Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 29

La montée du mouvement des masses se précise en Inde

Quatrième Internationale, n° 29 · novembre 1966 (4e trimestre) · p. 5-6 · 1 028 mots

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Dans le numéro précédent de QUATRIEME INTERNATIONALE, une note éditoriale a attiré l'attention sur l'ampleur sans précédent du mouvement de contre la famine qui avait mobilisé des millions de travailleurs indiens, de février à avril 1966, dans l'Etat du Bengale occidental. Le 25 août, la ville de Bombay a connu à son tour une grève générale avec un arrêt d'activité également par le petit commerce, grève qui a connu un succès sans faille et abouti à une manifestation monstre de près de 250.000 participants, la plus importante que la principale ville de l'Inde ait connue depuis de longues années.

Ainsi, dans deux régions séparées par plus de mille kilomètres, et dans les deux principaux centres industriels du sous-continent indien, les masses proletariennes sont entrées en action sur léchelle la plus vaste. Depuis lors, en fin septembre, une nouvelle grève générale a secoué Calcutta, la capitale du Bengale occidental. A cette vaste mobilisation des ouvriers et des foules appauvries de la petite bourgeoisie correspondent des centaines d'actions de protestation menées contre les rations de famine par les paysans paavres des campagnes indiennes, aux quatre coins du pays. Autre indice significatif : l'Inde septentrionale vient d'être le théâtre de violentes manifestations d'étudiants, accompagnées de heurts multiples entre les manifestants et la police qui ont fait au total plus de mille blessés et trois morts. Les manifestations se sont étendues de ville en ville, au fur et à mesure que répression a provoqué l'indignation des étudiants. Au cours des manifestations, la ville d'Agra a même été occupée pendant une demi-journée par les

Signe caractéristique de la montée du mouvement des masses : un vaste souffle anime. Le BANDH (arrêt général d'activité) de Bombay du 25 août avait été préparé par la constitution d'un Comité de lutte contre la famine et contre l'augmentation du prix du riz, comité auquel participent toutes les organisations ouvrières et tous les syndicats de l'Etat de Maharashtra, dont Bombay est la capitale. Si puissant est le mouvement unitaire que le Parti Communiste de gauche (pro-chinois) a accepté d'appuyer au Bengale occidental la candidature du trotskyste Kanai Pal comme candidat indépendant aux élections pour la Diète de

Autre signe caractéristique : une catégorie de travailleurs qui en Inde n'a jamais joué un rôle d'avant-garde, celle des fonctionnaires et employés du gouvernement central, envisage d'organiser une grève générale de 24 heures pour appuyer une demande d'augmentation de salaires. La Confédération syndicale de ces ployés s'est adressée aux deux millions de fonctionnaires du gouvernement central pour leur demander d'être prêts à entrer en action, alors que des secteurs importants des quatre millions d'employés et fonctionnaires des Etats sont déjà entrés en action. Dans l'Etat d'Uttar Pradesh, il y a eu une grève d'une semaine des services publies pour protester contre des brutalités commises par la police à l'égard des manifestants.

Ce dernier exemple est significatif. A première vue, on pourrait penser que tous ces mouvements sont encore de nature revendicative et économique. Mais chaque fois, les actions revendicatives centrées sur des revendications immédiates se heurtent rapidement à lappareil répressif et au pouvoir politique du Parti du Congrès. Ce qui est en cause, dans tous ces mouvements, c'est la faillite de dix-neuf années de gestion de l'Inde indépendante par le parti de la bourgeoisie. Cette gestion a engendré l'inflation, la hausse incessante du coût de la vie, le désordre des finances publiques, la corruption sur une vaste échelle et, avant tout, la famine et le sous-emploi. Elle n'a pas réussi à surmonter les maux produits par la domination de l'impérialisme britannique sur l'Inde ; elle les a maintenus et renforcés.

Ce qui unit done ces mouvements de masse de plus en plus vastes, c'est qu'ils expriment, directement ou indirectement, une révolte croissante contre ce règne du Congrès. La question la plus débattue aujourd'hui dans la gauche indienne c'est de savoir comment renverser le pouvoir du Congrès.

Les uns, d'orientation essentiellement réformiste - du SSP social-démocrate au Parti Communiste de droite - ne conçoivent que la voie électorale, celle d'une alliance électorale pour grignoter et remplacer petit à petit la majorité parlementaire du Congrès, voire exercer une pression sur le Congrès de l'extérieur. Ceux qui veulent rester fidèles. jusqu'au bout avec cette orientation finissent d'ailleurs par... rejoindre le parti du Congrès lui-même : n'est-ce pas à l'intérieur que la pression est la plus « efficace » ? L'ancien dirigeant de la social-démocratie indienne,

Asoka Mehta, aujourd'hui chef du Plan, ainsi que les dirigeants du Parti Républicain (le parti des parias) ont suivi cette voie. Ils rejoignent le Congrès au moment où les masses s'en séparent par millions.

D'autres cherchent avant tout à élargir et à approfondir les luttes des masses pour les transformer en assaut généralisé contre le Parti du Congrès.

tation est évidemment correcte, sans pour cela impliquer qu'on se désintéresse des élections générales qui se préparent. Mais elle ne sera efficace que si elle débouche sur une stratégie pan-indienne, et sur un OBJECTIF POLITIQUE CENTRAL pour les masses ouvrières et paysannes de tout le pays.

La constitution d'un front unique de tous les partis et syndicats des travailleurs, et celle dune Centrale syndicale unique, pourraient être des étapes importantes vers une telle mobilisation politique générale des masses laborieuses de l'Inde. Le

PARTY, section indienne de la IV• Internationale, propage ardemment la nécessité. Sa participation au comité d'unité d'action de

Bombay a été hautement utile pour l'ensemble de la classe ; car, en collaboration avee d'autres groupes d'extrême-gauche, tels le RSP de Bombay, et des sections du Parti Communiste de même du Parti Socialiste de cette ville, le

S.W.P. a réussi à empêcher que la mobilisation des masses de Bombay ne soit vers des objectifs de chauvinisme régional et linguistique (la question

« frontières » de l'Etat du Maharashtra). Il a proposé un programme de lutte en douze points au comité d'unité d'action ; il a surtout lancé l'idée d'organiser comités d'unité d'action au niveau des entreprises, des ateliers, des bureaux et des villages, qui serviraient de points de ralliement pour l'ensemble des masses laborieuses, et créeraient l'embryon d'un pouvoir autonome des masses, face au pouvoir vermoulu du régime du Congrès.

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