Quittant la Ligue Communiste début 71, la minorité cherchait la source des différends dans nos appréciations divergentes de la nature de l'URSS: Etat bourgeois ou Etat ouvrier bureaucratiquement dégénéré. La question était et reste d'importance, bien qu'elle ne soit pas nouvelle. La nature des PC soumis à Moscou en.procède, et pour certains la nature des syndicats sous hégémonie stalinienne. La minorité partie, nous étions en droit d'attendre et elle nous le promettait, une contribution particulièrement importante à ce débat. Hélas, ceux de la minorité qui restent au groupe Révolution auront été déçus de la brochure « Révolution et contre-révolution en e celement URSS » (1 . Force est d'admettre qu'aucun élément nouveau n'est apporté pour consolider la thèse d'une restauration du capitalisme en URSS et que, par contre, de nombreuses confusions apparaissent pour la première fois. Ce qui ne signifie pas que cette brochure n'ait aucun intérêt. Son simplisme est attrayant pour les nombreux jeunes militants qui, contraints à l'activisme, n'ont ni le d loisir ni le goût d'approfondir le bilan de la première expérience de Révolution socialiste prolétarienne. Il est dès lors difficile de choisir la critique à faire de ce texte. L'ignorer comme poudre aux yeux de charlatant c'est ignorer son attrait pour ces jeunes militants et s'abstenir de les éduquer. Le corriger comme le mauvais devoir d'un élève qui pourrait mieux faire, c'est ingnorer que le débat n'est pas gratuit politiquement et qu'il ne se règle pas par des abstractions: c'est tomber dans le piège tendu par C. Bettel- heim (2), la brochure de Révolution en étant l'appát ! Entre ces deux écueils il faut comprendre cette brochure comme une opération de propagande politique visant a justifier théoriquement les divergences de Révolution avec la Ligue Communiste et la IVe Internationale. Dès lors, que cela plaise ou non aux auteurs et supporters de ce texte, il est nécessaire de ramener le débat à son véritable niveau pour apprécier l'ampleur et le bien fondé de ces divergences. Fonda mentalement il ne s'agit pas de savoir si la bureaucratie est ou non une classe exploiteuse (3), mais de définir ce que l'on appelle classe et exploitation pour savoir s'il est correct de précher le « défaitisme révolutionnaire » en cas de conflit ouvert entre 'URSS et l'impérialisme (4). ENCORE SUR LA METHODE Aux staliniens et réformistes de tous poils, Révolution rappelle que la prise du pouvoir par le prolétariat ouvre une période de transition dominée par la dictature du prolétariat qui ne se confond pas avec le socialisme. Cela est bien. Mais il serait mieux de s'y tenir. Car cela interdit d'une part de procéder par comparaison entre ce qui est et ce qui devrait étre pour caractériser la nature de l'URSS. D'autre part, parce que le niveau politique étant dominant il est impossible de construire une théorie de la transition en dehors de son cours historique.
Or il est révélateur que nos nouveaux polémistes, premièrement isolent dans un chapitre « la Dictature du
Prolétariat et la Transition au Socialisme » de « la Dictature du prolétariat en URSS » traitée dans un second chapitre ; deuxièmement séparent en deux sections « le niveau politique » et le « niveau économique » dans leur pseudo-théorie abstraite de la Transition. Les dangers que recèle toute tentative de constituer la transition en soi, et d'en faire la théorie abstraitement, écla tent dans le ler chapitre. Contre les staliniens, Révolution rappelle l'impératif de démocratie ouvrière dans l'Etat ouvrier. Mais il n'est pas possible d'en déduire les critères permettant de caractériser un Etat comme cherchent à le faire les auteurs : « Un Etat qui s'efforce de fusionner au maximum avec les masses exploitées ellesmêmes. Telle est la caractéristique fondamentale de l'Etat de la dictature du prolétariat » (5). D'une part, cele n'est vrai, comme le rappelait Lénine à l'Opposition ouvrière de 1921 que si les masses exploitées sont à méme de prendre l'Etat en charge, ce qui n'est pas nécessairement le cas après une guerre civile de trente mois ! (6). D'autre part, cela introduit une confusion entre l'Etat Ouvrier et la démocratie ouvrière. Or les deux ne se confondent qu'historiquement. Conjoncturellement, dans un Etat ouvrier où la classe ouvrière est faible et les tendances petites bourgeoises fortes, la démocratie ouvrière n'est que formelle. Se transformant en démocratie pour la petite bourgeoisie, elle ne peut qu'affaiblir l'Etat ouvrier, et de ce fait, la direction du prolétariat (7). Aussi Lénine s'est-il battu au sein du PCB(R) de 1921 à fin 1922 pour l'interdiction du droit de tendance et du pluripartisme, après s'étre battu en 1920 pour le droit à nommer d'en haut les directions, et à remettre en cause le principe de la collégialité. En aucun cas cela ne peut être théorisé comme le faisait obligemmant Ch Bettelheim : • Les mots d'ordre mis en avant par Lénine, comme par Marx et Engels, quant à la structure de l'appareil d'Etat, étaient, on le sait, l'éligibilité et la révocabilité à tout moment de l'ensemble des fonctionnaires et la rétribution de ceux-ci à un taux non supérieur aux salaires ouvriers. Ces mots d'ordre sont parfaitement conciliables avec les exigences d'une période d'insurrection et ils sont même nécessaires pendant une telle période. Mais il ne semble pas qu'ils puissent constituer les bases d'un programme conforme aux exigences de la construction du socialisme. Celle-ci exige, au contraire, une certaine stabilité du pouvoir et la possibilité, pour celui-ci d'imposer aux couches les moins « privilégiées » le respect des privilèges des couches supérieures, ce qui n'est pas toujours conciliable avec l'élection directe de ceux dont la fonction est justement de faire respecter ces privilèges » (8). Il est d'ailleurs remarquable qu'après la prise du pouvoir Lénine n'ait jamais essayé de définir ce qu'est l'Etat ouvrier. Les concepts employés et forgés par Lénine à partir d'octobre 1917 sont tous réductibles à une certaine situation politique (9) et ne peuvent être abstraitement utilisés. Il en est ainsi de la bureaucratie qui selon Lénine est, à ce moment, un héritage du tsarisme (poids et mentalité des fonctionnaires, des spécialistes ralliés tardivement à la Révolution etc...). On ne peut donc en inférer que ce concept ne peut pas caracté-
WiLyres riser une période et se permettre de brocarder les trotskystes. Cette démarche adoptée par Révolution (10) est absurde car, d'une part cela est une définition du concept léniniste, et d'autre part le concept trotskyste de bureaucratie n'est pas celui que Lénine avait forgé en 1920. A cette époque Lénine cherche à cerner certains disfonctionnements dans l'appareil d'Etat, alors que Trotsky et la IVe Internationale cherchent à saisir l'Etat lui-même. Aussi Lénine rappelle-t-il que « seule la pratique définira les méthodes de lutte » (11). Ce qui exclut toute théorie abs traite de la Transition : « Dans une œuvre aussi prodigieuse, nous n'aurions jamais pu prétendre, et aucun socialiste raisonnable traitant des perspectives d'avenir n'a même jamais imaginé que nous puissions, suivant on ne sait quel plan pré-établi, concevoir d'emblée et établir d'un seul coup de baguette les formes d'organisation de la nouvelle société » (12). Il est vrai que du point de vue léniniste, Révolution ne peut étre considéré comme un groupe « socialiste raisonnable » ce qui lui permet d'élaborer les théories les plus abstraites et par là les plus fausses !
L'ECONOMIE
DE TRANSITION Jusque là les erreurs méthodologiques de Révolution peuvent sembler peu importantes, et les critiques faites byzantines. Aprés tout de jeunes révolutionnaires proclament leur souci de démocratie ouvrière, d'autant plus qu'ils sont échaudés par le stalinisme. Certes, cela serait vrai s'il s'agissait d'un manifeste sur « le socialisme que nous voulons ». Mais il ne s'agit pas de cela, et la démo- s'agit pas de cela, et la demoun faux débat cratie ouvrière, considérée non comme une revendication concrète, mais comme un critère abstrait, implique certains développements théoriques. Ayant séparé les niveaux politique et économique qu'ils étudient abstraitement, les auteurs passent du premier au second. Ce qui est correct dés lors que le niveau politique détermine le niveau économique dans la société de transition. Or la seule preuve de cela est apportée par Lénine (13) en ce qui concerne l'Etat ouvrier et dans ce cas seulement. Il est curieux que Révolution applique cette règle de méthode à un Etat dit bourgeois! Mais laissons là cette cocasserie révélatrice de l'opportunisme politique et du rafistolage théorique auquel il conduit. Effectuant le passage à partir du niveau politique caractérisé par la démocratie ouvrière, les auteurs précisent : « Le problème est le suivant : la domination des rapports de production socialistes signifie la domination par les producteurs eux-mêmes du procès de production, tant du procès social de production (...), que du procès de travail, des rapports qui s'y établissent entre les divers moyens de travail et les producteurs» (14). La liaison est claire et le procédé lumineux : il s'agit de montrer que dans une société où les travailleurs ne dominent pas eux-mêmes le procès de production il ne peut y avoir domination des rapports de production socialistes. Ce qui est le cas de l'URSS !
Mais le problème est plus complexe. Comme l'a toujours rappelé Lénine, tant que le socialisme n'est pas instauré à l'échelle mondiale, les travailleurs ne peuvent dominer le procès de production qu'en tant que classe donc qu'en tant que classe donc par l'intermédiaire de l'Etat nar l'intermédiaire de l'Etat ouvrier. Il n'en reste pas moins que la République, peut d'ores et déjà être socialiste car « nous nous sommes engagés dans cette voie » en prenant des mesures « qui ruinent la domination des capitalistes » (15). Cette compréhension qu'a Lénine de la Transition implique deux corollaires indissociables. D'une part, ce que rappelle Révolution (16), que l'économie socialiste ne soit pas constituée par la prise du pouvoir. D'autre part, ce qu'ignore Révolution, que les germes du socialisme soient déjà dégagés : « Cette période transitoire ne peut manquer d'être une forme de lutte entre l'agonie du capitalisme et la naissance du communisme ou, en d'autres termes, entre le capitalisme vaincu mais non anéanti, et le communisme déjà né mais encore très faible (17). Et de préciser : « Sur ce fond général et avec l'appui du pouvoir d'Etat prolétarien, les germes du communisme ne s'étioleront pas; ils grandiront et s'épanouiront pour devenir le communisme intégral » (18). Il est donc faux d'affirmer que pendant la transition les rapports de production n'ont pas d'existence si ce n'est par l'Etat ouvrier. Les germes du socialisme sont déjà contenus dans le mode de production capitaliste déclinant où les forces productives sont socialisées au profit de la bourgeoisie, y compris par son Etat. La prise du pouvoir, permettant à l'Etat ouvrier de socialiser les forces productives au profit du prolétariat, impulse un développement indéfini car non contradictoire. La socialisation n'est pas dans l'appropriation du procès de travail par les travailleurs, mais dans l'organisation sociale du développement des forepe nroductives. Etant enforces productives. Etant entendu que cette organisation permet et suppose, à partir d'un certain stade de développement des forces productives, l'appropriation des forces de travail par les travailleurs eux-mêmes. Que la bureaucratie en l'interdisant freine le développement des forces productives c'est ce que l'histoire de l'URSS nous apprend depuis 1925-26. Mais cela ne permet pas de caractériser le mode de production. Que la bureaucratie « dispose du pouvoir d'utili-. ser les moyens de production, au niveau du procès de travail, du procès social de production, d'en exclure la classe ouvrière et de disposer du produit du travail » (19) ne permet pas de conclure : « Cette classe se base donc sur un système de rapports de production qui la constitue en classe exploiteuse (20). Si l'on parle de classe et d'exploitation au sens marxiste quels sont ces rapports de production qui font de la bureaucratie une « classe exploiteuse » ? La domination des moyens de travail par la bu -reaucratie n'apporte pas d'élément. D'une part elle ne peut étre que si la valeur n'est plus mise en valeur individuellement, donc si le capital est brisé conformément à ce qu'affirmait Engels (21). D'autre part le rapport de propriété dépend du mode de production et non l'inverse (22). Il ne va de méme du mode d'appropriation du produit qui d'une part dépend généralement du mode de production (23) et qui d'autre part, dans le cas précis de la transition dépend de la quantité à répartir (24). De là à affirmer que cette « classe exploiteuse » n'est autre qu'une bourgeoisie d'Etat il y a un abime que
Vivres Révolution franchit aussi allégrement que Ch. Bettelheim (25), et pour la même raison que dénonçait Trotsky (26): appeler de nouveaux phénomènes par de vieux mots afin d'être rassuré en se croyant en terrain connu. Ces auteurs incapables de démontrer l'exploitation en URSS, préférent jouer à l'autruche et invoquer la restauration du capitalisme en ignorant tout ce qui différencie les pays de l'Est des sociétés capitalistes. Révolution épilogue sur le caractère étatique de cette bourgeoisie en partant du fait qu'elle s'est constituée à partir de l'appareil d'Etat (27). Mais ces astuces ne permettent pas de démontrer l'essentiel: que cette « classe » est une bourgeoisie. Là encore, si nous respectons la terminologie marxiste, il fautdémontrerque cette classe s'insère dans le rapport de production spécifique qu'est le capital. Ce qui implique, sans se confondre avec, la propriété privé des biens et moyens de production. Ce qui caractérise le capital c'est aussi que la force de travail est une marchandise. Alors la valeur peut être mise en valeur par l'accumulation individuellement décidée. Ce qui implique l'anarchie capitaliste d'où procède la surraccumulation, la concurrence et les crises. Parler de restauration du capitalisme sans se prononcer sur ses propriétés inhérentes c'est croire à un capitalisme organisé centralement d'où le plan excluerait la concurrence. C'est reprendre la thèse d'Hilferding d'un capitalisme sans crise. Et celà alors même que le capitalisme est entré dans sa période de déclin irréversible ! De plus un minimum de sérieux théorique exige qu'on 62 un faux débat ne se contente pas d'analogies non probantes entre les conditions de vie dans les pays de l'Est et dans les sociétés capitalistes. Les injustices dans la répartition des produits et les mesures antiouvrières ne « prouvent » pas le caractère capitaliste ou bourgeois de la société. La seule preuve empirique susceptible d'être apportée est l'existence d'un marché du travail ou les travailleurs, en tant que classe, vendent leur force à sa valeur. Or les lois de l'emploi dans les pays de l'Est ressortent du plan et non du marché. C'est-à-dire que les travailleurs sont affectés à un emploi sans pouvoir entrer en concurrence entre eux et avec leurs employeurs. Ce qui s'exprime par l'interdiction du travail à domicile pour les ouvriers d'usine. Paradoxalement, ce que ne comprennent pas les ultragauches, les mesures antiouvrières en URSS indiquent que les travailleurs ne vendent pas leur force de travail. Il en résulte que l'appropriation des produits en URSS n'est pas du ressort de l'exploitation mais du parasitisme. Ce qui n'améliore pas la situation des travailleurs mais pose autrement le problème des tâches des révolutionnaires !
LES VRAIS PROBLEMES Arrivé là on peut enfin poser les vrais problèmes. Le drame est que les camarades de Révolution ayant accumulé les poncifs pour justifier les pétitions de principe ne peuvent plus suivre la discussion sans se saborder politiquement. Ils se situent de deux façons : contre la IVème Internationale qu'ils ont quittée, pour Ch. Bettelheim en qui ils trouvent, à quelques détails près, la justification apologétique de leurs erreurs. Aussi brocardent-ils la première falsifiant ses textes pour mieux s'y opposer, et s'allient-ils avec le second quitte à ignorer ses dernières prises de positions pour ne pas avoir à réfléchir sur la logique qui l'y a conduit. Tout celà ne donne pas une ligne politique très claire. Selon Révolution « on mesure la myopie politique de ceux qui, tels les « théoriciens de la IVème Internationale, affirment que, puisqu'il n'y a pas eu de contre-révolution violente en URSS, les rapports sociaux issus d'Octobre y demeurent inchangés » ! (28). Mauvaise foi ou incompréhension des auteurs ? les deux à la fois, car le Sème congrès mondial de la IVème Internationale affirme : « La dictature bonapartiste de la bureaucratie soviétique est donc le produit d'une contre révolution politique; il faudra une révolution politique pour la renverser. Mais l'Etat soviétique est le produit de la révolution sociale d'octobre dont il continue à défendre, fût-ce de façon particulière et souvent inadéquate, les conquêtes économiques et sociales. Il ne pourrait être renversé que par une contre-révolution sociale, rétablissant füt-ce par étapes, le régne du capital et la propriété privée des moyens de production » (29). Que la contre révolution politique ait eu lieu, et violemment, est certain. Celà n'implique pas la contre révolution sociale. Certains, dont Révolution, pourrait nier cette distinction fondamentale du point de vue des luttes de classes sans laquelle il est impossible de comprendre Thermidor, le coup d'Etat de Louis Bonaparte (30), etc... Ce faisant ils remettraient en cause un acquis fondamental du marxisme, et aujourd'hui essentiel pour comprendre la nature de l'URSS. Si la contre révolution politique ne permet pas de démontrer la contre révolution sociale, celle-ci doit être démontrée. Plutôt que d'affirmer qu'elle a eu lieu, Révolution préfère soutenir qu'elle est en cours (31). Une telle nuance a l'avantage de réduire les charges de la preuve, et d'utiliser à cette fin les réformes économiques en cours dans les pays de l'Est. Cette réforme vise à améliorer la gestion bureaucratique en attachant les directeurs d'usine à la bureaucratie centrale. On ne peut croire que les mesures prises par le centre, qui détient le pouvoir de répression, permettent aux directeurs d'usine de conquérir leur autonomie. Même si ces derniers le désirait, la bureaucratie centrale qui tient le pouvoir d'Etat ne pourrait les laisser faire sans que cela remette en cause son pouvoir sur l'économie. Un tel masochisme ne peut être imaginé que par les auteurs du texte de Révolution. Dès lors le processus de restauration économique du capitalisme et de contre révolution sociale ne peut lui-même être établi. On reste dans la contradiction qui constitue la bureaucratie entre la bourgeoisie et le prolétariat, et on ne peut s'attendre à ce qu'elle utilise son pouvoir pour en remettre en cause les racines. Quitte à étre taxés de myopie et d'aveuglement (32) nous ne pouvons qu'affirmer le caractère ouvrier bien que bureaucratiquement dégénérée de l'URSS et des pays de l'Est. Une telle analyse n'a pas les mérites du simplisme, mais permet de fixer nos tâches
Vivres dans ces pays. De ce point de vue l'analyse de Révolution est gratuite. Leur analyse ne serait pertinente que si, par delà l'argumentation générale, ils proposaient des tâches nouvelles qui lui correspondent. Or force est de constater, qu'à ce niveau, ils se contentent de répéter, de façon schématique, les mots d'ordre traditionnels du courant trotskyste (33). Celà n'est pas un hasard, leur discours irréel ne leur permet pas d'articuler une pratique conséquente à la réalité sociale et économique des pays de l'Est. De cette inadéquation résulte le statut politique de Révolution. A l'égard de Ch Bettelheim, nos pourfendeurs d'idées se montrent étrangement conciliants. S'ils lui reprochent ses ambiguités à l'égard du stalinisme, ils insistent sur l'apport théorique qu'il a fait aux marxistes révolutionnaires. Ils y sont d'autant plus obligés •que Calcul Economique et Formes de la Propriété est la source implicite des références théoriques de Révolution en ce qui concerne les pays de l'Est. « Qu'on parle de restauration du capitalisme classique déjà achevé, et non de tendance à sa reconstitution rapide comme nous le défendons pour notre part, c'est là une divergence qui semble de portée politique mineure » (34). Voilà, car Ch Bettelheim a le mérite de la logique et sa position théorique, largement reprise par Révolution, conduit à des positions politiques qui sont étrangères à ce groupe. Pour Révolution la prise du pouvoir en octobe 1917 en Russie instaure la dictature du prolétariat (35). C'est donc une révolution socialiste prolétarienne. Or Ch Bettelheim en doute. D'une
«révolution & contre-révolution en URSS » part, « il me semble qu'il faut préciser qu'il peut y avoir encore (....) des révolutions qui ne sont pas de « vrais révolutions » (car elles n'aboutissent finalement qu'à reproduire l'ancien mode de production sous des formes nouvelles) (36) ». D'autre part, « je ne crois pas, en effet, que les rapports de production capitalistes aient jamais été « abolis » en URSS. Non seulement, ils ont continué à étre présents, c'est-à-dire à se reproduire dans le secteur privé capitaliste, mais, aussi, dans le secteur d'Etat (37) ». Peu importe que Ch Bettelheim appelle « dictature du prolétariat » le régime instauré par la Révolution d'Octobre en URSS (38), celle-ci n'est pas une révolution socialiste prolétarienne ce qui est l'essentiel. Ce qu'il appelle dictature du prolétariat est secondaire. Derrière l'apparence des mots se cachent de profondes divergences entre Ch Bettelheim et Révolution. Ce qui remet en cause les quelques éléments démonstratifs que Révolution emprunte à son mentor es théorie. En effet, Bettelheim ne peut démontrer la restauration du capitalisme en URSS qu'en faisant de l'entreprise la marice des rapports de produc ion (39). C'est là que s'arti culent toutes ses reflexions sur la valeur, la propriété, la possession, le plan, etc... qu'on ne peut reprendre indépendamment de la problématique dans laquelle ils sont définis. La preuve en est deux problèmes cruciaux. D'une part, le stalinisme que Révolution rejette avec horreur (40), mais que Ch Bettelheim excuse avec candeur : « La raison subjective est que la direction du parti, qui veut toujours « construire le socia lisme », considère que la structure mise en place au cours des années 1928-36 s'identifie tout simplement au socialisme et que modifier cette structure serait entrer dans la voie capitaliste » (41). De son point de vue Bettelheim a raison de ne pas imputer à Staline les conséquences du maintien de l'entreprise ! D'autre part, le caractère du processus révolutionnaire contemporain. Révolution n'a jamais remis en cause la théorie de la révolution permanente. Mais Bettelheim va jusqu'au bout de sa logique. Pour lui « il existe encore des bourgeoisies nationales » (capables de conduire à bien des révolutions démocratiques bourgeoises dont il fournit quelques exemples, péle méle : Guinée, Algérie, Egypte, Cuba) (42). Ces analyses réformistes n'empêchent pas Bettelheim de se livrer à la démagogie verbale pseudo révolutionnaire. Celà lui est nécessaire pour faire croire à Révolution qu'il est révolutionnaire. Mais son attachement à la révolution socialiste ne peut être qu'utopiste, sentimental : « le caractère révolutionnaire de la situation mondiale actuelle, où pour la première fois, l'ensemble des peuples du monde soumis à la domination impérialiste sont entraînés directe. ment dans la voie de leur prolétarisation et passent par les mémes souffrances que les peuples d'Europe Occidentale du 18ème et du 19ème siècle. Le seul moyen pour ces peuples d'échapper à un tel sort est la révolution socialiste » (43). EN GUISE DE CONCLUSION Il est clair qu'il ne suffit pas de s'habiller de lambeaux d'une théorie menchévique comme celle de Bettelheim pour faire avancer la théorie marxiste. Révolution a cru possible d'affirmer et de justifier ses divergences avec la IVème Internationale en utilisant des brides du raisonnement sophistiqué de Bettelheim. Ces éléments n'ont de sens que dans la logique, la problématique générale Bettelheim. Les rejetter c'est accepter le véritable débat sur la nature de l'URSS et des pays de l'Est qui ne porte pas tant sur la caractéristique de la bureaucratie comme classe que sur la contre révolution sociale en URSS et dans les pays de l'Est. Alors seulement parler d'« impérialisme soviétique » prendrait un autre sens que simplement verbeux. Ce n'est qu'aprés s'être prononcé sur ce point qu'il est possible d'envisager le « défaitisme révolutionnaire » à l'égard de pays de la Révolution d'Octobre. Une telle attitude pour n'être pas simplement anti-communiste doit s'appuyer sur la certitude qu'aucun des acquis de la Révolution ne subsiste en URSS et dans les pays de l'Est. Que les travailleurs n'ont plus rien à y défendre. Cette preuve c'est aux camarades de Révolution de l'apporter, et non aux trotskystes. Se dérober à cette tâche c'est renoncer aux tâches concrêtes de la révolution, c'est sombrer dans l'anticommunisme en reprenant, y compris les thèses éculées du manchévisme, par souci juvénile de faire du neuf. Si Révolution n'a que celà à proposer, alors, vraiment, sa place n'est pas dans les luttes mais dans les salons. Et l'Histoire se chargera rapidement de le lui prouver.
W/Tiyres (1) Révolution ! - Révolution et contre révolution en URSS -Maspero, 1972 (2) K. Nair : Ch Bettelheim boulverse la science - Critique de l'Economie politique No 7/8 -(3) L. Trotsky : L'URSS en guerre, in Defense of Marxism. (4) R volution !, op cité, p 5 (5) ibidem, p. 13 (6) Lénine 10éme congrès du PCB(R), 1921 (7) Lénine : 9éme congrès du PCB(R), 1920 (8) Ch Bettelheim : Une mystification: la a révolution dictatoriale », la Revue internationale, juin 1947 (9) JL Dallemagne : Préface. « Le débat méthodologique ». Le débat soviétique sur la nature de l'économie russe de 1920 à 1929. Livres critiques de l'Economie politique, Maspero. (10) Révolution, op cité p 15 (11) Lénine : l'impôt en nature, avril 1921, Oeuvres choisis, T 3. (12) idem. 1er congrès des Soviets de l'économie nationale, mars 1918. Oeuvres choisis, T 2, p 745. (13) Lénine : à nouveau sur les syndicats... Oeuvres choisis T 3, p 535. (14) Révolution, op cités p 22 (15) Lénine : 3ème congrès des Soviets, jan 1918, Oeuvres choisis, T 2, p 560 (16) Révolution, op cités, p 20 (17) Lénine : L'économie et la politique à l'époque de la dictature du prolétariat, Oeuvres choisis, T 3, p 289 (18) idem, « la grande initiative », Oeuvres choisis, T 3, p 239 (19) Révolution, op cités p 46 (20) Ibidem p 46 (21). Engels, Anti Duhring, p 320, Ed. Sociales. (22) Marx, le Capital, T 8, p 175, 64
TPASI hERAU
B-
Ed. Sociales
(23) Marx, Introduction de 1857
(24) Engels, Lettre à C Schmidt, juillet 1850
(25) Dallemagne : Ch Bettelheim ou l'identification des contraires,
Critiques de l'Economie Politique
No 7/8
(26) Trotsky : la Révolution Trahie
(27) Révolution, op cités p 47
(28) Révolution, op cité, p 46
(29) Quatriême Internationale,
Sème Congrès, No spécial, décembre 1957, P 62
(30) Marx: le 18 brumaire de
Louis Bonaparte, Ed Sociales.
La lutte des femmes pour leur libération, parce qu'elle est conditionnée par la prise
(31) Révolution, op cité p 60 en charge collective de la fonction sociale
(32) ibidem, p 61 qu'est la maternité, et ce au moyen de la socialisation des tâches domestiques, cons-
(33) ibidem p 5 titue une mise en cause de l'organisation capitaliste de la production. Cette mise
(34) ibidem p 60 en cause, il est de notre tâche de l'approfondir, de lui donner sa pleine dimension
(35) ibidem p 29 anti-capitaliste.
(36) Ch Bettelheim : Remarques théoriques, Problèmes de planifiavortement cation No 14, p 186, EPHE.
et contraception
(37) ibidem, p 189
(38) ibidem p 190 libres et gratuits
(39) Dallemagne : Bettelheim ou l'identification des contraires, op cité
(40) Révolution, op cité p 60
(41) Bettelheim : Remarques théoriques, op cités p 199
(42) ibidem, p 187
(43)
ibidem, p 183 (souligné par moi)