Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 39

Situation politique et lutte des masses en Inde

Sharad Jhaveri · Quatrième Internationale, n° 39 · septembre 1969 · p. 39-46 · 5 714 mots

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La crise du capitalisme indien se développe, marquant les prodromes de la révolution indienne qui s'annonce comme un des événements essentiels de la prochaine décennie (voir la résolution du ge Congrès Mondial, Quatrième Internationale, n° 37, page 30). Le chef du gouvernement, Indhira Gandhi, opère un virage à gauche pour tenter de restaurer l'autorité du parti du Congrès. Nous publions ci-après trois articles écrits par nos correspondants en Inde qui traitent de différents aspects de la situation politique et des luttes des masses.

ANATOMIE DU GOUVERNEMENT DU FRONT UNIQUE

AU BENGALE

On avait beaucoup parlé du programme en vingt-deux points annoncé par le Front Unique (F.U.) au Bengale occidental - qui est dominé par le parti communiste-marxiste (P.C.) (M.) (I) avant qu'il fut porté au Le voir ans de Prometion de févriere de pouvoir lors de l'élection de février 1969. cet Etat — le plus radicalisé du pays — une « administration propre et honnête », bien que dans le cadre du capitalisme. Il engageait le gouvernement F.U. à prendre des mesures qui « assureraient une économie efficace et l'impartialité de l'administration ».

Mais l'action du ministère F.U. a démontré que ses éléments constituants, aussi bien de « gauche» que modérés, se sont sérieusement empêtrés dans la tâche de défense des rapports de propriété capitalistes même au risque de s'aliéner les masses des ouvriers et des paysans pauvres.

Le Premier ministre adjoint, Joyti Basu. du P.C. (M.), reconnu comme étant virtuellement le chef du gouvernement, est maintenant obligé de se mettre à genoux devant les gros industriels du pays pour les prier d'investir leur capital au Bengale occidental, ostensiblement dans le but de créer « de nouvelles opportunités d'emploi » dans [Etat.

Au cours de ses trois premiers mois d'existence, le gouvernement F.U. a eu un peu de chance politique, car il eut deux occasions de détourner l'attention des masses en dressant leurs sentiments contre le gouvernement central dirigé par Mme Indhira Gandhi du parti du Congrès. (Les masses

OCCIDENTAL avaient espéré une aide rapide à leur situation sociale de la part du ministère de « gauche »).

Lors d'une manifestation des ouvriers à l'aciérie que possède l'Etat à Durgapur, dans le Bengale occidental, un contingent de la police de réserve centrale (C.R.P.), en place dans l'usine, fit feu, provoquant la mort de quelques ouvriers. Il s'ensuivit une vague de protestation contre « l'intervention du centre» (2) et une sympathie populaire envers le gouvernement de F.U. en tant que « victime» des caprices du ministre de l'Intérieur de l'Union indienne Chavan. On souleva la revendication du retrait de la C.R.P. de l'Etat.

A nouveau, le 8 avril, une autre unité de la C.R.P. ouvrit le feu sur un groupe de gardes de sécurité à l'usine d'armes de Cossipur qui manifestaient pour leurs revendications syndicales. Quatre manifestants furent tués. Ce fut une autre occasion pour le ministère F.U. de soulever l'opinion populaire contre le centre.

Le 10 avril, il y eut une grève générale à laquelle participèrent toutes les catégories ouvrières du Bengale occidental. Ce fut une démonstration exceptionnelle de solidarité de la classe ouvrière derrière le gouvernement F.U. Celui-ci prit une mesure dramatique en ordonnant l'arrestation du directeur général et de quelques autres fonctionnaires de l'usine d'armes et en les

(1) Parti communiste formé par une scission sur la gauche du P.C. indien.

(2) Gouvernement central.

QUATRI poucsuivant, ce qu'on n'avait jamais vu jusqu'alors en Inde. Le ministre de l'Intérieur de l'Union se racheta en ordonnant aux unités de la C.R.P. de ne plus intervenir dans les problèmes « intérieurs » de loi et d'ordre du gouvernement de l'Etat.

La victoire totale du F.U. aux élections de février avait vraiment effrayé les grands bourgeois qui ont de gros intérêts financiers au Bengale occidental. Depuis lors, toutes sortes de tentatives ont été faites par les partis réactionnaires — Congrès, Jan Sangh, etc., — pour discréditer le gouvernement F.U.

Des émeutes entre hindous et musulce tu te furent provoquées deux faubourgs de Calcutta. Il y eut à Calcutta le 6 avril un incident lorsque quelques heurts se produisirent à la fin d'une cérémonie culturelle organisée dans un grand stade. Quelques voitures privées furent brûlées et, paraît-il, quelques homvoyous. La presse bourgeoise, qui naves mes et femmes furent molestés des pas rapporté ces événements pendant près d'une semaine, trouva utile de faire hruit après le succès du « Bengal Bandh» du 10 avril. Les partis de droite, à la fois dans et hors du Parlement, ont prétendu qu'il y avait eu des atrocités inouies contre des femmes, exagérant les incidents hors de toutes proportions. Une enquête judiciaire a été ouverie à leur sujet.

Si toutes ces campagnes conduites par les partis capitalistes comprennent fort bien, ce qui est frappant dans qui se passe au Bengale occidental, c'est la faillite totale du gouvernement F.U. à prendre une position ferme pour mettre en application ses propres promesses électorales. Le ministère E.U. s'est conduit précisément de la même manière que son prédécesseur, un ministère du parti du Congrès, jouant respectueusement son rôle de défenseur fi. dèle de la propriété bourgeoise en face du mécontentement grandissant dans les masses.

Ce n'est pas que le gouvernement F.U. se soit engagé à parvenir au socialisme dans le Bengale occidental et à y transformer les rapports de propriété capitalistes en propriété sociale. Il a promis d'effectuer des « réformes » telles que l'introduction d'un monopole d'Etat sur le commerce de gros du riz et l'exercice d'un contrôle adéquat dans le cadre capitaliste sur tout le commerce des grains alimentaires. Sous la pression de grands commerçants et de riches propriétaires fonciers qui sont représentés par quelques-uns des composants du F.U., notamment le parti qui s'appelle Bangla Congress, il n'a pas mis en application même cet article de son programme.

Beaucoup des clauses du programme en vingt-deux points sont restées et resteront tout simplement des vœux pieux. La seule

EME INTERNATIONALE excuse appropriée que le ministère F.U. a sue, est qu'il n'a pas les ressources financières pour réaliser les réformes et que le rouvernement central ne l'aide pas à sor*ir de ses difficultés.

C'est sur le front industriel que la faillite du gouvernement est frappante. Le gouvernement F.U. a promis d'entreprendre toutes les démarches possibles pour « encourager, assister et pourvoir toutes les possibilités d'industrialisation, notamment les industries de village, les moyennes et petites entreprises, destinées à servir le peuple honnêtement et fidèlement ». Il a également promis d'établir davantage d'industries agraires dans les régions rurales. Mais il a mis l'accent sur la pression à exercer sur le gouvernement central pour se procurer des licences, des finances et des matières premières et sur « les mesures effectives » à prendre « pour maintenir la paix dans l'industrie».

Le gouvernement F.U. a certainement reculé par rapport à la « posture militante » qu'il adopta lors de son premier passage au pouvoir immédiatement après les élections de 1967. Le mouvement « gherao» introduit par le ministre du Travail Subodh Banerjee, du Socialist Unity Centre, pour encourager les ouvriers à entourer les patrons et les directeurs afin d'obtenir satisfaction de leurs revendications sur le champ, a été complètement abandonné et le nouveau ministre du Travail, membre du Г.C. (M.), tente un effort suprême pour assurer la « paix industrielle» en apaisant les capitalistes dans l'Etat.

Bien entendu, le programme du F.U. ne propose à la classe ouvrière rien de plus qu'une simple « aide» dans sa lutte pour : a) un salaire vital; b) des indemnités de chômage ; c) des primes adéquates ainsi qu'une modification nécessaire de la loi sur les primes ; d) une protection contre les compressions, , la rationalisation et l'automation. Pratiquement, toutes les • luttes militantes syndicales de la classe ouvrière ont été abandonnées et les ouvriers se trouvent frustrés même dans leurs luttes isolées pour un salaire vital ou des indemnités de chômage.

Dans sa tentative d'apaiser la classe capitaliste, le gouvernement F.U. a annoncé une série de « mesures de secours», non pour les ouvriers mais pour les patrons, après discussion avec les « représentants du commerce et de l'industrie » réunis pour « considérer les problèmes de l'industrie et les mesures pour faciliter la croissance industrielle ».

Le 24 avril, le chef-adjoint du gouvernement, Jyoti Basu, prononça un important discours politique en s'adressant au comité du Bengale occidental de l'Association panindienne des industriels. Son discours fut un appel pathétique aux industriels à « abandonner leur sentiment de nervosité et à prêter au gouvernement F.U. une main coopérante ».

Ce discours fut largement publié et allègrement commenté par la presse capitaliste pour illustrer, si besoin était, la faillite du ministère F.U. Le Times of India (25 avril 1969) rapporta comme suit le discours de Jyoti Basu :

S'adressant au comité d'Etat de l'Association pan-indienne des industriels, il dit que

« si les industriels avaient un peu d'argent à investir, ils devraient le faire de sorte qu'il y ait un peu plus d'emplois au Bengale occi dental.»

Il demanda aux industriels et aux hommes d'affaires d'envoyer leurs représentants au gouvernement F.U. pour « une discussion plus complète, peut-être un peu plus franche et plus détaillée » afin que l'on puisse immédiatement traiter la situation. « Voyons si nous pouvons coopérer.»

« Les industriels et les hommes d'affaires devraient comprendre que le gouvernement travaillait sous de sévères servitudes. Le gouvernement F.U. avait un programme minimum commun. Il y avait dans le F.U. différents partis avec des idéologies diverses. Dans le gouvernement, nous ne sommes pas concernés par les différentes idéologies des divers partis. Les partis peuvent propager leurs idéologies et c'est au peuple de décider l'idéologie qu'il accepte. »

Ainsi, le leader du P.C. (M). veut que les capitalistes indiens ne prennent pas au sé. rieux la profession idéologique communiste de son parti. C'est là peut-être une nouvelle interprétation de la notion du « front populaire démocratique » que le P.C. (M.) comme « parti d'avant-garde » du prolétariat indien cherche à former avec la bourgeoisie nationale afin d'établir le premier stade de la « révolution populaire démocratique », anti. impérialiste et antiféodale en Inde. Citons le Times of India :

« M. Basu ne comprenait pas pouquoi certains pensaient que le gouvernement F.U. était « une sorte de gouvernement communiste ». Cette impression s'était développée peut-être parce que « certains de nous qui croyons au communisme en faisaient partie ». Mais les communistes au gouvernement n'agissaient pas pour mettre en avant leurs théories communistes ou pour mettre en pratique leur propre programme. « Quel que puisse être notre désir, c'est une impossibi. lité. Nous connaissons nos pouvoirs et nos servitudes. Le gouvernement est un gouvernement F.U. avec un programme minimum :ommun et nous sommes guidés par ce programme. » (Souligné par nous).

Et le leader du P.C. (M.) exposa une nouvelle stratégie du mouvement communiste représenté par son parti et de ses alliés, y compris les partis « marxistes », comme le .C.I. (pro-Moscou), le R.S.P. (Revolutionary Socialist Party), le S.U.C. (Socialist Unity Centre), le R.C.P. (Révolutionary Communist

IONALE 41 Party), etc., sans parler du Bangla Congress, du Forward Bloc, etc.

« Le chef-adjoint du gouvernement dit que certains d'entre eux voudraient abolir le système dans lequel ils travaillaient, parce qu'ils pensaient que le capitalisme ne convenait pas à un pays sous-développé comme l'Inde. Mais seul l'avenir révélerait ce qui adviendrait à l'Inde. Maintenant, nous voulons la coopération de tous, travailleurs, industriels, commerçants, hommes d'affaires. »

•« M. Basu a dit que, même dans la courte sériode où le F.U. se trouvait au gouvernenent, il avait eu des réunions avec des représentants de la communauté d'affaires, des industriels et des chambres de commerce. Il y avait eu des réunions formel. les et « nous avons décidé d'avoir des réunions de travail où nous pourrions siéger autour d'une table et discuter divers problèmes auxquels le Bengale accidental et l'Inde ont à faire face. J'ai assuré la communauté d'affaires que nous ferons tout en notre pouvoir pour faire progresser le commerce et l'industrie dans le Bengale occidental, parce que telle qu'est la situation présente, il ne peut y avoir de prospérité et de progrès si nous ne nous préoccupons pas du commerce.»

« M. Basu a dit que si le gouvernement F.U. s'occupait des intérêts ouvriers, c'est qu'ils étaient liés à la préservation des industries existantes et à la croissance de l'industrie. Le F.U. devait adopter cette attitude non par amour pour les industriels mais pour tenir compte de la « simple réalité ».

En d'autres termes, lorsqu'un parti ouvrier ou un parti marxiste - ou une coalition de l'un d'eux avec des partis bourgeois — prend la responsabilité de faire fonctionner un Etat bourgeois, il doit jouer le rôle de défenseur armé de la propriété capitaliste. Telle est la « réalité» toute nue de la société capitaliste, plus encore dans un pays sous-développé comme l'Inde où la bourgeoisie dirigeante ne peut faire aucune « concession réformiste» aux masses, à la différence des pays capitalistes avancés comme la Grande-Bretagne, France, l'Allemagne occidentale ou l'Italie, où l'on peut arracher certaines réformes limitées des capitalistes sous des gouver. nements sociaux-démocrates dits gouvernements de gauche. ' Confessant qu' « il ignorait les problèmes du commerce et de l'industrie», Basu dit que le gouvernement « avait beaucoup comprendre afin de pouvoir donner l'aide qu'il était susceptible d'accorder. Le gouvernement F.U. pouvait examiner les problèmes avec le gouvernement de l'Union.»

Jyoti Basu dit aussi qu'il avait été informé que l'on avait été « très injuste » envers le Bengale occidental dans des décla. rations selon lesquelles le gouvernement selon lesquelles le gouvernement

QUATRI F.U. n'était pas assez loyal envers le centre. « Nous sommes pour l'unité de l'Inde, dit-il, pas seulement pour sa préservation, mais aussi pour son renforcement. Nous ne voulons pas que l'Inde se désintègre. Nous pensons que cette sorte d'impression qui est attribuée à un Etat ou à un groupe d'Etats doit être éliminée.»

C'était un truc des ministères F.U. de gauche du Bengale occidental et du Kerala que d'opposer une attitude de chauvinisme régional au centre afin de dissimuler leur propre faillite dans leurs relations avec les classes possédantes locales. Mais, dernièrement, les gouvernements F.U. de ces deux Etats ont abandonné dans une certaine mesure cette attitude anticentre.

Citons à nouveau le Times of India :

« M. Basu dit qu'il voulait comprendre les problèmes et trouver comment le gouvernement F.U. pourrait contribuer à ce processus de croissance et de progrès. Il avait eu des entretiens avec des représentants du commerce et de l'industrie, et ils lui avaient donné un certain matériel. Il étudiait maintenant comment, dans différents Etats, des possibilités supplémentaires étaient fournies par les gouvernements de ces Etats. Il n'avait pas jusqu'à présent trouvé un fil directeur pour inciter la communauté d'affaires à investir plus de capital dans le Bengale occidental.»

« En ce qui concerne les investissements provenant de pays étrangers, c'est le gouvernement central qui s'en occupait. Le gouvernement F.U. pouvait encore aider dans ce domaine par des discussions avec le gouvernement central. Le gouvernement central représente aussi les différents Etats de l'Union. Ce n'est pas un gouvernement loin de nous tous.»

C'est là une allusion aux grandes plantations et aux diverses autres industries possédées par des capitalistes étrangers dans le Bengale occidental. A leur sujet, le ministère F.U. reconnaît son impuissance totale. Il n'y a pas même une menace de nationalisation des entreprises étrangères bien que cette revendication occupe une place importante dans la plate-forme électorale de toutes les composantes « marxistes » du F.U. y compris le P.C. (M.).

Puis, Jyoti Basu parle de la nécessité « d'étudier et de mettre au point les problèmes des finances gouvernementales et institutionnelles pour les industries». Il dit : « Nous devons commencer ce processus immédiatement. Nous ne pouvons différer car les problèmes sérieux auxquels le Bengale occidental a à faire face sont ceux de l'Inde tout entière. On ne peut permettre que se prolonge plus longtemps le chômage croissant et la frustration complète d'une jeunesse qui n'a pas d'avenir.»

Mais, sur la situation des ouvriers, Basu dii aux représentants des industries qu'il n'y aurait « pas de stabilité à moins qu'ils

EME INTERNATIONALE solent capables de garantir des conditions de vie minima pour les grandes masses populaires. On ne peut pas dire, à cause

Pane honne mans que le pays était d'une bonne moiss sorti des difficultés garantir que le ch pas au bout de cin être conscients de l lement alors qu'ils comprendre les pr la société actuelle. seraient unilatéraux

Le chef-adjoint du *les industriels ét quiets en pensant davantage de troubl parce que le gouve représentant des tr aussi des gens « qu largent dans l'Etat de le faire». de le faire ».

›n, que le pays était • Quelqu'un pouvait-il ômage ne diminuerait q ans? Tous devaient i situation et c'est seuseraient capables de oblèmes provenant de Sinon, tous les propos et idéologiques!» gouvernement dit que tient quelque peu inqu'il pourrait y avoir es ouvriers dans l'Etat rnement F.U. était un availleurs ». Il y avait i voulaient investir de mais qui avaient peur

«Je ne comprends pas cela, poursuivit Basu. Aussitôt que le gouvernement fut formé, nous avons cherché à dire que nous veillerions aux intérêts de tous. »

Demandant aux hommes d'affaires « de ne pas être nerveux », il dit qu'ils trouveraient que dans la pratique, « le gouvernement F.U. cherchait à aider le commerce et l'industrie de sorte qu'il y ait davantage d'investissements dans le Bengale occidental sans lesquels l'Etat sombrerait».

La réponse des grands industriels indiens fut également « positive». Naval H. Tata, président de la Fédération patronale de l'Inde, dans son adresse présidentielle, lors d'une réunion de la fédération à Calcutta, le 26 avril, assura le gouvernement F.U. du Bengale occidental que « son idéologie politique ne doit pas causer un changement d'attitude des patrons dans le problème des relations industrielles.»

Tata déclara qu'aussi longtemps que la politique du gouvernement serait basée sur le principe de la « coexistence pacifique, donnant à la direction pleine latitude pour l'exercice de ses fonctions légitimes de direction et n'étant pas dirigée vers l'annulation de l'entrepreneur par pure vendetta politique, il n'y aurait aucune aurait cause de conflit».

G. D. Birla, l'industriel numéro 1 de l'Inde, qui fait à présent une tournée dans la Yougoslavie de Tito, explorant les possibilités d'investissement dans ce pays, a déjà donné un certificat de bonne conduite au gouvernement F.U. du Bengale occidental, en disant qu'il pouvait « faire de meilleures affaires avec les communistes qu'avec les membres du Congrès». Il a reçu de grandes concessions du ministère Namboodiripad pour commencer de nouvelles industries au Kerala.

Il y a eu certaines rumeurs selon lesquelles des capitalistes traditionnellement Marwari et Gujarati déplaceraient leurs investissements du Bengale occidental à leurs

Etats d'origine, le Rajasthan et le Gujarat, par peur de voir leurs industries nationalisées par le gouvernement F.U. Ces Etats jusque-là arriérés connaissent un taux plus élevé d'industrialisation dans. la dernière période. Mais la partie la plus clairvoyante de la classe capitaliste indienne comprend que ses intérêts de classe sont mieux protégés par un gouvernement de gauche, notamment en période de crise, que par un gouvernement de partis capitalistes traditionnels.

Si le discours de Jyoti Basu a été bien accueilli par la presse capitaliste, il a provoqué de la consternation dans les rangs du F.C. (M.) où il est considéré comme une capitulation totale devant le capitalisme.

La seule chose positive que le gouvernement F.U. a fait après avoir assumé ses fonctions, c'est la mise en liberté de tous les prisonniers politiques, y compris des dirigeants maoïstes « naxalites » comme Charu Mazumdar et Kanu Sanyal qui avaient été arrêtés l'an dernier en relation avec la révolte paysanne de Naxalbari. Mais, selon le journal naxalite Liberation (avril 1969), « plusieurs centaines de mililants paysans, les uns condamnés, les autres en prévention, continuent de languir en prison ».

Fidèle à son esprit maoïste, Liberation a caractérisé « Jyoti Basu and C°» comme une « bande de contre-révolutionnaires déguisés en marxistes». Le journal dit: « On dit que l'hypocrisie est un tribut que le vice paye à la vertu. Les mensonges et le faux constituent aujourd'hui le fonds politique de ces contre-révolutionnaires !»

Nous ne sommes pas encore prêts à qualifier les leaders du P.C. (M.) de « contrerévolutionnaires » bien qu'ils jouent objectivement le rôle de défenseurs de la propriété bourgeoise. C'est une conséquence

Le spectre des gheraos hante une fois de plus les industriels d'ici. Les ouvriers du Bengale occidental recourent de plus en plus à cette arme nouvelle.

A.K. Jain, président de la Chambre indienne du commerce et de l'industrie, a dit à une réunion tripartite du Comité consul. latif du Travail, ouverte le 10 juin à Calcutta et qui dura deux jours, qu'il y a eu plus de 160 cas de gheraos au cours des trois derniers mois. Selon lui, dans un certain nombre de cas, les gheraos furent accompagnés de violence et d'intimidation.

J.M. Parson, président de la Chambre du commerce et de l'industrie du Bengale, a dit que les plantations de thé ont

IONALE 43 logique de leur politique opportuniste de collaboration de classe, émanant de leur stratégie erronée et antihistorique de « révolution démocratique populaire» en In-

Mais les naxalites, en dépit de leurs propos fougueux concernant l'action armée et la « guerre de guerilla », sont également commis à la stratégie d'un « front démocratique populaire» de quatre classes, un front du prolétariat avec la paysannerie, les classes moyennes et la bourgeoisie nationale pour réaliser une « révolution démocratique populaire ».

Pis encore, les naxalites sous-estiment le rôle du prolétariat urbain comme diri. geant de la future révolution socialiste en Inde. Ils mettent l'accent sur une révolution dirigée par la paysannerie contre « l'impérialisme, le féodalisme et le capital compradore bureaucratique » !

En fait, la révolte « naxalite» contre la direction du P.C. (M.) reflète dans une certaine mesure la révolte croissante de la base contre les péchés opportunistes de la direction. La base réagit d'une manière aveugle et souvent aventuriste aux trahisons des masses par les partis staliniens traditionnels.

Pour le moment, le maoïsme avec son mot d'ordre « le pouvoir sort du canon du fusil » possède un appel romantique pour ces révolutionnaires romantiques. Mais les révolutionnaires honnêtes parmi eux se convaincront dans le cours des luttes de masse qui s'annoncent que l'alternative à l'opportunisme du P.C. (M.) n'est pas l'aventurisme maoïste mais une lutte révolutionnaire consciencieusement préparée, d'ouvriers et de paysans visant à renverser l'Etat capitaliste et à réaliser une révolution socialiste en Inde.

Kaïlas CHANDRA (Bombay) vu le pire type de gheraos (Indian Express, 1l juin 1969).

Cette réunion dans laquelle les patrons et le gouvernement de Front Unique du Bengale occidental parlèrent aux représentants de différents syndicats n'aboutit à aucun accord sur le problème des gheгаов.

« Gherao » signifie en fait un état de siège établi par les ouvriers contre les patrons sur les lieux mêmes de l'entreprise. Dans la plupart des gheraos se trouvent posées des revendications économiques, les ouvriers recourant à cette arme pour obtenir satisfaction immédiate de leurs griefs.

On ne peut estimer correctement l'impor-

LE MOUVEMENT « GHERAO »

LE MOUVEMENT « GHERAO »

QUATRI tance des gheraos pour le développement de la conscience de classe des travailleurs qu'à la lumière d'une analyse de classe de la politique du travail de la bourgeoi. sie indienne.

Elle a élaboré un appareil compliqué et consommant du temps, impliquant une pléthore de lois complexes sur le travail et les conflits industriels pour résoudre les griefs et diriger la lutte de la clanse ouvrière dans des canaux pacifiques et dans une collaboration de plus en plus étroite avec l'Etat capitaliste. Selon la loi ainsi que par acceptation de l'accord pour le maintien de la paix industrielle, les syndicats doivent fonctionner dans ce cadre. Par sa nature même, cet appareil engendre le bureaucratisme, la routine, ainsi qu'une connaissance spéciale des problèmes. du travail qui est séparée des ouvriers.

A présent, l'activité syndicale en Inde exige des permanents qui, provenant tout aussi bien des partis communistes que SOcialistes, tendent à être aspirés par l'appareil, sont de plus en plus rendus pacifi. ques et réduits au niveau d'un trade-unionisme d'affaires.

Mécontents de ce qu'il advient de leurs revendications quand elles entrent dans les engrenages de cet appareil, les ouvriers tendent de plus en plus à l'action directe.

Les gheraos présentent plusieurs avantages du point de vue de la lutte de classes. C'est une forme d'action directe impliquant beaucoup d'ouvriers contre les méthodes de pétition, de lettres et de pourparlers, poursuivies par les dirigeants bureaucratiques dans le dos des membres de base.

Les gheraos ne laissent aux patrons d'autre alternative que de prendre immédiatement en considération des revendications ouvrières de longue date et d'accorder celles-ci s'ils veulent être libérés.

Les gheraos convainquent les ouvriers que l'action directe paye.

Les gheraos souvent donnent lieu à une confrontation immédiate avec la bourgeoi. sie et son Etat. Ceci peut devenir manifeste notamment lorsque la police ou l'armée intervient en faveur des patrons. Ceci pose la question du caractère de classe de l'Etat et de l'action directe par rapport au pouvoir gouvernemental.

Les gheraos enseignent aux ouvriers à dédaigner les normes de la légalité bourgeoise qui sont si assidûment nourries à la fois par l'Etat et l'appareil syndical.

Le Bengale occidental s'est avéré une fois de plus un terrain de culture pour les gheraos. Il n'y a pas à en être surpris. Comme l'a reconnu le ministre du Travail du Bengale occidental, il n'y a pas eu de révision des salaires pendant une décennie dans dans l'industrie métallurgique. Les oU-

EME INTERNATIONALE vriers du jute, non sans raison, demandaient des augmentations de salaire. Dans l'industrie du thé, la plupart des jardins n'avaient pas appliqué correctement les recommandations de la commission des salaires.

La Cour Suprême de l'Inde a décidé que les gheraos étaient illégaux, et a considé ré que les ouvriers qui y prenaient part pouvaient être poursuivis conformément au Code pénal indien.

L'organisation syndicale du Bengale oecidental relevant de l'Indian National Trade Union Congress (syndicats dépendant du parti du Congrès, parti classique du capitalisme indien) ne soutient pas les ghe-

D'autro part, l'United Trade Union Congress, syndicat dirigé par le Revolutionary Socialist Party - un des membres du Front Unique du Bengale occidental — les soutient.

Le P.C. (M) manifeste une attitude équivoque envers les gheraos. Le gouvernement de Front Unique du Kerala qui est dominé par le P.C. (M) propose d'adopter une attitude ferme contre les gheraos dans le Kerala. Basavuapurniah, membre du Bureau politique du P.C. (M), définit la ligne du parti envers les gheraos dans un éditorial destiné au journal officiel du parti, People's Democracy. Il met sur le mê me plan les gheraos et d'autres formes de lutte telles que la désobéissance civile, le satyagraha (la résistance passive de Gandhi), les piquets et les grèves de la faim. Mais il se hâte d'ajouter que le P.C. (M) n'idéalise pas les gheraos comme une arme miraculeuse pour mener les luttes ouvrie. res. Il admet que l'arme du gherao n'est pas utilisée par la classe ouvrière avec autant de confiance et de fréquence sous le gouvernement du Congrès que sous un gouvernement de Front Unique, que ce soit au Bengale occidental ou au Kerala. Il attribue cela à la politique pro-ouvrière de ces deux gouvernements. Mais cela peut être aussi pris comme un signe de mécontentement envers la politique vacillante que ces gouvernements témoignent envers la classe ouvrière.

Le leader du P.C. (M) désapprouve la campagne capitaliste contre le droit des travailleurs à recourir aux gheraos. Mais il exprime son inquiétude quant à l'utili sation des gheraos dans les services essentiels.

Les naxalites, les prétendus vrais marxistes, ne semblent pas jusqu'à présent avoir élaboré une position sur le problème des gheraos. Cette omission n'est pas surpre. nante car, de façon générale, les naxalites n'ont aucun programme digne de ce nom pour les luttes prolétariennes dans les vil. les. Dans leur obsession de la paysannerie et de l'encerclement des villes par les vil- lages, et dans leurs actions irréfléchies, aventuristes, isolées, essentiellement terroristes. ils ont momentanément oublié les gheraus.

En raison de la situation économique extrêmement instable en Inde, en particulier La presse a rapporté que, lors d'un mee. ting le Premier Mai à Calcutta, le dirigeant des luttes paysannes de Naxalbari (district de Darjeeling du Bengale occidental), Kanu Sanyal, a annoncé la formation d'un troisième parti communiste s'intitulant « Parti Communiste de l'Inde (marxiste-léniniste) ». On a rapporté que Sanyal a proclamé ouvertement la nécessité d'une insurrection armée basée sur la paysannerie. Asit Sen, un autre théoricien des « naxalites » qui présidait ce meeting, salua le Parti Communiste chinois et déclara qu'ils seraient guidés par les pensées du Président Mao. La formation ainsi annoncée des naxalites en un seul parti panindien a soulevé un véritable cri de guerre des porte-parole et des journaux de la bourgeoisie. La question fut soulevée au Parlement et de nombreux membres, notamment du parti de droite Swatantra et du parti du Congrès, ont incité le ministre de l'Intérieur Chavan à considérer sérieusement ce développement pour le tuer dans l'œuf (Indian Express, 8 mai 1969). Chavan a rassuré les élus en faisant observer que le gouvernement était contre une révolution armée, qu'elle vienne de Mao, Marx ou de Manu (1). Il déclara également au Parlement qu'il s'ef. forçait de rencontrer les leaders des partis d'opposition afin d'élaborer une stratégie pour combattre le « mal » naxalite. On indique que Chavan a déjà écrit une circulaire à différents leaders de l'opposi. tion pour les informer que le gouvernement songe à amender la loi sur les activités illégales en vue de couvrir aussi le cas du parti naxalite. Il est significatif que le parti communiste pro-Moscou s'est opposé à une telle mesure, et qu'il y a des divergences évidentes chez les dirigeants du P.C. (M) de l'Inde. Jyoti Basu, leader adjoint du gouvernement de Front Unique du Bengale occidental et leader du P.C. (M), considère le cas du mouvement naxacomme une simple affaire de loi et d'ordre, tandis que Namboodiripad, autre leader du P.C. (M) et Premier Ministre du gouvernement de Front Unique du Kerala, est enclin à le traiter comme un problème politique. On estime à présent la force des naxalites à 4.500 membres. Au Bengale occidental, pendant les élections de février 1969, ils lancèrent un mouvement de boy-

IONALE 45 45 avec un régime prétendûment pro-ouvrier au pouvoir dans le Bengale occidental, il est vraisemblable que l'incidence des gheraos ne manquera pas de croître dans un proche avenir au Bengale occidental.

Sharad HAVERI (Gujurat) cott qui s'avéra être une faillite complète. Jusqu'à présent on n'a rapporté aucune approche systématique pour la création de hases révolutionnaires dans les régions rurales.

Dans les provinces de l'Utta Pradesh et du Bihar, les naxalites disposent du soutien d'une partie importante des leaders qui ont quitté le P.C. (M). Ils sont actifs dans dix districts de Bihar-Ranchi, Dhanbad, Palamau, Singhbhum et Bhagalpur. Ils ont pénétré dans les régions tribales dont les membres sont organisés par Hirenmoy Roy qui défend la création d'un Etat tribal distinct avec droit de sécession.

Dans l'Andhra Pradesh, un important morceau du P.C. (M) a rejoint le mouvement dirigé par P. Nagi Reddy qui est totalement commis à la stratégie chinoise.

Le mouvement naxalite est caractérisé par une admiration dépourvue de critique et totalement aveugle envers Mao et par une importation globale de la stratégie de Mao de la guerre de partisans en Inde, méconnaissant complètement la dialectique spécifique de la situation indienne : réseau bien développé des transports et bien enraciné des communications, appareil administratif et d'Etat hautement centralisé, absence de traditions de guerre civile armée prolongée, potentiel prolonge, aboutiel sie indienne encore parlementaire réfor inépuisé, etc.

Les naxalites considèrent que l'Etat représente la bourgeoisie bureaucratique compradore et les propriétaires fonciers féodaux, alors qu'il est en réalité purement et simplement l'Etat de la bourgeoisie indienne. Sanyal considère que la principale contradiction se trouve entre le peuple el le féodalisme (Libération, vol. 2 novemhre 1968, p. 30. « Rapport sur le mouvement paysan dans la région de Terai »). De ce fait il efface toute la croissance du capitalisme en Inde depuis 1947.

Selon Sanyal, les paysans constituent la base et la force principales de la lutte antiimpérialiste et antiféodale. Il prédit la libération des autres classes opprimées en fonction de la libération des paysans. Ainsi est éliminé le rôle du prolétariat indien, si correctement et si vivement défini dans le programme du Socialist Workers Party

(1) Idéologue réactionnaire du système patriarcal indien.

LE MOUVEMENT « NAXALITE »

LE MOUVEMENT « NAXALITE »

QUATRI (trotskyste) de l'Inde. En centrant leur attention complètement sur les régions rurales, conformément au modèle chinois, les naxalites loublient plusieurs facteurs d'importance vitale.

Ceux-ci comprennent : 1) L'importance vitale des villes dans le contexte actuel de l'économie indienne. Elles sont industrialisées de façon croissante, contrairement au démantèlement forcé des villes côtières de la Chine par le Japon après la défaite de la deuxième révolution chinoise ; 2) Le rôle de plus en plus indispensable du prolétariat indien dans le processus de production avec une insistance de plus en plus poussée de l'industrialisation par la bourgeoisie ; 3) L'impossibilité de maintenir isolées des zones libérées en Inide par suite de la science de contre-insurrection mise à la disposition de la bourgeoisie par l'impérialisme américain, let en raison de l'accessibilité et de la pénétration plus aisées de telles zones dans les conditions sociales et géographiques de

EME INTERNATIONALE l'Inde, par comparaison avec les pays latinoaméricains, ete.

Les naxalites ont encore à élaborer une position correcte sur la nature de la prochaine révolution indienne : sera-t-elle démocratique bourgeoise ou socialiste ? Ou sera-t-elle socialiste, sous l'hégémonie du prolétariat, mais résoudra-t-elle d'abord les tâches non résolues d'une révolution démocratique bourgeoise, telle la question agraire ? Les naxalites n'ont pas encore posé ces questions.

Le Socialist Workers Party de l'Inde voit dans les activités aventuristes des naxalites une réaction de radicaux petits bourgeois qui acceptent encore la théorie de l'alliance des quatre classes.

Le danger présent est que les activités de cette tendance soient exagérées, hors de toute proportion, par la bourgeoisie pour justifier son étranglement répressif del restes de libertés bourgeoises en Inde.

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