Nous publions ci-après d'importants extraits d'un document préparé par les G.C.R. (section italienne de la IV Internationale) en vue de leur Congrès. Ce document intéressera particulièrement nos lecteurs en ce qui concerne les modifications qui se sont produites en Italie et les indications qu'il apporte sur les mouvements de jeunes, et qui sont largement valables pour les mouvements de jeunes dans d'autres pays.
... Au début de 1965, alors qu'était élaboré le document qui devait ensuite être adopté par la Conférence nationale, nous avions déjà fait un bilan d'ensemble des processus rétrogrades qui avaient touché le PC et les organisations placées sous son influence : aussi bien sous forme de désagrégation organisationnelle (vide interne et paralysie de la vie des sections, réduction au minimum pour ne pas dire inexistence des rapports avec les usines, réduction toujours plus grande de l'activité du parti à celle des fonctionnaires et des appareils), que sous forme de transformation politique : tendance toujours plus marquée du parti de jouer le rôle d' « opposition constitutionnelle », sa conversion de parti organisateur ou mobilisateur des masses ou de secteurs importants en parti d'influence politique générale, à caractère électoral et avec influence majoritaire à l'intérieur des syndicats). La reconnaissance de ces importants éléments ne nous avait toutefois pas fait perdre de vue que : a) dans les masses ouvrières et paysannes politisées le PC conservait une influence prédominante qui ne pouvait être battue en brèche, à brève ou moyenne échéance, ni par les sociauxdémocrates sur sa droite, ni par des groupes minoritaires d'avant-garde sur sa gauche ; b) des possibilités effectives d'action, c'est-à-dire d'initiatives capables de faire mûrir ou cristalliser des forces critiques, existaient encore, bien que dans des limites bien définies, dans la FGCI (Feriération de Jeunesses Communistes) et dans ces couches non négligeables du parti qui avaient pris des positions critiques plus précises aussi bien dans la polémique sur le parti unifié que dans la première phase préparatoire du XTe Congrès.
Le regroupement qui s'est vérifié à l'occasion de ce Congrès, malgré ses limites et son caractère précaire, était une preuve que notre estimation était basée sur des tendances et des possibilités existant effectivement. Cette estimation, d'autre part, n'a jamais été séparée de precisions critiques explicites. Toutefois, l'évolution utérieure a approfondi certaines tendances et a eu une influence négative sur certaines autres de sorte que le tableau que l'on peut tracer aujourd'hui apparaît sensiblement modifié.
Il est certain qu'il existe toujours un élément de base qui ne peut être nié ou sous-estimé que par ceux qui prennent leurs propres désirs pour des réalités ou qui sont conditionnés par une vision de secteur ou par la tendance à tirer hâtivement des généralisations impressionnistes. Malgré tous les phénomènes rétrogrades que nous avons signalés et qui se sont sensiblement accentués dans la période 1965-67, le PC — par l'intermédiaire de son propre appareil de parti, ses positions dans les syndicats, ses positions locales et les organisations de différentes natures qu'il contrôle, grâce aussi au fait qu'il apparait encore aux grandes masses comme une force d'opposition -, conserve toujours une influence politique maioritaire par rapport à toutes les organisations ou groupes qui s'adressent au mouvement ouvrier et, d'un point de vue réaliste ,il n'existe pas d'éléments qui autorisent l'hypothèse d'une modification de ces rapports de force à brève ou à moyenne échéance. Il s'agit évidemment d'un élément hautement négatif, de l'obstacle le plus grand au développement d'un parti de classe révolutionnaire, mais 1l serait absurde de penser qu'on peut l'éliminer simplement en l'ignorant ou en recourant à de pures affirmations de principe ou à des déclamations ridicules. Un déplacement qualitatif des rapports de force entre la bureaucratie et ses appareils d'une part, et les tendances ou les organisations d'avant-garde de l'autre, ne pourra se produire, en dernière analyse, qu'en rapport avec le développement dans le pays d'une situation objective profondément différente, dans laquelle les conflits de classe explosifs à tous les niveaux battront en brèche, jusqu'à les faire éclater, les structures bureaucratiques actuelles.
Mais après avoir rappelé ces considérations de base, il est essentiel de mettre l'accent sur les changements qui se sont produits ou sont en train de se produire.
En premier lieu, l'influence même que le PC est en mesure d'exercer, a subi des altérations progressives et profondes. Il ne s'agit plus d'une influence qui se concretise par des liens organisationnels stables, par une adhésion complète à des conceptions et des orientations, par des rapports de confiance fondamentaux. La crise organisationnelle elle-même, déjà signalée dans le passé, est actuellement plus profonde encore, elle implique un affaiblissement et une dilution de l'influence et n'est qu'un aspect particulier d'un phénomène plus général : l'adhésion et le scutien au PC ne vont pas audelà du fait de s'aligner aux côtés de ce qui apparait comme l'unique force consistante d'opposition (même si cela se situe dans le cadre du système) : ils se limitent presque exclusivement au plan électoral et à l'acceptation de certaines structures syndicales comme unique instrument disponible, et à l'occasion seulement arrivent jusqu'à la participation à des manifestations de caractère traditionnel.
En d'autres termes, ce sont les rapports d'ensemble entre le PC et les forces sociales ouvrières et paysannes -- ces pour ne pas parler des rapports entre le PC et les couches d'intellectuels d'avantgarde - qui ont perdu leur caractère organique et la profondeur qu'ils avaient eus pendant une longue période, se ré-
NALE 61 duisant même au-dessous de la limite qui serait pourtant nécessaire au parti pour sa stratégie néoréformiste elle-méme, dans le cadre du système.
Tout cela a entraîné comme conséquence, en particulier, un éloignement toujours plus grand, même pour les secteurs des masses les plus proches du PC ou même organisés par lui, dans la vie quotidienne du parti tant dans ses activités extérieures que dans la vie et le fonctionnement intérieurs. Cela conduit donc à une perméabilité accentuée de ces secteurs à des influences, à des inspirations et même à des initiatives venant d'ailleurs.
En ce qui concerne le domaine plus limité des forces organisées, la régression opportuniste dernière du groupe dirigeant, qui a traduit les formules du XI• Congrès par des orientations et des positions toujours plus subordonnées à la logique du système et toujours plus adaptées au jeu politique du centre gauche ; le retour, en plusieurs occasions, à des méthodes d'élimination sommaire des éléments critiques avec, parallèlement, une plus grande centralisation des pouvoirs effectifs de décision en faveur de sommets réduits ; le cours de la CGIL, à l'avant-garde de l'intégration dans le système et toujours plus en accord avec les syndicats qui soutiennent ouvertement le centre-gauche - tous ces éléments ont déterminé : a) une contraction substantielle de la dialectique interne pourtant limitée et déformée qui s'était développée à différentes reprises entre 1956 et 1965 ; b) une dégradation à des aspects secondaires et tout à fait partiels des différenciations qui subsistent; dans les limites d'un déplacement général vers la droite toujours plus accentué ; c) l'éloignement de fait, et même quelquefois formel, de bon nombre de ceux qui avaient participé, à différents niveaux, aux oppositions et différenciations de la période précédente : d) la désagrégation de la Fédération de la Jeunesse.
Ces développements ont été rendus possibles, outre les raisons objectives qu'il ne faut pas oublier (comme la stabilisation relative de la formule de pouvoir du centre-gauche, l'absence de conflits explosifs au niveau économique et social pendant cette période, etc.), social par la faillite complète de la tendance de gauche qui était apparue dans la FGCI et dans le parti.
La FGCI, dont l'effacement a commencé en réalité déjà au cours de la phase préparatoire du XI• Congrès, a cessé d'avoir un rôle d'aiguillon critique au fur et à mesure que son groupe di-
INTERNATIONALE rigeant naticnal et la grande majorité de ses dirigeants locaux cédaient completement a lu pression et au chantage de l'appareil du parti, rentrant dans le rang avec discipline et se transformant même en instruments directs de la répression contre les opposants de gauche. Ceci avait des conséquences beaucoup plus graves pour la FGCI que pour le parti. En effet, elle avait à faire face directement au phénomène de la naissance des avant-gardes de la nouvelle génération dans des conditions particulièrement défavorables : alors que, d'une part, sur le plan des forces sociales, elle ne pouvait exercer d'attraction en l'absence de liens consistants avec les masses ouvrières ei paysannes, d'autre part, à cause de sa bureaucratisation, de sa faiblesse c élaboration déjà reconnue dans le passé, et de l'opportunisme de ses dirigeants, elle ne pouvait apparaitre comme une alternative valable sur le plan de la satisfaction des nécessités d'élaboration théoriques et culturelles rigoureuses.
Dans le document de février 1966, notre Comité Central avait exprimé une évaluation, qui est apparue par la suite comme trop optimiste, sur les possibilités de la tendance d'Ingrao au lendemain du Corgrès et sur l'éventualité d'une réouverture du débat à brève échéance dans une situation relativement favorable aux critiques de gauche. Toutefois il n'avait pas manqué de préciser dans quelles conditions la qui s'était dessinée au cours de la période d'avant le congrès pourrait jouer un rôle positif (une plus grande cohésion et une plus grande décision dans le travail d'élaboration politique et dans l'action, un refus des sollicitations sectaires et impressionnistes, un refus avec autant de rigueur de toute attitude timorée et de tout esprit « tactique », la nécessité de dépasser « le terrain de la différenciation par allusions, de l'accentuation subtile, de la distinction par omission, etc. » et de « réaliser un saut qualitatif, affrontant la caractérisation conséquente sur quelques thèmes centraux », la nécessité de ne pas continuer à « travailler en ayant en substance comme point de référence les possibilités de réaction et la logique interne de l'appareil » mais d' « imposer avec décision comme points de référence les processus réels dans la société italienne et dans la vie politique du pays » ,etc.
Il n'est pas besoin de démontrer comment la tendance Ingrao non seulement n'a accompli aucun pas en avant dans cette direction, mais au contraire a subi une régression complète qui a déterminé, à une première étape, des différenciations et des ruptures sein, pour aboutir ensuite à sa liquidadans son tion totale. Ainsi que nous l'avons déjà dit, certaines conditions générales objectives n'étaient pas favorables, mais cela n'excluait aucunement la possibilité de faire mûrir et se cristalliser les forces critiques de gauche, évidemment minoritaires mais ayant pourtant toujours une influence notable aussi bien dans certains secteurs du parti qu'à l'intérieur des syndicats (en accord avec des forces qui œuvraient de façon plus cohérente à l'intérieur du PSIUP). Ce qui a manqué, c'est la capacité de la tendance apparue à la veille du XI• Congrès d'agir comme un noyau de direction en mesure de comprendre les nécessités énumérées ci-dessus et d'exprimer une ligne différente aussi bien sur le plan intérieur qu'international, en dehors de la logique d'un simple groupe de pression appareils. Une action de ce genre était objectivement possible dans la mesure où existaient, à différents niveaux, des forces non négligeables disposées à agir dans ce sens (ce qui du reste a été confirmé par le succès de La Sinistra). Mais toute fonction de direction et de coordination d'un noyau central ayant fait défaut, seules des forces limitées bougeaient avec une certaine efficacité, ce qui les conduisit à un isolement assez rapide avec une mise à l'écart de fait, sinon à l'expulsion formelle du parti.
La faillite de la tendance Ingrao trouve, cependant, sa cause essentielle, en dernière analyse, dans l'incapacité d'Ingrao à parvenir à une compréhension réelle des nécessités et des tendances de développement d'une lutte ouvrière avec acceptation de conceptions et de desseins une perspective socialiste et dans son Strategiques qui restaient dans le cadre d'un néo-réformisme qui ne se différenciait que partiellement et épisodiquement de celui qui était propre au groupe dirigeant majoritaire.
Ainsi les forces qui avaient travaillé sur des bases convergentes en 1965, ont fini par éclater dans différentes directions : a) une petite minorité a entrepris non sans quelque succès un travail d'influence et de polarisation de l'extérieur qui, malgré ses limites évidentes, a été le seul à donner des résultats et qui, de toutes façons, a donné naissance à une expérience d'une portée sans précédent de critique de gauche du PC (l'initiative de La Sinistra mensuelle) : b) les éléments du sommet bureaucratique se sont pratiquement annulés en disparaissant de la scène en tant qu'alter- native, même timorée et modérée, au bloc bureaucratique majoritaire ; c) les positions des tendances de gauche au niveau des directions fédérales ou régionales ont perdu toute influence réelle, soit par la désagrégation politique de certains groupes, soit par les mesures administratives dont d'autres ont fait l'objet ; d) aux niveaux inférieurs, certaines positions isolées subsistent avec des cristallisations autour de sections ou
L'élément le plus nouveau et le plus typique de la phase actuelle consiste dans l'apparition des avant-gardes des générations nouvelles. Il s'agit d'un phénomène de portée internationale (il suffit de penser à des expériences comme celle de la SDS en Allemagne, des mouvements étudiants aux Etats-Unis, des organisations françaises depuis la JCR jusqu'aux groupes d'orientation pro-chinoise), dont les origines remontent à la fin des années 50 ou au début des années 60 (grandes manifestations de la Zengakuren au Japon, participation dynamique de nouvelles couches ouvrières à la reprise des luttes en Italie, etc.). Mais c'est surtout dans la période la plus récente que ce phénomène a pris une importance particulière dans le pays avec une modification des rapports de force sur certains plans déterminés. Alors que les organisations traditionnelles de jeunesse voyaient diminuer toujours plus leur poids et leur prestige, se dessinaient des mouvements et des tendances de jeunes qui intervenaient dans les luttes avec un dynamisme et une influence croissante, se soustrayant complètement ou dans une large mesure au contrôle ou à l'influence des partis ouvriers majoritaires. Ces forces se sont exprimées jusqu'à maintenant, en résumé, sous les formes suivantes :
a) dans les luttes au sein des Universités et des Lycées sur des sujets de types différents mais plus ou moins directement liés à la nécessité d'un changement radical des organisations scolaires sous tous leurs aspects et à l'émancipation des étudiants qui ne devraient plus être des objets mais des protagonistes actifs de l'instruction. C'est sans doute la première fois - et certainement la première fois sur une aussi vaste échelle - que l'on a assisté à des grèves d'étudiants — accompagnées assez souvent par l'occupation des locaux - absolument étrangères à des sollicitations de mauvais aloi (nationalistes, typiquement estudiantines, etc.).
NALE 63 d'initiatives sporadiques. Il faut en outre préciser que les initiatives les plus positives (sur le plan de l'approfondissement critique ou sur celui de la mobilisation à l'occasion de certaines manifestations ou de certaines luttes syndicales) se sont développées le plus souvent, sauf les éventuelles couvertures formelles existantes et les éventuelles impossibilités de l'appareil à procéder à des interventions répressives, en dehors du cadre réel de la vie du parti.
b) dans la participation active, souvent dominante et certaines fois même pratiquement exclusive, à , des mobilisations de signification politique plus générale : par l'intervention extérieure dans des épisodes de luttes ouvrières, aux grandes manifestations contre la guerre impérialiste du Vietnam, et aux manifestations à la mémoire de Guevara.
c) Dans la part, souvent prédominante, prise pur ces avant-gardes dans la multiplication d'initiatives du type de cercles politico-culturels dans lesquels, sur la base d'un rappel commun à une origine marxiste, sont confrontés et discutés avec esprit critique et passion tous les thèmes fondamentaux des problèmes politiques contemporains, aussi bien sur le terrain politique que sur le terrain plus spécifiquement culturel.
En d'autres termes, il s'agit du phénomène d'avant-gardes jeunes qui s'imposent, avant-gardes qui, bien qu'évidemment minoritaires par rapport à la masse des étudiants et des jeunes en général, représentent toutefois des forces importantes au point de vue masse et réussissent à exercer quelquefois une fonction dirigeante dans des mobilisations de secteurs. Dans leurs groupes les plus dynamiques et les plus mûrs, ces avantgardes savent combiner aux aspirations d'étude et de formation théorique, la participation active à l'action politique de masse.
Sur la mobilisation et la maturation des nouvelles avant-gardes, influent de façon déterminante en premier lieu les conflits dramatiques qui caractérisent la situation mondiale en cette période, depuis la guerre au Vietnam jusqu'à la guérilla en Amérique latine et l'évolution victorieuse de la révolution à Cuba (même les événements chinois, malgré leur aspect confus et contradictoire, ont exercé une influence nullement négligeable). D'autre part, la situation du mouvement ouvrier international après
LES AVANT-GARDES DES GENERATIONS NOUVELLES
LES AVANT-GARDES DES GENERATIONS NOUVELLES
INTERNATIONALE le XX• Congrès a incontestablement favorisé une maturation critique, particulièrement après l'apparition ouverte de différenciations et d'oppositions entre les diverses tendances des partis communistes. La nécessité de comprendre la signification de ces développements et de faire un choix, incite à une connaissance et à un approfondissement de problèmes dont la nécessité était beaucoup moins ressentie lorsque le mouvement communiste semblait monolithiquement cristallisé autour d'un Etat-guide et d'une orthodoxie bien définie. Ceci contribue à faire en sorte que le type d'adhésion ou de participation plus rationnel et plus réfléchi prenne l'avantage sur le type d'adhésion plus émotionnel. Il faut ajouter qu'il existe aujourd'hui, par rapport à 15 ou 20 ans plus tôt, de bien plus grandes possibilités d'accès aux informations nécessaires et de disposition des instruments de connaissance nécessaires (très riche activité d'édition, même avec des tirages de masse, vaste circulation de textes et de périodiques de multiples organisations et tendances, etc.), comme il existe aussi, grâce aux moyens de transport plus rapides et nlus accessibles et - en conséquence. — au tourisme de masse, des possibilites incomparablement plus grandes pour les nouvelles générations d'accomplir assez vite des expériences de caractère international.
Sur le terrain spécifique de l'organisation de l'école et de la culture, les nouvelles générations sont évidemment plus sensibles que toute autre couche ou groupe social aux coutradictions criantes qui existent entre des structures inadaptées même pour les besoins d'un développement capitaliste avancé et les exigences toujours plus immédiatement ressenties senties de dominer la technique et la
L'évaluation générale de la signification de la formation des nouvelles avantgardes en tant qu'élément dynamique nouveau, ne doit pas nous inciter à ignorer ou à sous-estimer ses limites et ses contradictions, ce qui conduirait à fausser les données d'une analyse d'ensemble et à déformer les perspectives, surtout à brève ou à moyenne échéance.
Avant tout, si l'expérience des avantgardes jeunes est désormais assez généralisée à l'échelle nationale, son milieu social est toutefois nettement délimité. Ainsi, s'il y a eu parfois des mobilisations partielles de jeunes ouvriers et s'il existe certains canaux potentiels de transmission (par exemple, les étudiants des cours du soir), dans son ensemble culture les plus évoluées et en continuelle transformation. Elles refusent d'accepter passivement l'autoritarisme et le paternalisme d'un vieux schéma culturel ankylosé et rétrograde. D'où les mouvements de protestation et de révolte qui ont investi même des places fortes universitaires traditionnellement modérées et qui ont pour protagonistes de premier plan les nieilleurs étudiants du point de vue du sérieux dans l'engagement scientifique et la probité intellectuelle.
La convergence de , toutes ces impulsions objectives fait que la mobilisation des avant-gardes des jeunes générations implique nécessairement une critique radicale de la société capitaliste et bourgeoise dans son ensemble. Une telle attitude d'opposition généralisée au système est dictée aussi par la compréhension des mutilations imposées par une société de soi-disant bien-être, tandis que certaines acquisitions de biens de consommation n'œuvrent pas sur les nouvelles générations comme un frein ou comme un élément de conservation dans la mesure où elles sont pour elles , un point de départ, et implicitement considérées comme faisant partie d'un minimum vital historiquement acquis.
Au delà de caractéristiques particulières et passagères, l'apparition des nouvelles avant-gardes est l'expression d'exigences et d'aspirations révolutionnaires en général, anti-capitalistes et anti-bureaucratiques. Du reste, c'est une expérience qui se renouvelle à différentes époques que des avant-gardes intellectuelles ou estudiantines parviennent à ressentir les premières des nécessités qui seront ressenties par la suite par des forces sociales bien plus vastes et déciSives. le phénomène que nous avons caractérisé concerne essentiellement les couches d'étudiants des nouvelles générations (universités et lycées). En outre, une détermination réaliste des termes du problème ne peut ignorer que, bien que se soient produites des mobilisations à l'échelle des masses (à l'occasion de la lutte dans les écoles et les universités), les avant-gardes ne représentent toutefois, normalement, qu'une minorité bien délimitée par rapport aux masses estudiantines elles-mêmes (par exemple, même certaines occupations d'universités ont été dues essentiellement à l'initiative et à l'action d'un pourcentage assez réduit d'étudiants, pour ne pas parler des limites quantitatives évidentes de la
LIMITES ET CONTRADICTIONS DES NOUVELLES AVANT-GARDES
LIMITES ET CONTRADICTIONS DES NOUVELLES AVANT-GARDES participation à des manifestations comme celle pour le Vietnam ou pour Guevara).
Mais, en dernière analyse, ce qui est déterminant, c'est la composition sociale de ces avant-gardes. La condition d'étudiant ne correspond pas, pour des raisons évidentes, à une classification sociale définitive. Pour la caractériser, il faut prendre en considération plusieurs éléments qui influent de façon différente et même contradictoire, en plus de ia compréhension subjective de cette influence. Il s'agit avant tout d'une condition transitoire d'où les jeunes sortiront en choisissant ou en subissant des classements sociaux divers. En deuxième lieu, il y a l'influence de l'origine sociale différenciée avec une nette majorité d'étudiants provenant de familles petites bourgeoises et avec un pourcentage encore limité, surtout aux niveaux supérieurs, de jeunes d'origine ouvrière). En troisième lieu, il y a l'influence des conditions de subordination provoquées par l'insertion dans les structures scolaires et culturelles du système, conditions qui sont à la base de certaines réactions notées précédemment. Mais c'est justement l'absence de conditionnements de classe clairs et décisifs - bien plus que l'origine sociale majoritaire - qui justifie la caractérisation des masses estudiantines comme des forces petites bourgeoises, bien que, pour ce qui nous intéresse, il s'agisse de forces petites bourgeoises radicalisées alignées sur l'opposition au système.
Le fait de connaitre ces limites est nécessaire avant tout pour une évaluation des rapports de force d'ensemble et des possibilités d'incidence sur les luttes politiques dans la phase présente. Ce serait une grande erreur d'ignorer l'apparition des nouvelles avant-gardes et d'envisager une tactique de construction du parti révolutionnaire sans tenir compte de cet élément nouveau. Mais il ne serait pas moins faux de penser que l'on peut négliger le niveau de maturation et de mobilisation des forces sociales fondamentales et d'agir, plus ou moins consciemment, comme si l'action des avant gardes pouvait se substituer aux forces de la classe ouvrière, du prolétariat agricole et des paysans pauvres. En d'autres termes, il faut rigoureusement éviter toute confusion entre l'évolution des rapports de force dans les limites de couches bien définies et situées au niveau de l'avant-garde, même large, et l'évolution de ces mêmes rapports sur le plan des forces sociales.
En second lieu : c'est justement la composition sociale dominante petite bourgeoise qui rend possible, ou accen-
NALE 65 tue notablement. certaines tendances objectivement négatives qui ne peuvent être ignorées ou tues que par ceux qui interprètent sans la profondeur nécessaire ou de façon démagogique, le phénomène des avant-gardes jeunes. Ces tendances - dont l'une des composantes est la limitation inévitable des expériences politiques accomplies qui sont, plus généralement, alimentées par des tendances qui agissent dans cette phase du mouvement ouvrier dans son ensemble - peuvent être résumées comme suit :
a) tendance à une généralisation hàtive, qui fait que des expériences de secteurs, limitées dans le temps, sont considérées comme suffisantes pour tirer des conclusions d'ordre théorique et politique général (même au besoin avec des renversements soudains de conclusions, tirées avec autant de désinvolture que précédemment) ; b) tendance à envisager les problèmes en termes idéologiques - dans le sens marxiste du mot —, c'est-à-dire à se placer le plus souvent sur le plan des abstractions, suivant la logique des formulations conceptuelles plutôt que de partir de la dialectique interne des événements et des processus réels.
c) tendance au spontanéisme qui fait que l'on souhaite une simple introduction dans des processus objectifs, le plus souvent interprétés arbitrairement et même avec un peu de mysticisme, et l'on idéalise en général le « nouveau », confondant souvent la nouveauté ou l'originalité avec des positions inachevées et approximatives (le reflet de cette tendance, comme aussi de la tendance idéologique dont nous avons parlé, est l'utilisation assez fréquente d'une terminologie abstraite et vague qui, derrière une prétendue profondeur, cache en fait un faible pouvoir de pensée concrète et une incapacité à définir les problèmes et les orientations).
d) tendance à un sectarisme politique et organisationnel qui fait que, lorsqu'on a réussi à assimiler certaines conceptions et à mettre sur pied certains groupes, l'on prend des attitudes radicalement négatives envers tous les autres, se considérant cemme les dépositaires uniques de la vérité et l'unique force motrice des processus révolutionnaires souhaités.
e) tendance à la fragmentation particulariste qui fait que se multiplient les initiatives locales et de secteur et qu'au lieu de se préoccuper de rejoindre des expériences analogues à caractère national on tend à accentuer la « particularité » et l' « originalité ».
Ces tendances négatives doivent être soulignées non pour diminuer la portée
INTERNATIONALE du phénomène général exposé, mais bien au contraire pour faciliter une compré. hension des obstacles qui empêchent une pleine mise en valeur du potentiel représenté par les nouvelles avant-gardes,
TENDANCES ET SYMPTOMES
L'analyse des tendances actuelles dans la classe ouvrière (qui trouvera aussi son reflet dans le document sur la situation italienne) doit naturellement constituer le point de départ fondamental aussi bien pour tirer des conclusions sur la situation d'ensemble que pour en tirer des indications pour notre orientation tactique.
Les développements de la situation intérieure et la régression des partis et des syndicats traditionnels dans la phase caractérisée par la consolidation de la formule de pouvoir dite de centregauche, ont eu incontestablement des conséquences négatives sur le comportement de la classe ouvrière. La combinaison de facteurs objectifs et subjectifs rappelés à plusieurs reprises, a eu pour résultat que la classe ouvrière au cours de ces dernières années ne s'est pas mobilisée activement, même dans ses secteurs les plus politisés, sur le plan de l'action et de l'initiative plus proprement politique. Il est significatif, à ce propos, qu'il n'y ait pas eu de manifestations dignes de mention pour exprimer en termes politiques généraux l'opposition au gouvernement de centre-gauche et qu'il n'y ait eu de participation ouvrière que sporadique et marginale aux manifestations qui ont eu lieu à plusieurs reprises contre la guerre au Vietnam. Cet état de fait difficilement contestable -indépendamment des interprétations que l'on peut en donner - confirme d'une part notre estimation réaliste sur les dispositions des larges masses, et d'autre part indique que ne sont pas apparues dans la classe ouvrière ou même dans ses couches les plus politisées, de nouvelles avant-gardes analogues a celles qui se sont affirmées dans les couches estudiantines des nouvelles générations. , La mobilisation ouvrière n'a pas manqué par contre sur le plan des luttes à objectifs économiques (pour les salaires ou les conditions de travail et la lutte prolongée des métallurgistes, épine dorsale du prolétariat dans le pays, en a été l'exemple le plus éloquent. Cette lutte, par la façon dont elle a été conçue par les ouvriers et dont elle a été combattue par de larges secteurs, spécialement en certaines circonstances, est allée, en réalité, au-delà des limites d'une contestation revendicative syndicale, assumant une portée politique plus générale. C'est aussi bien du point de vue de la possibilité d'influencer les luttes actuelles que de la construction d'un nouveau parti de classe révolutionnaire. DANS LA CLASSE OUVRIERE justement sur ce terrain concret que la classe ouvrière a eu la possibilité de se mesurer contre le centre-gauche dont elle remettait en question, en dernière analyse, la politique économique. En même temps, au cours de multiples épisodes, des secteurs importants de métallurgistes entraient en conflit avec la bureaucratie syndicale, rejoignant objectivement le problème plus général de la lutte contre les appareils bureaucratiques et leurs orientations subordonnées à la logique du système.
Le fait que la bureaucratie syndicale — avec l'aide des appareils des partis - ait réussi à conserver le contrôle de la lutte centralement et à imposer ainsi encore une fois sa stratégie et ses méthodes, en plus d'avoir contribué de façon déterminante à l'issue négative du point de vue des résultats obtenus, a fourni une autre indication des rapports de force globaux à l'intérieur du mouvement ouvrier. Le fait que toute une série de cadres inférieurs ou moyens qui avaient appuyé les revendications de la base, ait en fin de compte accepté de se soumettre à la discipline imposée par la bureaucratie, est une autre preuve de l'influence politique que le PC et les syndicats qu'il contrôle réussissent encore à exercer. Mais des tendances et des éléments apparus à différentes reprises et dans différentes localités au cours de la lutte et immédiatement après son dénouement, ne doivent pas être pour cela sous-estimés et, malgré leur apparent, caractère transitoire, ont laissé des traces destinées à œuvrer en profondeur. Sont particulièrement importantes, dans ce sens, sur différents plans et avec des implications évidemment différentes, les grèves, y compris dans de grandes usines, qui se sont deroulées en dehors ou contre les décisions formelles des directions syndicales : le caractère militant de quelques manifestations de rue, résultant d'initiatives de la base ; l'apparition de groupes d'ouvriers qui en fait remplaçaient les cadres plus soumis aux directives ; les conflits, parfois aigus, dans la Fédération des métaux (FIOM) et la maturation critique de certains cadres prolétariens aussi bien communistes que socialistes. Si de telles tendances sont le plus souvent apparues en liaison avec la lutte des métallurgistes, on pouvait toutefois faire les mêmes observations à propos d'autres catégories et d'autres expériences de lutte.
En conclusion, bien que n'ait pas été renversée la donnée fondamentale de l'influence politique essentielle des organisations traditionnelles, en ce qui concerne des couches importantes de la classe ouvrière s'imposent de façon particulière les observations faites dans la première partie de ce document concernant les limites croissantes de cette influence et l'apparition de forces centrifuges qui tendent à se soustraire contrôle des appareils. A propos des jeunes générations, plus particulièrement, il ne s'est pas pour le moment dessiné de tendances analogues à celles qui sont apparues chez les étudiants. Les jeunes ouvriers, inscrits - contrairement aux étudiants - dans un contexte social bien défini, ont effectivement la possibilité objective d'agir comme protagonistes dans des luttes socialement plus décisives, mais dans une période de stagnation relative ils subissent davantage les facteurs qui ralentissent la mobilisation des masses et certaines conditions matérielles difficiles (qui, entre autres, empêchent leur sensibilisation immédiate à certains événements et phénomènes qui, comme nous l'avons vu, contribuent fortement à la mobilisation et à la maturation de couches estudiantines). Toutefois, dans les usines aussi, les jeunes générations se sont soustraites beaucoup plus que les générations plus mûres à l'hégémonie et au contrôle des organisations traditionnelles, ainsi qu'il était apparu déjà au cours des luttes du début de 1960 et ainsi qu'il a été confirmé par des événements plus récents.
Des phénomènes semblables à ceux que nous avons signalés pour des secteurs ouvriers dans les usines, se sont aussi produits dans certaines zones chez les ouvriers agricoles et les paysans pauvres. Il est difficile de dire avec certitude dans quelle mesure certains épisodes sont l'indication de tendances générales, mais il faut, de toute façon, souligner que certaines fois, malgré l'influence persistante du PC et des syndicats, se sont produits des conflits et des oppositions qui ont révélé une attitude critique assez notable et une tendance à se soustraire au contrôle de la bureaucratie et à ses orientations. En certains cas, il y a même eu rupture ou-
NALE 37 verte à l'avantage, bien que provisoire, de groupes pro-chinois. .....
L'extension et la multiplication des groupes et des tendances de gauche en dehors des partis traditionnels, est un phénomène positif dans la mesure où il indique un processus de maturation critique qui n'a pas de précédent dans des phases antérieures de la lutte politique dans le pays, dans la mesure où il crée une marge d'initiative politique assez importante el dans la mesure où il se traduit aussi par des polémiques et des prises de position sur le plan culturel qui ont quelquefois une incontestable valeur intrinsèque. Une analyse plus précise ne doit cependant pas oublier que la libération d'énergies valides a eu comme revers négatif l'apparition de tendances que l'on peut définir extrémistes selon les critères léninistes et qui sont caractérisées, par exemple, par l'incompréhension ou par le refus explicite de la nécessité d'un programme de transition, par la tendance à prendre des positions surtout de propagande, par l'ignorance des processus réels de maturation et d'accumulation des forces, par le mépris - en certains cas - envers certains types d'activités jugés trop «.traditionnels » et inévitablement « opportunistes ». En conséquence, il existe des tendances au spontanéisme et à la négation ou à la sous-estimation de la nécessité de l'organisation, et des tendances intellectualistes qui se préoccupent davantage de poser des problèmes que d'en indiquer les solutions et proclament de façon presque obsessionnelle être à la recherche d'un « nouveau » que l'on ne réussit ni à déterminer ni à préciser clairement.
Toutes ces tendances sont la conséquence, non pas tellement des limites subjectives de groupes ou d'individus, mais surtout des limites objectives qui sont imposées encore maintenant aux nouvelles avant-gardes et aux forces critiques de gauche en général, par une situation intérieure de stagnation relative et par une composition sociale en grande partie petite bourgeoise. C'est pour cela que, jusqu'à ce qu'il y ait des modifications radicales dans les rapports de force dans le mouvement ouvrier, elles semblent destinées à survivre et, dans certaines cenditions, même à s'accentuer.
UNE ORIENTATION TACTIQUE APPROPRIEE
L'élaboration d'une orientation tactide la considération préalable que nous que pour la construction d'un parti réagissons dans une situation modifiée volutionnaire ne peut pas ne pas partir sous de nombreux aspects et qui est
INTERNATIONALE susceptible de nouveaux développements, contradictoire et, dans une certaine mesure, transitoire. On ne pourra tirer des conclusions d'organisation qu'après une discussion approfondie, incluant des vérifications analytiques des multiples expériences réalisées, en dehors de tout schéma préconçu et sans concessions à des impressions superficielles.
Il n'est pas inutile de rappeler - face aux falsifications et aux interprétations erronées répandues encore pour justifier l'aversion envers notre mouvement, et qui ont en réalité des origines bien différentes - que la conception de l'entrisme était basée sur la supposition que les partis ouvriers traditionnels - dans des pays déterminés et dans une période donnée - exerçaient une influence déterminante sur les forces sociales décisives, que cette influence et l'existence d'appareils organisationnels amplement articulés empêchaient un rapport direct efficace entre les avant-gardes révolutionnaires et les grandes masses ou des secteurs importants de ces dernières, et, à plus forte raison, un appel pour la formation d'une alternative organisationnelle immédiate ; que le travail de construction du parti révolutionnaire devait être conçu comme une action de longue haleine ; que toute une série de processus préliminaires se déroulerait dans le cadre organisationnel et dans la sphère d'influence politique des organisations traditionnelles avant que le parti révolutionnaire avec une influence de masse puisse être constitué. Les processus de profonde différenciation qu'a connus le mouvement ouvrier, en premier lieu le mouvement communiste, au cours de ces dix dernières années, les ruptures au niveau international, les scissions importantes qui se sont effectuées dans certains pays, le fait que des organisations révolutionnaires indépendantes, qui sont l'expression de l'avant-garde des jeunes générations (justement dans les pays où leur importance est la plus grande) aient trouvé leur origine directe dans des organisations traditionnelles (par exemple la JCR en France et la SDS en Allemagne), le fait que des groupes qui ont agi en partant d'une hypothèse tactique différente de la nôtre, c'est-à-dire en s'efforçant de se présenter directement comme les organisateurs d'une alternative immédiate, aient fait complètement faillite, disparaissant de la scène ou se réduisant au niveau de sectes limitées et ossifiées (lorsqu'elles n'ont pas fini, au prix d'une volte-face totale, dans les rangs du réformisme social-démocrate) ; tout cela ce sont des éléments qui prouvent la justesse objective de notre interprétation et de nos critères d'orientation. Il ne fait pas de doute, d'autre part, que précisément grâce à l'adoption de la tactique entriste et à son application, notre mouvement a pu exploiter les conditions les plus favorables qui se sont créées à partir de 1956 et connaître cette mutation qualitative et ce notable accroissement quantitatif sur différents plans, que personne ne peut sérieusement contester. En outre, si dans certains cas la direction du mouvement a dû constater des tendances sectaires qui voulaient imposer des généralisations hâtives oubliant les données objectives et les rapports de force réels, dans une période plus récente -aux environs et après la Conférence nationale de 1965 — elle s'est opposée avec énergie à des tendances qui, subissant une adaptation opportuniste dans leur milieu de travail, ne comprenaient pas la nécessité d'abandonner des orientations dépassées ou des alliances auxquelles manquaient désormais les justifications objectives.
Nous n'entendons pas du tout. exclure que, tout au long d'une expérience désormais assez longue, il y ait eu parfois des retards assez préjudiciables et de véritables erreurs, pas plus que nous n'entendons taire que certaines hypothèses ne se sont pas vérifiées sous la forme où nous les avions prévues et que certaines autres, sur lesquelles il était pourtant parfaitement justifié de se baser il y a dix ou quinze ans, non seulement ne sont pas vérifiées mais ne se vérifieront probablement pas même à l'avenir. En nous rétérant au domaine international, nous pourrions dire en particulier que, dans la plus grande partie des pays où l'expérience entriste a été poursuivie, ne sont pas apparues ou ne se sont pas consolidées les tendances centristes ou centristes de gauche que, sur la base des expériences précédentes de l'Internationale et de l'analyse de la situation qui se dessinait dans certains pays au début des années 1950, nous avions considérées comme une première forme de cristallisation d'une dialectique interne du mouvement ouvrier ou comme une première forme de sa complète restructuration. Il est clair, d'autre part, que dans de nombreux pays les organisations traditionnelles, bien que ne perdant pas leur influence de masse générale et continuant à représenter un obstacle massif pour l'action des avantgardes, se sont progressivement ankylosées, se réduisant à des formes organisationnelles étroites dans lesquelles le poids spécifique des appareils s'est accru et dans lesquelles toute dialectique interne est profondément faussée et déformée et est toujours moins liée aux expériences, aux exigences et aux ten- dances qui se précisent au niveau des forces sociales. Comme nous l'avons déjà dit, des forces désormais considérables — les couches politisées des nouvelles générations - échappent au contrôle des appareils bureaucratiques, alors que des tendances centrifuges et critiques sont apparues même dans des secteurs ouvriers et paysans.
Reprenant et précisant notre point de départ, nous nous trouvons dans une situation contradictoire caractérisée, en dernière analyse, d'une part par une stagnation relative des forces sociales antagonistes du régime, d'autre part par l'apparition des avant-gardes des nouvelles générations engagées activement dans la réélaboration critique et dans la mobilisation politique. Dans ce contexte, ce serait une très grave erreur que d'ignorer ou de sous-estimer tous les éléments nouveaux que nous avons indiqués, mais il serait faux également de perdre de vue les conditions générales du mouvement de la classe et l'influence qu'exercent encore les organisations traditionnelles. En conséquence, il serait totalement préjudiciable de continuer à appliquer des critères et des orientations du passé, compromettant toute possibilité d'influencer les avant-gardes des nouvelles générations et les secteurs critiques qui agissent en dehors des partis majoritaires, mais il serait également dangereux de miser exclusivement sur les avant-gardes et d'oublier que des progrès décisifs pour la formation du parti révolutionnaire ne pourront être accomplis que lorsque de sensibles déplacements dans les rapports de force se produiront dans les couches sociales qui, aujourd'hui, ne se mobilisent pas
NALE 69 activement ou continuent de toute façon à subir, bien que dans les limites indiquées, l'influence des organisations bureaucratisées.
Notre tactique doit se développer en cette période en tenant compte des lignes fondamentales suivantes:
1) bien que sans perdre de vue le travail à long terme pour modifier les rapports de force au niveau des forces sociales, à brève et à moyenne échéance il est nécessaire de miser surtout sur l'action en direction des avant-gardes des nouvelles générations et en général vers tous ces secteurs critiques qui agissent en dehors des organisations traditionnelles ou en marge de celles-ci. Ceci implique, en d'autres termes, une priorité pour le travail de regroupement et d'organisation au niveau des avant-gardes.
2) en ce qui concerne les forces qui militent dans les organisations traditionnelles - sans exclure que dans ún contexte objectif à nouveau modifié il puisse se vérifier une revitalisation de la dialectique interne et une reprise déterminée - l'action dans la phase actuelle ne doit pas être subordonnée à une dialectique interne actuellement asphyxiante, précaire et complètement faussée par le poids écrasant des appareils, mais elle doit partir des problèmes et des processus réels qui se dessinent dans la société. En conséquence ce travail devra être étroitement lié au travail se développant à l'extérieur. Cette orientation sera évidemment beaucoup plus accentuée en ce qui concerne les organisations de jeunes, étant donné les rapports de force existants sur ce plan.