourtant les bombes tombent toujours, les massacres continuent et où cette nécessité du soutien total apparait à tous. On peut même avancer sans grande crainte d'erreur qu'à cette phase, les marxistes-révolutionnaires auront un rôle capital à jouer. Imagine-t-on en effet, alors qu'elles ont chichement mesuré leur soutien matériel, exercé les pression les plus scandaleuses au nom de la coexistence pacifique, que les bureaucraties soviétiques et chinoises soutiendront sans réserves la lutte politique au Sud? Alors qu'à Phnom-Penh, l'URSS appuie cyniquement la formation d'un pseudo-PC croupion, l'opposition accueillie avec joie par Lon-Nol auquel elle sert de caution. Est-il pensable que Moscou et Pékin lèvent le petit doigt si des stipulations d'un accord éventuel étaient violées. Alors qu'ils ont toléré en protestant du bout des lèvres les tapis de bombes des B52 sur toute l'Indochine et le minage des ports de la RDV ? La réponse n'est que trop évidente. Et l'immensité de notre devoir - leur lutte sera plus que jamais la nôtre - vis-à-vis des révolutionnaires vietnamiens n'en apparait que plus évidente. Ou bien Nixon continue sa guerre ouverte et nous devons, par nos initiatives remobiliser. l'opinion publique mondiale sur des thèmes hélas bien classiques, aider à remobiliser le mouvement anti-guerre L•USA encore étourdi par certaines préocupations électoralistes, ou bien les accords sont signés en cette fin de 1972, et nous devons nous préparer seuls s'il le faut, à intensifier le soutien sur une orientation certes différente, mais encore plus nécessaire, encore plus politique dans ses explications. Ce sera ufle tâche difficile. L'impact émotionnel des bombardements, des massacres, de la guerre chimique, de l'agression de petits pays pauvres par une fantastique puissance industrielle aura disparu, bien que fondamentalement, l'agression demeurera la même. Tâche difficile, mais nécessaire, indispensable, irremplaçable. Il faudra plus que jamais pousser politiquement les militants. Il faudra qu'ils expliquent inlassablement une situation complexe. Il faudra réorienter le soutien matériel en une lutte anti-néocolonialiste, envisager l'envoi de volontaires que pour la première fois, PHAM VAN DONG n'a pas écarté. Il faudra pour remplir ces tâches, structurer de façon toujours plus serrée le potentiel des militants révolutionnaires investis dans cette tâche. A cet égard, les premières assises du FSI surviennent en une période cruciale pour l'avenir et le développement du mouvement de soutien. Plus que jamais, les marxistes-révolutionnaires doivent se montrer à la hauteur d'une tâche historique d'un type nouveau mais d'une importance capitale pour le développement de la révolution socialiste mondiale.

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