Documents de la IVe Internationale

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Quatrième Internationale, nouvelle série n° 1 · 15 janvier 1972 · p. 45-63 · 15 871 mots

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Ce texte, qui n'a jamais été publié en français dans sa totalité, constitue l'introduction à la brochure La guerre et l'internationale, que Trotsky rédigea au lendemain de l'éclatement de la première guerre mondiale et publia en allemand à Zürich en octo bre 1914. Dans cet écrit, qui plaçait Trotsky au premier rang du maigre contingent des sociauxdémocrates européens restés fidèles à l'internationalisme, nous voyons se dessiner la perspective d'une|| lème Internationale débarassée du virus de l'opportunisme et du social-patriotisme; nous voyons Trotsky mettre en œuvre, avec une perspicacité remarquable, la théorie de la révolution permanente, pour penser l'émergence d'une nouvelle période d'actualité de la révolution prolétarienne, sonnant le glas de l'époque d'extension triomphante du capitalisme. En ce sens, ce texte est une réponse anticipée aux staliniens qui aiment tant à déprécier le Trotsky « anti-léniniste » d'avant 1917, tout en évitant pudiquement d'évoquer les exploits d'alors de leurs héros favoris, tel Marcel Cachin, fer de lance du social-patriotisme en France de 1914 à 1916 ...

Au cœur de la guerre actuelle, il y a la rébellion des forces productives - qui ont engendré le capitalisme - contre leurs formes d'exploitation dans le cadre des états nationaux. La planète tout entière, l'internationale la terre ferme comme les mers, la surface comme les profondeurs, sont d'ores et déjà devenues l'arène d'une économie mondiale dont les et la guerre différentes parties dépendent indissolublement les unes des autres. Telle est l'œuvre du un inédit de Léon Trotsky capitalisme. Mais il pousse aussi les états capitalistes à combattre pour soumettre cette économie mondiale aux intéréts de chaque bourgeoisie nationale. La politique de l'impérialisme constitue avant tout la preuve que le vieil Etat national, issu des révolutions et des guerres de 1789-1815, 1848-1859, 1864-1866 et 1870, a fait son temps, et apparait maintenant comme une entrave intolérable au développement des forces productives. La guerre de 1914 signifie avant tout la destruction de l'Etat national en tant qu'entité économique indépendante. Même si le fait national doit subsister en tant que réalité culturelle, idéo. logique et psychologique, sa base économique s'est dérobée sous ses pieds. Tous les discours qui prétendent que le conflit sanglant actuel est fondé sur la défense nationale sont hypocrites ou aveugles. Au contraire, le sens objectif de la guerre réside dans la destruction des centres économiques nationaux actuels au nom de l'économie mondiale. Cependant on ne s'efforce pas de résoudre cette tâche de l'impérialisme sur la base d'une coopération rationnellement organisée de l'humanité productrice dans son ensemble, mais sur la base de l'exploitation de l'économie mondiale par la classe capitaliste du pays victorieux qui, de grande puissance, doit s'élever par cette guerre au rang de puissance mondiale. La guerre proclame la chute de l'Etat national, mais aussi

Inédit de Trotsky la destruction de la forme capitaliste de l'économie. En divisant la planète entre les oligarchies des grandes puissances, autour desquelles viennent se grouper leurs satellites - les petits états qui vivent des rivalités entre les grands - le capitalisme à partir de l'Etat national a révolutionné la. totalité de l'économie mondiale. L'économie mondiale, pour se poursuivre sur des fondements capitalistes, implique un combat incessant entre les puissances mondiales pour de nouveaux territoires, soumis à l'exploitation capitaliste, dans le cadre inchangé de la surface terrestre. La rivalité économique sous le signe du militarisme alterne avec le pillage et la destruction qui désintègrent les bases élémentaires de l'économie humaine. La production mondiale ne s'insurge pas seulement contre le chaos de l'Etat national, mais contre l'organisation capitaliste de l'économie qui s'est transformée en sa propre désorganisation barbare. La guerre de 1914 est le plus grand effondrement d'un système économique sous le poids de ses propres contradictions que connaisse l'histoire. Toutes les puissances historiques qui avaient pour vocation de diriger la société bourgeoise, de parler en son nom, de l'exploiter, ont fait historiquement faillite avec la guerre de 1914 Elles défendent le capitalisme comme système culturel humain, et la catastrophe née de ce système est avant tout leur catastrophe. La première vague des événements a haussé les gouvernements et les armées à un niveau jamais atteint, rassemblant pour un moment la nation autour d'eux. Mais la chute n'en sera que plus terrible, quand la signification des événements qui se dérou46 l'internationale et la guerre lent se révélera dans toute sa vérité et dans toute son horreur aux peuples étourdis par le tonnerre des canons. La réaction révolutionnaire des masses sera d'autant plus puissante que l'ébranlement provoqué aujourd'hui par l'histoire au dessus de leur tête sera monstrueux. Le capitalisme a créé les prémisses matérielles d'une nouvelle économie socialiste. L'impérialisme a conduit les peuples des pays capitalistes au chaos historique. La guerre de 1914 indique la voie qui mène hors de ce chaos, en conduisant violemment le prolétariat sur le chemin de la révolution. Dans les pays européens sous-développés, la guerre met à l'ordre du jour des questions dont l'origine historique est beaucoup plus récente: les problèmes de démocratie et de communauté nationale. La question se pose ainsi, dans une large mesure, pour les peuples de Russie, d'Autri che-Hongrie, et de la péninsule balkanique. Ces questions historiquement dépassées que l'époque actuelle a héritées de l'étape antérieure, ne modifient pas le caractère fondamental des événements. Ce ne sont pas les aspirations nationales des Serbes, des Polonais, des Roumains ou des Finnois, qui ont mis 25 millions de soldats sur le pied de guerre, mais bien les intérêts impérialistes de la bourgeoisie des grandes puissances. En renversant le statu-quo européen maintenu pendant 45 années, l'impérialisme a reposé les vieilles questions que la révolution bourgeoise s'était avérée incapable de résoudre. Cependant, à l'époque actuelle, ces questions sont dépourvues de toute autonomie. Dans la péninsule balkanique, la création de relations normales entre la vie nationale et le développement économique sont impensablestant que le tsarisme et l'empire austro-hongrois se maintiendront. Le tsarisme apparaît maintenant comme le réservoir militaire indispensable à l'impérialisme financier de la France et à la puissance coloniale conservatrice de l'Angleterre. L'Autriche-Hongrie constitue le principal soutien de l'impérialisme allemand. A partir des conflits localisés des terroristes serbes avec la police politique des Habsbourg, la guerre a très vite dévoilé sa nature : une lutte à mort entre l'Allemagne et l'Angleterre. Tandis que les imbéciles et les hypocrites pérorent sur la défense de la liberté et de l'indépendance nationales, la guerre germano-anglaise se poursuit, en fait • pour la liberté de l'exploitation impérialiste, d'une part, pour piller les peuples d'Inde et d'Egypte, et d'autre part pour un nouveau partage impérialiste des peuples de la terre. L'Allemagne, qui s'est lancée dans le développement capitaliste sur une base nationale, a commencé, en 1870-71, par détruire l'hégémonie continentale de la France. Aujourd'hui que la croissance industrielle allemande dans le cadre national a fait de ce pays la première puissance capitaliste du monde, son développement ultérieur se heurte à l'hégémonie de l'Angleterre. La domination totale et sans limite sur le continent européen apparaît à l'Allemagne comme la condition préalable indispensable de la défaite de son ennemi à l'échelle mondiale. C'est pourquoi l'Alla magne impérialiste avance avant toute chose, dans son programme, la création d'une fédération des Etats de l'Europe Centrale. L'Allemagne actuelle, l'Autriche-Hongrie, la péninsule balkanique et la Turquie, la Hollande, les pays scandinaves, la Suisse, l'Italie, et si possible aussi la France exténuée, doivent avec l'Espagne et le Portugal, former une totalité économique et militaire, une grande Allemagne sous l'hégémonie de l'actuel Etat allemand. Ce programme, mis au point par des économistes, des politiciens, des juristes et des diplomates, fournit la preuve la P'expression la plus bouleveraccablante, constitue l'expression la plus bouleversante de l'étroitesse des frontières nationales pour le capitalisme. La puissance impérialiste mondiale doit se substituer à la grande puissance nationale. Dans ces conditions historiques, il ne peut être question, pour le prolétariat, de défendre la « patrie » nationale qui a fait son temps et qui est devenue l'entrave principale au développement économique, mais il s'agit pour lui de créer une « patrie » beaucoup plus puissante et plus solide, les Etats-Unis Republicains d'Europe, fondement des Etats-Unis du Moade. Au désarroi impérialiste du capitalisme, le prolétariat ne peut actuellement opposer qu'un programme d'organisation socialiste de l'économie mondiale. A la guerre comme méthode pour résoudre les contradictions insolubles du développement du capitalisme, le prolétariat doit opposer sa méthode : la méthode de la révolution sociale. Le problème des Balkans, et le problème de la chute du tsarisme : ces tâches que nous a léguées l'Europe d'hier ne peuvent être remplies qu'en fonction de la solution révolutionnaire que constituera l'Europe unie de demain. La social-démocratie russe, à laquelle l'auteur de cette brochure appartient, se donne pour tâche primordiale la lutte contre le tsarisme, qui cherche en premier lieu, en Autriche-Hongrie et dans les Balkans, un débouché pour ses méthodes nationales de pillage, de vol et de violence. La bourgeoisie russe, l'intelligentsia radicale comprise, totalement démoralisée par le formidable essor industriel de ces cinq dernières années, a conclu une alliance sanglante avec la dynastie qui, par ses nouvelles rapines territoriales, doit assurer une part du butin mondial à l'impatient capitalisme russe. Tandis qu'il fond sur la Galicie, la dévaste, la dépouille même des lambeaux de liberté que lui l issaient les Habsbourg, tandis qu'il désagrège la malheureuse Perse et tente, à partir de ce recoin du Bosphore, de mettre sous son joug les peuples de la péninsule balkanique, le tsarisme laisse au libéralisme qu'il exécre le soin de camoufler son œuvre de brigandage sous de répugnantes déclarations sur la défense de la Belgique et de la France. L'année 1914 signifie la liquidation totale du libéralisme russe, elle fait du prolétariat russe le seul porteur de la lutte de libération, et de la révolution russe, une composante définitive de la révolution sociale du prolétariat européen. Nous n'avons jamais, dans notre combat contre le tsarisme, au cours duquel nous ne connûmes pas « d'armistice » national, cherché d'aide auprès du militarisme des Habsbourg et des Hohenzollern, et aujourd'hui encore, nous ne la recherchons pas. Nous avons conservé un jugement révolutionnaire assez sür pour voir que l'idée d'anéantir son meilleur allié à l'Est, auquel il est lié par une unité de la structure sociale et dans le domaine des tâches historiques, était totalement contraíre à l'impérialisme allemand . Mais s'il n'en avait pas été ainsi, si l'on avait pu admettre que le militarisme allemand, obéissant à la logique des opérations militaires, en contradiction avec celle de ses intérêts politiques proprement dits, assène un coup foudroyant au, tsarisme, nous aurions - dans ce cas absolument improbable - également refusé de voir dans les Hohenzollern un allié non seulement objectif, mais subjectif. Le destin de la révolution russe est trop indissolublement lié à celui du socia-

Quatriême Internationale lisme européen, et nous, sociaux-démocrates russes, nous appuyons avec assez de fermeté sur des positions internationalistes pour refuser une fois pour toutes de franchir le Rubicon, et acheter la libération de la Russie au prix de la destruction certaine de la liberté de la Belgique et de la France, et, ce qui est encore plus grave, de l'empoi sonnement impérialiste des prolétariats allemand et autrichien. / Beaucoup de choses nous lient à la socialdémocratie allemande. Nous sommes tous passés par son école, nous avons tiré des leçons de ses succès et de ses erreurs. Pour nous, ce n'était pas simplement une partie de l'Internationale, mais le Parti tout court* ". Nous avons préservé et consolidé en permanence l'alliance fraternelle avec la social-démocratie au-

Inédit de Trotsky un inédit de Léon Trotsky trichienne. De notre côté nous sommes fiers de penser que nous avons aussi payé, avec notre sang, notre modeste contribution à la conquête du suffrage universel en Autriche, et au réveil de tendances révolutionnaires dans le prolétariat allemand. Nous avons accepté sans hésiter le soutien moral et matériel de notre frére aîné qui, de l'autre côté de notre frontière occidentale, combattait à des fins communes. Mais, justement par respect pour ce passé, et plus encore par respect de l'avenir qui doit unir la classe ouvrière russe au prolétariat allemand et autrichien, nous rejetons avec indignation l'aide « libératrice » que l'impérialisme allemand nous dispense avec - hélas - la bénédiction des socialistes allemards, dans les caisses de munitions des usines Krupp. Et nous espérons que la protestation indignée des socialistes russes retentira assez fort pour être entendue à Berlin et à Vienne.

La ruine de la Ilème Internationale est un fait tragique, et ce serait aveuglement que Ao no nse la voir Ta nrico do de ne pas le voir. La prise de position des socialistes français et de la majorité des socialistes anglais fait partie de cet effondrement, au même titre que l'attitude de la social-démocratie allemande et autrichienne. Et si cette brochure est consacrée dans sa partie critique à la socialdémocratie allemande essentiellement, c'est exclusivement parce que cette dernière était le membre le plus influent, le plus fort et le plus attaché aux principes de la communauté socialiste mondiale. Dans sa capitulation historique, les causes de l'effondrement de la Ilème Internationale sont reproduites avec le plus de clarté. 48

A première vue, il peut sembler que les perspectives de révolution sociale dont nous avons parlé plus haut soient totalement illusoires, vu l'insuffisance devenue catastrophiquement évidente des vieux partis socialistes. Mais une conclusion aussi sceptique serait radicalement erronée. Elle ignorerait la « bonne » volonté de la dialectique, tout comme nous avons trop souvent ignoré la « mauvaise » volonté qui s'est montrée si impitoyable pour le destin de l'Internationale. La guerre de 1914 proclame la destruction des Etats nationaux. Les partis socialistes d'une époque maintenant révoluc étaient des partis nationaux. Avec toutes les ramifications de leurs organisations, leurs activités et leur psychologie, ils ont fait corps avec les Etats nationaux, et malgré les affirmations solennelles de leurs congrés, ils se posèrent en défenseurs de la formation nationale conservatrice, lorsque l'impérialisme, qui a grandi sur le sol national, commença à jeter bas les barrières nationales périmées. Les Etats nationaux entrainérent dans leur effondrement les partis socialistes nationaux. Ce n'est pas le socialisme, mais son expression d'une époque donnée qui est en train de sombrer. En se libérant de son enveloppe figée, la pensée socialiste s'élève. Cette enveloppe s'incarne dans des hommes, dans toute une race de socialistes qui s'est ossifiée dans un travail oppositionnel et agitatoire désintéressé au long de plusieurs décennies de réaction politique, et qui est tombée dans l'optique et dans les habitudes du champ des possibilités nationales. Les tentatives pour « sauver » la Ilème ternationale - sur ses anciennes bases - à l'aide de méthodes proprement diplomatiques et de confessions réciproques sont totalement sans espoir. La vieille taupe de l'histoire creuse beaucoup trop bien ses tunnels et il n'est donné à personne de la retenir. De même que les états nationaux sont devenus un obstacle au développement des forces productives, de même les vieux partis socialistes sont devenus l'entrave principale au mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière. Il a fallu qu'ils dévoilent leur esprit arriéré, qu'ils compromettent la totale étroitesse de vue de leurs méthodes, et projettent la honte et la peur de la division nationale sur le prolétariat pour que celui-ci, au travers de ces terribles déceptions, se libère des préjugés et des habitudes serviles de cette époque probatoire, et se conforme enfin au rôle auquel la voix de l'histoire l'appelle, celui de classe révolutionnaire en lutte pour le pouvoir.

La Ilème Internationale n'a pas vécu en vain. Elle a accompli un travail culturel immense, qui ne trouve pas son pareil dans l'histoire : l'éducation et le rassemblement de la classe opprimée. Maintenant le prolétariat n'a plus besoin de recommencer à zéro. Il ne s'avancera pas sur la nouvelle voie les mains vides. L'époque passée lui a légué un riche arsenal d'idées. La nouvelle époque l'amènera à associer la nouvelle critique des armes aux anciennes armes de la critique. Cette brochure a été écrite en toute hâte et dans des conditions qui rendaient peu propice un travail systématique. Une grande part de ce travail est consacré à la vieille Internationale déchue. Mais cette brochure tout entière, de la première à la dernière page, est écrite en pensant à la nouvelle Internationale qui doit surgir, à l'Internationale de la lutte finale et de la victoire définitive !

Zürich, le 31.10.1914 Léon N. TROTSKY * En français dans le texte.

Quatrième Internationale critique du «Manuel d'économie

Nous publions ci-dessous une critique du Manuel d'Economie Politique publié par le PCF qui paraîtra sans doute ardue à bien des camarades. En dépit du caractère souvent « technique » de cet article, dans la mesure où une critique approfondie de cet Ilyres ouvrage qui a connu une large diffusion est indispensable pour armer les militants dans la polémique contre le révisionisme du PCF. nous mettons cette analyse à la disposition des militants.

politique» par Robert ANDORLIE classe ouvrière sur la production et d'avancer vers le socialisme. Les auteurs du traité parlent de démocratiser l'Etat à plusieurs reprises. Contentons-nous d'une citation parfaitement claire : • Il (le programme du PCF) tend pour cela à dépasser les limites du CME en ouvrant la voie à la démocratie et au • passage pacifique au socialisme qui devient l'objectif pratique de notre épo que ».(2) (souligné par nous). Ainsi les auteurs du traité citent des passages de deux cuvres où Lénine s'est attaqué à l'opportunisme tout en omettant complétement les ensei gnements fondamentaux qu'elles contiennent. cara : e... un aboutissement essentiel du Capital de Marx dans son ensemble » !!!! On serait en droit de s'attendre à une construction théorique sérieuse permettant de comprendre mieux le capitalisme contemporain. Rien de tout cela ! L'idée en est la suivante. Il y a une tendance à la suraccumulation du capital (c'està-dire qu'une partie du capital social ne peut se mettre en valeur). L'Etat intervient pour faire disparaftre cette suraccumulation en prenant en'charge cet excédent de capital. Ce qui empêche une baisse du taux de profit puisque le capital appartenant à l'Etat ne réclame pas sa part de l'ensemble de la plus-value produite. Il participe à la pror satt ant sd nana duction de plus-value mais la

Le traité marxiste d'économie politique n'est pas à la différence des œuvres de marxistes révolutionnaires, un « guide pour l'action », mais au contraire la justification à posteriori d'une pratique opportuniste. Pourquoi la direction du PCF se prend-elle tout d'un coup à avoir des velléités de construction théorique, alors que jusqu'à maintenant il suffisait d'exposer la ligne politique suivie en l'accompagnant de citations assez souvent falsifiées des représentants les plus prestigieux du marxisme ? C'est qu'aujourd'hui on assiste à un renouveau du marxisme révolutionnaire lié à l'apparition de nouvelles avant-gardes à l'échelle de la planète et qu'il s'agit pour le PCF d'occuper le terrain idéologique perdu par la bourgeoisie pour ne pas le laisser aux marxistes révolutionnaires. Ces derniers doivent donc critiquer et combattre toutes les manifestations de l'opportunisme au plan politique et au pian idéologique La composition de cet ouvrage est curieuse. A côté de l'exposition des acquis du marxisme le plus authentique (l'exploitation, le travail productif, etc...), on trouve des déformations et des falsifications. A la fin de chaque chapitre apparait comme un refrain l'air connu de la démocratie avancée, comme si le contenu de chaque chapitre à lui tout seul suffisait à justifier le programme du PCF. Essayons de montrer les falsifications les plus grossières, l'abandon des acquis les plus fondamentaux du marxisme !!!

létarlenne en vue de la « destruction » de la machine d'état. Par quoi le prolétariat le remplacera-t-il? La commune de Paris fournit à ce sujet une documentation des plus instructives ».(1) Dans le traité la citation s'arrête à militaire. Une utilisation similaire, par découpages habiles, est faite de la Catastrophe imminente.... Dans ce dernier ouvrage Lénine, en attaquant violemment les menchéviks et les SR qui soutiennent le gouvernement provisoire propose toute une série de mesures permettant d'empécher la catastrophe par le contrôle de la

DEVALORISATION» DEVALORISATION» a - Selon les auteurs du traité, le financement public de la production monopoliste est aujourd'hui la caractéristique dominante du CME. Tout au long de l'ouvrage on trouve beaucoup d'indications justes sur les formes prises en France par cette intervention de l'Etat dans la sphère économique. Mais une œuvre théorique ne doit pas consister en une accumulation de remarques de bon sens. Il s'agit de montrer comment l'Etat modifie les lois de fonctionnement du mode de production capitaliste. Qu'à cela ne tienne! les « penseurs » du PCF ont fait œuvre de science pour le plus grand bien de tous! Une théorie nous est présentée, celle de la suraccumulationdévalorisation qui constitue selon son inventeur P. Boc-

1) LE CONCEPT DE CME. Lénine a caractérisé le capitalisme de l'époque de la lère guerre mondiale comme capitalisme monopoliste d'état. Il mettait ainsi l'accent sur l'intervention économique de l'état bourgeois. Les auteurs du traité donnent un certain nombre de citations tronquées. Il leur faut en effet masquer leur désaccord avec la théorie léniniste. Il s'agit donc d'omettre les passages où Lénine parle de destruction de l'Etat bourgeois. Leur habileté et aussi leur ridicule les amène même à citer un passage de l'Etat et la Révolution dans un ouvrage destiné pour l'essentiel à justifier une ligne politique très voisine de celle que Lénine combattait. Donnons la citation de Lénine dans son intégralité et voyons ce qui en reste dans le traité : « Plus particulièrement, l'impérialisme - époque du capital bancaire, époque des gigantesques monopoles capitalistes, époque où le capitalisme monopoliste se transforme par voie de croissance en capitalisme monopoliste d'état - montre le renforcement extraordinaire de la « machine d'Etat », l'extension inoule de son appareil bureaucratique et militaire en liaison avec une répression accrue du prolétariat aussi bien dans les pays monarchistes que dans les républiques les plus libres. Aujourd'hui, l'histoire universelle conduit sans nul doute, sur une échelle infiniment plus vaste qu'en 1852, à la « concentration de toutes les forces » de la révolution pro-

2) LA «THEORIE DE LA SURACCUMULATION-

2) LA «THEORIE DE LA SURACCUMULATION-

Critique du Traité d'Economie Politique Iliyres transfère aux monopoles par divers moyens et se soustrait donc à la péréquation. Marx avait déjà mis en évidence le fait qu'une partie du capital social pouvait être soustraite à l'égalisation du taux de profit (3). Marx cite le cas des sociétés par actions où un phénomène semblable a lieu : « Comme le profit prend ici purement la forme de l'intérêt, de telles entreprises demeurent possibles si elles rapportent simplement l'intérét, et c'est une des raisons qui empêche la chute du taux général de profit, parce que les entreprises, où le capital constant est immense par rapport au capital variable, n'interviennent pas nécessairement dans l'égalisation du taux général de profit » (3). Déjà, dans l'étude des causes qui contrecarrent la loi de baisse tendancielle du taux de profit, Marx étudiait le cas des sociétés par actions et choisissait comme exemple les chemins de fer. On peut appliquer cette analyse de Marx aux entreprises nationalisées ou tout au moins à la plupart d'entre elles. Mais dans le Traité du PCF, il ne s'agit pas seulement de cet aspect de l'intervention économique de l'Etat bourgeois. L'ambition est beaucoup plus grande, il s'agit de trouver une théorie permettant de regrouper les différentes interventions de l'Etat. Se contenter de dire que la prise en charge de certains secteurs par l'Etat atténue les effets de la loi de baisse tendancielle du taux de profit ne permet pas d'expliquer les caractéristiques du processus productif dans les pays capitalistes 50 développés depuis 25 ans. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, il n'y a pas eu de grave crise économique dans les pays capitalistes avancés. Des tentatives d'explication ont été fournies, mais apparaissent insuffisantes. Dire qu'un certain nombre de changements (économie d'armement, intervention de plus en plus importante de l'Etat, inflation) expliquent ces phénomènes est purement empirique et ne permet pas de savoir si ceci est susceptible de durer ou non. On fait correspondre par cette démarche un certain nombre de traits particuliers du capitalisme contemporain avec l'absence de grandes crises. Il est certain qu'il y a des rapports entre ces différents éléments, mais aucune théorie ne permet de préciser ces rapports et de déterminer leur importance, ce qui est pourtant important du point de vue de la prévision en vue de l'action. Ceci n'est pas dû au hasard. Dans l'œuvre de Marx, les indications relatives aux crises sont nombreuses, mais disséminées (Le Capital, les Théories sur la plus-value, les Grundrisse), mais il n'y a malheureusement aucune étude synthétique des crises économiques, ce qui nous serait d'un grand secours. De plus, les études des marxistes sur ce sujet divergent bien souvent et de plus semblent partielles. Il ne s'agit évidemment pas de penser que l'on va tirer du Capital par voie de déduction une étude du capitalisme contemporain. Il s'agit de recenser tous les éléments dans l'œuvre de Marx et des marxistes qui concernent les crises et, par confrontation répétée avec tous les éléments empiriques dont on dispose d'essayer d'arriver à une explication du CME dans sa phase actuelle. On peut se demander après ce qui précède : mais pourquoi donc cet intérét presque maniaque pour les crises ? Nous pensons, après Marx, que la reproduction irrégulière, entrecoupée, du capital social est la manifestation de l'ensemble des contradictions du mode de production capitaliste. b - Après ces quelques re marques préliminaires, voyons comment le Traité résoud ces problèmes au moyen de la théorie de la « suraccumulation-dévalorisation ». Ceci nous fournira un exemple de plus (s'il en était encore besoin) de l'utilisation unilatérale, tronquée, qui est faite de l'œuvre de Marx. Dans le livre II du Capital qui étudie le procès d'ensemble de la production capitaliste, après l'étude de la loi de la baisse tendancielle du taux de profit et des causes qui contrecarrent l'action de cette loi, on trouve un chapftre particulièrement riche et complexe intitulé : le développement des contradictions internes de la loi (de baisse tendancielle du taux de profit). Dans ce chapitre, Boccara s'est particulièrement intéressé à un passage assez long où Marx étudie la façon dont peut être résorbée une suraccumulation absolue de capital. Remarquons bien que Marx part de l'hypothèse d'une suraccumulation absolue de capital : « Surproduction de capital, non de marchandises singulières - quoique la surproduction de capital implique toujours la surproduction de marchandises - signifie donc tout simplement suraccumulation de capital. Pour comprendre cette suraccumulation (plus loin on en trouvera l'étude détaillée), il suffit de supposer qu'elle est absolue. Quand la surproduction de capital pourrait-elle donc être absolue? Et il s'agit ici d'une surproduction qui n'intéresserait pas seulement tel ou tel secteur de la production, ou quelques secteurs importants qui serait absolue dans son volume même, donc engloberait tous les secteurs de la production. Il y aurait surproduction absolue de capital dès que la capital additionnel destiné à la production capitaliste égalerait 0. Or la fin de la production capitaliste, c'est la mise en valeur du capital ; c'est-àdire l'appropriation de surtravail, la production de plusvalue, de profit. Donc, dès que le capital aurait augmenté par rapport à la population ouvrière dans des proportions telles que ni le temps de travail absolu, que fournit cette population, ne pourrait être prolongé, ni le temps de surtravail relatif étendu. (ce qui, de toute manière, serait impossible dans une situation où la demande de travail serait si forte ; car les salaires auraient tendance à monter) ; donc, si le capital accru ne produisait qu'une masse de plus-value tout au plus égale et méme moindre qu'avant son augmentation, alors il y aurait surproduction absolue de capital ; c'est-à-dire que le capital augmenté C plus delta C ne produirait pas de profit ou même en produirait moins que le capital C avant qu'il ne ana lo anital O suant anEl na s'accroisse de delta C. Dans les deux cas, se produirait une forte et brusque baisse du taux général de profit, mais cette fois en vertu d'un changement dans la composition du capital qui ne serait pas dû au développement de la force productive, mais à une hausse de la valeur argent du capital variable (en raison de la hausse des salaires) et à la diminution correspondante dans le rapport du surtravail au travail nécessaire » (4) (Livre III, Tome 2, page 264 - passage souligné par nous - Editions sociales). Marx étudie ensuite les conséquences de cette hypothèse. Après une lutte concurrentielle entre les capitalistes, une partie du capital de montant delta C serait mise en sommeil. Le taux de profit augmenterait de nouveau et : * Pour le reste, les choses décriraient de nouveau le même cercle vicieux sur la base de conditions de production élargies, d'un marché plus vaste, d'une force productive augmentée » (5) Remarquons bien les hypothèses faites par Marx. La masse du profit reste la même aprés la mise en service d'un capital delta C supplémentaire. Il en résulte une baisse du taux de profit moyen (ce qui suppose la péréquation du taux de profit). Chaque capitaliste va donc ressentir cette baisse du taux de profit et va essayer de la faire disparaitre. Le moyen habituel, c'est d'augmenter le degré d'exploitation de la force de travail. Dans ce cas, ce n'est pas possible du fait de l'hypothèse que se donne Marx. (le temps de travail absolu que

Quatrième Internationale critique du «Manuel d'économie fournit la population ne peut étre prolongé ni le temps de surtravail relatif étendu). Quelle est donc la solution? « Le simple énoncé du conflit qu'il s'agit d'aplanir contient déjà la manière de le résoudre. La solution implique une mise en sommeil et même une destruction partielle de capital d'un montant de valeur équivalent à tout le capital additionnel delta C ou au moins à une fraction de ce dernier. Cependant, comme cela résulte déjà de l'exposé du conflit, cette perte ne se répartit nullement de manière uniforme entre les capitaux particuliers : c'est la concurrence qui opère la répartition. Et, dans cette lutte, le perte se répartit fort inégalement et sous les formes les plus diverses, selon les avantages particuliers de chacun et les positions qu'il s'est assuré : ainsi, un capital sera en sommeil, un autre compl etement détruit, un troisième ne subira qu'une perte relative ou ne connaítra qu'une dépréciation passagère » (6). Remarquons au passage la rigueur théorique de Marx !!! Passons sur le caractère embrouillé (l'explication du texte en elle-même serait très intéressante, mais trop longue ici) du premier chapftre du Traité et venons aux définitions. • La suraccumulation du capital peut étre absolue, mais aussi relative. Dans le cas extrême de suraccumulation absolue, à l'emploi d'une quantité additionnelle de capital re peut correspondre aucun profit additionnel. Ce profit additionnel est égal à O. C'est le cas par exemple de capitaux rapatriés à un moment donné et qui ne trouvent pas à s'investir dans une production immédiatement rentable. C'est le cas aussi d'une augmentation de capital d'une société qui ne s'accompagne pas d'un accroissement des profits. Dans ces conditions, le but de l'accumulation du capital étant, par définition, le profit, le processus d'accumulation subit, en principe, une rupture. Dans le cas de suraccumulation relative, à un capital additionnel ne correspond pas une masse de profit additonnel telle qu'elle puisse donner le taux de profit minimum nécessaire. C'est le cas, par exemple, d'un nouvel investissement - une machine nouvelle -qui n'entraîne pas une élévation proportionnelle des profits de l'entreprise. Dans les deux cas, la recherche, pour un capital additionnel, d'un taux de profit au moins égal au taux moyen, nécessite qu'une partie du capital social total ne se mette plus en valeur, soit pour ainsi dire dévalorisée » (7). Il y a plusieurs erreurs dans ce passage. 1) Marx montre comment, à la suite de la lutte entre les capitalistes pour se partager la plus-value totale, une partie du capital social est mise en sommeil (car l'exploitation de la force de travail ne peut étre augmentée, dans le cas des hypothèses faites). Les auteurs du Traité oublient cette hypothèse et de plus oublient la lutte concurrentielle qui détermine les politique» capitaux qui doivent être mis en sommeil. Il en est de même pour le cas de la suraccumulation relative. 2) Ils oublient la péréquation du taux de profit. En effet, chez Marx, le taux moyen de profit n'est pas une simple moyenne statistique abstraite, c'est le taux de profit effectif qui tend à être le même pour chaque capital et qui résulte de la concurrence. C'est ainsi que l'on voit apparaitre la notion subjective (que l'on rencontre chez les économistes bourgeois) de taux de profit minimum, de taux de profit inférieur au taux moyen ce qui est la négation de la tendance à l'égalisation des taux de profit. Si l'on néglige la formation d'un taux de profit moyen, on ne peut plus rendre compte des prix de production et il ne reste alors que deux solutions. Soit on revient à la production marchande simple où les marchandises s'échangent suivant leur valeur, soit on abandonne la loi de la valeur (et la théorie marxiste !). La dernière position, quoique timidement énoncée, semble étre celle de Delilez dans son ouvrage sur les monopoles. On peut y lire • Ta plus-value obtenue ne se répartit plus par le jeu de la péréquation et la loi de la valeur se fraie de plus en plus difficilement son passage (8). La première position est quant à elle indéfendable, car absurde : nul ne peut affirmer sérieusement qu'il y a un retour à la production marchande simple! Pour les partisans plus ou moins avoués de la deuxième thèse, il reste à

Critique du Traité d'Economie Politique lilyres explique la répartition du travail social suivant des proportions déterminées. Citons encore une fois Marx : « N'importe quel enfant sait que toute nation crèverait qui cesserait le travail, je ne veux pas dire pour un an mais ne fût-ce que pour quelques semaines. De même un enfant sait que les masses de produits correspondant aux diverses masses de besoins exigent des masses différentes et quantitativement déterminées de la totalité du travail social. Il va de soi que la forme déterminée de la production sociale ne supprime nullement cette nécessité de la répartition du travail social en proportions déterminées,: c'est la façon dont elle se manifeste qui peut seule étre modifiée. Des lois naturelles ne peuvent pas être supprimées absolument. Ce qui peut étre transformé, dans des situations historiques différentes, c'est uniquement la forme sous laquelle ces lois s'appliquent. Et la forme sous laquelle cette répartition proportionnelle du travail se réalise, dans un état social où la connexité du travail social se manifeste sous la forme d'un échange privé de produits individuels du travail, cette forme, c'est précisément la valeur d'échange de ces produits. Le rôle de la science, c'est précisément d'expliquer comment agit cette loi de la valeur » (9) b - Continuons à suivre la démarche exposée dans le Traité. Après avoir essayé de montrer l'utilisation qui était faite du cas de suraccumulation étudié par Marx et les erreurs commises, étudions le erreurs commises, etudions le 52 deuxième aspect de la théorie, la dévalorisation. Cette dernière est exposée en deux temps. D'abord, on peut lire : • Cette suraccumulation -dont nous précisons l'analyse ci-après - entraine nécessairement la « dévalorisation » d'une partie du capital. Dans le livre troisième du Capital Marx en précise la portée » (10), suit le passage du Capital que les auteurs appellent à la rescousse et que nous allons reproduire intégralement : * L'augmentation de la force productive (qui, par ailleurs, nous l'avons mentionné, va toujours de pair avec une dépréciation du capital existant) ne peut directement accroftre la grandeur de valeur du capítal que si, en élevant le taux de profit, elle augmente l'élément de valeur du produit annuel qui est reconverti en capital. S'il s'agit de la force productive du travail, ce résultat ne peut se produire (car cette force productive n'a directement rien à voir avec la valeur du capital existant) qu'autant qu'elle entraine une élévation de la plus-value relative ou encore une réduction de la valeur du capital constant, donc que si les marchandises entrant soit dans la reproduction de la force de travail, soit dans les éléments du capital constant, sont produites à meilleur marché. Or, ces deux conséquences impliquent une dévalorisation du capital existant et vont de pair avec la réduction du capital variable par rapport au capital constant. Toutes deux entrainent la baisse du taux de profit et toutes deux la de pront et toutes deus la ralentissent » (souligné par nous) (11). Ce passage semble parfaitement clair si l'on connait la définition du concept de dévalorisation que donne Marx dans un paragraphe du Capital dont le titre est : • Accroissement de valeur et dévalorisation, libération et fixation du capital ». Accroissement de valeur et dévalorisation sont des termes qui se comprennent tout seuls. Ils ne signifient rien d'autre que ceci, par suite de circonstances économiques générales quelconques - car il ne s'agit pas du destin particulier d'un quelconque capital privé - du capital existant voit sa valeur augmenter ou diminuer. Ils signifient donc que la valeur du capital avancé à la production s'accroit ou décroft, abstraction faite de la mise en valeur grâce au surtravail qu'il emploie » (12) (souligné par nous). Essayons d'expliquer tout de même ce qui peut sembler un peu obscur à la première lecture ! Soit une augmentation de la force productive de travail. L'augmentation de la force productive de travail signifie que le temps de travail social nécessaire à la production des marchandises diminue. Le taux de profit augmentera si la plus-value relative (plusvalue qui provient de l'abréviation du temps de travail nécessaire et du changement correspondant qui survient dans la grandeur relative des deux parties dont se compose la journée de travail) augmente ou si la valeur du capital constant diminue. La simple formule du taux de profit : pl_ (en supposant

C+V une même période de rotation pour le capital constant et le capital variable) montre que pour augmenter le taux de profit et en supposant que la journée de travail est constante, il faut ou que Pl augmente ou que C diminue. Or si la valeur des marchandises nécessaires à la reproduction de la force de travail diminue, Pl augmente et V diminue. Si la valeur des marchandises servant comme moyens de production diminue, C diminue. Ceci constitue bien une dévalorisation (suivant la définition donnée par Marx) du capital existant, soit du capital variable, soit du capital constant, qui ralentit la baisse du taux de profit. Mais n'oublions pas d'autre part que l'augmentation de la force productive du travail se traduit par une augmentation de la composition organique du capital (le rapport C/V) qui elle-même entraine la baisse du taux de profit. Ces deux conséquences de l'augmentation de la force productive du travail entrainent bien la baisse du taux de profit et la ralentissent. Après cette assez longue incursion dans le Capital, revenons au rapport entre la suraccumulation et la dévalorisation dans le Traité. Lorsque nous avons étudié le cas de la suraccumulation, nous avons souligné les hypothèses faites par Marx et notamment celle qu'il répéte (cf.pages 264 et 265) et qui précise que « la masse de la force de travail utilisée ne pourrait être augmentée, ni le taux de plus-value élevé, de telle sorte que la masse de la plus-value non plus ne pourrait étre augmentée »: Or, dans le passage cité, la question posée était de savoir quel était le rapport entre l'augmentation de la force productive et l'accroissement de grandeur du capital. Marx expliquait que l'augmentation de la force productive du travail ne pouvait augmenter la grandeur de valeur du capital que par l'intermédiaire d'une augmentation de la plus-value relative. Comme Marx a fait l'hypothèse que le taux de plus-value ne peut étre augmenté, dans son étude de la suraccumulation, le rapprochement des deux passages qui est fait dans le Traité n'a aucune signification. Il s'agit d'une confusion complète qui a pour simple but de rapprocher les termes de suraccumulation et de dévalorisation, en donnant l'impression de se faire le fidele interprète du Capital. Continuons le lecture du Traité et venons-en au deuxième passage où il est question de la dévalorisation. « Ces trois solutions (à la suraccumulation) - valorisation nulle, réduite ou négative - correspondent à ce que Marx appelle la « mise en sommeil du capital » et que l'on peut nommer aussi dévalorisation du capital total. Elles permettent en principe la poursuite de la mise en valeur des autres capitaux. Cependant, l'accumulation qui reprend sa marche en avant conduira de nouveau à la suraccumulation » (13). On remarque d'abord que la définition de la dévalorisation n'est pas la même chez Marx

Quatrième Internationale critique du «Manuel d'économie que chez les auteurs du Traité. Alors que Marx précisait bien (cf.ouvrage cité) la distinction entre mise en valeur d'une part et valorisation et dévalorisation d'autre part, ici il apparaft que la dévalorisation n'est qu'un cas particulier de la mise en valeur ! (Ce qui n'a pas empêché l'auteur du passage d'invoquer un passage du Capital contenant le concept de dévalorisation à l'appui de sa thèse !!). Le concept de dévalorisation n'ayant pas le même sens chez Marx que chez Boccara, la moindre des choses aurait été de préciser dans le Traité quelle était la différence entre les deux. Ceci n'est fait que dans un article d'Economie et Politique ultérieur : (14) • ...dévalorisation du capital au sens plus large du terme que nous avons proposé, englobant l'ensemble des « solutions » de la suraccumulation ». On est alors en droit de se poser la question suivante : essayons de recenser les principales solutions à la suraccumulation. Une des principales est l'exportation des capitaux. Peut-on alors parler de dévalorisation? Marx fournit la réponse, nous semble-t-il : « Si l'on exporte des capitaux, ce n'est pas que l'on ne puisse absolument les faire travailler dans le pays. C'est qu'on peut les faire travailler à l'étranger à un taux de profit plus élevé. Mais ces capitaux constituent un excédent absolu de capital pour la population ouvrière occupée et plus généralement pour le pays en question. Ils existent sous cette forme à côté de la population en excédent relatif et cet exemple montre comment les deux phénomènes peuvent coexister et se conditionner réciproquement » (15). L'a aiguillon de la production capitaliste » étant le taux de profit, l'explication donnée par Marx nous parait très convaincante. Monsieur Boccara, quant à lui, parle de dévalorisation dans ce cas : « Nous avons montré ailleurs comment 1) les formes monopolistes permettent une dévalorisation du capital non-monopoliste mis en valeur à un taux réduit. 2) le capital financier, une dévalorisation des petits capitaux monétaires et de l'épargne populaire avec un taux réduit, sinon négatif. 3) l'exportation des capitaux, la dévalorisation d'une partie du capital métropolitain mis en valeur dans d'autres pays anciennement non capitalistes » (16). Le concept de dévalorisation regroupe donc bien toutes les solutions à la suraccumulation, mais il est devenu en même temps une espèce de fourre-tout commode qui permettra d'expliquer l'impérialisme (un peu transformé tout de même) et « l'union des couches anti-monopolistes ». A ce point de ridicule, permettons-nous de ne plus suivre les élucubrations théoriques de Monsieur Boccara ! Attendons simplement qu'il élargisse encore le concept de dévalorisation !!! C - Revenons à la « théorie », telle qu'elle est exposée dans le Traité et à une « solution » particulière politique» de la suraccumulation, l'intervention de l'Etat : « En rendant supportable le dévalorisation d'une partie du capital mis en œuvre, l'Etat assure aux groupes monopolistes dominants un taux élevé de profit et la reproduction élargie de leur capital. Il rend possible leur survie. On comprend dans ces conditions, que la grande bourgeoisie monopoliste soit préte aux plus grands efforts pour garder le contrôle de la machine d'Etat entre ses mains, directement ou par l'intermédiaire de son person nel politique. Mais, en même temps, cette intervention de l'Etat reflète les grands changements intervenus par rapport aux étapes antérieures et notamment :

- l'aiguisement de la lutte de classe,

- la crise générale du capitalisme, période historique ouverte par l'accentuation des contradictions capitalistes au moment de la première guerre mondiale, le passage au CME qu'elle entraîne et l'apparition du premier Etat socialiste,

- le développement des forces productives... » (17). L'Etat bourgeois peut donc résoudre provisoirement le problème de la suraccumulation. D'après ce qui précède l'Etat bourgeois pourra jusqu'au moment où tous les capitaux seront dévalorisés résoudre ce problème. La « théorie » de la suraccumulation-dévalorisation ne nous permet pas de saisir les limites de la capacité de l'Etat à éviter la suraccumulation. La seule limite est la dévalorisation de tous les capitaux ! Sentant bien que tout ceci

Critique du Traité d'Economie Politique Vliyres n'est pas très satisfaisant, les auteurs du traité ajoutent que l'intervention de l'Etat reflète les grands changements intervenus par rapport aux étapes antérieures Ce qu'il aurait fallu faire c'est montrer comment l'action de l'Etat n'est pas unilatérale, qu'elle ne supprime pas les contra dictions du mode de production capitaliste mais les modifie, modifie leur articulation !!! Il résulte de tout ce commentaire attentif que cette « théorie » n'est qu'une constatation empirique érigée en théorie au moyen de contresens et de falsification de la théorie marxiste. Mais pourquoi tant de contresens et de falsifications !!! Pourquoi s'acharner à critiquer en système une série d'absurdités ? 3) L'utilisation de la théorie : Cette théorie pour l'essentiel fut présentée dès 1966 et reprise depuis dans toutes les œuvres théoriques du PCF. On ne peut pas dire qu'elle se soit beaucoup développées depuis (et pour cause !!!) mais elle continue à être rabachée. Elle a donc un intérét certain ! Lequel ? Ce n'est sûrement pas sa valeur scientifique! Alors qu'en est-il ? Si l'on continue la démarche suivie par les auteurs du traité on en vient à se demander :

• L'Etat par la dévalorisation d'une partie du capital social permet aux monopoles de continuer à faire des projets et à accumuler, ce qui entraîne de nouveau la suraccumulation et des difficultés pour l'ensemble de la population, mise à part la 54 bourgeoisie monopoliste. Quelle issue trouver à ces difficultés ? Les transformations structurelles nécessaires des conditions de productivité et de consommation ne peuvent plus concerner une dévalorisation limitée du capital ayant comme résultat la reprise de l'accumulation privée comme caractéristique dominante de l'économie. Il s'agit désormais de s'écarter du but dominant de l'accumulation et du profit capitalistes. Sans encore supprimer l'accumulation et le profit privé, il s'agit de les réduire à un secteur subordonné et au poids relatif en voie de diminution, avec la nationalisation progessive des secteurs-clé de l'industrie et du secteur financier. Cette nationalisation, conjuguée avec la direction et la transformation de l'Etat par les forces ouvrières et démocratiques, fournit les conditions d'une intervention publique dans un autre but que l'accumulation du capital privé et son profit. Le but de réforme aux besoins des diverses catégories de travailleurs peut commencer à dominer. En brisant de la sorte le CME, la démocratie avancée économique et politique se révéle, en définitive, la solution véritable à la crise du CME » (18). Il est maintenant temps de revenir aux textes de Lénine cités dans le premier paragraphe et de les comparer à la solution préconisée par le PCF à la crise du CME. Il n'est plus question de la destruction de l'Etat bour geois mais de sa transformation. On n'entend plus parler de dictature du prolétariat ! En fait de révolution, on nous parle de démocratie avancée, de législative, etc... et ce qui est encore mieux : * Dotées (les entreprises nationalisées) d'une gestion démocratique, à laquelle le personnel des entreprises participe activement, elles se distingueront de ce fait des entreprises nationalisées actuelles » (19), (souligné par nous). Le PCF donne pour perspective à la classe ouvrière de participer activement à la gestion ! Il n'est pas question de se lancer dans le commentaire de ce programme qui est un ramassis d'illusions réformistes, de contenus politiques dignes de la direction stalinienne du PCF. Pour terminer nous pensons qu'il faudrait ajouter à ce qui vient d'être dit un texte admirable de Lénine où celui-ci critique un livre de Vandervelde sur l'Etat (20). Contentons-nous de citer un passage en guise de conclusion : • Tout comme Kautsky, Vandervelde cite Marx et Engels avec un zèle extrème. Et à l'exemple de Kautsky, il cite de Marx et d'Engels tout ce qu'on veut, sauf ce qui est inaceptable pour la bourgeoisie, ce qui distingue le révolutionnaire du réformiste. Tout ce que l'on veut en ce qui concerne la conquête du pouvoir politique par le prolétariat, puisque politiquement la chose est déjà confinée dans un cadre exclusivement parlementaire. Que Marx et Engels aient jugé nécessaire, après l'expérience de la commune, de compléter le Manifeste communiste partiellement vieilli par l'explication de cette vérité que la classe ouvrière ne peut pas simplement s'emparer de la machine d'Etat toute prête, qu'elle doit la démolir, là-dessus pas le moindre mot ! Vandervelde, de même que Kautsky, comme s'ils s'étaient entendus, passe sous silence absolu ce qu'il y a justement de plus essentiel dans l'expérience de la révolution prolétarienne, ce qui distingue justement la révolution prolétarienne des réformes bourgeoises » (21). Lénine continue en montrant que Kautsky et Vandervelde parlent de la dictature du prolétarait, l'un pour s'y dérober, l'autre en usant de falsifications grossières. La direction du PCF, elle, ne parle plus de dictature du prolétariat.

Notes 1) œuvres choisies, page 312. 2) tome 1 du Traité, page 47. 3) le Capital livre II, tome 2, page 103.

page 264. Passages soulignes par 1) le Capital livre 1l nous. Editions sociales. 5) le Capital livre II, tome 1, page 268. 6) le Capital livre II, tome 1, page 268.

7) Traité, tome 1. page 58. 8) Les monopoles, page 118. Voir également la critique in Critique de l'économie: politique No 4-5, page 364 et suivantes. 9) Lettres à Kugeliman, page 103. 10) Traité, page 31 (tome 1). 11) Le Capital livre II, tome 3, page 361. 12) Le Capital livre II, tome 3, page 128. 13) Traité, page 39. 14) No 202. 15)Le Capital livre II, tome 6, page 268. 16) Economie et politique page 202. 17) Traité, page 41 et 42. 18) Economie et politique No 204-205. 19) Programme pour un gouvernement démocratique d'union populaire, page 16. 20) Lénine, œuvres choisies, tome 3, page 141. 21) œuvres choisies, tome 3, page 142.

VITivres Curieusement, alors que la Révolution algérienne fut pendant plusieurs années à l'avant-garde de la Révolution africaine, rares - et même inexistantes - sont les tentatives de bilan, complet et détaillé, de l'histoire mouvementée de l'Algérie Indépendante. Il est pour le moins significatif, alors qu'études, articles, ouvrages, fleurissaient avant le 19 juin 1965, de voir depuis le silence régner, seulement rompu par l'a Histoire de la guerre d'Algérie » en trois tomes d'Yves Courrière, intéressante malgré son caractère anecdotique, peu politique et non marxiste. En ce sens, l'ouvrage de Monique Laks représente un important pas en avant. Une lecture approfondie dissipe vite l'impression d'une étude limitée que semble cacher le titre, l'autogestion ouvrière représentant alors moins de 10 % du total des travailleurs employés dans l'industrie et le bâtiment. Bien au contraire, dans ce choix, dans les limites qu'elle a volontairement données à son étude, réside tout l'intérêt de la problématique du livre de M. Laks. Pour la première fois, un pouvoir non prolétarien, issu d'un

Quatrième Internationale autogestion ouvrière et pouvoir politique en Algérie de 1962 à 1965 mouvement nationaliste, • portait haut a la bannière de l'autogestion. Et il ne semblait faire aucun doute que, par ce choix, l'Algérie se voulait socialiste. Pour déterminer la nature de la société algérienne de 1962 à 1965, n'y avait-il pas de meilleur chemin que l'analyse des termes les plus radicalement opposés du paradoxe sur lequel elle reposait : l'auto gestion ouvrière face à un pouvoir non prolétarien ? • Par quels facteurs politiques, l'autogestion trouvet-elle sa place en Algérie?

DOUBLE NATURE L'autogestion algérienne naquit spontanément à la fin de l'été 1962, alors que les différentes fractions de la direction du mouvement nationaliste se déchiraient, alors que les colons pliaient bagage, alors que la disette menaçait. En l'absence d'organisation révolutionnaire, de parti d'avant-garde, de directives politiques, le prolétariat agricole et ouvrier reprit en main, cultiva, remit en marche, les champs et les

Joseph Pourquoi ce mode d'organisation collective transformant les rapports sociaux au profit de la classe ouvrière, est-il admis, mieux, officiellement prôné dans une société où le prolétariat ne détient pas le pouvoir ? » Ainsi l'étude de M. Laks dépasse-t-elle les frontières historiques de la première tranche de vie de l'Algérie indépendante (62-65) : nous assistons à la naissance, au renforcement dans une lutte contre l'autogestion, des forces sociales que Boumédienne symbolisera. DE L'AUTOGESTION usines délaissés par les colons en fuite. Seule cette initiative permit d'éviter la catastrophe économique. Son caractère spontané est manifeste quand on sait que les accords d'Evian stipulaient qu'il ne serait jamais touché aux possessions des pieds-noirs. Ce n'est qu'ensuite, lors des décrets de mars 1963, que l'équipe Ben BellaBoumédienne, ayant réussi à asseoir son pouvoir grâce à la popularité du premier,

KRASNY prisonnier durant les heures les moins brillantes du FLN, et à l'appui de l'armée, contrólée par le second (ALN), légalise l'autogestion, tout en essayant de reprendre en main, de contrôler, ce processus qui lui échappait. L'autogestion était acceptée, officialisée, applaudie dans les discours, parce qu'elle était un acquis irréversible pour le prolétariat algérien et qu'aucune force sociale n'était encore assez forte pour s'y opposer de front. Le deuxième Congrès de l'UGTA (mars 1965), sans se risquer à une caractérisation précise de l'Etat algérien, décrivait ainsi la « période de transition » algérienne : • Cette période de transition, qui n'est pas encore le socialisme, est marquée de contradictions objectives dont la plus importante est celle qui oppose dans notre pays, d'une part les forces de la révolution socialiste dont les travailleurs des villes et des campagnes, ainsi que les intellectuels révolutionnaires, représentent le noyau le plus ferme, et, d'autre part, les forces de la contre-révolution, représentées par les féodaux,

Autogestion en Algérie Vivres la bourgeoisie exploiteuse et la couche bureaucratique en voie de constitution, l'ensemble étant soutenu par le néo-colonialisme, notre ennemi principal à l'heure actuelle ». Société donc, « où petite-bourgeoisie et bureaucratie sont, l'une encore virulente, l'autre en plein développement, où la domination étrangère est toujours contraignante » (M.L., page • 95), mais dont, pour le « Programme de Tripoli » (2) „ Pronramme de Tripoli » (2) comme pour la « charte d'Alger » (3), le phénomène dominant est la croissance de l'a objectif du nationalisme libérateur vers une perspective plus lointaine, celle de la révolution » (4), la transcroissance de la lutte de libération nationale en Révolution Socialiste. Le moteur de cette dynamique est l'autogestion : « C'est dans l'autogestion que s'est manifesté et se manifestera le développement ininterrompu de la « Révolution nationale populaire » en révolution socialiste, posant tous les problèmes économique et politique résultant de la transition en cours du colonialisme à l'émergence d'un Etat ouvrant la voie au socialisme » (5). Ainsi apparait la double fonction que jouera l'autogestion dans les conditions particulières de l'Algérie indépendante : l'a autogestion joue là le rôle qu'aurait dů jouer le parti du

FI.N s'il avait été un parti d'avant-garde révolutionnaire.

Dans la phase de transition que traverse l'Algérie, sans parti reel, avec un appareil d'Etat qui ne se trouve pas entre les mains des « gestionnaires », ni même entre celles de leurs représentants ou défenseurs réels, l'autogestion - à cause des contradictions _* cause des contradictions 56 qu'elle provoque au sein du régime - a amené objectivement les travailleurs à défendre leurs intérêts, en même temps que ceux de la nation tout entière, c'est à dire ceux des travailleurs qui n'appartiennent pas au secteur auto-géré. A partir de la gestion proprement dite d'une entreprise, ce systéme les pousse à vouloir participer de plus en plus à la vie économique du pays, pour être en mesure de préserver l'autogestion elle-même ... Compte-tenu des courants divers qui continuent d'agiter la vie politique algérienne (écrit en avril 1965), la prise de conscience qu'a déterminée chez les travailleurs la pratique de l'autogestion des entreprises a réellement entamé le mythe issu de la lutte de libération nationale, selon lequel " tous les Algériens sont frères » (6). L'autogestion ouvrière assuma simultanément deux fonctions historiques : facteur de mûrissement de la révo. lution sociale. moteur de la lutte encore confuse contre la • réaction et forme de gestion écc omique d'un pouvoir non prolétarien. Contradiction: qui contient tout à la for les limites et l'échec de l'autogestion. « Adoptée » par le pouvoir, mais aussi poussant à la roue la radicalisation du prolétariat ouvrier et paysan ; sans cesse proclamée officiellement, mais terreau de la remise en cause du pouvoir. Contradiction tragique, car, en l'absence de parti révolutionnaire, elle permettait à la petite-bourgeoisie de jouer sur la confusion, ne parlant d'autogestion que pour mieux la museler. Il est clair que l'autogestion ne pouvait assumer ce double rôle: forme de gestion économique et substitut au parti révolutionnaire. * Vidée de sa substance, déformée par la société dominante, mal assimilée de ce fait même, l'autogestion n'a pu étre le fer de lance des luttes sociales en Algérie » (page243). La lueur du deuxième Congrès de l'UGTA, que fêtait l'article de Juliette Minces cité plus haut, faisant état de la nouvelle radicalisation qui apparaissait sous l'impact de l'autogestion, fut de courte durée, vite brisée par le coup d'Etat. ASCENSION ET ROLE DE LA PETITEBOURGEOISIE Croire que l'autogestion pouvait à elle seule assurer la marche de la révolution socialiste revenait à sousestimer le rôle de la petitebourgeoisie (7), écartelée entre a un besoin objectif d'accumulation au service exclusif de ses dépenses en consommation en même temps qu'une peur historique des masses (p.206). Comment dégager de nouvelles sources de revenu sans heurter la bourgeoisie nationale, comment limiter le développement de la bourgeoisie tout en ne mobilisant pas les masses ? Et, certes, « le danger d'un débordement par la classe ouvrière est encore plus grand que le profit escompté » (P. 206). Sur son chemin con chemin sinueux vers le pouvoir, la petite-bourgeoisie utilisera l'auto-gestion face à ceux qui la tenaillent à droite, faisant avaliser sa politique par les masses contre les opposants, en lui donnant un emballage « socialiste ». « Des tentatives pour résoudre les propres problèmes du pouvoir sont présentées, en temps opportun, comme des solutions à ceux de prolétariat » (p. 208). Il en est ainsi des nationalisations, alors limitées, mais qui se généralisèrent dans l'Algérie d'après 1965. L'étatisation, pouvant être maquillée en pas vers le socialisme, même si elle est contraire à ses propres . tendances à la propriété privée, devient pour la petitebourgeoisie la seule route d'équilibre entre ses propres contradictions. La confusion entretenue entre autogestion et réalisation du socialisme servit de paravent à la consolidation de son pouvoir. La politique suivie face à l'autogestion est admirablement bien résumée dans cette phrase : « Faire d'une structure intruse un instrument de Pouvoir » (p.210).

• Brandie par le Pouvoir toutes les fois qu'il est menacé par ses pairs, l'autogestion est dans le méme temps l'alibi d'une option autogestion ouvrière et pouvoir politique en Algérie de 1962 à 1965 socialiste vis-à-vis du prolétariat qu'il est nécessaire de se rallier et de faire patienter en attendant les réformes fondamentales promises. Dans l'instant, l'autogestion permet donc au Pouvoir de résoudre trois problemes: disposer d'une base contre ses adversaires, masquer son immobilisme en donnant le change sur ses options socialistes, se ménager, enfin, la source financière au développement bureaucratique de son appareil » (p. 210). L'ascension de la petite-bourgeoisie, déterminée par l'absence de parti révolutionnaire, la faiblesse de la bourgeoisie nationale, la désarticulation économique créée par l'impérialisme, passe par l'utilisation de la démagogie comme moyen de sa politique, comme échelle vers le pouvoir. Dans sa situation précaire, la petite-bourgeoisie n'a qu'une solution: s'emparer de ce qui concrètement lui est totalement étranger. Faire d'une pierre deux coups: menacer du spectre socialiste, chaque fois qu'il est nécessaire, la bourgeoisie nationale, et endormir parallelement les masses. Il n'est donc pas étonnant que nombre de réalisations (industrialisation, révolution agraire, planification...), réclamées sans cesse par la gauche du FLN avant 1965, aient été a mises en pratique » par l'équipe gouvernementale de Boumédienne (8). Elles ne sont pas à mettre « à l'actif » de cette dernière ; elles ne dénotent pas le caractère « plus ou moins progressiste » du pouvoir. Elles doivent étre inscrites dans cette double réalité de la petitebourgeoisie: premièrement, promouvoir sa propre indépendance économique (en fait obtenir un meilleur partage de la plus-value, gagner quelques miettes du gâteau impérialiste), et pour cela ces mesures sont nécessaires à son développement; par là-même, leur contenu est inévitablement déformé, ne profite en rien aux masses déshéritées. Deuxièmement, masquer leur réalité sous une étiquette socialiste, en se servant de l'attachement réel du prolétariat à la réalisation de ces objectifs. Dans le même sens, la petite-bourgeoisie n'a pas encore pu officiellement rompre avec l'autogestion, alors qu'il s'agirait d'en finir avec un fantôme. Mais si le paravent est toujours nécessaire, il cache de plus en plus mal le développement du capitalisme d'Etat, la bureaucratie croissante. CRITIQUE D'UNE CRITIQUE Ainsi l'échec de l'autogestion dans sa tentative d'assumer un double rôle, mode de gestion économique d'un pouvoir non prolétarien et moteur de la radicalisation des masses populaires, est-il criant. • Si l'autogestion est un facteur de révélation et de radicalisation des rapports sociaux, elle ne parait pas capable de développer cette radicalisation jusqu'au renversement des rapports de forces existants, à moins de se nier en tant qu'autogestion ». (p.305). Cette conclusion de M. Laks ne suscite pas l'unanimité ; selon Yves Bourdet, critiquant • son livre dans la revue Autogestion et Socialisme tout irait pour le mieux si l'auteur ne se hasardait pas à conclure à une faillite globale de l'autogestion, liée à la période (pouvoir non prolétarien), et également • inhérente à la conception même de l'autogestion » (p. 201). Pour Yves Bourdet, M. Laks • reprend « les formules rituelles du trotskysme » (sic), «a ajouté des conclusions d'inspiration trotskyste qui semblent un peu plaquées de l'extérieur sur l'analyse des unités « autogérées », « préfère se rassurer par l'invocation de vieilles formules (resic) qui promettent un Etat ouvrier sans déformations bureaucratiques, sans qu'on nous explique jamais pourquoi le fameux « centralisme » serait • démocratique », sinon en remplaçant Joseph par Léon ou X par Gomulka, puis Gomulka par Y » (reresic !). Il ne s'agit pas ici de discuter du rôle de l'autogestion après que la classe ouvrière ait pris le pouvoir. Mais l'on ne peut affirmer que, de l'échec de l'autogestion en Algérie, aucune leçon générale n'est dégageable. Les conclusions générales sont de deux ordres : 1) il ne peut y avoir de réelle autogestion ouvrière, alors que la petite-bourgeoisie prend progressivement en mains les rennes du pouvoir. Ici il semble y avoir accord avec le chantre de l'autogestion Y. Bourdet; 2) chanter avant 1965 l'autogestion, la représenter comme le remède à tous les maux, comme la panacée (même en affirmant parallèlement qu'elle n'est pas encore réalisée, qu'elle est en butte à la bureaucratie, etc.), si l'on ne met pas également en avant la nécessité de construire un parti révolutionnaire, de donner une direction révolutionnaire au prolétariat et aux paysans algériens, revient en fait à

Quatrième Internationale capituler devant la petitebourgeoisie, à être désarme soi-même, et à appeler les masses à se désarmer ! C'est ici que la position de Y. Bourdet est inacceptable d'un point de vue révolutionnaire pour des militants qui veulent réaliser la révolution socialiste, et s'en donner les moyens.En effet, ce dernier, dans son récent ouvrage « la Délivrance de Prométhée » (9), part en guerre contre les thèses de Lénine selon lesquelles le capitalisme ne peut étre renversé que par l'organisation militaire des révolutionnaires professionnels et non par le « mouvement autonome » ou « spontané » de la classe ouvrière prise dans son ensemble. Pour lui le • centralisme démocratique » est la « cause profonde » du stalinisme. Bien au contraire, le centenaire de la Commune nous a rappelé combien la spontanéité révolutionnaire du prolétariat ne suffit pas pour remporter la victoire sur la bourgeoisie, combien un parti révolutionnaire fit cruellement défaut aux communards, combien, en son absence, tergiversations, hésitations, indécision des masses apparaissent au grand jour, et combien, surtout, cette position • ultragauche » de déification de la spontanéité des masses, n'est que réformisme paré de verbiage révolutionnaire. Kautsky ne s'attacha-t-il pas à démontrer, face a la « terreur bolchévique ", « que la Commune de Paris ne fut pas « artificiellement » préparée, mais surgit spontanément, prenant les révolutionnaires à l'improviste, contrairement à la révolution russe d'octobre -novembre qui fut minutieusement préparée par notre parti » (10). Pour parler de

Quatriême Internationale autogestion ouvrière et pouvoir politique en Algérie de 1962 à 1965 qu'être victorieuse. Ainsi est hautement significatif le glissement des revendications autogestionnaires à celles de contrôle ouvrier dans les entreprises non encore autogérées (11). « Né dialectiquement de l'autogestion, le contrôle ouvrier, d'emblée revendiqué par l'action puisque par la grève » puisque par la grève » (p. 158) représente un dépassement de vieilleries, les idées de Y. Bourdet ne semblent pas si jeunes ! Capitulation, défaitisme, réformisme, certes, car seule l'organisation révolutionnaire permet de garantir l'autonomie du prolétariat face aux forces petitebourgoises. Les sources et la force tout entière de la théorie léniniste de l'organisation sont là. Construire cette ligne de séparation d'avec le radicalisme petit-bourgeois est une nécessité d'autant plus forte dans les pays arabes où, en raison de la faiblesse de la bourgeoisie nationale et de l'échec de la construction de partis staliniens solidement implantés, la petite-bourgeoisie (nassérisme, mouvement nationaliste arabe petit-bourgeois, Algérie, ...) a pu parfois méme se frayer un chemin vers le pouvoir à grands coups de démagogie et de phraséologie révolutionnaire. Les désaccords ne portent donc pas sur l'appréciation d'une faillite, intrinséque ou non de l'autogestion, d'un échec inhérent ou non à la nature de l'autogestion. A la limite ceci est secondaire si les perspectives, la voie vers la révolution socialiste, les moyens d'y parvenir, sont identiques. D'ailleurs le prolétariat algérien a lui-méme compris tardivement et confusément certes, la nécessité de quitter un terrain 58 bourbeux, gangréné. Car c'était entretenir une confusion que de se placer sur le méme terrain que la petite bourgeoisie: réclamer une auto-gestion véritable, opposer vraie et fausse autogestion, lutter pour l'autogestion démocratique face à l'autogestion bureaucratique était en fait inopérant. Sur un tel champ de bataille, la petite-bourgeoisie choisit seule les armes et ne peut l'autogestion, instrument de lutte dérisoire dans cette phase de l'histoire de la société algérienne (p. 153). L'autogestion reste réservée à l'Algérie socialiste. De toutes les grèves de la période 1962-65, une seule réclamera la mise en autogestion de son entreprise, mais au sein d'une coopérative. « Partout ailleurs, c'est le contrôle ouvrier qui devient la structure revendiquée » (p. 253). La revendication de contrôle ouvrier ne permet plus d'entretenir ambiguité et confusion, elle affirme une méfiance profonde vis-à-vis du pouvoir, elle proclame qu'il n'y a pas de socialisme parce que soi-disant il y a autogestion. L'ouvrage de M. Laks n'est pas uniquement une description de la naissance du capitalisme algérien, de la double nature de l'autogestion à son utilisation par la petitebourbeoisie. Il contient aussi une legon politique primordiale : la nécessité d'en finir avec les concessions à la petite-bourgeoisie, à sa démagogie, à sa façade radicale. La naissance de l'autogestion algérienne, la perspective socialiste dont elle était porteuse, la radicalisation dont elle fut un temps le moteur, ces nombreuses facettes de la jeune révolution algérienne ont profondément marqué toute une génération révolutionnaire et sont, par là même, un acquis important sur le chemin de la création d'un parti d'avant-garde en Algérie. Car l'utilisation à des fins démagogiques de l'autogestion par la petite-bourbeoisie, puis sa fin, sa mort, prouvent concrètement la vanité des tentatives de conciliation, l'échec des positions capitulardes de concession à la petite-bourgeoisie. Ces leçons sont ancrées tout au fond de la mémoire collective de l'avant-garde algérienne, seul le travail d'un parti révolutionnaire pourra leur donner toute la force nécessaire et les faire s'épanouir au grand jour. Les militants trouveront dans le livre de Monique Laks ample matière pour justifier de telles leçons. NOTES (1) E.D.I. éditeur, Paris, 1970. (2) Programme du F.L.N. adopte à Tripoli par le Conseil de la Révolution Algérienne, en juin 1962. (3) Thèses du congrès du F.L.N d'avril 1964. (4) Programme de Tripoli; « la révolution démocratique popu laire », chap. I. (5) Charte d'Alger, « Les caractéristiques de l'Algérie » paragraphe 18. (6) Juliette Minces, * Auto gestion et lutte de classe en

Algérie » (les Temps modernes.

No 229, juin 1965). (7) Sur le rôle de la petite bourgeoisie, cf. en particulier chap. V Sect. 3. (8) cf. * Quatrième Interna- Internationale » (No 44, juillet 1970). (9) Ed. Anthropos, Paris 1970. (10) Trotsky, « Terrorisme et

Communisme ».

11) Ainsi la section syndicale de enault - Algérie votait le 30.5.64 une réalisation réclamant la promulgation d'un décret instituant le controle ouvrier des entreprises non autogérées.

Une étoile est née au ciel de la « trotskologie » : relayant le zèle antitrotskyste un peu sénile de Monsieur Léo Figuères, voici qu'un jeune (? ) loup du PCF fait irruption dans les colonnes de l'Humanité. Dans un article fleuve paru le 22 Octobre sous un titre aux allures scientifiques (« A propos du trotskysme »), Monsieur Rony s'attache à rappeler aux lecteurs oublieux de l'Huma la nature inepte et néfaste du trotskysme. Jusque là, rien de très surpre-. nant ; mais la lecture de l'article nous ménage quelques surprises : quelle prudence, quelle modération, quel doigté inhabituel pour parler du trotskysme ! Certes, Monsieur Figuères et ses inspirateurs moscovites - dérivant sans secours dans les tourbillons de l'histoire sur l'esquif vermoulu de la politique stalinienne - avaient déjà dû se résigner à parler de Trotsky et du trotskysme un ton moins haut que leurs ancètres à la Vichinsky. Trotsky et ses adeptes n'étaient plus de « maudits reptiles », des « chiens galeux », mais plus prosaiquement des mencheviks camouflés en ultrarévolutionnaires ; la « critique », enfouie dans un amas de calomnies, de falsifications et de contre-vérités, commençait à se faire « politique ». Rony franchit encore un pas dans cette direction: à sa manière et à la mesure de ses moyens, il s'efforce de développer une réfutation politique du trotskysme. Mais ne se convertit pas à l'art de la polémique léniniste qui veut : quarante années de stalinisme pésent lourd sur les fréles épaules de Monsieur Rony, et, derrière le ton dépassionné de son article se profile une masse impressionnante de sottises, d'insinuations et de de Vichinsky

Jean Ronv mensonges qui sont le lot inaliénable de la « critique » stalinienne... Monsieur Jean Rony « interprète » l'histoire Le stalinisme nepeut se survivre sans réécrire l'histoire ; il ne peut se passer de ses escouades de barbouilleurs du passé toujours prêts à recouvrir d'une couche de blanc uniforme les égarements et les crimes de la politique stalinienne. Mais Monsieur Rony, qui se compte parmi ces mercenaires, est pris dans une contradiction périlleuse : il lui faut réfuter la pratique passée du trotskysme sans pouvoir songer à mettre ouvertement en regard la politique stalinienne à laquelle les trotskystes s'attaquaient alors : la comparaison serait un peut trop parlante. D'où ses embarras inextricables ! Prenons quelques exemples. Le trotskysme, reconnait Rony, occupe une certaine place en France (« Ce qui constitue aujourd'hui un fait politique, c'est le trotskysme : avec ses caractéristiques propres, il s'insère dans une certaine disposition des forces »). Certes, affirme-t-il avec quelle légerté ! - la tradition trotskyste est intermittente en France. Mais elle est ancienne : déjà en 1936 et en 45, le trotskysme « disposait d'une certaine base », et, qui plus est, dans la classe ouvrière ! Etrange aveu si l'on songe à la façon dont les ascendants de Monsieur Rony qualifiaient alors les trotskystes (« fascistes » «hitlérotrotskystes », voir par exemple la brochure au titre évocateur « Trotsky, Doriot, Hitler »). Quelque part dans son article, Rony note que l'existence de regroupements politiques dans la classe ouvrière correspond toujours à certains « besoins » de celle-ci ; à quels « besoins » donc, et à quelles dispositions de la classe ouvrière pouvaient donc correspondre en 36 et en 45 ces regroupements * trotskystes-fascistes » ? moins que Rony ne considère cette caractérisation comme.. excessive ? Nous ne le saurons jamais, même s'il met son point d'honneur à rappeler discrètement que les trotskystes ont servi « objectivement » le fascisme. Mais notre homme préfère ne pas trop s'attarder sur ce terrain glissant, et il change son fusil d'épaule : dés cette époque, dit-il les trotskystes ont développé leur activité « dans la mouvance de la droite social-démocrate ». Il faut bien reconnaître que Rony, lui même ancien socialdémocrate passé au stalinisme sans doute par pure conviction révolutionnaire, est fort bien placé pour faire la leçon aux trotskystes qui, dans les années 30 firent un travail de fraction dans la socialdémocratie française sur une base explicitement bolchévikléniniste. Cela leur valut d'ailleurs une exclusion assez rapide, ce bon Monsieur Thorez - qui s'apprêtait à brader les aspirations révolutionnaires de la classe ouvrière française dans le Front « populaire » bourgeois - ayant conseillé à Blum de se défaire de ces « gêneurs »' Affirmer tout crûment que les trotskystes s'agitaient dans la mouvance de la droite (?) social-démocrate à une époque ou Thorez déroulait le tapis de la collaboration de classe sous les pas des ministres radicaux et « socialistes », où les agents du Guépéou faisaient la chasse aux révolutionnaires, c'est tout de même aller un peu vite en besogne, Monsieur Rony ! Avec vos airs savantasses et circone.

Quatrième Internationale par Michel LENOIR pects, vous ne dédaignez apparemment pas de têter au biberon de la « science » des Duclos et Vichinsky... C'est ne pas manquer d'aplomb non plus que de s'en prendre à la position de Trotsky vis-à-vis du fascisme ! Ainsi, Trotsky aurait fait preuve d'« immobilisme théorique » dans l'analyse du phénomène nazi, prétendant que « la petite bourgeoisie dans son ensemble » était fasciste, et apportant ainsi, comme nous l'avons dit, une aide « objective » au fascisme (« objective »... tout est dans les nuances, mais dans le fond demeurent l'épais crétinisme et l'insondable mauvaise "foi...). Les manuels ou Rony a appris l'histoire du mouvement ouvrier allemand nous semblent dater un peu ! Outre qu'il falsifie entièrement l'analyse trotskyste du fascisme, notre historien déficient n'a-t-il pas souvenance d'un certain cours « gauche » du PC allemand sous la direction de Thaelmann mené en conformité absolue avec les directives de l'IC stalinienne? S'aventurerait-il à nier que ce cours, fondé sur le refus de toute alliance avec les sociodémocrates qualifiés de « social-fascistes » contre la montée du nazisme en Allemagne fut l'élément décisif qui permit l'installation de Hitler au pouvoir? Sans doute les écrits de Trotsky sur l'Allemagne où l'on trouve une dénonciation au jour le jour de cette politique criminelle ne figurent-ils pas. dans sa bibliothèque au côté de ceux de Dimitrov. Aujourd'hui, de nombreux historiens que l'on ne peut guère soupçonner de complaisance à l'égard du trotskysme s'accordent pour relever la profondeur de l'analyse que Trotsky fit du nazisme bien avant son triomphe. Les

V/Lyres

De Vichinsky å Jean Rosny W/Livres précurseurs de Rony, eux, apprirent la victoire des nazis aux élections de 1933 avec un grand sang-froid : ils étaient persuadés que Hitler ne parviendrait pas à se maintenir au pouvoir plus de quelques mois, et qu'ensuite viendrait leur tour... En fait de tour, ce fut celui de Thaelmann d'aller se faire assassiner dans un camp de concentration. Mais en voici assez des prouesses historiques de Monsieur Rony. Une lecture attentive de l'article nous révéle malheureusement que comme théoricien, il ne se distingue pas plus que lorsqu'il chausse ses lunettes d'historiographe stalinien. Quelques prouesses théoriques... Dés le début de l'article, le ton est donné: constatant qu'en France le maoisme semble battre de l'aile et le trotskysme se bien porter, Rony fait la remarque suivante: finalement, le maoisme est d'un maniement trop dangereux pour la bourgeoisie française car il posséde un « référent » (la Chine populaire), tandis que le trotskysme qui « n'a pas de référent » et parce qu'il n'en a pas, « représente ainsi l'arme absolue où les classes dirigeantes peuvent fourvoyer les aspirations révolutionnaires naissantes ». Admirable démarche ! D'un seul élan, Rony révèle la crapulerie de l'étroitesse incroyable du point de vue stalinien ; l'idée que les groupes révolutionnaires auraient pour vocation « naturelle » de servir la bourgeoisie est ici reprise avec une fausse candeur remarquable ; mais surtout: pour Rony, une théorie de la révolution dépourvue de « référent », c'est-à-dire de quelque sainte patrie ou de quelque saint patrie ou de quelque saint 60 dogme auxquels se « référer » est perdue d'avance ! Imbécilité insondable des staliniens qui rabat le marxisme au rang de la religion et la stratégie révolutionnaire au niveau du mimétisme. N'en déplaise à Rony, les trotskystes ont un « référent » autrement plus solide et marxiste que le sien : l'expérience révolutionnaire du prolétariat mondial, synthétisée dans les œuvres et l'action militante des inspirateurs du marxisme révolutionnaire ; et cet acquis, ils ne craignent nullement de le mettre en balance avec les conquêtes contemporaines du « référent » de Monsieur Rony, telles que la médecine psychiatrique pour intellectuels dissidents et l'armement le plus moderne fourni aux bourreaux des peuples soudanais, bengalis et ceylanais... Et le plus drôle est que Rony, un peu plus loin dans sa démonstration n'hésite pas à accuser Trotsky de se conformer à un modèle figé ! Mais voici qu'au détour d'une phrase Rony exécute la révolution permanente d'une formule péremptoire : « Mythe de la révolution permanente dont le contenu émotif n'a d'égal que l'imprécision ». Voilà qui est un peu rapide ! Contenu émotif, cision ? Sans doute pour l'exégète un peu pressé d'Historia ou de l'Huma qui réduit la révolution permanente au « faire la révolution tout de suite et partout en même temps » de l'impatience bovine. Mais dans ce cas, « l'imprécision » de la « théorie » est simplement mesurée l'ignorance ou à la mauvaise foi de son interprète. Car la révolution permanente, étayée sur une analyse du profil de la révolution en Russie que seul Trotsky élabora dés 1905, n'est en rien la formalisation de l'impatience timpanence révolutionnaire, mais la théorie de l'actualité de la révolution prolétarienne mondiale pensée dans sa totalité, dans l'interdépendance de ses différents secteurs. Mais demander à Rony et ses semblables, aux apologistes de la caricacure de revolution proletarienne que Marchais nous prépare sous le nom de démocratie avancée de voir plus loin que le bout de leurs préjugés menchéviks et de se placer du point de vue de la révolution mondiale est vraiment une exigence irréaliste ! Enfin, le clou de la réfutation « théorique » de Trotsky et du trotskysme: ces gens-là, voyez-vous, manifesteraient un penchant excessif pour l'organisation, auraient tendance à la fétichiser : comme c'est curieux ! Il n'y a pas si longtemps, d'obscurs plumitifs khrouchtcheviens ont consacré quelque 300 pages expliquer que le jeune Trotsky s'était toujours moqué des questions d'organisation, s'était pour cette raison, violemment opposé à Lénine et ne s'était rallié par la suite au léninisme que par ruse tactique tout en demeurant dans le fond quelque chose comme un spontanéiste impénitent. Monsieur Rony n'aurait-il pas lu ses classiques? ! De toute façon, on comprend fort bien que l'apologiste d'un parti qui recrute ses adhérents entre l'andouillette de Vire et le p'tit blanc de Saumur à la fête de l'Huma et ne pratique guère que le vote par acclamation, se sente désorienté lorsqu'il se trouve confronté à des organisations révolutionnaires qui ont la faiblesse de ne pas rejeter les principes léninistes au musée de la révolution... On saisit dés lors sans mal que le style militant « fiévreux et obsessionnel » d'une organisation comme la Ligue (qui a le tort de ne pas réduire le concept du militant à celui de la « carte » placée dans un moment d'euphorie et dont effectivement les militants sont en proie à une « obsession », celle de la révolution prolétarienne), laisse notre historien tout pantois ! Mais cessons de troubler la profonde méditation théorique de Monsieur Rony. Elle nous enseigne suffisamment, tout comme la profondeur de ses « recherches » historiques, que si la forme a changé dans la charge contre le trotskysme, le fond de mauvaise foi et d'aveuglement politique demeure immuable ; il n'est pas au pouvoir des staliniens de s'amender ni de se réformer ; tout au plus peuvent-ils changer la maniere. Mais sous les différents pelages, la béte demeure la même. Au fait, qu'est-ce qui excite ainsi le zele de Monsieur Rony? Ce n'est pas pour l'amour de la science ni de l'art que Rony s'est décidé à faire le saut dans l'enfer du trotskysme ; c'est que, comme il le dit si bien, avec un mélange de perplexité et de résignation, le trotskysme constitue un « fait politique ». Depuis fin 68, le PCF ne cesse de proclamer la faillite imminente et intégrale de ce qu'il appelle le « gauchisme ». En fait de faillite, Rony doit se contenter de noter le retrait des organisations maoistes et le fait que la Ligue «est passéesurle devant de la scène gauchiste », nourrissant visiblement le regret de n'avoir pas assisté à l'inverse: après tout, ces maos, avec tous leurs excès, ne conservaient-ils pas le « référent » familier de... Staline ? !

de Vichinsky

Jean Rony Voici donc de nouveau notre trotskologue plongé dans l'embarras : il lui faut - commande oblige - démontrer contre l'évidence que « dans les grandes luttes réelles qui se déroulent contre le capitalisme, le trotskysme ne compte pour rien ». Et pourtant, tout au long de son article, par son ton méme et par la façon de l'aborder, que fait-il, sinon démontrer que le trotskysme est un fait politique et idéologique irréductible dans la France des années 70 ? La táche n'est donc pas simple et Rony s'en tire sans trop de brio. Les groupes trotskystes existent, dit Rony, ils peuvent prendre des initiatives spectaculaires, recruter des milliers d'adhérents etc... il n'en demeure pas moins que ce sont de pures sectes : et ceci tient, à l'en croire, à ce qu'ils « n'ont pas d'arrière ». Et aussitôt de mettre le lecteur en garde : « Le caractère parfois spectaculaire de leurs démonstrations ne doit pas faire illusion. Ce qui oppose une secte à un mouvement réel, ce n'est pas à la limite ni le nombre, ni la disponibilité des adhérents. mais l'ampleur de la base sociale ». Avouons que cette demonstration un peu mécaniste ne nous convainc guère. Monsieur Rony, décidément tout à fait dans le vent, n'évoque-t-il pas quelque part dans son article « une certaine autonomie du champ politique »? Renvoyer les critiques et les sceptiques à la stabilité et à l'ampleur de sa « base sociale » (concept d'ailleurs fort vague chez Rony et prompt à se réduire en celui de base électorale) est l'argument massue de tous les réformistes. Aussi bien que de Monsieur Rony, il peut faire les beaux jours de Brandt et Wilson... La sacrosainte référence à la « base sociale » immuable n'est que la tarte à la crème conçue pour masquer la faillite totale des partis réformistes sur le terrain politique. Pas plus que le POSDR en 1900 ou même le PCF en 1920, les avant-gardes révolutionnaires n'apparaissent aujourd'hui sur le champ politique en transportant leur « base sociale » dans leurs bagages ; Monsieur Rony a le droit d'être d'un autre avis, mais alors il est de notre devoir de lui signaler qu'il prend congé de Lénine... Les révolutionnaires, dans leur lutte contre le réformisme et le révisionnisme, conquiérent leur « base sociale » en commençant par faire irruption sur le champ politique et en y occupant une position inexpugnable, même si au départ elle est fort réduite; à moins que Monsieur Rony ne considère que la classe ouvriere, en bonne base sociale « active » qu'elle serait, ne secréte ellemême son « sommet » politique ? Et certes, il serait bien cocasse de voir ainsi notre réformiste se travestir en spontanéiste ! Au demeurant, si son argumentation peut à la rigueur faire illusion lorsque l'avant-garde se réduit à une poignée de militants coupés des masses et confrontés à l'écrasante majorité de partis réformistes, il se trouve que, lorsque certaines de ces fameuses « sectes » s'enflent jusqu'à jeter 30.000 personnes dans la rue, remplir la Mutualité lorsque bon leur semble, développer des campagnes politiques qui rencontrent un écho profond dans la classe ouvrière (augmentations égales pour tous par exemple), l'idée qu'elles puissent se maintenir ainsi en dehors du champ social, suspendues en l'air dans le ciel politique par quelque mystére des superStrue sures insignifiance anti, structures, se révéle dans marxiste. Rony prétexte des difficultés rencontrées par le mouvement trotskyste depuis la fin des années 30 pour le présenter comme un mouvement de l'échec, voué par son essence méme, du fait de ses prémisses politiques, éclater en constellations éparpillées pour se perdre finalement dans les sables d'une politique « pure » et prophétique. Cette belle démonstration n'omet qu'un infime détail : les conditions historiques dans lesquelles s'est constitué le mouvement trotskyste ; Lénine construisit le Parti révolutionnaire en Russie et jeta les bases de la 3éme Internationale dans des conditions de montée tres puissante de la révolution ; la gageure du mouvement trotskyste, ce fut de construire un mouvement révolutionnaire mondial dans une période globalement caractérisée par le retrait du mouvement ouvrier et la prédominance d'un réformisme aggressif. Ainsi, ironisant sur l'« échec » du mouvement trotskyste, Rony ne fait que désigner l'ombre portée sur toute la scène politique par les agissements criminels de ses inspirateurs. Aujourd'hui que la remontée de la révolution à l'échelle mondiale permet aux trotskystes de briser ce carcan, ils sont préts à dresser le compte de leurs échecs et de leurs succès passés et présents, et à soutenir la comparaison avec le bilan que peut nous présenter Rony; la question n'est pas de savoir qui a le plus grand local et qui envoie ou n'envoie pas saucissonner quelques centaines de milliers de personnes tous les ans sur les pelouses de Vincennes ou

Quatrième Internationale de la Courneuve, mais quelle voile gonfle le vent de l'histoire, et laquelle il abandonne. « Ne peuvent prétendre à une autonomie politique que les partis et organisations correspondant à la fois aux besoins objectifs des masses et à l'idéologie qui traduit la prise de conscience que les masses ont de leur situation objective. C'est-à-dire des partis et organisations qui émanent des masses elles-mémes ». Sous l'écorce épaisse du mécanisme stalinien, ce propos de Rony contient un grain de vérité : à ceci près que la conscience ouvrière comprend de larges différenciations et que le point de vue des marxistes révolutionnaires « correspond » à celle des secteurs les plus avancés de la classe, et celle des réformistes à celle des secteurs les plus attardés. Voici pour le grand cheval de bataille de Rony. Passons plus vite sur de menues broutilles : il paraitrait que la vocation du trotskysme serait d'être subalterne, satellisé par rapport à d'autres forces politiques ; et de remettre l'entrisme dans la SFIO sur le tapis et d'évoquer le militantisme effectivement douteux de certains « trotskystes » dans FO. après avoir présenté les trotskystes comme des gens qui fuient « dans le désert » et sont suspendus dans les cieux de la politique pure, les voici parés du titre d'appendice de tous les groupements contrerévolutionnaires! Au moment où Marchais s'accroche désespérément aux basques de Mitterrand et se prépare dans le cadre des élections de 73 à passer sous la table devant le PS avec autant de dignité que le permet la chose, cette accusation de « subalternité » ne peut que prêter à rire ; ou est-elle la rigoureuse

De Vichinsky à Jean Rosny WiLiyres politique de classe indépendant des staliniens français ? Depuis que Thorez courba l'échine en 36 pour permettre à la bourgeoisie française de franchir plus commodément le gué de la crise révolutionnaire, nous ne voyons trace que de « subalternité » du PCF : « subalternité » criminelle dans la guerre et à la libération de ses intéréts dans les années de la reconstruction ; « subalternité » devant les « socialistes » français lorsque en 56 on vote les pleins pouvoirs au « cama• rade » Mollet; « subalternité » devant Mitterrand en 65 lorsque le Bonaparte de rechange propose ses services « populaires » à la classe dominante. « Subalternité » criante enfin devant la France capitaliste en Mai 68, lorsque Marchais, Seguy et leurs escouades de permanents consacrent leur zèle inlassable à démobiliser la classe ouvrière ! Et voici que Monsieur Rony se permet de donner des leçons d'indépendance politique aux trotskystes qui n'ont jamais eu besoin ni de la béquille social-démocrate, ni de celle d'une quelconque patrie du socialisme pour marcher droit ! Le verbiage de Rony ne nous enseigne rien que nous ne sachions déjà, si ce n'est que le temps des pogroms staliniens contre le trotskysme est définitivement révolu ; lentement, acculés par un rapport de force qui se dégrade sans cesse en leur défaveur, ces Messieurs s'acheminent vers une attitude de lutte « politique » contre le trotskysme qui implique de fait la reconnaissance du rôle des trotskystes dans le champ politique. Sans doute ne se résoudront-ils qu'en dernier recours à disputer, négocier et, mieux encore, agir en commieux encore, ayur en con 62 mun avec les marxistes révolutionnaures ; ce n'est pas de bonne grâce qu'ils renonceront aux coups de Jarnac, aux calomnies, aux amalgames et aux exclusives ; tous les subterfuges, même les plus misérables leur seront bons pour retarder le moment ou ils cesseront de considérer le trotskysme comme une monstrueuse anomalie: Rony ne s'efforce-t-il pas d'insinuer que l'on pourrait très bien faire entrer Trotsky au musée des gloires de la révolution... pour peu qu'on l'ait préalablement débarrassé de sa postérité fâcheuse du trotskysme ! Mais le vent de l'histoire pousse plus fort que toute la mauvaise foi et la mauvaise volonté des staliniens « rescipiscents » comme dit Monsieur Rony : les réactions plus qu'embarrassées et vraiment surprenantes du PC après l'arrestation récente de 13 de nos camarades sont là pour en témoigner de façon éclatante ; lorsqu'une bataille politique se déroule sous les yeux des masses et sur la base d'un certain rapport de force, lesprocédés de gangsters ne sont plus permis si l'on ne veut pas encourir un discrédit total. Le zéle laborieux de manieurs de plumes supplante la compétence professionnelle des manieurs de piolets et de brownings. Plus la dimension internationale du trotskysme s'affirma, et plus les staliniens seront aussi acculés au débat politique : on ne traite pas impunément de fascistes des militants dont les camarades subissent ouvertement la repression de gouvernements gorilles ou bureaucratiques, comme les nôtres. Certes, la tâche des cracheurs d'encre à la Rony sera facilitée aussi longtemps que pourront se prévaloir du titre de trotskystes des organisations qui ont depuis longtemps rompu avec le marxisme révolutionnaire. Ainsi, c'est avec une délectation non dissimulée que Rony mentionne les positions criminelles que les lambertistes développèrent naguère sur le role joue par le FNL dans la lutte anti-impérialiste du peuple vietnamien. Mais la faillite historique du courant stalinien ne peut qu'entrainer celle de tels vestiges. En étayant son argumentation malhonnéte sur les caricatures des positions trotskystes que développe l'OCI, Rony ne fait que réfuter l'image déformée de sa propre ligne politique.

ANNEXE Lorsque nous avons écrit cette réfutation de Rony. tout en mentionnant ses pitoyables efforts pour s'élever au niveau d'une critique « politique », nous avons souligné qu'il passerait encore bien de l'eau sous les ponts avant que ce personnage et ses semblables ne se dépouillent de la peau de bouc de l'imbécillité calomniatrice stalinienne. Et voici qu'un article assez effarant paru dans le numéro de Novembre de la « Nouvelle revue internationale » (organe confidentiel de la bureaucratie soviétique destiné à l'édification de ses sous-fifres dans le monde entier) vient apporter une confirmation écla tante de ce point de vue (*). Dans ce factum absolument consternant nous voyons là l'exécuteur de service reprendre avec autant de zèle maniaque que d'absence d'imagination, la vieille chanson de geste de l'antitrotskysme dans toute sa splendeur native... mais l'écart existant entre la « manière » de cet obscure bureaucrate et celle de Rony est frappant: tandis que celui-ci, reflétant la pression directe et quotidienne du mouvement trotskyste sur le PCF et sa zone d'influence est contraint d'«aménager», d'« épurer » la fable antitrotskyste, de présenter une argumentation « documentée », de tenir compte de la réalité militante du courant qu'il calomnie, le débris débile de l'« Internationale » stalinienne qui est l'auteur de l'article de la Nouvelle Revue Internationale, exprimant à la fois l'étroitesse bovine, l'immobilisme complet, l'ignorance noire et la haine craintive des bureaucrates du Kremlin de toutes les choses de la révolution peut s'adonner aux purs fantasmes d'un antitrotskysme dépourvu de toute assise dans la réalité historique présente ou passée. A aucun moment il ne s'agit d'« argumenter », mais simplement d'executer un « trotskysme » intégralement mythique, dans le ronron d'une logomachie d'ou s'évade l'ombre même d'un raisonnement politique. Deux manières de traiter le trotskysme, une « douce » et une « forte », une « subtile » et une « bovine » qui expriment à leur façon le rythme inégal de la désagrégation de l'appareil bureaucratique stalinien... Mais qu'il nous suffise de citer la conclusion de l'article de Sandros pour comprendre à quel point, sous des styles différents, transparaît la même crainte d'un même spectre : celui du trotskysme. « C'est pourquoi on ne saurait mettre les trotskystes sur le même plan que les courants gauchistes qui expriment, bien que sous une forme défigurée, l'impatience révolutionnaire des couches non prolétariennes des travailleurs, leur aspiration à des changements sociaux rapides et décisifs. Il est possible à l'aide d'arguments probants de soustraire de nombreux participants à ces mouvements, à l'influence des gauchistes et d'orienter leur énergie vers une lutte réellement révolutionnaire pour la démocratie et le socialisme. Cela ne concerne pas les complices trotskystes de l'impérialisme. Les communistes les considèrent comme des ennemis du marxisme-léninisme, du mouvement communiste et ouvrier international, les combattent imal-anhla combattent implacablement ». (*) M. Sandros : battage autour du trotsk! sme.

Vivres Livres reçus Jean Rabaut: Jean Jaurès (Librairie académique Perrin). François Fejtö : Dictionnaire des partis communistes et des mouvements révolutionnaires (Castermann éditeur). Claude Willard : Le socialisme de la Renaissance à nos jours (Presses universitaires de France). Klaus Mehnert : Pékin et la nouvelle gauche (Arthur Fayard éditeur).

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