Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › nouvelle série n° 3

Indochine : l'enjeu d'une nouvelle victoire

Camille Paulet · Quatrième Internationale, nouvelle série n° 3 · 15 juillet 1972 · p. 2-11 · 8 765 mots

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28 mars 1972 :

Reprenant une déclaration du GRP, le ministère des Affaires Etrangères de la

République Démocratique du Vietnam adresse un avertissement solennel au gouvernement américain. Si les Etats-Unis continuent de saboter la Conférence de

Paris et se détournent d'une solution négociée du conflit, ils ne manqueront pas d'essuyer de nouvelles défaites cuisantes.

Cette déclaration ne sera pas relevée dans la presse du lendemain. Depuis janvier 72 les l'enjeu

Etats-Unis ont une position dure, ultima tiste à Paris, il n'est pas étonnant que les

Vietnamiens s'en irritent.

30 mars 1972 :

d'une

Les nouvelles de l'offensive des Forces

Armées Populaires de Libération du Vietnam commencent d'arriver. L'offensive annoncée depuis des mois par Saigon et le

Pentagone déferle, sa force surprend les nouvelle troupes de Thieu et les experts militaires américains.

Le Vietnam en lutte, le Vietnam de la

Révolution, celui du GRP au Sud et de la victoire

RDV au Nord, étonne une fois de plus le monde entier.

Comment un peuple en lutte depuis plus de ans trouve-t-il encore l'énergie de telles offensives ? Comment la terre la plus bombardée du monde peut-elle encore déployer tant d'énergie ?

Le précédent du Têt 68

Une génération révolutionnaire a été marquée du sceau de l'offensive du

Tét 1968. Depuis des années le peuple des

Combattants des FAPL attaquant la base de Dau Mau, sur la route numéro 9, province de Quang tri. maquis du Sud Vietnam résistait à l'agres- sion US. Le 29 janvier 1968, ce peuple montait à l'assaut des positions américaines et saigonnaises, attaquant une soixantaine de villes, bourgades, bases militaires. Dans la nuit du 30, les points névralgiques de Saigon étaient harcelés. Les 4, 5, 6, 7 et 8° arrondissements de Saigon étaient libérés, des unités d'auto-défense et des comités d'autogestion populaires y étaient constitués. Le 31 janvier Hué était investie. Pour reprendre la ville, pendant 15 jours entièrement contrôlée par le FNL, les troupes américaines n'allaient pas hésiter a la raser. L'offensive du Têt avait duré un peu plus de 3 semaines. On a depuis épilogué sur les buts et les succès de l'offensive. Le FNL se proposait-il de prendre les villes et de les tenir? Pensait-il faire à Saigon ce qu'il fit à Hué ? Le fait que plusieurs arrondissements de Saigon libérés se soient constitués en zones de pouvoir populaire accrédite cette idée. Mais tout Saigon ne versa pas dans la Révolution : y-a-t-il eu surestimation des possibilités de soulèvement massif de la population dans les villes? Personne n'ignore les propos éculés de la propagande impérialiste : • Lors du Tet 68 les Sud Vietnamiens ont prouvé qu'ils ne voulaient pas du communisme, les villes n'ont pas bougé ». Autrement dit, ceux qui ne combattent pas dans les rangs du FNL sont des anti-communistes notoires. C'est la thèse de la « majorité silencieuse » : on se cherche des partisans comme on peut. Un seul fait suffit à réfuter de telles sornettes : pendant des semaines le FNL a acheminé hommes et matériel dans Saigon-même en vue de l'offensive sans que la nouvelle ne parvienne aux oreilles des policiers de Thieu et des conseillers US. La e couverture » urbaine du FNL était effective, mais pour que le soulèvement total des villes soit possible, encore fallait-il que le démembrement du corps expéditionnaire amé ricain apparaisse crédible. Or, face aux 500.000 Gl's, au formidable système des bases américaines, le FNL n'avait pas 100.000 combattants à aligner. Certes les soulêvements de population lui permettaient de gonfler ses effectifs, mais afin d'équilibrer numériquement la balance des rapports de force, il aurait fallu en 15 jours de combat susciter 9 combattants nouveaux pour un guerillero au départ de l'offensive. Le FNL avait en face de lui 1.250.000 hommes (GI's plus troupes de Thieu) dotés d'une puissance de feu 30 à 40 fois supé rieure à celle du FNL. L'Etat-Major US disposait de plus de 4500 avions et hélicoptères, de 3000 pièces d'artillerie, de plus de 3500 blindés. La victoire du FNL n'était pas de tailler en pièces une telle armada, la victoire du FNL au Têt 68 fut de contraindre cette armada à la défensive, de l'enfermer dans ses bases de départ. Ce but fut atteint, l'effet de surprise jouant, près de 1500 avions et hélicoptères furent détruits. Plus de 50.000 ennemis, déclarent les bilans du FNL dont 10.000 GI's furent mis hors de combat. Il n'y a pas de raison de contester ces chiffres. Sur 1.250.000 hommes la perte de 50,000 n'est pas une catastrophe ; d'autant plus qu'il ne s'agissait pas là forcément des meilleurs combattants. Sur ce point, beaucoup plus significative fut la victoire de la route No 9, lors de l'invasion (entre le 8 février et le 22 mars 1971) du Bas Laos par les divisions d'élite de Thieu massivement appuyées par l'artillerie, par les hélicoptères, les bombardiers et les chasseurs américains. 23.000 fantoches furent mis hors de combat, 730 avions et hélicoptères abattus, 1400 véhicules militaires détruits. « Une des plus grandes batailles de la guerre d'Indochine depuis 1945 › disent les camarades vietnamiens. Ainsi en février 71, l'orgueil de la e vietnamisation », l'élite de l'armée de Thieu connaissait une épreuve décisive. En février 68 il n'était pas ques tion de vietnamisation et le FNL cherchait à rabattre l'assurance des chefs militaires US non de la clique fantoche. Et le FNL parvint à son but. Le Tét 68 entraina un tournant dans la politique américaine, tournant irréversible, mais tournant sur lequel beaucoup de personnes se sont trompées, ou plutôt ont été trompées. Ce n'était pas un tournant vers la paix, vers la désescalade. Johnson quittait la scène. Mais son successeur n'était en rien le liquidateur d'une faillite. Avec Nixon l'impérialisme américain n'a jamais renoncé a préserver ses positions dans le Sud-Est Asiatique. L'escalade à laquelle s'est livré en Mai 72 Nixon (bombardements massifs des villes de la RDV, des digues, minage des ports) escalade devant laquelle Johnson avait reculé n'est pas surprenante : elle est l'aboutissement logique de l'etfort de guerre américain sous Nixon. Une différence cependant, de taille : l'escalade sous Johnson avait pour but de briser la RDV et le FNL. L'escalade sous Nixon a pour but de gagner du temps, chercher une formule de compromis, préserver des positions au lieu de les améliorer. L'escalade sous Nixon, plus grave que sous Johnson est cependant marquée du sceau de la défensive. C'est un point fondamental. Le Tet 68 était la réponse du FNL à la politique de « guerre locale » pratiquée par les Etats-Unis entre 1965 et 1968. L'idée d'une « opération victoire finale » fut en partie fabriquée par l'impérialisme US pour masquer ses propres revers. Mais il n'y a pas de miracle dans de tels affrontements. Et c'eût été croire aux miracles que penser que les forces du FNL en février 68 pouvaient rejeter à la mer les troupes US. On ne répètera jamais assez combien la confrontation FNL-armée US est favorable à la seconde quant à la puissance de feu. Cette remarque est toujours vraie aujourd'hui alors que le FNL dispose d'armes ultramodernes, de chars soviétiques let de l'appui de quelques-unes des meilleures divisions de la RDV). Si moderne et si abondant soit ce matériel, les forces armées populaires sont surpassées en puissance de feu par l'activité aéronavale des USA. La flotte que concentrent les USA aujourd'hui au large des côtes du Vietnam est la plus formidable armada jamais réunie depuis la 2ème guerre mondiale. Un Tème porteavions américain est en voie d'acheminement vers ce front. Plus de 60 navires de guerre, plus de 80.000 hommes quasiment invulnérables. Lé FNL n'a aucune arme de rétorsion contre les B52 ou les croiseurs US, et les armes de la RDV (vedettes lance -torpilles, batteries côtières) ne font pas le poids face à l'armada US. Si les forces populaires disposent de fusées Sol-Air, Solsol, et de quelques SA 7 (lance fusées individuel à l'infra rougel, elles ne disposent pas de fusées sol-mer. Face aux avions dernier cri de la technique US, la RDV aligne des MIG 17 (20 ans d'age) ou des MIG 21 que la chasse US n'a pas de mal à surclasser. Les USA disposent d'un atout aérien maitre: les forces populaires n'ont pas le moyen de le faire tomber: leur effort maximum est de le neutraliser mieux. Cet atout dans les mains des US (étant concédé par la politique de l'URSS) est un élément décisif : il rend illusoire, absurde, l'idée d'une victoire militaire totale des forces révolutionnaires en Indochine, dans les circonstances actuelles. Mais tel n'est pas le but de l'offensive en cours. Le but de cette offensive, pour magistraux que soient les succès militaires des forces révolutionnaires n'est pas tant militaire que politique. Il s'agit d'administrer la démonstration de la faillite de la vietnamisation. Lors du Têt 68 il s'agissait de faire la démonstration de la vitalité des forces révolutionnaires au lendemain des grandes opérations américaines c chercher et détruire » des saisons sèches 65-66 et 66-67. Les opérations caractéristiques de cette période dite de guerre locale engageaient des dizaines de milliers de GI's. Elles avaient pour but de rendre invivables les zones libérées (4/5 du Sud Vietnam début 1965), d'en chasser la population par ratissages, massacres, déportation et ainsi de détruire les bastions de la résistance populaire en isolant les forces régulières du FNL en les encerclant et en les exterminant. Ainsi l'opération e Junction City » (saison séche 66-67) qui avait pour but de nettoyer la région de Tay Ninh (80 km au nord-ouest de Saigon) mobilisait 45.000 GI's, plusieurs centaines d'avions et 800 blindés. A titre comparatif Saigon estime entre 400 et 600 les chars engagés par les forces armées révolutionnaires dans leur offensive en cours. Outre ces troupes US, Junction City mobilisait 175.000 soldats de Thieu, assistés de 40.000 agents dits d'e action civique », c'est-à-dire de cadres de la pacification, chargés de mettre en place une administration pro-saigonnaise sur la ruine du « pouvoir d'auto-gestion populaire = (selon la formulation des camarades vietnamiens). Cette opération échoua ainsi que toutes celles entreprises au cours de cette saison 66-67 : au terme de cette période 1800 avions et hélicoptères avaient été détruits ou endommagés (c'est-à-dire plus

Prise de Camp Caroll, tenu par le 56eme Régiment de la 34meDivision d'Infanterie saigonaise que lors du Tét 68). Cependant l'on aurait tort de croire qu'elles furent sans effet sur les zones libérées. Celles-ci souffrirent durement d'être proclamées e zones de feu à volonté » ou « zones modèles de pacification • par l'Etat Major américanosaigonnais. Aussi malgré les revers essuyés les chefs militaires du Pentagone plastronnaient, forgeant le mythe d'un FNL * complètement écrasé par la puissance militaire américaine ». Le réveil fut brutal. A l'égal du mythe fut le désarroi soulevé aux Etats-Unis par son effondrement. Le mensonge emporta Johnson, le contraint à refuser les 200,000 GI's supplémentaires réclamés par Westmoreland, à suspendre inconditionnellement les bombardements US contre la RDV. a passer la main à une autre équipe gouvernementale, à accepter la négociation avec le FNL à la Conférence de Paris (Mai 68). Les troupes US pouvaient avoir repris Hué, le Tet 68 avait atteint ses objectifs. Walter Lippmann écrivait dans Newsweek le 7.2.68 < La politique de Johnson en Asie est en train de s'effondrer ». Après le Tet 68 il fallait redéfinir la politique de guerre au Vietnam. La tâche en revint à Nixon. Nixon ou la guerre totale Il y a un an personne n'ignorait les antécédents du Nixon de là Maison Blanche. Personne n'ignorait que pendant 8 ans, Nixon comme vice président d'Eisenhower, avait été le véritable dirigeant du parti de l'intervention en Indochine aux côtés de la France d'abord puis en relais de celle-ci, ni qu'il avait avancé l'idée de bombardements atomiques (œufs de Pâques) au moment de 4

Dien Bien Phu. Personne n'ignorait qu'en 1964 Nixon avait soutenu Goldwater qui, faisant campagne pour la guerre à outrance au Vietnam, réclamait les bombardements massifs de la RDV, le minage des ports. Vision de fasciste fou furieux commentait l'Humanité, avis partagé par les forces progressistes. Et même si l'on ne se faisait pas d'illusion sur Johnson, une victoire de Goldwater serait apparue comme un bond dans la barbarie. Johnson a bombardé la RDV. Et Nixon a miné les ports de la RDV. Le programme de Goldwater est intégralement réalisé. Faut-il en conclure qu'un « fasciste fou furieux > va être accueilli à Moscou avec les égards dus à son rang de chef d'Etat 7 Il est significatif de l'impact dissolvant de la politique dite de coexistence pacifique sur le jeune mouvement anti-impérialiste que l'année 1971 en Europe ait été consacrée à l'explication que la guerre durait, que les Etats-Unis continuaient de plus belle leur œuvre de destruction, et qu'il fallait relancer la lutte anti-impérialiste. Il n'y eut guère que la presse des sections de l'internationale en janvier 71 pour faire écho aux paroles d'alarme des camarades vietnamiens. La solitude des révolutionnaires vietnamiens dont parlait Guevara il y a 5 ans pesa douleureusement au cours des années 1968-1971. Il fallut l'invasion du Bas Laos en février 1971 pour que la courbe du mouvement de soutien aux peuples d'Indochine en Europe se relève à nouveau. Mais d'emblée il apparut qu'une organisation aussi nécessaire au développement de ce mouvement que le Front Solidarité Indochine allait a contre-courant des idées reçues non seulement de la majorité de la population, non seulement des organisations traditionnelles du mouvement ouvrier mais aussi de l'extrême-gauche révolutionnaire. Que sa construction se ferait patiemment, difficilement : qu'elle était problématique et qu'elle le resterait pendant des mois. Problématique parce que cette remobilisation impliquait la compréhension éminemment politique qu'il n'y avait pas contradiction entre une politique de guerre totale dans le Sud Est Asiatique et une politique mondiale de coexistence pacitique, pratiquées en même temps par l'administration Nixon. Le caractere composite du FSI au départ ne facilitait pas la dénonciation claire de cette stratégie américaine, le caractère unitaire du FSI ne permettait pas de dire toute la place que le jeu diplomatique occupe dans la stratégie de l'impérialisme. Cela explique les difficultés de la relance anti-impérialiste qui cependant est effective aujourd'hui, non seulement en France mais dans toute l'Europe. Aujourd'hui le voyage à Moscou ne suffit pas à geler le problème indochinois. Bien sür les illusions demeurent sur la proximité d'un réglement du conflit bradant et les intérêts de l'impérialisme et ceux de la révolution en Indochine. Mais la détermination des révolutionnaires vietnamiens est demeurée entière: alors que Nixon cherchait des éléments de pression sur la direction vietnamienne à Pékin, celle-ci préparait l'offensive actuelle avec le concours de l'aide soviétique. Alors que Nixon cherche à Moscou les meilleures conditions de réglement du conflit indochinois, la direction vietnamienne met en échec les bombardements massifs contre la RDV et le minage des ports grâce à une aide renouvelée de la Chine Populaire. La reprise par la Maison Blanche des thèmes de l'agression du Nord, la mobili sation des forces réactionnaires contre e la subversion communiste », les vieilles attitudes de la guerre froide font reconnaître la politique de l'impérialisme pour ce qu'elle n'a jamais cessé d'être. Il n'est pas utile de rappeler ici en détail quelles furent les véritables raisons du « désengagement » US c'est-à-dire du retrait des Gl's du Vietnam. L'enjeu n'était, ni plus ni moins, que sauver l'armée US de la désagrégation. Les bulletins de victoire que le Pentagone affiche aujourd'hui font un contraste significatif avec les rapports datant d'il y a un an sur l'état de l'armée. Valeurs Actuelles (hebdomadaire de la bourgeoisie giscardienne en France) le 3 avril 72 titre : • L'armée américaine est en mutation Dans un an, elle veut être la plus forte armée de métier du monde. La crise morale née au Vietnam se résorbe s. Un aveu. e Le corps expéditionnaire d'Indochine était presque devenu en 1970 un danger social pour les Etats-Unis ». Mais vint Nixon et sa doctrine • Le retrait sans casse [...) du Vietnam n'est pas seulement un modèle d'opération tactique et logistique. Il représente la lère phase du remodelage total de la puissance militaire pour en faire l'outil de cette nouvelle doctrine.En laissant le poids de ce dégagement aux armes moralement non contaminées - marine et aviation - le Pentagone faisait le premier pas vers une armée de métier futuriste, qui est aujourd'hui son objectif proclamé (....]). La fin de la conscription, en vigueur aux EtatsUnis depuis plus de 30 ans, l'avènement définitif de l'armée de métier sont prévus pour 1973...a. Plus d'appelésqui ne font que des guerriers d'occasion mais des volontaires, des professionnels de la tuerie. En payant grassement les recrues, en dotant marine et aviation d'‹ armements fabuleux », l'on forgera une nouvelle armée américaine, « la meilleure de toute l'histoire des Etats-Unis » a proclamé Westmoreland à la mi-avril. Le coût de l'opération pour la seule année 1972 est de 3,1 milliards de dollars pour 1972. D'ores et déjà les résultats sont probants: l'armée américaine séduit à nouveau et jusque sur les campus. ‹ Pour janvier et février 1972 le pourcentage de bacheliers parmi les engagés volontaires dans l'armée américaine a atteint le chiffre de 86 % ». ‹ Armée de métier réduite en nombre mais hautement qualifiée › conclut Valeurs Actuelles. Mais surtout armée süre qui ne se dégonfle pas dans la lutte anti-communiste. Bien sür il y a une part de désirs pris pour des réalités mais les désirs de Valeurs Actuelles épousent entièrement ceux des chefs militaires du Pentagone. En 3 ans de guerre sous Nixon la recherche militaire a fait un effort considérable et a abouti à des résultats • très satisfaisants ». A côté des bombes Vault, les bombes utilisées sous Johnson font figure de pois chiches. Les fléchettes ou les cubes en matières plastiques, aussi meurtriers que leurs homologues d'acier mais non repérables par radiographie sont cause de blessures inguérissables. La liste des armes de génocide est innombrable. C'est sous Nixon que la guerre américaine en Asie est devenue systématiquement une guerre aérienne de destruction des peuples indochinois : le passage des raids dits de • protection › (novembre 70) contre la RDV aux raids massifs quotidiens (décembre 71), les usines, les hôpitaux, les écoles, les digues, arrosées de milliers de tonnes de bombes (avril 72), les bombardements de plus en plus précis, atteignant une efficacité jusqu'à 20 fois supérieure à celle de l'époque Johnson (mai 72), telle est la réalité quotidienne de l'engagement américain en Indochine. Et ce n'est pas seulement le Nord Vietnam mais sur tous les fronts indochinois que les Etats-Unis utilisent « sans limites a leur puissance aérienne. Melvin Laird après Nixon depuis 1970 le rebâche : « Pas de limite à l'utilisation de l'aéro navale ». Effectivement, au cours des 2 derniers mois ils n'ont pas hésité à doubler la puissance de feu US en Indochine : 7 porte-avions, plus de 130 B 52 qui sont utilisés parfois plusieurs fois par jour pour des raids de destruction, soit trois fois plus qu'il y a 4 mois. Le retrait de Gl's a masqué à l'opinion publique dans le monde que la guerre US en Indochine était devenue sous Nixon une guerre totale. Mais la politique de guerre US ne se laisse pas définir par le seul volet de la guerre aéro-navale, d'autant plus praticable que les forces révolutionnaires n'ont pas les moyens d'une riposte adéquate. Le deuxième volet de la Doctrine Nixon -en fait sa partie essentielle -, c'est las vietnamisation de la guerre 3. Nguyen Khac Vien dans e Le néo-colonialisme US au Sud Vietnam › (Etudes Vietnamiennes N° 31) la définit par 4 objectifs : - renforcer suffisamment l'armée fantoche en hommes et matériel pour en faire le corps de bataille principal qui liquiderait la résistance vietnamienne, et l'ossature de l'Etat fantoche - retirer progressivement les forces terrestres américaines - maintenir au Vietnam des forces d'aviation et d'artillerie américaines suffisantes tant que cela sera nécessaire. - intensifier la pacification, c'est-à-dire rendre la vie intenable à la population par des bombardements aériens massifs, des épandages incessants de produits chimiques, pour obliger la population à se regrouper dans les villes contrôlées par les Américains et les fantoches. La guerre aérienne est la condition de cette vietnamisation : sans destruction des zones libérées par le FNL le contrôle de la population sous la férule du régime Thieu ne serait pas possible. Le passage aux défoliants du cinquième du Sud Vietnam, soit la superficie de la Belgique, une surface de la grandeur du Bassin Parisien truffée de cratères de bombes, des milliers de villages détruits, sont le socle sur lequel s'édifie la vietnamisation. La guerre de destruction est la condition de la vietnamisation et non pas une bévue. Point de départ de la vietnamisation la guerre aérienne US s'avère en être le point d'aboutissement. L'édifice de la vietnamisation n'a pas tenu face à l'offensive de printemps des forces révolutionnaires. Pour le sauver de la débâcle les Etats-Unis ont doublé leur engagement aérien, effectué la plus spectaculaire escalade de toute l'histoire de la guerre. Lorsque s'effondre la paravent de la vietnamisation se révèle la nature de l'enga-gement US au Vietnam : celui d'une guerre totale. A cette guerre il n'est qu'une riposte : la mobilisation de toutes les forces anti-impérialistes et la lutte par tous les moyens contre l'énorme appareil économique, politique de guerre américain. Démoralisation des troupes US, dénonciation des firmes multinationales tirant fortune de la guerre de génocide, manifestations de masse, interdiction de parler aux représentants de la politique US, travail quotidien d'information auprès des différentes couches de la population, mise en place d'un réseau de comités regroupant les militants anti-impérialistes dans la dénonciation de l'intervention américaine dans le Sud-Est Asiatique, telle est la tâche urgente, vitale des révolutionnaires aujourd'hui. Dans la lutte révolutionnaire il faut savoir dégager les priorités : la première c'est le soutien à la révolution vietnamienne qui sape l'édifice de l'impérialisme, précipitant la crise de l'ensemble du système capitaliste rompant de façon décisive avec la politique de statu-quo élaborée à Yalta. Tout pour la victoire des peuples d'Indochine. Soutien total jusqu'à la victoire finale. Indestructible : la lutte de tout un peuple en armes La mesure de l'extraordinaire victoire des forces révolutionnaires populaires depuis le 30 mars dernier est confirmée à la lecture d'une presse qu'on ne peut soupçonner de positions partisannes. L'éditorial du Monde du 5 mai 72 déclare : • Voilà encore deux mois, l'armée de Saigon était présentée par Washington comme l'une des premières du monde, et la • vietnamisation › comme une réussite progressant à pas de géant. Le gouvernement sudiste affirmait que seule une infime minorité de la population échappait à son contrôle. Bref, quelque 13 ou 14 millions de tonnes de bombes et de munitions diverses, le traitement aux produits chimiques d'un septième du territoire du Sud, l'afflux de dollars et de matériel militaire, la répression des oppositions légales, avaient finalement eu raison du e communisme » et la thèse des « deux Vietnams » allait enfin se trouver justifiée. Il aura suffi d'une offensive d'un mois pour détruire ces mythes. D'un côté, on ne peut qu'admirer une fois de plus la ténacité des combattants nord-vietnamiens - mais aussi du FNL du Sud - qui, sous le plus grand déluge de bombes de l'histoire, sont parvenus à monter une offensive sans précédent et à bousculer leurs adversaires. De l'autre, la e formidable » armée sudvietnamienne, malgré son million d'hommes, a fini par montrer ses faiblesses : mise à part une résistance méritoire sur quelques points, comme à AnLoc, le gros des troupes et des officiers s'est borné à assister passivement aux bombardements américains sur l'adversaire, quitte à s'enfuir en désordre à l'heure du danger. Analyse fondamentalement juste. Certes sur le million et demi de soldats de Thieu il se trouve des unités d'élite qui se battront jusqu'a l'écrasement : ce sont ces unités qui ne réussissent pas à déserrer l'étau révolutionnaire autour d'An Loc malgré le colossal appui feu aérien américain; ce sont ces unités qui ont été acheminées vers Hué. Marines recrutés parmi les catholiques rapatriés du Nord en 54 par les Français et les Américains, masse de manœuvre anti-communiste des USA depuis 20 ans, disposant d'un équipement ultra-moderne, ces troupes sont estimées par le Pentagone à l'égal des meilleures troupes américaines. Elles sont en première ligne ; lorsqu'elles céderont, le régime de Thieu n'aura plus de 3ème ligne de repli. Mais il ne faut pas vendre la peau des combats à venir ; Thieu dispose encore de ces unités, les Etats-Unis HARE feront tout pour qu'elles tiennent. La victoire sur ces unités serait une nouvelle RTABLE étape dans l'offensive des forces révolution- VISION RECEIVER naires. Etape sans doute en préparation mais qui ne doit pas faire perdre de vue le SU 66A chemin déjà parcouru. Prenant prétexte du ralentissement de l'offensive révolutionnaire ces six derniers jours (17-22 mai). Valeurs Actuelles du 22 mai déclare la guerre à l'e imposture » journalistique (en particulier du Monde) et proclame bien haut ‹ Au moment où Monsieur Nixon s'envole pour Moscou le Sud Vietnam n'a cédé nulle part ». Pour mieux faire passer la bonne nouvelle l'hebdomadaire a dépêché sur place son envoyé spécial, ancien combattant (capitaine para) e notre guerre d'Indochine », Holleindre, qui servit dans les rangs de l'Algérie fran çaise, et figure notoire de la droite fasciste française. Le superbe reporter se promène dans Saigon « tout est calme 3. Or le FNL avait appelé au soulèvement donc le calme « est un plebiscite permanent de Thieu ». Pas un mot de la loi martiale bien évidemment. Pas un mot des arrestations massives de la fin avril qui ont frappé essentiellement les milieux e modérés » d'opposition, notamment les catholiques, pas un mot des étudiants enlevés, torturés, exécutés sans jugement. Tout est calme dans Saigon où les flics de Thieu ont désormais droit de tirer à vue. Merveille de démocratie ! Bien sür l'attitude de Valeurs Actuelles est significative : l'Occident est dos au mur, alors qu'il crève il clame sa bonne santé. Ce qui lui vaudra outre le masque de la mort, celui du grotesque. Valeurs Actuelles du 3 mai 72 n'écrivait-il pas e la situation au Vietnam témoigne du 6

Front de Quang Tri Front succés militaire de la vietnamisation -passé inaperçu du public ». Bien sür au moment où le journal sortait, les nouvelles de l'offensive arrivaient seulement, mais la perle fera date. Comment nier, ce que constate Le Monde, ce fait que l'essentiel (90 %) de l'armée de Thieu s'est refusée au combat. Faut-il rappeler la reddition du 56ème régiment d'infanterie, l'avancée spectaculaire des forces révolutionnaires, l'abandon sans combat de Quang Tri. Nous saurons sans doute un jour si la prise de Quang Tri est intervenue à sa date dans les objectifs des Forces Populaires de Libération. Tout semble indiquer que cette prise n'était pas envisagée si tôt, et que c'est l'ampleur même de la débandade des troupes de Thieu au premier coup de boutoir des FAPL qui a autorisé e dans la foulée » la prise de Quang Tri. Le « Sud Vietnam » de Thieu n'a pas tenu au Sud du 17e parallèle ; or depuis plus d'un an l'Etat Major saigonnais avait pris de nouvelles mesures préventives dans cette région (notamment par la déportation de dizaines de milliers de personnes soupçonnées de nourrir des sympathies à l'égard du FNL). Par ailleurs, depuis 10 ans, les USA ont fait de la route No 9 au Sud du 17e parallèle le verrou de défense du Sud contre le Nord. Le verrou a volé en éclats, le « Sud Vietnam n'a cédé nulle part › ? Däk To, Loc Ninh, Tan Cahn, Hoal An, la province de Quang Ngai presqu'entièrement contrôlée par le FNL, le « Sud Vietnam n'a cédé nulle part » ? Le Delta du Mékong tient dit Holleindre. Faut-il rappeler que depuis un mois les visites des « vitrines » de la pacification dans le Delta ont été suspendues. Qu'au Sud-Est et à l'Ouest de Saigon les routes sont coupées et que des centaines de soulèvements ont jeté bas l'édifice de la pacification dans le Delta? Toute la frontière vietnamo-khmère est tenue fermement de part et d'autre par les forces révolutionnaires. La province de Svay Rieng au Cambodge qui fait avancée dans le Sud Vietnam [zone dite du Bec de Canard) est en voie de totale libération. Les troupes de Lon Nol sont encerclées dans la ville de Svay Rieng. chef lieu de la province du même nom. Au sud du Bec de Canard s'étale la plaine des Jones où le FNL développe ses bases d'appui vers l'Est (région de Saigon), vers l'ouest en conjonction avec le foyer de résistance de la province de Chau Doc, vers le Sud en direction de Can Tho, Bac Lieu, vers la forêt d'U Minh, autre bastion de la guerilla qui en 1970 et 1971 a résisté à des occupations de ratissage qui ont duré plus de dix mois et engagé 20.000 soldats de Thieu. Que les combats autour de Hué diminuent d'intensité, n'est pas un signe de l'essouflement de l'offensive des forces révolutionnaires. Celles-ci au contraire retendent leurs forces, s'apprêtent à nouveau à frapper plus fort et faire sauter les verrous de 2e ligne du régime Thieu. Mais pendant ce temps les soulèvements de population se multiplient, la guerilla s'active, les forces d'auto défense, les troupes régionales remportent cent victoires qui ne sont pas comptabilisées par les agences de presse mais qui minent impitoyablement l'édifice de e vietnamisation » du régime Thieu. Et ces victoires rendent possibles les coups fulgurants des forces régulières de l'Armée Populaire de Libération, Valeurs Actuelles n'a pas fini de se discréditer à nier désespérément les la débandade victoires de la guerre révolutionnaire du peuple vietnamien. Mais il faut de telles positions pour faire perdre de vue le ridi. cule qui devrait accabler les chefs de file de la politique impérialiste. Il est temps de rappeler les déclarations d'il y a six mois de Melvin Laird, Secrétaire d'Etat à la défense, l'un des plus chauds partisans de la « fermeté et dignité nixoniennes ». Le Monde du 10 novembre 1971 écrit « Le chef du Pentagone estime que la capacité de l'armée de Saïgon de se défendre elle-même s'est accrue dans des proportions qu'il n'osait pas envisager lorsqu'a été décidée la politique de « vietnamisation ». • Ils sont forts militairement, a notamment déclaré M. Maird, et ils peuvent contröler la situation à un degré que je ne soupçonnais pas (...). Les communistes pourront poser quelques problèmes limités, mais le Vietnam du Sud pourrait être capable d'y faire face. Les Nord-Vietnamiens ne sont pas capables de mener à bien un effort militaire généralisé ». Depuis le 30 mars 1972 le temps des e quelques problèmes limités » est venu. Et limités sont les problèmes, sur le terrain : du Golfe du Siam à celui du Bac Bo [au Tonkin) ! Dans le temps : l'offensive n'a que six semaines, elle peut durer autant, le double, peut-être plus selon les meilleures précisions des conseillers US! Evidemment il ne s'agit pas d'effort militaire généralisé! Laird et ses accolytes du Pentagone ont oublié une chose : c'est que la disproportion entre les forces des Etats-Unis et celles du FNL était telle, dés le départ, que la seule riposte que le FNL avait était la mobilisation générale de toutes les forces populaires du Sud au Nord et l'approndissement constant de cette mobilifation. A la guerre totale de Nixon répond la guerre révolutionnaire généralisée du peuple vietnamien et des peuples d'Indochine. Et la guerre du peuple a bouleversé tous les plans du Pentagone. A cette époque de l'année Nixon comptait avoir atteint le seuil des e forces résiduelles US » et tenir en main la situation avec ces forces : 50,000 hommes, 50 B 52, 300 chasseurs bombardiers ; il dispose à cette heure de plus de 140.000 hommes avec les 70.000 de la Vile flotte, de 135 B 52 et de 850 chasseurs bombardiers. Et les avions continuent d'être acheminés (notamment les B 52) et de nouvelles bases sont mises en service en Thailande, et la Vile Flotte se gonfle d'un nouveau porte-avions avec son escorte de navires de guerre. Et les bombardements des objectifs économiques, des installations civiles lécoles, hôpitaux, pagodes, églises), des digues, au Nord se généralise. Jamais l'engagement américain n'a été aussi brutal, aussi ouvertement, délibérément, meurtrier. Jamais la guerre n'a été aussi américaine qu'en ce mois de Mai. Est-ce dire que la e vietnamisation fut un mythe » comme le titre l'éditorial du Monde du 5 mai ? L'effondrement de l'édifice néocolonial La e vietnamisation » ne fut pas un mythe mais la réalité de la politique américaine depuis 1968. Il est significatif que malgré le retrait de 420.000 GI's le nombre de soldats au service de l'impérialisme ait crü entre 1969 et 1972, passant de 1,4 a 1.7 millions de soldats. Plus de 700,000 hommes ont donc été embrigadés dans les armées de Thieu en 3 ans. Les Etats-Unis ont doté ces armées de l'équipement le plus moderne, formant des centaines de pilotes d'hélicoptères et de techniciens pour manier les armes dernier cri de la technologie de guerre US. Un exemple de cet empressement des USA est fourni par la livraison des missiles TOW aux divisions saigonnaises. La fine fleur de la caste militaire US encadre, conseille les troupes de Thieu. Il n'était pas possible aux USA de faire plus — une fois que les GI's ne voulajent plus se battre au sol. Il serait erroné de dire que la mise en place de cette armée salgonnaise n'a posé aucun problème aux forces révolutionnaires. De plus l'armée de Thieu fut utilisée abondamment au Cambodge et au Laos. L'apogée de la e vietnamisation » fut la tentative du Pentagone de briser la colonne vertébrale de la lutte révolutionnaire en Indochine : les zones libérées de la région dite des 3 frontières. Ce test de la vietnamisation en février 1971 fut une catastrophe. Le 9 novembre 1971, la veille du discours de Laird que nous avons cité, l'agence Associated Press déclarait : « Les hommes (de Thieu) manquent d'allant, le nombre des déserteurs reste élevé et tend à s'accroitre chaque fois qu'il faut aller au combat. Cette épine dorsale du programme de € vietnamisation » n'est pas en mesure de faire face aux unités régulières de l'adversaire » (cité par Thanh Hong : Une stratégie dans l'impasse. Sud Vietnam en Lutte NO 129 du 3 janvier 1972). Pourquoi r Parce que ces troupes valent ce que valent les moyens par lesquels elles furent recrutées. Ces moyens ce sont l'e urbanisation forcée » et la e conscription a non moins forcée de la population e urbanisée ». On sait ce que ces termes recouvrent : incapables de ratisser les zones libérées par le FNL, incapables de contrôler la population des campagnes organisée et soulevée par le FNL les stratèges US ont décidé de vider les campagnes de leur population. L'épandage des produits chimiques, la destruction des cultures, de la flore et de la faune, les bombardements massifs, aveugles avaient un but : contraindre le paysan vietnamien à gagner les villes sous contrôle américanosaigonnais. Pendant une époque les USA avaient essayé de regrouper la population à la campagne dans des e camps de laville nouvelle › puis dans les e hameaux straté giques ». L'échec de cette politique les conduit à la politique d'e urbanisation forcée s. Des bourgades de quelques milliers voire quelques centaines de personnes comptèrent bientôt des milliers voire des dizaines de milliers de personnes. Saigon devint une monstrueuse agglomé. ration, décuplant sa population par rapport à ce qu'elle était à l'époque française. Cette ville saturée à 500.000 habitants a vu sa population doubler depuis 1966, passant de 2 à 4 millions d'habitants. Il était habituel de parler de la population vietSur la RN 15, le dépôt de munitions de Lai-Khé est détruit par une roquette des forces révolutionnaires Les fantoches refluent en ordre dispersé. La population fuit les zones bombardées à saturation par les B 52.

F namienne à 90% paysanne. Cette réalité appartient au passé. La moitié de la population du Sud-Vietnam est e urbanisée ». Une seule agglomération, Saigon, regroupe plus du cinquiême de la population du Sud Vietnam: a l'échelle de la France Saigon regrouperait plus de population que Paris aujourd'hui. Da Nang, port de péche et bourgade de quelques milliers d'habitants avant que les Etats-Unis y construisent une de leur plus formidable base afro-navale, compte aujourd'hui 600.000 habitants (sans compter les e réfugiés » fuyant les zones pilonnées par la marine et l'aviation américaine depuis le début de la bataille de Quang Tri). La vietnamisation c'est aussi et d'abord cela : la guerre US au Sud Vietnam a entrainé un bouleversement sociologique sans précédent dans toute l'histoire du Vietnam. C'est ce que des professeurs, universitaires honorables achetés par les équipes gouvernementales de la Maison Blanche, appellent • Révolution urbaine s. Le professeur Samuel Huntington déclarait, soulignant l'objectif politique de la e transformation du paysage social vietnamien » :l's urbanisation a directement frappé le Viet Cong atteint dans sa force même et dans l'attrait qu'il pouvait exercer (...) la révolution urbaine dirigée par les Américains a sapé la révolution rurale du Viet Cong ». Sapé ? Les USA dès 1965 proclamaient bien haut leur but : e la révolution sociale » au Vietnam et affichaient leurs résultats. Gommentant ces résultats Le Chau dans • la révolution paysanne du Sud Vietnam s écrivait : • La nouvelle bourgeoisie d'affaires et les hommes au pouvoir sont les grands bénéficiaires de la révolution sociale américaine, alors que la misère de la grande masse s"aggrave. Les villes regorgent d'enfants qui vivent de mendicité : dans les localités rurales il est impossible d'évaluer le nombre d'enfants abandonnés. A voir cette situation, on désespère de l'espèce humaine (...) traditionnellement, la hiérarchie des métiers respectait un ordre: 1) Lettrés, 2) Agriculteurs, 3) Artisans 4) Commerçants. Aujourd'hui les dollars américains ont bouleversé tout le système social et, à Saigon, on parle avec beaucoup d'humour et d'ironie de la stratification sociale des 4 nouveaux groupes socio-professionnels, à savoir 1) Généraux 2) prostituées 3) Faux bonzes 4) Transporteurs (chauffeurs de taxi, de voitures de location, ou de cyclo poussel a. Le Chau écrivait en 1966 à l'époque où Humphrey, vice président des Etats-Unis se rendait à Saigon pour saluer une e société prospère et décente . Humphrey ne faisait pas d'ironie et plus personne ne fait d'humour sur Salgon aujourd'hui. C'est par centaines de mille que l'on compte les enfants errant dans les rues, les mendiants, les délinquants, les sans abris, les prostituées. On ne meurt pas pour un tel monde. James Doyle, journaliste américain écrivait (Le Globe du 22 février 1966) : = Salgon est une ville riche, les propriétaires de bar, les entraineuses, les changeurs, les trafi- quants du marché noir font fortune pendant qu'il en est temps. C'est une ville pauvre, des centaines de milliers de réfugiés s'entassent dans des huttes de chaume et des cabanes recouvertes de tôle, 2 millions d'être humains entassés ». La différen ciation sociale allait-elle s'accentuer ? En fait la manne déversée par le corps expéditionnaire américain, et à titre d'aide économique par les Etats-Unis et les organismes internationaux, si elle aidait à construire les fortunes colossales des généraux, des patrons de l'import export, des banquiers, des maitres de tripots saigonnais, rejalilit également sur la masse pauvre des villes. Tout le monde s'efforce de peler le Gl écrit Berges, journaliste de l'Express (30 août, 5 sept 1971). « Travail salarié, prostitution, trafic, vol, récupération ont abouti à un enrichissement difficilement chiffrable mais remarquable de la population des villes ». Sur les cahutes fleurissent les antennes de télévision, dans les rues de Saigon un million de mobylettes * Honda » pétaradent. Le corps expéditionnaire américain a la même fonction économique qu'un énorme contingent de touristes présents en permanence écrit Berges. < Vêtements pop, montres, appareils photo, lunettes noires ». Saigon est entrée dans la société de consommation s. Serait-ce le secret de la « vietnamisation », l'amélioration du mode de vie ? Mais cette « prospérité » est factice et précaire. Factice : les Américains sont en train de détruire la base de l'économie du Vietnam : son agriculture. Précaire: une fois l'immense corps expéditionnaire américain retiré : qu'adviendra-t-il de cette économie parasitaire ? Qu'advient-il ? Une crise économique que l'on jugerait catastrophique si elle n'avait été toujours endémique: mais cette fois comment compenser la hausse vertigineuse des prix ? La fin de l'année 1971 a vu la reprise des grèves ouvrières que la répression féroce du régime Thieu a pour un temps jugulée. Mais jusqu'à quand ? La situation n'est pas si brillante que ce régime de Thieu puisse supporter une vague de fond de mécontentement dans les villes. Les experts américains qui ont depuis des mois parfaitement compris ces dangers, ont essayé de trouver des remèdes. Le premier est l'augmentation de l'aide US au gouvernement de Saigon, mais comme l'indiquait Berges, cette aide alimente le secteur public, les investissements nationaux et les comptes en banque suisses de la lie dirigeante du régime Thieu. Elle ne parviendra pas à la masse de la population. Alors 7 Une seule réponse: l'approfondissement de la e révolution sociale américaine ». Il y a longtemps que les experts US de la contre-révolution ont renoncé à l'image du « bolchevik au couteau entre les dents » fomentant la révolution d'un pays à. l'autre. Nixon peut hurler aujourd'hui «là l'agression », la thèse de l'agression n'a plus guère de crédit auprès des spécialistes du Pentagone et de la Maison Blanche. Ceux-ci ont compris que les e facteurs 10 externes s étaient secondaires par rapport aux e facteurs internes » : la situation économique, sociale d'un pays où les Etats-Unis essayent de maintenir leurs positions de force. Jessie Bernard l'un des responsables du projet Camelot de contreinsurrection au Sud Vietnam, projet mis au point par l'organe de recherche de l'Armée de Terre des. USA, déclare : « le problème de l'insurrection est une part intégrale du problème plus général de l'émergence des pays en voie de développement et de leur transition vers la modernisation (...). Dans le passé une insurrection était considérée comme devant être réprimée par des moyens policiers et militaires. Cependant, dans le cadre actuel de la modernisation, l'approche la plus indiquée est d'essayer de détourner le besoin de révolte à l'aide de programmes destinés au développement politique, économique, social et psychologique. Un soutien militaire de ces programmes peut être un facteur de cette construction de la nation » (cité par Pierre Jean Spitz • De la recherche en Science Sociale du développement aux Etats-Unis»station centrale d'Economie et sociologie rurales). L'idée que l'aide économique est e généreuse », contribue au développement des pays e sous-développés » est abondamment propagée. Aussi ne faut-il pas s'étonner de l'éditorial du Monde du 18 avril, qui relevant les « tristes records » de Nixon en matière de bombardements pose la question : • N'y a-t-il pas quelques contradictions entre cette attitude - ces millions et ces millions de tonnes de bombes et d'obus - et les déclarations de Mac Namara sur l'aide nécessaire au tiers monde ? a. En rien. Les voyages que Mac Namara a fait à l'automne 71 à Saigon étaient complémentaires de ceux de l'amiral Moorer chef d'Etat-major inter-armes des Etats-Unis. Ce que Mac Namara s'apprétait à négocier (au nom de la Banque Mondiale et de la politique US) c'était les meilleures conditions d'appui économique au régime de Thieu et de ses compères Lon Nol et Souvana Phouma. A l'initiative de la Banque Mondiale, du Fonds Monétaire International et d'autres organismes de crédit international dans lesquels on retrouve au côte à côte les USA, la France, l'Allemagne, le Japon, l'Australie, des fonds de soutien des monnaies des régimes fantoches ont été constitués. Par ailleurs les Etats-Unis battent le rappel du Capital international pour investir au Sud Vietnam. Il y a quelque ironie dans le ton (mi menaçant, mi suppliant) utilisé il y a un an par les Etats-Unis pour encourager les capitaux japonais à s'intéresser au Sud Vietnam. On sait aussi avec quel enthousiasme Melvin Laird se félicita des pas du Japon en cette direction (le Monde du 14 juillet, Rouge N° 130, 30 octobre 1971). Y-a-t-il la quelque fait faisant mentir la théorie des rivalités inter-impérialistes ? Assurément, ces rivalités ne sont plus les mêmes. La crise du dollar et la façon dont elle a (momentanément) été résolue a révélé que les différentes bourgeoisies avaient une compréhension générale de leurs intéréts face à la Révolution. Cependant si les Etats-Unis font tant d'efforts pour attirer le capital japonais, français, allemand, c'est précisémment parce que le plat n'est pas si alléchant qu'ils le disent. Ou plutot alléchant, le Sud Vietnam l'est, mais les investissements y sont très risqués. La détérioration politique est telle que l'entreprise d'exploitation néo-coloniale US hésite. Dans l'article « les rouages et leviers économiques » du N°31 des Etudes Vietnamiennes, numéro consacré au néo-colonialisme US au Sud Vietnam, Nguyen Xuan Lai remarque que e C'est essentiellement dans les travaux publics que les entrepreneurs américains ont réalisé leurs plus gros bénéfices : construction des voies de communication (routes et ponts) bases navales et aérodromes ». « Sur le plan strictement industriel les Américains n'ont investi de 1958 à 1964 que dans les entreprises mixtes américano-sud vietnamiennes, par « assurance contre les risques politiques », mais surtout le montant de ces investissements, 1 million 889.555 dollars est e infiniment négligeable par rapport, non seulement à quelque dix milliards d'aide US, mais aussi à 18,8 millions de dollars investis pendant cette période par les Français a. « Dans le domaine des investissements privés, le capital américain a du temporairement céder le pas devant le capital français. Celui-ci domine dans les plantations d'hévéas, les industries alimentaires et les produits chimiques et pharmaceutiques ». Par ailleurs, la complaisance des Etats-Unis à l'approche des investissements formosans (filatures, tissages), japonais, ouest-allemands, est significative de ce « manque de confiance » des capitalistes américains confrontés à l'e instabilité politique, la précarité des gouvernements fantoches » et surtout à e la lutte du peuple sud-vietnamien ». Une partie de la presse (le Monde par exemple) s'est étonné au mois d'octobre 1971 du soutien total apporté par Nixon au gouvernement de Thieu. Comment les Etats-Unis pouvaient-ils dépêcher à Saigon après les élections frauduleuses du 3 octobre, Ronald Reagan, gouverneur républicain de Californie porteur d'une lettre de félicitations de Nixon à Thieu ? + Le Vietnam a fait des progrès fantastiques sur la voie de la démocratie » déclarait Reagan, faisant palir les électoralistes du monde entier. L'explication en est simple. Avec l'équipe Ky-Thieu les Etats-Unis en 65 ont décidé de mettre fin à l'instabilité des régimes saigonnais. Ils ont préféré la terreur policière absolue, le vide politique radical, ils ont préféré rejeter vers le FNL des forces d'opposition modérées (boudhistes, catholiques) plutôt que de continuer de courir le risque de l'instabilité politique, préjudiciable à l'entreprise économique néo-coloniale. Nguyen Cao Ky en se désolidarisant de Thieu faisait preuve de myopie politique. Toutes ses avances à l'ambassadeur Bunker restèrent lettre morte car la stabilité politique est une des pierres de touche de la e vietnamisation » de Nixon. Depuis 1968 l'administration Nixon a essayé de renverser la tendance des années 60. Bussiness Week du 25.12.71 rapporte que Ford et American Motors projettent de construire des usines d'assemblage près de Saigon. Decornoy dans Le Monde du 9 février 72 explique pourquoi. Le jeu des divers taux de la piastre, les mesures fiscales prises par le régime de Thieu (sur le conseil de Mac Namara) pour susciter les investissements industriels permettraient aux firmes US de produire des véhicules coûtant beaucoup moins cher que les voitures japonaises importées, tout en permettant des bénéfices considérables (main d'œuvre 8 fois moins coûteuse qu'aux Etats-Unis). Ford à Saigon ? Le rapport annuel de la firme dont Le Monde du 31 mars donne compte rendu parle d'implantation d'entreprises aux Philippines, en Malaisie, de prise de contrôle d'une chaine de montage en Thailande, de l'exploitation à part égale avec une firme locale d'une usine en Corée du Sud mais ne parle pas de Saigon. Ford doublé par Citroën, qui vient d'ouvrir une usine de montage de la « Dalats: ce « véhicule utilitaire à usages multiples, très simple et à bas prix, pour les marchés d'Asie et du Pacifique » selon les termes mêmes que le rapport annuel Ford utilise pour désigner son projet de fabrication pour la zone Pacifique Asie « l'un des plus grands marchés mobiles potentiels du monde » ? Ou bien les capitalistes français ont-ils fait preuve de plus d'aveuglement que leurs congénéres yankees? A lire Valeurs Actuelles qui depuis des mois fait campagne tambour battant pour le régime de Thieu vantant la vietnamisation plus que les généraux du Pentagone la réponse ne fait pas de doute. Cet aveuglement fait contraste avec les positions de Business Week du 25 décembre 71 qui écrit encore : • Les Américains vont continuer à essayer d'investir, mais de petites sommes, n'engageant pas le long terme ; car le retrait des troupes américaines rend probable au moins une grande offensive communiste destinée à renverser le régime du président Thieu. Déjà maintenant, quelque trois cent cinquante soldats gouvernementaux meurent chaque semaine ; ce niveau est celui des pires années de la guerre. Personne ne sait vraiment si l'armée vietnamienne, forte d'un million cent mille hommes, peut réellement combattre seule. Mais si les hommes d'affaires américains hésitent à engager maintenant de grosses sommes, ils pensent que à court terme, ils peuvent grandement bénéficier des récentes réformes économiques décidées par Thieu s. L'offensive en cours n'est pas pour redonner de l'audace au capital yankee. L'enjeu de la vietnamisation c'était aussi cela, soulager l'Etat yankee d'une part de sa. charge d'intervention au Sud Vietnam par l'appel aux capitaux privés. Le mouvement est radicalement remis en cause par la lutte du peuple vietnamien. ‹ Année cruciale » titrait Le Monde du ler janvier 1972 en parlant du Sud Vietnam et de rappeler que l'e aide américaine - directe ou indirecte - s'élève à 700 millions de dollars par an, représentant 70 % des revenus du budget de l'Etatis. Sur ce plan la vietnamisation a échoué. Incapable de donner une base économique au régime de Thieu les USA cherchent en vain la couche sociale qui pourrait appuyer leur politique dans le pays. Larteguy, journaliste de droite bien connu, reflet remarquable de la mentalité putride de l'impérialisme se lamentait de voir les prostituées salgonnaises arborer des insignes pacifistes e comme si la guerre n'était pas leur gagne pain ». II lui reste à comprendre, avec les stratèges US que les 3 peuples d'Indochine, jusque dans la prospérité factice et pourrie des villes, ont fait leur cette parole d'un moine boudhiste lors d'un meeting populaire du FUNK (Le Monde du 27.4.72) « Si vous regrettez la boite de lait, le bout de tissu, ou la couverture que vient à l'occasion vous offrir l'ennemi, cette guerre ne se terminera pas avant longtemps s. La détermination des peuples d'indochine à vaincre l'impérialisme américain et ses valets est en train de gagner les villes d'Indochine. Contre cela l'impérialisme ne peut rien. La guerre totale de Nixon sur le terrain, les bonds nouveaux de l'escalade auxquels nous devons nous attendre ne feront pas plier les peuples d'indochine. Ni la guerre de destruction ni les manœuvres diplomatiques. Nous l'avons dit lors du voyage à Pékin, il n'y aura pas de nouveau Genève. Nous assistons au contraire à un Genève à rebours : le peuple vietnamien dicte aux grandes puissances ses conditions. Ce qui fut vrai lors du voyage à Pékin le sera aussi lors du voyage à Moscou. Une lutte à mort entre les peuples d'Indochine et l'impérialisme est engagée. Toutes les forces révolutionnaires sont lancées dans la lutte sur le terrain, toutes les forces de l'impérialisme US se liguent pour frapper toujours plus cruellement les peuples indochinois. Toutes les forces anti-impérialistes dans le monde doivent étre mobilisées pour se porter aux côtés des peuples d'Indochine contre la guerre impérialiste. Pour les militants de la IVème Internationale, il s'agit plus que jamais de se porter à l'aide de la révolution vietnamienne.

- Levée immédiate du blocus !

- Retrait inconditionnel de toutes les forces US d'Indochine

- Halte aux bombardements !

- Guerre à l'impérialisme yankee !

- Vive la guerre révolutionnaire des trois peuples d'Indochine !

- Front Unique des peuples, des Etats ouvriers, des forces anti-impérialistes contre l'impérialisme US 1 Camille Paulet le 23 Mai 1972 l'enjeu d'une nouvělle victoire 11

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