Immédiatement après mai 1968, nous avions écrit dans cette revue que la dévaluation du franc était à l'ordre du jour; dans notre précédent numéro, nous l'indiquions comme une mesure quasi inévitable de la nouvelle administration Pompidou. Car elle constitue évidemment un des premiers moyens du capitalisme de ce pays pour regagner sur le plan de l'économie une partie du terrain perdu par suite des événements de Mai. En 195 faisant retomber la responsabilité sur le « régime des partis ». Mais, venant d'accéder au pouvoir, de Gaulle avait pu accepter une telle ignorant « l'intendance » et incrusté dans sa politique de « grandeur », il s'obstina à refuser une mesure qui était le constat de faillite de cette politique. S'y refusant en juillet puis en novembre 1968, il signa de ce fait sa condamnation par les représen-tants plus sensibles du capital. C'est en décembre que Pompidou fait ouvertement acte de candidature. lition qui fera neb herede reille de refuseum se gouvernemes. C'est cette coalition qui fera trébucher de français est allé frapper à la porte du Fonds Monétaire International : rien ne marque mieux la fin de la politique de « grandeur ».
Comme toute dévaluation, cette mesure vise en premier lieu à faire payer les difficultés aux masses travailleuses par un mécanisme désormais bien Mais les mesures qui accompagnenti la dévaluation du franc, bien qu'encore imparfaitement conesquissent la politique que veut suivre la nouvelle administration. Arrêter temporairement l'accroissement de la consommation, notamment celle des biens durables, est possible. Accroître les exportations est plus difficile, d'autant plus que l'opération se place dans une conjoncture internationale où pointe, comme l'indique l'éditorial, une perspective de récession plus ou moins généralisée.
La fin de la politique de « grandeur » se traduit aussi d'une autre façon dans les plans gouvernementaux. De Gaulle voulait tout faire faire à l'industrie française pour assurer « l'indépendance » du pays: une industrie pour faire des armes nucléaires et des vecteurs pour les faire parvenir à destination, une industrie aéronautique supersonique, une industrie de l'informatique, des engins spatiaux, etc. La grenouille voulait se faire aussi grosse que le bœuf et on sait ce qu'il en advint. La politique esquissée à présent est celle d'une intervention « différenciée » (ce terme fut, il nous semble, employé par Giscard d'Estaing dans (une interview au cours de la campagne présidentielle), abandonnant délibérément certains secteurs pour se concentrer sur ceux dans lesquels l'industrie française a des chances de tenir le coup contre la concurrence internationale. Mais cette politique est également différenciée à l'égard des masses travailleuses: il n'est pas question d'une attaque générale et frontale contre les conditions de vie, mais de mesures visant à dissocier les catégories de travailleurs, à donner quelques compensations ici ou là à l'inévitable hausse des prix, refusant ailleurs, en fonction des objectifs recherchés pour l'industrie d'une part, des résistances ouvrières qui se produiront d'autre part.
L'annonce de la dévaluation a soulevé les protestations des dirigeants des centrales syndicales, qui avaient pensé que les sourires prodigués quelques semaines auparovant par les nouveaux dirigeants valaient quelque chose. Battus, contents et pas contents, n'est-ce pourtant pas leur lot habituel? Ne nous laissons pas, nous, tromper par certains de leurs propos, qui ne manquent pas d'ambiguïté, comme le « Je crains une rentrée orageuse », de Séguy. Car, à bien y regarder, on voit qu'aucun d'eux ne veut mener une lutte d'ensemble, qu'ils ne désirent que des satisfactions médiocres, pour sauver la face auprès des travailleurs. Ils ne mèneront de luttes que partielles; on peut même s'attendre dans certains cas à ce que, sous la pression des travailleurs, ils donnent à ces luttes une forme dure au besoin, mais à condition qu'elles ne risquent de. les déborder pour se développer en lutte d'ensemble. De sorte que la politique du gouvernement d'une part, celle des centrales syndicales d'autre part, même si elles ne sont pas intégrées d'un commun accord préalable, se combinent entre elles pour le plus grand profit du capital.
Pour diverses raisons, la probabilité la plus grande est que nous assisterons à des manifestations d'un fort mécontentement de travailleurs, à des luttes qui seront opiniâtres, parfois même très dures, mais dont la tendance à la généralisation se heurtera à de gros obstacles. Evidemment, les choses peuvent tourner autrement que prévu par le gouvernement et les directions; des accidents de parcours peuvent se produire, et la lutte peut se généraliser. Dans ce cas, l'avant-garde aura à ajuster sa politique très très vite ; mais, à présent, elle doit se préparer pour l'éventualité la plus probable. Cela veut dire, pour elle aussi, choisir c'est-à-dire savoir où intervenir, où mettre ses forces, comment viser à élargir le front de lutte, afin de se renforcer là où elle a déjà des points d'appui ou pour s'en créer de nouveaux, savoir donner à sa propagande pour une lutte d'ensemble ayant une solution politique un caractère concret, ainsi préparer cette lutte généralisée dans les expériences mêmes de la classe. Il ne suffira pas d'affirmations générales contre les directions staliniennes et réformistes, de dénonciations correctes mais qui ne comportent pas de définition d'une ligne politique, il faudra, à la mesure de forces plus fortes que par le passé mais encore faibles trouver une tactique qui permette une intervention dans les luttes partielles, limitées, pour mettre en échec les ennemis de classe et les directions traditionnelles, et pour préparer les luttes généralisées de l'avenir. C'est pour la nouvelle avant-garde sortie de mai 1968, la première épreuve vraiment difficile; car la répression était en tant qu'épreuve plutôt un stimulant. Maintenant il faudra faire preuve de capacités politiques. Ce sera un test pour les politiques des différents courants qui se disputent l'avant-garde. Ceux qui ont entrepris • de suivre la voie de jla IV° Internationale, nous en sommes confiants, sauront faire face à cette épreuve et en sortir aguerris et renforcés.