L'Irlande a été la première colonie britannique, la première qui a lutté pour son indépendance, la première aussi où l'impérialisme inventa, il y a environ 50 ans, comme « solution », la partition du pays, car les découpages de nations établies selon des parallèles géographiques ou autres lignes arbitraires ont été institués avant la fin de la 2ème guerre mondiale. Nous avons déjà expliqué la question des six comtés du nord de l'Irlande, leur coût pour la Grande-Bretagne, la situation sociale qui y existe (1). La question de l'unification nationale de l'Irlande, qui est depuis deux années A cette époque, gouvernement travailliste britannique, sous prétexte d'assurer la paix entre catholiques et protestants, avait envoyé en Irlande des milliers de soldats. En réalité, ces troupes ont tout le temps été au service des nantis, des possédants, des protestants privilégiés socialement,
• laborieuses composées essentiellement de catholiques. Aujourd'hui, les dirigeants travaillistes, écartés du pouvoir à la suite des élections de juin 1970, déclarent hypocritement qu'ils n'ont pas voulu cela et attaquent fortement le premier ministre conservateur, Heath, plus préoccupé de gagner aux régates que de trouver une solution à la crise irlandaise. Mais les propos et le programme irlandais de Wilson ne sont que propagande électorale qui ne touche pas à la situation dans ce qu'elle a d'essentiel.
En fait, l'Irlande est aujourd'hui le pays européen où a commencé une guerre civile en même temps qu'une guerre pour libérer tout le territoire de l'occupation par une armée étrangère. Une fois de plus, la « démocratie » britannique n'a plus de signification hors des limites de l'fle : l'habeas corpus a été supprimé, les camps d'internement été institués, la police l'armée livrent des « interrogatoires » selon les règles les mieux établies par les colonels de multiples pays.
Le peuple irlandais a une longue tradition de lutte, y compris de lutte armée, pour son indépendance. Il existe aussi en Irlande une tradition révolutionnaire socialiste de longue date, où brillent le soulèvement de 1916 et le nom de Conolly. Il y a également une tradition fort ancienne, commençant avec Marx et Engels, de solidarité du mouvement ouvrier européen avec la lutte du peuple irlandais.
Le réveil de cette lutte ne peut et ne doit pas manquer de faire revivre ces traditions de solidarité ouvrière internationale. En tout premier lieu se pose avec acuité le problème de la solidarité des travailleurs de Grande-Bretagne l'impérialisme que combattent les masses irlandaises est leur ennemi direct. Si l'on pouvait avoir le moindre doute sur l'état d'esprit du capitalisme britannique dans la question irlandaise, la lecture de la presse britannique, du plus réactionnaire des journaux conservateurs, jusqu'au démocrate Guardian, le ferait disparaitre : tous justifient en fait les arrestations et les internements sans jugements, les soldats brandais empechent de remplir une tace traitaire ere est le styl meme de la britanniques sont présentés comme de très braves gens, que les Républicains presse française dans les années de la guerre d'Algérie, des sudistes américains à propos des Noirs, etc.
Une telle propagande ne peut manquer d'exercer certains effets sur les ouvriers anglais, mais il y a en Angleterre, en Ecosse et au pays de Galles, plus d'un millior de travailleurs irlandais qui, même lorsqu'ils proviennent de familles installée: depuis quelques décennies dans ces pays, sont extrêmement sensibles à ce qui se passe dans l'« autre île ». Dans les syndicats britanniques, il y a des milliers de travailleurs irlandais d'origine que leur militantisme a portés à des fonctions responsables. Le lien entre la lutte des travailleurs de Grande-Bretagne et celle des masses irlandaises a été exprimé voici quelques semaines avec force par un des militants syndicaux des chantiers de la Clyde. Annonçant que les ouvriers de ces chantiers menacés de fermeture occuperaient leur lieu de travail, il ajoutait que, pour les en déloger, le gouvernement aurait à y amener les troupes qui sont aujourd'hui dans le Bogside, le quartier le plus occupé militairement de Derry.
Pour les marxistes révolutionnaires, notamment ceux de Grande-Bretagne, la question irlandaise doit occuper une place de premier plan. Expliquer la situation et enjeu, soutenir la lutte de l'IRA sans se laisser intimider par les « horreurs » qu'inventera la propagande britannique ou par la répression probable Grande-Bretagne méme, telles sont les tâches les plus immédiates. En même temps, mais dans une perspective à plus long terme, il faut aider les forces irlandaises d'avant-garde se revendiquant du marxisme dans le cours même de la lutte élaborer un programme pour donner à celle-ci le maximum de force politique et à s'organiser suivant les principes d'organisation dans le parti mondial incarnant le bolchevisme d'aujourd'hui, la IVème Internationale. (1) cf. Quatrième Internationale, N*39, septembre 69, pages 54-55.