Pour comprendre les événements d'Irlande, il faut remonter bien en arrière dans le temps. La lutte des Irlandais autrefois fut celle des « coloniaux du XiX* siècle », à laquelle Marx et Engels attachèrent une importance exceptionnelle, voyant en elle un élément quasiment décisif pour la révolution socialiste en Angleterre même. Au lendemain
Première Guerre mondiale, l'impérialisme britannique trouva une « solution » qui n'était qu'un prélude aux diverses « solutions » qui furent ensuite données ailleurs, à savoir la création de frontières artificielles et d'« Etats » qui ne peuvent vivre qu'en restant entretenus par l'impérialisme. L'Ulster coûte très cher au budget britannique, environ cent livres sterling par tête d'habitant et par an ; les travailleurs irlandais n'en bénéficient évidemment pas, car il y a dans l'Irlande du Nord un pourcentage de chômeurs trois fois plus élevé que celui qui sévit dans le reste du Royaume-Uni. Cet « Etat » s'appuie, avant tout sur une masse de protestants qui possèdent en Irlande la mentalité qu'avaient les pieds-noirs en Algérie. Par ce moyen, il est aisé d'ajouter à une police déjà triée sur le volet une force supplétive fascisante, les « B Specials » sans parler de l'existence d'autres groupes fascistes armés.
Le gouvernement de Dublin, représentant d'un capitalisme irlandais chétif, s'élève formellement contre la partition, mais il ne tient pas du tout à une unification du pays qui mettrait inévitablement en avant des problèmes sociaux auxquels il ne pourrait faire face, et, par suite, favoriserait une lutte révolutionnaire pour le socialisme.
Depuis près d'un demi-siècle, la « solution » de l'Irlande du Nord semblait viable. La passivité politique avait entraîné une décomposition des formations politiques. Mais le renouveau révolutionnaire en Europe ne pouvait manquer d'atteindre l'Irlande et d'y faire revivre les grandioses vient de le voir à Derry et à Belfast. Il ne s'agit pas là les problèmes qui se posent dans d'un apparences d'un tel conflit, ceux d'une lutte dans laquelle se trouvent combinés l'achèvement de la libération nationale de l'Irlande et l'émancipation sociale de ses travailleurs.
Ces problèmes avaient été compris pour l'essentiel par le grand révolutionnaire socialiste irlandais James Connolly qui dirigea la milice ouvrière armée dans le soulèvement de Dublin, de Pâques 1916, ce pour quoi il fut fusillé. D'ores et déjà, comme dans bien d'autres pays, commencent à se regrouper des jeunes Irlandais autour du programme du marxisme révolutionnaire.
Tout comme du temps de Marx, les événements d'Irlande ne peuvent pas ne pas avoir de considérables répercussions en Angleterre même. « L'autre ile » reste un des points les plus faibles du capitalisme britannique. D'une part, toute une aile du parti Tory anglais est liée aux conservateurs de l'Ulster, pas seulement pour des raisons idéologiques, mais surtout par des intérêts matériels puissants. D'autre part, au moins un million et demi de prolétaires irlandais vivent en Angleterre même, et le mouvement ouvrier britannique possède une proportion très appréciable de militants irlandais. La de la révolution irlandaise ne manquera donc pas d'aviver les contradicremise en route tions dans le mouvement ouvrier entre la direction Wilson et la base de ce mouvement