Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 39

Bilan du mouvement étudiant

Quatrième Internationale, n° 39 · septembre 1969 · p. 47-52 · 4 060 mots

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Dans le n° 38 de cette revue est paru un texte sur la « radicalisation de la ieunesse et les tâches de la IV* Internationale » qui constituait une première contribution au débat sur le travail dans la jeunesse. Nous publions ici un second texte qui n'est que le résumé sous forme de thèses d'un Cahier Rouge à paraître prochainement sur le bilan du mouvement étudiant. 1) Le mouvement étudiant dans les années 60 s'est partout trouvé à la pointe de la remontée des luttes révolutionnaires. La disponibilité politique particulière du milieu étudiant repose sur le cumul de contradictions superstructurelles dont il nœud : la crise de l'idéologie bourgeoise qui affecte l'ensemble de la jeunesse; problèmes de l'emploi, de la formation et de l'avenir professionnels qui concernent les travailleurs intellectuels; la crise institutionnelle de l'Université.

2) Composante de la jeunesse en général, le milieu étudiant est le premier touché par la crise de l'idéologie bourgeoise qu'il est censé glorifier et perpétuer. La bourgeoisie de la décadence impérialiste n'est pas la bourgeoisie créatrice qui accède au pouvoir pour réaliser ses tâches historiques. Ses valeurs, sa morale, son histoire n'ont rien d'enthousiasmant. Sa cause semble entendue : la jeunesse ne peut identifier ses espérances à celles de la classe bourgeoise, lier son sort à cette moribonde. D'autant plus que les valeurs tant prêchées par l'école, les académies, les autorités sont quotidiennement démenties par les crimes perpétrés par l'impérialisme dans ses convulsions. En perte de morale et d'idéal la bourgeoisie leur substitue l'étalon publicitaire. Il ne s'agit plus de défendre les idéaux de la bourgeoisie montante (« Liberté » « Egalité »), mais de se conformer au portrait robot du consommateur moyen, bourgeois médiocre de la décadence. Aucune jeunesse ne peut se reconnaître dans cette idéologie. Et plus que tout autre jeune, parce qu'il en est l'héritier présomptif et le continuateur désigné, l'étudiant vit intensément la crise de l'idéologie bourgeoise

3) Comme futurs « cadres », les étudiants sont hantés par les problèmes de l'emploi. Dans les branches dont l'horizon professionnel est précis, futur cadre signifie souvent futur chômeur soumis aux impératifs du recyclage chronique; dans les carrières libérales, de longues études débouchent souvent sur le lent gravissement des hiérarchies malthusiennes.

- 11 4) Plus particulièrement, le milieu étudiant se trouve au cœur d'une contradiction qu'il peut s'efforcer de surmonter mais qu'il ne parviendra pas à résoudre car il s'agit de la contradiction fondamentale du mode de production capitaliste entre le développement des forces productives et le maintien des rapports de production. C'est contradiction même qui affecte l'Université contrainte de répondre simultanément d'une part au développement des forces productives par la hausse globale du niveau de qualification au prix d'une hausse des coûts sociaux de formation ; d'autre part au maintien des rapports de production par la parcellisation des connaissances, la sélection arbitraire et le respect des profits privés des capitalistes en tant qu'individus. La bourgeoisie tente partout de répondre à cette contradiction par des mesures et des réformes elles-mêmes bâtardes et contradictoires qui perpétuent la crise institutionnelle et l'instabilité de l'Université.

5) L'accroissement des besoins en matière de main-d'œuvre qualifiée entraîne lá diversification du recrutement universitaire et son élargissement massif aux couches moyennes. La révolte n'entre pas à l'Université avec ces couches tentées par l'acculturation. Elles constituent partout un ferment d'instabilité : coincés entre des ařrières familiales peu solides et un avenir professionnel incertain, les fils de la petite-bourgeoisie sont disposés à faire payer à l'occasion l'insécurité et l'angoisse qui est leur lot.

6) Le milieu étudiant, enraciné dans la contradiction de l'Université, est dépourvu d'homogénéité sociale comme d'homogénéité politique. Même si le temps passé comme étudiant s'est allongé, même si la concentration des complexes universitaires s'est opérée dans de vastes proportions, même si la diversification du recrutement et le devenir promone et une lo contradion de rune le nete fessionnel créent des liens plus forts que jamais avec le reste leur génération dans le fondement objectif du ralliement des étudiants en tant que tels au prolétariat et ne fait pas du milieu étudiant un allié naturel du prolétariat. Il n'y a pas d'intérêts homogènes des étudiants à défendre.

7) Le milieu étudiant donne naissance à des mouvements et des courants politiques dont les oules orale rede soit din, ale cat pale bartoger les Banto de, trouvent hors de l'Université, dans l'affrontement de classe

Une partie de l'autre se rallie au prolétariat. Mais ce ralliement n'est pas naturel et spontané, surtout lorsque le prolétariat, dépourvu de direction révoltionnaire, tâtonne et piétine.

8) C'est pourquoi, dans les pays capitalistes avancés la politisation du milieu Teurs organiserons ourt res sociale der le fut salimes ge le autant dans, étudiant a généralement pris la voie de la lutte antiimpérialiste. Ne trouvant dans la moindre perspective, la révolution vietnamienne a fourni un symbole et un exemple de la lutte internationale du prolétariat dans lequel une partie du milieu étudiant a reconnu ce qu'elle attendait et grâce auquel elle a repris espoir.

9) D'autre part, mouvant, instable, sans cesse renouvelé, le milieu étudiant donne eu de prises aux bureaucraties ouvrières : surtout quand la crise du stalinisme et de so déologie fait écho à celle de la bourgeoisie. De sorte que le milieu étudiant constitu bien le maillon le plus faible de la chaîne d'intégration politique forgée et tendue par la bourgeoisie d'une part, par les directions social-démocrates et staliniennes d'autre part, afin de maintenir le statu quo international.

10) Miné par un enchevêtrement de contradictions qui en font une plaque sensible entre toutes, le milieu étudiant donne naissance à un puissant mouvement étudiant. Alimenté par la crise de l'idéologie bourgeoise et celle des structures de formation, stimulé par l'exemple de la révolution coloniale, le mouvement étudiant échappe au contrôle des bureaucraties ouvrières. Il puise dans la contradiction tendue de l'Université une énergie qui lui permet de mener seul et malgré cet isolement des combats d'avant-garde marqués par la renaissance des formes de luttes violentes, de l'action directe, à l'encontre du jeu et des règles politiques acceptés par les directions ouvrières.

11) Pourtant le mouvement étudiant ne peut répondre par lui-même à la contradiction de l'Université repose sur les fondements mêmes du capitalisme. est incapable d'une autonomie politique et programmatique à l'égard de la classe ouvrière

12) Il en résulte que le mouvement étudiant est écartelé entre sa vocation révoler se fonction de substitut avant-garde di une poque ou, mallon faite du systeme politique, il se trouve placé à l'avant-garde des luttes.

13) C'est pourquoi le mouvement étudiant ne saurait être analysé en tant que tel ; on ne pourrait que décrire ses fluctuations souvent irrationnelles et imprévisibles Pour le comprendre et l'animer politiquement, on doit l'analyser en fonction des variations des coordonnées qui conditionnent son existence et son évolution car par lui-même le mouvement étudiant n'a pas d'histoire ni de mémoire. Ces coordonnées sont d'une part le mouvement ouvrier (son degré de mobilisation, les forces politiques qui le composent), et d'autre part le développement de l'avant garde révolutionnaire encore trop embryonnaire pour jouer réellement un rôle de direction.

14) L'évolution du mouvement étudiant français illustre les rapports du mouvement étudiant au mouvement ouvrier de façon très complète. Après la guerre d'Algérie, période d'accalmie relative des luttes ouvrières, le mouvement étudiant s'érige en mauvaise conscience du mouvement ouvrier. A la rationalité bâtarde de la bourgeoisie, il oppose sa propre rationalité programmatique : il compte sur l'efficacité de la raison et du verbe pour dévoiler les contradictions du capitalisme et les vues du socialisme sans avoir à compter sur un rapport de forces auquel fait défaut la mobilisation ouvrière.

15) En période de remontée des luttes ouvrières, le mouvement étudiant, animé par des groupes révolutionnaires ayant rompu avec la social-démocratie ou le mouvement stalinien, redécouvre la réalité. du mouvement ouvrier et la possibilité de jonction avec lui. Il se constitue dans cette période soit en groupes de pression sur le mouvement ouvrier, soit en force d'appoint du mouvement ouvrier. En groupe de pression au travers de liaisons intersyndicales sur les problèmes communs (formation, emploi); en force d'appoint au travers des mouvements populistes animés par les groupes maoistes. Pendant cette période, le mouvement étudiant qui se développe se coule dans les structures préexistantes du corporatisme étudiant où il trouve un cadre d'élaboration idéologique et une enseigne vaguement syndicale qui légalise ses prétentions à l'intersyndicalisme.

16) Le mouvement étudiant ne peut demeurer éternellement sur cette corde raide, dans le sillage d'un mouvement ouvrier sous hégémonie stalinienne ou social-démocrate Il doit, soit se soumettre en réintégrant le giron des forces « démocratiques », soit s'appuyer sur la disponibilité du milieu étudiant pour prendre seul, au risque de s'isoler, l'initiative et tenter de rompre le statu quo de la lutte des classes. Le mouvement étudiant est acculé à ce choix; de plus en plus, les luttes revendicatives qui viennent se briser ou s'essouffler contre un Etat parlant au nom de « l'intérêt national » apparaissent comme des impasses. Dès lors les structures de mobilisation, héritées du corpo ratisme, apparaissent comme un corset trop étroit. L'exemple du mouvement du 22 Mars à sa naissance est typique : avec lui ce sont les groupes d'avant-garde qui prennent l'initiative de fondre les pratiques politiques morcelées du mouvement étudiant dans un mouvement antiimpérialiste, anticapitaliste, antibureaucratique. A partir de ce tournant le mouvement étudiant n'évolue plus dans les cadres qu'il subit, il est structuré par les groupes d'avant-garde qui lui définissent son rôle et son projet, non plus en fonction de déterminations universitaires, mais en fonction de forces d'ensemble, de l'appréciation globale de la lutte des classes. Dans cette mutation, le mouvement étudiant acquiert le moyen de jouer le rôle de substitut temporaire d'avantgarde, d'accélérateur ou de détonateur de la lutte des classes, plus par ses formes de luttes exemplaires que par leur contenu programmatique.

17) Dès que le mouvement ouvrier entre en lutte le mouvement étudiant ne peut continuer à jouer son rôle de substitut d'avant-garde en donnant l'exemple de la détermination et du courage. Les travailleurs ne peuvent se contenter de s'engouffrer dans les brêches tactiques ouvertes par les étudiants, ils ont besoin de perspectives straté giques et de mots d'ordre que le mouvement étudiant incapable de se hausser par luimême au-dessus d'une certaine compréhension politique qui est celle du révolutionnarisme petit-bourgeois, ne peut leur fournir. Devant ce problème, le mouvement étudiant s'efface au profit de l'avant-garde révolutionnaire.

V 18) Le rôle d'avant-garde joué conjonctuellement par le mouvement étudiant n'est pas une nouveauté qui réclamerait une quelconque révision du marxisme. Déjà Engels, Trotsky, Mao Tsé-toung avaient salué le rôle d'avant-garde joué étudiants en Autriche en 1850, en Chine en 1919. Ce rôle ne fait que témoigner du fait que la bourgeoisie n'était déjà plus assez vigoureuse pour faire sa révolution et que le proléta riat n'était pas encore assez mûr pour diriger la sienne. Aujourd'hui, le rôle d'avantgarde du mouvement étudiant ne témoigne plus de l'insuffisante máturité objective du prolétariat, mais de la faillite. de ses directions social-démocrates ou staliniennes.

19) Il n'en demeure pas moins que le mouvement étudiant ne peut jouer ce rôle que dans la perspective d'une jonction à court terme avec le mouvement Sans quoi il est condamné à un impossible équilibre entre sa fonction révolutionnaire et son caractère de masse, perpétuellement soumis à la double tentation et du révolutionnarisme. Cette contradiction ne peut se résorber que par la construction et le développement d'une organisation révolutionnaire capable de dépasser le « point de vue » étudiant pour fournir un projet stratégique et capable de jouer son rôle d'avantgarde tant dans le mouvement ouvrier que dans le mouvement étudiant.

20) La construction d'une telle organisation réclame des qualités d'opiniâtreté, de persévérance, de fermeté qui sont loin d'être inhérentes au milieu étudiant inconstant, versatile et sans mémoire .

C'est pourquoi on voit fleurir au sein du mouvement étudiant une gamme d'idéologies qui sont autant de dérobades à la tâche fondamentale de construction de l'organisation révolutionnaire.

21) Une première variante de ces fuites idéologiques consiste dans la dynamique de groupe, phase d'introspection dans laquelle le mouvement étudiant cherche dans son propre inconscient les raisons de son impuissance politique. A cette fuite fait pendant la variante populiste par laquelle le mouvement cherche à s'oublier en faisant pénitence au service des masses, le tout sous la caution théorique de la pensée de Mao. Introspection et populisme sont les délires infantiles du mouvement étudiant.

22) Anarchisme et spontanéisme en sont les délires pubertaires. Incapables de surmonter la contradiction du mouvement étudiant (entre son rôle révolutionnaire et son caractère de masse), les anarchistes préfèrent nier purement et simplement ce mouvement. Pour eux le milieu étudiant est socialement petit-bourgeois; en conséquence il ne peut exister de mouvement étudiant révolutionnaire, mais seulement des militants anarchistes intervenant dans le milieu étudiant par l'action directe et la propagande par le fait. Il s'agit de radicaliser grâce au problème de la violence cette petite bourgeoisie estudiantine toujours teintée d'humanisme apitoyé ; il s'agit de la drainer dans le sillage de la minorité agissante ; mais puisque sa « solidarité » relève du sentiment plus que de la conscience politique, il serait vain d'essayer de l'organiser.

23) Aussi incapables de résoudre la contradiction que leurs cousins anarchistes, les spontanéistes dissolvent le mouvement étudiant dans la révolution culturelle. Pour le milieu étudiant est un allié naturel du prolétariat. Le seul obstacle sur la voie de la révolution, c'est la fascination à retardement qu'exerce l'idéologie bourgeoise en ruine, c'est le flic que chacun porte dans sa tête. Au prix d'une conversion spirituelle, pelée pour la circonstance révolution culturelle, chacun doit chasser le flic de sa tête, grâce à quoi il accède directement au mouvement révolutionnaire (sans distinction de classe) et non au mouvement étudiant. En bref, entre l'étudiant sous le charme de l'idéologie et du savoir bourgeois, et le militant révolutionnaire, il n'y a plus de place mouvement étudiant trop encombrant. Le problème est ainsi supprimé mais non résolu.

24) Le dénominateur commun de ces idéologies étudiantes, c'est l'antiautoritarisme qui combine la conscience mystifiée qu'a le mouvement étudiant de l'Etat fort, et son ressentiment contre le mauvais père. Le mouvement étudiant reproche à la société bourgeoise qui l'a nourri et éduqué de trahir son propre enseignement et ses propres préceptes, et de couvrir cette trahison d'une autorité étatique omniprésente et arbitraire. Contre cette trahison le mouvement éudiant réagit par la recherche d'un nouvel humanisme antiautoritaire où il dilue la lutte des classes. Et comme il n'a pas les moyens de mener à lui seul la révolution prolétarienne, il se contente de la « révolution culturelle » ; il s'attaque en priorité à la culture parce qu'il avait commencé par en vivre. Le maospontanéisme est le cocktail le plus complet des idéologies étudiantes où populisme, spontanéisme, antiautoritarisme se combinent: toutes concourent et c'est leur point de confluence à refuser l'organisation révolutionnaire qui les menace comme leur propre négation.

VI 25) Dans la période où naissent sur la base de la radicalisation de la jeunesse de nouvelles avant-gardes, ces avant-gardes trouvent dans le miileu étudiant un terrain propice à leur croissance. Trop faibles pour affronter directement le pouvoir bourgeois ou concurrencer les directions ouvrières reconnues, le mouvement étudiant leur sert d'abri et de protection, il compense par sa mobilisation de masse leur propre faiblesse. Pendant cette période ces nouvelles avant-gardes sont avant tout des groupes étudtants qui se pensent comme les rejetons parricides du stalinisme ou de la social-démocratie. C'est au prix d'une mutation qu'ils parviennent à opérer la jonction avec la IV° Internationale porteuse des acquis stratégiques alternatifs au stalinisme.

26) Cette mutation permet à l'organisation révolutionnaire naissante de se hausser à une compréhension stratégique globale, de tuer en elle le aroupe étudiant qui perpétue les caractéristiques sociales et politiques du mouvement étudiant. C'est un véritable arrachage de l'organisation révolutionnaire au mouvement étudiant.

27) Le mouvement étudiant en tant que tel n'a ni mémoire, ni histoire, il s'absorbe dans l'action instantanée, dans le témoignage, dans la démonstration spectaculaire. Au contraire, l'intervention de l'avant-garde n'est pas spectaculaire. travers l'organisation et la formation des militants, elle tisse la mémoire politique du mouvement étudiant. Elle est transversale par rapport à la mobilisation étale du mouvement étudiant. Elle est verticale par rapport à la dispersion horizontale de l'agitation étudiante (foyers anarcho-maoïstes). Elle trace à travers l'improvisation du mouvement étudiant, la cohérence de son propre projet révolutionnaire. Le balancement du mouvement étudiant entre le réformisme et le révolutionnarisme, ne peut être brisé que par l'intervention martelée de l'organisation révolutionnaire.

VII 28) Le développement et le renforcement de l'organisation révolutionnaire ne Signifient pas la fin du mouvement étudiant, mais le changement de sa Dans un premier temps, le mouvement étudiant a constitué, à cause des conditions spécifiques de l'Université, la pointe avancée de la radicalisation de la jeunesse. Le développement de l'organisation révolutionnaire permet de restituer le mouvement étudiant, qui s'enlise dans les actions répétitives dictées par sa contradiction, dans le mouvement d'ensemble de la jeunesse. Cet élargissement est condition pour accroître la capacité de lutte du mouvement de masse. Il est rendu possible par les modifications du rapport de force entre l'avant-garde et l'Etat, entre l'avant-garde et les directions ouvrières bureaucratiques.

29) La base d'un tel mouvement de la jeunesse réside dans la lutte contre l'embrigadement de la jeunesse. Cet embrigadement commence avec la formation professionnelle sous toutes ses formes (école, Université, apprentissage, enseignement technique) Il passe par les conditions de logement, de transport, de travail faites à la jeunesse ; par l'organisation des loisirs, de la culture, du sport de compétition, par toutes les structures d'accueil répressives offertes à la jeunesse (scoutisme, colonies de vacances, clubs sportifs) ; par l'oppression sexuelle. Enfin cet embrigadement culmine par l'armée dernière étape d'intégration à la société bourgeoise:

30) La jeunesse qui n'a pas connu les grandes défaites ouvrières ne porte pas le poids de ce passé mort. Elle constitue un profond facteur de renouveau politique secoue les jougs bureaucratiques.

31) Il faut cependant distinguer un mouvement de masse de la jeunesse que nous devons nous efforcer de développer, de l'organisation de jeunesse d'une organisation révolutionnaire. Une telle organisation de jeunesse présuppose l'existence d'une organisation révolutionnaire déjà forte.

VIII

32) Les tentatives de définir une stratégie propre pour le mouvement étudiant se sont généralement soldées par des échecs. Les stratèges de l'Université Critique de l'Université Négative, réduisent, comme leur nom l'indique, la lutte étudiante à une lutte essentiellement idéologique contre l'Université bourgeoise. Dès que le mouvement étudiant passe de la critique de l'Université à la critique de la société », se posent à lui des problèmes de stratégie révolutionnaire que seule une avant-garde peut résoudre

33) Parallèlement le syndicalisme révolutionnaire en milieu étudiant ouvre sur le réformisme. On ne peut se contenter de l'application sectorielle d'un projet global qu'on n'a pas les moyens de faire aboutir ailleurs qu'à l'Université. On aboutit ainsi à des mots d'ordre de contrôle étudiant et lycéen, voire d'autogestion étudiante qui sont tout bonnement réformistes isolés de la situation d'ensemble de la lutte des classes.

34) Toute tentative de stratégie étudiante est donc guettée par un double piège : celui, réformiste, de l'aménagement du système sous prétexte de stratégie transitoire partielle, appliquée à l'Université ; celui de la contestation qui n'est qu'une politique en miettes.

35) L'Université Rouge n'est pas un mot d'ordre; de même que le contrôle ouvrier elle est un thème de lutte à préciser sous forme de mots d'ordre concrets selon les situations précises. Elle n'est pas une institution juxtaposable à l'Université bourgeoise, elle est un mouvement de lutte par lequel l'avant-garde cherche à diriger le mouvement étudiant en force de frappe permanente contre le système. L'Université n'est pas une ligne universitaire, mais la tactique de l'avant-gorde à l'Université, subordonnée à sa stratégie d'ensemble.

36) Les mots d'ordre universitaires de l'organisation peuvent s'attaquer aux pro blèmes de la formation professionnelle en réclamant une formation polyvalente, une garantie de l'emploi au niveau de qualification acquis. Mais l'application de tels mots d'ordre requiert la mobilisation du mouvement ouvrier, mobilisation dont l'avant-garde embryonnaire n'a pas l'initiative. C'est pourquoi ces mots d'ordre qui convergent le thème du contrôle ouvrier sur l'enseignement gardent un caractère propagandiste.

37) Incapable d'un programme stratégique d'ensemble, le mouvement étudiant ne peut opposer à la politique universitaire de la bourgeoisie que sa propre résistance organisationnelle (l'autonomie du mouvement opposée à la participation) et des initiatives politiques tactiques définies par l'avant-garde en fonction de son appréciation de la conjoncture politique dans son ensemble.

Les initiatives se regroupent selon trois grands axes : le soutien aux luttes ouvrières, le soutien aux luttes antiimpérialistes, la, lutte contre l'embrigadement. Cest dans cette dernière rubrique que prennent place les luttes pour la liberté d'expression et d'organisation politique, la lutte contre la politique bourgeoise de formation.

IX 38) Le syndicat étudiant comme structure de lutte est un projet qui ne pouvait avoir de réalité que dans un cadre délibérément gestionnaire. Les organisations ouvrières réformistes soucieuses de se ménager des alliés ont entretenu ce mythe de l'autonomie revendicative du mouvement étudiant. Les structures syndicales volent en éclat dès que se raniment les luttes politiques. D'autre part, les mouvements politiques masse unitaires du mouvement étudiant, tels que l'ont été en France le FUA et le 22 Mars, ne peuvent avoir d'existence que conjoncturelle. Fondés sur un accord tactique précis, dès que les problèmes stratégiques se reposent au premier plan, ils doivent disparaître ou s'ossifier. Pris entre le lent dépérissement des structures syndicales et la nostalgie des mouvement unitaires, le mouvement étudiant court le risque de la féodalisation (Italie) ou de l'atomisation.

39) L'issue organisationnelle la plus favorable pour le mouvement étudiant suppose des organisations révolutionnaires déjà assez puissantes. Dans ce se développe un processus de cartellisation dont l'éclatement de la Zengakuren a fourni un exemple qui ne sera pas une exception. Les organisations révolutionnaires, seules capables de résoudre certains problèmes stratégiques et pratiques (comme les manifestations qui à un certain seuil d'affrontement réclament un degré de discipline et d'organisation dont le mouvement étudiant est spontanément incapable), restructurent le mouvement de masse autour de leurs propres initiatives politiques.

40) Le mouvement étudiant et la radicalisation de la jeunesse ne sauraient être considérés simplement comme une bonne aubaine pour l'avant-garde qui pourrait leufaire accepter son programme et y recruter de nouveaux éléments. Cette radicalisation de la jeunesse où le mouvement étudiant occupe une place de choix permet à l'avantgarde de modifier le rapport de forces à l'égard de l'Etat bourgeois et des bureaucraties ouvrières. Le rôle spécifique du mouvement étudiant ménage à l'avant-garde encore faible une marge de manœuvre, lui permet de prendre pied sur le terrain politique, nouer ses premières expériences sans être directement sous le double feu de la répression bourgeoise et bureaucratique. En ce sens, le mouvement étudiant joue bien un rôle historique précis spécifique.

41) Mais cette occasion fournie à l'avant-garde est aussi une épreuve. eut se contenter de profiter du mouvement étudiant ; pour qu'il joue son rôle elle doit le prendre à bras le corps, l'organiser massivement, polémiquer en permanence contre ses idéologies spontanées. Sans cesse guettée par l'opportunisme de droite comme de gauche, elle doit aussi avoir assez de fermeté théorique pour résister à la pression idéologique du mouvement et assez de compréhension politique des conditions de luttes léguées par la décomposition du stalinisme, pour épouser la mobilisation du mouvement sans s'y dissoudre. La route est difficile ; aucun schématisme verbal ne peut la simplifier : c'est par là que passe la résurrection de l'avant-garde révolutionnaire.

42) Si ce phénomène est vrai avant tout pour les pays capitalistes avancés, il est souvent vrai pour les pays coloniaux et pour les forces destinées à mener la révoluțion politique dans les Etats ouvriers bureaucratiquement dégénérés ou déformés. Dans les pays coloniaux, le mouvement étudiant combine souvent les caractéristiques du mouvement étudiant occidental et les caractéristiques classiques de l'intelligentsia libérale en lutte contre l'impérialisme. Dans les Etats ouvriers dégénérés l'essor du mouvement étudiant se fonde souvent sur la défense des libertés avant que sur l'antiimpérialisme, mais les caractéristiques politiques du mouvement présentent également de frappantes similitudes, dans le rôle comme dans les limites, avec le mouvement étudiant des pays capitalistes avancés.

La compréhension du rôle et des limites de la radicalisation de la jeunesse est l'une des clefs pour le développement des sections de la IVe Internationale et pour son passage d'Internationale propagandiste à une Internationale implantée dans les masses, capable de répondre aux nouvelles tâches de la période.

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