Documents de la IVe Internationale

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La revue › nouvelle série n° 3

Illich : l'école en procès

Quatrième Internationale, nouvelle série n° 3 · 15 juillet 1972 · p. 61-64 · 3 571 mots

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Les enseignants ont longtemps travaillé avec l'idée qu'ils exerçaient un véritable sacerdoce dans une institu tion fondamentalement progressiste, l'école libératrice, au dessus des classes. Cette idéologie, si elle n'est pas morte, si même elle réapparaft sous un déguisement différent en liaison avec le néo-scientisme contemporain, est cependant profondément ébranlée. Ce qui tend aujourd'hui à l'emporter, c'est le malaise et la crise : le malaise qui atteint les enseignants et les élèves, la crise qui mine l'institution. Les marxistes révolutionnaires ont pour tâche, en ce domaine, de mettre au point une analyse théoriquement fondée de la crise, et d'offrir des perspectives en liaison avec leur stratégie et leurs objectifs fondamentaux. Une question doit être d'abord tranchée: A QUOI SERT AUJOURD'HUI L'ÉCOLE ? La critique radicale s'est exprimée, dans l'article d'Althusser in La Persée No 151, le livre de Baudelot-Establet - L'école capitaliste en France, Maspéro - les articles de Politique Aujourd'hui - septembre71 - les études parues dans les Temps Modernes, le livre d'Ivan Milich - Une société sans école, au Seuil. Une critique de la critique radicale, tendant à définir les positions du Parti Communiste Français sur la crise, est parue dans la Nouvelle Critique - janvier 72. La bourgeoisie est évidemment trés attentive à cette crise et propose ses analyses en essayant d'imposer ses solutions (voir Olivier Giscard d'Estaing - Education et Civilisation, pour une révolution libérale de l'enseignement, Fayard -).

Il est nécessaire pour éviter les amalgames faciles au nom des convergences objectives, de rendre compte des principales prises de position concernant l'école. Et d'abord celle qui se présente comme la plus radicale, et prétend fonder une stratégie : la prise de position d'Ivan Illich. Ivan Illich est un universitaire américain qui a quitté l'enseignement officiel pour se consacrer à = l'éducation liberatrice » à partir du Centre inter-culturel de documentation qu'il a fondé à Chernavaca au Mexique. Le journal • Le Monde › (26 novembre 71) l'a salué en ces termes : • Ivan Illich est un de ces étres d'exception dont la pensée ébranle. C'est un philosophe qui entraine le lecteur dans un processus de libération, voire de subversion ». La revue • L'Education › (No 125, janvier 72) lui a consacré un article et une interview. Pierre Emmanuel conseille aux enseignants de lire avec la plus grande attention, même si cette lecture les irrite, les textes d'Ivan Illich. Ivan Illich avait déjà publié un livre au Seuil : e Libérer l'avenir », où il dénonçait la supercherie des institutions. LE PROCES SANS APPEL DE L'ÉCOLE ? Pour Illich, le plus grand danger qui menace les hommes vient des institutions. Là est la source première de l'esclavage. Les institutions conver. gent pour devenir une seule • bureaucratie y post-industrielle, (quel que soit le système économique et social). Toutes les institutions (l'armée, l'école, la police, la sécu rité sociale, les partis, les syndicats, les églises...) détruisent ce qui est le plus précieux pour l'homme: sa liberte, sa spontaneité, son libre arbitre, son imagination, sa créativité, son désir. Si toutes sont condamnées, la pire, c'est l'école. Elle a acquis une importance telle qu'elle définit ses propres finalités, et les impose à l'ensemble de la société. C'est une bureaucratie qui porte sa propre justification et ne vise qu'a la manipulation des étres humains. La société est l'aboutissement et tend à devenir le reflet de l'école qui est devenue l'agent reproducteur d'une société de consommation. Bref, c'est aujourd'hui l'instance déterminante. C'est l'instance déterminante et c'est la pire institution : elle prépare à accepter toutes les autres. Elle est la source de toutes les illusions et d'abord des illusions sur elle-meme. « Prisonnier de l'idéologie scolaire, l'étre humain renonce à la responsabilité de sa propre croissance er, par cette abdication, l'école le conduit à une sorte de suicide intellectuel ». Selon Illich, les militaires ne tuent aprés tout que les corps. Et l'absurdité de l'institution scolaire est plus effrayante que celle de l'Institution militaire parce qu'elle se manifeste de façon inexorable (tandis qu'il est possible d'éviter le désastre atomique). C'est l'institution la plus coteuse. Selon Illich, l'idéal de la scolarité obligatoire et égalitaire demeure irréalisable, ne serait-ce que sur le plan économique. L'exemple allégué est celui des Etats-Unis. Partout les budgets scolaires s'enflent démesurément, plus vite que le nombre des élèves et le Produit National Brut. La scolarité obligatoire est ainsi une absurdité économique. Et les dépenses profitent d'abord aux riches. Illich donne P exemple du Pérou : plus de la moitié des dépenses d'éducation, publiques et privées profitent directement à un peu moins de 1 % de la jeunesse péruvienne, alors que 50 % de ces jeunes n'obtiennent méme pas au cours de leur vie 20 % des fonds destinés à l'Education. Ainsi, selon Illich, économiquement l'école exploite. L'école accentue la stratification sociale. L'enfant issu d'un milieu déshérité a peu de chances de rivaliser scolairement avec celui qui vit dans un milieu plus aisé. Les pau vres sont toujours dupés lorsqu'ils croient que les enfants doivent bénéficier d'une véritable scolarité. L'école appauvrit les pauvres : aux Etats-Unis, les 12 années d'école transforment les enfants déshérités en adultes invalides. En Amérique du Sud, l'absence d'école transforme les enfants en étres à jamais arriérés (si l'école est le critère du progrès). A la pauvreté originelle s'ajoute le blâme que le laissé pour compte se décerne à lui-même. L'homme qui avance dans ses études accumule avec les certificats qui lui appartiennent de façon inaliénable le droit à des postes d'autant plus élevés qu'il s'élève dans le système scolaire. L'école fixe les structures sociales ; la grande majorité paie pour que l'on enseigne à l'école, la supériorité des élus (ceux qui gravissent les échelons scolaires) procède du mérite. Ainsi, l'école rend solide, crédible et à la limite crée la hiérarchie sociale. L'école n'instruit pas. Le savoir de la plupart des être humains ne leur vient-il pas d'expériences faites en dehors de l'école ? L'école a cessé de poursuivre la quête du savoir. Elle prétend séparer le savoir en matières distinctes (les programmes), à batir avec ses

Miyres blocs préfabriqués et mesurer le résultat par quelque mètre étalon universel. Ainsi l'Ecole assure la vente des ‹ programmes » qui se présentent comme toute autre marchandise. Le e service de vente » est assuré par l'enseignant qui livre le produit fini au consommateur, en l'occurence l'élève. L'école est devenue une véritable industrie qui transforme la matière première, l'enfant, en produit fini pour la société institutionalisée. Elle ne transmet pas de savoir, mais éduque à la compétition, à la hiérarchie, à la consommation. L'école a ainsi une fonction essentiellement idéologique. ‹ Elle est l'agence de publicité qui nous fait croire que nous avons besoin de la société telle qu'elle est ». Il s'agit d'initier le citoyen au mythe de l'efficacité bienveillante des bureaucraties éclairées par le savoir scientifique, au mythe du progrés éternel grace à la transmission du savoir et au développement infini de la science, au mythe de la consommation illimitée. La nouvelle église, l'école, assure la diffusion du nouvel opium du peuple, « de la religion mo piale d'un pe lt riet mon dernisé ». Pour aboutir à de tels résultats, l'école crée l'enfance. S'il n'y avait pas d'age spécifique et définí par la loi, ni de système scolaire obligatoire, « l'enfance › n'aurait plus cours. • La sagesse institutionnelle nous dit que les enfants ont besoin de l'école. Elle nous affirme qu'ils s'y instruisent. Mais cette sagesse, d'où la tenons-nous sinon des écoles ? > L'enfance est une notion apparue au cours de l'histoire. Illich, reprenant certaines idées développées par Philippe Aries dans : l'enfant et la vie familiale sous l'an62

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cien régime : Pion 1960, établit un parallèle entre le développement du capitalisme moderne et l'apparition de l'enfance. L'enfance étant l'age de la découverte, l'age des inventions, il a fallu, pour réprimer ses désirs et les faire se conformer aux exigences industrielles, l'obliger à se tenir tranquille sur les bancs de l'école. Sans oublier qu'i est intéressant pour une société d'adultes qui cherche à se défendre, de maintenir les jeunes dans un état de dépendance économique. L'école coupe l'enfance et la jeunesse du travail, de la vie. C'est un milieu magique et d'un sé rieux mortel. La clé de voûte de l'école, institution damnée, ce sont les enseignants. Comme l'école leur assure la subsistance et les justifie, ils inventent leur mère (Alma Mater) pour lui faire des enfants. Ils tiennent à étre considérés comme les seuls spécialistes düment di plomés de l'éducation. L'école fait du maftre tout à la fois un gardien, un prédicateur, un thérapeute. Comme gar dien de l'institution, il doit guider ses élèves dans le cadre d'un rituel interminable, veiller à l'observance des régles, leur faire subir les différentes épreuves de l'initiation d l'existence. Comme prédicateur ou censeur des mœurs, i est chargé de l'endoctrinement. Comme thérapeute, i se croit autorisé à connaftre et examiner la vie personnelle de chacun. Dans les rapports maltres-élèves, n'est respecte aucune des garanties de la liberté individuelle. Le maître est l'oracle. C'est l'obstacle principal à l'éducation, cerbère gardant les enfers où n'entrent pas les vivants. UN PROCES BOITEUX Sans doute faut-il faire la part du goût du paradoxe qui conduit facilement au sophisme. Il est plus important toutefois de mettre en lumière les choix philosophiques qui guident l'auteur. Ce qu'Illich met en cause, en dernière analyse, c'est la prétention de l'homme contemporain à dominer toujours davantage la nature. Il dénonce vigoureusement ce qu'il appelle l'erreur prométhéenne. « Par la ruse, Prométhée ravit aux dieux leur monopole du feu, ensei gna aux hommes à s'en servir pour forger le feu, devint le dieu des technologues et finit enchainé a. L'humanité s'est égarée en identifiant l'homme à e l'homofaber », l'homme qui fabrique. Le développement des sciences et des techniques conduit à la catastrophe finale. L'ordinateur a remplacé la Pythie. Partout la nature devient gocive, la société inhumaine ; la vie privée est envahie, et la vocation personnelle étouffée. L'homme est devenu le jouet des savants, des ingénieurs, des planificateurs A New-York, un enfant des rues ne touche jamais rien qui n'ait été scientifiquement conçu et vendu à quelqu'un. Les arbres qui existent encore sont ceux que le service des jardins publics a décidé de planter. la ville est ainsi condamnée comme anti-nature. Le désir immodéré de consommer et de produire, l'orgueil humain sont à la base du saccage du milieu physique, de la polarisation sociale, et de la passivité psychologique. Bref, l'homme vit dans la démesure, victime du mythe du progrès. Il succombe à la tentation de consommer des biens trompeurs mis à sa disposition par des institutions qui l'enserrent dans une véritable toile d'araignée. Il importe de retrouver les vraies valeurs : la personne lbre, la vocation, la poésie, l'initiative, le désir, la spontanéité.. • Une nouvelle élite apparait, à laquelle appartiennent des personnes de toute classe, de revenus divers, de croyances différentes. Elle se méfie des mythes de la majorité : des utopies des scientifiques, du diabolisme idéologique et de cette attente du jour où les biens et les services seront enfin distribués de façon égale a...L'objectif est de batir une société où l'acte personnel retrouve une valeur plus grande que la fabrication des choses et la manipulation des êtres. Illich considère que le monde antique avait encore une dimension humaine puisque l'homme considérait encore le monde comme une demeure précaire ; et la vie demeurait pour lui farce et tragédie. De même l'Université médiévale représentait une zone franche où l'on disputait des idées anciennes et où l'on pouvait en découvrir de nouvelles. C'est alors que l'Université était vraiment le lieu de la e quête intellectuelle : et de fièvres de l'esprit pour toute une communauté. Ailleurs Illich reproche à l'imprimerie d'avoir emprisonné la pensée. A maintes occasions, Illich révèle son profond idéalisme qui inspire cette vision réactionnaire de l'histoire de l'humanité. La science devient porteuse du péché originel capitaliste. Il faut marquer le pas, voire revenir en arrière, abandonner la folle prétention de développer encore les techniques, l'industrie. Or c'est bien l'école qui fabrique les chercheurs, les ingénieurs, Jes techniciens et les enseignants... ‹ Inexorablement, dit Illich, nous culti vons, produisons, scolarisons jusqu'à ce que le monde en meure 3. Ces idées - condamnation du

V/Lyres rationalisme, de la science, retour à la nature, au réve -développées en partie aux Etats-Unis, traduisent le désarroi de certaines couches sociales, principalement intellectuelles, devant les contradictions actuelles des sociétés capitalistes les plus développées. La seule originalité d'IIlich est de lier la critique de la science, instrument d'asservissement, de perdition, à celle de l'institution, instrument d'oppression, et de faire jouer les premiers rôles à l'école. II arrive qu'Illich mette en cause le capitalisme, mais sans jamais préciser l'analyse et en ignorant les notions de classe sociale, de lutte de classes, d'Etat (au sens marxiste). Ce qui est en cause pour les marxistes révolutionnaires, c'est la subordination des progrés scientifiques et techniques aux finalités du capitalisme, l'accumulation des profits. On assiste à un phénomène complexe, le progrès scientifique et technique peut étre utilisé comme moyen de renforcer l'exploitation et la répression, comme instrument d'embrigademert idéologique. En même temps, ce progrés contribue à créer les conditions sur lesquelles peut s'édifier un monde nouveau (voir à ce sujet le Manifeste de la Ligue Communiste p. 18...) En ce qui concerne l'analyse du rôle de l'école, trois erreurs principales méritent d'être relevées. (Sans considérer la question des coûts de l'éducation). Illich attribue à l'école le rôle dirigeant dans le fonctionnement de la société. L'école est la grande force ideologique qui préside aux destinées du monde. Ce n'est pas l'école qui est à l'image de la société, c'est la société qui est à l'image de l'école. Cette affirmation centrale lui permet d'afillich: l'école

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2900 firmer qu'il est nécessaire et possible de détruire l'école. Et ainsi d'engager le processus de transformation révolutionnaire de la société. Illich s'en prend aux analyses (qu'il qualifie de néo-marxistes) qui oublieraient que l'école est la principale industrie, l'industrie motrice. Pour lui, l'école a cessé d'étre une simple superstructure. Certes l'analyse mécaniste qui considère l'école - superstructure - comme un simple reflet, échoue à rendre compte des relations compleses qu'elle entretient avec l'ensemble des réalités économiques, sociales, culturelles, idéologiques. Toutefois, si l'école dispose d'une relative autonomie, elle reste subordonnée aux objectifs de la classe dominante. L'école et les maftres d'école ne dirigent pas le monde. Pour Illich, l'école n'a qu'une fonction idéologique. Elle joue exactement le rôle que jouait l'église au moyen-age. L'idéologie transmise par l'école conduit l'humanité à sa perte ; de là il est urgent de détruire l'école. Il est vrai que la fonction idéologique de l'école est souvent sous-estimée. Cependant, les rapports entre science, savoir et idéologie ne sont pas aussi simples. - L'école transmet aussi des connaissances. Illich est victime de l'e illusion éducative ». Si en effet l'école, instrument idéologique, détermine le fonctionne ment de la société, la destruc tion de l'institution et de l'idéologie scolaire ouvre le champ à l'épanouissement d'une idéologie nouvelle qui permettra de façonner une nouvelle société. Ainsi, il est possible de changer radicalement l'éducation. C'est la táche prioritaire, et la seule qui soit réellement révolutionnaire. Illich explique que la monarchie d'ancien régime n'a pu étre vaincue qu'après la mise en cause de l'église. On retrouve là l'idéalisme d'Illich qui nourrit ses e illusions pédagogiques ». Il sera facile de le montrer en analysant les propositions concrétes d'lllich. Si l'analyse d'Illich est mal orientée, elle attire cependant l'attention sur certains as pects de la réalité scolaire souvent masquée. L'analyse marxiste rigoureuse de l'institution scolaire conduit à mettre l'accent sur trois points: - l'école est subordonnee à la classe dominante, soit directement (école patronale). soit par le biais de l'église, soit par le biais de l'Etat. (Les marxistes révolutionnaires ne sont d'ailleurs pas indifférents à la forme que prend cette domination. - l'école, d'une façon générale, est au service de la classe dirigeante, par sa fonction idéologique, par son rôle de la formation de la main -d'œuvre adaptée à la division technique et à la division sociale du travail, par sa contribution à la-reproduction des classes sociales. (L'école toutefois ne fonctionne pas de cette façon sans problèmes, ni sans contribuer à créer des problèmes ). - l'école n'est pas seulement subordonnée; elle n'est pas seulement • au service de s. Elle est profondément adap tée (et adaptable par transformation) au fonctionnement d'ensemble de la société capitaliste, où la transmission du savoir est conçue comme activité séparée. Dans le systeme capitaliste en effet, les relations entre les hommes sont chosifiées. Elles sont medides par l'échange de marchandises et par le travail devenu marchandise. Le savoir lui-même se transforme en marchandise. La remise en cause radicale de l'école capitaliste (et non des sciences et du savoir) est fondée, tout comme est fondée la remise en cause radicale des formes capitalistes d'organisation du travail. La comparaison entre l'école capitaliste et l'entreprise capitaliste est particulièrement é clairante, méme si cette comparaison a de toute évidence ses limites. Les contradictions sont à l'œuvre dans un cas comme dans l'autre. La crise traduit précisément l' approfondissement de ces contradictions. L'objectif n'est ni l'aménagement, ni la destruction mais la transformation révolutionnaire. UN PROCES DANGEREUX Illich ne détruit le mythe de l'école libératrice que pour lui substituer le mythe de l'education libératrice. Il propose de remplacer immédiatement l'école par 4 réseaux du savoir. Un premier service serait chargé de mettre à la disposition du publie les e objectifs éducatifs →, dans les bibliothèques, les laboratoires, les salles d'exposition. Il faudrait aussi ouvrir les usines, les aéroports, les fermes à toutes les personnes désirant les connaitre. Et tous les objets fabriqués par l'industrie devraient étre éducatifs, c'est-à-dire faciles à étudier. C'est l'auto-instruction. Un deuxième service se charge de l'Instruction proprement dite. C'est un systéme d'échange, de connaissance permettant à ceux qui désirent transmettre une cer taine connaissance et à ceux qui désirent recevoir une connaissance spécifique (lire, écrire, taper à la machine, etc...) de se réunir. Celui qui possède un talent sert en quelque sorte de modéle. Illich reconnait que pour un illich: l'école

WTivres grand nombre de techniques et de connaissances largement répandues, la démonstration par un instructeur représente la meilleure façon d'apprendre. Un troisième service faciliterait les rencontres entre • pairs ». Véritable réseau de communications, i enre gistrerait la liste des désirs en matière d'éducation de ceux qui s'adresseraient à lui pour trouver un compagnon de travail ou de recherche. C'est • l'apparlement des égaux ». Le cadre n'est plus celui de l'apprentissage; le regroupement s'opère autour de thèmes posant les problèmes de valeur. Le quatrième service consisterait en un groupe d'éducateurs mis à la disposition des citoyens quí pourraient trouver en eux un maitre temporaire sans risquer de tomber dans les habituels schémas de dépendance. Illich fait l'apologie des rapports entre maitres et disciples. Il cite Aristote qui en parlait comme une sorte d'amitié c où un rapport moral s'établit, sans que des conditions précises soient fixées. Ce sont des dons mutuels que l'on se fait comme entre amis.• Thomas d'Aquin dit de cette sorte d'enseignement qu'il représente un acte d'amour et de miséricorde ». Ces propositions, enoncées non sans tatonnements montrent clairement dans quelle impasse est conduit le visionnaire idéaliste. Certaines propositions sont tout simplement réactionnaires. Illich affirme que l'enfant a découvert dès son plus jeune áge le Jangage sans qu'il lui füt enseigné. Contre-vérité manifeste. Ailleurs, il critique les écoles parce qu'elles ré pugnent à la vieile méthode basée sur la répétition (apprentissage de la table de mul64 en proces tiplication). Il propose le retour aux maitres à penser et reste victime du modéle de l'Université médiévale. Illich développe la conception tout à fait élitaire de l'éducation qui se réduirait à l'échange d'idées. Illich oublie tout simplement que la société est divisée en classes sociales. Des millions d'enfants seraient réduits à découvrir seuls le langage et les connaissances élémentaires tandis que quelques élus s'adonneraient à l'e exercice de la pensées. Qui contrölerait les banques de r connaissances », les machines du service numéro un ? Qui permettrait de transformer les usines en lieux d'éducation ? Wich proposé de confier lap prentissage aux employeurs et Jeur equipe qui formerait l'encadrement. Pour ce faire, il s'appuie sur un des commentaires du programme de Gotha par Marx. Marx considérait que le fait de combiner le bonheur, le travail productif avec l'instruction est un des plus puissants moyens de transformation de la société actuelle. Mais, dans le meme paragraphe, Marx af firme qu'une interdiction générale du travail des enfants est incompatible avec l'existence méme de la grande industrie, ce qui n'est plus vrai. Et surtout, Marx, qui attache une grande importance educative au travail productif, exigeait des garanties de la part des employeurs. Et les propositions d'Illich n'aboutissent pas à la disparition des enseignants (ce qu'on attendrait dans sa logique), mais à la transformation de leur rôle en celui de gardiens de musée et de matériel, ou de moniteurs ballatis au gré de l'offre et de la demande, ou de maitres à penser rémunérés par leurs disciples.

Le réformisme, en particulier quand il se fonde sur une vision idéaliste de la société, est e naturellement • récupéré par la classe dominante. Cependant Illich dénonce certaines tares congénitales de l'Ecole. Il échoue dans sa proposition d'apporter de véritables remèdes à la crise de l'éducation parce qu'il échoue à saisir les racines fondamentales de cette crise.

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