Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 28

Nouvelles du mouvement ouvrier et de l'Internationale

Quatrième Internationale, n° 28 · juin 1966 (2e trimestre) · p. 73-79 · 4 831 mots

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ITALIE Le congrès du P.C. Nous reproduisons, ci-après, une partie du document adopté par les C.C.R (section italienne de la IVe Internationale) analysant le récent congrès du P.C. italien. 1. - Le fait notable du XI* Congrès du P.C. italien et de sa phase préparatoire a été que la différenciation interne s'est encore plus précisée, avec - en conséquence - l'apparition d'une tendance de gauche aux contours assez nets.

En d'autres occasions il y avait eu dans le parti des discussions, parfois assez dures : il suffit de penser aux événements de 1956, point de départ des processus actuellement en cours. Mais rarement, dans le passé, la discussion avait touché des secteurs aussi larges (un tiers des inscrits → selon les chiffres officiels - a participé aux assemblées et ce pourcentage serait bien plus élevé s'il était calculé non sur le nombre des adhérents formels, mais sur celui des adhérents que l'on peut considérer comme membres du parti). Et, ce qui est encore plus important, alors que les fois précédentes l'impulsion avait été donnée par des événements extérieurs sensationnels, déterminant dans une large mesure des réactions de caractère émotionnel cette fois-ci la discussion a eu lieu dans une atmosphère épurée de toute émotivité conjoncturelle, donc sous une forme beaucoup plus critique et réfléchie. Plus encore, alors que précédemment s'était quelquefois réalisée une convergence objective de positions d'éléments œuvrant de facon absolument désunie ou, tout au plus, s'étaient réalisées des initiatives partielles de groupes, au cours des derniers mois la gauche s'est rassemblée avec une certaine unité, se concrétisant dans le choix d'un certain nombre de motifs communs et avec une relative coordination centrale.

Ceci a rendu possible une première revue des regroupements de forces dans le parti. La gauche, dont la position minoritaire ne pouvait évidemment être mise en doute sinon par ceux qui auraient conservé des illusions sur la nature du parti et sur les tendances mêmes de la situation objective dans la phase actuelle, a toutefois réussi à prendre le dessus dans une série de congrès provinciaux de différentes régions (Vénétie, Toscane, Ombrie, Pouilles, à obtenir un nombre non négligeable de délégués — liés entre eux - dans beaucoup d'autres congrès, entre autres ceux des deux villes les plus importantes. Si, au congrès national, la représentation des « Ingraiens » pouvait être évaluée à 15-20 % des délégués, le pourcentage dans les congrès provinciaux et plus encore dans les sections leur était nettement plus favorable (probablement entre 25 %). Les filtrages successifs ont en effet réduit, dans certains cas de façon brutale, cette représentation.

Le déroulement du congrès et même sa conclusion n'ont créé dans la gauche aucun sentiment de découragement ou de frustration. contraire, sentiment qui prévalait était que la bataille avait donné des résultats du point de vue de l'incitation à la discussion et à la différenciation et du regroupement des forces et qu'un point de référence clair avait été établi en vue des phases ultérieures de la lutte.

2. — Après avoir été politiquement sur la défensive pendant la période qui précédé les Congrès, la droite et le centre bureaucratique - en particulier après l'intervention d'Ingrao - sont passés à la contre-attaque en essayant de toucher plus précisément certains points faibles de leurs adversaires. En fait, avec le rapport et la réponse de Longo, la résolution et le rapport de la commission politique ont confirmé toute une série d'orientations et d'interprétations droitières en sorte que sur le plan politique, la différenciation entre le centre et la droite a disparu ou s'est manifestée seulement de façon limitée sur le plan du style, de la forme, d'accentuations très subtiles. Le peu que la majorité pensait pouvoir et devoir, par nécessité tactique, accepter de la critique d'Ingrao, elle l'avait inclus dans la rédaction finale des thèses qu'elle ne devait plus accepter de modifier par la suite.

C'est ainsi qu'est issue du congrès une ligne que l'on peut — entre autres -traduire synthétiquement comme suit :

La) Sur le plan des analyses, ce sont les analyses du type « Amendola » ou du type « Sereni » (en ce qui concerne les problèmes des campagnes) qui ont prévalu. Brandissant en particulier le thème de la crise économique de l'émigration ‚a été éliminée toute concession à des analyses pourtant fréquentes dans le parti lui-même et dans les syndicats concernant la maturation du développement du capitalisme italien avec toutes les conséquences politiques qui en découlent.

Mb) A été repoussée toute formule pouvant atténuer la notion de faillite du centregauche repoussant explicitement toute distinction entre le plan de réformes et de rationalisation d'une part et le plan politique au sens plus étroit du terme d'autre part.

Gc) La « nouvelle majorité», étant maintenue dans la vague, reconnue comme possible, dans des conditions déterminées, même dans le cadre du parlement actuel.

été conservée, et même - sous certains aspects - accentuée, même dans la phase actuelle, vers l'ensemble du P.S.I., y compris ses dirigeants droite et a été pratiquement mise de côté la perspective d'une unification « réduite », c'est-à-dire limitée au P.S.I.U.P. et à la gauche du P.S.I. (cette dernière étant pratiquement invitée à rester là où elle se trouve).

Be) A propos du dialogue avec les catholiques, ont été codifiées les conceptions les plus « nouvelles » qui entendent dialoguer directement directement avec le pape l'Eglise, avec laquelle on voudrait en réalité établir des accords et réaliser des compromis de puissance à puissance.

Of) En politique internationale, a été acceptée explicitement la ligne soviétique (aucune critique n'a été adressée à la direction de l'U.R.S.S. au cours des interventions), alors que les attaques au P.C. chinois se sont accentuées.

Eg) A été confirmée la conception restrictive de la démocratie interne qui avait déjà prévalu au moment de la rédaction des thèses, lorsqu'il fut décidé de ne plus reprendre certaines formules plus ouvertes qui se trouvaient dans le document de juin 1965 sur le parti unique.

En ce qui concerne les rapports de force dans l'organisation, la majorité a incontestablement remporté des succès. Elle a porté des coups très durs à la gauche dans des fédérations importantes (en premier lieu à Milan, où elle avait les plus grandes raisons d'être inquiète). Elle a consolidé ses positions dans de nombreuses villes où elle contrôlait déjà nettement la situation et elle a réussi à éliminer - à son avantage, c'est-à-dire en les absorbant — une série de situations équivoques (fédépar des éléments qui ne s'étaient pas clairement prononcés au cours de l'été et de l'automne ou qui avaient été considérés pendant un certain temps comme « ingraiens » même si ce n'était que de façon extrêmement modérée).

Quant aux organismes centraux, le bilan est encore plus favorable (naturellement grâce au contrôle ultra-bureaucratique de la commission électorale, choisie au départ en fonction de critères clairement discriminatoires). Au Comité Central, même si certaines inclusions compensent en partie les exclusions, le pourcentage de la gauche est en régression et cet organisme lui-même aura des fonctions plus limitées. Dans la direction qui va tendre à se substituer au Comité Central, la gauche est représentée comme avant - par Ingrao et Rechlin, mais le nombre global des membres de la direction a été sensiblement augmenté. Au Bureau Politique, Ingrao est complètement isolé, alors qu'au Secrétariat - organe de travail quotidien et donc destiné à peser lourdement en particulier dans la vie interne du parti — la gauche est totalement absente. Il faut en outre noter que les exclusions du C.C. ont frappé généralement des éléments qui s'étaient déjà rangés du côté de l'opposition en juin 1965, qui avaient pris les positions les plus nettes, qui s'étaient engagés le plus à fond dans la lutte de préparation des Congrès ou qui avaient réussi à obtenir un soutien largement majoritaire dans leurs fédérations (un critère semblable a été utilisé pour rejeter des éléments nouveaux dont la candidature avait été posée).

Autre élément significatif, qui ne joue pas en faveur de la gauche même si -sous certains aspects — il ne plait pas aux ultras de la droite non plus (sur le plan des positions internes de l'appareil, la distinction entre droite et centre existe toujours), c'est la consolidation du leadership de Longo, délibérément placé sur un piédestal plus élevé par rapport à tous les autres dirigeants. Certains épisodes du congrès

(comme, par exemple, un passage de l'intervention de Alicata, la remise des médailles, etc...) ont même marqué tentative d'investiture d'un nouveau chef au-dessus de tous les autres dirigeants.

Enfin, la droite et le centre bureaucratique ont achevé au congrès l'opération de contre-réforme sur le plan culturel commencée, déjà, avec l'attaque d'Alicata contre Rossanda et la liquidation - pratiquement - de cette dernière. Ces dernières années, on avait assisté au succès toujours plus net d'orientations culturelles nouvelles, accompagnés de critiques aux orientations qui prévalaient dans le passé, en particulier à l'époque de Jdanov. On tente maintenant d'imposer un renversement de cette tendance grâce à une contre-attaque dirigée par des personnages qui s'étaient trouvés au premier plan de l'ancien cours.

3. — Comme nous l'avons déjà noté, la gauche a pu mettre à son actif - et c'est un actif important - le fait qu'elle est apparue comme un courant caractérisé, qui tend maintenant à être plus homogène et qui dispose d'un leader national. Ingrao, dont les hésitations et les erreurs dans un passé encore assez récent n'ont pas besoin d'etre rappelees, a choisi une plate-forme - discutable certainement sous certains aspects - au début de la phase de préparation et pratiquement déia dans la commission des thèses, sinon déjà au Comité Central de juillet, il a apporté chemin faisant quelques retouches tactiques, opérant avec prudence, mais en fait il a conduit sa bataille jusqu'au bout, sans céder aux pressions de toutes sortes dont il était l'objet. Son intervention au Congrès, malgré ses limites évidentes, est toutefois apparue comme l'intervention d'un dirigeant de l'opposition et - en tant que telle — elle a été le centre du lui-même. L'offensive que la droite a immédiatement lancée, a contribué à mettre encore plus en valeur son intervention, rendant plus clair, même pour des observateurs extérieurs, quel en était le contenu véritable, au-delà du langage voilé, rituel en cette phase de la vie du P.C. du P.C. italien. D'un autre côté, dans situation qu'Ingrao avait déterminée, même la tendance des « vieux » (ceux, au moins, qui n'avaient pas reculé en octobre 1965) se voyait obligée d'intervenir contre les ultras par la prise de position de Secchia, même si elle ne se caractérisait pas politiquement et même si, dans le fond, elle n'était pas mécontente de la consolidation de la position de Longo, dans lequel elle entrevoit probablement une certaine garantie.

Un premier point faible pour la gauche a été, au contraire, l'isolement dans lequel Ingrao s'est trouvé sur le plan des interventions. En effet, pour toute une série de raisons qui vient du contrôle bureaucratique qui a entraîné de nombreuses exclusions significatives (par exemple, aucun de ceux qui s'étaient placés aux côtés de l'opposition en juin 1965 n'a pris la parole en séance plénière), à la modération et aux hésitations de certains délégués, après Ingrao la gauche n'a pu mettre à son actif aucune autre intervention capable d'influer sérieusement sur le développement des débats. Barca naufrageait misérablement ; Trentin restait réticent et en marge par rapport aux thèmes les plus brûlants; Rossanda et Lupovini s'en tenaient aux problèmes culturels ; il ne restait en somme que l'intervention de Garavini qui manquait de mordant et l'intervention de Reichlin qui lui valait un succès oratoire, était efficace sur quelques points, mais se trouvait en repli par rapport à Ingrao. En ce qui concerne les dirigeants de province, parmi les très rares qui étaient passés entre les mailles du filet, la seule intervention notable fut celle du secrétaire de la fédération de Venise, assez organiquement de gauche.

Quant aux thèmes utilisés, Ingrao, correct dans l'analyse de la crise du gouvernement, a été assez résolu dans sa façon de proposer une perspective d'opposition pour l'ensemble du mouvement ouvrier - en opposition donc avec les perspectives possibilistes de Longo - et dans son opposition à l'empirisme d'Amendola. Ce qui reste d'assez discutable - de son point de vue même - c'est le choix des deux thèmes centraux de sa caractérisation choisis toutefois à l'avance, le mode de développement économique et le caractère public de la discussion dans le parti. Ce choix a indiscutablement sollicité la riposte de la droite et de Longo. En effet, le thème du modèle économique prête incontestablement à des équivoques graves et le caractère public des débats n'est, tout compte fait, qu'un élément marginal - discutable en soi et pour soi - par rapport aux thèmes réels qui devraient être mis en avant grâce à la dénonciation des limites bureaucratiques de la structuration du P.C. italien. Le renoncement même à une quelconque caractérisation sur les thèmes de la politique étrangère ne peut pas ne pas être considéré comme une sérieuse manifestation de faiblesse. Plus particulièrement, si une défense, même voilée et indirecte, de quelques positions chinoises était rendue extrêmement difficile par certaines attitudes récentes du P.C chinois, la critique des Chinois prenait un caractère bien autre et apparaissait comme beauco ex prome entiens le attir is momente aucune ser direme to dingues,

En ce qui concerne la lutte pour la désignation des membres du C.C. et de la

C.L.C., les manœuvres bureaucratiques ont placé plusieurs dirigeants de la gauche dans des conditions extrêmement difficiles. Ce fut, toutefois, une erreur de renoncer à la lutte, en particulier contre certaines exclusions significatives auxquelles on aurait pu donner une valeur politique générale. En particulier, il a été négatif de ne pas avoir senti ou de ne pas avoir voulu faire obstacle à l'élimination de tout ce groupe de dirigeants de la gauche dont nous avons parlé (manœuvre qui s'est toutefois accompagnée, en particulier de Longo, de quelques avances formelles concernant des « Ingraiens » considérés comme modérés).

4. - Au moment où s'était clairement manifestée une gauche dans le Parti, il était inévitable que la F.G.C.I. (Jeunesse communiste) n'ait plus la même fonction qu'elle avait eue dans le passé. Toutefois, le groupe dirigeant des Jeunesses subissait une véritable débandade, qui aboutissait au Congrès à une capitulation substantielle.

Déjà dans la commission des thèses et au Comité Central d'Octobre, on avait enregistré un net repli de ce groupe qui → entre autres - renonçait à toute protestation pour la violation, de la part du Secrétariat du Parti, des engagements pris lors de la suspension du congrès de la F.G.C.I. Si, par la suite, dans certaines interventions parues dans l'Unita et Rinascita avaient été repris, de la part de certains, quelques thèmes caractéristiques et si certains articles qualifiés paraissaient dans La Città Futura, presque tout le groupe dirigeant évitait de s'engager clairement dans la lutte avant le congrès, créant ainsi une tension dans ses rapports avec la tendance d'Ingrao. Cette situation avait aussi des répercussions sur le plan des directions dans certaines villes importantes. A Milan, Terzi

- après avoir conduit une action de répression contre la gauche de la jeunesse — s'intégrait en fait dans l'action du groupe provincial dirigeant du parti; à Rome, Marconi, son tour impliqué dans d'obscures opérations de l'appareil, en arrivait à la rupture aussi bien avec les « Ingraiens» qu'avec les éléments de gauche de la F.G.C.I., s'associant entre autres à la dénonciation des « extrémistes ». Dans d'autres villes, au contraire, le cadre provincial continuait sa lutte de façon assez cohérente.

Au Congrès, le secrétaire national Occhetto terminait son évolution non seulement intervention parfaitement opportuniste, son action dans la commission électorale, alors que Petruccioli, autre membre Secrétariat, plus cohérent au Comité Central d'Octobre et dans ses interventions d'avant-congrès, se limitait à une intervention incolore.

Cette régression, en dernière analyse, a été déterminée par les carences de la F.G.C.I. qui ont déjà été dénoncées - tout en n'oubliant pas le rôle qu'elle a pu jouer dans une certaine période →, parmi lesquelles un esprit tactique exacerbé, une tendance obsessionnelle à la manœuvre, un esprit étroit de clique vulgaire qui font que — en dernière analyse — la lutte pour une ligne politique est subordonnée aux aspirations à une carrière dans l'appareil bureaucratique.

5. - Le jugement exprimé sur la dialectique qui ressort du Congrès ne doit faire oublier élément fondamental: à filtrages successifs non seulement ont été modifiés les rapports détriment de la gauche, mais les thèmes de la discussion se sont estompés. Le congrès a été dans sa presque totalité. un fonctionnaires (et, pour un gros de fonctionnaires de niveau assez élevé) et donc, par sa nature même. pouvait donner qu'un écho assez réduit des très nombreuses assemblées de étaient apparues des différenciations. En réalité, sur tous les thèmes centraux au niveau de la cellule (là où elles existent encore), de la section ou du congrès provincial, les positions - d'un côté comme été souvent plus nettes et plus directement liées aux nécessités des luttes immédiates (questions de syndicale, de l'attitude envers le P.S.I. et le P.S.I.U.P., questions de politique internationale, démocratie interne, etc...). On a pu avoir une confirmation implicite de ce fait à l'occasion de nombreuses interventions au Congrès National, polémiquant contre des positions «fausses » sur des questions essentielles (en premier lieu, celle de la coexistence), positions qui n'ont été sou-

Congrès national lui-même, alors qu'elles ont à la base - les discussions les plus acharnées.

6. - Le P.C. italien sort du Congrès avec une ligne plus cristallisée à droite et avec une réponse plus nette - dans le sens que nous avons dit - aux problèmes débattus plus spécialement au cours de ces deux dernières années. Ceci ne pourra pas ne pas avoir des conséquences pratiques : sa situation objective et son idéologie subiront un déplacement ultérieur une direction néo-réformiste. Il faut tenir compte, entre autres, que - au-delà de la stratégie générale de la voie démocratique vers le socialisme, des objectifs de la «nouvelle majorité». etc... et des autres thèmes de propagande et d'agitation destinés, dans une large mesure, à rester lettre morte - il y a un secteur du parti inscrit dans la «réalité » (positions de pouvoir de coopératives, etc...) qui fait sentir son poids de façon croissante, et qui œuvre à l'intérieur du système avec toujours moins de retenue. A ce propos, il y a eu au congrès certaines interventions significatives qui mettaient clairement en évidence ces situations et d'où il ressortait certaines fois, non moins clairement, que la « nouvelle majorité » était interprétée, effectivement comme une insertion dans le centre-gauche (insertion qui s'est déjà vérifiée en certains cas, par exemple dans la région sicilienne).

En faveur d'une consolidation des orientations et des positions de droite, pourrait jouer aussi une tendance à serrer les rangs sur le plan de l'organisation et de la discipline, tendance dont on a aperçu différents signes. Il ne faut pas oublier, en particulier, le ton de certaines répliques à Ingrao et le fil conducteur de toute une série d'interventions au congrès qui entendaient démontrer que la ligne existait et que leur origine dans une application défectueuse et dans les doutes des hésitants.

Il faut souligner ici la convergence de deux éléments. Le premier, c'est que l'évolution du P.C. italien après 1956 a conduit à une transformation telle vie interne du parti qu'elle a atteint une limite au-delà de laquelle une direction bureaucratique ne peut aller sans remettre en question tout son système d'hégémonie. C'est pour cela que l'on a pu constater, et que l'on pourra constater encore très probablement à une échéance proche des tendances à revenir en arrière. Le second élément c'est que, par l'influence de tous les facteurs bien connus, entre autres et en premier lieu des conflits dans le mouvement communiste international, le P.C. italien a été ces dernières années, un parti effectivement peu discipliné et peu homogène dans son action et qu'il a mis en évidence des tendances à perpétuer la discussion, à ne donner jamais rien pour acquis, même en vue de l'action. Ceci a déjà provoqué, et ne pourra pas ne pas provoquer, des réactions. en particulier de la part des secteurs qui sont avant tout activistes. La droite a déjà montré qu'elle l'avait compris et qu'elle voulait en tirer profit.

7. - La majorité du congrès a essayé de se présenter comme étant la seule en mesure de proposer des solutions concrètes, capables de donner une réponse même aux problèmes immédiats. C'est justement sur ce terrain que sa politique et son hégémonie auront à subir la vérification de l'expérience. Et, si certaines tendances l'unification social-démocrate), ceci se produira à des échéances assez brèves. En d'autres termes, on aura encore une fois la preuve que toutes les formules du type programme démocratique, nouvelle majorité, etc... ne vont pas au-delà de la propagande, à moins qu'elles ne se remplissent d'un contenu que la droite elle-même, tout au moins pour l'instant, ne veut pas accepter.

justement en rapport avec cette vérification et en conséquence de celle-ci comme aussi - et même avant - sur le plan de la vérification des analyses (il suffit de penser à l'analyse économique) discussion inévitablement s'ouvrira à nouveau. Les tendances de la situation internationale, dont le caractère dramatique ne semble pas devoir s'atténuer, joueront dans le même sens.

La réouverture de la discussion avec la présentation nouvelle de différenciations nettes et de nouveaux problèmes ne déterminera pas toutefois nécessairement des développements favorables à une critique de gauche. En effet, s'il est vrai que certaines analyses et certaines positions de la gauche pourraient s'avérer confirmées et obtenir un plus grand nombre de suffrages, la faillite ou l'inconséquence de la d'entre elle, à se la droite avec l'intention de faciliter davantage une inscription dans la « réalité » concrète et immédiate. En même temps, pourrait se trouver accentuée la tendance, déjà citée, à trouver des boucs émissaires parmi les «hésitants » ou les « discutailleurs » et à proposer un nouveau resserrement des rouages.

Les développements dans un sens ou dans l'autre, dépendent d'une part de la situation objective (évolution de la situation internationale, développement ou non de mouvements de masse sur le plan syndical ou politique, etc...) et d'autre part de la façon dont les forces critiques actuelles sauront se présenter aux futures échéances.

8. - Nous avons déjà fait allusion, au début, aux forces que la gauche a réussi à réunir pour le congrès. Il s'agit d'une influence plus concentrée dans certaines régions, mais assez répandue sur le plan national. La gauche a eu le dessus dans certaines zones ouvrières ; elle a obtenu l'appui de certains cadres dans quelques grandes usines du Nord; dans le Sud, elle exerce un contrôle sur des secteurs d'ouvriers agricoles de paysans pauvres du parti; dans le centre, elle s'est affirmée dans des zones mixtes (métayers, ouvriers). Elle a remporté un succès notable dans les secteurs intellectuels et dans des secteurs d'étudiants universitaires.

Tout en continuant à être sensiblement différenciée - la diversité surtout entre les positions prises au sommet et les attitudes mûries dans les secteurs de base — la gauche est maintenant relativement plus homogène et avec un leadership incontestablement renforcé pour Ingrao après la tenue du congrès. Objectivement, elle peut compter, même dans un avenir proche, sur des conditions favorables sous différents aspects.

Dans la période qui commence, elle devra donner la preuve de sa propre consis tance et de sa capacité intrinsèque et — en dernière analyse — préciser sa nature Il sera nécessaire qu'elle sache allier à la prudence et au doigté tactique indispensable dans la phase qui va suivre immédiatement le congrès, la ténacité, la résolution et la systématicité dans le travail d'élaboration et dans l'action dès que se rouvriront les débats et se poseront de nouveaux problèmes. Elle devra repousser les sollicitations sectaires ou impressionnistes (tendances précipitée, repli sur des cercles fermés ou stérilisation, même sous le prétexte d'une recherche plus approfondie, etc...), mais aussi et avec autant de décision - les attitudes timorées, hésitantes et un excès de tactique. Elle devra, surtout, se rendre compte que s'est ouverte désormais une nouvelle phase et que, dans les nouvelles batailles qui s'annoncent, il ne sera plus possible de se placer sur le terrain de la différenciation par allusions, accentuations subtiles, distinctions par omission, etc..., mais qu'il sera nécessaire d'accomplir un saut qualitatif, affrontant la caractérisation conséquente sur certains thèmes centraux.

C'est là la condition pour dépasser les points faibles apparus au cours des mois passés, pour donner une certaine orientation à la discussion intérieure (en empêchant que l'on glisse dans les faux problèmes ou que l'on évite les questions vraiment cruciales), pour renforcer et élargir les liens avec la base vivante et avec les cadres moyens du parti, pour pouvoir apparaître plus clairement comme une force capable d'exprimer une alternative politique même au dehors, aux secteurs les plus avancés du P.S.I.U.P., aux secteurs ouvriers,

Men particulier aux jeunes qui ne sont pas encore organisés politiquement, justement par méfiance envers les orientations et les méthodes qui prévalent actuellement.

Le choix fondamental sera, au fond, le suivant : la gauche voudra-t-elle risquer de se limiter à prendre position et à œuvrer en ayant, en fait, comme référence les possibilités, les réactions et la logique interne de l'appareil (ce qui pourrait a réduire objectivement à une fonction de simple couverture de gauche) ou saura-t-elle au contraire s'imposer, avec comme points de référence les processus réels dans la société italienne et dans la vie politique du pays — et les rythmes avec lesquels ces processus peuvent se développer — et les attitudes, les tendances et les aspirations des secteurs vitaux de la classe ouvrière, des secteurs radicalisés du parti lui-même et des syndicats?

BOLIVIE

Unification du P.O.R. Depuis quelques années, le mouvement trotskyste en Bolivie était séparé en deux tendances, chacune se connant le nom de « Partido Obrero Revolucionario » (Parti ouvrier révolutionnaire). En 1963, à la suite du Congrès de Réunification de la Quatrième Iniernationale, les premières tentatives furent faites pour unifier les trotskystes boliviens. Cela aboutit à annoncer, en juin dernier, que les ceux parties avaient entamé des discussions formelles. Pendant ce temps, les deur groupes agissaieni déjà, en commun, dans de nombreux endroits du poys. Les conditions dijjiciles, sous une dictature militaire, entravaient le processus normal de discussion; d'un autre point de vue, la sévère répression, erorcée contre lensemble du mouvement des travailleurs, favorisait l'unité de lavant-garde révolutionnaire. Le 17 février, des représentants des deux partis signaient un accord d'unification, dont le texte fut remis à la presse. Ce qui suii est une traduction. Les conversations et négociations d'unification du P.O.R., annoncées en juin 65, se sont terminées avec succès, par l'accord suivant :

1) Ratification du communiqué du 15 juin 1965. 2) Constitution d'une direction unifiée, avec des représentants des groupes trotskystes. Le P.O.R. unifié fonctionnera avec cette direction unique, centralisée, composée d'un Comité Central et d'un Bureau Politique. Les camarades Guillermo Lora et Hugo Gonzalés Moscoso seront chargé du Secrétariat National.

3) Les organes représentant le P.O.R., à l'échelle nationale, seront Masas (Masses) comme journal politique, et Lucha Obrera (Lutte ouvrière) comme revue d'éducatio: et d'orientation théorique.

4) L'unification du P.O.R. correspond aux besoins de la révolution en Bolivie, dans sa tentative pour surmonter l'actuelle crise de direction, et aux aspirations les plus profondes des masses, dans leur lutte pour construire une avant-garde solide, apable de les diriger jusqu'a la prise du pouvoir, par la detaite de Fimperialism de ses valets nationau 5) Le Parti ouvrier révolutionnaire (P.O.R.) agira en accord avec la ligne suivante : a) Combattre par tous les moyens la Junte militaire, qui a inauguré un fasciste, dont le but est de détruire physiquement les organisations syndicales et poli tiques des travailleurs, en supprimant les libertés démocratiques, en abaissant les salaires, en augmentant le chômage... Le P.O.R. luttera au coude à coude peuple bolivien pour défendre les conquêtes sociales et les intérêts de ce peuple.

Mb) Le fascisme actuel n'est rien d'autre que l'accentuation des tendances totali taires de la droite, qui firent partie des régimes « Movimientista » (1) qui, a la lin, capitulèrent devant l'impérialisme.

Gc) L'objectif stratégique de notre lutte n'est rien d'autre que l'établissement d'un gouvernement de Boliviens eux-mêmes ; c'est-à-dire, gouvernement des ouvriers et des paysans, qui présuppose une alliance des travailleurs exploités des villes, des mines, et des champs.

Pd) L'évolution de la politique nationale, et la présence au pouvoir d'une 4) Lévolution de la politique nationale el tenemos contente militaire a imposé et continuera d'imposer des masses, contre la hiérarchie militaire, l'instrument sans mélange de l'impérialisme. marsistes-les cistes, optis les frotskystes en tous les travilleurs du pays a soutener e) Dans cette optique, le P.O.R., en unifié, appelle tous le mouvement unifié trotskyste, et à soutenir énergiquement la croissance et le renforcement du P.O.R.

La Paz, le 17 février 1966 Hugo Gonzalés MOSCOSO Filomon ESCOLAR

Parti Ouvrier Révolutionnaire Sur instructions de Guillermo LORA

Parti Ouvrier Révolutionnaire (1) Movimiento Nacionalista Revolucionario (Mouvement Révolutionnaire Nationaliste), dont Paz Estenssoro fut le principal dirigeant.

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