« L'Irlande peut allumer un brasier européen qui ne s'éteindra que quand le dernier trône et la dernière chaîne capitaliste seront consummés sur le bücher du dernier seigneur de guerre »
James CONNOLLY
« Irish Worker » 8 août 1914.
irlandaise
Des premières émeutes de Derry en 1968 au massacre du 31 janvier dernier, l'Irlande a traversé trois années de lutte qui ont bouleversé fondamentalement les rapports entre les différentes forces en présence.
L'avenir de la révolution irlandaise pose aujourd'hui le problème clé de sa direction en consciente. Le mouvement républicain, héritier de la tradition révolutionnaire irlandaise saura-t-il jouer ce rôle?
anglaises pour garantir
Les troupes les réformes ?
marche
A la veille des explosions de 1968 à Derry.
l'impérialisme britannique - par le biais de son loyal serviteur le travailliste Wilson - tentait de réformer l'Etat orangiste d'Irlande du Nord, afin de lui donner une façade « démocratique » qui garantisse par Anna LIBERA quelques miettes aux catholiques. Il s'engageait dans cette voie après l'accord passé avec la bourgeoisie de l'Irlande du Sud pour l'entrée des deux pays dans le Marché
Commun. Cette dernière voulait faire accepter sa politique pro-britannique aux
,travailleurs du Sud en leur présentant les mesures d'assouplissement à l'égard des catholiques du Nord. Mais ni Wilson, ni with SCOOT wee Lynch ne tenaient compte du mouvement des forces sociales au Nord et de la dynamique qu'elles allaient enclencher. Les premières manifestations de l'Association pour les Droits Civiques entraînèrent des ripostes violentes de la part des orangistes, qui firent planer des menaces de pogromes anti-catholiques. L'Association pour les Droits Civiques ne demandait pourtant à cette époque que les droits légaux accordés à tous les citoyens britanniques : droit de vote, d'expression, d'organisation. Mais les travailleurs protestants, qui forment la force de frappe de l'Etat orangiste, ont vu teurs privilèges remis en cause directement. Ils ont peut être été les premiers à saisir la dynamique du Mouvement pour les droits civiques qui allait vers la remise en cause de l'existence même de l'Etat d'Orange du Nord. Quand, après un an d'escalade de la violence entre les deux communautés, le gouvernement britannique envoya ses troupes en Irlande du Nord, il visait deux buts immédiats. Tout d'abord contenir la révolte des catholiques pour ne pas avoir à l'écraser. Pour cela, il annonça le désarmement des deux côtés. Les forces spéciales de police de l'Ulster furent désarmées ainsi que la minorité catholique. Mais les britanniques se gardèrent bien de demander leurs armes aux ligues para-fascistes de Paisley ! Parallèlement, le gouvernement de Wilson lança tout un bataillon de politiciens pour convaincre le gouvernement de Stormont de la nécessité d'une réforme. Pour lui, c'était le seul moyen de bloquer la radicalisation qui se développait dans le Sud et qui, liée aux luttes des ghettos catholiques, allait poser, au niveau des masses, le problème de la réunification du pays. L'effritement du bloc orangiste Le durcissement de la politique britannique qui s'est traduit par l'attaque du quartier catholique de Falls Road à Belfast en juillet 70 est dû à trois raisons. Tout d'abord, le gouvernement Heath, porté au pouvoir en juin 70 avec des mandats bien précis du patronat britannique, se devait d'agir rapidement. La situation sociale et économique instable en Grande-Bretagne nécessitait de prendre des mesures pour garantir les intérêts britanniques en Irlande du Sud. Les échéances étaient courtes. I| fallait agir fermement. Ensuite, après deux ans de lutte de masse et d'expériences d'auto-organisation et d'auto-défense de leurs communautés, les catholiques ont pris conscience de leur capacité à défendre leurs propres intérêts. Les troupes britanniques, bien accueillies dans un premier temps, devinrent rapidement aux yeux des masses le principal obstacle dans leur lutte pour abattre Stormont. Dans les ghettos, le mouvement républicain et son armée, l'IRA, réapparaissaient. Il fallait agir avant qu'une direction consciente ne se stabilise. Enfin, un des éléments essentiels qui détermina le tournant britannique fut la crise au sein du bloc orangiste. Au fur et à mesure que des perspectives de réforme se dessinaient, des fissures commençaient à apparaftre dans le groupe dirigeant de l'Irlande du Nord. Le gouvernement de Stormont maintient ses privilèges en opprimant près de 40 % de la population, et par l'établissement de liens verticaux avec sa base sociale, les travailleurs protestants. Les premières mobilisations pour les droits civiques déclenchèrent un durcissement du Parti Unioniste. O'Neil, le premier ministre partisan des réformes, fut éliminé tout comme son successeur Chichester-Clark qui ne sut pas prendre de mesures dures pour rassurer sa base protestante. Faulkner, l'actuel premier ministre, est le dernier pion entre les mains des britanniques : s'ils échouent avec lui, il ne leur reste plus que deux voies sans issue :
- s'appuyer sur le fanatique Paisley. abandonner toute perspective de réforme et liquider l'opposition de la minorité par la force brutale. Mais abandonner dés lors tout espoir de stabilisation des rapports avec le Sud.
- ou remettre tous les pouvoirs pour l'Irlande du Nord à Westminster et provoquer l'affrontement direct avec les orangistes, accélérant les risques d'une guerre civile. C'est pourquoi le gouvernement Heath apporte un soutien déterminé à Faulkner en introduisant l'internement en août 1971, et prend directement en charge la répression, tout en s'appuyant politiquement sur Stormont.
Imperie finel britanade ans intérêts Le but final : sauvegarder les intérêts Le problème central de la Grande Bretagne aujourd'hui est de trouver un arrangement qui lui permette de garantir sa domination néo-coloniale en Irlande du Sud. Elle est prête à remettre en cause certains aspects du Traité de Partition de 1921, qui ne reflète plus les rapports de forces actuels en Irlande. L'Irlande du Sud est le troisième marché d'écoulement des produits anglais, et les capitaux anglais ont financé à 80% le « boom » industriel des ces dix dernières années. D'autre part, les capitalistes britanniques ont tenu à négocier un accord spécial d'entrée simultanée des deux pays dans le Marché Commun. En effet, si lIrlande du Sud était rentrée de façon indépendante au sein de l'Europe capitaliste, certains secteurs de la bourgeoisie auraient pu tenter de jouer la concurrence au sein de la CEE pour se dégager de la tutelle anglaise. Mais l'accord passé entre les deux pays est soumis à l'équilibre du rapport de forces entre les classes et au sein même de la classe dirigeante de la « République » d'Irlande. Cet équilibre, déjà fortement secoué par la domination économique britannique, a été complètement bouleversé par les évènements d'Irlande du Nord. Le parti gouvernemental Fianna Fail, qui avait su, par sa démagogie républicaine, • concilier » les intérêts contradictoires des patrons de l'industrie, des paysans et de la classe ouvrière, a vu sa base sociale éclater. Les chefs des industries « nationales » se sont opposés à la politique des portes ouvertes aux capitaux étrangers qui mettait en danger la survivance de leur secteur. Le fait qu'une grande partie de ces capitaux était britannique a relancé une tendance nationaliste dans ces secteurs de la bourgeoisie. Dès l'explosion en Irlande du Nord, ils ont appuyé le Mouvement des Droits Civiques et même l'Armée Républicaine. En 1969, un scandale éclata au sein de Fianna. Fail : un ministre de ce parti, M.Haughey était accusé d'avoir participé à des livraisons d'armes à l'IRA. Il fut exclu du parti. La crise s'est précisée également au sein de l'armée : certains officiers se sont engagés dans la lutte contre les troupes britanniques au Nord, d'autres proclament la necessité de créer une « armée patriotique ». Lynch doit parallèlement faire face à une recrudescence des luttes ouvrières. Ces cinq dernières années, d'importants mouvements de grève se sont développés contre les conséquences anti-ouvrières de la restructuration de l'économie sous l'égide du capitalisme britannique. Avec les événements du Nord, la classe ouvrière va prendre conscience du double aspect de son exploitation. L'affrontement déclenché au Nord par l'intervention des troupes britanniques va déplacer le centre de ses luttes du terrain purement économique au terrain anti-impérialiste. Les appareils syndicaux ont également suivi : la majorité de l'Irish
Transport And General Workers Union, qui regroupe plus de la moitié des syndiqués du Sud s'est opposée à la politique collaborationniste de Lynch. L'entièreté des sections syndicales et des comités d'usine ont violemment condamné l'internement. Cet appui déterminé des travailleurs du Sud, en même temps qu'il aide considérablement la lutte des catholiques au Nord, plonge le gouvernement de Lynch dans des contradictions de plus en plus aigües. Après le massacre de Derry, Lynch - tout en se laissant aller à quelques déclarations antibritanniques - va s'efforcer de prendre les mesures qui rassureront ses maîtres anglais et leur permettront de présenter une solution « politique » à la crise irlandaise. - Tout d'abord, il va tenter de resserrer ses propres rangs: il s'agit pour lui de convaincre les éléments républicains bourgeois, que les intérêts de l'ensemble de la classe bourgeoise passent avant leurs intérêts propres, et qu'ils résident dans la collaboration étroite avec le capitalisme britannique. Il peut pour cela évoquer le spectre de la guerre contre l'Angleterre au début du siècle qui se transforma rapidement en guerre civile. Seule l'intervention militaire des Anglais et leur solution politique - la partition - « sauvèrent » la bourgeoisie catholique. M. Haughey, le ministre exclu du Fianna Fail pour livraison d'armes à l'IRA, vient d'être réintégré au rang de Vice-Président au dernier congrès du parti à la mi-février. Mais ce replâtrage, s'il permet de garder quelque crédibilité au gouvernement du Sud, reste très fragile, et certains éléments bourgeois ambitionnent toujours de prendre la tête de la lutte contre l'Angleterre pour mieux la contrô ler. - Ensuite, Lynch prend la tête de la répression contre l'IRA au Sud, arrêtant et emprisonnant ses dirigeants. Au Congrès du Fianna Fail, qui a violemment lancé la croisade contre les « hors-la-loi » républicains, recevant immédiatement l'appui de l'orangiste Faulkner. Celui-ci déclarait au lendemain du discours de Lynch : « Nous avons toujours dit que si le gouvernement du Sud prenait des mesures décisives contre les terroristes qui opèrent ouvertement et trouvent refuge dans la République, le problème de la violence au Nord pourrait être résolu ». Mais Lynch et Faulkner qui tentent de faciliter la solution politique qui satisferait leurs maitres anglais, voient se réduire encore plus leur base sociale et dépendent plus que jamais, en dernière analyse, du maintien des troupes britanniques au Nord. Pour Heath, toute solution politique passe par le maintien de l'Etat de Stormont, sous quelque forme que ce soit. Tous les discours sur la réunification visent plus à la propagande démagogique qu'à trouver une solution concrète. Pour Lynch, ils ne l'engagent pas beaucoup, dans la mesure où il s'en remet aux Britanniques pour mettre fin à la partition. Actuellement, la pression des forces sociales antagonistes étant trop forte pour envisager une intégration plus étroite des deux parties du pays, Heath 4 tente de s'engager sur la voie de la démocratisation de Stormont. Mais son projet n'a de valeur que s'il peut trouver, au sein de l'opposition catholique au parlement, les forces politiques susceptibles de la porter. Or, depuis plus de six mois, la principale force de l'opposition parlementaire - le Social Democratic Labour Party - boycotte le Parlement du Nord. Dès lors, le gouvernement britannique se trouve dans une impasse d'où il ne pourra pas sortir seul. Le rôle clé pour débloquer la situation revient aujourd'hui plus que jamais, aux masses catholiques et à leur direction politique. De la capacité de cette direction à montrer des perspectives claires à la lutte anti-impérialiste et anti-capitaliste en Irlande, dépend l'échec ou le succès des tentatives britanniques pour maintenir l'oppression. Au sein de la direction politique de la lutte en Irlande, le mouvement républicain joue un role décisif. Pour comprendre aujourd'hui le problème clé de la direction révolutionnaire irlandaise, il est nécessaire d'analyser la nature et l'évolution actuelle de ce mouvement. Le mouvement républicain: une lourde tradition historique Le Mouvement Républicain irlandais est l'héritier de la plus ancienne lutte armée d'un peuple contre son oppresseur (vieille de plus de 4 siècles), et pourtant il est caractérisé par un retard très grand de sa pensée politique. Né à la porte de l'Europe, il a été coupé de toutes les expériences -victoires et échecs - du mouvement ouvrier révolutionnaire européen. Mais il a néanmoins subi les contre-coups des trahisons staliniennes, et sa résurgence actuelle est en partie le fruit de la montée des jeunes générations révolutionnaires dans tout le continent. Le Mouvement Républicain représente la rencontre de deux courants de la lutte irlandaise au début du siécle: le Mouve ment Nationaliste Paysan (Fenian), qui, au fur et à mesure que la question agraire était réglée par l'impérialisme anglais, acquit une grande influence dans les nouveaux centres industriels urbains, mais qui transplanta simplement son idéologie nationaliste au sein de la toute-nouvelle classe ouvrière. Cette dernière, fratchement issue de la paysannerie, intégrée dans de petites entreprises, n'acquit pas immédiatement la cohésion et la conscience de classe qui font du prolétariat le sujet conscient de la révolution. L'autre tendance est le courant marxiste, représenté par Connolly qui s'est formé au contact du mouvement syndicaliste révolutionnaire américain. Analysant minutieusement l'histoire de l'Irlande, Connolly comprend dès 1910 que la classe ouvrière organisée doit prendre la tête de la lutte de libération nationale et sociale du peuple irlandais. Mais à cette époque, la classe ouvrière était numériquement très faible, et l'idéologie nationaliste influençait ses meilleurs éléments. Connolly vit la nécessité d'une fusion idéologique et politique entre le courant nationaliste qui représentait un passé glorieux de lutte, et le courant marxiste prolétarien qui représentait l'avenir du peuple irlandais. Cette fusion ne se ferait pas mécaniquement, mais sous l'initiative de la classe ouvrière. Connolly fonde et dirige avec le syndicaliste James Larkin l'Irish Transport and General Workers Union qui organise les premières luttes ouvrières. Au cours de la grève générale de 1913 à Dublin, Connolly organise des piquets d'auto-défense armée qui se transforment en la première milice ouvrière du monde, l'Irish Citizen Army (armée patriotique irlandaise). En 1916, alors que l'Angleterre est engagée dans la première guerre mondiale, Connolly organise avec les dirigeants nationalistes l'insurrection de Pâques. C'est au cours de cette insurrection que les deux courants se réunissent organisationnellement : l'Irish Citizen Army de Connolly et l'Irish Republican Brotherhood forment l'Irish Republican Army. Mais ils ne fusionnèrent jamais politiquement et idéologiquement. L'échec du soulèvement et la perte des chefs marxistes les plus prestigieux -dont Connolly assassiné par les Anglais -puis la guerre civile qui éclata peu après, empêchèrent cette fusion. L'insurrection de 1916 avait, comme l'espérait Connolly, réveillé la conscience nationale irlandaise mais le processus permanent qui devait la transformer en conscience révolutionnaire socialiste fut avorté par la disparition de la direction ouvrière marxiste. Un des facteurs qui aurait permis au mouvement nationaliste irlandais de sortir de l'impasse politique dans laquelle il se trouvait après l'échec de la guerre civile, aurait été sa liaison avec le mouvement ouvrier international et avant tout européen. Mais la politique de l'Internationale stalinisée lors de la grève générale anglaise de 1926, devait complètement paralyser le mouvement communiste dans ce pays, et par contre-coup empêcher son développement en Irlande. Isolé des luttes ouvrières du continent, le Mouvement Républicain allait se refermer sur lui-même, porteur d'une tradition historique largement dépassée par le développement objectif de l'histoire. La période des « défaites glorieuses » C'est en ces termes que les républicains d'aujourd'hui parlent de la période d'isolement total du mouvement de 1922 à 1960 environ. Après l'échec de la guerre civile et la répression violente qui s'en suivit, les républicains, niant la nouvelle réalité politique issue de la partition du pays, se limitèrent à une activité purement militariste qui ne sut jamais faire le lien avec les luttes de la classe ouvrière au niveau syndical. Celle-ci, ne reconnaissant pas dans le nouvel « Etat libre » la République pour laquelle elle s'était battue, s'engagea dans un combat syndical corporatiste très dur, et garda sa sympathie politique au Mouvement Républicain hors-la-loi. Mais cette sympathie ne se concrétisa jamais dans un véritable soutien politique, et parallèlement, empêcha la cristallisation de toute autre force révolutionnaire. La nouvelle période marquée par la montée des droits civiques allait être abordée dans une situation contradictoire : un soutien résolu de la population à la lutte armée, mais une absence totale de conscience des buts de cette lutte. La mobilisation des masses irlandaises devait bientôt exiger du Mouvement Républicain qu'il fournisse des perspectives claires à la lutte. Un pas en arrière du mouvement de masse La dernière campagne militaire menée par TIRA de 1956 à 1962 échoua par son isolement total. Incapable de réveiller la volonté révolutionnaire des masses irlandaises, le Mouvement Républicain s'engagea dans une période de réflexion politique. Il le fit sous l'influence des intellectuels de la Wolfe Tone Society de Dublin, liés au Parti Communiste. Cette influence eut un effet contradictoire : d'une part elle permit aux militants républicains de saisir la nécessité d'une stratégie globale face à l'impérialisme, mais, d'autre part, elle introduisit au sein du mouvement la notion de la lutte par étapes - lutte pour les droits civiques, puis lutte pour l'indépendance nationale, enfin, lutte pour le socialisme. C'est de cette époque que date le débat qui devait mener à la scission de 1969. Avant d'aborder les thèmes de ce débat, il est important de voir comment l'influence du Mouvement Républicain a opéré à contretemps au cours de ces dernières années, pour comprendre son approche très pragmatique des problèmes politiques. La campagne militaire de 56/62 avait été un échec immédiat pour l'IRA, mais en même temps, elle permit de faire prendre conscience aux jeunes générations sensibilisées par les luttes de libération qui se développaient dans le monde, de l'oppression impérialiste que subissait leur propre pays. Cette prise de conscience a été un des leviers du mouvement de masse pour les droits civiques. Mais l'IRA elle-même ne fut pas un des principaux protagonistes de cette lutte. Elle fut même absente, en tant que direction militaire, des affrontements de 1968 et 1969 à Derry et à Belfast. Ainsi, il faudra deux ans au Mouvement Républicain, porteur de la tradition de lutte armée du peuple irlandais, pour regagner sa place à la tête de la résistance, alors que les masses affrontent seules en 1968 et 1969 les hordes orangistes. Cela ne pouvait pas ne pas provoquer de remous au sein du mouvement. Confronté aux exigences politiques d'ordre stratégique posées par les luttes de masse, le Mouvement Républicain va aborder le débat et scissionner sur une question tactique. Une scission mal vr La politisation du M ment Républicain sous l'influence de la le Tone Society avait eu des effets contradictoires sur les militants de l'IRA : les nationalistes traditionnels s'opposaient à la perspective socialiste générale adoptée par le mouvement; d'autres éléments critiquaient l'influence de la Wolfe Tone Society d'un point de vue anti-stalinien. Confusément les différenciations s'opéraient sur le problème clé,: la nature de la révolution irlandaise ( révolution démocratique ou révolution socialiste ) et la stratégie révolutionnaire pour l'Irlande ( révolution par étapes ou révolution permanente ). Mais la pression des évènements et la nécessité de donner également des perspectives à court terme à la lutte, empéchèrent le débat d'être mené à fond. La manière même dont s'est opérée la scission, d'abord au sein de l'aile militaire l'IRA, puis au sein du mouvement politique, le Sinn Fein, le montre bien. Cette scission représente encore un des traits traditionnels du Mouvement Républicain : donner la priorité à la question des moyens; elle représente également un obstacle sur la voie de la progression politique du mouvement, à savoir la clarification des buts de la lutte. A la Conférence nationale de 1970, la direction de l'IRA propose d'abandonner la politique abstentionniste adoptée jusqu'ici, et d'utiliser le Parlement comme tribune de propagande révolutionnaire. Pour la tendance de Cathal Goulding qui présente cette proposition, il ne devait y avoir aucune ambiguité : cette tactique devait être une des formes de l'intervention des républicains, et ne remettait pas en cause la lutte armée, comme le prétendaient certains éléments qui expliquaient que l'absence de l'IRA au cours de luttes de 1969 était la conséquence de son tournant « politique ». Mais c'est pourtant la tendance la plus politique • les officiels -qui mit en échec les troupes anglaises lors de la bataille de Belfast peu après la Conférence. C'est sur cette question de l'abandon de l'abstentionnisme que s'opéra la scission : elle entraîna du côté des Provisionnels des militants purement nationalistes, des militaristes, mais également des sincères révolutionnaires qui réagissaient contre la tendance réformiste de la Wolfe Tone Society. Au sein des Officiels, on retrouve également les révolutionnaires les plus conscients politiquement à côtés d'éléments réformistes. Les deux tendances ne sont absolument pas cristallisées politiquement, mais la pression des évènements, alors même qu'elle rend la clarification essentielle, la freine au sein des deux ailes de l'IRA. L'activité presqu'uniquement militaire des Provisionnels peut apparaitre, dans la conjoncture actuelle, la mieux adaptée pour la lutte immédiate contre l'impérialisme britannique : mais, d'une part, elle ne permet pas de répondre à l'offensive politique britannique et surtout laisse peu de temps aux révolutionnaires de cette tendance pour l'élaboration de perspectives politiques à plus long terme. La dynamique du mouvement de masse qui lutte aujourd'hui pour l'abolition de l'Etat du Nord, et nie dans les faits la voie par étapes, a entrainé un déplacement très net vers la gauche de l'aile Officielle qui tente d'intégrer la lutte nationale dans une perspective clairement socialiste. Aujourd'hui, la nécessité d'une stratégie globale face au pouvoir d'Etat s'impose au Mouvement Républicain. I| faudra revenir ici sur les embryons de réponse qu'il tente d'y apporter et le rôle des marxistes révolutionnaires dans cette perspective.