La résolution ci-dessous a été adoptée au dernier congrès national de la section indienne de la Quatrième Internationale, qui s'est tenu à Bombay du 30 décembre au 2 janvier.
Entre autres décisions, les délégués ont modifié le nom de l'organisation, de « Socialist
Workers Party of India » (Parti Ouvrier Socialiste d'Inde) en « Communist League » (Ligue
Communiste). Le document utilise la nouvelle dénomination.
L'intervention militaire de la bourgeoisie indienne au Bangladesh visant à arracher la direction du mouvement de libération nationale aux Mukti Bahini et à installer un gouvernement de la Ligue Awami à Dacca, provoqua le conflit militaire avec le régime militaire du Pakistan occidental.
La guerre entre l'Inde et le Pakistan, guerre entre deux Etats bourgeois, possédait des traits réactionnaires spécifiques. Le soutien militaire apporté par le gouvernement indien à la lutte de libération du Bangladesh, s'expliquait par les intérêts de classe de la bourgeoisie : étendre son marché et créer une nouvelle sphère d'investissement.
Une telle intervention fut rendue possible en grande partie par la politique opportuniste des bureaucraties des deux principaux Etats ouvriers, l'Union Soviétique et la Chine, et par la politique opportuniste et chauvine suivie par les partis de gauche traditionnels en Inde.
Alors que la bureaucratie soviétique adoptait une politique d'identification à l'Etat bourgeois indien, après la signature du Traité d'Amitié Indo-Soviétique, la bureaucratie maoiste de Pékin soutenait ouvertement le régime Yahya Khan dans son génocide au Bangladesh. L'une et l'autre bureaucraties négligèrent leproblème fondabureaucraties nónlindront lonroblème fonda. mental du droit du peuple bengalais à disposer de lui-même et à s'affirmer en tant que nation. La bureaucratie chinoise, encore à l'heure actuelle, parle de préserver l'unité et l'intégrité du Pakistan en tant que nation.
Ayant « libéré » le Bangladesh du joug du régime militaire du Pakistan occidental, le gouvernement indien se préoccupe maintenant d'installer la Ligue Awami au pouvoir en excluant les autres forces qui ont participé à la lutte. La Ligue Awami remporta les élections de décembre 1970 dans un but différent et dans des circonstances différentes, avec comme mandat de diriger le Pakistan et d'accorder des concessions mineures aux masses du Bangladesh dans le cadre d'un régime pakistanais féodalo-capitaliste.
Le gouvernement indien est évidemment intéressé à créer au Bangladesh une économie « mixte » sur le modèle indien, et une administration soumise aux intérêts de la bourgeoisie indienne.
La période de résistance qui dura du 25 mars au 3 décembre 1971, a créé une nouvelle situation révolutionaire au Bangladesh.
Les jeunes combattants qui entreprirent l'héroïque lutte armée contre l'armée ouestpakistanaise, ont conquis une influence considérable dans les masses bengalaises, en particulier dans les zones rurales. Dans les campagnes libérées par les Mukti Bahini, un gouvernement parallèle a été formé par la population sur la base de « comités d'ac-
La revendication d'une plus large autonomie dans le cadre d'un Pakistan uni, mise en avant par la direction de la Ligue Awami après son écrasante victoire aux élections de 1970, s'est rapidement transformée en une lutte nationale pour la libération du Bangladesh de la domination ouestpakistanaise. Dès la création du Pakistan en 1947, après la division artificielle du sous-continent sur une base religieuse, le Bengale oriental, pourvu d'abondantes ressources naturelles, fut soumis à une exploitation coloniale de la part de la clique dirigeante du Pakistan occidental. On comprend donc que la junte militaire, voulant à tout prix maintenir sa domination économique sur le Bengale oriental, décida de remplacer l'exploitation économique par le joug militaire. Peu après l'échec des négociations de mars 1971 entre Yahya Kahn et Sheik Mujibur Rahman, dirigeant de la Ligue Awami, qui sortit victorieuse des premières élections faites au Pakistan au suffrage universel, l'armée ouest-pakistanaise entreprit un génocide barbare et sans précédent.
Les dirigeants de la Ligue Awami, qui ne s'étaient pas préparés à une résistance organisée, s'enfuirent du Bengale oriental pour trouver refuge en Inde sous la protection du gouvernement indien. Ils formèrent un gouvernement en exil, qui se limita pratiquement dans ses activités à une dénonciation des atrocités perpétrées par l'armée pakistanaise. Des centaines de milliers de Bengalis innocents furent sauvagement massacrés par l'armée.
La responsabilité de lutter contre cette répression barbare échut à des groupes sporadiques formés de jeunes militants sous la direction des Mukti Bahini. Les masses se regroupèrent rapidement derrière ces groupes. Grâce à la détermination de la jeunesse, la résistance des Mukti Bahini grandit.
Le gouvernement indien hésitait au début à donner des armes efficaces et des facilités d'entraînement aux Mukti Bahini, essayant de garder le contrôle sur ce mouvement.
Pendant ce temps, près de 10 millions de réfugiés avaient fui en Inde pour échapper aux brutalités de l'armée. Mais la résistance des Mukti Bahini grandit au-delà de ce qu'attendait la bourgeoisie indienne, et de vastes zones rurales passèrent sous le contrôle de combattants des Mukti Bahini. Lorsque le gouvernement indien comprit qu'il ne pourrait plus très longtemps contenir ou diriger la lutte de libération selon ses intérêts propres, il se décida à une intervention militaire directe.
Les partis de gauche traditionnels du Bengale occidental, en particulier le PCI (Parti Communiste d'Inde) et le PCI (M) (Parti Communiste d'Inde (Marxiste)) ne mobilisèrent pas les masses du Bengale occidental pour une intervention militante et efficace dans la lutte du peuple bengalais pour sa libération nationale. Ils se contentèrent de faire pression sur le gouvernement indien pour qu'il accroisse son aide et ses livraisons d'armes aux forces combattantes des Mukti Bahini.
tion » élus qui prirent collectivement en charge l'administration des villages.
Les Mukti Bahini qui dirigérent la lutte de libération sont peu disposés à rendre leurs armes, à moins d'être sürs que le gouvernement qui s'établira au Bangladesh, remplira les aspirations populaires.
Les événements qui ont suivi la libération du Bangladesh indiquent que le but principal de la bourgeoisie indienne et de la Ligue Awami est de mettre en place un gouvernement de sauvegarde des intérêts capitalistes.
Tout au long de la lutte et de la répression, les industriels et les propriétaires fonciers sont restés en fuite, abandonnant les usines et la terre aux masses. L'industrie du jute et les autres industries du Bangladesh étaient principalement contrôlées par les capitalistes ouest-pakistanais. Les riches plantations de thé appartenaient en majeure partie à des compagnies britanniques, et la terre aux propriétaires fonciers penjabis.
Les Bengalis ne possédaient aucune industrie ou plantation d'importance, et la fuite des capitalistes et propriétaires fonciers étrangers créa un vide. Les masses qui luttaient contre la répression ouest-pakistanaise, ont maintenant le contrôle de la terre.
C'est là une situation idéale pour transformer le mouvement de libération nationale en une véritable économie socialiste, en confisquant toutes les industries et plantations, en nationalisant tous les moyens de production, y compris la terre, en établissant le contrôle ouvrier sur les industries nationalisées, et en organisant la terre en coopératives paysannes et en fermes collectives.
Mais au lieu de créer une économie socialiste, le gouvernement de la Ligue Awami, sous la bienveillante direction de la bourgeoisie indienne, tente de réintroduire le capitalisme sur le modèle indien d'économie mixte. Tandis que les industries et les plantations tenues auparavant par des étrangers sont nationalisées et placées sous le contrôle de bureaucrates professionnels, les entreprises privées fondées sur le profit pourront aussi se développer. Le capital étranger est également invité à reconstruire l'industrie et l'économie dévastées.
Le problème principal de la Ligue Awami et du gouvernement indien est le désarmement des Mukti Bahini et des autres guerilleros, qui sont devenus la réelle force combattante dans le Bangladesh libéré. La tentative de désarmer ces militants peut créer une situation nouvelle, dans laquelle ceux-ci pourraient offrir une sérieuse résistance à la bourgeoisie indienne et aux maîtres néo-capitalistes du Bangladesh.
L'armée indienne, qui est entrée dans le pays comme une armée de « Libération », pas comme ne arme de Liberation. 22 peut très vite se transformer aux yeux de la population en armée occupante si on l'utilise à réprimer les luttes révolutionnaires et à protéger les intérêts de la bourgeoisie indienne et de la Ligue Awami. Ainsi les masses du Bangladesh et les masses indiennes exploitées, en particulier celles du Bengale occidental auront un ennemi commun : la bourgeoisie indienne.
C'est le moment le plus opportun pour faire que le combat des masses du Bengale occidental et du Bengale oriental soit lié. A mesure que la lutte s'unifiera, les masses exploitées des deux parties du Bengale se rapprocheront de plus en plus.
Les peuples du Bengale oriental et occidental possédent une langue commune, un héritage commun de luttes révolutionnaires, une culture commune, et désormais une tâche commune devant eux.
La division artificielle du peuple bengalais sur une base religieuse n'a pas duré longtemps. La lutte de libération nationale a balayé le mythe d'une identité basée sur la religion, et le nouveau gouvernement du Bangladesh a proclamé un Etat séculier. Devant les souffrances inouies subies par le peuple bengalais au cours des vingt-cinq dernières années, toute tentative de raviver le fanatisme religieux se heurtera à l'opposition farouche et efficace des masses.
En dehors du problème national, non résolu, qui en lui-même devrait rapprocher les deux parties du Bengale, la situation révolutionnaire existant au Bangladesh, suite à la lutte armée menée par le peuple pendant neuf mois, a eu un impact révolutionnaire au Bengale occidental.
La victoire de la bourgeoisie indienne dans la dernière guerre l'a pour un temps aidée à surmonter la crise économique aigüe qu'elle a connue au cours de l'année passée. Mais la crise de la bourgeoisie est revenue à la surface avant même que la guerre soit finie. Le fait que le gouvernement indien ait décidé d'organiser des élections aux assemblées d'Etats sans présenter le budget national, est significatif de la gravité de la situation.
L'Inde étant un pays immense aux dimensions d'un continent, le développement politique et économique des masses et la religion sont très différents selon les Etats. Il est probable que la crise de la bourgeoisie se manifestera de façon plus aigüe dans des Etats comme le Bengale occidental qui connait déjà des luttes de masse. Une situation révolutionnaire peut se développer beaucoup plus rapidement au Bengale occidental en raison de sa proximité du Bangladesh, où le peuple a déjà fait l'expérience d'une lutte armée.
C'est par conséquent le devoir des révolutionnaires du Bengale occidental que d'accélérer le processus en lançant des luttes de classe efficaces et en reliant les luttes de masse des deux parties du Bengale. La Ligue Communiste considère que le moment , est particulièrement opportun pour lanceí le mot d'ordre d'un Bengale Socialiste Unifié, qui n'est pas qu'un mot d'ordre nationaliste, mais bien plutöt un mot d'ordre pour le renversement révolutionnaire de la bourgeoisie dans le souscontinent. niste avance les revendications transitoires la Lique Commusuivantes :
1.- Retrait immédiat des troupes indiennes du Bangladesh afin que le peuple du Bangladesh puisse décider de son avenir sans ingérence extérieure.
2.- On ne doit pas exiger des Mukti Bahini qu'ils rendent leurs armes, et il faudrait les transformer en noyau de la Milice Populaire du Bangladesh.
3.- Elections immédiates pour élire une nouvelle Assemblée Constituante et élaborer une constitution socialiste du Bangladesh, et dans le même temps formation d'un gouvernement provisoire de toutes les forces qui ont participé activement à la lutte contre la junte militaire du Pakistan occidental.
4.- Pas de remplacement de l'exploitation ouest-pakistanaise par une exploitation capitaliste indienne ou de quelque pays étranger que ce soit.
5.- Nationalisation de tous les moyens de production, y compris la terre, étant donné qu'il n'y a pas de classe capitaliste ou féodale digne de ce nom au Bangladesh.
6.- Distribution de la terre à ceux qui la cultivent et qui l'ont protégée pendant la lutte.
7.- Formation de conseils ouvriers qui prennent en charge la gestion des usines.
8.- Confiscation de toutes les plantations et terres détenues par des capitalistes étrangers, et formation de coopératives paysannes pour gérer toutes les terres confisquées.
9.- Libre circulation des personnes entre le Bangladesh et le Bengale occidental pour faciliter l'intégration culturelle des deux parties du Bengale.
10.- Liaison du combat des masses du Bengale occidental à celui du Bengale oriental pour créer un Bengale Socialiste Unifié.
11.- Création d'un monopole d'Etat du commerce extérieur.
12.- Formation de comités ouvriers et paysans pour contrôler le commerce intérieur et la distribution des denrées de première nécessité.