L'INTERNATIONALE
« Perspectiva Mundial »
Les premiers numéro d'une édition espagnole viennent de sortir de presse au Mexique : à côté de World Outlook et de Perspective Mondiale, un service de presse ouvrier en langue espagnole commentera, interprètera , analysera les événements
L'assassinat de
«…Au travers de l'action révolutionnaire, je cherche la solution de tous nos grands problèmes et je cherche à créer une vie nouvelle pour le peuple, différente de l'existence précaire qu'il a connue pendant un siècle de régime injuste... Nous prenons les armes avec confiance et avec optimisme, comme celui qui va de l'avant pour atteindre la patrie de l'avenir. Nous prenons les armes contre la violence, la répression, les tortures, les tripotages et la corruption. Nous prenons les armes contre la dépravation et la trahison... Nous luttons pour que l'aurore de la liberté et de la justice apparaisse à l'horison de notre pays. »
C'étaient les paroles avec lesquelles Fabricio Ojeda, élu membre de la chambre des députés du Venezuela, s'adressait à ses collègues dans une lettre ouverte le 5 juin 1962.
importants pour l'avant-garde de l'humanité.
L'adresse de l'édition espagnole : C. Alcazar, Director. Apartado Pcstal 27-509. Mexico 7,D.F., Mexico. Fabricio Ojeda
Il a été arrêté par la SIFA (Servicio de Intelligencia de las Fuerzas Armadas ; service d'intelligence des forces armées). et assassiné au cours des 73 heures suivantes.
De telles actions, tortures et assassinats à la Batista, sont devenues habituelles pour les services de répression de Bétancourt et Leoni depuis 1963. Mais l'assassinat ouvert et arrogant de Fabricio Ojeda témoigne d'une intensification de la lutte armée du peuple, du désespoir des laquais des USA qui administrent le Venezuela et des mesures de style hitlérien qui sont décidées par le gouvernement américain (par l'intermédiaire du CIA) dans l'espoir vain de contenir la détermination révolutionnaire des peuples d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine.
VENEZUELA
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Qui était Fabricio Ojeda ?
Né à Bocono, état de Trujillo, il y a 37 ans, Fabricio a été instituteur dans l'Etat de Zulia. Ensuite, il travailla comme journaliste pour plusieurs quotidiens de Caracas.
Sous la dictature de Marcos Perez Jimenez (titulaire de l'ordre du mérité — la plus haute décoration qu'un étranger puisse recevoir du gouvernement US) Fabricio était journaliste à El Nacional, le premier journal de Caracas, qui avait une orientation de centre-gauche à cette épodentiel. Au même moment il était président de la Junte Patriotique clandestine, qui servait de centre de coordination pour le renversement de la dictature qui eut lieu le 23 janvier 1958.
Dans les élections qui eurent lieu ensuite, Fabricio fut élu à la Chambre comme candidat de l'Union républicaine démocratique (U.R.D. — qui était à gauche à l'époque).
Au printemps de 1962 les forces armées de libération nationale (F.A.L.N.) se consolidaient et les soulèvements de Carupano et Port Cabello se produisirent. A ce moment, Fabricio décida que la seule voie pour obtenir la libération nationale pour le Venezuela était la lutte armée antiimpérialiste, opposée également aux représentants « nationaux » de cet ennemi.
Fabricio rejoignit un des fronts de la guérilla. Le 12 octobre 1962 il fut fait prisonnier par les troupes gouvernementales. Le procureur demanda, lors de son procès, une peine de 18 ans d'emprisonnement, mais il s'échappa le 17 septembre 1963 de façon spectaculaire, en compagnie d'autres révolutionnaires détenus avec lui à la prison de l'Etat Trujillo. Il fut alors nommé commandant dans la guérilla et dirigea le front « José Antonio Paez », qui opère dans les Etats de Trujillo, Barinas, Lara et Portuguesa.
Au moment de sa capture, annoncée le 18 juin il était président du commandement général du F.L.N. et du F.A.L.N.
Le ministre de la défense, Florencio Gomez annonça, trois jours après sa capture, qu'il s'était suicidé en se pendant dans sa cellule. Des protestations et des appels à une enquête apparurent dans toutes les couches de la population, et même le journal réactionnaire La Esfera déclara que la mort d'Ojeda « crée un problème délicat » pour le gouvernement.
Les étudiants de l'université de Caracas manifestèrent et ces manifestations prirent de l'extension dans des quartiers ouvriers, parmi lesquels le district du « 23 janvier » ; deux policiers furent abattus le 22 juillet dans l'avenue Los Ilustres.
Le jour suivant, une voiture de patrouille fut atteinte par une grenade et le tir des armes automatiques ; des tirs sporadiques se firent entendre dans plusieurs endroits de la capitale. Des tracts furent distribués dans toute la ville et le Slogan « Commandant Fabricio, ta mort sera vengée » apparut sur les murs.
Entre temps, quatre quatre soldats gouvernementaux furent tués dans une embuscade tendue par le front « José Antonio Paez ». La pression atteint une telle ampleur que le gouvernement dut relâcher huit dirigeants du syndicat des transports, qui avaient été arrêtés après une grève de protestation contre le licenciement de 140 travailleurs sur les chantiers de l'Etat.
Après avoir annoncé le « suicide », le gouvernement n'a pas accepté que les journalistes accèdent au bâtiment de la SIFA, où le corps se trouvait. Le frère de Fabricio, venu pour identifier le corps, rapporta que son frère avait un bon moral deux jours auparavant. Il dit aussi qu'il avait remarqué deux cicatrices sur sa poitrine. Le résultat de l'autopsie n'a pas été rendu public. Même le procureur général a dû annoncer une « enquête approfondie ». Toutes ces indications montrent qu'il s'agit d'un assassinat. Le fait qu'on assassine une personnalité de cette envergure montre jusqu'à quel point la répression devient féroce.
Fabricio Ojeda représentait cette lignée de révolutionnaires honnêtes qui ont fait leur apparition en Amérique latine depuis la révolution cubaine. Sa mort accentue la lutte en montrant que c'est d'une lutte à mort contre l'ennemi de classe qu'il s'agit.
Cet ennemi est l'impérialisme allié à la bourgeoisie du Venezuela. La victoire ne peut être obtenue qu'au moyen d'une révolution socialiste victorieuse qui établira un gouvernement ouvrier et paysan au Venezuela. Le slogan des FALN doit être plus que jamais répété : « Libérons le Venezuela ou mourrons ».
L'exemple de Fabricio et de sa mort produira des milliers de « Fabricio » au Venezuela. L'impérialisme tente de mettre fin aux mouvements révolutionnaires en exterminant les révolutionnaires qui tombent entre ses griffes au Guatémala, au Perou, a Saint Domingue, en Colomble, au Venezuela et dans d'autres pays. Il ne comprend pas que ce sacrifice attirera des milliers de combattant supplémentaires dans les rangs de ceux qui luttent les armes à la main pour la libé. ration économique et sociale de l'Amérique latine.
Miguel FUENTE.
BOLIVIE Une interview d'Hugo Gonzales Moscoso Quelques jours avant les élections boliviennes, le quotidien Prensa Libre de Cochabamba a publié dans sa rubrique « le reportage du jour », une interview de Hugo Gonzales Moscoso, secrétaire général du Parti Ouvrier Révolutionnaire. Depuis la publication de cet article le 30 juin, les élections ont eu lieu. Le général Barrientos et M. Salinas ont été élus président et vice-président avec 677.805 voix, c'est-à-dire un tiers des voix des inscrits aux élections précédentes, la majorité du pruple n'étant ou bien pas inscrite, ou bien s'étant abstenue ou ayant voté blanc, soit encore pour les autres candidats. Rappelons que le P.O.R. préconisait l'abstention. Nous donnons ci-dessous un résumé de l'interview de
L'interview contient la réponse de Hugo Gonzales Moscoso à six questions posées par le journaliste de Prensa Libre. Dans une première question, l'avis du secrétaire général du P.O.R. était demandé à propos de la remise de la mine « Matilde » au secteur capitaliste. Dans sa réponse, Hugo Gonzales Moscoso défend la position du P.O.R. suivant lequel la mine en question doit être exploitée par la Comibol, la société des mines nationalisées. Penser que l'on peut développer économiquement la Bolivie avec l'aide du capital impérialiste est une conception surannée dont l'expérience nationale et internationale a montré la fausseté. Dans le cas de la remise de la mine ‚le capitalisme accaparera la part du lion, et la Bolivie n'obtiendra que les miettes, ajoute-t-il.
La deuxième question posée par le journaliste concernait le P.O.R. lui-même : « Comment expliquez-vous qu'en vingt ans, votre parti n'a pas gagné plus d'adhérents, mais qu'il s'est au contraire divisé en deux ailes? ».
Réponse : « Votre question est basée sur une prémisse fausse. Le Parti Ouvrier Révolutionnaire est aujourd'hui unifié, et publie Lucha Obrera [ancien organe du P.O.R. „section bolivienne de la IVe Internationale], comme organe théorique et d'éducation, et Masas [ancien organe du P.O.R. dirigé par G. Loral comme porteparole politique. Pendant les années de son existence, il est le parti qui a exercé le plus d'influence idéologique en Bolivie. Toute conquête ou mesure progressive réalisée dans ce pays a été directement liée à l'activité du P.O.R. Pour cette raison même, il étend aujourd'hui son organisation dans des milieux ouvriers et intellectuels très importants. Tandis que les partis bourgeois et réformistes sont tous entrés en crise historique et programmatique, le P.O.R. ,dont les principes ont été confirmés par la réalité, est en trait de s'imposer comme l'alternative définitive pour les masses boliviennes.»
La troisième question : « Comment expliquez-vous alors la réélection de Juan Lechin comme secrétaire exécutif de la FSTMB ? » [la FSTMB est la fédération
Hugo Gonzales Moscoso. syndicale des travailleurs des mines de Boliviel.
« L'explication résulte de la nature du XIII Congrès des Mineurs, réuni à Siete Suvos, où la base des mineurs n'était pas présente, hormis une représentation tout à fait marginale... la bureaucratie a donc supplanté la volonté des masses. »
Le journaliste demande ensuite: « d'après vous, la révolution restauratrice s'oriente-t-elle vers la droite ou vers la gauche ? ». (NdlR: la révolution restauratrice est le terme employé par le général Barrientos pour désigner son accession au pouvoir).
Réponse : « Le citoyen le moins politisé sait que la Junte Militaire n'est que la continuation, droitière, du gouvernement antérieur du M.N.R. La soi-disant révolution restauratrice est venue pour restaurer les privilèges de la rosca [la rosca est une expression qui désigne en Bolivie les classes possédantes dans leur ensemble, liées par des intérêts communs; littéralement « rosca » veut dire « l'anneau], et pour annuler les conquêtes politiques, économiques et sociales du peuple bolivien. La contre révolution prend donc inéluctablement un cours d'extrême-droite fasciste. »
Cinquième question : « Si par développement économique nous entendons le taux de croissance du produit national par tête d'habitant et le revenu national réel, comment estimez-vous la situation du pays sous cet angle? ».
« A part les statisticiens frauduleux du gouvernement, aucun investigateur sérieux ne peut affirmer que notre pays se développe économiquement. Au contraire, le retard et le sous-développement s'aggravent constamment. Les statistiques de IO.N.U. ont mis en évidence une diminution du revenu par tête à un niveau extraordinairement bas. Ceci se comprend, étant donné le type de plans appliqués par le gouvernement antérieur et par le gouvernement actuel. Pour se développer de façon effective, la Bolivie doit rompre la structure capitaliste et les liens de loppression impérialiste, qui sont la cause de la misère et du retard. C'est ce que nous enseigne l'expérience pratique des pays socialistes, qui sont les seuls à se développer à un taux de loin supérieur aux possibilités impérialistes qui n'excèdent pas les 2,5 % Tan. »
Enfin, la dernière question était formulée ainsi : « Comment caractérisezvous le F.R.B. Lle Front électoral de Barrientos], qui présente les candidatures Barrientos-Silos ? Quelles perspectives ce gouvernement offre-t-il d'après vous au pays, s'il sort vainqueur des élections de juillet prochain? ».
Réponse : « La question se compose de deux parties. Mon opinion sur le FRB est celle de la grande majorité du peuple. Front d'opportunistes qui jouent leur dernière carte avant d'entrer dans la tombe, c'est un front de massacreurs compromis, chacun à son tour et à une époque différente, dans les massacres rouges et blancs qui ont eu lieu en Bolivie depuis 1946. Leur ambition d'arriver au pouvoir les rassemble, mais cette unité n'ira pas plus loin que le 4 juillet, jour auquel il se désagrégera. Quant aux perspectives qu'offre le futur gouvernement Barrientos, elles ne peuvent pas être plus noires ou plus sombres : terreur pour les Boliviens et remise des richesses nationales seront les signes fatidiques d'un tel gouvernement surgi de la fraude. Gouvernement sans base sociale d'appui, il se maintiendra temporairement, en s'appuyant sur l'armement moderne, les tanks et les avions Mustang que lui prête le Pentagone.
Rome, (10 juillet). La commission de contrôle de la fédération romaine du P.C. italien a décidé de radier Augusto Illuminati et Silvio Paolicchi du parti. Ils étaient accusés d'avoir eu des contacts suivis avec la IV• Internationale. Illuminati a été pendant plusieurs années secrétaire provincial de la Fédération des Jeunesses Communistes. Avant le XI° Congrès du PCI, il avait publié dans la tribune de discussion de Rinascita, l'hebdomadaire du P.C.I., un article critique vis-à-vis de la politique de la direction du parti. Une bataille avait eu lieu autour de lui au Congrès fédéral de Rome, quand il avait été présenté comme candidat pour le comité fédéral du parti. Silvio Paolicchi est devenu membre du parti communiste pendant la guerre. Jusque récemment, il était le dirigeant principal des coopératives. Au X° Congrès, il avait été élu-membre du Comité Central et il avait fait des interventions critiques, à plus d'une session du C.C. le plus souvent sur des questions internationales. Au XI• Congrès, en 1966, il avait été éliminé du Comité Central.
La procédure suivie contre ces deux
Le destin d'un tel gouvernement sera de tomber, renversé par un soulèvement populaire. Déjà aujourd'hui on peut voir son impopularité. D'aprés les données de la Cour Electorale, environ 600.000 personnes capables de voter se sont inscrites, ayant déjà voté dans les élections antérieures. Selon le président de la Cour. le Dr. Mario Rolon Anaya, seulement 800.000 citoyens voteront, ce qui veut dire une abstention de 40 % des inscrits ; ce chiffre ,additionné aux chiffres antérieurs, nous donne un million de citoyens qui s'abstiendront. On ne pourra savoir le nombre de votes blanes ou nuls.
Ces calculs, que nous pouvons appeler officiels, donnent la mesure de la répugnance des masses pour ces élections frauduleuses, de leur manque de confiance dans le parlement bourgeois, en crise complète.
Un gouvernement, venu au pouvoir contre la volonté populaire, soutenu par les baïonnettes et l'impérialisme, ne peut offrir autre chose qu'une perspective de soumission et de recul, de persécution et de misère pour le peuple. Mais un gouvernement de cette nature tombera immanquablement, comme Trujillo, Batista, Paz Estenssoro, renversés par la mobilisation et l'insurrection populaires qui germent dans la conscience des masses et de leurs avant-gardes, comme étant la méthode adéquate pour se débarrasser des généraux fascistes. militants a été particulièrement bureaucratique. Avant même que leur cas ne soit examiné, ils ont été licenciés de l'appareil permanent, par une décision sans appel possible. Ensuite, l'examen de leur cas a été soustrait aux organismes de base, pour être porté devant la commission de contrôle de la fédération romaine (bien que dans le cas de Paolicchi, c'eût été la fédération de Pise, qui aurait dü se saisir de la question — mais Pise est suspecte à cause des positions qu'elle a exprimées avant le congrès). Enfin, les membres de la commission ont jugé sur la base d'informations fournies par la présidence de la commission, sans procéder à un examen direct.
Les méthodes utilisées montrent l'intention de la bureaucratie de faire une opé ration « à froid », en évitant à tout prix les répercussions possibles de cette répression. Mais dans de nombreux secteurs, l'indignation s'exprime de façon très vive. Il n'est pas possible de concevoir un doute à propos de la signification de ces mesures : « homogénéiser » l'appareil, régler leur compte à certains opposants de gauche, intimider les autres.