quoi de neuf sur le trotskysme ?
Périodiquement, le débat sur le trotskysme est relancé dans les rangs de l'extréme-gauche. Figuères, Mavrakis, Jean Rony et jusqu'au bureaucrate en chef du Kremlin, Ponomarev, ont dans une période assez récente, essayé leurs dentiers sur cette denrée coriace. Sans grand succès à vrai dire. En bref, c'est par dizaines que se comptent les contributionns - petites ou grandes - d'auteurs avides d'exprimer le dernier mot de la science marxiste sur le trotskysme...signe des temps !
que l'après-guerre, les choses s'aggravent encore : l'auteur, oscillant entre le « reflexion » sans parti et le jimkana politique dansle PSU, résume sans imagination mais non sans arrière-pensée une évolution politique de 25 ans qu'il ne connait que de taçon supernconnait que de façon superficielle. Ni Craipeau donc, ni Roussel n'ont écrit une histoire du mouvement trotskyste en France; ils n'ont fait que nous livrer un commentaire éclectique ayant plus oumoins trait au mouvement trotskyste ; la sauce étant liée par quelques uns de leurs préjugés de l'époque ou fantasmes politiques actuels ! Venons-en maintenant à l'essentiel : le « point de vue » politique de Roussel et Craipeau sur le trotskysme. Celui du premier a, pour le moins, le mérite de la simplicité : pour lui, le courant trotskyste n'est qu'un fossile inutile, voire nuisible dans le mouvement ouvrier ; d'abord parce qu'il se réclame du léninisme et que les affabulations de Lénine sur la question du parti révolutionnaire sont le coup le plus dur porté au mouvement ouvrier depuis un siécle. Ensuite parce que Trotsky, à la veille de la guerre de 39-45 a émis des pronostics passablement faux sur l'avenir et que les « penseurs » trotskystes, contemporains, personnages nains et insignifiants, encroûtés dans leur sectarisme de chapelle et leur dogmatisme veule, n'ont pas eu le courage de réviser. L'optique ainsi dessinée, il ne reste plus à Roussel qu'à déployer l'éventail de la vieille critique « de gauche » du trotskysme. * Les trotskystes ne sont pas capables de construire autre chose que des sectes vouées à une incessante décomposition, non pas parce qu'ils ont eu l'obstination de construire une Internationale au creux d'une vague gigantesque, mais tout simplement parce qu'ils sont léninistes; or, chacun sait bien que moins la classe ouvrière est organisée, prisonnière du carcan des prétendus partis et avant-gardes, plus elle est apte à triompher de l'état bourgeois ; et Roussel de rejoindre son compère Guillerm (« le luxembourguisme aujourd'hui », Spartacus) sur le chemin de l'hyperspontanéisme... Les trotskystes ne sont que des staliniens qui n'ont pas réussi leur coup ! Et si l'on objectait à notre théoricien qu'un des effets les plus spectaculaires du déferlement de la spontanéité ouvrière de Mai 68 est le développement actuel d'une organisation comme la Ligue Communiste, il répondra sans se troubler qu'il n'y a la qu'un accident de l'histoire, produit conjoncturel de l'effervescence petite bourgeoise des lendemains de crise révolutionnaire... * Les trotskystes n'ont pas eu le courage, à la Liberation, de reconnaître que la nature de l'URSS avait changé . conformément même à une hypothèse émise par Trotsky dans La révolution trahie. Au conservatisme sans imagination des trotskystes,
Roussel préfère à l'évidence les théories réactionnaires de socialisme ou barbarie qui caractérisent l'URSS comme un
Etat bourgeois impérialiste que l'on doit vouer, sans partage, à la vindicte des prolétariats du monde entier...
Pour notre part, nous préférons notre « dogmatisme stérile » qui ne renie pas le ba ba de l'analyse marxiste à l'imagination créatrice de
Notre intention n'est pas ici de reprendre l'ensemble de cette production et nous nous bornerons à deux titres récents: « Les enfants du prophète » de J. Roussel et «Le mouvement trotskyste en France » d'Y. Craipeau, deux ouvrages centrés sur l'histoire du trotskysme français. Un commentaire éclectique La lecture de ces deux ouvrages nous renforce dans l'idée qu'il n'existe pas de discours ou de commentaires e innocents», « neutres » sur le trotskysme comme théorie et comme mouvement. L'histoire du trotskysme français ne s'étudie pas avec la belle impartialité du savant penché sur les mutations de la mouche drosophile ou sur l'évolution du phylloxera dans notre pays. Il n'existe que deux optiques sérieuses pour envisager une histoire du trotskysme français: soit l'optique universitaire qui accumule l'information de façon « scientifique » et la traite sous les dehors de l'« objectivité » bourgeoise (c'est ainsi qu'Annie Kriegel étudie par exemple le mouvement communiste en France); soit l'optique militante où l'agencement des faits est déterminé par le point de vue de classe, de parti, le point de vue d'un militant qui restitue l'histoire qu'il a lui-même contribué à forger (c'est l'optique de Trotsky écrivant l'histoire de la révolution russe). Craipeau et Roussel sont totalement en porte à faux entre ces deux points de vue, et c'est la première faiblesse fondamentale de leurs ouvrages -Roussel - qui a fait un bref sejour dans les rangs du courant « Lutte Ouvrière » avant de passe; à l'ultra-gauche -travaille sur la base d'un tissu de ragots, informations de seconde main et connaissances vagues. Il est clair qu'il n'a pas même effleuré les collections de journaux que les trotskystes publient en France depuis plus de 30 ans. Son placet supplante le point de vue de parti par le parti pris le plus plat et le plus agressif. Un exemple entre mille : nous n'apprécions pas du tout la façon dont Roussel désigne notre camarade Pierre Rousset comme * David Rousset Fils » ; ce type de petites crapuleries nous rappelle par trop certains procédés introduits par les staliniens dans le mouvement ouvrier. Craipeau, pour sa part, a une prise sur le mouvement trotskyste beaucoup plus intéressante : des années 30 à la libération, il en a été un militant actif. Mais son évocation de cette période respire le subjectivisme; sa texture est faite de souvenirs à peine retravaillés à 15 ans de distance, imprégnés d'émotion et de nostalgie, déformés par l'orgueil mythomaniaque de Craipeau (1). Et lorsqu'il évo- gens comme Burnham et Bruno Rizzi qui, de la « découverte » de la nature capitaliste de l'URSS passent sans difficultés dans le camp des défenseurs chaleureux du monde libre. Les trotskystes contemporains ont fondamentalement rompu avec le marxisme en entretenant les plus grossières mystifications quant à la nature révolutionnaire des luttes antiimpérialistes dans le secteur colonial. Or ces révolutions sont bourgeoises et bourgeoises elles resteront, de Cuba au Vietnam, de la Chine à l'Algérie en passant par 1 Egypte nationales-bourgeoises, c'est-à-dire en leur fond antiprolétariennes, ré actionnaires. (2) Ces airs sont bien connus et ce n'est pas notre propos de les réfuter ici à nouveau. Nous devons dire tout de même que nous trouvons un peu fort que des gens comme Roussel - qui se complaisent en permanence dans les niveaux d'abstraction les plus élevés supplantent l'analyse marxiste par le terrorisme et le psittachisme verbaux et verbeux - se plaisent à nous reprocher notre enlisement dans de vieux schémas et notre retard de 30 ans sur les réalités comtemporaines. Que nous sachions, jamais le courant dont se réclame Roussel n'a analysé dans le détail récemment comme nous l'avons fait les caractéristiques actuelles de la révolution et de la direction vietnamienne, l'évolution des directions révolutionnaires en Amérique Latine ou au Moyen-Orient : de quel côté le dogmatisme à tout crin, donc, de quel côté l'analyse concrète de la situation concrète ?
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En fin de compte, au nom de qui, de quoi Roussel parlet-il? D'abord, une première ambiguité. Il semblerait que Roussel ne soit pas très sür du patrimoine de l'ultra-gauche où il puise ses références essentielles : la plupart des critiques qu'il adresse au courant de la 4ème Internationale, il les emprunte en effet purement et simplement à l'arsenal de Lutte Ouvrière (en ce qui concerne la faillite de la 4ème, les révolutions coloniales). Curieuse rencontre de l'ultra-gauche « théorique » et du sectarisme dogmatique à la L.O? Pas tant que cela à la réflexion : L.O. et Spartacus ne se retrouvent-ils pas fondamentalement, en théorie, sur le même terrain d'un menchévisme inversé ? (la révolution par étapes à l'envers !). Mais là n'est peut-être pas le plus important : à la vérité, le livre de Roussel respire le philistinisme et la tartufferie. Son ton (contrairement à celui de Craipeau dans la première partie de son livre) n'est pas celui d'un militant évoquant les problémes du courant trotskyste du point de vue de la classe ouvrière. Ce n'est pas la vigueur du ton qui • nous choque, mais la tonalité de la polémique : Roussel évoque les scissions et les difficultés du mouvement trotskyste avec la joie maligne d'un journaliste de Minute commentant les batailles de clan au sein de l'UDR. Nous n'aimons pas cette « Schadenfreude ». Non pas qu'elle nous blesse spécialement (elle le ferait si notre courant n'avait pas surmonté ces difficultés), mais parcequ'elle révèle que la critique de Roussel est taillée dans la pierre poreuse d'une aigreur et d'un dénigrement qui font passer l'esprit de clan avant les intérêts du mouvement ouvrier. C'est une attitude d'attentisme bourgeois en son fond, qui se profile derrière la critique aristocratique, détachée, puriste où se complaisent les commentateurs éclairés des Cahiers Spartacus. Bien souvent en politique, le point de vue de Sirius ne fait que dissimuler celui de Monsieur Prudhomme. A notre avis, l'entreprise de Craipeau relève d'une optique différente. Craipeau traite le trotskysme sur un autre pied que Roussel. Il a passé une vingtaine d'années - et pas des plus faciles - dans les rangs de ce mouvement. La première partie de son livre est assurément partiale, impressionniste, mais elle n'en est pas moins marquée par une certaine chaleur communicative, elle présente l'avantage de traiter d'une façon vivante et sous un angle « militant » des événements que les jeunes trotskystes ne connaissent pas ou fort peu (la création de la Ligue Communiste de 1930, l'action des trotskystes sous le front populaire, l'entrée dans le PSOP...). Naturellement, dés cette première partie, on peut voir le Craipeau que nous connaissons maintenant pointer le bout de l'oreille. Non pas tant dans les jugements péremptoires qu'il porte sur les multiples points de discorde existant entre les trotskystes d'alors que dans son insistance pesante à présenter Trotsky comme le tenant d'une orientation « large » non sectaire dans toutes les questions concernant la création d'un mouvement trotskyste en France. (3) Mais c'est faire peu de cas de la bataille impitoyable que Trotsky mena luTivres aussi sur l'autre front contre les confus, les centristes, les sceptiques. Mais ce ne sont là que péchés des plus véniels auprès de ceux que Craipeau accumule contre le trotskysme et, plus simplement contre le marxisme dans la seconde partie de l'ouvrage. Une partie où la narration des événements politique céde entiérement le pas à l'apologétique. En 46, « Consterné de voir que notre mouvement restait isolé et se satisfaisait de sa situation de secte » consterné par • l'émiettement et l'impuissance des formations trotskystes », Craipeau avait comme il dit, pris du champ pour se consacrer à une « réflexion approfondie ». Ne nous attardons pas sur cette réaction peu conforme à l'esprit du marxisme militant (et qui semble étre propre à Craipeau dans toutes les passes difficiles: 37, 44, 46 !). Mais cette « prise de champ » fournit la clé de toute l'attitude ultérieure de Craipeau et de son jugement sur le trotskysme et le courant de la 4ème Internationale.Tous les efforts ultérieurs de Craipeau sont dévolus à chercher des raccourcis sur le chemin de la reconstruction d'une direction révolutionnaire. Cette attitude opportuniste trouve tout naturellement sa « justification » dans une condamnation sans appel des organisations trotskystes d'aprèsguerre : marquées par un sectarisme congénital et un dogmatisme à tout crin qui les enchainent aux vieilles lunes du paléo-trotskysme d'avantguerre, elles sont réduites à vaticiner dans le désert et foncièrement inaptes à affronter les réalités nouvelles. Cette « explication » ne brille pas par l'originalité et il est
Vivres plutôt inquiétant pour Craipeau qu'elle se retrouve trait pour trait sous la plume de Roussel. Elle est entiérement subjectiviste, anti-marxiste. Car, à son tour, ce e sectarisme » qui-explique-tout, qu'est-ce qui le fonde et l'explique ? La pression insurmontable des conditions historiques ? Un mécanisme psychologique propre à des dirigeants médiocres ? Ou bien est-ce qu'il ne faudrait pas remonter plus loin, à un « dogmatisme », un « sectarisme » inhérent à la pensée de Trotsky lui-même? Nulle part Craipeau ne répond à ces questions avec netteté et le « sectarisme » des organisations trotskystes, facteur indispensable à l'apologie de Craipeau, est en permanence évoqué comme une tare congénitale sur le mode du « c'est comme ça ». Le ressort politique et psychologique de l'attitude de Craipeau est aisément décelable ; d'une part, des que les premières ombres au tableau se sont présentées au lendemain de la Libération, il a préféré retourner à ses chère études plutôt que de poursuivre un combat qui s'annonçait ingrat. Depuis, son seul souci est de trouver une voie voie « courte» qui permette de faire l'économie de la construction d'une organisation d'avant-garde. D'autre part, débarrassé de tout cadre organisationnel contraignant, Craipeau s'exalte de la grande découverte de sa vie: le monde de l'aprés guerre est bien différent de celui de l'avant-guerre, il compte toute une série de réalités nouvelles que ni Lénine, ni Trotsky n'ont eu le loisir d'analyser. Fort de cette découverte si originale, Craipeau n'a plus qu'un souci 62 quoi de neuf
Sur le trotskysme?
en tête : celui de ne pas retarder en théorie sur ces réalités nouvelles et exaltantes. En soi, ce souci est fort louable. Au lendemain de la guerre, le courant de la 4ème Internationale s'est colleté vigoureusement avec ces phénomènes paradoxaux qu'étaient la révolution chinoise, le maintien et l'extension du pouvoir de la bureaucratie soviétique, le changement de la nature de classe des Etats du glacis sans révolution etc... Produire sans inhibitions dogmatiques l'analyse de ces phénomènes surprenants était une des conditions de la survie du mouvement. Mais le souci de Craipeau est tout autre : il s'agit de montrer que tous les courants révolutionnaires existants - et la 4éme au premier chef - retardent irrémédiablement sur la réalité ; de montrer ainsi qu'ils appartiennent - et la 4ème au premier chef ! - à une histoire périmée, qu'on les envisagent tant sous l'angle organisationnel que sous celui des hérésies qu'ils véhiculent. Il s'agit en définitive de fournir la justification de l'attitude d'un homme (et d'un courant) qui se pose comme théoricien, expression des réalités nouvelles par opposition aux « vieux » courants, au-delà de leurs luttes intestines, au-delà de leur conservatisme d dogmatique. Et c'est le rôle que Craipeau essaie de camper tout au long de son livre : celui de théoricien résolument moderne d'un « parti » résolument moderne, celui d'un homme qui, grimpé sur les cimes années 70, peut à la fois jeter un regard panoramique et apitoyé sur les vieilles lunes et les combats dérisoires des trotskystes d'antan et -enfin ! - déployer une compréhension synthétique des données sociales et politiques de la France d'aujourd'hui; rassemblant avec doigté ce que chaque courant a produit de bon. Lorsqu'on a saisi les racines de cette « philosopphie » assurément originale (c'est celle du courant liquidateur russe aprés 1905 !), on comprend mieux le ton de protection bienveillantee (4) qui lui vient naturellement à la plume lorsqu'il évoque les organisations d'extrême-gauche française actuelles et la Ligue Communiste en particulier ; le ton d'encouragement paternaliste qu'il emploie pour relever le caractère encore insuffisamment prolétaire de notre organisation, les faiblesses de certaines de nos analyses etc... Quoi de plus normal de la part d'un homme qui représente un courant situé non pas au côté des organisations « traditionnelles » de l'extrême-gauche, mais bien au-delà, au-dessus de ces organisations. En réalité, cette prétention de « surplomber » totaliser, synthétiser l'expérience historique contemporaine ne tarde pas à se révéler pour ce qu'elle est vraiment : la démonstration élégante de l'opportunisme, de l'éclectisme et du révisionisme. * Opportunisme: ce qui caractérise la philosophie de Craipeau, c'est l'absence intégrale de toute dimension léniniste, de toute dimension d'organisation révolutionnzire. Ironie de l'histoire :Craipeau écrit son livre en 69, à une époque ou Rocard ne craint pas de présenter le PSU comme « le plus grand parti révolutionnaire d'Europe »; il y glisse en conclusion une apologie sans nuances de ce parti qu'il présente comme le creuset des espérances révolutionnaires des années 70. Son livre parait en 72, à un moment où se parachève la décomposition du PSU, où Rocard se campe dans le rôle de Marceau Pivert de l'Union de la Gauche, et où Craipeau, le « trotskyste » Craipeau, rentré dans les rangs, lui multiplie les témoignages d'allégeance ! Opportunisme encore : Craipeau disserte à perte de vue sur les mutations intervenues dans les classes sociales françaises, le développement récent de la structure économique du capital, il dessine des perspectives hardies pour la construction du socialisme en France, mais c'est bienen vain qu'on attendrait dans son livre un développement clair sur la crise révolutionnaire et la rôle du Parti d'avant-garde dans l'évolution et le denouement de cette crise. Ce « manque » n'est évidemment pas fortuit dans la perspective d'un homme qui se gargarise d'un vague luxemburgisme et de phrases passe-partout sur la « démocratie à la base ». L'envers de cette exaltation abstraite de la perspective lointaine du gouvernement des conseils était évidemment une politique bien réelle de cénacles et de couloirs au sein de cette constellation délirante qu'est le PSU. * Eclectisme : Craipeau est passé maitre dans l'art de manger à tous les rateliers; sur n'importe quel sujet, Il est capable de faire alterner une citationde Jean-Marie Vincent avec un propos de Pierre Frank, une réflexion de Manuel Bridier avec un texte de WeberBensaid. Ce style syncrétique, cet art consommé de marier l'eau avec le feu, c'est tout l'homme
* Révisionnisme :Craipeau finasse sur l'analyse trotskyste de la bureaucratie ouvrière, il se campe sur ses ergots pour se poser en interrocuteur estimé de Trotsky; mais cela n'empêche pas ce marxiste éminent d'évoquer froidement la nécessité, dans le cours de la grève générale (il parle de Mai 68) de poser « le problme ducontrôle de l'état ou du moins de sa neutralisation » (p 242), (c'est nous qui soulignons). Singulière expression ! Lénine remarquait en son temps que les révisionnistes montraient immanquablement leurs pattes jaunes dés qu'ils touchaient à la question de l'Etat. Craipeau ne fait pas exception à la régle : ses perspectives de neutralisation en douceur sont le pendant exact de sa politique de « marieuse » théorique et pratique de l'extrême-gauche. L'opportunisme militant , l'éclectisme fait de
N (1) L'ouvrage entier est imprégné de mythomanie eraipaldienne. Celle-ci se mesure à son art de se camper dans les poses les plus avantageuses, d'enfler démesurément son rôle dans tel ou tel événement, de se citer à chaque detour de page, ete... Ce n'est pas tant une histoire du trotskysme que le récit des aventures d'Yvan Craipeau au pays des trotskystes... (cf. pages 7, 101, 202, etc.). Un seul exemple : page 114, dans un paragraphe intitulé « le prétendu ultimatisme de Trotsky », Craipeau écrit froidement : « A ce propos, il faut ajouter contre la légende malveillante de la « dictature » de Trotsky. Incontestablement, était entier dans ses convictions, passioné dans la discussion. Mais rien là de la coups de chapeau de droite et de gauche, et le révisionnisme théorique, sont les trois facettes d'un même cristal ou vient se réfracter, à travers Craipeau, la politique faillie des partisans de la « voie courte » du PSU. Ni Roussel ni Craipeau donc, n'ont particulièrement contribué à faire progresser la connaissance du mouvement trotskyste en France. L'insistance que nous mettons à les réfuter ne tient pas à ce que nous croyons leurs arguments particulièrement efficaces ; elle tient à ce qui se manifeste, à travers eux, comme . type de déviations et de déformations politiques. Et dans la façon dont ils abordent le trotskysme, opportunistes et révisionnistes révélent à l'heure actuelle plus sur eux-mêmes que lorsqu'ils traitent quelque sujet que ce soit. OTES morgue des « chefs infaillibles . Avec les jeunes il discutait sérieusement, avec cordialité et compréhension. Y. Craipeau (!) éprouvait, dès 1933, des doutes sérieux sur le caractère ouvrier de l'Etat soviétique (!). Trotsky pesait avec soin les arguments, discutait honnêtement (!) et sans polémique, n'hésitait pas à passer au crible de la critique, sinon sa thèse générale - sur laquelle ilne varia guère jusqu'à sa mort - du moins certains aspects de sa thèse comme la question de Thermidor et la nécessité d'une révolution politique en URSS... Trotsky emportait la décision par la vigueur de sa pensée. Encore s'inclinait-il parfois. Dans la rédaction du programme d'action, par exemple, il proposait le front unique des milices des partis ouvriers. La C.E. de la Ligue Communiste lui préféra la formulation proposée par Craipeau de « milices du peuple ». C'est cette formulation qui passa dans le programme et Trotsky l'adopta. L'exemple est mineur, mais il montre que les jeunes « trotskystes » gardaient leur esprit critique devant « le vieux ». Tout simplement... (2) Roussel n'hésite pas à grapiller au garde-manger de Lambert pour dénigrer la IVème : « Le courant pabliste international, faute de pouvoir intervenir réellement dans la lutte révolutionnaire où que ce soit, venait à partir de 1951, de parer la bureaucratie stalinienne, sinon de vertus révolutionnaires, du moins de capacités nouvelles. (Elle) ne s'en tiendra pas là. Bientôt, et toujours sur les traces de Pablo, (elle) trouvera d'autres substituts à l'action révolutionnaire du prolétariat. Après s'être accrochée aux basques de Tito, (elle) reportera ses espoirs sur Castro, sur Ben-BellaBoumédienne, voire sur le Kenyen Kenyatta « et autres »... » (p 63). (3) Craipeau ne peut prononcer le terme de parti sans y accoler le qualificatif « large ». Ce n'est pas pour rien : du PSOP au PSU, Craipeau a toujours été davantage séduit par la largeur d'un parti que par la rigueur de ses 1 bases programmatiques. (4) Ainsi, à la page 246 de son ouvrage, écrit : « Tous ces groupes « gauchistes » comptent ensemble des milliers de militants ardents, convaineus et dévoués et souvent remarquables. Mais ils présentent une faiblesse originelle qui les empéche de servir de pôle de ralliement pour un
V/livres parti révolutionnaire...Nous nous en tiendrons aux seuls groupes qui se réclament du trotskysme. Ces derniers partent d'u système idéologique, c'est-à-dire d'un système de principes fondamentaux, mais aussi d'idées tactiques et stratégiques, reprises de Lénine et Trotsky, séparées de leur contexte historique et considérées comme valable en toutes circonstances... Chaque groupe part d'une certaine systématisation des idées de Lénine et de Trotsky et s'efforce ensuite de gagner l'avant-garde à sa propre systématique. Ils en tirent leur force: la pensée de Lénine ou de Trotsky est vigoureuse et le système étant clos, apparaît cohérent. Cette rigueur peut séduire, surtout quand on s'adresse à des étudiants ou à des intellectuels. Mais quand il s'agit de transmettre aux travailleurs de l'extérieur le message révolutionnaire, là commencent les difficultés. Le système clos se heurte à la réalité ou ne lui correspond qu'abstraitement, dans ses lignes de forces essentielles. Plus il se sent isolé, plus le groupe s'en tient à la rigueur dogmatique dont il pense que dépend la victoire future. Alors qu'ils se réclament d'une idéologie commune, les groupes « trotskystes » apparaissent alors incapables, non seulement de s'unir, mais même de travailler ensemble »-
Vivres Cet ouvrage qui sort des presses et que l'on trouvera dans les grandes bibliothèques a été écrit à l'intention de ceux qui effectuent et effectueront des travaux sur Trotsky. La bibliographie produite par notre ami Sinclair de Glasgow est un livre de l 100 pages. Depuis des années, tous ceux qui s'occupaient des œuvres de Trotsky, tous ceux qui voulaient en assurer diverses éditions (recueil d'articles, études,...) tous ceux là s'adressaient à Louis Sinclair, dont le fichier grossissait presque à vue d'œil; ils étaient certains d'obtenir de lui avec le plus grand empressement les informations qu'ils désiraient. Aujourd'hui, avec la publication de l'ouvrage par les soins de la Hoover Institution Press, les chercheurs disposeront d'un outil de travail d'une valeur incomparable qui leur permettra de gagner énormemment de temps et de progresser dans leur travail avec beaucoup plus de certitude. Dans cette bibliographie ont été enregistrés les articles, brochures, livres, etc. de Trotsky dans toutes les langues ou ils ont été publiés. La pre mière cote de cet ouvrage (trois numéros de Nache Dielo - Notre Cause - par l'Union des Travailleurs de la Russie méridionale, la pre mière publication de Trotsky alors agé de 18 ans, et qui lui valut son premier emprisonnement) est de l'année 1897, les dernières cotes de la fin août 1970. Depuis lors, les éditions de Trotsky se sont encore multipliées ; mentionnons-en une des plus remarquable, les Schriften über Deutschland, édités par Europaische Verlagsanstalt. Il y aura à l'avenir une matière de plus en plus une matiere de plus en pous 64 a bibliography par Louis Sinclair abondante pour assurer des compléments à la bibliographie qui vient de sortir. L'auteur qui présente son ouvrage avec beaucoup de modestie mentionne qu'on ne peut espérer avoir une bibliographie compléte avant de nombreuses années. « Il y a - écrit-il - d'innombrables écrits de Trotsky non publiés relatifs à ses activités au sein du Parti communiste russe, du gouvernement soviétique, de l'Armée rouge et de l'Internationale communiste. On dit qu'il y a environ 20 000 pièces dans la partie non publique de ses archives à Harvard, certaines d'entre elles pouvant se trouver dans le présent ouvrage ». Même à ceux qui ont une connaissance sérieuse de l'activité et des productions littéraires de Trotsky, qui entre autre connaissent le projet de Sochinenia (œuvres complétes), établi à Moscou en 1925, projet reproduit dans le présent ouvrage, la bibliographie de Sinclair fournit par ses dimensions une idée plus tangible des problèmes que poserait une édition vraiment complète des œuvres de Léon Trotsky. Voici le sommaire de cette bibiographie. Une première partie (695 pages) contient tous les travaux connus de Trotsky par ordre chronologique de leur publication. Cette partie correspond à des milliers de fiches, que Sinclair a numérotées de sorte que d'autres parties de son ouvrage renvoient à cette numérotation. Ces cotes indiquent entre autres le lieu d'impression, les réimpressions, les publications dans diverses langues. Une deuxième partie comprend les subdivisions suivantes : tes :
a) la liste des œuvres de Trotsky avec les titres originaux par ordre alphabétique en langue russe, b) les mêmes écrits rassemblés par matière, c) la liste par ordre alphabétique en d'autres langues que le russe, avec mention des langues où ces œuvres ont paru, d) les mémes écrits rassemblés par matière, e) les périodiques et journaux en langue russe qui ont publié des textes de Trotsky, f) les périodiques et journaux en d'autres langues qui ont publié des textes de Trotsky, g) un répertoire des bulletins intérieurs des sections de la Quatrième Internationale et d'autres organisations, avec indication des dates de parution et du contenu, h) une référence des textes au catalogue des Archives de Trotsky à Harvard. Une troisième partie contient : a) les nombreux pseudonymes adoptés par Trotsky au cours de son activité révolutionnaire, b) le prospectus indiquant ce que seraient les Oeuvres complètes (Sochicheniia), paru à Moscou en 1925, c) les œuvres déjà parues ainsi avant que Staline en interrompe la publication, d) les traductions groupées suivant les langues, prés d'une quarantaine allant de l'afrikaan au yiddisch, e) un classement des œuvres par sujets, f) un recueil de sources diverses en russe et en d'autres langues concernant le rôle et les idées de Trotsky.
* * Nous ne pouvons terminer cette présentation sans rendre ici tout l'hommage qui est dû à Louis Sinclair. Alors que de telles publications sont généralement l'œuvre de plusieurs personnes soutenues par des institutions scientifiques disposant de moyens matériels et financiers, la Bibliographie a été faite par Sinclair seul, sans aucun collaborateur régulier, en dehors des heures qu'il consacrait à gagner son existende. Le travail minutieux qu'il a accompli, les recherches, les mises au point, les vérifications ont occupé plusieurs dizaines d'années de sa vie. Il l'a fait avec une persévérance infatigable. Il a fallu que son travail commence à atteindre une certaine dimension pour que l'importance et la valeur en soient enfin appréciées. Louis Sinclair a accompli un travail scientifique remarquable sur l'œuvre de Trotsky dont il est certainement aujourd'hui le meilleur connaisseur. Plus encore, il a rendu par ce travail un service inestimable à cette œuvre. A ce titre, les trotskystes lui en sont profondément reconnaissants.
Pierre FRANK le 12 mai 1972 (1) Sinclair (Louis). Léon Trotsky. A bibliography. Stanford (Californie), Hoover Institution Press, 1972.