La réédition des "œuvres choisies" de Mao Tsé-Toung par F. CHARLIER
Les « Editions en langues étrangères » de Pékin, ont réédité récemment en langue française les Œuvres choisies de Mao Tse-toung, en quatre volumes, qui s'étendent sur la période 1926-1949 (1).
Ces quatre volumes représentent une documentation très précieuse sur la politique du Parti Communiste Chinois depuis la deuxième révolution chinoise (19251927) jusqu'à la prise du pouvoir et à l'instauration de la République Populaire Chinoise en 1949.
Certes, il existait déjà une édition française des Œuvres choisies en quatre volumes également. Mais cette édition avait le désavantage de n'être qu'une traduction au second degré : c'est-à-dire que les textes avaient été d'abord traduits du chinois en russe, puis du russe en français. De plus, il s'agissait d'une édition assurée par les « Editions Sociales » à Paris, c'est-à-dire de la maison d'édition contrôlée par le P.C.F., qui n'assure plus la diffusion de ces ouvrages pour des raisons politiques évidentes (2).
Nous pouvons difficilement juger ici de la précision de la traduction nouvelle, Langue chinoise. il yous tout lieu de se étant donné que nous ne lisons pas la que la traduction directe permet de mieux saisir la pensée de l'auteur. On peut cependant noter certaines discordances qui dépassent les limites d'une simple question de traduction. Il est intéressant d'en noter quelques-unes pour leur tolique, esant don ul agit du tion signification me Il de lédition de Pékin, publié en 1968, c'est-à-dire pendant la dernière période de la « Révolution culturelle ». Il s'agit du tome couvrant la période 1941-1945. Le tome correspondant de l'édition de Paris, avec lequel nous faisons la comparaison, est le tome IV (3).
Tout d'abord, une différence apparemment anodine dans le texte du rapport politique du Comité Central au 7° Congrès du P.C.C., présenté par Mao le 24 avril 1945 ; texte intitulé : « A propos du gouvernement de coalition » dans l'édition de Paris, « Du Gouvernement de coalition » dans l'édition de Pékin. || s'agit de la définition de « l'Etat de la nouvelle démocratie », et voici ce qu'en disent les deux textes :
Edition de Paris (Mao, 4 p. 330) : « On y verra subsister, pour une période prolongée, une forme originale d'organisation du pouvoir, absolument nécessaire, absolument légitime pour nous, et qui dans le même temps, différera du système russe : l'Etat de la nouvelle démocratie, l'organisation du pouvoir de la nouvelle démocratie, qui seront l'Etat et le pouvoir de l'alliance de plusieurs classes démocratiques. »
Edition de Pékin (Mao, 1II, p. 248). : « La Chine établira un système qui corresponde à l'étape actuelle de son histoire ; pour une longue période à venir, il y existera une forme particulière d'Etat et de pouvoir politique, tout à fait nécessaire et justifiée pour nous, mais différente du système russe ; il s'agit de l'Etat et du pouvoir de démocratie nouvelle, fondes sur alia de démocratie no ralle, fomocratiques. »
La « période prolongée » est devenue une simple « longue période » ; mais surtout, « l'Etat de l'alliance de plusieurs classes démocratiques » est devenu « l'Etat fondé sur l'alliance de plusieurs classes démocratiques
Il peut s'agir d'une simple nuance de traduction. Mais il se peut que la correction ait eu pour but d'éviter que l'on ne reproche à Mao d'avoir été le théoricien de l'Etat de plusieurs classes. On sait
(1) Œuvres choisies de Mao Tse-toung, tome
(1926-37), Pékin 1967; tome l| (1937-41), Pékin 1967; tome III (1941-45), Pékin 1968 ; le tome IV (1945-49) avait déjà été publié en 1962, c'est-à-dire avant la • Révolution culturelle >. Nous orthographions dans cet article le nom de Mao Tse-toung comme il l'est dans les ouvrages qui datent d'avant le 9º Congrès du P.C. Chinois, où il fut décide d'orthographier < Mao Tsetoung ».
(2) Œuvres choisies de Mao Tse-toung, tome 1 (1926-37), Paris 1955; tome (1937-38), Paris 1955; tome 3 (1939-41) Paris 1956, tome 4 (1941-45), Paris 1959.
(3) Ce décalage étant dû au fait que le tome Il (1937-41) chinois a été découpé en deux volumes par l'éditeur français: tome 2 (1937-38) et tome 3 (1939-41) comme il été indiqué dans la note ci-dessus.
qu'après la catastrophe indonésienne, le P.C. indonésien, dont les textes sont publiés à Pékin, fit son autocritique et remit en question certaines formulations de D.N. Aidit, son président assassiné par la dictature de Suharto : il s'agissait en particulier de formules antimarxistes du type de celle utilisée par Mao, dans l'édition de Paris, sur l'Etat de l'alliance de plusieurs classes, Le remplacement de la formule par celle d'un Etat et d'un pouvoir fondés sur l'alliance de plusieurs classes, permet de contourner l'obstacle et d'éviter d'être taxé de semeur d'illusions à propos de la nature de classe d'un Etat.
Mais, il s'agissait encore d'un point relativement mineur. Le texte publié à Pékin, et à ce sujet, le doute n'est plus possible, « corrige » Mao en éliminant de ses articles certains passages.
En voici un exemple, tiré du discours « Pour un style correct du travail dans le Parti » (édition de Paris), « Pour un style de travail correct dans le Parti » (édition de Pékin), prononcé le lºr février 1942 e l'ouverture de l'Ecole du Parti près le Comité Central.
Edition de Paris (Mao, 4 p. 46) :
« L'esprit particulariste est habituellement inséparable de la tendance à mettre son « moi » au premier plan. Ces camarades abordent habituellement d'une manière incorrecte le problème des rapports entre les membres du Parti pris individuellement et le Parti dans son ensemble. En paroles, ils respectent, eux aussi, le Parti, mais dans la réalité, ils mettent leur personne au premier plan et le Parti au second. Le camarade Liou Chao-tchi a dit, un jour, que certaines gens ont les président de la République était en effet qu'il était l'auteur d'un « sinistre livre » sur le « perfectionnement de soi-même ».
Comment pourrait-on concilier cette attaque avec la référence élogieuse que Mao faisait à la même personne, précisément à propos de la lutte contre l'individualisme? II faut noter, d'ailleurs, que le passage tronqué, avec la référence à Liou
Chao-tchi, se trouvait encore dans la première édition du « Petit Livre rouge » des Citations du président Mao Tse-toung (4) en 1966, et a disparu dans les éditions ultérieures, ce qui confirme qu'à cette époque-là (l'époque suivant le 11° plénum du C.C. d'août 1966), la fraction de Mao ne pouvait pas encore se permettre de récrire l'histoire à son gré.
Plus importante encore est la suppression d'un document des Œuvres choisies : le 12 avril 1944, Mao prononça un important discours à une conférence des cadres supérieurs du Parti à Yenan, traitant de l'histoire du Parti. Ce discours, intitulé dans l'édition parisienne « Notre enseignement et le moment présent », dans l'édition de Pékin « Notre étude et la situation actuelle », était suivi d'une « Décision sur certaines questions de l'histoire de notre Parti », adoptée le 20 avril 1945 (trois jours avant le 7° Congrès) par le Plénum du Comité Central, dans le texte de Paris (tome 4, pp. 203-263).
Ce texte considérable, était essentiellement consacré à la critique des déviations « de gauche » qui étaient le fait des dirigeants principaux du P.C.C. après la défaite de la révolution en 1927 : Tsoui Tsoui-po, Li Li-son et Wang Ming.
Le document leur opposait la ligne plus correcte de Mao Tse-toung et de Liou Chao-tchi, dont il disait là propos de son action en 1927) :
« En ce qui concerne le travail parmi les masses urbaines, il fallait adopter comles me ligne fondamentale à cette époque, ce que réciamait le camarade Liou Chao-tchi, partisan de la ligne juste, qui travaillait alors dans les régions blanches, à savoir : mettre au premier plan la défensive (et non l'offensive), utiliser au maximum les possibilités légales de travail (et non y renoncer), afin de permettre aux organisations du Parti de plonger des racines profondes parmi les masses, de s'enfoncer pour longtemps dans la clandestinité, d'amasser des forces, de diriger au moment opportun une partie de nos cadres vers la campagne afin d'y développer la lutte armée et, par là-même, d'appuyer le combat à la campagne et de contribuer au développement, de la situation révolutionnaire ». (Mao, 4 p. 234.)
(4) Citations du président Mao Tse-toung, 1966, p. 268.
bras particulièremen très bien prendre quant aux intérêts d tout entier, il n'en ment compte. Ils rai qui est à moi est à à toi est aussi à 1 Dans quel but ces g quatre ? Ils recherche tuation, de la popula
Edition de Pékin (/
« L'esprit d' « souvent inséparable d tre son « moi » au qui y sont enclins o manière incorrecte d des rapports entre l'in paroles, ils respectent mais dans la pratique sonne au premier pla cond. Dans quel but ils en quatre? Ils neurs, ils convoitent lent paraître. »
Comme on aura p t longs; ils savent soin d'eux-mêmes: les autres et du Parti tiennent pas autresonnent ainsi : « Ce moi, mais ce qui . est moi » (rire général). ens se mettent-ils en ent la gloire, une sirité à bon marché. » Mao, III, p. 41) : indépendance » est e la tendance à metpremier plan. Ceux nt fréquemment une 'aborder le problème dividu et le Parti. En , eux aussi, le Parti, , ils placent leur pern et le Parti au seces gens se mettentrecherchent les honsne position, ils veuu le constater, c'est tout le passage contenant la référence à Liou Chao-tchi qui a été supprimé. Un des thèmes de l'attaque contre l'ancien
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Le même texte répétait plus loin que « le camarade Liou Chao-tchi a apprécié correctement le rapport des forces, extrêmement défavorable pour nous, qui s'était établi dans les régions blanches et en particulier dans les villes, après la défaite de la révolution en 1927. » (Mao, 4 p. 239.)
Le texte tout entier de cette « Décision » du Comité Central a disparu de la nouvelle édition. Ce texte plaçait en effet Mao et Liou ensemble, du « bon côté » dans la question « des deux lignes dans l'histoire du Parti », alors qu'aujourd'hui, Liou est dénoncé comme le principal représentant de la ligne pro-capitaliste, comme un renégat depuis son entrée au Parti Communiste Chinois.
Dès lors, les éditeurs des « Œuvres » de Mao étaient placés devant un dilem-
EME INTERNATIONALE me : ou bien publier ses œuvres telles quelles, et permettre de remettre ainsi en question son infaillibilité, puisqu'il avait pu se tromper aussi lourdement sur celui qui fut pendant tant d'années son compagnon d'armes, ou bien censurer le président Mão et agir en falsificateurs de l'histoire.
Ils n'ouraient pu sortir de ce dilemme qu'en rejetant l'idée que les leaders déchus aient jamais conspiré ou aspiré à restaurer le capitalisme, en tant qu'agents de l'ennemi. Mais c'eut été là rechercher la véritable nature des divergences qui faisaient l'objet de la « Révolution culturelle » et ils seraient alors sortis du rôle qui leur était dévolu : éditer les textes du grand timonier, en fonction des besoins du moment.