Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 28

Le Front unique U.R.S.S.-Chine, facteur décisif de la défense du Vietnam

Quatrième Internationale, n° 28 · juin 1966 (2e trimestre) · p. 1-3 · 1 177 mots

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Nous écrivons ces mots à un moment où la situation au Vietnam devient encore plus critique et où l'impérialisme américain déclenche des attaques d'une violence sans précédent.

Si l'on dresse un bilan provisoire quinze mois après le commencement de l'agression ouverte contre la République Démocratique du Vietnam, on ne saurait oublier le fait capital que l'intervention des Etats-Unis a empêché la révolution vietnamienne de remporter une victoire qui était alors imminente avec toutes les conséquences qu'elle aurait comportées sur les rapports de force à l'échelle asiatique. Toutefois, la direction américaine n'a pas pu atteindre les buts majeurs qu'elle escomptait sans doute obtenir par un engagement de plus en plus massif.

L'attaque barbare contre le Nord-Vietnam n'a pas réussi, en effet, à donner un coup mortel au FNL, confirmant ainsi qu'il n'est pas possible d'anéantir une révolution lorsqu'elle est profondément ancrée dans les couches les plus larges du peuple. Elle n'a pas non plus réussi, de l'aveu des militaires américains eux-mêmes, à bloquer l'aide fraternelle que la République Démocratique du Vietnam, avec des sacrifices très grands et des risques non moins grands, ne cesse d'assurer aux combattants du Sud. Les événements de la première moitié d'avril dans le territoire méridional, avec le conflit entre Ky et un mouvement populaire influencé notamment par les bouddhistes, ont finalement balayé tous les bavardages sur une soi-disant consolidation du régime des fantoches de Saïgon et sur les soi-disant « succès » de l'action dite « sociale » des massacreurs des paysans vietnamiens.

Pour faire face à cette situation, les dirigeants impérialistes ont amorcé toute une série de manœuvres politiques et diplomatiques. Mais le souvenir de l«offensive de paix», dont le véritable caractère fut tres rapidement mis a nu, est trop récent pour que même les plus naïfs puissent se tromper sur les buts de certaines déclarations ou de certaines ouvertures simulées. En réalité, la véritable riposte a été donnée essentiellement, encore une fois, en termes militaires. L'utilisation des avions B 52 contre le Nord, les raids près de Hanoi et de Haiphong, des attaques comparables par leur portée à l'attaque contre Nagasaki il y a vingt et un ans, le lancement pendant le mois de mars de l'équivalent en tonnes d'explosifs de tout ce qui a été lancé pendant les trente-sept mois de la guerre de Corée, voilà les moyens avec lesquels le Pentagone et la Maison-Blanche, au delà des mystifications de la diplomatie et de la propagande, se sont efforcés de se tirer d'affaire.

Si l'on considère tout cela et si l'on apprécie à leur juste portée les discussions en cours dans les cercles militaires sur les mesures à envisager dans l'immédiat ou dans un proche futur, la conclusion s'impose que le danger d'une aggravation de l'escalade impérialiste est plus grand que jamais. Loin d'être brisée, la logique infernale qui pourrait amener une agression contre la Chine et, en fin de compte, une guerre nucléaire généralisée ne cesse d'opérer.

Il faut le répéter encore une fois. Si cette situation existe, si malgré toutes ses difficultés et ses échecs, l'impérialisme peut continuer à frapper la République Démocratique du Vietnam et à massacrer les militants du FNL, cela dépend dans une large mesure de l'inefficacité de la riposte du front des Etats ouvriers et notamment des Etats ouvriers les plus puissants. Une seule donnée significative : dans un document diffusé avant le 23° Congrès du P.C.U.S. et reproduit largement dans la presse internationale (sans aucun démenti), les dirigeants soviétiques se sont vantés d'avoir assuré au Vietnam pour l'année 1965 une aide totale d'un milliard de dollars. Or, il y a quelques semaines, le gouvernement américain obtenait du Congrès, pour la guerre au Vietnam, une

En réalité, le fait même que depuis quatorze mois un Etat ouvrier soit exposé, seul, aux coups de l'impérialisme et qu'il s'avère impossible même d'organiser un front unique des Etats ouvriers pour la défense du Vietnam est une confirmation supplémentaire de l'incapacité des directions bureaucratiques à résoudre les problèmes les plus cruciaux qui se posent au mouvement ouvrier international à notre époque. Nous n'avons pas besoin de rappeler ici l'analyse faite par notre dernier Congrès Mondial sur les responsabilités respectives de Moscou et de Pékin dans ce domaine.

Il reste clair que le cours adopté par l'impérialisme américain et qui implique, nous l'avons dit, le danger que l'engrenage édifié n'aboutisse à la guerre généralisée, ne pourra être bloqué et renversé qu'à condition que les Etats ouvriers et, en premier lieu l'Union soviétique et la Chine, s'engagent à fond dans la lutte, en faisant entendre à l'impérialisme que, s'il veut persister dans son aventure, il aura à taire face au front anti-impérialiste dans son ensemble.

Nous ne minimisons pas l'effet d'une mobilisation des masses dans les différents pays du monde, et surtout pas l'activité de l'opposition à l'intérieur des Etats-Unis. S'il y a actuellement une certains crise et un certain désarroi, y compris dans des milieux dirigeants américains, les manifestations qui se sont déroulées aux Etats-Unis au cours des derniers mois y ont contribué dans une mesure importante, et il n'y a pas de doute qu'au fur et à mesure que Johnson et le Pentagone s'engagent plus à fond au Vietnam, le sentiment de malaise, l'opposition et la révolte s'accroîtront parallèlement. Toutefois, étant donné les rapports de force actuels, le facteur décisif, en dernière analyse, sera l'attitude des Etats ouvriers et notamment de l'Union soviétique.

Dans son discours du 13 mars, Fidel Castro a confirmé que, sur cette question capitale, la position de la direction cubaine reste la plus proche de celle des marxistes révolutionnaires, de la Quatrième Internale. Il a plus précisément souligné que les impérialistes ont peur d'une guerre de type classique avec la Chine et d'une guerre nucléaire avec l'Union soviétique et que cela doit être exploité dans la détermination d'une stratégie d'ensemble du mouvement ouvrier international. En repoussant avec indignation et mépris la théorie selon laquelle il faut être patient car si cette génération ne verra pas le socialisme, la prochaine pourra le voir, il a finalement déclaré que la bataille au Vietnam ne devrait pas être menée jusqu'au dernier Vietnamien, mais jusqu'au dernier citoyen du camp socialiste.

Tout le monde sait que les dirigeants cubains ne parlent pas aratuitement car leur pays est de loin le plus exposé aux coups de l'impérialisme. Mais le fait est que le combat livré est plus que jamais un combat à l'échelle mondiale et que la perspective des Etats ouvriers et du mouvement ouvrier international ne peut pas consister à faire preuve de modération avec l'illusion que l'ennemi limitera ses coups et n'élargira pas le conflit, elle doit être celle d'une mobilisation maxima de leurs forces pour riposter chaque fois dans le secteur où se produit une confrontation capitale.

La confrontation capitale se situe aujourd'hui au Vietnam et c'est au Vietnam qu'il faut absolument éviter que l'impérialisme emporte un succès, fût-il très relatif, en empêchant le peuple vietnamien d'obtenir cette victoire définitive qu'il aurait déjà eue sans la criminelle intervention de Johnson et du Pentagone.

27 avril 1966.

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