Les protestations et les manifestations contre la dictature grecque reviennent chaque printemps rappeler l'existence d'un régime dont la tâche principale a été la liquidation de toutes les organisations ouvrières, le cantonnement de leurs militants dans les bagnes d'Egine, de Corfou et dans les îles de la mer Egée. A cette époque de l'année, la mauvaise conscience de la bourgeoisie européennne rejoint le ron-ron des politiciens et des formations politiques grecques qui, depuis cinq ans, promettent le « rétablissement de la démocratie ». Il est vrai que, de 21 avril en 21 avril, les protestations se font plus molles, moins convaincantes. Les dirigeants d'Athènes, eux, ne manquent pas de souligner le dégonflement des exilés du 22 avril et aussi, faut-il. le dire, de présenter au peuple grec l'opposition « démocratique » comme elle est : incapable de trouver une unité autour de son projet politique utopique, de plus en plus divisée même, avec les formations politiques se scindant au fur et à mesure de leurs échecs. Du côté des bourgeoisies d'Europe occidentale, la conviction apparente des premiers jours fait place à la « compréhension ». Petit à petit, ceux qui s'empressaient de condamner les colonels en arrivent à envisager et à entreprendre des discussions avec M. Papadopoulos, voire à lui demander comment il a fait. Pour les révolutionnaires européens et grecs, cette évolution, liée à la situation sur place, n'est pas plus un mauvais coup de la fatalité que la dictature elle-même. C'est en fonction des luttes sociales, des tensions entre les classes et des efforts de la bourgeoisie pour les contenir ou les apaiser qu'ils l'examinent. Mais entreprendre aujourd'hui de tracer un bilan des 5 dernières années, est non seulement la seule façon de montrer par quelle voie doit passer l'organisation des militants de la classe ouvrière en Grèce et par la même occasion le balayage de toutes les illusions réformistes, mais aussi de montrer dans quelle mesure la lutte prolétarienne en Grèce est concrètement liée à celle qui s'amplifie aujourd'hui en Europe occidentale. A travers la profonde unité des intérêts stratégiques de la bourgeoisie et de sa tactique dans une région qui dépasse largement les limites géographiques de notre continent pour s'étendre vers le Moyen-Orient et l'Anatolie.
résultat prévisible le dépassement, non seulement des formations bourgeoises, mais aussi du parti communiste lui-même. Ce n'est un secret pour personne, en effet, que durant les manifestations populaires quasiment ininterrompues qui ont suivi le coup d'Etat royal de juillet 1965 (élimination par le roi du « libéral » Papandréou), l'EDA réformiste avait du mal à tenir ses troupes. Face à ce danger précis de voir sortir dans la rue des masses décidées de plus en plus à remettre en question, les fondements mêmes de leur mécontentement, à savoir la domination du capital: et de ses institutions, la partie la plus consciente de la bourgeoisie a pris l'initiative du coup d'Etat avec l'aide bienveillante des services de l'OTAN. Si l'on s'en tient à l'image des prises de positions des formations politiques au lendemain du 21 avril, on remarque une opposition quasi généralisée au nouveau régime. Des politiciens bourgeois, peu suspects de sympathies envers la gauche, sont emprisonnés et multiplient les déclarations d'hostilité. La capacité des réformistes du PCC de maintenir une fiction d'opposition démocratique généralisée, la fameuse « résistance passive », a été basée sur cette impression mais aussi sur l'inexistence d'une force révolutionnaire organisée au sein des masses, qui aurait pu, en exploitant les sentiments antidictatoriaux incontestables du peuple grec, capitaliser les acquis des luttes précédentes et fournir une issue réelle. On ne répétera jamais assez que l'idéologie dominante est l'idéologie de lá classe dominante. En prenant pour argent comotant les déclarations de politiciens comptant les déclarations de politiciens bourgeois, les réformistes du PCC ont maintenu les masses sous l'emprise de cette idéologie. La logique du réformisme, attelage permanent du mouvement ouvrier au char des politiciens bourgeois « démocrates », s'est encore avérée un lamentable échec. Car les divergences qui se manifestent entre des tendances de la bourgeoisie, ne sont pas déterminées suivant le clivage abstrait : réactionnaire, moins réactionnaire, démocrate. Les forces en présence, à chaque période et à chaque moment historique découlent soit de divergences d'intérêts économiques et le problème qui se pose est quelle tendance va prendre la tête de la classe bourgeoise à travers le triomphe de ses intérêts propres, soit de divergences conjoncturelles qui apparaissent quant à la
OU VA LA DICTATURE ? Le jugement à porter face à un phénomène historique ne dépend pas, en dernière analyse, de l'examen de la volonté immédiate des protagonistes de celui-ci. Les résultats de la politique bourgeoise, ou plus correctement des moyens mis empiriquement en œuvre pour contenir le mouvement ouvrier et assurer l'accumulation du capital, sont saisis par un examen du rapport des forces créé à travers toute une évolution et non pas comme la continuation de celui qui est à l'origine de cette période. Ces remarques sont nécessaires car, incontestablement, la dictature ouvre toute une période de la vie politique. Mais, principa28 lement parce que ce qui caractérise la majorité des forces de la gauche grecque, c'est, pour diverses raisons, le refus ou l'incapacité de saisir les changements opérés dans la société grecque et par conséquent d'agir sur celle-ci. Il est évident, pour tous ceux qui connaissent les années de lutte qui ont précédé le coup d'Etat, que sa fonction immédiate a été l'arrêt par la violence de la montée du mouvement populaire, la destruction par les camps, les tortures, les prisons, de toute organisation pouvant l'exprimer. La répression n'a pas épargné les forces non communistes, s'étendant jusqu'aux groupements royalistes, dans la mesure où toute agitation pouvait servir de prétexte à une mobilisation accrue des masses avec comme d'une dictature d'une défense de la bourgeoisie dans son ensemble face , aux dangers d'un mouvement populaire. Pour comprendre l'histoire des luttes sociales des 10 dernières années en Grèce et pour arriver à saisir l'évolution récente du pouvoir capitaliste, il est nécessaire d'examiner avant tout la puissance économique de la bourgeoisie. Toute cette période n'étant en fait que celle du passage du capitalisme grec d'une marginalité par rapport aux marchés internationaux à une insertion de plus en plus accentuée dans le circuit mondial. La bourgeoisie grecque s'est trouvée au début des années 60 avec un marché intérieur parcellisé, des unités de production petites et éparpillées. Résultat d'un développement d'après-guerre qui s'est fait avec l'aide de hauts tarifs douaniers et du désintérêt des investisseurs étrangers, cette situation était remise en question à partir de cette période par l'afflux croissant de capitaux et de produits étrangers et la reprise des luttes économiques de la classe ouvrière. Les capitalistes internationaux risquaient de s'accaparer le marché grec par l'importation et l'installation sur place, et les faibles possibilités des petites entreprises à satisfaire ces revendications donnaient à ces luttes un terrain de radicalisation. Dès cette époque, les industriels les plus clairvoyants ont compris que la seule solution pour leur survie était une concentration accrue du capital et une association avec le capital étranger. Mais au niveau de la bourgeoisie dans son ensemble, la conjonction de la montée du mécontentement populaire et de la crise structurelle de l'économie a amené une crise politique qui aujourd'hui encore n'est pas entièrement résolue. Toute la période qui précède la dictature est ainsi la manifestation des tentatives répétées de concilier les fractions bourgeoises se dégageant de cette crise, des tentatives de ces fractions (divisées surtout par l'importance à donner au capital indigène dans le développement industriel) non seulement de se présenter comme les garants de la survie économique de la bourgeoisie mais aussi comme ses sauveteurs face aux luttes ouvrières. La période qui lui succède est celle d'un processus d'unification objective des intéréts de l'ensemble de la bourgeoisie, construite sur le démantèlement violent du mouvement ouvrier. Le gouvernement Papadopoulos ne perd pas une occasion de mettre en avant ses réalisations dans le cadre de l'industrialisation et du « progrès » économique. La fédération des industriels grecs réclame sa place dans F'UNICE, organisation élargie a dix, du patronat européen. Nous laissons à ceux qui prévoyaient l'effondrement économique du régime, ou plutôt à ceux qui les ont crus, le soin de polémiquer à ce sujet. Pour nous, le rôle historique de la dictature a été l'accomplissement de ce a progrès ». la réalisation par la coercition, même au sein de la bourgeoisie, de l'industrialisation et aussi de l'unification du capital étranger et grec, l'insertion de la Grèce dans le marché mondial des marchandises et des capitaux. Même si cela fait partir en fumée la « bourgeoisie nationale » tant louée par le PC. C'est ainsi qu'après cinq années de répression, après les échecs répétés des organisations « représentatives » à mobiliser les masses, à offrir des perspectives à l'oppression quotidienne des travailleurs, les dirigeants d'Athènes se sentent assez à l'aise pour entreprendre la manœuvre de la « démocratisation », surtout quand les oppositionnels irréductibles de la veille se montrent prêts à discuter et vont, comme le quotidien « TO VIMA » (ex-centriste et oppositionnel actuel) jusqu'à lancer le débat sur l'application de la constitution de 1968. Ou alors rencontrent le premier ministre lui-même durant ses fameux « contacts » avec les ex-parlemantaires. Il est vrai que l'opération est assez risquée au point qu'on peut sérieusement douter de la réussite d'une telle institutionalisation. Malgré la volonté manifeste et la possibilité d'exploiter l'impasse de la résistance et de canaliser l'opposition populaire vers un débat inoffensif, de limiter pour ainsi dire la répression aux cas isolés de réorganisation des forces révolutionnaires et ouvrières, les tensions sociales sont telles, le musélement de la classe ouvrière à ce point nécessaire pour la bourgeoisie, que l'opération prend le caractère d'une acrobatie dangereuse. Il est vrai aussi que face à la perspective d'entrée dans la CEE, il est absolument nécessaire de faire miroiter devant la classe ouvrière européenne une Grèce « relativement démocratique », le moment étant propice à la diffusion d'illusions parmi les masses en leur offrant un « nouveau réformisme », en essayant de créer un minimum de base sociale au régime actuel.
Mais ce début timide de vie politique offre des possibilités considérables aux militants révolutionnaires. En exploitant les moindres failles du mécanisme, en accentuant ses contradictions, ils peuvent s'insérer très rapidement dans le mouvement et non seulement faire échouer cette masca rade, mais aussi la mettre de côté pour propulser sur la scène politique les problèmes qu'elle essaye de masquer : les revendications économiques et politiques des travailleurs et, à travers la dynamique de ces luttes, la question du pouvoir. Car ce qui, en dernière analyse, détermine la tournure actuelle de la politque du pouvoir, c'est la tentative de contenir des tensions ressenties à chaque niveau de la vie sociale. Loin d'être une victoire pour l'opposition « démocratique », elle est entreprise à cause de son échec et ne réussira que grâce à sa complicité déjà largement acquise. LA CRISE DU P.C.G. Le tournant dans la vie politique grecque auquel nous assistons a été possible après une évolution de la totalité des forces politiques que le PCG a conditionnée et subie. Il est particulièrement important de voir la crise qui le traverse et qui est la plus profonde qui ait frappé ces dernières années un PC européen, pour saisir la vulnérabilité du stalinisme face aux échéances précises que pose la lutte des classes, mais aussi pour préciser les tâches qui incombent aux révolutionnaires pour l'exploiter en faveur de la classe ouvrière. La première scission au sein du PCG a eu lieu en 1968 après l'invasion des forces du Pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie. La présence côte à côte des tensions créées au sein du parti par la défaite de 67 et des divergences sur la question tchèque l'ont fait éclater. Mais les tendances qui se sont séparées à ce moment ne l'ont pas fait en partant uniquement sur ces deux points. Le clivage (les textes de discussion internes publiés peu après le montrent) était déjà opéré non par sur la question grecque, mais quivant une ligne de démarcation commune à la bureaucratie dans son énsemble, s'exprimant sous la forme de problèmes locaux au début et internationaux après août 68. Les divergences au sein du stalinisme, entre néo-staliniens et réformistes nationaux, qui dans tous les PC ont coexisté durant une période, n'ont pas pu vivre côte à côte dans ce cas. Non pas que les uns ou les autres résistance aient eu la possibilité de fournir une explication des problèmes en présence, mais parce qu'il leur était nécessaire, pour garder leur base, de se présenter.comme les redresseurs et les purificateurs du parti. Ainsi, la fraction pro-Moscou a été présentée comme éloignée de la réalité grecque, bureaucratisée, dogmatique, etc.. par la fraction « intérieure'» qui elle-même était traitée de réformiste, liquidatrice du marxisme-léninisme, capitularde face aux bourgeois... L'ampleur du mécontentement de la base est visible à travers les vérités partielles qui sont énoncées. . La continuation, par ailleurs, de la politique du passé a été prouvée par le type d'alliances passées par les deux tendances et par les perspectives offertes vers une démocratie « véritable ». Pourtant, une telle scission, même si fondamentalement rien n'avait changé dans l'orientation stratégique des deux groupes, ne pouvait pas rester sous sa forme initiale Si, au sein du PC pro-Moscou, on trouve tous les bureaucrates vivant dans les Etats ouvriers, qui se garantissent ainsi une base sociale, au sein du PC intérieur se sont trouvés dès le départ des éléments allant de la gauche en rupture avec la bureaucratie, à la droite, en rupture avec la nature ouvrière du parti. C'est dans ce PC (intérieur) que nous devons voir une évolution déterminante, à cause du fait qu'il a été obligé de véhiculer toutes les répercussions de la crise du stalinisme, tandis que de l'autre. côté, les liens avec la bureaucratie de l'ést ont garanti une certaine stabilité politique qui est synonyme de centralisme bureaucratique et de musèlement des forces centrifuges. Une rupture avec les intérêts de la bureaucratie soviétique ne se fait pas impunément pour un parti communiste. Elle ne peut se faire que si ce parti dispose d'une puissance suffisante, d'une insertion considérable dans l'appareil syndical et administratif pour jouer un rôle national et garantir les intérêts de sa bureaucratie à ce niveau. Le PC italien, à cause de sa puissance a pu rompre momentanément avec Moscou. Ce n'est pas un hasard que c'est près de celui-ci que le PCG (int) a puisé son prestige et ses fonds. A travers toute la période qui s'est écoulée depuis la scission, les tendances présentes ont coexisté perpétuant la situation de crise, mais incapables de se singulariser et de poursuivre indépendamment leurs projets politiques. Ceux qui ont entrepris une critique de la stratégie du PC et constitué une gauche au bord de la rupture ont été incapables de théoriser leurs divergences avec la bureaucratie du PC(int), en prenant au sérieux les affirmations de celle-ci sur une « problématique nouvelle » et en confondant sa phraséologie révolutionnaire avec un changement radical de direction. La façon suicidaire et irresponsable avec laquelle le PC (int) a organisé des actions « armées » (voir explosion dans le parking de l'Ambassade Américaine à Athènes qui a coûté la vie aux deux mili30 tants impliqués) montre combien cette phraséologie était sans rapport avec ses intentions réelles. Sa fonction était plutôt, durant une période (après la dictature) qui a vu: le développement de plusieurs groupes se situant à la gauche du PC et se réclamant de la lutte armée, de maintenir dans le parti le grand nombre de militants qui étaient attirés par ce courant. Il est vrai que seule l'existence d'une gauche révolutionnaire non seulement capable d'affirmer la nécessité de la lutte armée mais aussi de l'entreprendre sérieusement et de fournir une critique globale des deux PC, aurait pu décrocher ces camarades de la tutelle de la bureaucratie. Comme nous le verrons plus loin la gauche révolutionnaire a été dans l'impossibilité de constituer un tel pôle. C'est pour celà que tous ces militants radicalisés surtout par las luttes d'avant la dictature, n'ont pas opéré une cassure des forces du PCG qui aurait pu être décisive. Depuis déjà un an, sinon plus, le processus de récupération est terminé, signifiant une victoire de la droite du PC (int). Les conséquences ont été graves pour le travail de construction d'une avant-garde révolutionnaire, mais aussi pour la sauvegarde de la base ouvrière du PC (int) luimême. Car cette tendance alimentée politiquement et « théoriquement » par la confusion totale qui a suivi le coup d'Etat (il est significatif qu'une partie considérable de militants du PC qui se sont refusés à prendre position durant la scission de 68 se sont auto-intitulés « chaos a) et socialement par la base petite-bourgeoise importante du PCG tend de plus en plus à rompre avec toute référence prolétarienne. Pire encore, l'échec renouvelé de la stratégie réformiste prônée depuis 5 ans et qui permet aujourd'hui les tentatives de « légalisation » du régime, pousse toute une série de militants vers une opposition légale qui, premièrement ne peut conduire par ellemême à une lutte effective contre la dictature et deuxiêmement les coupe totalement de la base ouvrière qui malgré toutes les mesures de « libéralisation » sait très bien que l'attitude du pouvoir face à ses organisations reste et restera inchangée. Les récentes déclarations de Théodorakis, malgré le peu de sérieux qui caractérise le personnage, sont en fait (et à ce sujet nous avons des sources plus sérieuses), la consécration de cette nouvelle scission de fait dans les rangs du PC (int). Mais de cette manière la limite est dépassée. La bureaucratie ne peut plus admettre de pareilles positions, pas parce qu'elles sont réformistes mais parce qu'elles la couperaient de sa base de classe. Sans pouvoir obtenir la possibilité de constituer la bureaucratie d'un mouvement ouvrier légal, la direction du PC (int) ne peut admettre ce choix. De l'autre côté, face à l'exacerbation des luttes au niveau international, les PC semblent se ressouder entre eux puisque la gravité des tensions sociales et le développement dans plusieurs pays d'organisations révolutionnaires impliquées directement dans la vie politique, menacent leurs privilèges dans les deux sens. Le soutien de plus en plus ouvert accordé au PCG pro-Moscou par le PC français et le PC belge, la présence au dernier congrès du PC italien de représentants des 2 tendances et d'un émissaire du PCUS chaleureusement applaudi, montrent que la situation crée depuis 1968 devient inacceptable. La réunification du PCG est ainsi à l'ordre du jour. L'opposition légale de la tendance petitebourgeoise dégagée réussira peut-être à rendre plus difficile les projets de pouvoir mais leur donnera une crédibilité supplémentaire s'ils réussissent. Dans ce jeu serré, les tâches des révolutionnaires doivent être précisées à cause de leur ampleur. Comme doit être précisée la situation de la gauche révolutionnaire dans son ensemble. LA GAUCHE REVOLUTIONNAIRE DANS L'IMPASSE Le développement d'avant gardes révolutionnaires au niveau de la planète que l'on observe depuis plusieurs années est le résultat conjoint de la montée des luttes sociales et de la crise du stalinisme. Pour le comprendre et pour saisir sa dynamique, il faut l'examiner comme un processus international où chaque acquis politique théorique et organisationnel se répercute de pays en pays et où le désarroi des bureaucrates face à ce développement, qui touche aussi les Etats ouvriers, lui donnant une perspective anti-bureaucratique évidente, offre des possibilités sans précédent d'une internationalisation non seulement des luttes mais aussi de la critique du stalinisme. Ainsi la réalité nous montre suffisamment combien ce phénomêne fondamental n'est pas le résultat arithmétique de développements partiels mais au contraire comment des acquis partiels sont des facteurs d'accélération pour les terrains de luttes voisins ou mêmes lointains. Il faut, dans le cas grec, renoncer à saisir la présence de la gauche révolutionnaire si l'on refuse de partir de ces constatations. Les mobilisations de 65, aboutissement de toute une période comme nous l'avons déjà expliqué, ont été le berceau de ce courant. Le fait que la cristallisation organisationnelle soit venue après avril 67 est non seulement le fait de l'ampleur de la défaite, de l'ampleur de la prise de conscience de l'échec du PCG mais aussi de la montée des avant-gardes en Europe et de leurs impulseurs : la révolution vietnamienne et les répercussions de la révolution cubaine. La formation de groupes révolutionnaires en rupture avec les formations politiques traditionnelles, sur la base de la constatation de leur échec, s'est exprimée idéologiquement par une acceptation quasi automatique du stade actuel auquel était arrivée internationalement la critique du réformisme dans les pays non impérialistes : le foquisme, la croyance au pouvoir catalysateur d'un petit groupe entamant la lutte armée. Il suffit de lire les textes de ces groupes pour voir combien les théorisations contestables de Debray et ensuite les écrits de Marighela les ont influencés. Les militants en contact avec l'étranger ayant joué un rôle de courroie de transmission extrêmement important. Mais la constitution d'une avant-garde implantée dans les masses, ne fut ce que d'une façon limitée, ayant fait une critique du passé, capable d'intervenir à chaque occasion politiquement, n'était pas nécessairement acquise. Le refus d'une opposition démocratique bourgeoise, la condamnation du PCG ne reposait en fait que sur des constatations empiriques. La globalisation de ces expériences ne pouvait en découler automatiquement, mais nécessitait une connaissance théorique, une expérience politique et avant tout une compréhension de la place de ces constatations dans la continuité du mouvement ouvrier comme dans la réalité internationale. Il est vrai par contre, et cela a été vérifié (Tupamaros, FDPLP...) que la simultanéité d'un développement d'avant-garde spontanéistes et d'un développement d'un mouvement des masses, peut à travers les expériences auxquelles les révolutionnaires sont confrontés, accélérer énormément le dépassement de l'empirisme vulgaire et le rapprochement du marxisme révolutionnaire, assurer l'implantation dans les masses, constituant ainsi une base ouvrière et limitant les pressions de l'idéologie petitebourgeoise sur ces groupes. En Grèce cette coïncidence n'a pas eu lieu. A cause principalement de l'ampleur de la crise des formations politiques, et surtout du PC, qui s'est peut-être manifestée par une multiplication de groupes gauchistes mais qui a profondément démoralisé les masses. Les militants ont été condamnés à puiser dans leur. bagage théorique stalinien ou même centriste (bourgeois) de gauche, isolés des masses, à la merci de l'idéologie dont ils étaient imprégnés pour la plupart, le révolutionnarisme petit bourgeois. C'est ainsi que l'empirisme a conduit au spontanéisme - croyance que sa propre volonté radicale est ressentie au niveau des masses - et que se dessinait le cercle vicieux : l'isolement empêche l'action, l'inaction conduit à l'isolement. Le placement de bombes artisanales ne pouvant pas être sérieusement considéré comme de la lutte armée, exprimant plutôt un isolement parfois tragique.
L'absence d'une organisation marxiste révolutionnaire quelque peu développée a profondément marqué cette évolution, qui est visible même par la régression du niveau théorique des textes spontanéistes. Une telle organisation aurait pu non pas fournir la résolution de tous les problèmes, mais constituer le point de liaison avec la tradition du mouvement ouvrier, en Grèce Au monomont ouvrier en Grèce comme internationalement, historiquement comme théoriquement, non seulement inexploitée mais ignorée par la grande majorité des militants. La faiblesse des marxistes révolutionnaires, littéralement décimés durant la dernière guerre mondiale par la réaction et les staliniens, qui sont responsables de l'élimination de leurs meilleurs cadres, broyés depuis lors par la répression et par la présence d'un PC relativement puissant durant la longue période de recul que sont les années 50, n'a pas pu être dépassée avant la dictature. Après, lancés tout de suite dans le combat ils ont fourni tout compte fait les militants les plus décidés, parmi les seuls à défendre face aux juges de la junte la perspective de la révolution prolétarienne. Mais sans réussir à opérer la jonction organisationelle avec les groupes les plus radicaux durant la période décisive qui a suivi le coup d'Etat. Dans un deuxième temps l'incapacité de la gauche révolutionnaire dans son ensemble, de mobiliser les masses a déterminé ce que nous avons décrit comme la récupération par le PC (int) de sa fraction de gauche. Aujourd'hui l'impasse de ce courant révolutionnaire est évidente et constitue une donnée sérieuse du problème. Confondant la nécessité d'un affrontement violent avec la bourgeoisie, non seulement à long terme mais dès les premiers mouvements des masses, avec la nécessité de la bombe comme seule action en définitive ; confondant tout refus de lutte armée avec un alignement objectif du côté du pouvoir: incapable de comprendre que les changements dans la forme de la répression nous imposent une adaptation de notre tactique ; il se refuse à exploiter les possibilités qui sont offertes par la manœuvre de « démocratisation ». en l'envisageant comme un vaste complot où participe tout le monde, PC inclus, refusant ainsi de saisir comment s'exprime concrètement le rapport des forces entre les classes, étant incapable d'agir sur lui. Il est vrai que ce courant n'est pas homogène et que des différenciations importantes existent. Mais actuellement la question n'est plus de soutenir et de suivre un mouvement ascendant mais d'essayer de sauver les éléments et les groupes les plus avancés d'un mouvement en décomposition. Ceux qui sont arrivés par l'expérience de ces dernières années, à avancer la stratégie de la révolution prolétarienne constituent un acquis considérable, politiquement et organisationnellement. Capables à travers les changements opérés dans la vie politique de quitter la panacée de la bombe et de participer aux luttes qui ne manqueront pas d'éclater.
TACHES DES INTERNATIONA-
LISTES ET INTERNATIONALI-
SATION DES TACHES
La survie du régime de Papadopoulos n'est ni un miracle, ni la preuve de sa popularité.
S'étant imposé à un peuple de plus en plus conscient de sa force, perpétuant les moyens de la réprimer, il ne doit ses cinq années de présence sur la scène politique qu'à l'absence d'expression organisée de cette force. A long terme la confusion que l'on a connue ne continuera pas à profiter aux ex-colonels. Déjà dans les failles que laissent les libertés dérisoires accordées s'insère le mécontentement ouvrier accumulé, la réaction de la jeunesse à l'obscurantisme d'une idéologie faite d'une curieuse mixture d'encens et de sous-produits occidentaux. Accélérer le processus en cours, éviter le cantonnement des aspirations dans le couloir étroit de l'opposition « légale », capitaliser tout ce que la crise du stalinisme a propulsé vers la révolution, c'est ainsi que se définissent les tâches des marxistes-révolutionnaires. Pour dépasser l'émiettement actuel non seulement par la polémique écrite et orale, mais pour favoriser le développement des luttes qui accélérera la clarification politique. Par ailleurs, tandis que la construction de l'Europe du capital influe directement sur l'attitude de la bourgeoisie grecque, tandis que la lutte des révolutionnaires turcs fait trembler la Méditerranée orientale, tandis que l'impérialisme américain s'assure des bases « solides » en Grèce et en Turquie face à la révolution palestinienne et arabe et que l'indépendance formelle de Chypre est mise en question par sa stratégie, il est impossible d'ignorer la dimension directement internationale de lalutte du prolétariat grec. Il est aussi impossible de nier cette dimension au niveau de la lute contre le stalinisme et de la progression théorique et politique de l'ensemble du courant détaché du conservatisme bureaucratique. Les militants marxistes révolutionnaires grecs à cause de leur appartenance à la IVème Internationale sont capables d'assumer dans la mesure de leurs forces les tâches posées à ce stade du processus menant au renversement du capitalisme dans leur pays, conscients du fait que la révolution en Grèce s'inscrit dans un cadre beaucoup plus vaste, que leur travail est un facteur d'accélération des luttes menées en dehors des frontières grecques.