Nous apprenons avec douleur la mort de notre camarade Charles MARIE, de Rouen, à l'âge de 56 ans. Employé à la SNCF, il avait rejoint au lendemain de la guerre le PCI à Dieppe. Au cours des années d'après guerre, qui furent difficiles pour l'avant-garde, il procéda d'abord seul à diverses expériences militantes dans la Seine maritime, avant de rejoindre à nouveau la IVème Internationale et le PCI au cours des années 50.
Charles MARIE était un des militants ouvriers les plus remarquables dans cette période où le stalinisme écrasait le mouvement ouvrier, se caractérisant avant tout par son indépendance de caractère et de pensée. Il avait jugé sans appel le stalinisme et ses cadres, notamment en la personne de R. Leroy, du Bureau Politique du PCF, dont il connaissait la médiocrité intellectuelle et le niveau moral. Aucun des obstacles que le stalinisme suscitait contre tout militant non conformiste ne le rebuta ni ne fit naître ne lui de tendances sectaires.
Charles MARIE avait la passion du militantisme. Il possédait une forte connaissance révolutionnaire avec une remise en cause fréquente des problèmes stratégiques et tactiques théorique. Il unissait curieusement en lui une conviction inébranlable dans le marxisme Combien de lettres avons-nous reçues de lui, que de rencontres où, soudainement, toute l'activité était mise en question. Souvent perturbé par ces problèmes, il reprenait très vite son activité militante qui constituait pour lui une nécessité impérieuse.
Après de longues années où il resta pratiquement seul à porter le drapeau du trotskysme dans sa région, il sut pendant la guerre d'Algérie gagner des militants, notamment des jeunes, qui, à Rouen, au Havre et dans toute la vallée de la Seine, œuvraient à la défaite de l'impérialisme français et à la victoire de la révolution algérienne. Ce fut le début de la remontée : 5, 10 15 ... camarades, venait-il nous annoncer avec joie, formant ainsi le premier noyau qui allait faire la percée en Mai 68 à Rouen et dans les environs. Dans les journées de Mai 68, il fit entendre dans les amphithéâtres universitaires de Rouen le marxisme révolutionnaire.
La IVème Internationale et la Ligue Communiste saluent la mémoire du camarade Charles MARIE. Les membres de la Ligue à Rouen, qui venaient de créer une cellule de cheminots, ont décidé de l'appeler cellule Charles MARIE, pour maintenir vivante la mémoire du militant qui lutta courageusement seul pendant des années pour le marxisme révolutionnaire et qui fut le pionnier de la Ligue Communiste à Rouen. Ce faisant, ils assureront que Charles MARIE continuera à participer à nos combats.
Le vendredi 2 avril, aux obsèques, était présente une centaine de militants révolutionnaires de Rouen, entourant son cercueil de drapeaux rouges et le saluant une dernière fois au chant de l'Internationale. De courtes allocutions furent prononcées par les camarades Pierre Frank et G. Filloche.
Nous tenons à exprimer à la veuve et aux enfants de Charles MARIE combien nous partageons leur peine.