ROSSA (extraits de « Bandierra Rossa », journal bimensuel des GCR - Gruppi Communisti Revoluzionari - section italienne de la IVème Internationale - N° 5 du 20 mai 1972). Les élections italiennes du 7 mai révélent deux faits nettement négatifs pour le mouvement ouvrier: la démocratie chrétienne (DC), qui s'est nettement déplacée à droite, maintient ses positions, tandis que le MSI progresse. Le MSI sera donc en mesure de jouer encore plus qu'avant son double rôle d'instrument de pression au niveau parlementaire et d'organisateur d'actions d'intimidation dans un style fasciste classique. Des élections pour rien En termes parlementaires, l'ennemi de classe peut se féliciter du fait que, malgré la 36
Nous avons publié dans notre numéro 3 des extraits de journaux et de revues en langue anglaise diffusés par des organisations membres ou sympathisantes de la IVème Internationale (Canada, NouvelleZélande, Australie). La présente rubrique inaugure la série qui sera consacrée à l'Europe en insistant tout parprofonde usure subie ces dernières années et sa faillite pratique, le centre-gauche dispose encore de la majorité. Il subsiste également, bien qu'avec des marges réduites, la possibilité d'une solution centriste (avec la différence que, par rapport à la dernière législature, le climat politique et social est beaucoup plus favorable pour une initiative dans cette direction). Cependant une analyse approfondie de la situation doit tenir compte des éléments qui vont dans le sens opposé. Ainsi il ne faut pas oublier que les lois électorales peuvent déformer le cadre réel de la lutte, mais ne peuvent pas en éliminer les forces qui existent effectivement, comme le million d'électeurs d'extrêmegauche qui n'auront pas de représentation au Parlement. Comme tous ces jeunes de 18 à 21 ans qui n'ont pas voté, mais continuent à peser dans les luttes sociales d'une façon aussi décisive que dans les quatre dernières années. Il ne faut pas non plus sous-évaluer le fait que certaines couches de travailleurs soutiennent électoralement les partis bourgeois, alors que dans les conflits syndicaux, dans l'entreprise, ils se rangent sur des positions anti-patronales aux côtés des ouvriers politiquement plus avancés. Le mouvement ouvrier dans son ensemble n'a pas été fondamentalement atteint. Le PCI qui apparait encore aux larges masses comme le plus solide instrument de défense de leurs intérêts, a enregistré une progression, même modeste. Le succès des forces conservatrices trouve là sés limites : ces élections ont définitivement prouvé la faillite d'une opération qui avait parmi ses principaux objectifs celui d'éroder la base du PCI.
ticulièrement sur la situation italienne au lendemain des élections de Mai 72. On trouvera en outre un éditorial de « Libération » tirant le bilan des grandes grèves du Printemps au Québec.
Nous reproduisons également le compte rendu paru dans «Red Mole » du congrès de l'IMG, Quand on sait que les groupes dirigeants de la bourgeoisie les plus responsables, dont la DC est l'expression politique privilégiée, voulaient à la fois bloquer l'avance du MSI et refouler le PCI, il est clair qu'ils n'ont aucune raison de se réjouir. Les équilibres politiques restent précaires, tout comme avant les élections et une nouvelle stabilisation politique n'est pas pour demain. Ce n'est pas un hasard si les principaux organes de la bourgeoisie industrielle, le « Corrière » et la « Stampa », titraient leurs éditoriaux du 10 mai : « il faut faire vite », et « Dernier sursis ». La crise de direction de la bourgeoisie n'a aucunement aucunement été résolue. Ceci veut dire que la période à venir restera une période de conflits sociaux et politiques aigus. Les luttes pour les contrats des principales catégories de la classe ouvrière pourront et devront en étre le fait saillant. L'échec du Manifesto L'échec des listes du Manifesto est sans doute l'élément le plus négatif du point de vue de la gauche révolutionnaire. Et il est logique qu'il soit ressenti encore plus durement par ceux qui s'étaient fait de grosses ilillusions, s'attendant à des résultats qui ne pouvaient étre objectivement obtenus, et qui avaient énormément gonflé dans leur propagande les mobilisations de la campagne électorale. Une des causes des résultats modestes enregistrés par le Manifesto est certainement l'atmosphère créée par les campagnes propagandistes orchestrées autour des événements de ces derniers mois (assassinat de Feltrinelli, provocation policière lors d'une manifestation section britannique de la IVème Internationale. L'activité de nos camarades espagnols fait l'objet d'articles qui figurent ailleurs dans le présent numéro.
JF.D. anti-fasciste à Milan, procès Valpreda, etc...). Cette campagne a fini par provoquer, dans des milieux ouvriers ou petits-bourgeois radicalisés sensibles aux initiatives de l'extrême-gauche, un réflexe de défense qui s'est traduit par le regroupement autour du parti ouvrier le plus solide : le Parti Communiste. Cette campagne a d'autant plus joué que le Manifesto n'a pas eu le temps de faire tout le travail de préparation que son initiative exigeait. Mais à ces raisons objectives s'ajoutent de réelles erreurs politiques. Le Manifesto paye le prix de la façon dont il a mené la campagne: aucune tentative sérieuse pour rechercher la convergence sinon avec toutes, du moins avec les plus consistantes forces de l'extrême-gauche ; le Manifesto s'est au contraire efforcé de mettre l'accent sur sa physionomie particulière en tant qu'organisation politique (et le pire, une organisation politique encore en formation et sans base politique et théorique bien définie). Pendant la campagne, les exemples de sectarisme n'ont pas manqué localement, en contradiction flagrante avec la volonté proclamée d'apparaitre comme l'alternative valable pour toutes les forces anti-capitalistes et anti-réformistes. Des obstacles soudain infranchissables empêchérent la collaboration avec d'autres forces, et méme des manifestations pour le Vietnam donnèrent lieu à des attitudes sectaires inqualifiables. Enfin, le style des orateurs - ne serait-ce que par le langage d'initiés trop souvent adopté par l'extrême-gauche - ne permit pas d'ouvrir le dialogue avec des franges plus importantes. Il serait toutefois erroné de conclure que la tentative du Manifesto a été une faillite complète et qu'il aurait mieux valu s'abstenir. Le résultat, pour extremement modeste qu'il soit, indique qu'existe des forces qui suivent la gauche révolutionnaire même sur le terrain électoral, et à un moment particuliérement difficile. Il est important qu'ait eu lieu, avec d'incontestables succès de mobilisation, une campagne dont les thèmes rompaient avec le réformisme et renouaient avec les traditions communistes d'utilisation de la démocratie bourgeoise sans alimenter les illusions électoralistes. Le PCI : un succès ? Il serait également erroné d'interpréter les votes PCI comme le maintien, entre le Parti et les masses, d'une confiance inconditionnelle et d'une adhésion effective au choix et aux méthodes du groupe dirigeant. Sans aller jusqu'aux interprétations fantaisistes de Lotta Continua (1), il faut reconnaître que ce vote traduit en fait la perplexité, l'incertitude ou la réserve critique, et ce retrait sur une position défensive n'implique pas automatiquement la confiance. Les contradictions entre les intérêts de la bureaucratie et les aspirations des masses ne sont pas éliminées par les 9 millions de voix du PCI. Dans un contexte de tensions politiques et sociales aigües, ces contradictions ne peuvent que déboucher sur des frictions, des conflits, des ruptures. Ce processus sera facilité si la gauche révolutionnaire sait éviter le schématisme stérile dans l'analyse et le sectarisme aveugle dans la pratique et se démarque absolument de tout aventurisme. Le 7 mai nous apprend enfin que construire le parti révolutionnaire est une tâche longue et difficile. Tous ceux qui espèrent trouver des raccourcis seront amerement déçus.
Ce travail pourra se développer avec succès si, dans cette phase, se développe une véritable confrontation théorique et politique au sein de l'extré.
me-gauche, sans exclusives sectaires, et en abandonnant les pratiques de calomnies et les pratiques de calomnies et de déformations courantes aujourd'hui, et qui sont le prix que de nombreux groupes paient en échange de leur incapacité à rompre réellement avec le stalinisme. La construction du Parti Révolutionnaire ne pourra être menée, est-il besoin de le rappeler, que si les révolutionnaires se montrent capables de peser réellement dans les luttes et les campagnes politiques à venir. C'est pourquoi, au lendemain des élections, le secrétariat national des Gruppi Communisti Rivoluzionari (Section italienne de la IVème Internationale) a publié le communiqué suivant : « La IVème Internationale estime qu'il est nécessaire d'entreprendre une reflexion critique sur les élections du 7 mai, et de discuter au plus vite, sans sectarisme ni irresponsabilité, la possibilité d'initiatives communes sur les thèmes suivants: - Lutte pour le renouvellement des contrats, - campagne contre la menace fasciste, - campagne pour la libération de Valpreda et de tous les détenus politiques, - mobilisations contre les actions criminelles de l'impérialisme au Vietnam ».
Livio Maitan
(1) Lotta Continua expliquait en effet que l'assistance nombreuse aux meetings électoraux de Berlinger - l'un des principaux dirigeants du PCI - témoignait d'une montée révolutionnaire en totale contradiction avec la ligne de la direction du Parti ! QUEBEC: BOURASSA ET LE POURQUOI DE L'ATTAQUE GOUVERNEMENTALE (éditorial de « Libération » No 6 Volume 2 de juin 72; mensuel de la Ligue Socialiste Ouvrière, partie quebecquoise de la section canadienne de la IVème Internationale). En imposant l'infâme loi 19 aux syndiqués du secteur public et para-public pour leur enlever leur droit démocratique fondamental de grève, et en imposant une sentence maximale d'un an aux trois chefs syndicaux - Yvon Charbonneau, Louis Laberge et Marcel Pépin - pour activité syndicale, le gouvernement Bourassa montre son vrai visage, celui d'un gouvernement anti-ouvrier vendu aux patrons étrangers et au gouvernement fédéral Ottawa. C'est pour cette raison que le gouvernement Bourassa refuse de céder aux justes revendications minimales de ses employés, comme les 100 dollars minimum par semaine et la sécurité d'emploi, et ceci, tout en accordant des subventions de plusieurs dizaines de millions de dollars aux exploiteurs du Québec comme la ITT américaine et l'International Business Machines. Bourassa le serviteur fidèle de Trudeau, ne se trouve pas seul dans son projet de brimer les droits du mouvement syndical et, pour ce faire, d'enleau mouvement syndical ver ses dirigeants. Le système ju diciaire, ce rouage indispensable aux patrons pour se maintenir au pouvoir sur le dos de la classe ouvrière et de la majorité de la nation québécoise, lui est tidele. Tous les partis politiques présentement à l'Assemblée Nationale se sont rangés du côté du gouvernement contre le mouvement syndical, compris le Parti Québecois. Tout en se posant en « parti populaire » et en parti indépendantiste, le PQ se range du côté des « forces de l'ordre 1 et de ceux qui maintiennent le Québec dans l'opp ession linguistique et nationale du fédéralisme canadien. Le PQ se refuse à demander au gouvernement d'accorder une remise des peines aux trois chefs syndicaux et il refuse de demander le retrait de la Loi 19. Le PQ s'attaque plutôt aux victimes du gouvernement en les blâmant car ils ne se sont pas prévalus « du droit d'appel » tout en acceptant les accusations et la sentence barbares imposées par Bourassa.
Au contraire de toud. ces partis bourgeois qui sont dévoués au maintien du capitalisme et de l'oppression double des travailleurs québé cois, la Ligue Socialiste Ouvrière, organisation indépendantiste, donne son appui le plus entier à toutes les actions entreprises à travers le Québec par les travailleurs qui cherchent la libération de leurs dirigeants ainsi que le retrait de la Loi 19. La principale le çon à tirer de cette lutte, c'est la nécessité, pour la classe ouvière québécoise, de rompre avec la politique bourgeoise et avec tout parti bourgeois, y compris le Parti Québécois, pour créer son propre parti politique de masse. Ne comptons que sur nos propres moyens! Les centrales syndicales québécoises doivent lancer un parti ouvrier, cette arme indispensable à la lutte de libération des travailleurs québécois, capable de porter au niveau politique toutes les luttes, tant électorales qu'extraparlementaires, comme les grèves, les manifestations et les occupations. Seul le parti ouvrier de masse, initié par les centrales syndicales est capable de remplacer le gouvernement anti-syndical de Bourassa par un gouvernement des travailleurs et cultivateurs à la tête d'un Québec libre, indépendant et français.
LIBERATION, juin 1972