Documents de la IVe Internationale

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La revue › nouvelle série n° 3

Bolivie : vive le combat du peuple le 21 août ! Défaite militaire des masses et défaite politique des réformistes et des spontanéistes

Quatrième Internationale, nouvelle série n° 3 · 15 juillet 1972 · p. 18-20 · 3 396 mots

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Il n'est plus nécessaire de discuter, car c'est admis, que la défaite des masses en août est la conséquence des positions réformistes et du e spontanéisme insurrectionnel = soutenus dans le Assemblée Populaire » et qui remplacèrent la lutte pour le pouvoir par la cogestion dans les usines. Tous se rappellent le report aux sessions de septembre de la discussion et de l'organisation militaire ouvriers-paysans, ceci avec l'idée saugrenue que « la grève générale suffira à renverser le fascisme » et que e l'insurection populaire suffit, qu'il n'est pas besoin de créer l'Armée Populaire », que la e préparation militaire n'est pas à l'ordre du jour », etc... Cette conception fut démentie par les journées d'août, à travers lesquelles se confirment les positions révolutionnaires de la gauche révolutionnaire (E.L.N., P.O.R. - Combate, P.C. M.L.. M.I.R., P.R..N.Les affrontements des 19, 20 et 21 août, nous offrent une nouvelle expérience de la lutte des classes, qui depuis bien longtemps avait dépassé un stade politique pour s'é tendre à un stade militaire. La guerre des déclarations et des communiqués, des bruyantes manifestations sans cesse répétées fit place à la lutte armée et à l'affrontement militaire. Mais, savoir comment eut lieu cet affrontement, en tirer les leçons critiques, est une obligation pour les militants révolutionnaires. Pour cela rien n'est plus utile que de rappeler les moments cruciaux du combat. Avant le coup d'Etat fasciste notre parti se mobilisa dans tout le pays. Nous eúmes une activité: plus intense à La Paz, Santa Cruz, Oruro Minas. Nous ferons ici une synthèse des événements de La Paz, dans d'autres textes nous parlerons des combats qui eurent lieu dans d'autres villes. Dès l'annonce du début du coup d'Etat fasciste, le 19 août, a 22 heures, l'appareil militaire du P.O.R. (Combate) se mobilise. Un commando armé arrive à l'Université pour participer aux préparatifs que fait la F.U.L. à LaPaz. En même temps, commando armé arrivait à la C.O.B. et prenait immédiatement en charge la garde permanente du local.

Le lendemain, notre parti pratique des actions de harcèlements et de contrôle dans les zones proches de l'Université et de la C.O.B., et récupère des armes avec les camarades du P.C.B. M.L., avec lesquels une alliance a été scellée.

Le 21 août, a 12 h 30 environ, un autre commando du P.O.R. (Combate) opère avec des dirigeants de la C.O.B. et des employés du Ministère de l'intérieur le ramassage et la remise des armes. A partir de 13 h notre parti mobilise le peuple pour le conduire vers Miraflores et attaquer la grande caserne. Dans ce but, deux commandos d'étudiants et d'ouvriers, armes à la main, prennent des autobus descendant au passage et ensuite, les conduisent chargés de combattants à la place du Stade. A du Stade h 30, un commando formé de militants de notre parti et un autre formé d'universitaires arrive au parc zoologique dans le but

* extrait de

«Combate » organe du

P.O.R.

section bolivienne de la quatrième

Internationale d'emmener les tracteurs et les machines Ier tr les machines lourdes qui y sont, vers l'Avenue Saavedra et de les utiliser comme blindés pour attaquer la Caserne Générale de Miraflores. Cette opération échoue à cause de l'interception d'une fraction du Régiment Castrillo. A la même heure un commando de notre parti prit position, avec les combattants du P.C.B. (M.L.) qui étaient une vingtaine à cet endroit, en haut du pare zoologique, en face de la colline Laika-Kota. Nous fúmes renforcés par l'arrivée de mineurs et de militants d'autres organisations de gauche et inorganisés. C'est là que commença le combat contre les soldats du régiment Castrillo, qui dura 2 h 30 mn, et se termina par l'abandon par l'armée des positions qu'elle avait sur cette colline. A 15 h est mené victorieusement l'assaut de l'Intendance de guerre par les forces unies des groupes de la gauche révolutionnaire, et même des réformistes après que les mineurs en aient fait sauter la porte avec de la dynamite. A 16 h à peu près apparaissent trois colonnes de l'E.L.N. qui se concentrent au niveau du Stade, renforçant l'attaque contre les militaires fascistes sur les différents fronts de Miraflores. A la même heure, le régiment • Colorados » attaque la grande caserne sous la direction du Major Sanchez. Ceci est un tournant dans la lutte révolutionnaire. La gauche révolutionnaire et les militaires qui se levérent contre leurs chefs-gorilles pour se joindre au peuple scellérent au cours de ces combats une alliance qui devait donner naissance au F.R.A. A 17 h 30, les avant-gardes révolutionnaires qui convergeaient vers la colline LaikaKota, sont durement mitraillées. Au cours de ces actions, après un dur combat, les nids de mitrailleuses du régiment Castrillo anéantirent le commando paysan que dirigeait le camarade Tomas Chambi. Ce camarade était membre du Comité Central de notre parti, Secrétaire à la Défense Armée de la Confédération Indépendante de Travailleurs Paysans et dirigeant de la Fédération Paysanne de la province de Pacajes. Pendant que l'on se battait à Laika-Kota, un petit commando du P.O.R. (Combate) (deux hommes et une femme) pénètre par l'Hopital Général jusqu'aux abords de l'Etat-Major, lançant des charges explosives et détruisant le côté gauche de la muraille contigue à l'entree principale de la grande caserne de Miraflores. Notre parti renforce ensuite la position de ces camarades et demande par radio portative des armes pour accentuer l'attaque, armes promises qui n'arrivèrent jamais.

A la fin de l'après midi, on peut distinguer un front qui s'étend depuis Villa Gualberitno Villaroel, avenue Buch, l'Avenue Saavedra, la colline Laika Kota, le fleuve Choque vapu, jusqu'aux abords de l'Université.

Avaient pris le parti du peuple des officiers carabiniers, des sous-officiers et des troupes de l'Avant Garde militaire du Peuple, des brigades militaires et des militants de

I'E.L.N., du P.O.R. (Combate), du

P.C.B. (M.L.), du P.R.I.N., des groupes universitaires organisés par la C.U.B. et la F.U.L. et l'on y remarquait les dirigeants du M.I.R., des secteurs miniers, paysans, artisans, en bref le peuple entier. Vers 19h, un commando armé de notre parti et de militants d'autres organisations, font prisonniers 12 militaires, soldats et officiers, aux alentours de l'Etat Major, les désarmant et les mettant ensuite en liberté, respectant leurs vies. A 21 h, dans le feu de l'action, se constituent le Commando Tomas Chambi de notre parti, et le Commando Oscar Paz du P.C.B. (M.L.). Les deux commandos coordonnés marchent sur la place Murillo, tandis que le régiment blindé Tarapaca s'apprétait à prendre le Palais du Gouvernement. Les fascistes sont reçus par un feu nourri de carabines et de mitraillettes, le combat s'engage, les fascistes ont de lourdes pertes, et les deux commandos se retirent dans l'ordre sans perte. A 21 h 30, après des combats sanglants, le bastion fasciste de la colline Laika Kota tombe aux mains des révolutionnaires. A 22 h, les commandos Tomas Chambi et Oscar Paz arrivent à la Place Sucre et engagent le combat avec les bandes fascistes qui prétendaient libérer les « Maquis ». Ces mêmes commandos parcourent les quartiers populaires et désarment des groupes du M.N.R. et du F.S.B., qui commençaient à réprimer les dirigeants syndicaux et révolutionnaires. Voilà comment lutta le peuple. Voilà comment se déroulèrnet les actions. Il faut avoir une réflexion critique à leur sujet. Les combats principaux furent l'attaque de la Grande Caserne de Miraflores, sur la colline Laika Kota. Cette lutte illustre d'une part, la haute combativité et l'esprit de sacrifice du peuple bolivien, et d'autre part la compréhension presque nulle de l'événement et la préparation inexistante de la gauche traditionnelle, qui montre n'avoir rien appris des luttes antérieures. A part les commandos organisés du P.O.R. (Combate), de l' E.L.N., du M.I.R. et du P.C.B. (M.L.), du P.R.I.N. qui s'efforcèrent de diriger militairement la lutte, la majorité du peuple combattit contre le fascisme d'une manière désorganisée et même chaotique. A tel point qu'on assista à des disputes violentes et que l'on se battait à coup de poing pour prendre le fusil du camarade tombé ou pour l'arracher des mains de celui qui montrait le moindre signe de peur ou d'hésitation. Derrière chaque camarade, il y en avait dix sans arme, attendant de prendre son fusil quand il tomberait. Il y eu beaucoup de cas de crises d'hystérie ou de pleurs - très bouleversants - de camarades impuissants de participer au combat par manque d'armes. A travers la lutte d'août, il fut clair pour tous que la classe ouvrière ne peut triompher sans une préparation militaire et sans la création d'un véritable organe politico-militaire. Dire que l'armement des travailleurs suffit sans une avant-garde armée disciplinée, créée et surgie dans la lutte pour mener à bien la révolution, c'est oublier les expériences et les leçons de la Bolivie et du monde entier.. Mais en plus c'est se montrer irresponsable, et se faire les instigateurs de la défaite du peuple bolivien. Le fusil aux mains des ouvriers ne suffit pas. La préparation militaire et politique est indispensable et il faut une organisation politico-militaire, qui dirige la lutte. En cette nouvelle époque de luttes révolutionnaires, où l'impérialisme a déchainé toute sa violence et utilisé comme instrument privilégié les militaires et l'armée des gorilles, il est nécessaire de construire l'Armée Révolutionnaire Populaire. Les victimes du 21 août, celles des fusillades qui ont suivi, les torturés et les prisonniers ont payé de leur sang cette leçon. UN PREMIER BILAN : La Bolivie est tombée sous le joug du fascisme parce que les masses manquérent des instruments politiques et militaires pour lutter. Après la défaite populaire du 21 août et la montée au pouvoir du fascisme, toutes les tendances font des bilans et des analyses unilatérales, sectaires qui maquillent la réalité afin de justifier leurs positions politiques et d'éluder leurs responsabilités. Nous pensons qu'il faut faire un bilan critique de toute la période qui précéda le 21 aoüt, qui à notre avis prépare et conditionne la défaite, qu'il faut établir les responsabilités dans chaque secteur, pour ensuite tirer les enseignements qu'impose la montée du fascisme, et tracer enfin les perspectives pour l'avenir. LES CAUSES DU TRIOMPHE FASCISTE Nous devons dire en toute clarté que le coup d'Etat fasciste triompha parce que les masses n'avaient pas les instruments politiques et militaires, indispensables pour affronter l'armée dont le passé historique a amplement démontré le caractère anti-ou,vrier et anti-national, et en laquelle on ne peut avoir confiance. L'intervention de quelques officiers du Régiment Colorados et d'une partie de la troupe sous la direction du Major Sanchez ne change rien à l'affirmation qui précède. Ni la distribution d'armes en dernière minute. La guerre ne s'improvise pas. S'armer trop tard revient à ne pas s'armer du tout. Le seul fusil ne peut pas remplacer l'organisation politico-militaire, qui prépare et dirige la lutte, qui forme les cadres nécessaires, qui entraine à l'art de la guerre et qui forme idéologiquement les combattants révolutionnaires. Dans la lutte du 21 août, 10 000 combattants furent mobilisés dans la zone de Mirafiores, à La Paz, mais ils n'avaient pas de commandement politico-militaire réel, ayant de l'autorité, un commandement centralisé, pour diriger ces masses. Les militaires des partis qui proclamaient la lutte armée et leurs directions ne purent atteindre ce niveau. Ils se battirent héroiquement, donnerent des consignes mais ne purent organiser la masse dans le feu de l'action. Ces partis de la gauche révolutionnaire qui se battirent les armes à la main (P.O.R. - Combate, E.L.N., Prochinois, M.I.R.) firent leur devoir qui était de se battre avec le peuple, dans une guerre de positions étrangère à leurs conceptions de guerre révolutionnaire irrégulière, de guerilla. Nous devons souligner ceci : la défaite de la gauche bolivienne et des masses tire sa source des tendances spontanéistes et réformistes contraires à une stratégie de prise de pouvoir qui ait comme axe la préparation militaire et la construction d'une Armée Populaire, armée autonomme des masses. Ces tendances dominèrent dans la C.O.B. et dans l'Assemblée Populaire car leurs défenseurs en pairent la direction dans la première vague de la montée des masses, alors que la gauche révolutionnaire était encore en prison ou poursuivie. Ces tendances avaient grande confiance dans le régime de Torres et nourrissaient des illusions quant à l'armée qui semblait l'appuyer. Cette vision des choses leur rendait impensable la préparation militaire, l'organisation d'une force armée indépendante. Aujourd'hui, ils se lamentent de ce que Torres les a trompés avec le prétendu appui de l'armée, et Torres se lamente aussi de la trahison de ses amis militaires à l'exception du Major Sanchez, qui avaient offert de le soutenir et de le défendre. Les causes que l'on donne pour expliquer la défaite du 21 août, comme la division de la gauche, le manque d'armes, si elles existaient, furent secondaires. En supposant la gauche unie, pourvue de plus d'armes, la défaite aurait eu lieu quand même. Ce qui est fondamental, c'est la conception politique, la stratégie révolutionnaire qui guident la lutte pour le pouvoir. Avant le coup d'Etat du 21 août, et pendant le coup d'Etat lui-même, cette conception fut spontanée, gradualiste, C'est pour cela que l'on ne prépara pas militairement les masses, qu'on fit obstacle à la création de l'armée populaire. Pour assurer la prochaine victoire, il faut substituer à cette conception génératrice de défaites, la véritable stratégie révolutionnaire de lutte armée contre le pouvoir.

L'ASSEMBLEE POPULAIRE La responsabilité des spontanéistes et réformistes (P.C. Pro-Moscou et Groupe Lora) est déterminante. Leurs conceptions et attitudes opposés à toute discussion sur les problèmes militaires de la Révolution, hostiles à toute organisation militaire indépendante des travailleurs, ouvrirent la porte aux fascistes. L'armée, dominée par les gorilles mercenaires, eut ainsi le chemin facile pour monter au Pouvoir. Ces mêmes conceptions conduisirent l'Armée Populaire à l'échec. Il est certain que l'Assemblée Populaire fut créée sous la pression des secteurs ouvriers et populaires qui firent leur la consigne lancée par notre parti le 12 octobre 70. Les masses mobilisées, en pleine montée révolutionnaire, voulaient concrétiser leur pouvoir vers le socialisme en créant d'un côté le e Parlement ouvrier » et de l'autre en lançant le mot d'ordre « Les armes au peuple ». Le commando politique et la C.O.B. menérent à bien le premier but, lui donnant forme dans l'Assemblée Populaire, et re poussèrent le second. Avec tout le verbalisme et les déclamations qui caractérisent la Gauche Traditionnelle, on idéalisa l'Assemblée Populaire, on l'appela Soviet, Pouvoir Ouvrier. Mais en fait, elle ne fut rien de plus qu'un Comité Directeur de Soviet et non un Soviet même. L'Assemblée était un pouvoir impuissant. Les spontanéo-réformistes construisirent formellement un Soviet type 1917 en Russie, mais ils oublièrent d'y mettre le contenu. Cette attitude de la gauche traditionnelle ouvrit le chemin au triomphe du fascisme. Cette gauche se masquait la réalité derrière un verbalisme gratuit, un goût pour les documents et les thèses, ce qui faisait penser que le problème du pouvoir était résolu. Mais, contradictoirement, sous le langage ultimatiste, il y avait l'idée réformiste de destruction du système capitaliste morceau par morceau sans prendre le pouvoir, l'adaptation à la légalité bourgeoise et la confiance dans le régime de Torres. Cette gauche accepte l'Assemblée Populaire mais empêche l'organisation de la force populaire qui lui aurait donné un pouvoir effectif. Elle parle des Soviets mais elle empêche la force populaire qui lui aurait donné un pouvoir effectif. Elle parle des Soviets mais elle empêche la création du pouvoir des Soviets. Cette gauche devient infantile et utopiste, car en ne s'attelant pas à la tâche de faire surgir les véritables organismes politico-militaires du pouvoir des masses, elle s'illusionne en voulant prendre le pouvoir pour construire le socialisme dans les structures de la bourgeoisie, avec l'armée ou une partie de l'armée, créée par la bourgeoisie pour défendre l'ordre établi. LA GRANDE LUTTE DU 21 AOUT. Mais la lutte n'admet ni erreurs, ni fantaisies. Quand parlent les fusils, ce sont les organisations armées politico-militaires qui ont la parole. La guerre ne s'improvise pas. Pour la faire il faut des organismes qui sachent faire la guerre. Le 21 août, il n'y avait pas de structure politico-militaire, ni d'Armée Populaire et elles n'avaient pu surgir au niveau des masses malgré les efforts de notre parti et des autres partis de la gauche révolutionnaire. En face des tanks, de l'aviation et des troupes bien équipées, la poignée d'officiers et le peu de troupe du Régiment Colorados et les brigades militaires des Partis ne purent faire que bien peu de choses. A l'appel de la C.O.B. se levèrent 10000 combattants, 20 sans commandos dirigeants, et sans armes. Notre parti fut en première ligne et nous payâmes de la vie de nombreux militants notre lutte contre le fascisme. Nous avons combattu aux côtés des militants du P.C.B. M.L., de l'Armée de Libération Nationale (E.L.N.) avec les officiers et les troupes de l'Avant-Garde militaire du peuple, des carabiniers révolutionnaires, à côté des mineurs, des artisans, des paysans enfin nous avons combattu avec les masses.

BILAN ET PERSPECTIVES

La première leçon que nous pouvons tirer des luttes du mois d'août, leçon que le ill peuple n'oubliera pas, c'est que le spontanéisme ne conduit qu'à la défaite. Le Pouvoir Socialiste ne se conquiert qu'à la condition de développer une avant-garde qui mène à bien la stratégie de lutte armée, et pour cela prépare militairement les masses" en créant l'Armée Populaire dont les actions et les combats doivent devenir des maintenant l'axe vers lequel convergent toutes les activités du peuple bolivien. Si l'absence de cette armée populaire fut déterminante pour le triomphe fasciste, la présence de cette armée est aujourd'hui indispensable pour mener à bien la lutte pour le socialisme et pour la libération de la Bolivie. L'effondrement de l'Assemblée Populaire, le triomphe du fascisme, ont ouvert en pratique une période de guerre, déclarée et brutale par moments, larvée et voilée à d'autres moments. Il est certain que les fascistes ont l'initiative en ce moment, mais il est aussi évident que leur situation est précaire, car ils ont les masses contre eux. La défaite du 21 août doit étre située dans son contexte véritable. Les fascistes ont gagné une bataille, mais le niveau politique atteint par les masses boliviennes n'a pas baissé, elles gardent la conscience de la lutte pour le socialisme et de la nécessité de s'armer pour l'atteindre. Le mot d'ordre des masses était « socialisme et fusil.a. Dans la lutte contre le fascisme, pour mener à bien la guerre révolutionnaire, il faut partir de ce niveau de conscience des masses. Les tâches qui nous incombent sont de créer une direction de la gauche révolutionnaire unifiée et l'Armée Populaire. Au cours de la lutte pour le pouvdir, sur ces bases, resurgira l'Assemblée Populaire, comme pouvoir ouvrier effectif, concret et réel. C'est ainsi que seront vaincus les fascistes assassins qui terrorisent aujourd'hui le peuple bolivien.

AUTOCRITIQUE A la différence d'autres tendances qui se lavent les mains, qui, en toute vanité petite-bourgeoise, déclarent qu'elles e n'ont rien à changer ni à critiquer de leur action », noux reconnaissons que nous avons une responsabilité dans la défaite du 21 août. Nous avons notre part de responsabilités avec toute la gauche révolutionnaire. Mais notre erreur ne réside pas dans la conception politique qui fut correcte. C'est en cela que nous nous différen cions des thèses spontanéo-réformistes, qui virent s'effondrer leurs schémas arbitraires, alors que notre conception fut vérifiée par les masses. Nous faisons l'auto-critique de n'avoir pas développé les forces suffisantes pour faire avancer la lutte révolutionnaire avant et après le 21 août. Nous faisons l'autocritique de nous étre laissé prendre dans les discussions byzantines au sujet de l'Assemblée Populaire, au lieu de pousser beaucoup plus loin les mobilisations paysannes armées pour l'occupation des grandes propriétés, pour l'occupation des terres accaparées par les impérialistes, et au lieu de pousser beaucoup plus loin les forces armées ouvrières, paysannes, minières et universitaires. Nous faisons l'autocritique d'avoir retardé les actions armées du parti et des masses, perdant du temps, attendant que les directions de l'Assemblée Populaire et de la C.O.B. se décident à combattre, alors que nous savions qu'on ne pourrait pas vaincre leurs hésitations et leurs idées erronées. Dans ce sens nous sommes responsables. Nous pouvions faire plus que ce que nous avons fait, sans régler notre action sur les décisions des directions qui ne voulaient pas se battre. La gauche révolutionnaire toute entière porte aussi cette responsabilité. Forts de cette autocritique, nous devons préparer l'avenir.

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