L'aveu d' Arthur
L'importance du livre d'Arthur London, l'Aveu (1) ravivée par l'anniversaire noir de l'invasion de la Tchécoslovaquie, n'est pas là où la plupart des critiques l'ont mise. Nous savions bien avant ce livre, non seulement que tous les procès staliniens étaient montés de toutes pièces, depuis. ceux de Moscou en 1936, mais aussi ce qu'était la technique d'obtention des « aveux ». Tout au plus, nous trotskystes, que l'on accusait si aisément d'anticommunisme, sous-estimions la part des moyens de pression physique sur les accusés par rapport aux pressions psychologiques. Nous savions que la technique terroriste des polices staliniennes avait évolué depuis la période 1936-1938, nous soupçonnions un recours à la drogue qui, d'après London, n'a pas eu lieu. Mais il ne s'agit là que de « détails » qui intéressent l'histoire universelle de la torture, d'importance politique. secondaire. Ceux qui découvrent, en 1969, la mécanique des aveux extorqués sont, soit de jeunes journalistes parfaitement ignares, soit d'ineffables vieilles canailles du type Aragon dont nous reparlerons plus loin.
Le fait que les révélations soient le fait d'un des très rares rescapés de ces procès truqués a évidemment une valeur humaine considérable. Nous verrons cependant que la « force de frappe » d'une telle position est malheureusement émoussée par les carences du témoignage. Quant à cet autre fait que ce rescapé est un militant communiste au passé héroïque, il a l'avantage de pouvoir servir à convaincre des militants des P.C., mais reste un fait de déstalinisation, avec tout ce que ce terme a de limitatif.
La véritable importance de l'Aveu tient à ce que ce livre amène d'éclairage sur un procès précis, et, à travers lui, sur une époque Mistorique cruciale mal connue (essentiellement par autocensure de tous ceux qui pourraient l'éclairer), celle de 1951 à 1956, c'est-à-dire du plus haut point de tension de la guerre froide jusqu'au XX* Congrès du P.C. de I'U.R.S.S Là se situe notre première raison de nous arrêter à ce livre. La seconde est son rôle objectif aujourd'hui, l'utilisation qui
LONDON en a été faite, très probablement sans que son auteur en soit conscient, mais qui en rien ne sert le communisme, au vrai sens du mot, c'est-à-dire la cause de la révolution mondiale. Cette utilisation s'inscrit dans tout un contexte politique : celui de la survie du stalinisme chez les staliniens qui répudient Staline, dernier avatar d'une politique contre-révolutionnaire qui s'efforce maintenant d'arrondir les angles, d'effacer les contours, de concilier les contraires pour éviter l'indispensable règlement des comptes de la jeune génération révolutionnaire avec les fossoyeurs du mouvement communiste. A l'égard d'un tel courant, il n'est pas d'indulgence possible pour des marxistes révolutionnaires, quelque pitié ou même quelque estime que puissent inspirer certains de ses tenants, du type London précisément. Le moment nous semble donc bon pour parler à notre tour de son livre, au moment où ses dernières illusions doivent se dissoudre dans le sang des jeunes Tchécoslovaques qui résistent à la terreur d'un stalinisme dont on ne peut faire endosser la responsabilité à Staline et Béria. Passé modèle d'accusé modèle devenu communiste dès
London est l'adolescence. Il a connu très jeune . la répression dans son propre pays, la Tchécoslovaquie. En 1936 il était en U.R.S.S. à l'heure où les procès de Moscou alourdissaient l'atmosphère et où, parmi les militants étrangers, les disparitions étaient aussi fréquentes qu'inexpliquées. Est-ce cela qui l'a amené à partir en • Espagne pour les Brigades internationales? II ne le dit pas, mais, si s'avait été le cas, il n'aurait pas été une exception (voir à ce sujet les Nôtres d'E. Poretski, et notre critique de cette œuvre). Au sortir de la défaite espagnole, il a milité dans le P.C.F. comme responsable de son organisation de communistes étrangers. L'activité clandestine pendant la guerre lui a fait connaître les prisons françaises, puis le camp de la mort de Mathausen. Rentré tuberculeux, il doit aller se soigner en Suisse. Le début de la guerre froide ne lui permet pas d'obtenir un poste officiel en France (les siens sont français; sa femme est sœur de celle de Raymond Guyot). II devient vice-ministre des Affaires étrangères de Tchécoslovaquie en fin 1948. L'année 1950 est pour lui pleine d'inquiétudes. Le procès Rajk a eu lieu, et le témoin à charge le plus lourd contre le dirigeant hongrois, ancien des Brigades, est Noël Field, communiste américain dont London a reçu des secours dul'accusatic d'un Kost contraire i qui ont a munistes pas toujou sibles » ; trotskystes
›n. » Sans parler de la résistance ov, London oublie que c'est au un tout petit nombre d'hommes voué parmi les milliers de comsacrifiés autour des procès, et irs les accusés les plus « plauenfin, que rarissimes sont les qui ont servi le stalinisme en
« avouant
Staline former en
».
ce contenter de transtorrotskystes des zinoviévistes, boukharinistes véritables tro la plupart sc ne pretendons ne prétendons dire - qu'il périeur. Notre d'une position tels procès. Et firme cette m firme cette m et.. skyste ins se pas s'agiss point politi , à sa anière staliniens. Quant aux s, ils sont morts pour prêter au jeu. Nous - hâtons-nous de le ie là d'un courage sude vue est qu'il s'agit que juste à l'égard de manière, London conde voir. Au milieu de ses supplices, suicide comme fus pur et sir lui fait chang nourir, ce qu'i que lui soume procès à huis une pire sorte normalement que c'est le co un condamné souffrances do tolérables », ( en camouflan jugement a lie il envisage l'hypothèse du : il a envisagé celle du re-• nple d'avouer. Qu'est-ce qui ler d'avis 2 Pas.la neur de ¡er d'avis? Pas la peur de il souffrait était pire, l'idée, itent ses tortionnaires, qu'un clos ou un suicide serait d'aveu. Pour tout cerveau constitué, ilest évident entraire qui est vrai. Quand se suicide, on se dit : « Ses se suicide. on se dit : « Ses ins les tortures étaient insu bien : « On l'a exécuté t son assassinat. » Si un u à huis clos, on, se dit :
« Voilà une justice qui assassine un innocent. » Pourquoi London ne raisonne-t-il pes normalement? Parce que sa pensée est mystifiée, parce qu'il a accepté jusqu'ici d'avaler les pires moyens (auxquels sa conscience répugnait) comme n'étant pas incompatibles avec la fin socialiste, et que, lorsqu'il se trouve à son tour dans la broyeuse, il ne voit aucune issue de vérité. En peu de mots, pour lui, le stalinisme était invincible et « dans le sens de l'histoire ». London et ses compagnons d'infortune avouaient parce qu'ils étaient dans le système, parce qu'ils restaient des staliniens alors même qu'ils découvraient le vrai visage de Staline et maudissaient son nom.
On peut admettre, à la rigueur, la crédulité qu'affirme London à propos des procès de Moscou de 1936-1938, bien qu'elle soit peu probable en ce qui concerne les chefs d'accusation publics. Mais dès qu'il s'agit des procès qui précèdent le sien, et où sont mis en cause des hommes qu'il a connus, avec lesquels il a milité, il n'est guère possible d'admettre la bonne foi : ce qui joue en lui, c'est ce qu'Orwell a appelé la « double pensée » qu'il va bientôt devoir, et combien douloureusement, s'appliquer à lui-même.
« Je me trouve ici par la volonté de mon Parti [...] Contre un tel adversaire, séjour en Suisse.
rant son rant son sejour en suisse.
que rédige alors London sur que redige alors London sur avec Field sombrent dans un tile. Petit à petit, un désert tour de lui. Ses plus proches
Les rapports
Les rapports ses relations ses relations silence hosse fait auamis, quasi tous anciens des Brigades eux aussi, partagent son inquiétude. Même, parmi ceuxlà, Zavodsky, vice-ministre de la Sécurité (qui sera le dernier exécuté , en 1954, un an après la mort de Staline et de Béria) ne peut empêcher que London ne soit suivi jour et nuit. Au début de 1951, c'est l'arrestation. Puis vingt-sept mois d'interrogatoires et de tortures pour briser sa résistance et les quatorze du pro des habituels crimes bles qu'abominables. qui échappent à la lieu en 1952. Il ne vrier 1956, le mois l'amener, un parmi :ès Slansky, à l'aveu i aussi invraisemblaIl est un des trois corde. Le procès a sera libéré qu'en fédu XX® Congrès. Sa
« réhabilitation » attendra le printemps de Prague, douze ans plus tard.
A un militant communiste, London inspire la sympathie. Son courage vaut le respect, mais, malgré les responsabilités qu'il a assumées, il apparaît comme le fantassin type des partis communistes stalinisés, qui obéit vingt ans sans vouloir réfléchir, prend les virages les plus aigus sans paraître se poser de problèmes, et, malgré la plus atroce expérience, se re se refuse à en tirer toutes les conséquences.
London a été interviewé deux fois à la radio, une fois à la télévision (par d'Astier de La Vigerie, comme toujours faussement bonhomme) et dans la presse, par le Nouvel Observateur. Partout, les questions qui lui ont été posées étaient à côté du véritable sujet : dialogues de sourds ou de complices tacites. Nous ne reprendrons qu'un des faux problèmes des traités par les journalistes. Pourquoi l'aveu ?
Il s'agit de l'impossibilité ou non de résister à l'exigence des aveux. Nul n'a le droit de faire le matamore avec le supplice des autres. Pour London, non seulement il n'y avait pas d'autre issue que l'aveu, mais il prétend que tous les communistes ont toujours accepté ce jeu sinistre (p. 320) : « Accepter, comme l'avaient fait avant nous les vieux compagnons de Lénine, les accusés de Budapest, de Sofia, de Bucarest, de jouer un rôle dans les procès et confirmer ainsi a dû se contenter de transforanière de voir. Au milieu de comment se battre? Chacun [...] de mes refus de passer à des aveux est interprété comme la continuation de ma lutte contre le Parti, comme l'attitude d'un ennemi acharné qui [...l refuse de faire amende honorable en avouant. Dans de telles conditions, pour un communiste, vouloir prouver son innocence n'est pas seulement impossible mais pose ce cas de conscience ahurissant, absurde, mais • contraignant : vous acceptez de signer les aveux : vous entrez aux yeux du Parti sur la voie de votre rédemption. Vous refusez de les signer parce que vous êtes innocent : vous êtes un coupable endurci qu'on doit liquider sans merci » (p. 172).
Plus loin (p. 178), il amorce une recune rectification de ce « pour un communiste » : « Le Parti ne peut jamais avoir tort [...] Le Parti, oui, on peut avoir confiance en lui, quand on le considère comme une émanation de la masse des communistes, en aucun cas quand il s'agit d'un appareil étroit, bureaucratique, qui abuse des qualités de aévouement, de confiance, de sacrifice de ses membres pour les entraîner dans une voie pervertie... » Mais ceci, c'est une conclusion de London d'après le procès, et une conclusion qu'il ne pousse même pas jusqu'au bout, dont il ne tire pas toutes les conséquences ni pour le passé, ni pour le présent (nous y reviendrons, mais notons déjà qu'à la radio, London a approuvé l'intervention russe de 1956 en Hongrie et s'est refusé à y voir une opération comparable à l'invasion de la Tchécoslovaquie).
Un autre aspect du raisonnement perdu raisonnement perverti dans le dialogue entre bourreau et victime, c'est le chantage à la guerre. Un membre du bureau politique en grande tenue de général affirme à London qu'en confirmant son aveu il rendra un grand service au Parti et ajoute : « Dehors la situation est très grave... la guerre menace. » Et London est convaincu. Il explique : « Au-delà de cette salle de tribunal [...] se trouvent le Parti avec sa masse de militants dévoués, l'Union sosoviétique et son peuple qui a consenti tant de sacrifices à la cause du communisme.
Il y a le camp de la paix, les millions de combattants qui poursuivent dans le monde entier la lutte pour le même idéal socialiste auquel vous avez consacré votre vie. Vous savez que la situation internationale est tendue et que la guerre froide bat son plein, que tout peut être utilisé par les impérialistes pour que la guerre tout court soit déclenchée. Votre conscience de communiste n'accepte pas, dans ces conditions, d'être « objectivement complice » des impérialistes » (p. 272).
Cet argument terroriste, London ne le réfute pas. alors qu'il sert encore quotidiennement à tout propos pour museler les militants des P.C., et qu'il devrait être si patent que ce sont des opérations comme l'invasion de la Tchécoslovaquie ou les procès qui affaiblissent ce qu'il appelle le « camp socialiste » devant l'impérialisme .
Il ne tire même aucune conclusion de ce phénomène qu'exprime naïvement (en 1955 !) son beau-frère : « ... Pour moi, communiste, il était beaucoup plus difficile de refuser à croire en ta culpabilité. Tandis que ceux qui n'étaient pas du Parti et te connaissaient, Fichez, Souchère, tant. d'autres, se sont toujours refusés à y croire. » Si être communiste signifiait penser moins bien que qui ne l'est pas, quelle condamnation ce serait du communisme (celle qu'a prononcée d'Astier de La Vigerie dans son interview). Heureusement, le problème est qu'il faut traduire, dans les phrases en question, « communiste » par « stalinien », ce qui tranche en même temps deux questions Limites d'une prise de conscience
London nous donne donc dans son livre les éléments de compréhension de son aveu, mais il ne le comprend pas réellement lui-même profondément, pour la raison simple qu'il n'a pas totalement rompu avec le système de pensée stalinien. l'aveu que nous reprochons à London, Aussi, pour notre part, n'est-ce pas notre pas c'est le maintien de la « double pensée » après, telle qu'elle éclate dans son livre, ses interviews, telle qu'il la tolère dans les commentaires de ses amis du P.C.F. Et de telles réticences prennent une importance qu'un des
Prague est n° 1 de la coslovaquie ance dandon constate mmense quand on constate survivants de ces procès de
Gustav Husak. actuel agent répression stalinienne en Tchéc'est-à-dire qu'une de ces victimes est capable de se faire bourreau à son tour; plus, de se faire un alibi de son martyre pour présider au martyre de tout son peuple.
London s'interroge sur les causes de son procès et il répond à ses propres questions, mais à aucun moment il ne dépasse dans ses conclusions la frontière théorique fixée par le XX* Congrès.
Et d'abord, Trotsky et les trotskystes étaient-ils, oui ou non, coupables ou les yants, ceux qui comprirent dès le démeilleurs communistes, les plus clairvobut du processus la dégénérescence que London, trente ans plus tard, découvre et seulement partiellement? Tout au long du livre, l'équivoque est maintenue. Et maintenue. si Trotsky est cité une fois parmi les dirigeants dont on était fier de simplement rencontrer à Moscou des militants qui l'avaient approché, partout l'accusation de trotskysme est acceptée comme comme fâmante. Laissons de côté tout ce qui est récit de l'instruction, du type : (p.
120) « Si je suis un bon membre du
Parti, alors qu'est-ce que je fais ici ? Et si je suis un ennemi trotskyste, comme vous vous l'affirmez, alors comment pouvezvous faire appel à mes sentiments de bon communiste ? » où ce sont les accusateurs staliniens qui reconnaissent aux trotskystes leur qualité de communistes.
Il faut remarquer que nulle part l'injure n'est dénoncée comme telle. Au contraire, commentant la pratique de l'amalgame, London peut écrire : « Ainsi, on peut fabriquer avec chaque homme un traitre, un espion, un saboteur, un trotskyste... chaque activité honnête loyale, dans et pour le Parti, devient douteuse ou ennemie. » (p. 120). Et il laisse dire Aragon qui, dans le premier de ses deux longs articles des Lettres françaises,
« Avez-vous lu l'Aveu ? », développe ainsi le thème : « ... Il s'agissait de prouver que London avait été le rabatteur des trotskystes pour les Brigades internationales, qu'il avait été leur chef, tout cela pour donner auxdits trotskystes le prestige de la lutte contre le fascisme espagnol. » Admirable renversement des choses : les bourreaux staliniens avaient pour but, dans la préparation de leur ignobles procès, de donner du prestige aux trotskystes. Allons jusqu'au bout : ces bourreaux n'étaient-ils pas eux-mêmes des trotskystes? Seul, Aragon, l'ignominie et la lâcheté personnifiées, pouvait trouver cet argument pour tenter de dissocier son propre passé sinistre de celui de ses comp'ices démasqués; c'est celui du truand dégonflé qui « avoue » : Oui, j'ai donné un coup de couteau à la victime, mais c'est parce que je la croyais complice de ces salauds de bandits avec lesquels je ne me trouvais mêlé que par hasard. »
London n'est pas Aragon. Nous le savons et nous n'avons aucune envie d'insulter le premier en le comparant au second. Mais n'a-t-il pas pensé, en écrivant : « Ils ne nous pardonnent pas leurs erreurs », que cela pouvait aussi être exprimé par les trotskystes à l'égard d'hommes comme lui? Et ne voit-il pas que toutes les réticences de son récit, tous ses voit-il menus mensonges ou « arrangements de la vérité » sont utilisés par le néo-stalinisme pour sa défense. La cause des procès
Ceci vaut particulièrement pour le contexte historique de son propre procès, dont non seulement London ne traite pas de façon systématique, dont non seulement il ne rassemble das toutes les don-
Sur ce plan, London s'est tenu à la thèse droitière de la lutte de Staline contre la recherche de voies indépendantes et nationales de la construction socialiste.
Mais il ne fonde pas cette thèse par l'analyse politique, et il ne tente pas de la prouver par le et de lui en partic qu'il y a de com victimes des procè permis d'approcher tous les cas, de mi en Espagne ou ay de partisans. Ce n'e parce qu'inexistant que Staline poursu
(le «communisme
U.R.S.S. et dans trouvait), mais, à l' tentielle qu'ils repré périence, leurs liais d'un retour à l'int sémitisme omniprés renforce encore ce trop prouver, rappe du Kominform, ses mise en accusation tier. Mais, précisém à défaut de la rec tern, obtenu la créa qui mettaient en ca étaient les mêmes terminés dans les p pest, Prague. Celui dessus eux, à traver autre victime, hors rents », fut... Mart
Dons cette lumi trotskysme, forme p iisme bolchevique, qu'elle est absurde une ligne de recher nales au socialisme plement ce problèm ré tant de faits, en les Yougoslaves, alo nistre des Affaires pays? Quand il parl temps proche. collat peut-il ignorer, au r écrit son livre, que son projet de constitution kano-danubienne d' qu'il s'en était entr approuvait le projet, de Staline avec celui opportune - de D nique russe juste lui pose-t-elle pas u
Ce qu'il est imp Ce au'il est imr qu'il ait pu ignorer du procès, c'est tAl France, où Staline de temps pour s'assure rique de ceux qu'il dire les purs produi personnalité historiq choix des accusés -alier. Une étude de ce mun entre toutes les s lui aurait pourtant la vérité. Il s'agit, dans litants ayant combattu int mené une activité ist pas un improuvable communisme national ivait en ces hommes national », c'est en e stalinisme qu'il se inverse, la menace posentaient par leur exons, leurs convictions, ernationalisme. L'antient dans ces procès sens. Aragon, voulant le que, dès le début nembres tentèrent une du P.C.F. comme droient, ceux qui avaient, onstitution du Komintion du Kominform, et use les Thorez et Cie qui allaient être exrocès de Sofia, Budaque l'on visait pars eux, était Tito. Une d'atteinte des « réféy. ère, la référence au ure de l'internationaa sa logique, alors mise en rapport avec che de « voies natio». London ignore sime. Peut-il avoir ignoparticulier publiés par rs qu'il était vice-miétrangères de son e de Geminder, long›orateur de Dimitrov, noins à l'heure où il Dimitrov avait eu le ı d'une fédération balEtats socialistes et retenu avec Tito qui peu avant la rupture -ci ; enfin la mort — limitrov dans une cliu même moment, ne ? problème ? ossible en tout cac ossible, en tout cas, , dès le cours même on prolongement en :vait frapper en même • l'obéissance cadavéépargnerait, c'est-àts de l'appareil, sans ue, sans prestige de nées connues de lui mule et truque des
Le problème, en faire, aujourd'hui,
= pas toutes les don-
, mais dont il dissiéléments importants.
effet, n'est pas de a démonstration que les procès des années 50 avaient été préparés au plus haut niveau à Moscou, mais d'éclairer pourquoi ils ont eu lieu.
combattants clandestins, les Thorez et ses pareils. La victime française frappée dans le prolongement de ces procès contre les anciens d'Espagne, les survivants des années révolutionnaires de l'Internationale communiste, contre les dirigeants des maquis, contre les partisans de la reconstitution du Komintern, ce fut Marty (assorti à Tillon) exclu, calomnié, persécuté, poussé vers la mort. Si l'on a interrogé London sur le P.C.F. — et cela a été fait, puisqu'il le dit, et parce ses liens avec ce parti étaient anciens, nombreux et solides - c'est d'abord Marty qui a dû être la cible des accusations. Or, London, non seulement ne nous en dit rien, mais : l. parle de Marty à deux reprises pour raconter des anecdotes défavorables à celui-ci (bien entendu reprises complaisamment par Aragon dans ses articles) ; 2. insiste lourdement sur une prétendue mise en cause de son beau-frère Raymond Guyot qui, ainsi que l'a très bien fait remarquer le critique d'Unir, non seulement ne connut aucun ennui dans cette période sombre où Marty était frappé, mais voyagea fort librement entre la France et l'U.R.S.S., et dont il est clair qu'il ne fit pas un geste pour aider London, puisque celui-ci n'a pas la moindre possibilité de s'y référer, ce qu'il ne manquerait pas de faire dans son effort acharné et tragi-comique pour couvrir celui-ci et les autres dirigeants du P.C.F.
Ces couvertures sont si nombreuses qu'il est impossible de les citer toutes (on les trouvera toutefois au grand complet peut-être en effet le doit-il à ses liaisons avec les droitiers du P.C. français. Et la peur de l'isolement est peut-être pire que les supplices de Ruzyn.
Le livre de London paraissait au moment où le P.C.F. dénonçait l'intervention en Tchécoslovaquie. Mais que peut penser aujourd'hui London de l'approbation par ce même P.C.F. d'une situation pire que l'intervention elle-même : derrière le maintien de l'occupation et sous la protection du traître Husak, le retour en force des bourreaux des années 50.
London ne peut trouver la paix avec sa conscience communiste qu'en allant plus loin. Il ne peut plus se borner à voir dans la politique de I'U.R.S.S. de simples séquelles du passé en voie de liquidation graduelle. Aragon, lui, s'est dépêché de proclamer que « ce livre (fermait) une. époque », et, parlant en flic, trouve « suspecte » la hâte à demander à London de s'interroger sur les causes profondes de son procès. Toutefois, il a fini par donner « sa petite idée » (sic) sur ces causes, et c'est... un tout petit emprunt partiel au trotskysme honni, mais réduit à une farce : les procès constituaient « une méthode employée pour récrire l'histoire de façon à ce qu'elle soit conforme aux intérêts de dirigeants qui risqueraientsans cela qu'un jour vienne où on leur demanderait au nom du Parti, au nom du pays, des comptes d'une gestion parfois criminelle.»
Mais, qu'est-ce que cette gestion « parfois » criminelle ? Pourquoi peut-elle être ? Comment est-il possible que ce soient des régimes « socialistes » qui permettent la mastrosté de ces procès? Tant que la monstruosité de ces procès? Tant que l'on ne répond pas à de telles questions, on n'a rien expliqué. Et pas davantage quand, comme l'a fait London à la radio, on fait porter à « un petit groupe » la responsabilité de crimes qui couvrent plus de trente ans et dix pays.
Rien n'est plus difficile, il est vrai, que de rompre avec tout un passé qui vous a bouleversé la chair et trituré l'esprit, prolongé par un présent continu d'êtres humains. Mais ne s'agit-il pas de sauver, précisément, tout ce qui vaut en lui, nom des valeurs que l'on considère comme suprêmes, qui sont à sa source sont à sa source et qu'il s'agit de retrouver. Nous espérons sincèrement que London n'ait pas encore terminé son voyage, et nous lui conseilIons, en appui à l'expérience des faits postérieurs à son livre, la méditation d'une autre vie, qui pour lui devrait être d'une lumiere fulgurante, celle d'Ignace Reiss, que retrace Elisabeth Poretski, sous le titre : les Nôtres.
M. LEQUENNE.
dans les articles d'Aragon garise, opposant la bonne toujours ultra-droitier au lino-trotskyste, comme si
.C.F. sous l'occupation qui s'en garligne du P.C.F.
gauchisme stala politique du et de 1945 à
1947 n'avait pas été celle que pratiquait Staline et qu'il dictait à ses valets du monde entier), mais la matière manquait à tel point que cela reste peu convainquant ; ainsi, London cite « les démarches que n'a pas manqué de faire Maurice Thorez, démarches dont j'ignore le caractère concret... » ; il évoque une interyention du professeur De Bouard auprès de Duclos dont il n'est question ni de la réponse ni de la suite qui y est donnée. A l'inverse, voici les faits précis : c'est Jeanine Chaintron, femme d'un oppositionnel (non encore démasqué, il est vrai) qui offre à Lise London les billets pour une soirée où le couple Aragon-Triolet se dédouane en l'appelant dans leur loge (en 1955). Ce n'est qu'en mai 1955, plus de huit mois après son retour en France, que la même Lise London reçoit sa carte du Parti... de Marcel Servin (pas de chance, c'est encore un exclu !).
On devine les raisons qui ont amené London à accepter pour argent comptant la monnaie de singe des dirigeants du P.C.F. Si London a échappé à la corde,
Les nôtres d'Elisabeth
Le livre de témoignage le plus bouleversant que nous ayons pu lire depuis très longtemps vient de paraitre, sans roulement de tambours, modeste de ton, sobre de langage, sous la couverture grise des
« Dossiers des Lettres nouvelles ». Le nom de l'auteur ne dit rien à personne, même pas aux militants, car l'homme qui le porta et dont la femme aujourd'hui raconte l'histoire tragique, non seulement dut vivre, mais mourut et entra dans l'histoire sous des pseudonymes : il s'agit de celui que nous connaissons sous le nom d'ignace Reiss et qui fut Ludwig dans l'Internationale communiste.
I nous était cher, pour le peu que nous savions de lui, parce qu'il s'était brisé les reins dans ce saut périlleux qui devait le mener des services secrets - de l'Union Soviétique devenus ceux du stalinisme dans les rangs de la IV° Internationale dont il reste, à jamais, un des grands morts: un des nôtres.
Celle qui fut sa compagne peut écrire aujourd'hui bien autre chose qu'une simple biographie, le drame d'une • génération perdue », celle des jeunes communistes de ces nations tampons bouleversées ou nées au lendemain de la Première Guerre mondiale: Pologne, Tchécoslovaquie, etc., la plupart du temps membres de minorités nationales, et auxquels seule la voie d'Octobre semblait ouvrir un avenir: celui de la révolution mondiale qui abolirait toutes les frontières. Le reflux des années vingt leur laissa un seul « chez eux » : I'U.R.S.S., patrie de tous les travailleurs, base arrière solide pour le combat à mener — le plus souvent clandestinement - dans l'Europe où la réaction triomphait, provisoirement espéraient-ils.
Mais déjà les choses changeaient là-bas. Aux meilleurs de ces jeunes combattants intègres on demandait... de devenir des espions. Ils hésitaient à accepter, car s'il r'y a pas d'activité utile à la révolution qui puisse se refuser, ce qui était dur était de sembler rompre avec le parti → et réellement avec les camarades - de jouer les traitres pour mieux servir. A tout prendre, la plupart d'entre eux, répugnant à entrer dans les rangs de l'I.N.O., c'est-à-dire des services étrangers du N.K.V.D., préféraient ceux du Komintern, voire ceux de l'Armée rouge. Ils furent donc des agents secrets, malgré eux, et en furent d'excellents. Le seul qui ait connu la gloire et, de leur
PORETSKI génération, ait été réhabilité, Sorge, en fait foi, même compte tenu de la démystification qu'E. Poretski, qui le connut mieux que ses historiens officiels, doit pratiquer à son sujet dans le chapitre qu'elle lui consacre. Le critique du Monde, à qui le sens de ce livre a naturellement échappé, regrette de n'y pas trouver d'intéressants récits d'espionnage. Sur ce sujet, il nous suffit, quant à nous, de notes telles que celles qui indiquent « l'acquisition par Krivitsky du code japonais ou l'installation par Ludwig d'un agent dans les hautes sphères de l'Etat britannique » (page 90), qui pourrait bien être Philby, si nous considérons faits et dates.
Ces agents de la première génération, qui agissaient par conviction, étaient désintéressés. Cette qualité avait un revers en période de dégénérescence bureaucratique, ils n'étaient ni des instruments aveugles, ni des déclassés sans liens profonds avec les masses prolétariennes. A chacun de leurs séjours en U.R.S.S., ils mesuraient avec effroi le fossé qui s'était élargi entre les aspirations, les perspectives premières et la catastrophique réalité. A cet égard, Elisabeth Poretski fait justice de l'image d'Epinal d'un prolétariat russe qui se serait enfoncé dans le stalinisme sans réaction, conquis, monolithique derrière un guide accepté comme génial continuateur de Lénine. Elle appelle cette époque par son nom : la terreur. Et il est clair que ce n'est pas de terreur révolutionnaire qu'il s'agit, mais de terreur thermidorienne sur toile • de fond de misère glacée pour les travailleurs, de destruction morale pour les communistes, en attendant la destruction physique, ne laissant aux plus courageux que la porte ouverte du suicide.
Une page caractéristique du livre peint une soirée de Moscou en 1929, entre communistes étrangers, troublée par la présence inopinée d'un colonel russe bien en cour. Elle fait trembler ses hôtes quand survient. un Ukrainien qui décrit l'état du « grenier à blé de la Russie » : • Il se mit à parler de l'Ukraine : la famine dans les villes, les cadavres boursouflés dans les rues, les hordes d'enfants abandonnés qui rôdaient autour des gares, les soulèvements de paysans désespérés, les villages déserts et fantomatiques parsemés de cadavres fauchés par la faim et le typhus. Nous écoutions ces récits terrifiants en oubliant la présence de notre colonel roux, de-
QUATRI bout, la tête baissée. Soudain, il éclata en sanglots et hoquets: « C'est lui qui fait cela, c'est lui qui fait cela, ce... (et suivit un. déluge d'obscénités). Il ruine le pays il détruit le Parti >. Puis il se leva, ouvrit le panneau mobile de notre fenêtre, se
EME INTERNATIONALE pouvait manquer Ludwig. L'enjeu était trop décisif pour la réaction stalinienne. Leurs qualités mêmes desservaient les révolutionnaires. Ludwig fit deux fautes : l'une par rectitude de militant communiste, l'autre par humanité, amitié (il est beau de voir ici les critiques bourgeois éberlués in la bures éberlués qu'un agent secret expérimenté soit si naif que d'envoyer une proclamation au Comité central de son parti, et croire à l'amitié, à la reconnaissance). Il fut rejoint, abattu par « les leurs ». Eût-il échappé là, ce n'eût été probablement que partie remise. Jusque dans nos rangs, le N.K.V.D. n'avaitil pas réussi à introduire l'ignoble Marc Zborovski, organisateur des assassinats de Léon Sedov et de Rudolf Klement (et qui vit encore aujourd'hui... aux EtatsUnis). Au moins, Ludwig ne tomba-t-il pas en victime résignée, mais en combattant communiste, égal aux plus grands de notre cause, et dont le nom luira en lettres d'or sur le monument futur aux héros calomniés de la Révolution, et vivra dans la mémoire du peuple travailleur de toute la planète.
Michel LEQUENNE
P.S. - Claude Roy a dit quelques mots d'éloge des Nôtres dans un long article du Nouvel Observateur consacré à la Deuxième mort de Ramon Mercader, de Jorge Semprun. Le fait que ce roman se mêle d'interpréter l'histoire, et singulièrement celle de Trotsky et de son assassin, nous incite à en dire quelques mots en inversant les valeurs de Claude Roy. Malgré la bonne assimilation, par l'élève doué qu'est Semprun, du baroquisme littéraire français, de Proust à Butor, son œuvre ne nous semble pas de nature à dépasser une année d'audience, car une œuvre littéraire ne s'impose au temps que par sa vérité profonde, et celle de Semprun exhale le faux de toutes ses pages. Sa critique relève d'ailleurs plus de la psychanalyse que du marxisme ; transfert de l'auteur à Ramon Mercader n° 2, du n° 2 au no 1, l'assassin de Trotsky, du n° 2 encore à son chef-espion qui ressemble, trop, à Trotsky lui-même. La mau/aise conscience est omniprésente dans ce livre, et elle s'exprime par la volonté de tout mélanger, de tout confondre, les ordures staliniennes, sur lesquelles on veut nous apitoyer, et les révolutionnaires leurs victimes. Voulant rendre sa confusion plausible, Semprun idéalise ses guignols. Les ses sinistres bureaucrates qui cuisinent l'espionnage russe (et ceux de ses satelses satellites) deviennent d'érudits lecteurs des Grundrisse et des critiques d'art distingués (il est vrai que la majeure partie du temps de ces espions est consacrée à la visite des musées d'Europe, dont Semprun nous assure qu'ils sont de meilleurs connaisseurs que ceux de la C.I.A.), par pencha et vomit dans
Les participants qui ne lui reparlèrent pas non plus n'en dit rien la rue... ».
revirent le colonel de la scène, et lui
Tel était le climat de l'époque de la collectivisation forcée. Peu d'années après les disparitions commencent. Comme Serge sut le dire, il est alors minuit dans le siècle. Elisabeth Poretski nous peint la démoralisation qui s'abat sur le monde communiste. Là-bas, personne ne croit aux hideux procès truqués, mais chacun se sent impuissant. La voie de Trotsky semble un sentier. perdu, irréaliste. Leur lucarne d'espoir est autre : la révolution espagnole qui commence. En U.R.S.S., le sens du volontariat pour l'Espagne n'échappe pas aux thermidoriens. On accepte l'engagement des volontaires, ils partent... mais n'arrivent pas : ils sont interceptés aux alentours de la frontière, et déportés. L'Espagne n'est pas une solution permise aux agents secrets : ils s'y démasqueraient ; toutes les polices grouillent à Barcelone et à Madrid. II leur faut continuer à faire un boulot qui change de sens, où certains se corrompent, et où surviennent, de plus en plus nombreux, de plus en plus puissants, les leurs, les agents de la nouvelle génération, sélectionnés à rebours, ignorants, brutaux, sans scrupules : des tueurs, crapules du type Ramon Mercader ou Marc Zborovski. On se demandera peut-être pourquoi des agents qui avaient la chance relative d'être en poste à l'étranger ne restaient pas loin de l'enfer stalinien ? Ils le tentaient. Mais un simple rappel pour rapport était souvent sans retour. Fuir ? Ils étaient porteurs de trop lourds secrets. Si le N.K.V.D. ne les abattait pas, ces communistes du fond du corps ne poul/aient envisager, comme les espions actuels qui • choisissent la liberté », de se faire protéger par l'ennemi. Plus tard, Krivitsky, * en sécurité > aux Etats-Unis, se suicidera dans sa chambre d'hôtel, probablement submergé de honte et de désespoir. L'impasse retenait la plupart. Certains préféraient encore la mort en U.R.S.S., allant trainer quelques mois, l'amertume aux lèvres, la haine de Cain Djougachvili au cœur, dans les rues de Moscou, jusqu'à l'arrestation fatale et la balle dans la nuque.
Ludwig seul fut plus lucide et plus héroique : il comprit que l'issue était ce chas d'aiguille de la voie de Trotsky. L'infernale machine à tuer les révolutionnaisi puissante qu'elle allait atteindre res. Trotsky lui-même après son propre fils, ne ailleurs sortant tous de plus de dix ans de Kolyma ou des prisons d'Ulbricht. Semprun s'est trompé d'époque, il confond celle des « nôtres » avec celle des « leurs ».
Un seul exemple dénoncera sa mystification : il peint (p. 148) ce qu'il imagine s'être passé à la prison de Bautzen (Allemagne de l'Est) le jour de mars 1953 où l'on apprend aux prisonniers la mort de Staline. Un torturé des procès des années cinquante pleure, et tous les prisonniers rassemblés chantent l'hymne funèbre de la révolution russe. Il faut comparer cette fiction à la réalité. London, qui a inspiré Semprun pour l'épisode en question, a ignoré la mort de Staline sur le moment. Il ne l'a appris que des mois plus tard, de la bouche de sa femme, et alors, il a dit : • Tant mieux » (lAveu, p. 338), London qui a si peu compris et reste peut-être plus empêtré de stalinisme que Semprun lui-même. En U.R.S.S., c'est Soljénitsyne, ce témoin irréfutable, qui nous dit comment la nouvelle de la mort de Staline a été accueillie dans les camps (Le, Pavillon des cancéreux, p. 475-476) : c'est d'abord le désarroi des autorités sans que les prisonniers en sachent la cause : * De tout cela, il ressortait clairement que les autorités avaient perdu la tête, qu'il leur était arrivé un grand malc'est une joie pour les bagnards ! : heur. Or, un malheur pour les patrons, c'est une joie pour les bagnards ! » ; puis la nouvelle filtre et c'est la joie * Ohé, les gars ! Il parait que l'ogre a crevé... » Et le lendemain, dans le froid, on rassemble les déportés. Le major, le visage noir, annonce la nouvelle : *... il fallait se retenir pour ne pas jubiler ouvertement. » Hors de lui, le major com-
L'introduction
IONALE 63 mande : * Chapeaux bas ! = Un moment d'hésitation, et le bouffon du camp (car partout, même en enfer, il y a un bouffon) trouve la solution et jette son bonnet en l'air, imité par tous les déportés hilares. Apprenant, des années après, qu'à Moscou, et ailleurs dans les villes, des jeunes filles, des vieillards avaient pleuré, Kostoglotov, c'est-à-dire Soljénitsyne luimême, n'en revenait pas. Voilà la vérité, à l'opposé exact de l'imagination de Semprun.
Celui-ci est si mal à l'aise dans son confusionnisme qu'il s'est protégé jésuitiquement par une note liminaire : • Toute coïncidence avec la réalité serait non seulement fortuite, mais leuse. • Mais cela proprement scandaproprement scandaexcuse pas d'avoir écrit ce livre de malhonnêteté. Ramon Mercader, même dédoublé, ne saurait être un héros. Il ne fut qu'un instrument, soit, mais nul homme ne peut avoir d'excuse à se faire un instrument de contre-révolution. Il n'est pas vrai qu'il a accepté d'accomplir son acte parce qu'il était « un des meilleurs ». Personne ne le réhabilitera jamais, pas plus que la soldatesque qui a abattu Rosa et Liebknecht.
Aussi, à la question finale de Semprun : - Le sang sèchera-t-il un jour ? », sommes-nous en mesure de répondre : Il ne sèchera pas tant que la révolution ne sera pas victorieuse sur toute la planète. Pour l'instant, les héritiers de Staline et les Ramon 1 Mercader font toujours couler le sang des révolutionnaires ; entre eux et nous, son flot continue à remplir le fossé qui nous sépare. Semprun devrait réfléchir à cela sept fois avant d'écrire d'autres romans.
M. L.
du marxisme en France de Maurice DOMMANGET (1)
Ce même sujet avait été traité il y a une vingtaine d'années par A. Zevaes qui avait été pendant une période le collaborateur de Jules Guesde. De ce fait, et peutêtre aussi pour d'autres raisons, tenant à la personne de l'auteur, ce livre s'était pratiquement limité à la formation du Parti Ouvrier Français (P.O.F.). Dommanget a repris le problème pour le traiter de façon beaucoup plus ample et plus complète. montre comment Marx, en tant que personne et en tant que théoricien et homme politique, a été connu depuis son premier séjour en France, c'est-à-dire à partir de
1844. La formation du P.O.F. n'est qu'un moment - très important il est vrai -de la pénétration du marxisme en France.
Du point de vue des idées et des ouvrages, Dommanget montre à quelle méconnaissance Marx s'est heurté en France. Très peu de révolutionnaires français avant la Commune connaissaient sa pensée. Plus tard, la publication du Capital en fascicules s'est produite dans une période de réaction peu propice à sa diffusion. Dommanget montre de façon in-
(1) Editions - Rencontre •, Lausanne.
discutable que le marxisme de Guesde était relativement élémentaire, que le P.O.F. n'a guère fait connaitre les œuvres mêmes de Marx. Ce qui n'est pas pour diminuer l'action de Guesde, sa propagande pour faire pénétrer dans le mouvement ouvrier français et pour faire connaitre à un grand public, notamment par des interventions parlementaires vigoureuses l'explication fondamentale de l'exploitation capitaliste de la classe ouvrière. Le P.O.F. n'ayant pas assuré la publication des œuvres de Marx, ce n'est pas non plus le Parti socialiste unifié fondé en 1905, qui y pourvoira avant 1914. De ce fait, à vrai dire, une publication plus systématique des œuvres de Marx ne commença qu'après la Première Guerre mondiale, d'abord par l'éditeur Costes, qui, à notre connaissance n'était pas marxiste, puis par les éditions du Parti communiste. Alors, c'est dans une
Livres reçus dont nous rendrons compte atmosphère imprégnée de stalinisme que l'œuvre de Marx trouva pour la première fois une large audience en France, avec inévitablement toutes les déformations qui devaient en résulter.
Le livre de Dommanget donne aussi un tableau des organisations et des hommes de cette période où le marxisme devait se frayer une voie contre nombre de courants au sein du mouvement ouvrier. Ici et là, l'auteur introduit quelques portraits de militants, les uns comme Lafargue dont les noms sont connus, et d'autres dont la place est méconnue, comme Deville, ou même pratiquement inconnue, comme Mesa.
Avec ce livre, Dommanget apporte une pierre de plus au monument qu'il a dressé par toute son œuvre historique au mouvement ouvrier français, aidant à comprendre largement son présent par son passé.