Session du Comité Exécutif International de la IV• Internationale Le Comité Exécutif International de la IVe Internationale a tenu sa deuxième session plénière depuis le congrès mondial de réunification dans les premiers jours de janvier 1965.
Le plenum du C.E.I. a décidé la convocation d'un congrès mondial de la IVe Internationale qui se tiendra au cours de l'année 1965. Il a ouvert la discussion préparatoire à ce congrès. Celle-ci aura lieu sur les thèmes suivants pour lesquels des documents seront préparés :
1) la crise de la bureaucratie soviétique et du mouvement communiste international, y compris le conflit sino-soviétique ;
2) la situation en Europe occidentale et les tâches des marxistes révolutionnaires ; 3) la révolution africaine et la nature de classe de certains Etats africains ; 4) la situation en Amérique latine. Outre ces questions, la discussion englobera aussi les principaux sujets traités aux ler et 2° Plenums du C.E.I. après le congrès de réunification, à savoir le bilan de la réunification de notre mouvement et la crise du LSSP.
Le Plenum a approuvé les mesures prises par le Secrétariat Unifié après le vote majoritaire à la conférence du LSSP du 6 juin 1964 en faveur de la participation à une coalition bourgeoise à Ceylan. Par ces mesures, le LSSP (section révolutionnaire) constitue à présent la section ceylanaise de la IVe Internationale. Une résolution du LSSP (section révolutionnaire) en vue d'exclure Colvin R. de Silva et Leslie Gunawardene pour avoir suivi les exclus à Ceylan fut soumise au C.E.I. et celui-ci déclara qu'en'raison des décisions prises par le LSSP (section révolutionnaire), et qui ne furent pas contestées par Colvin R. de Silva et Leslie Gunawardene, ceux-ci ne sont plus membres de la IV° Internationale et par conséquent ne sont plus membres du C.E.I.
Le Plenum a entendu un rapport du camarade Livio Maitan sur le voyage qu'il a effectué en Amérique latine et a approuvé les mesures prises en vue d'appliquer les décisions du Congrès de Réunification dans une série de pays. Il a également décidé de faire un appel à toute l'Internationale et aux cercles sympathisants pour aider les trotskystes boliviens qui ont été à l'avant-garde au cours des luttes ayant provoqué la chute du régime Paz Estenssoro.
Le Plenum a enregistré les évolutions qui s'opèrent depuis plusieurs mois dans les rangs des combattants de la révolution angolaise et a chargé le Secrétariat Unifié de suivre attentivement cette situation et, le cas échéant, d'ajuster la position du mouvement trotskyste conformément aux nouveaux développements.
Le rapport du Secrétariat Unifié sur son activité depuis le Plenum précédent a été approuvé par le C.E.I.
Le Plenum du C.E.I. a rendu hommage à la mémoire du camarade Jules Hénin, ouvrier mineur, décédé en juin 1964. Né en 1882, il rejoignit très jeune le parti ouvrier belge, fut en 1919 un des fondateurs du PC belge, et en 1927 du mouvement trotskyste belge. Il fut membre de la commission de contrôle de la IV° Internationale pendant une quinzaine d'années.
UNION SOVIETIQUE
D'un correspondant de Moscou
On parle beaucoup à Moscou de deux événements qui auraient eu lieu les derniers mois avant la chute de Khrouchtchev.
Il s'agit en premier lieu d'une grève des ouvriers de l'usine ZIL de Moscou (une des plus grandes usines de Moscou et de toute l'Union Soviétique pour la production automobile). La grève qui aurait duré plusieurs jours, a été déterminée par une augmentation des prix à la cantine ouvrière de l'usine.
Un élément intéressant de cette grève, qui la différencie d'autres qui avaient eu lieu les dernières années en U.R.S.S., a été la présence de piquets ouvriers qui surveillaient les portes de l'usine. Il s'agit là d'un premier élément d'organisation que se donne la classe ouvrière soviétique.
En deuxième lieu, à Moscou est arrivée la nouvelle de grandes grèves qui auraient eu lieu partout dans le bassin houiller du Donbass. Ces grèves ont été déterminées par l'augmentation des normes de travail et la baisse conséquente des salaires. La répression, à ce qu'on dit à Mos-
Encore une fois sur la
Loin de s'atténuer, les polémiques autour du mouvement de libération angolais ont connu pendant les dernières semaines de nouveaux rebondissements. Après l'attaque de la Pravda contre Holden Roberto, reprise dans différents pays surtout par les P.C. d'obédience pro-Moscou, de graves déclarations dans le même sens ont été attribuées à des dirigeants du mouvement congolais. D'autre part, sur l'initiative des Jeunesses du FLN, un meeting a été organisé le 3 février à Alger pour fêter l'anniversaire du 4 février 1961, que le MPLA considère comme la date initiale de la lutte anti-impérialiste en Angola.
Avant tout, voyons ce qu'ont déclaré les Congolais. Dans un communiqué daté du 13 janvier, le C.N.L. (Conseil National de Libération), après avoir exprimé sa solidarité aux peuples africains qui luttent contre l'impérialisme et le racisme, accuse Holden Roberto « de mettre ses soldats au service des affreux de Léopoldville pour combattre les forces patriotiques, notamment dans la province du Kwilu.» Allant plus loin que la Pravda, le C.N.L. affirme aussi que Holden Roberto aurait participé à des réunions avec le «groupe de Binza», composé d'Adoula, Bomboko, Kandolo, Nendaka, N'Dele et Mobutu et dont le but aurait été de préparer l'arrestation et l'assassinat de Patrice Lumumba. « Ce Holden Roberto, qui jouissait de la confiance de feu P. Lumumba serait l'élément moteur qui fournissait des renseignements sur ce dernier à ce groupe et à l'ambassade américaine.»
Après avoir répété l'accusation de connivence avec les Américains, le communiqué continue comme suit :
« Des informations qui nous parviennent et dont nous garantissons l'authenticité, nous révèlent que Holden Roberto a offert à Tshombé son soutien le plus large en échange de quoi Moïse Tshombé cou ‚aurait été très dure et sanglante. Il paraît que ‚sur ordres venus de la capitale, des détachements de l'armée auraient été employés contre les grévistes et qu'il y aurait eu de nombreuses victimes parmi ces derniers (on dit jusqu'à deux cents).
Ces nouvelles éclaircissent d'une façon nouvelle les raisons profondes de la chute de Khroutchtchev comme résultat non seulement d'une querelle interbureaucratique, mais plutôt de l'impasse de la bureaucratie vis-à-vis du mécontentement des masses et ‚d'un autre côté, font ressor ir toute la fragilité de la position de l'actuelle direction bureaucratique. accorderait au GRAE son appui. Le GRAE irait même à mettre à la disposition du gouvernement Tshombé des unités de l'ALNA pour encadrer des unités de l'armée dite nationale congolaise (ANC). D'autre part, Tshombé aurait promis à Holden de faire de son mieux pour que les Portugais « ses amis de toujours » engagent avec lui des négociations secrètes afin de « barrer la route aux Angolais établis à Brazzaville et dont les sympathies vont aux N'Krumah, Modibo Keita, aux Arabes d'Afrique du Nord et aux pays communistes». Le communiqué se termine par un appel à l'Organisation de l'Unité Africaine.
D'autre part, d'après une dépêche de l'agence Tass du 29 novembre, Gaston Soumialot aurait affirmé à Zanzibar que « Roberto Holden était un ennemi du peuple congolais. Il accorde une aide à Tshombé et appelle ses partisans à se battre pour le régime de Tshombé. Dernièrement des partisans de Holden, venus d'Angola, qui se battaient dans les rangs de Tshombé, ont été tués ou faits prisonniers au cours des combats dans la région des villes congolaises de Mahagui, Aru et dans d'autres lieux.»
Des porte-paroles du GRAE - par exemple, de la délégation officielle à officielle Alger ou en mission en Europe - ont repoussé avec indignation toutes ces accusations. Ils ont, entre autre, souligné que le communiqué du CNL était l'œuvre de quelques membres du CNL résidant à Brazzaville et que Christophe Gbenyé, chef du gouvernement congolais révolutionnaire, avait déclaré, pendant une visite à Alger, ne rien savoir du communiqué en question. Dans une conférence de presse tenue à Bruxelles, le 4 février, le directeur du service d'information du GRAE, Rezende Aivaro, après avoir rappelé qu'un ministre de Tshombé avait accusé Holden Roberto d'avoir fourni des armes aux mulélistes, a « démenti for-
ANGOLA
ANGOLA situation du mouvement angolais
QUATRIEM E mellement les assertions mensongères» de la Pravda et «d'une aile du CNL». « Aucun combattant angolais — a-t-il dit notamment - ne combat aux côtés des forces congolaises et des mercenaires contre les révolutionnaires congolais. Et nous sommes prêts à accepter la constitution d'une commission d'enquête africaine qui sera chargée de rétablir la vérité sur cette grave accusation.»
Rezende Alvaro, qui a aussi repoussé les allégations d'après lesquelles la lutte serait éteinte en Angola, a rappelé les accusations de la Pravda, en déclarant ce qui suit :
«Il est triste que la Pravda, journal d'un grand parti comme le PCUS, ait choisi le moment où toute l'Afrique, tout le Tiers-Monde s'opposent à l'apartheid sud-africain et au néocolonialisme, et condamnant la politique aventuriste américaine au Sud-Vietnam (1) et en Afrique centrale, pour formuler contre notre gouvernement des accusations qu'il s'est gardé de prouver, mais qui portent gravement préjudice à notre honneur et à notre lutte de libération. Nous considérons l'attitude de l'organe du PCUS comme une tentative de se réhabiliter des révisionnistes de Moscou, qui ont enregistré une baisse de crédit dans le Tiers-Monde après la collusion avec l'impérialisme et les responsabilités qu'ils portent dans les revers subis par le nationalisme dans certaines régions d'Afrique, notamment au Congo. Moscou tente de refaire son crédit auprès de nos peuples pour effacer la mauvaise impression qu'il a produite dans le Tiers-Monde, du fait de sa collusion avec l'impérialisme, collusion suffisamment mise à jour par la capitulation russe en novembre 1962 à Cuba devant le chantage yankee, plus d'une fois dénoncé par la puissante R.P. de Chine qui, pour le peuple du Tiers-Monde, représente actuellement l'avant-garde du mouvement anti-impérialiste dans le camp socialiste. » (2)
En ce qui concerne plus spécialement les accusations de Soumialot, on fait re-
(1) Le représentant du GRAE à Alger a signé le 11 février un communiqué commun des mouvements de libération africains, qui condamnaient l'agression améritien inconditionnel au peuple vietnamien, caine au Viet-Nam et exprimaient leur souen se félicitant » de la rapide et précise riposte des forces armées du Nord Vietnam, »
(2) En critiquant Sous le drapeau du socialisme, organe publié par une petite minorité de la IVe Internationale en rupture ouverte de discipline, M. Rezende Alvaro utilise contre Michel Raptis des « arguments » absolument inadmissibles que nous condamnons de la façon la plus ferme. Il s'adonne en outre à des amalgames de personnes complètement erronés et arbitraires.
marquer dans les milieux du GRAE qu'on ne saurait exclure la possibilité que des Angolais aient combattu effectivement contre les partisans congolais. Mais le GRAE n'a rien à voir dans cette affaire. Il est en effet probable, déclare-t-on, qu'Il s'agit de mercenaires angolais qui avaient milité dans l'armée du Katanga et qui étaient passés plus tard en Angola avec l'accord des Portugais, pour rentrer au Congo lors de l'arrivée de Tshombé au pouvoir.
Un jour avant la conférence de presse de Rezende Alvaro, la délégation d'Alger du GRAE publiait un communiqué ayant pour titres : «Tshombé menace la révolution angolaise » et « Le GRAE en résidence surveillée ». Ce communiqué intormait que Holden Roberto, qui devait aller en Zanbie, « s'est vu formellement interdire, par les agents de la « sûreté » congolais, de quitter le territoire du Congo, et ce sur ordre de Munongo, « ministre » de l'Intérieur de Tshombé ». « Les usines où ce genre de mesure sont tramées — continuait le communiqué — sont connues de tout le monde, et le GRE, qui réaffirme sa solidarité fraternelle avec le peuple du Congo, ne peut s'empêcher de constater qu'il se trouve des Congolais, prêts à trahir la cause d'un peuple frère (bafoué et massacré), uniquement pour être fidèles aux ordres des ennemis de l'Afrique. Le GRAE a saisi le Secrétaire général de l'Organisation de l'Unité Africaine de cet état des faits, afin d'en informer tous les Etats membres de cet organisme.»
Répondant encore une fois à la Pravda, le texte dit enfin :
«Le GRAE répète, une nouvelle fois, que la seule raison de sa présence au Congo-Léopoldville, c'est celle des avantages logistiques que lui offre la frontière du Congo-Léopoldville avec l'Angola, et aussi celle de la présence au Congo-L. de près d'un million d'Angolais (émigrés et réfugiés) dont la plupart sont des infirmes, des vieillards, des malades, des orphelins et des veuves. Le GRAE n'a du reste jamais écarté l'éventualité de transférer son siège dans d'autres pays voisins d'Afrique...»
Quant à l'attitude des Algériens, elle est évidemment inspirée par la décision connue du Comité des Trois. Dans la presse officielle on souhaite d'une façon très générale l'unification des forces angolaises (cf. par exemple Alger Républicain du 4 février 1965) et on déclare d'autre part qu'on participera aussi aux fêtes qui auront lieu le 15 mars, anniversaire du commencement de la lutte fêté par le GRAE. Cet anniversaire, donc, fournira l'occasion de vérifier si les Algé riens veulent en rester à la position officielle actuelle ou prendre position plus ouvertement en faveur du MPLA.
La situation angolaise ne cesse donc d'être très complexe : outre les facteurs spécifiques du pays, y jouent d'ailleurs de plus en plus des facteurs africains et internationaux. Pour notre part, nous voudrions souligner encore une fois quelques éléments qui, au-delà de certains événements et de certaines polémiques récentes, paraissent subsister.
1) Le MPLA jouit d'appuis considérables à l'étranger et il est notamment soutenu par le gouvernement soviétique et par les partis communistes pro-Moscou, mais à l'intérieur de l'Angola il ne s'est pas implanté jusqu'ici. Son activité se limite à l'enclave de Cabinda, où le FLNA affirme d'ailleurs avoir eu des forces déjà à une époque précédente.
2) L'affaire Savimbi a provoqué des remous dans les milieux politiques, surtout à l'étranger, mais l'ancien ministre du GRAE - qui, d'ailleurs, n'est pas entré dans le MPLA — n'a pas entraîné de forces réelles avec lui.
3) Le FLNA continue à être la force principale qui lutte en Angola et à exercer son influence auprès de la masse imposante d'Angolais qui sont réfugiés au Congo (3).
Quant aux arguments qui circulent sur tel ou tel autre dirigeant angolais qui serait «agent de l'impérialisme américain » ou « ami de Tshombé», nous répétons encore une fois que, même indépendamment du fait qu'aucune preuve sérieuse n'ait été produite jusqu'ici, cela ne saurait avoir une valeur décisive. Le véritable problème est de savoir s'il y a ou non un mouvement qui lutte, s'il exerce ou non à une étape donnée une
(3) Cela est confirmé indirectement par le MPLA qui, même devant la Commission des Trois, s'est déclaré encore une fois favorable « à un dialogue avec le FLNA en vue de réaliser un front unique ». Si vraiment il croyait que le GRAE et le FLNA ne sont qu'un instrument d'agents impérialistes, qu'ils ne sont que les homologues du MNA pendant la guerre d'Algérie, comment pourrait-ll souhaiter un front unique avec eux ?
Formation d'un Parti
Dans les semaines qui ont suivi la décision du Congrès du Parti Socialiste Belge du 12 et 13 décembre en vertu de laquelle l'appartenance au parti était incompatible avec la participation à la direction du Mouvement Populaire Wallon ou à la rédaction des hebdomadaires LA GAUCHE et LINKS, la crise dans le influence prépondérante parmi les masses. Si ces conditions sont remplies, le devoir des révolutionnaires est d'assurer leur solidarité agissante avec ceux qui luttent, indépendamment de l'attitude ou de l'orientation éventuelles d'un dirigeant ou même d'une direction toute entière. C'est dans la dynamique de la lutte que les clarifications seront rendues possibles et nécessaires, que des clivages politiques et sociaux s'opéreront et qu'une orientation révolutionnaire achevée pourra éventuellement prévaloir.
Il va de soi que les marxistes révolutionnaires soutiendront toutes les forces effectivement en lutte contre les impérialistes, indépendamment des directions dont elles se réclameront. Tout en ne prétendant pas jouer le rôle de bénisseurs au-dessus de la mêlée, ils ne croient toutefois pas que leur rôle soit de s'immiscer dans toutes les polémiques fractionnelles qui se développent.
Quant au FLNA et au GRAE, nous sommes plus que jamais convaincus qu'ils doivent sortir au plus vite d'une situation dramatique. Au Congo sous Tshombé il n'y a pas d'avenir pour eux: ils risquent soit d'être prisonniers ou otages soit d'être écrasés (Tshombé a déjà permis aux Portugais de faire des raids en territoire congolais contre les forces du GRAE). Le problème ne pourra être résolu par des atermoiements prolongés ni par des ruses diplomatiques : la possibilité d'exploiter des conflits inter-impérialistes n'existe pas et ce ne sont que certains Etats africains et certains Etats ouvriers qui pourront éventuellement assurer une aide et une collaboration réelles.
Malgré toutes les difficultés que cela implique, il faut que des décisions soient prises : la lutte doit être portée sur une échelle plus large à l'intérieur du pays et le GRAE doit se transférer dans un autre Etat africain. Cela nous paraît une condition d'un nouveau départ, de l'ouverture d'une nouvelle phase de lutte du mouvement angolais.
Livio MAITAN. socialiste de gauche P.S.B. a connu un certain nombre de développements.
Environ 600 militants de la gauche socialiste, réunis à Liège le 27 décembre, décidèrent de jeter les bases d'un nouveau parti, provisoirement intitulé Parti Socialiste des Travailleurs.
La décision prise à Liège reçut un écho
BELGIQUE
BELGIQUE
QUATRIEME très favorable dans les usines et entreprises à travers tout le pays et l'importance de cette initiative trouva son reflet dans la place que la grande presse accorda à l'événement.
Stupéfiée et même effrayée par cette perspective, la direction droitière du Parti Socialiste changea brusquement de tactique. Elle recula dans la mise en application des décisions du Congrès des 12 et 13 décembre et accorda quelques concessions mineures à l'aile gauche.
Glinne et Hurez, deux députés appartenant à l'aile gauche, ainsi que quelques personnes liées à l'hebdomadaire flamand LINKS cédèrent sous des pressions et des avances combinées et signèrent une déclaration que la direction leur avait soumise. Cette déclaration, tout en reconnaissant formellement le droit de tendance dans le Parti socialiste, restreignait sévèrement ce droit au point de rendre insignifiante cette concession.
Les autres dirigeants de l'aile gauche, Yerna, secrétaire des syndicats de Liège et Mandel, rédacteur en chef de l'hebdomadaire La Gauche, se montrèrent fermes. Yerna démissionna démonstrativement du Parti Socialiste, tandis que Mandel repoussait la demande qui lui fut faite de se joindre à la déclaration. Massart, un autre député de l'aile gauche, s'associa à cette position de fermeté.
Pendant un laps de temps, la différenciation publique qui s'est produite parmi les dirigeants de l'aile gauche provoqua une certaine confusion. Mais la situation s'éclaircit rapidement lorsque les orga_ nismes responsables de LA GAUCHE et de LINKS réaffirmèrent publiquement leur position. La décision de LA GAUCHE fut prise unanimement, celle de LINKS à une majorité des deux tiers.
La fin du
Deux faits essentiels sont à retenir des derniers événements de Madrid, où viennent de se succéder depuis trois mois plusieurs manifestations d'ouvriers et d'étudiants d'une ampleur encore jamais vue dans la capitale espagnole.
Le premier n'est peut-être pas très apparent pour tout le monde. Il s'agit des luttes au sein même de la bourgeoisie espagnole entre les tenants d'une évolution « néo-capitaliste » du régime, avec une ouverture de plus en plus grande vers l'Europe, s'accompagnant de toute une série de mesures politiques et économiques tendant à « moderniser » l'industrie et
Sans accorder trop d'attention à des hésitations inévitables devant une décision fondamentale de la plus grande importance pour l'avenir politique de la classe ouvrière belge, les principaux dirigeants de la gauche se consacrèrent rapidement à la création du nouveau parti. Le 18 janvier au cours d'une réunion devant une assistance plus considérable encore que la précédente, la section de Liège adopta un projet de programme et de statut.
Dans la région de Charleroi une assemblée enthousiaste d'environ 400 ouvriers se prononça pour la mise en application de la résolution adoptée à Liège le 27 décembre. A Bruxelles, deux cents militants, rassemblés sur convocation, établirent un plan pour une campagne d'adhésions en vue d'une conférence prévue pour le 7 février, où fut fondée la section bruxelloise du nouveau parti, l'Union de la gauche socialiste.
Ce nouveau parti aura une structure fédéraliste. Aussi le 21 février, à Charleroi, s'est tenu le congrès de fondation du « Parti wallon des travailleurs ». Plus de 300 délégués y participèrent. De nombreuses fédérations provinciales ont été formées.
La presse, la radio, la télévision belges accordent beaucoup d'importance à ce nouveau parti. Cette organisation à une base ouvrière composée de nombreux inilitants syndicaux et d'entreprises élus à des postes responsables par leurs compagnons de travail. Quel sera l'effet produit par ce nouveau parti sur les grandes masses ouvrières ? On en aura une certaine estimation dans queiques mois, car ce parti affrontera les élections parlementaires générales qui auront lieu le 23 mai. franquisme les superstructures politiques du régime et les « conservateurs » qui pour des motifs économiques et politiques essayent de freiner cette évolution considérant qu'elle signifie à terme leur ruine économique et leur éloignement du pouvoir. Toute la question de la succession au Général Franco et au régime franquiste se pose ici. Pendant longtemps nombre de forces de l'opposition antifranquiste pensaient que le régime tomberait un jour, comme un fruit pourri et attendaient que le miracle arrive, pour prendre la place des généraux et ministres franquistes en fuite, on ne sait trop pourquoi...
ESPAGNE
ESPAGNE
Or, les propres contradictions de la société espagnole dans le monde d'aujourd'hui, ont mis en conflit le développement du capitalisme et les forces autarciques et fascistes de gouvernement. Il fallait opérer certains changements et, en premier lieu, donner le feu vert aux projets des monopoles espagnols de plus en plus liés aux trusts internationaux. Ces changements, on s'en doute, devaient se faire peu à peu, sans heurts, de façon à éviter que la classe ouvrière qui depuis les grèves de 1962 fait de plus en plus sentir sa présence, ne profite des divisions au sein de la bourgeoisie, pour déferler par les brèches entr'ouvertes et renverser tout l'édifice...
Nous assistons depuis quelque années à une opération de grand style (dont les contours se précisent de plus en plus ces derniers mois) pour que l'accouchement d'un « nouveau » régime se fasse sans douleur. L'axe de cette opération est l'Eglise espagnole et son instrument politique, les forces de la démocratie chrétienne. L'offensive de « renouvellement » du régime franquiste, de son évolution, non pas vers une démocratie parlementaire, mais vers une sorte de « gaullisme » encore plus autoritaire et antidémocratique, se développe sur plusieurs fronts. Au sein même du gouvernement, des hommes comme Castiello ,le ministre des affaires étrangères Fraga Iribarne, de l'Information, Lopez Rodó, Commissaire Général au Plan, « disciple » paraît-il de Massé, etc., sont des partisans de cette « évolution », qui, selon le mot de Gil Robles, « doit éviter la Révolution ».
Mais la Démocratie chrétienne, multiplie ses initiatives. Au mois de janvier s'est tenu un « Congrès clandestin » (tout le monde connaît l'auberge dans la Sierra près de Madrid où il s'est tenu) de formation du Parti appelé « Union Démocratechrétienne ». Ce parti nouveau-né a, faisant usage d'une grande démagogie verbale condamné les « collaborateurs » au régime (les démocrates chrétiens au gouvernement) et laissé pour le moment de côté la droite D.C. : les Gil Robles, Artajo et Cie. Depuis des longs mois, les J.O.C. et les H.O.A.C. développent une grande activité au sein de la classe ouvrière, dans le but de poser les bases concrètes du futur syndicat chrétien, qu'ils espèrent voir succéder aux « syndicats » verticaux phalanguistes, qui seront actuellement totalement débordés par le mouvement de mécontentement des travailleurs de toutes les régions et catégories. Les forces de la D.C. ont également créé un « syndicat clandestin » d'inspiration chrétienne « La Fédération des Syndicats Travailleurs ».
Tout dernièrement on a pu assister à
Madrid à une manifestation de curés (!) lors du procès du R.P. Dalmau et de trois intellectuels catholiques catalans... L'activité des jeunes étudiants catholiques (J.E.C.) est assez importante dans l'actuelle lutte des étudiants contre le SEU. On pourrait citer de nombreux autres exemples de l'activité de la D.C., qui du sein même du gouvernement, comme d'une toute récente « opposition » essaye, non sans succès, avouons-le, de se mettre à la tête du mouvement de mécontentement populaire, afin de le canaliser et de le faire servir en fin de compte ses propres intérêts, sous la consigne vague et démagogique de « démocratisation » ou de « libéralisation » et le drapeau de « Pacem in Terris ».
L'autre point essentiel est, bien entendu, le fort développement des luttes ouvrières. L'augmentation du coût de la vie (17 % en 1964) rend plus urgente encore l'augmentation réclamée des salaires. Mais les travailleurs espagnols ne luttent pas seulement pour leurs salaires, ils luttent aussi et de plus en plus efficacemt contre les « syndicats verticaux » phalanguistes, élisant un peu partout leurs propres représentants dans les « Commissions ouvrières » dont le rôle s'étend dans les régions industrielles du pays. Madrid a été ces trois derniers mois le théâtre d'une lutte très âpre des ouvriers, lutte qui a pris des formes différentes : grèves, manifestations sur le lieu de travail, manifestations dans les rues, etc.
Quant aux étudiants, depuis deux mois il ne se passe pas de semaine sans qu'ils descendent dans la rue, ou manifestent à la Cité Universitaire aux cris de « SEU, no ! » « Démocratie ! A bas la Dictature ! »
Le problème fondamental qui se pose à l'heure actuelle est celui de savoir si les forces ouvrières vont être capables de s'organiser et d'imposer leurs propres solutions, débordant largement les projets de « libéralisation » de la Démocratie Contes et larm en poitiere des mo Chrétienne, instrument politique des monopoles intéressés à « l'ouverture vers l'Europe ».
Si les forces ouvrières partisanes d'une alternative socialiste au franquisme, ne réussissent pas à s'unir et à prendre en mains la direction effective du mouvement populaire de mécontentement, en exploitant, bien entendu, les contradictions au sein de la bourgeoisie, il est à craindre que la D.C. ne sorte grand vainqueur de la situation présente. Mais la partie est loin d'être jouée. Au contraire, elle ne fait que commencer et des espoirs réalistes de bouleversements positifs dans la situation politique espagnole sont aujourd'hui permis.
RAMON VASQUEZ.
FRANCE
Crises dans le P.S.
Sous des formes très diférentes, les deux grands partis ouvriers traversent une crise profonde où se révèlent leurs contradictions.
Dans le Parti socialiste, ce sont les élections municipales qui ont été l'occasion de mettre en pleine lumière les divergences qui le tirent en sens opposés. La loi électorale établie par le régime gaulliste visait à polariser les candidatures autour de I'U.N.R. d'une part, du P.C.F. d'autre part, dans les villes de plus de 30.000 habitants. Le Parti socialiste ‚décidé à conserver le maximum de municipalités, laissa le champ libre à ses Fédérations départementales.
Que vit-on alors ? Dans la Seine, il fallait pour obtenir un tel résultat s'entendre avec le P.C.F. Mais, dans d'autres endroits, un nombre important d'elus socialistes se refusa à tout contact avec le PCF et se tourna vers les partis bourgeois, radicaux, MRP et indépendants. Les principaux exemples furent donnés par Guy Mollet à Arras, et par Defferre, maire de Marseille, et... candidat à la Présidence de la République à la fin de l'année. Le PCF réagit à cette dernière situation, à Marseille, en constituant des listes avec des membres du PS opposés à la politique Defferre.
Il s'ensuivit que l'on assiste au spectacle suivant : le Parti socialiste exclut dans la Seine des membres qui ne veulent pas figurer sur une même liste avec le PCF, et à Marseille il exclut ceux qui figurent sur une telle liste. Certes le PS est habitué à une grande tolérance en matière d'élections, et après les élections ceux qui seront élus seront les bienvenus — quels qu'ils soient. Mais les événements, ainsi que la politique gaulliste ‚troubleront de plus en plus ces petits calculs.
Le PCF ne connait pas de difficultés en matière de listes électorales: ce n'est pas sa politique opportuniste qui, en soi, perturbe à présent le gros de ses membres ; en fait, la direction a même donné une apparence d'être plus rigoureuse que dans les élections antérieures. Ce qui atteint le PCF, le profond malaise qui sévit dans un parti plus figé que jamais, c'est que la « déstalinisation » l'a à peine touché et que sa direction est littéralement paralysée. Ce malaise a pris la forme de divergences ouvertes chez les étudiants et chez les intellectuels.
Depuis plusieurs années, en raison de la politique du PCF pendant la guerre et dans le P.C.F. d'Algérie, l'Union des Etudiants Communistes était entrée en opposition à la direction du P.C.F. Le Congrès de TU.E.C., tenu en mars, a été préparé d'une façon démocratique comme une organisation contrôlée par le PCF, n'en a pas connu de telle depuis environ 35 ans. L'organe de IU.E.C., Clarté, publia des textes d'orientations différentes. La direction de l'U.E.C était droitière (pro-italienne) ,mais il y avait à la base de forts courants de gauche. Certains groupes présentèrent des textes soutenant sans réserve la direction du P.C.F. Les seules infractions à la démocratie provenaient de cette direction qui usa de toutes sortes de moyens bureaucratiques pour faire pression sur les étudiants, fournissant de sérieux moyens matériels à ceux qui la soutenaient et attaquant ouvertement les opposants dans ¡Humanité. Le plus grand atout de la direction du Parti cependant résidait dans le renouvellement des membres de l'organisation, de sorte que nombreux sont ceux qui, étant alors des adolescents, n'ont pas connu la guerre d'Algérie et la politique du PCF au cours de celle-ci. Ainsi le Congrès de l'U.E.C. a vu les partisans de la direction obtenir la majorité (environ 350 mandats) ,tandis que la gauche en obtenait une centaine et le bureau national sortant environ 50. Mais, au cours du Congrès, la majorité montrait déjà un manque d'homogénéité ; on peut être certain que la direction du P.C.F. connaîtra encore des mécomptes avec l'U.E.C. nifestation de tendances, qui demandaient Ce qui l'irrita au maximum c'est la ma la reconnaissance de ce droit de tendance. C'était une revendication intolérable pour une direction stalinienne.
A l'occasion de la lutte menée par la direction du P.C.F. contre les opposants de I'C.E.C., une centaine d'universitaires communistes ont envoyé une lettre au secrétaire général du P.C.F., attirant son attention sur les conséquences de cette lutte dans les rapports du parti avec l'intelligentsia. La direction du P.C.F. a réagi avec violence: elle voyait en cela une manifestation fractionnelle et a appelé les organismes de base dont ces universitaires sont membres à sévir. Il semble que ces universitaires se sont effrayés d'avoir pu créer un scandale. La direction paraît avoir surmonté cette difficulté intérieure, mais ce n'est qu'un succès bureaucratique temporaire. Les doutes qui rongent la base ne manqueront pas de donner naissance à de nouveaux conflits.