La défaite écrasante que l'impérialisme américain et ses alliés ont subie au Laos s'étend en ondes de choc vers de nombreuses parties du monde. Elle a stimulé une reprise impressionnante du mouvement de masse anti-guerre aux Etats-Unis et accentué la décomposition du régime fantoche au pouvoir à Saigon et à Pnom-Penh. Elle a aussi encouragé l'extension du mouvement révolutionnaire vers d'autres parties du monde. L'aire du territoire thailandais entraînée dans le tourbillon de la guerre révolutionnaire s'étend sans cesse, de aveu même des autorités de Bangkok. L'insurrection massive du Bangla Desh en réponse au massacre perpétré par une dictature militaire aux abois, la riposte armée de la jeunesse ceylanaise à la répression anti-démocratique et illégale qui s'est abattue sur elle, sont des indices clairs de l'extension du processus révolutionnaire, du sud-est asiatique proprement dit vers l'ensemble du sud du continent et avant tout vers le subcontinent indien.
L'agression de l'impérialisme américain contre la révolution sud-vietnamienne et laotienne ne visait pas en premier lieu que des objectifs locaux. Elle était une tentative d'arrêter la montée mondiale de la révolution coloniale, un avertissement adressé à tous les peuples d'Asie, d'Amérique Latine et d'Afrique que le gendarme mondial de l'impérialisme frapperait, et frapperait de toute sa puissance, partout où la partie du monde dominée par le Capital risquait d'être de nouveau réduite.
Elle n'a pas atteint son but. L'héroïsme et la ténacité sans précédent des masses laborieuses indochinoises ont empêché l'agression impérialiste d'arriver à sa fin au Vietnam même. Les ripostes à cette agression ont étendu la lutte révolutionnaire aux pays voisins, avant tout le Cambodge et la Thailande. Les répercussions de l'agression au sein même de la forteresse impérialiste ont été plus redoutables encore pour les maitres de Washington. Elles y ont déclenché un mouvement d'opposition à la guerre qui, parti des étudiants et de la jeunesse en général - intelligemment stimulé par nos camarades de la Young Socialist Alliance qui appliquent une tactique de large front unique concentré sur l'obiectif du retrait immédiat et inconditionnel des troupes américaines d'Indochine — a remporté le 24 avril deux succès spectaculaires : une participation massive du mouvement syndical et de dizaines de milliers de travailleurs à la manifestation des 250 000 à San Francisco ; l'impact important de la manifestation des 500 000 à Washington sur les soldats de l'armée impérialiste.
La dialectique, terrifiante pour l'impérialisme, de ce dernier impact est déjà visible sur le terrain. Les révolutionnaires sud-vietnamiens, saississant la balle au bond, ont proclamé une véritable politique de fraternisation, affirmant ne plus vouloir attaquer toute unité des forces armées américaines qui maniteste publiquement son opposition a la guerre. Les soldats américains hostiles à la guerre commencent à agir comme ferment de désintégration de l'armée fantoche sud-vietnamienne, et se transforment même par-ci par-là en forces d'agitation révolutionnaire pour la population civile des territoires non libérés du Sud Vietnam.
Mais en même temps, l'explosion de la lutte révolutionnaire au Bengale oriental et à Ceylan rappelle à l'impérialisme que les perspectives de « stabilisation » ne sont pas meilleures aujourd'hui, dans cette partie du monde, qu'au moment ou Kennedy décida de s'engager dans les sables mouvants du Vietnam. C'est ainsi que se précise le véritable dilemme auquel l'impérialisme américain est confronté au Vietnam, et sur lequel nous n'avons cessé d'attirer l'attention depuis plusieurs années. S'il poursuit son agression contre la révolution vietnamienne, le prix qu'il devra payer, surtout aux Etats-Unis mêmes, deviendra de plus en plus lourd. S'il se retirait du Vietnam et se reconnaissait vaincu, cette défaite impérialiste exercerait un stimulant puissant en faveur d'une extension internationale de la révolution en Asie - et sans doute pas seulement en Asie!
Le seul espoir qui reste à l'impérialisme américain de s'en sortir en limitant les dégâts (ceux-ci sont déjà très élevés pour lui, de toute manière ! ), c'est l'espoir d'un compromis négocié, dans lequel la révolution sud-vietnamienne semblerait elle-même rester bloquée à mi-chemin. La bureaucratie soviétique monnaie l'aide au compte-goutte qu'elle accorde à la République Démocratique du Vietnam et au FNI du Sud Vietnam pour exercer une pression de plus en plus forte en vue de faire accepter par les révolutionnaires vietnamiens l'idée d'un « compromis honorable », censé permettre à Washington de « sauver la face », destiné en réalité à arrêter l'extension internationale de la révolution en Asie, qui n'effraie pas moins le Kremlin que la Maison Blanche. Jusqu'ici les révolutionnaires vietnamiens ont résisté à cette pression, forts de l'expérience acquise par les masses au cours des 25 années de lutte révolutionnaire ininterrompue, forts surtout des cones Taenoed de émete 1954, de lela foreus deNges din Die ud, conséquences du démantelement de leurs forces armées dans le Sud, en résulta.
Aujourd'hui, Nixon manifeste pas ses dernières manœuvres diplomatiques qu'il est conscient de l'inefficacité de la pression soviétique sur Hanoï, et il cherche d'autres intermédiaires. coïncidence entre l'aggravation de la crise de la politique vietnamienne et l'ouverture de la « diplomatie du ping-pong » ne peut etre purement fortuite, même si le tournant de Washington vers une normalisation par étapes de ses rapports avec Pékin correspond aussi à certains desseins économiques évidents : effacer le retard considérable que l'impérialisme américain a subi par rapport à ses concurrents japonais et européens dans sa réapparition sur le vaste marché chinois. L'impérialisme américain espère que, ramenée dans la « communauté internationale » (à commencer par l'ONU), la bureaucratie chinoise paiera le prix de la « coexistence pacifique » en ajoutant sa pression à celle du Kremlin pour ramener à la raison les révolutionnaires de Hanoi et surtout ceux du FNL:
Les risques de succès de cette ultime manœuvre impérialiste, à savoir sortir du guepier vietnamien sans trop encourager la révolution en Asie, sont réels. La vigilance des révolutionnaires dans le monde entier doit redoubler, pour protéger l'héroïque révolution vietnamienne non seulement contre ses ennemis mais aussi contre des « amis » par trop intéressés. La trahison que la bureaucratie maoiste vient de commettre à l'égard de l'insurrection populaire du Bangla Desh indique bien qu'elle reste prete a subordonner la révolution internationale à ses propres intérêts de couche privilégiée, nuisant de ce fait même aux intérets immédiats de défense de la révolution chinoise et de la République Populaire de Chine. Mais deux obstacles formidables se dressent sur la voie d'une réussite de la manœuvre Nixon, tendant à utiliser les désirs de « normalisation » des rapports sino-américains de la part de Mao pour porter un coup de poignard dans le dos de la révolution vietnamienne.
D'abord les masses chinoises - surtout les masses jeunes - ont été fortement politisées depuis le début de la « révolution culturelle ». Leur attitude générale envers la bureaucratie est devenue plus critique, plus indépendante. Leur sympathie pour la révolution vietnamienne a été mobilisée et consolidée dans des manifestations sans cesse renouvelées. Il ne sera pas facile de faire admettre à ces masses un tournant à 180 degrés, surtout en face d'une montée révolutionnaire qui continue et s'accentue en Indochine. Cela limite sévèrement la liberté de manœuvre de la bureaucratie maoïste à ce propos.
Ensuite et surtout, le processus de révolution permanente au Su letnam est en train a erectuer un nouveau bond en avant dans e territoires non libérés du Sud Vietnam, comme d'ailleurs dans ceux du Laos et du Cambodge. La population urbaine se remet en marche. La désintégration du régime fantoche de Saïgon s'accentue. Dans ces conditions, la politique de « vietnamisation » de la guerre est assurée d'un échec total. Un repli militaire des forces impérialistes vers quelques bases aéronavales accoudées sur la côte n'empêchera pas renversement des structures capitalistes sur les neuf-dixièmes du territoire, et l'apparition d'un pouvoir populaire anti-impérialiste et anti-capitaliste, un toute l'étendue de l'Indochine. Faire abandonner à ces ouvriers et à ces paysans leurs armes conquises au prix de tant de sacrifices, de tant de sang, de tant de larmes, c'est une entreprise extrêmement difficile même avec l'aide de Mao, si cette aide peut être acquise pour une telle besogne, ce qui n'est tout de même pas encore certain.
L'impasse reste donc totale pour l'impérialisme. La conjonction d'une lutte révolutionnaire qui va en s'amplifiant en Indochine, et d'un mouvement anti-guerre de plus en plus puissant aux Etats-Unis mêmes, rend toujours possible une victoire éclatante de la révolution vietnamienne.
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Le 9ème Congrès mondial de la IVème Internationale avait prédit que la révolution indienne jouerait dans les années 70 le même rôle historique que la révolution vietnamienne avait joué dans les années 50 et 60 , que la révolution chinoise avait joué dans les années 40. A première vue, les résultats des dernières élections législatives en Inde semblent contredire ce pronostic. Après des années d'instabilité politique à la suite de la mort de Nehru, Mme Indira Gandhi semble avoir réussi à rétablir une direction bourgeoise ferme sur le pays. La montée des partis communistes semble bloquée, sauf au Bengale occidental.
Mais il ne s'agit là que d'une impression superficielle. En réalité, le processus de politisation et de radicalisation des masses d'ouvriers et de paysans pauvres, commencé depuis leur perte de confiance dans le Parti du Congrès, se poursuit dans da majeure partie du pays. Le vote massif pour Indira Gandhi n'est qu'une étape passagère de ce processus de radicalisation - comme ce fut le cas du vote massif des masses laborieuses ceylanaises pour le « front populaire » en 1970. Les masses indiennes désirent des changements radicaux. Elles tournent le dos au chauvinisme raciste, aux partis de droite, aux démagogues qui cherchent à orienter leur attention ailleurs que vers les questions brûlantes de la terre, du pain, du plein emploi, de la lutte contre le fardeau des dettes, de la spéculation et des profits capitalistes. Elles s'impatientent de plus en plus. Si Indira Gandhi ne tient pas ses promesses électorales, les masses seront vite déçues et passeront vite à l'action directe, comme a Ceylan.
Que partis « ouvriers » (y compris ceux qui s'appellent communistes) rencontrent des difficultés, dans ces conditions, à maintenir leur propre identité, alors qu'ils s'identifient entièrement avec une politique de coalition avec des partis bourgeois, cela ne doit pas provoquer beaucoup d'étonnement. La situation au Bengale occidental Coloration don dagent ta le gue front de la ne est différente non pas parce que le PC (M), ex-prochinois, y suit une ligne meilleure - il reste lui bourgeoisie à son égard, , la détérioration rapide de la situation économique, l'exode des capitaux, la succession des explosions urbaines et rurales, exacerbent les contradictions sociales à un point beaucoup plus avancé que dans le reste de l'Inde et arrachent le masque « libéral » et « socialiste » des forces regoupées autour d'Indira Gandhi - c'est à dire parce que la révolution y est beaucoup plus avancée.
Dans ces conditions, le pronostic également esquissé par le gème Congrès mondial de la IVème Internationale que le Bengale pourrait jouer le rôle du Piémont de la future Inde socialiste se précise lui aussi.
En cherchant à écraser dans le sang l'insurrection populaire des masses bengali, la clique militaire au pouvoir au Pakistan a agi en fonction de ses intérêts étroits de gros propriétaires fonciers et de gros monopolistes, effrayés par la perspective d'un partage du pouvoir réel avec les petits-bourgeois et intellectuels bourgeois de l'Awami League. Mais du point de vue des intérêts des classes possédantes de l'ensemble de la péninsule indienne, pour ne pas dire du point de vue des interets de la bourgeoisie internationale, elle a commis une erreur catastrophique.
En décapitant la direction petite et moyenne bourgeoise du mouvement de masse au Bengale, elle n'a pas étouffé la révolte des masses. Elle a simplement obligé celles-ci à s'engager dans une guerre populaire de longue haleine, qui ne peut se terminer que par la banqueroute financière, politique, militaire et sociale du Pakistan occidental. Elle les a obligées en même temps à forger une nouvelle direction révolutionnaire dans le feu de la lutte, qui ne pourra être qu'une direction surgie de la masse des paysans pauvres et des ouvriers eux-même s. Ainsi, le fruit empoisonné que Yahia Khan risque de récolter de ses massacres immondes au Bengale oriental, c'est outre une situation prérévolutionnaire au Pakistan occidental (1), un Bengale oriental rouge qui déteindra sur le Bengale occidental. Etant donné que la trahison de Mao a coupé l'herbe sous le pied des maoistes inconditionnels locaux, ce Bengale rouge risque de surgir sous une direction révolutionnaire indépendante, proche du marxisme révolutionnaire.
Rien d'étonnant à ce que le Far Eastern Economic Review, porte-parole de la nouvelle bourgeoise de l'Asie orientale, affirme dans son numéro du 17 avril 1971 que le gouvernement du Pakistan occidental pourrait bien être à la recherche d'une solution politique. « La seule question ouverte maintenant, c'est la composition politique du futur gouvernement du Bangla Desh ». En fait, quels que soient les desseins d'une « politique du pire » du point de vue bourgeois, que cette revue attribue à certains chefs militaires pakistanais, on peut etre convaincu que des négociations avec le sheik Mujibur Rhaman -prisonnier au Pakistan occidental - ont déjà commencé et qu'à travers des intermédiaires comme le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale, la bourgeoisie internationale s'insère dans ces négociations pour « amener a • la raison » la clique récalcitrante d'Islamabad.
Elle dispose à cette fin d'une arme de choix : la dépendance de plus en plus prononcée du gouvernement d'Islamabad de l'aide capitaliste internationale. Car il ne faut pas s'y tromper (et les maoistes ont cherché désespérément à tromper à ce sujet l'opinion révolutionnaire internationale): si Yahia Khan dispose d'une armée contre-révolutionnaire bien équipée, bien entraînée et encore financée, c'est d'une armée équipée par l'impérialisme américain, financée par le grand capital international et entraînée à Sandhurst, c'est à dire par l'impérialisme britannique, qu'il s'agit. L'apport d'armes soviétiques et chinoises à cette armée - dont les prolétaires du Bengale oriental, comme bientôt d'ailleurs ceux du Pakistan occidental, seront bien placés pour apprécier toute la nature « anti-impérialiste » -n'a été que marginal. Si le gouvernement pakistanais peut, tant bien que mal, maintenir une administration d'Etat répressive qui collecte la rente foncière semi-féodale et la plus-value capitaliste, c'est à l'aide financière impérialiste qu'il le doit. Ce qui veut dire que le jour ou le fouet impérialiste claquera, la clique Yahia Khan devra s'exécuter. Ce jour ne semble plus fort éloigné.
Entre temps, les masses insurgées du Bengale oriental ont reçu une leçon qu'elles n'oublieront pas de sitôt. Elles auront appris a se metier des directions réformistes bavardes et vacillantes, qui, a des tins de manœuvre, ont commencé par les exciter,tout en négociant dans la coulisse avec les bouchers, quitte à les envoyer désarmées dans le combat contre une armée contre-révolutionnaire féroce. Elles auront appris à se méfier de Mao et de ses accolytes, qui proclament que la révolte est justifiée - sauf quand elle sedirige contre la dictature militaire réactionnaire, semi-féodale de Yahia Khan. Elles apprendront à n'avoir confiance que dans leurs propres forces, à organiser dans chaque village, dans chaque quartier, des comités populaires pour diriger la lutte, à s'armer elles-mêmes et à conserver une structure égalitaire de leur armée, avec des commandants élus par les combattants, sans privileges matériels quelconques, à forger un front unique révolutionnaire des paysans pauvres gérant leurs terres et des ouvriers combattant pour prendre en mains les installations industrielles, commerciales et de transport des villes. Sur la base de cette alliance, de ce programme et de cette stratégie révolutionnaire, la révolution du Bangla Desh sera invincible.
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Mais c'est à Ceylan que la nature explosive de la situation actuelle en Asie du Sud, et le processus de révolution permanente dans lequel cette partie du monde est engagée, s'est révélée de la manière la plus dramatique et la plus nette. Voilà cette « Suisse de l'Asie du Sud », véritable « paradis vert » comparé à l'Inde asséchée, où la population Jouissait depuis plusieurs générations d'un niveau de vie et de culture supérieurs a l'ensemble de l'Asie du sud et du sud-est, brusquement entrainée à son tour dans le tourbillon révolutionnaire. Les forces conservatrices de ce monde sont à . tel point effrayées par les perspectives d'une victoire révolutionnaire à Ceylan sous une direction révolutionnaire indépendante - véritable tremplin pour la révolution indienne — que s'est noué contre ce tourbillon révolutionnaire un front unique international dont on n'a jamais vu de précédent à une telle échelle : les impérialismes britannique et américain, la bureaucratie soviétique, la Yougoslavie « neutraliste », n'en sont que quelques éléments principaux. Les gouvernements bourgeois de l'Inde et du Pakistan, qui se menacent tous les jours des deux côtés de la frontière qui déchire le Bengale, et qui s'abreuvent d'injures sur les ondes, collaborent paisiblement et fraternellement quand il s'agit d'étouffer les débuts de la révolution ceylanaise. Le boucher Yahia Khan ne fait d'ailleurs que rendre au gouvernement de Mme Bandaranaike la monnaie de sa pièce,car ce gouvernement de « gauche » n'a pas hésité à mettre à la disposition de l'armée de Yahia Khan les terrains d'aviation de Ceylan pour faciliter le transport des troupes qui allaient massacrer les ouvriers et les paysans au Bengale oriental. Maintenant il utilise l'aide de ces assassins pour massacrer ses propres ouvriers et paysans. C'est la logique habituelle des gouvernements bourgeois, y compris avec des ministres « socialistes » et « communistes » en leur sein, dès qu'ils sont confrontés à la révolte des masses.
Le gouvernement de Mme Bandaranaike, revenu au pouvoir avec une majorité électorale écrasante, notamment grâce à l'appui massif mais conditionnel des électeurs jeunes, avait aux yeux des masses laborieuses une mission précise à accomplir: faire entrer Ceylan sur la voie du socialisme. Au lieu de quoi, comme de vulgaires Wilson et Léon Blum, les renégats du trotskysme N.M. Perera, C.R. de Silva, etc., ont « découvert » qu'il fallait d'abord « assainir la situation financière » et « couvrir le déficit de la balance des paiements », avant d'entreprendre « l'œuvre de longue haleine » qu'est la « construction du socialisme ». Ils ont « découvert » aussi, après vingt années de propagande et d'agitation en sens contraire, qu'il était impossible de nationaliser les plantations. Même les modestes mesures de nationalisation des banques et des entreprises du commerce extérieur n'ont pas été prises, parce que la bourgeoisie internationale réclamait, en échange de maigres crédits, des mesures de restriction des dépenses sociales, et non des mesures d'impulsion de réformes.
Le mécontentement a donc commencé à se développer très rapidement. Car il est significatif d'une situation prérévolutionnaire gus un lises de rappout leurs direction et mises radionelle on , la déception accentué au contraire l'impatience. la colère et l'action extra-parlementaire. C'est ce qui s'est produit à Ceylan. La présence de 800 000 chômeurs dans l'ile rendit ce mécontentement explosif.
Vu la structure de la société ceylanaise, une lutte extra-parlementaire ne peut espérer y renverser le règne du Capital et de ses « honnêtes gérants » bourgeois, rétormistes, staliniens et renégats du trotskysme, plantations et des pauvres des villages (auxquels il faut joindre es réalisant l'alliance du prolétariat urbain, du jeunesse estudiantine et intellectuelle). Nos camarades du LSSP (R), section ceylanaise de la IVème Internationale, qui ont sauvé honneur du trotskvsme à Cevlan et en ont assuré la continuité au sein de l'avant-garde révolutionnaire et des masses laborieuses de l'ile, se sont employés avec intelligence et ardeur à forger le front unique révolutionnaire qui devait réunir ces trois forces sociales, sous la direction d'une avant-garde léniniste trempée et sur. la base d'un programme clair de révolution socialiste. Mme Bandaranaike et ses conseillers ont compris le danger. Pour prévenir la fusion croissante de ces trois facteurs en un bloc révolutionnaire qui pouvait leur disputer la direction du mouvement ouvrier traditionnel, ils ont cherché délibérément à provoquer une entrée en action en ordre dispersé de ces trois forces sociales. De là, la provocation du 6 mars 1971, la répression massive déclenchée contre le J.V.P., l'arrestation en bloc de ses cadres dirigeants, qui a poussé cette organisation à se défendre contre les coups armés les armes à la main. Il s'en est suivi une guerre d'extermination féroce, que le « Front Populaire » a déclenché contre les inculpés, une exécution massive de prisonniers et autres bienfaits « civilisés » et « démocratiques ». Il est trop tôt pour évaluer le succès tactique remporté par Mme Bandaranaike et les misérables Noske qui l'appuient. Il est possible que la révolution ceylanaise souffre un recul temporaire ; il n'est pas encore certain qu'il en soit ainsi. La riposte armée des camarades du J.V.P. a été beaucoup plus large que le gouvernement ne l'avait prévu. Elle jouit manifestement d'une large sympathie de la part de la population rurale Le prolétariat urbain lui manifeste de même une sympathie réelle, ce que le gouvernement est obligé d'admettre indirectement en renforçant constamment les mesures de « sécurité », le couvre-feu, la censure, la répression des libertés démocratiques, dans les villes.
Mais quels que soient les avatars immédiats de la lutte, la prédiction faite par nos camarades du LSSP (R) dans leur manifeste électoral s'est révélée exacte : la période de la démocratie bourgeoise est terminée à Ceylan. Que Mme Bandaranaike et ses alliés méprisables obtiennent un succès tactique, et le feu sera rapidement dirigé contre l'aile gauche du mouvement syndical, puis contre le mouvement ouvrier tout entier. Au bout de quelques temps, le PC et le LSSP réformiste connaitront le sort de tous les Noske classiques : ils seront congédiés par leurs patrons bourgeois, sans être remerciés pour services rendus. La dictature du général Attigalle leur pendra au nez. Si par contre la coalition au pouvoir n'obtient même pas le succès tactique espéré, la tension s'aggravera encore plus vite, la dictature militaire de fait sera encore plus tôt réalisée, et le moment d'une fusion dans la lutte du prolétariat urbain et des travailleurs des plantations avec la jeunesse rurale insurgée approche, fusion qui enverra les Pieter
Keuneman, les N.M. Perera, les Colvin • R. de Silva et les Leslie
Goonewardena dans la poubelle de l'histoire.
Ce que le début de la révolution ceylanaise révèle, ensemble avec l'insurrection populaire du Bangla Desh et la crise prérévolutionnaire au Bengale occidental, ce n'est pas seulement la trajectoire d'expansion internationale de la révolution vietnamienne dans le sud asiatique ; c'est aussi la logique implacable de la révolution permanente au sein de chacune de ces révolutions. Les équipes réformistes et semi-réformistes, ceux qui ne comprennent pas que l'époque du business as usual est irrévocablement terminée, les conciliateurs et les spécialistes des négociations parlementaires, sont au bout de leur rouleau. L'heure de l'affermissement d'une nouvelle direction révolutionnaire, de nouveaux partis révolutionnaires, a sonné.
Les événements dramatiques des dernières semaines confirment également l'analyse du 9ème Congrès Mondial selon laquelle, dans la nouvelle montée de la révolution mondiale commencée en 1968, les progrès de la construction des sections de la IVème Internationale, la possibilité de réaliser à ce propos de véritables bonds qualitatifs en a laxiste-révolutionnaire et de sa ligne strategique intransigeante que de fonction tout autant de capacité de prendre les initiatives révolutionnaires audacieuses sa qu'exige cette situation explosive, que réclament les travailleurs et paysans pauvres de l'Asie méridionale.
1er Mai 1971. (1) Il y a une dizaine de jours, au cours d'un grand meeting de masse ou Bhutto, complice des massacres du Bengale oriental, adressa la parole à 30 000 travailleurs et petits-bourgeois radicalisés, la moitié de la foule l'insulta et quitta la réunion en criant : « Ce que tu as fait contre nos frères du Bengale, tu le feras demain contre nous aussi ».