Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 48

Pour la victoire du Vietnam

Quatrième Internationale, n° 48 · mars 1971 · p. 5-6 · 1 192 mots

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Il y a deux ans Nixon parvenait au pouvoir aux Etats-Unis, promettant de rétablir la paix au Vietnam, après que Johnson ait été écarté de la course présidentielle sous la pression de l'opinion. Deux ans ont suffi à montrer aux moins clairvoyants ce que valait sa promesse. Mais Nixon, représentant de l'impérialisme américain, n'envisageait qu'une « paix » qui soit précédée d'une victoire militaire sur le peuple de tout le Vietnam, nord et sud, laquelle assurerait le maintien au pouvoir dans le Sud des fantoches Thieu et Ky, et endiguerait la révolution vietnamienne au 17ème parallèle, en attendant mieux ..

Entre Johnson et Nixon la différence était que le dernier espérait pouvoir réussir là où l'autre avait échoué, en faisant combattre le Nord Vietnam par des sud vietnamiens appuyés par des armes américaines et non par des troupes américaines. La « vietnamisation » avait aussi pour but de désarmer l'opposition anti-guerre aux Etats-Unis, et non d'aboutir à une solution conforme aux aspirations des masses vietnamiennes.

La « vietnamisation » a eu pour résultat, pour une période du moins, d'affaiblir l'opposition anti-guerre aux Etats-Unis, de limiter ses manifestations. Mais sur le terrain militaire les résultats n'ont pas été ceux escomptés. En fait de désescalade on a vu un élargissement des champs de bataille en moins d'une année, d'abord au Cambodge puis au Laos. La guerre fait rage actuellement sur toute la péninsule indochinoise; elle tend à s'étendre en Thailande.

La « vietnamisation » n'a pas donné de sérieuse cohésion aux troupes des Thieu et Ky qui se sont montrées plus aptes à piller et à brutaliser les populations des pays où elles sont engagées qu'à combattre les maquisards. Par la suite, les défaites militaires de ces troupes mercenaires ont aussi mis en échec les plans de l'administration Nixon et dévoilé l'hypocrisie de celle-ci dans toute son étendue. Les troupes américaines ne participaient pas, paraît-il, au combat. Il n'y avait d'américains que des « conseillers », des moyens de transport aériens pour déplacer les soldats du sud Vietnam et ramener les blessés. Mais, quand les hélicoptères américains ont connu des déboires nombreux, le gouvernement de Washington décida d'envoyer des troupes sur le terrain, pas pour faire la guerre - vous n'y pensez pas —, mais seulement pour assurer la protection de ceux qui accompagnent les troupes ...

C'est toujours la même vieille chose : la victime comme chaque fois, c'est ce pauvre impérialisme américain menacé dans sa sécurité à des dizaines de milliers de kilomètres de chez lui par le nord Vietnam. L'expression est grossière, mais la réalité qu'elle dissimule mal est que la révolution en un point quelconque du globe est une menace pour l'impérialisme.

Le jeu hypocrite de Washington ne sert à rien en Asie même. La politique de « vietnamisation », l'établissement en Asie d'un barrage à la révolution avec des asiatiques, a abouti à une impasse avant même qu'elle ait pu se développer. Car ce n'est pas seulement au Cambodge et au Laos que les fantoches s'effondrent lorsque les troupes américaines ne sont plus présentes en force. La résistance des populations grandit dans les pays avoisinants. Déjà aux Philippines le gouvernement a dû rappeler ses troupes, si peu nombreuses soient-elles, qu'il avait envoyées pour combattre au sud Vietnam.

Mais on ne saurait trop souligner les dangers de la politique américaine à l'échelle mondiale : dangers d'élargissement graduel de la guerre qui peuvent mener au bord de l'abime. Les Thieu et les Ky sont de simples provocateurs qui, ayant tout à perdre en cas d'arrêt du conflit, proclament ouvertement leur intention d'aller porter la guerre au nord Vietnam. Ils ne sont que des valets de Washington et on peut penser que celui-ci saura les arrêter quand il le voudra. Penser cela c'est risquer d'être loin de la vérité, car il y a à Washington même des factions qui, elles aussi, ne voient d'issue que dans un conflit plus étendu, y compris contre la Chine et en recourant aux armes nucléaires. Le président Nixon se maintient dans une équivoque propice aux aventuriers les plus entreprenants.

La seule chose qui puisse faire réfléchir et reculer Washington, c'est une nouvelle mobilisation plus ample et plus vigoureuse encore que celle qui força Johnson à l'époque à cesser les bombardements sur le nord Vietnam (bombardements qui reprennent à titre de tests). On peut, on doit, partout dans le monde, reprendre l'agitation contre la guerre du Vietnam, reprendre les manifestations pour la victoire de la révolution indochinoise. L'invasion du Laos a relancé un peu le mouvement, mais c'est encore bien insuffisant. Et, dans cette question, l'ampleur que peut prendre le mouvement anti-guerre aux Etats-Unis mêmes importance décisive. Car c'est avant tout ce mouvement qui peut paralyser la machine de guerre américaine. On connait les énormes résistances qui se manifestent dans les troupes américaines, notamment parmi les noirs, contre la guerre. Mais les soldats ne peuvent venir à bout de l'appareil militaire que s'ils trouvent un soutien puissant dans la population civile.

Récemment, les politiciens démocrates ont élevé des protestations contre l'intervention au Laos, mais il ne faut pas se faire d'illusion : de leur part il ne s'agit que d'un thème pour les élections, ils ne songent pas à des luttes effectives. mouvement anti-guerre provient en partie du fait que les étudiants et les universitaires se sont lassés de mobilisations qui, en dépit de leur ampleur, n'avaient pas fait bouger le pouvoir hélas, n'avaient pas entraîné de grandes masses ouvrières. persévérer car les indices se multiplient que les travailleurs commencent à bouger en raison du chômage croissant et de l'inflation dont ils font les frais. Ces conditions sont liées à la guerre d'Indochine. La lenteur à se mouvoir des ouvriers ne signifie pas qu'ils sont politiquement d'accord avec la politique de Nixon. Le caractère particulièrement fourbe de celle-ci ne peut manquer d'avoir aussi des répercussions dans l'esprit de la classe ouvrière.

saurons trop souligner la nécessité de porter les coups les plus rudes à l'impérialisme américain en n'importe quelle partie du monde, car c'est là le moyen essentiel pour aider les peuples d'Indochine. Mais il faut aussi stigmatiser « l'allié » des vietnamiens, le gouvernement soviétique, d'une part pour la faiblesse de son soutien fil serait intéressant de pouvoir comparer l'aide à l'Egypte et l'aide au nord Vietnam), d'autre part pour le caractère manœuvrier de sa politique qui se manifeste de façon particulièrement scandaleuse à présent par le maintien de l'ambassade soviétique à Phnom Penh, et son ignorance de la résistance khmère qui combat aux portes de cette ville. Les militants des partis communistes ont sur ce point un devoir tout particulier. Les dirigeants des partis communistes, comme ceux du PCF, qui continuent à béler pour une paix négociée et dénoncent ceux qui œuvrent pour la victoire de la révolution indochinoise ne font qu'entraver l'action pour le Vietnam.

Dans un combat comme celui qui se poursuit depuis tant d'années, et où l'impérialisme américain a engagé tant de forces, il est illusoire de penser que le combat puisse cesser par une cote mal taillée : pour ne pas être écrasée, la révolution indochinoise doit triompher. Elle triomphera, mais elle ne doit pas y parvenir qu'avec ses seules forces.

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