Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 23

De l'irrésolution à la capitulation

E. Germain · Quatrième Internationale, n° 23 · novembre 1964 · p. 36-49 · 10 716 mots

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CE QUI ARRIVA A UNE DIRECTION REVOLUTIONNAIRE A CEYLAN

La décision de la majorité à la conférence extraordinaire des 6 et 7 juin 1964 du parti Lanka Sama Samaja de participer au gouvernement bourgeois libéral de

Mme Sirimavo Bandaranaike à Ceylan, fut une lourde défaite pour la Quatrième Internationale. Le fait que l'organisation trotskyste mondiale décida à l'unanimité de rompre ses liens avec la majorité d'une de ses sections les plus importantes, à cause de cette trahison des intérêts fondamentaux des ouvriers et paysans pauvres de

Ceylan ainsi que des principes de base du marxisme révolutionnaire, démontre la fidélité du mouvement trotskyste international dans son ensemble à la cause à laquelle elle s'est dévouée, la cause de la révolution mondiale. Le fait qu'une minorité considérable du LSSP, sa Section Révolutionnaire, dirigée par les camarades Edmund Samarakoddy, député au Parlement, Bala Tampoe, un des principaux dirigeants

Il n'a jamais été un secret pour tout membre du mouvement trotskyste mondial qui était au courant des problèmes spéciaux de la Quatrième Internationale que la section ceylanaise, le Lanka Sama Samaja Party, était une organisation que l'on ne pouvait désigner du qualificatii « trotskyste » sans postuler une série de réserves spécifiques. Le parti Lanka Sama Samaja fut en fait le premier parti ouvrier organisé à Ceylan et, pendant un certain temps, le seul parti de ce genre dans le pays. Il avait été fondé et dirigé par un groupe de jeunes intellectuels brillants qui, ayant étudié dans les universités britanniques, avaient été attirés par le communisme, repoussés par les procès truqués de Moscou et la politique stalinienne ultraopportuniste des années trente, et évolué pour ces raisons dans la direction générale du trotskysme. Cependant la question de l'affiliation au mouvement trotskysme mondial se posa seulement après qu'eut éclaté la seconde guerre mondiale et après la rupture avec l'aile pro-stalinienne du vieux LSSP que dirigeait Pieter Keuneman, syndicaux ceylanais, et Meryl Fernando, un autre député — une minorité qui inclut quatorze membres du Comité central du

LSSP et un quart de ses membres — refusa également d'admettre la trahison et demeura fidèle à la bannière de la Quatrième

Internationale, indique que la défaite endurée par le trotskysme à Ceylan n'est que temporaire. Avec l'aide du mouvement trotskyste mondial le LSSP (Section Révolutionnaire) prouvera sa capacité de regagner une position dominante pour le trotskysme parmi les ouvriers et les paysans pauvres de Ceylan. La défaite est néanmoins une réalité; et il serait indigne d'un révolutionnaire de la nier et de tenter de l'atténuer en adoptant une attitude indulgente. Il est au contraire nécessaire d'expliquer l'origine de ce revers qui affecte tout un secteur du mouvement révolutionnaire à Ceylan et d'en tirer les leçons qui s'imposent. qui prit position en faveur de la collaboration avec l'impérialisme britannique durant la guerre et qui fonda ultérieurement le Parti communiste ceylanais.

Par suite de cette première différenciation politique, le petit groupe d'intellectuels trotskystes se trouva soudainement à la tête de la plus grande organisation ouvrière du pays. Ils appliquèrent correctement la théorie de la révolution permanente dans les conditions régnant à Ceylan et prirent audacieusement la direction de la lutte pour l'indépendance nationale contre l'impérialisme britannique. Ils acquirent rapidement une grande influence parmi les masses, devenant les dirigeants de l'opposition populaire au régime impérialiste d'abord, au régime de la bourgeoisie « nationale » ensuite, position qu'ils occupérent durant vingt-cinq ans.

Le parti qu'ils dirigérent ne pouvait cependant pas réellement être appelé « bolchévique ». Ce n'était pas non plus un parti de masse comparable aux partis de masse de la classe ouvrière en Europe

LE CARACTERE PARTICULIER DU L.S.S.P.

LE CARACTERE PARTICULIER DU L.S.S.P.

ou en d'autres régions d'Asie. Il est caractéristique qu'alors que le LSSP parvenait à recueillir plusieurs centaines de milliers de suffrages, l'effectif de ses membres actifs ne dépassa jamais le millier. C'était un parti réunissant des cadres syndicaux socialistes de gauche, des ouvriers révolutionnaires qui avaient acquis une conscience de classe, mais non une formation spécifiquement marxiste-révolutionnaire, et quelques centaines de cadres authentiquement marxistes-révolutionnaires. La majorité écrasante de ces derniers sont aujourd'hui membres du LSSP (Section Révolutionnaire). La majorité des deux autres catégories a suivi N. M. Perera et ses amis sur la voie de la coalition avec un gouvernement bourgeois.

De nombreux traits politiques et organisationnels témoignaient du caractère hybride du LSSP. Le parti n'eut jamais un organe théorique en langue cinghalaise ou tamile ; il ne traduisit jamais le gros des écrits de Trotsky, et même pas l'essentiel des résolutions et décisions des congrès et autres instances dirigeantes de la Quatrième Internationale, en ces langues. Cependant la plupart des membres de la base et virtuellement l'entièreté du prolétariat ne comprenaient pas d'autres langues, même pas l'anglais, qui n'est d'usage courant que dans la couche supérieure de la population, particulièrement parmi les intellectuels. Pour ces raisons la participation à la vie politique du mouvement trotskyste mondial, surtout à sa vie politique intérieure, resta limitée à une minorité des dirigeants révolutionnaires.

Au niveau du programme, le parti était né trotskyste, en lutte aiguë avec le Parti communiste ceylanais stalinien et plus tard khrouchtchévien. La lutte s'incarna dans les deux organisations rivales de la classe ouvrière ceylanaise, le LSSP et le PC. Il n'existait pas de parti social-démocrate à Ceylan. Le programme du parti définissait, naturellement, correctement les insuffisances et les trahisons de la social-démocratie internationale et du réformisme en général; mais il est important de noter que, contrairement à sa différenciation du stalinisme, la différenciation par rapport au réformisme n'existait que sur le plan

La direction du parti n'était elle-même pas homogène. Elle se composait en réalité de deux ailes, l'une dirigée par N.M. Perera et Philip Goonewardene qui attirmait des penchants nationalistes petits bourgeois et se montra opportuniste dès le début, et l'autre, authentiquement trotskyste, dirigée par un groupe de camarades autour de Colvin R. de Silva, Leslie Goonewardene, Bernard Soysa, Edmund

NALE 37 idéologique et littéraire, et n'était accessible qu'à une minorité de membres dans le parti. Cette différenciation n'était pas ressentie par les adhérents du parti de manière concrète et vivante par la lutte effective contre une organisation rivale. En fait, tout en étant formellement un parti trotskyste, le LSSP fonctionnait dans plusieurs domaines à la manière d'un parti. social-démocrate de gauche dans un pays semi-colonial relativement « prospère », c'est-à-dire qu'il était le principal vecteur électoral des masses pauvres et fournissalt l'essentiel de la direction des syndicats.

La qualité de membre du parti était essentiellement formelle, ne dépendant que du paiement des cotisations. Les conférences du parti étaient des assemblées de membres pendant lesquelles le ton était donné par les exploits rhétoriques des dirigeants du parti plutôt que par une sobre discussion des principes et des expériences. La Quatrième Internationale s'efforça avec opiniâtreté d'amener le LSSP au principe de base du centralisme démocratique, à commencer par des conférences du parti basées sur l'élection démocratique de délégués par les sections. Le principe fut finalement accepté après des années de résistance, mais pour être transformé en une moquerie à la conférence cruciale des 6-7 juin 1964 à laquelle fut soumise la demande d'entrée dans un gouvernement bourgeois. Cette conférence fut convoquée comme « conférence de délégués », mals les délégués y furent élus sur la base... d'un délégué par membre !

Le recrutement du parti se faisait au hasard, de manière non systématique et - c'était le pire -- sans être concentré sur la jeunesse de la classe ouvrière et des paysans pauvres. Certains dirigeants syadicaux se plaignalent amèrement du fait que l'on négligeait l'organisation d'écoles de cadres qui auraient permis d'attirer des centaines de jeunes militants ouvriers dans les rangs. Pareille négligence a permis à l'aile droite opportuniste du parti de gonfler les effectifs du parti au moment décisif de nouvelles recrues dépourvues de formation socialiste et de conscience de classe, nombre d'entre elles d'origine petite bourgeoise. Samarakoddy, Doric de Sousa et Bala Tampoe. Dès le début les rapports entre les deux ailes furent malaisés. Une scission eut lieu durant les années quarante à l'occasion de laquelle une majorité des membres, sous la direction de Philip Goonewardene et N.M. Perera, rompit avec la Quatrième Internationale pendant un certain temps, et les trotskystes authentiques formèrent le parti bolchévique-léniniste

LA DIRECTION DU PARTI

LA DIRECTION DU PARTI

INTERNATIONALE à la tête duquel se trouvaient Colvin R. de

Silva Silva et Leslie Goonewardene. Le caractere opportuniste du groupement majoritaire s'exprima lorsque ses députés au

Parlement refusèrent de voter contre le statut de l' « indépendance » en 1947 qui laissaient des positions-clés aux mains de l'impérialisme britannique. La scission fut effacée en juin 1950, mais seulement de manière partielle. N.M. Perera et la majorité de ceux qui avaient rompu s'unirent avec le parti bolchevique-léniniste. Pendant un certain temps, Philip Goonawardene maintint en vie un « LSSP », trouvant du renfort dans une scission droitière du

LSSP en 1953. Finalement, en 1956, 1l entra dans le premier gouvernement Bandaranalke, dissolvant le « vieux » LSSP à l'intérieur du MEP (Mahajana Eksath Peramuna, Front uni du peuple).

Ces ruptures laissèrent de profondes cicatrices dans les rangs de la direction du LSSP en dépit de reprises partielles.

La sensibilité résultant des vieilles blessures étaient d'autant plus vive du fait que, quoique les forces principales eussent été réunies, la possibilité d'un nouveau clivage subsistait. Tandis que le groupe autour de Colvin R. de Silva, et Leslie Goonewardene devenait la direction politique incontestée du parti, N.M. Perera s'affirmait comme une figure encore plus populaire parmi les syndicats et les masses. Le problème du dépassement des vieilles divisions et de la nécessité de bloquer tout ce qui pourrait précipiter une nouvelle scission avec N.M. Perera devint une obsession parmi les principaux dirigeants polltiques. Cette politique était correcte en elle-même, étant donnée que la fusion s'était faite sur une base principielle et puisque les activités du parti se développalent dans l'ensemble en accord avec le programme général du trotskysme. La faute fatale était que ces dirigeants politiques clés ne s'adonnaient pas à plein temps au travall du parti, ils restaient des dirigeants à temps partiel. Pendant de nombreuses

Cet effondrement tragique d'un groupe de révolutionnaires authentiques qui avaient fait preuve dans le passé d'un grand héroisme, d'une grande audace et de dévouement révolutionnaire réel n'était cependant pas le résultat « inévitable » de circonstances peu favorables. Le développement de la contradiction de base dans la nature du LSSP était inévitable puisqu'elle correspondait à l'origine hybride de l'organisation. Mais il n'était pas inévitable que la tendance de Perera devienne aussi puissante qu'elle l'est devenue, jusqu'à emporter finalement la majorité. La contradiction auralt pu être surmontée avec une issue toute différente si la direcannées, le grief permanent des militants actifs du parti était que Colvin R. de Silva, le théoricien le plus capable du parti et un des orateurs les plus puissants de toute l'Asie, qui aurait rapidement pu bâtir un courant de masse beaucoup plus large que celui de N.M. Perera, poursuivait sa carrière de plus grand avocat de Ceylan au lieu d'accorder toute son attention à la construction du parti. Cette faiblesse mena finalement à une indécision politique face aux penchants systématiquement opportuniste de Perera.

Le lien dialectique entre les deux tendances était plus profond encore. N.M.

Perera lui-même et les cadres syndicaux généralement sous sa direction étaient initialement remplis de respect et d'admiration pour l'éclat politique et l'audace révolutionnaire du groupe Colvin R. de Silva-

Leslie Goonewardene. La structuration de la direction LSSP sur cette base saine - en dépit des penchants opportunistes de

Perera — s'exprima le mieux durant le hartal (grève générale) d'août 1953. La direction du LSSP apparut comme une équipe réellement révolutionnaire à la tête des masses insurgées, luttant dans la rue en même temps pour les gains matériels immédiats des masses appauvries et pour le renversement socialiste du régime capitaliste.

Mais, lorsque certains des dirigeants de l'aile authentiquement trotskyste du LSSP ne changèrent pas leur vie quotidienne conformément à leurs convictions révolutionnaires, lorsqu'ils négligérent de se dévouer de tout cœur à la construction du parti, lorsqu'ils commencèrent à hésiter à propos de questions politiques fondamentales, le groupe de N.M. Perera, après avoir observé ceci durant quelques années, perdit confiance dans la vieille direction du parti. Ils décidèrent de « se lancer dans la polit pour leur compte, et de développer leur ligne propre avec les résultats désastreux enregistrés à la conférence des 6 et 7 juin. tion avait accomplie ses devoirs évidents. Nous avons déjà noté la faiblesse organisationnelle fondamentale qui était évidente parmi certains des meilleurs représentants du groupe (Leslie Goonewardene étant cependant une exception à cet égard) qui se concentrait autour d'une activité limitée à la direction littéraire et idéologique, laissant le travail réel de l'édification quotidienne du parti aux « activistes » qui tendaient à se regrouper autour de N.M. Perera, le leader le plus populatre auprès des masses. Mais à cette faiblesse fatale au niveau organisationnel s'ajouta l'apparition d'erreurs parallèles sur le plan idéologique.

« L'EXCEPTIONNALISME » CEYLANAIS

« L'EXCEPTIONNALISME » CEYLANAIS

Colvin R. de Silva et Leslie Goonewardene étaient des penseurs marxistes brillants qui ont écrit certains des meilleurs pamphlets révolutionnaires de l'Asie du

Sud-Est. Ils avaient indubitablement assimilé l'ensemble des conceptions trotskystes de base. Mais, dans l'arène politique ceylanaise, tout en s'efforçant d'appliquer de manière créatrice la méthode du marxisme révolutionnaire aux conditions spécifiques de leur pays et de ses mouvements de masse, ils ont progressivement commis une série d'erreurs que l'on peut résumer sous la formule d' « exceptionnalisme ceylanais ». Ils n'ont jamais entrepris de développer cette théorie de manière systématique et organique. Mais ils y glissèrent pragmatiquement durant les années cinquante, imperceptiblement d'abord, sans se rendre compte de ce qui se passait, jusqu'à devenir les victimes de la logique de ces idées fausses et etre irrésistiblement entraînés à des conclusions qu'ils auraient condamnées avec un mépris mordant quelques années seulement auparavant.

Nous eûmes notre première indication de cette théorie de l' « exceptionnalisme ceylanais » au cours du IVe Congrès mondial (1954), lorsque la délégation du LSSP proposa subitement, au cours de la discussion des thèses sur « Montée et Déclin du stalinisme », un amendement pour changer la demande de liberté pour tous les partis ouvriers sous la dictature du prolétariat après la prise du pouvoir, en liberté pour tous les partis. En défendant cet amendement étonnant, ils soutinrent que, par suite des conditions exceptionnelles régnant à Ceylan, les masses ne comprendraient pas une autre position. Ils ajoutèrent qu'à leur avis « les masses ne peuvent se tromper ». Ils semblaient avoir temporairement oublié un des fondements de l'ABC du marxisme, à savoir que les masses peuvent souvent se tromper. (Les masses se trompaient quand elles acclamèrent le départ des armées pour le front en Europe, voici cinquante ans; elles se trompèrent également quand elles acclamèrent le gouvernement de coalition SLFP-LSSP à Ceylan voici quelques semaines). Raisonner à l'instar des camarades ceylanais au IV• Congrès mondial c'était tomber dans le suivisme, une tendance dangereuse que ces camarades devaient manifester dans une mesure croissante au fil du temps.

Inutile de dire que l'amendement proposé par la délégation ceylanaise ne trouva aucun appui auprès des délégués du Congrès mondial et ils le laissèrent tomber, n'étant pas avides de défendre cette position au Congrès.

Une deuxième manifestation de la

NALE théorie de « apparut au élections de réapparaitre l'exceptionnalisme ceylanais » cours de la préparation des

1956, manifestation qui devait au cours de toutes les élections suivantes. Il s'agissait de l'opinion qu'en raison des « circonstances exceptionnelles » régnant à Ceylan, un parti révolutionnaire pouvait gagner le pouvoir par le bulletin de vote. S'il était naturellement entièrement admissible en principe qu'un parti révolutionnaire, disposant d'une influence de masse, participât aux élections sous le mot d'ordre « Pour un gouvernement socialiste LSSP », il était erroné de suggérer aux masses que le pouvoir pouvait être conquis en fait et le capitalisme effectivement renversé par les seuls moyens électoraux. Il était tout aussi néfaste sinon pis pour la direction du LSSP de tomber victime de sa propre propagande et de commencer à penser en termes de « voie parlementaire au socialisme ».

Ici encore on argua du fait que les masses à Ceylan ne conçoivent pas une autre voie vers la conquête du pouvolr dans les circonstances actuelles. L'argument n'omettait pas seulement la possibilité d'éduquer les masses; il n'était même pas entièrement correct en fait. Les masses ceylanaises avaient fait preuve d'une grande volonté de mener des luttes extra-parlementaires durant le hartal de 1953. Elles firent preuve à nouveau d'une volonté semblable après le meurtre du Premier ministre Bandaranaike et durant la crise qui suivit en 1960. Durant la montée des luttes ouvrières à partir de 1962 leur attention se centra à nouveau essentiellement sur la scène extra-parlementaire. En vérité le rapport entre les illusions parlementaires des masses et les illusions et la conception parlementaires de la direction du LSSP, qui avaient débuté comme un cas de suivisme, aboutit à ce qu'on vit maintenant le parti révolutionnaire tirant les masses en arrière vers la scène parlementaire à un moment où l'expérience concentrait leur attention de plus en plus vers l'action directe (1).

(1) Le 23 août 1963, le Bureau politique du LSSP publiait encore l'appréciation suivante de la situation et des sentiments du mouvement de masses à Ceylan : « Dans la période qui s'ouvre à nous, ll y a deux grandes possibilités de développement. En premier lieu, il y a la question de la lutte directe des masses, aboutissant à la conquête du pouvoir. A l'heure actuelle les luttes de masse sont encore économiques par leurs objectifs. Mais nous vivons à une période de changements brusques

Une troisiéme manifestation de « l'exceptionnalisme ceylanais », inhérente en un sens à la précédente à propos de « la voie parlementaire au socialisme » se fit jour durant la crise de 1960 précipitée par l'assassinat du Premier ministre Bandaranaike. On défendit dès lors le point de vue que non seulement on pouvait accéder au pouvoir par le scrutin et les voies parlementaires, mais que la révolution ellemême pouvait être entièrement « pacifique », sans qu'il n'y eut aucun besoin de préparatifs militaires défensifs durant la lutte pour le pouvoir. Cette théorie se fondait sur la prémisse que l'armée et la police étaient si faibles à Ceylan qu'elles ne pourraient intervenir activement dans la lutte des classes. On fit également valoir que les « partis de gauche » jouissaient d'une sympathie considérable auprès des forces armées, le LSSP dans la troupe, et le MEP de Phiilp Goonewardene parmi les sous-officiers.

Cependant la vie elle-même réfuta brutalement cette théorie de l' « exceptionnalisme ceylanais »; un complot militaire s'avéra être à la base de l'assassinat du Premier ministre Bandaranaike en 1960 ! Des préparatifs pour un coup d'Etat militaire furent découverts et ne purent être contrecarrés qu'au dernier moment, en 1962. Au printemps 1964 des rumeurs concernant un putsch militaire se répandirent à nouveau à Ceylan (jouant même un rôle pour paver la voie à l'intérieur du LSSP en faveur d'une coalition avec le SFLP). En dépit de cette réfutation de ses suppositions, la direction du LSSP ne tira jamais de leçons de ce qui était arrivé et ne corrigea jamais la tendance au sulvisme ou l'espoir que Ceylan s'avérerait être une « exception ».

Il peut paraître étrange à première vue que des leaders expérimentés et des marparmi lesquels il faut inclure une tentative de coup d'Etat par des forces réactionnaires. Quoique la répétition d'une pareille tentative venant des mêmes milieux soit peu probable, on ne peut exclure la possibilité de tentatives de cette nature provenant d'autres milieux...

« L'autre possibilité est la question de l'ULF (United Left Front, Front unique de gauche) arrivant au pouvoir au cours d'élections parlementaires. C'est une posxistes brillants comme Colvin R. de Silva et Leslie Goonewardene, qui avaient mis en pièces les illusions réformistes des staliniens à propos des « fronts populaires », de la « démocratie nouvelle » (en France et en Italie, 1944-47), au sujet de la voie parlementaire au socialisme, qui avaient critiqué avec la même efficacité la performance misérable du gouvernement travailliste d'après-guerre dans sa prétention d'introduire le socialisme « par morceaux » en Grande-Bretagne sans toucher à la machine d'Etat bourgeoise et à l'armée bourgeoise, se basant uniquement sur une majorité parlementaire — il peut paraître étrange que de tels camarades, fort bien versés dans l'Etat et la Révolution de Lenine, qui avaient donné des cours à ce sujet, année après année, dans leur propre parti, pouvaient soudainement accepter ces vieilles illusions fastidieuses du réformisme « classique » qui avaient été démasquées tant de fois par l'expérience historique. C'est pourquoi il est correct de qualifier leur déviation du marxisme comme un cas d' « exceptionnalisme ceylanais ». La position qu'ils adoptèrent n'était pas du tout un rejet de la théorie léniniste de l'Etat, de la nécessité de détruire la vieille machine d'Etat bourgeoise. de baser l'Etat ouvrier sur la démocratie prolétarienne par opposition à la démocratie bourgeoise, non sur un « parlement » mais sur les comités autogérés des masses laborieuses. Non, ils continuérent à jurer par Marx, Engels, Lénine, Trotsky. Ils firent l'analyse critique la plus claire possible de la théorie du front populaire et de la politique du gouvernement travailliste d'après-guerre. Ils continuèrent à jurer par l'Etat et la Révolution et la « révolution permanente », ajoutant seulement qu'il se faisalt qu'en raison des circonstances « exceptionnelles » dans leur pays, Ceylan faisait « exception » à la règle générale. naire des masses en sera considérablement facilitée. Dans une telle situation, le LSSP, qui ne croit pas qu'une transformation socialiste de la société puisse être accomplie autrement que par les masses elles-mêmes, déclenchera la mobilisation révolutionnaire des masses aussi bien par ses actions au sein du gouvernement ULF qu'à l'extérieur de celui-ci. »

Au lieu de quol, dix mois plus tard, le LSSP entra dans un gouvernement de coalition bourgeoise avec le but avoué de limiter et d'empêcher les « conflits dans l'industrie » ! Il est difficile de trouver un revirement plus rapide et plus cynique que celui qui se situe entre la résolution du 23 août 1963 et la politique de coalltion de la direction LSSP actuelle !

sibilité qui dépend ment de masse au élections ».

« Si un tel effort ronné de succès et de l'état du mouvemoment de pareilles est effectivement cousi un gouvernement

ULF est formé. la mobilisation révolution-

LA BOURGEOISIE NATIONALE, LA PAYSANNERIE ET LA THEORIE

DE LA REVOLUTION PERMANENTE

En dépit de leur gravité, ces trois exemples d' « exceptionnalisme ceylanais » étaient relatívement « bénins » quant à leur conséquences en comparaison avec lé quatrième. Celui-ci concernait le problème des rapports entre la paysannerie et la bourgeoisie, la paysannerie et la classe ouvrière, et les rapports réciproques des trois classes dans la vie politique à Ceylan en général, et la politique révolutionnaire à Ceylan en particulier.

il est bien connu que la paysannerie joue un rôle-clé dans toutes les révolutions de masse dans les pays arriérés, coloniaux ou semi-coloniaux. Comme elle constitue le gros de la population, aucune révolution populaire n'est possible dans ces pays sans un soulèvement paysan. Tant que la paysannerie n'est pas en mouvement, la minorité ouvrière ne peut tenter de s'emparer du pouvoir sans courir le risque le plus grave d'être isolée et écrasée.

Ceci est un principe de base de la théorie de Trotsky sur la révolution permanente, et les staliniens (de même que les khrouchtchéviens et les maoistes) font évidemment preuve d'ignorance ou bien commettent une falsification délibérée lorsqu'ils déclarent qüe Trotsky étalt coupable « d'une sousestimation du rôle de la paysannerle » dans les révolutions des pays arriérés. Qu'il suffise de citer le passage suivant de son livre fondamental La Révolution permanente :

* Non seulement la question agraire, triais aussi la question nationale assignent à la paysannerie, qui constitue l'énorme majorité de la population des pays arriérés un rôle primordial dans la révolution démocratique. Sans une alliance entre le prolétariat et la paysannerie, les tâches de la révolution démocratique ne peuvent être résolues ; elles ne peuvent même pas être sérieusement posées ». (p. 229, collection Idées, 1963).

Tandis que la théorie de la révolution permanente reconnait le rôle déterminant de la paysannerie dans une révolution populaire d'un pays arriéré, elle met également en évidence le fait que l'expérience historique a démontré que la paysannerle est incapable de construire des partis politiques indépendants propres. Elle ne peut agir que sous la direction de la bourgeoisie nationale libérale ou sous la direction du prolétariat. Et comme la bourgeoisie nationale libérale est incapable de jouer un rôle révolutionnaire à l'époque impérialiste, il s'ensuit par conséquent qu'un parti prolétarien doit réussir à gagner la confiance politique de la paysannerie et mener la révolution jusqu'à la victoire en établissant un Etat ouvrier, c'est-à-dire la dictature du proléiariat sinon la paysannerie restera sous la direction politique de la bourgeoisie nationale, auquel cas 1l n'y aura pas de victoires (ou pas de révolution du tout dans certaines circonstances).

Notons en passant qu'après l'expérience de la Révolution d'Octobre, Lénine accepta pleinement le postulat de base de la théorie de la révolution permanente, déclarant à de multiples reprises que la paysannerle combattait soit sous une direction prolétarienne soit sous une direction bourgeoise, excluant explicitement une troisième vole qui supposerait un parti paysan « indépendant » (2).

Toute l'expérience historique a confirmé la justesse de cette théorie. Il est donc presque incroyable, mais pourtant vral que des camarades qui avaient combattu pendant près de trente ans pour défendre la justesse de cette théorie de la révolution permanente à l'échelle du monde et spécialement de leur propre pays ne surent reconnaitre les phénomènes mêmes dont ils avaient parlé et écrit lorsqu'ils s'en trouvèrent confrontés dans leur propre pays ! Car leur dévlation fondamentale et fatale du marxisme révolutionnaire dépendit précisément d'une analyse correcte de la nature de classe du Srl Lanka Freedom party (SLFP) et du gouvernement, qul étaient basés principalement sur la paysannerie ceylanaise.

Il vaut la peine d'observer que le LSSP a toujours analysé la situation dans les campagnes ceylanaises de manière beaucoup trop sommaire, n'accordant pas suffisamment d'attention aux problèmes spécifiques des pauvres ruraux; les mots d'ordre et le programme agraires du LSSP se révélèrent insuffisants pour répondre aux besoins de ces villageois pauvres. En dehors des plantations — où la maind'œuvre est un prolétariat rural en faveur duquel le LSSP lança le mot d'ordre correct de la nationalisation — la majorité des producteurs agricoles de Ceylan sont des petits paysans indépendants dont le niveau de vie est plus élevé que la pauvreté abjecte des villageois moyens de l'Inde, du Pakistan, de l'Indonésie ou du Vietnam et de la Chine avant la révolution Mais il est également vrai qu'il existe un chômage et un sous-emploi massifs dans le village ceylanais: que le dernier recensement révéla qu'un quart des familles villageoises ne possédaient pas de terre

(2) Voir par exemple le discours de Lénine au troisième Congrès Pan-Russe des syndicats, 7 avril 1920.

QU A du tout, et un autre quart moins de vingt ares; que, depuis l'indépendance, l'endettement moyen des familles villageoises a plus que triplé et que plus de 60 % des familles villageoises sont endettées. De telles conditions ont rendu urgemment nécessaire une analyse détaillée du problème agraire à Ceylan et la rédaction d'un programme détaillé de mots d'ordre de transition pour la paysannerie que le parti pouvait propager activement non seulement durant les campagnes électorales, mais aussi au cours du travail normal de tous les jours. Nous sommes certains que le LSSP (SR) rectifiera les déficiences et les fautes qui ont longuement grevé le passé dans ce domaine.

La direction du LSSP a eu une approche essentiellement pragmatique et électoraliste vis-à-vis de la paysannerie. Le résultat, c'est qu'elle fut amèrement surprise par le triomphe du SLFP en 1956 et encore davantage par la stabilisation relative du SLFP en 1960. Ce qui s'était passé était cependant une évolution électorale tout à fait courante dans un pays semi-colonial relativement stable. Le parti traditionnel de la bourgeoisie et des ruraux fortunés, l'UNP (United National Party), s'était totalement discrédité aux yeux des masses laborieuses par sa pagaille dans la question des subsides au riz (ce qui mena au hartal de 1953), sa corruption et son conservatisme en général, ses liens avec l'impérialisme britannique, etc. Les masses souhaitaient un changement radical. Mais le LSSP, quoique prééminent dans la classe ouvrière, n'avait pas organisé une campagne systématique pour gagner les masses paysannes à son propre programme pour la révolution dans les campagnes. Bref le programme nécessaire pour une réforme agraire radicale faisait défaut. La bourgeoisie « nationale » put par conséquent effectuer une manœuvre traditionnelle. Elle divisa ses propres forces en alles « conser-

N'existe-t-il pas un danger de voir un parti révolutionnaire devenir « isolé » s'il reste hostile à un « new deal » libéral bourgeois qui est en butte, en mêne temps, à l'opposition violente de la réaction conservatrice ? N'y a-t-il pas d'ailleurs même un danger de coup d'Etat militaire ? Evidemment le danger existe. Les bolchéviks se trouvèrent « isolés » durant les premiers jours après avril 1917 lorsque, sous la pression de Lénine, ils s'opposèrent vigoureusement au Gouvernement provisoire. C'est aussi la raison pour laquelle l'opposition trotskyste au gouvernement du Front populaire en France en juin 1936 - pour ne pas mentionner l'opposition vatrice » et « libérale », et cette dernière participa aux élections sur une plateforme oppositionnelle de réformes essentiellement politiques (substitution progressive de la petite bourgeoisie de langue cinghalaise, plus pauvre, à la petite bourgeoisie de langue anglaise plus riche dans les positions-clés de l'administration locale et nationale), gagnant ainsi un soutien écrasant dans la petite bourgeoisie rurale et la paysannerie.

Aucun marxiste formé ne pouvait ce- Aucun marxiste formé ne pouvait cependant douter que le SLFP était essentiellement un parti bourgeois, c'est-à-dire le parti de l'aile « libérale » de la bourgeoisie « nationale ». Il était bourgeois non seulement par ses origines (son fondateur, W.R.D. Bandaranaike avait été pendant de nombreuses années un des principaux dirigeants de l'UNP) et son programme, mais surtout dans sa pratique politique réelle : la propriété bourgeoise et « l'ordre et la loi » bourgeois étalent maintenus sous le gouvernement SLFP exactement comme sous le gouvernement

UNP.

Ceci qui paraissait évident à tout marxiste, aurait du être mille fois plus évident à tout marxiste révolutionnaire, c'està-dire à un trotskyste qui, ayant assimilé complètement la théorie de la révolution permanente, savait naturellement qu'un parti « indépendant » de la paysannerie n'a encore jamais vu le jour nulle part ; que nous ne connaissons pas d'exceptions même à Ceylan ; et que même un parti dont les membres sont des paysans à 99 % agira objectivement dans la société sous la direction du 1 % restant de membres de la couche supérieure des classes moyennes et de la bourgeoisie comme parti de la bourgeoisie nationale libérale, à moins qu'il n'ait été transformé en parti ouvrier par quelque tour de passe-passe. A notre connaissance, même N.M. Perera hésiterait à appeler le SLFP un parti prolétarien... A LA CAPITULATION trotskyste au gouvernement du Front populaire en Espagne, qui était à ce moment pris sous le feu militaire ouvert des fascistes, — n'était, du moins au début, ni aisée ni « populaire ». Néanmoins, une pareille opposition est l'essence même du léninisme, du bolchévisme, du marxisme marxisme révolutionnaire.

Evidemment ceci n'implique pas qu'un parti ouvrier révolutionnaire utilisera les mêmes méthodes et un langage identique contre un gouvernement libéral-bourgeois soutenu par la majorité du peuple et un gouvernement conservateur, réactionnaire ou fasciste, détesté et méprisé par le peuple. Cela n'implique même pas l'impossibi- lité d'offrir un front uni à tel régime contre l'agression de la réaction ou de l'impérialisme (tel que les bolchéviks l'offrirent à Kerensky contre Kornilov, et tel qu'il serait correct de l'offrir au SLFP à Ceylan contre un coup d'Etat militaire ou des « représailles » exercées par l'impérialisme américain pour la défense des trusts pétroliers). Mais les conditions pour un tel front uni sont bien connues : indépendance de la politique et de l'organisation du parti ; fermeté pendant qu'on marche séparément tout en frappant ensemble ; efforts obstinés pour avertir et éduquer les masses sur l'absolue inefficacité et le caractère inadéquat de la politique du SLFP libéral-bourgeois pour arrêter la réaction ; propagande continue contre l'impérialisme, contre le capitalisme et en faveur de solutions authentiquement socialistes. Et surtout ne partager sous aucune condition la moindre responsabilité pour la banqueroute du régime libéral-bourgeois (banqueroute qui est précisément le principal aliment de la réaction), aucune coalition avec « l'aile gauche » de la bourgeoisie sous aucune condition ; aucun abandon, sous aucune condition, de la propagande constante - et, si possible et si besoin en est, de l'agitation - en faveur d'un Gouvernement ouvrier et paysan, qui dans les conditions concrètes de Ceylan ne pouvait être qu'un gouvernement des partis ouvriers avec un programme socialiste.

La dynamique d'une telle prise de position initialement « impopulaire » est bien connue. L'atmosphère de lune de miel et de réjouissance générale à l'occasion de la prétendue « victoire de la gauche » se dissipe relativement rapidement dans la mesure où l'expérience enseigne rapidement aux masses qu'il y a relativement peu de changements dans la situation économique et sociale qu'elles affrontent. Elles commencent à se rendre compte que quelque chose de beaucoup plus radical est requis. La « popularité » initiale du gouvernement se transforme en quelque chose de tout à fait différent. Et si l'opposition révolutionnaire a agi correctement et a eu une ligne politique juste, sa propre popularité grandit de jour en jour parce qu'elle offre une solution gouvernementale, avec un programme qui est une alternative au régime « libéral » qui a fait faillite.

L'expérience ceylanaise n'y fait pas exception. Avant les élections générales de 1960, la direction du LSSP mettait continuellement l'accent sur l'impopularité croissante du gouvernement SLFP qui avalt joui d'une telle popularité en 1956. De même la direction du LSSP soulignait fortement en 1962-1963 la banqueroute totale du gouvernement SLFP. Le document

NAL E :43 43 du LSSP pour être soumis au PC et au MEP pour former un Front Uni de Gauche commence par la phrase suivante :

« La première tâche du Front est la mobilisation des masses dans leurs propres organisations et derrière le Front dans une campagne de lutte centrée sur les revendications suivantes contre le SLFP qui a fait faillite et la réaction capitaliste » (souligné par nous, E.G.).

Il est difficile de croire que moins d'un an aprés la rédaction de cette phrase — une année qui démontra le déclin continu du SLFP en popularité et en puissance électorale — ces mêmes camarades de la majorité du LSSP soutenus globalement par Colvin R. de Silva et Leslie Goonewardene arrivèrent à la conclusion qu'ayant remporté des succès grandissants pendant plusieurs mois par des moyens extra-parlementaires contre un gouvernement bourgeois ayant fait faillite, il devenait à présent nécessaire... de se joindre au parti qui avait fait faillite au parlement et dans le gouvernement !

Les traditi trotskystes d rieur de la d onnelles positions fermement e la « vieille garde » à l'inté-

Irection du LSSP furent mises en question diatement ap sidérant la d'un point d la direction impressionne cueillie par l'UNP. Un avec Philip plètement d et rejoignit (Ils se pron mes en faver la loi sur les temps lis d chauvinisme geois dirigé ci divisa le des travailler principal du mile ou indiı tra des sigr proposition ble » avec geois de Bal pour la premièr rès les élections paysannerie es e vue électoral, l LSSP se laissa • par la victoire le SLFP comme groupe d'anciens Goonewardene c evant la bourge le gouvernement onçaient pour ce ur de la petite p terres à riz - n evinrent le fer réactionnaire contre la minorit prolétariat ceylan urs des plantatio prolétariat, étant enne). Le LSSP lu les d'hésitation d'une « coopérat le gouvernement ndaranaike. Ceper

- fois imméle 1956. Consentiellement ine partie de émesurément écrasante realternative à trotskystes apitula combisie libérale de coalition. rtaines réforaysannerie — lais en même de lance du petit bouré tamile. Ceais, la masse ns, le secteur : d'origine tali-même monet avança la ion responsalibéral-bouradant, quand commencèrent les émeutes ra le chauvinisme des éléments geois enragés soutenant W.I naike menacèrent l'unité du du pays et quand l'aile dro exerça une pression suffisan expulser Philip Goonewarden nement, le LSSP radicalisa vi ses positions et lutta courage tre l'état de siège décrété ciales, quand petits--bour2.D. Bandaraprolétariat et site du SLFP te pour faire e du gouvergoureusement usement conpar le SLFP.

C'était l'aspect positif de son « suivisme ». Chaque fois que les ouvriers entraient en action, la direction du LSSP entamalt un nouveau virage à gauche.

du 7 juillet 1963, rédigé par la majorité

La position trotskyste traditionnelle contre la collaboration avec la bourgeoisie libérale fut à nouveau mise en question en 1960. Après la victoire électorale inattendue de Mme Bandaranaike, le LSSP décida de voter pour le Discours du Trône et le budget, c'est-à-dire d'accorder un appui parlementaire à un gouvernement bourgeois. Une proposition • émanant de

N.M. Perera d'entrer dans une coalition avec le SLFP ne fut rejetée que par une majorité très réduite. Un grand pas avait été fait sur le chemin qui menait de l'hésitation à la trahison. Toutefois, une fois encore, la classe ouvrière ceylanaise sauva temporairement la direction du LSSP de l'ignominie. Après un bref rayon d'espoir sur les possibilités du gouvernement de Mme Bandaranaike, les ouvriers optèrent pour la voie des luttes économiques grandissantes. Ceci mena finalement, pour la première fois dans l'histoire du mouvement ouvrier ceylanais, à la formation d'un Comité Commun des Syndicats -sous direction LSSP - que rejoignirent également les ouvriers des plantations, ce qui représentait près d'un million de travailleurs organisés. Au cours de cette expérience, la direction du LSSP fut propulsée vers la voie de la lutte essentiellement

QUELQUES «

Il n'était pas aisé pour des hommes ayant leur vie entière combattu la théorie stalinienne du front populaire de se défaire d'un jour à l'autre de ce qui avait été précédemment leurs principes de base et de les remplacer par ce qu'ils avaient autrefois rejeté comme un poison paralysant. Il fallait étouffer la voix agaçante de la conscience. Il fallait rationaliser ce qui n'était en fait qu'une édition nouvelle et pitoyable d'un vieux cours familier : la capitulation vulgaire. Cette rationalisation mettait en jeu deux concepts : 1) les « précédents » de « coalitions » qui avaient abouti à des « révolutions socia-

(3) Voir la résolution de la Conférence du LSSP des 20-22 juillet 1962 qui déclare :

« Les luttes qui viennent ne se feront pas simplement contre telle ou telle mesure du gouvrnement SLFP mais contre foute la politique du gouvernement SLFP, particulièrement dans le domaine des salaires et des impôts. Ce sera une lutte qui, même si elle a au début l'apparence d'avoir pour but de forcer le gouvernement SLFP à abandonner diverses mesures, aboutira rapidement dans son développement à la nécessité de remplacer le gou• vernement SLFP lui-même par un gouvernement qui réponde aux revendications des masses. En d'autres termes, la lutte extra-parlementaire ce qui impliquait une lutte pour le pouvoir (3) et pour le Front Uni de Gauche des partis ouvriers, conçu comme offrant une alternative gouvernementale.

Ceci représentait un brusque virage à gauche comparé à l'attitude de 1960-61.

Cependant, derrière le vernis de ces déclarations, la direction du parti avait subi le changement fondamental que nous avons noté plus haut. Le groupe Perera s'était libéré du « contrôle politique » exercé par la tendance Colvin de SilvaLeslie Goodewardene et s'était mis à « faire de la politique » pour son compte. Une telle politique ne pouvait être que du type extrêmement opportuniste et réformiste. Au printemps 1964, N.M. Perera entama abruptement des négociations secrètes avec le SLFP concernant la formation d'un gouvernement de coalition, jetant témérairement par-dessus bord le même Front Uni de Gauche pour lequel il avait combattu avec une telle énergie neuf mois auparavant. Le chemin de l'hésitation à la capitulation fut parcouru lorsque la mamajorité du LSSP qui rechignait en 1960 à déduire les conclusions de la fascination exercée par le SLFP suivit cette fois-ci Perera jusqu'à l'amère fin. PRECEDENTS ». listes victorieuses » en Europe orientale, à Cuba et en Algérie ;

2) le « programme accepté » par le gouvernement SLFP-LSSP.

Est-il exact que des gouvernements de « coalition » firent leur apparition après la deuxième guerre mondiale dans la plupart des pays de l'Europe orientale ? Oui, c'est exact. Ces « coalitions » gouvernementales menèrent-elles au renversement du capitalisme ? Oui. Mais quelle était la nature réelle de ces « coalitions » ? Le pouvoir réel de l'Etat (« l'Etat est en dernière analyse un groupe d'hommes armés ») ne résidait plus dans les mains de tendra dès le début à poser le problème du pouvoir.

« Le Parti, en préparant les masses pour la lutte directe, ne peut mettre en avant des mots d'ordre qui envisagent une solution du preblème du gouvernement à imposer essentiellement au travers d'un processus parlementaire et sur le plan parlementaire.

Tout mot d'ordre de cet ordre entraverait l'initiative des masses et tendrait à dévier les forces de masse elles-mêmes de la perspective d'action directe ». (Quatrième Internationale, no 17, décembre 1962, p. 63. (Souligné par nous, E.G.)

la classe capitaliste locale ou dans l'impérialisme étranger. Il se trouvait aux mains de l'armée soviétique et de ses agents locaux (dans le cas de la Tchécoslovaquie, une partie de la classe ouvrière, partiellement armée et étroitement contrôlée par le parti communiste, y fut également associée). En Yougoslavie le pouvoir étatique réel était déjà aux mains du PC yougoslave et de l'armée communiste qui venaient de mener à sa conclusion victorieuse une longue guerre civile, achevant une révolution sociale, authentique même si bureaucratiquement déformée. :En d'autres termes le cas de l'Europe orientale entre 1945 et 1948 était exactement le contraire des coalitions « classiques » entre les représentants des partis ouvriers et la bourgeoisie. Dans les exemples « classiques », les représentants des partis ouvriers dans les cabinets de coalition sont les prisonniers du capitalisme parce que le capitalisme contrôle l'économie et l'Etat. Dans les cabinets de « coalition » de l'Europe orientale, les représentants de ce qui restait de la bourgeoisie étaient les prisonniers de la bureaucratie soviétique parce que c'était cette bureaucratie, son armée et ses agents locaux qui contrôlaient l'économie et le pouvolr d'Etat.

Des gouvernements de coalition ont-ils été formés au début des révolutions cubaine et algérienne ? Oui, des gouvernements de coalition ont été formés. Ont-ils empêché le renversement du capitalisme ? Dans le cas de Cuba, certainement pas. Dans le cas de l'Algérie, l'issue sociale n'a pas encore été décidée, mais en tout cas la coalition temporaire entre Ben Bella et Ferhat Abbas n'a pas empêché la révolution d'avancer sur la route conduisant au renversement de l'Etat bourgeois.

Pourquoi la coalition n'a-t-elle pas bloqué la victoire de la révolution à Cuba ? Parce qu'elle a été brisée au moment décisif. Quand la révolution cubaine attelgnit le point où il était capital de nationaliser les grands domaines et de briser l'emprise étouffante du capital impérialiste et indigène sur l'agriculture, tous les représentants de la bourgeoisie «•nationale » quittèrent le gouvernement ou recurent un coup de pied au derrière. Ils passèrent dans le camp de la contre-révolution, confirmant ainsi, une fois encore, un autre postulat de base de la révolution permanente, à savoir que les tâches fondamentales de la révolution démocratique bourgeoise dans les pays arriérés, à répoque de l'impérialisme, ne peuvent être résolues ou mêmes tolérées par la bourgeoisie « nationale », mais exigent une révolution prolétarienne et l'établissement d'un Etat ouvrier comme précondition nécessaire. Et comme Trotsky l'a démontré à. plusieurs reprises, une réforme agraire

NALE 45 radicale est précisément la tâche fondamentale de la révolution démocratique bourgeoise.

Autrement dit, un gouvernement de coalition ne constitue pas un obstacle absolu au renversement du capitalisme lorsqu'il s'agit d'un simulacre de coalition (quand les ministres bourgeois sont des captifs parce qu'ils ont déja perdu tout pouvoir réel dans l'économie et l'Etat au profit de leur ennemi de classe) ou bien s'il s'agit d'une phase passagère qui est dépassée par le développement de la révolution.

N'est-il pas évident que, dans ces conditions, les références faites à pareils « précédents » pour excuser la coalition à Ceylan sont dépourvues de la moindre justification ? Ceylan n'est pas occupé par l'armée soviétique. La bourgeoisie ceylanaise n'a pas été privée de son pouvoir par des moyens « bureaucratico-militaires ». Mme Bandaranaike n'est pas la captive languissante de MM. Perera, Moonesinghe et Cholmondeley Goonewardene. Le pouvoir économique et étatique demeure absolument intact aux mains de la bourgeoisie ceylanaise sans parler de la forte emprise de l'impérialisme britannique. On ne peut hasarder l'analogie la plus lointaine avec les exemples est-européens de 1945-1948.

Quant à l'autre analogie, personne n'a malheureusement pu observer jusqu'à présent des événements révolutionnaires à Ceylan qui soient en aucune façon comparable à ceux de Cuba et d'Algérie. Pas l'ombre d'une occupation spontanée d'usines et de grandes propriétés par les ouvriers et les paysans pauvres. Nous ne sommes pas confrontés par une tentative désespérée de la bourgeoisie libérale prise de panique pour tenir, serait-ce accrochée aux basques d'un gouvernement révolutionnalre, dans le sillage d'une puissant soulèvement populaire. Nous ne sommes pas confrontés avec une équipe de dirigeants du LSSP résolus à pousser de l'avant à tout prix une révolution montante jusqu'à ce qu'elle atteigne une rupture complète avec impérialisme et exproprie les classes possédantes, même s'il faut balayer un gouvernement de coalition. Au contraire : la réalité c'est qu'un gouvernement bourgeois libéral vient de duper le principal parti de la classe ouvrière en l'intégrant dans un gouvernement de coalition afin d'empêcher une poussée du mouvement de masse, afin d'étouffer l'action des masses, afin de mettre fin à la menace potentielle d'une révolution. Et loin de se montrer prête à briser toute coalition falsant obstacle, la majorité de la direction du LSSP a manifesté une honteuse avldité de participer à une telle coalition aux conditions posées par les maîtres bour-

INTERNATIONALE geois. Toutes les références aux révolutions cubaine et algérienne sont donc aussi déplacées que les références à l'Europe de l'Est. Nous avons un cas classique de collaboration de classes dans un gouvernement de coalition dans le but de « tromper, diviser et affaiblir les ouvriers », comme Lénine l'exprima si justement.

La vraie nature des « coalitions » passagères en Europe orientale et à Cuba fut dévoilée par le caractère transitoire même et les résultats socio-économiques qui devinrent évidents : expropriation de la bourgeoisie, rupture avec l'impérialisme, destruction de l'Etat bourgeois et de l'armée et de la police bourgeoises, lente émergence d'un appareil d'Etat d'un caractère qualitativement différent. S'il s'avère - à la surprise générale - dans un proche avenir qu'un processus comparable

Seul un secteur des cadres dirigeants du LSSP était intégré réellement dans la IV° Internationale. Le mouvement international n'avait aucun moyen d'influencer les membres de la base du parti sauf à travers ces cadres. Mais il faut dire, en toute objectivité, que ces cadres étaient également politiquement beaucoup plus avancés et beaucoup plus proches du programme général et de la ligne politique actuelle de la IVe Internationale que le membre moyen du LSSP. Pour ces raisons, la direction internationale n'eut pas d'autre alternative depuis le début, c'est-à-dire depuis la reconstitution d'un centre international à l'issue de la deuxième guerre mondiale et dès les premières relations officielles avec la section ceylanaise et ce même si quelque autre recours paraissait judicieux, que de tenter de rapprocher graduellement le LSSP des normes d'une organisation de type réellement léniniste par une collaboration fraternelle avec la direction du LSSP. Ce qui impliquait essentiellement une éducation patiente.

Ce problème n'était pas une question de tactiques correctes ou erronées. La même ligne fut suivie avec constance de 1945 à 1964. Ce qui était en cause était un principe organisationnel de base : comment sélectionner des dirigeants nationaux et internationaux dans la IVe Internationale. Nous ne croyons pas qu'une intervention brutale d'un centre international puisse être un ersatz pour la sélection patiente, selon un mode démocratique, d'une direction révolutionnaire mûre dans chaque pays. L'Internationale peut et doit aider à clarifler les problèmes politiques ; mais 1l est de son devoir de s'abstenir d'ériger artificiellement de l'extérieur des tendances ou des fractions ou de se livrer à des représe déroule à Ceylan, nous admettrons évidemment, humblement, que nous nous sommes trompés et que cette coalition n'était après tout qu'une phase momentanée dans la montée de la révolution ceylanaise. Mais nous constatons que personne, parmi les dirigeants du LSSP, absolument personne, n'a osé jeter ce défi à ceux qui les accusent de trahison. Au contraire ils ne promettent d'un air coupable qu'un petit nombre de réformes misérables (des comités ouvriers consultatifs dans l'industrie étatisée tels que Winston Churchill en introduisit dans les entreprises britanniques voici près de vingt-cinq ans !) qui ne menacent en aucune façon la propriété bourgeoise et l'Etat bourgeois. Quand une révolution authentique éclatera à Ceylan, elle ne sera très certainement pas la conséquence de quelque inspiration de ce gouvernement. sailles organisationnelles envers les directions nationales qui suscitent des malaises ou des réserves par leurs tendances politiques. Agir autrement ne mènerait pas à la clarification politique mais conduirait inévitablement à voir se substituer des griefs organisationnels à la discussion politique et ainsi entraver et retarder à la longue le processus de création d'une direction révolutionnaire indépendante d'esprit.

L'influence que le centre international chercha à exercer sur les dirigeants du LSSP se divise en deux périodes nettement démarquées par l'expérience de 1960.

Avant 1960, la direction internationale était préoccupée par des attitudes erronées à propos de questions diverses mais limita ses communications au Bureau Politique et au Comité Central, occasionnellement aux conférences du parti. Elle critiqua le manque d'intégration de la direction du LSSP dans l'Internationale, l'absence de cotisations financières proportionnelles à sa force organisationnelle, le fait qu'elle n'ait pas maintenu des relations étroites avec la section indienne (qui fut brusquement abandonnée par les camarades ceylanais vers la fin des années quarante), l'absence d'une structure organisationnelle de type léniniste, le défaut d'un recrutement systématique spécialement parmi les ouvriers des plantations, le manque de travail éducatif du parti, etc. Sur certains points, ces critiques aboutirent à des résultats favorables. Les conférences-assemblées de membres furent formellement abandonnées. L'activité dans la population tamile devint plus énergique, un journal tamile fut publlé, un syndicat des ouvriers des plantations de langue tamile fut organisé avec des

LA IV® INTERNATIONALE ET LE L.S.S.P.

LA IV® INTERNATIONALE ET LE L.S.S.P.

résultats prometteurs. Les Ligues de Jeunes devinrent une organisation de masse, regroupant des dizaines de milliers de jeunes, qui sympathisaient avec le LISSP. Une tentative, ultérieurement abandonnée, fut entreprise pour engager le parti à étudier le problème agraire. Diverses tentatives (qui échouèrent) furent faites pour amener les principaux dirigeants du parti à abandonner les activités qui les empêchaient de participer à plein temps au travail du parti.

L'Internationale eut en plusieurs occasions des raisons d'être fière du LSSP et de sa direction, ainsi par exemple lors du hartal de 1953, des émeutes raciales de 1958 et durant la vague de grèves de 1961. Dans des cas comme les émeutes raciales, ils maintinrent haut la bannière de l'internationalisme avec opiniâtreté, luttant avec ténacité contre la pression chauvine petite bourgeoise montant de toutes parts Jusqu'à ce qu'elle atteignit le niveau de pogrome, n'abandonnant cependant à aucun moment la. lutte pour un statut égal entre Cinghalais et Tamils, défendant constamment les droits politiques de la minorité opprimée, même au prix de la « popularité ». Il est attristant de constater qu'un aussi bel acquis fut gâté en 1963 lorsque la direction du parti commença à abandonner ce qu'elle avait maintenu en dépit des difficultés les plus pénibles, faisant des concessions pour des raisons opportunistes sur la question linguistique aux directions du PC et du MEP pendant les négociations du Front Uni de Gauche. . La décision du LSSP après les élections de 1960 d'accorder son appui au gouvernement de Mme Bandaranaike signifia la fin brutale de ce stade des rapports entre les directions du LSSP et de la IVe Internationale. Il était clair que le problème n'était plus celui d'un suivisme occasionnel ou d'une menace opportuniste pouvant être corrigée par la discussion fraternelle et la collaboration dans un esprit de camaraderie. Des mesures plus vigoureuses étaient requises pour ramener le LSSP, ou du moins une partie de ce parti, au marxisme révolutionnaire.

C'est pourquoi la décision du LSSP de soutenir le gouvernement Bandaranaike en 1960 fit l'objet d'un blâme public sévère de la part de la direction de !'Internationale. Et quand la direction du LSSP ne corrigea pas cette grave erreur après un avertissement public de la part de la IV• Internationale, le 6º Congrès Mondial qui se réunit à la fin de 1960, critiqua et attaqua à nouveau la section ceylanaise pour sa conduite opportuniste, mesure sans précédent dans l'histoire de l'Internationale envers une organisation n'ayant pas fait scission. En même temps, et tout à fait indépendamment du 6e Congrès

NALE :47 Mondial, The Militant, hebdomadaire americain exprimant le point de vue du Socialist Workers Party, trouva également nécessaire de condamner publiquement le soutien opportuniste que la direction du LSSP offrait à un gouvernement bourgeois.

Cette pression du mouvement ouvrier trotskyste ne fut pas sans résultats. La direction LSSP esquissa une retraite. | En 1961 elle n'approuva plus le budget. La flambée de militantisme de la classe ouvrière favorisa cette évolution. Le tournant à gauche de la direction du LSSP motivait de la satisfaction.

Et pour la première fois depuis la naissance de la section ceylanaise on pouvait noter que l'organisation disposait à présent d'un représentant permanent dans la direction internationale (représentant qui se trouvait être un membre dirigeant de la tendance de gauche).

Quand le 7º Congrès Mondial se réunit, préparant le terrain pour le Congrès de Réunification de la IVe Internationale qui suivit, les délégués, et parmi eux Edmund Samarakoddy, actuellement secrétaire du LSSP (SR) étaient confrontés par un nouveau tournant de la direction du LSSP, tournant qui prit naissance en mars 1963, l'orientation vers un front uni de toutes les organisations ouvrières de Ceylan. Sur le plan syndical, ce tournant donna tout de suite les résultats les plus prometteurs, fait que nous avons déjà noté. Au niveau politique le virage s'exprimait par une campagne en faveur du Front Uni de Gauche des partis ouvriers.

C'était incontestablement un pas en avant comparé au soutien du gouvernement SLFP. Il avait le mérite de présenter une alternative ouvrière au gouvernement bourgeois. Le Congrès Mondial salua correctement la justesse de cette nouvelle orientation. En même temps, le Congrès attira l'attention - aussi bien publiquement que par une lettre spéciale au LSSP - sur quatre questions fondamentales soulevées, par le tournant et qui, de l'avis du Congrès, n'avaient pas été correctement traitées par la direction du LSSP : 1) Analyse critique insuffisante de l'erreur de 1960 (4) ; 2) Manque de clarté à propos de la nature extra-parlementaire et des potentialités du front uni de gauche contrastant avec ses aspects parlementaires; 3) absence de toute espèce de critique publique par le LSSP de la politique opportuniste du PC et du MEP, contratrement à la conception léniniste du front uni : 4) absence d'intégration des ouvriers tamiles des plantations et de leurs organisations dans le Front Uni de Gauche. (Cette

(4) Voir Quatrième Internationale, no 19, Juillet 1963, p. 49.

QUAT question prit l'aspect d'un véritable scandale du fait qu'ils ne furent pas invités à la tribune de la manifestation du ler mai 1963, et le Congrès critiqua vivement la direction du LSSP à ce propos).

La direction du LSSP, désormais confrontée avec une tendance de gauche officiellement constituée au sein du parti réagit à nouveau partiellement à la pression de l'Internationale. Elle adopta quelques mesures sur la question de l'intéressement des ouvriers tamiles au projet de programme pour le Front Uni de Gauche, mais ce ne fut que pour capituler partiellement sous la pression du PC et du MEP. L'ULF se mit à organiser de grandes manifestations de masse auxquelles participèrent des dizaines de milliers d'ouvriers et de paysans, prouvant ainsi clairement la popularité et l'accueil fait à la génération de l'ULF et la possibilité objective de lancer une campagne générale en faveur de l'accession au pouvoir d'un gouvernement ULF sur un programme socialiste. Les luttes grévistes de la classe ouvrière s'intensifièrent continuellement. Le programme des 21 points fut adopté par tous les syndicats. Une manifestation monstre de 40.000 personnes l'appuya le 21 mars 1964.

C'est à ce moment que N.M. Perera, en opposition complète avec le programme du parti et les décisions de ses conférences, se lança traitreusement dans des négociations secrètes avec Mme Bandaranaike dans le but d'entrer dans un gouvernement de coalition. Mme Bandaranaike a exprimé très clairement et très franchement les raisons pour lesquelles elle désirait un tel gouvernement :

« Nous pourrons faire autant de travail progressiste que nous voudrons, nous ne pouvons en attendre des résultats sans la coopération de la classe ouvrière. Ceci peut se comprendre si l'on considère le fonctionnement du Port et d'autres entreprises nationalisées. Nous ne pouvons reculer. Nous devons avancer. Les interruptions de travail et spécialement les grèves et les ralentissements du travail doivent être éliminés et le développement du pays doit se poursuivre.

« Certaines personnes ont diverses idées à ce sujet. Certains sont d'avis que ces difficultés peuvent être éliminées par l'établissement d'une dictature. D'autres disent que les ouvriers doivent être contraints de travailler à la pointe du fusil et de la baïonnette. Ma conclusion est qu'aucune de ces solutions ne nous aldera à réaliser ce que nous voulons... C'est pourquoi, Messieurs j'ai décidé d'entrer en pourparlers avec les dirigeants de la classe ouvrière et plus particulièrement M. Philip Goonewardene et le Dr N.M. Perera. » (Discours du 10 mai 1964).

Dès que le Secrétariat Uniflé de la. IV• Internationale fut informé de cette démarche, il envoya une lettre au Comité Central du LSSP, le 23 avril 1964, le prévenant de ne pas faire ce pas qui serait une trahison absolue, et opposant à l'idée d'une coalition avec un parti bourgeois la perspective correcte d'un gouvernement de front uni de tous les partis ouvriers basés sur un programme socialiste. Le Plénum du Comité Exécutif International de la IVe Internationale qui eut lieu en mai 1964 approuva cette position à l'unanimité. En même temps il fut décidé d'envoyer un représentant de la IVe Internationale pour assister à la conférence spéciale du LSSP, démontrant clairement à tous, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du parti à Ceylan, que la IVe Internationale n'aurait rien à voir avec la trahison si Perera réussissait à l'exécuter (5).

Grâce à cette collaboration entre l'Internationale et l'action courageuse de la tendance de gauche du LSSP, la bannière du trotskysme demeure immaculée à Ceylan : la IV• Internationale n'est pas identifiée avec le cours opportuniste désastreux de MM. Perera, Moonesinghe, et Cholmondeley Goonewardene. Le gros des cadres formés au trotskysme a été sauvé pour la révolution ceylanaise. Quand éclatera le heurt inévitable entre la classe ouvrière ceylanaise et le gouvernement capitaliste, de nombreux membres ouvriers du LSSP qui ont erronément suivi N.M. Perera se tourneront vers le LSSP (RS). Des couches nouvelles d'ouvriers militants rejoindront l'organisation qui a su résister fermement à l'aile opportuniste. A condition d'une orientation correcte, d'un rejet résolu de toutes les habitudes opportunistes et sectaires du vieil LSSP et un tournant énergique vers le travail de masse et l'éducation des masses auprès des ouvriers et des paysans pauvres, le LSSP (RS) peut et veut construire une autre direction révolutionnaire des masses laborieuses à Ceylan.

Quelles sont les leçons à tirer de cette expérience ? L'opportunisme reste un danger constant pour toute organisation révolutionnaire qui a gagné une influence de masse, spécialement si elle fait face à des conditions où la révolution est retardée. Il n'existe d'autre garantie décisive

(5) Le séjour du camarade Pierre Frank à Ceylan pendant et après la conférence du LSSP aida grandement la cause de la IVe Internationale. Ses déclarations furent rapportées en détail dans la presse ceylanaise et il put ainsi rendre évident au grand public en général que la IV° Internationale rejetait la politique de coalition de Perera et n'avait rien à voir avec ses actes et ses négociations.

contre ce danger que l'éducation marxisterévolutionnaire achevée des cadres par l'étude et l'action. Les membres du parti doivent s'enraciner dans la classe ouvrière et assimiler le programme de la IV° Internationale jusqu'à ce qu'il devienne une seconde nature, sans aucune illusion quant à un quelconque « exceptionnalisme ».

Les déviations opportunistes du groupe Perera sont tellement spectaculaires et tellement criminelles qu'elles sont aisément perçues. Mais ceci ne devrait pas nous induire à négliger le type d'erreur opposé qui peut s'avérer tout aussi nocif du point de vue de la construction de partis révolutionnaires de masse et la préparation pour une action révolutionnaire sur grande échelle. Ceci est une erreur de sectarisme et d'ultragauchisme qui apparait souvent comme compensation à l'opportunisme. Cette erreur est beaucoup moins spectaculaire et ceux qui en sont la victime en ont rarement la conscience troublée ; par conséquent elle peut souvent paraître plus insidieuse en tant que cause responsable de l'inaptitude des cadres révolutionnaires à saisir l'occasion d'une grande percée possible vers l'influence de masse. L'opportunisme représente généralement une concession à la pression dírecte d'un milieu de classe hostile. Dans des pays sous-développés, le suivisme par rapport aux masses fraye la voie à l'adaptation opportuniste aux partis bourgeois exerçant momentanément une grande influence auprès des masses. La nature sociale d'un tel opportunisme est très claire : adaptation à la petite bourgeoisie qui à son tour suit la direction de la bourgeoisie nationale libérale. Les racines d'un tel opportunisme sont « nationales » et non « internationales ». La petite bourgeoisie - parler dans ce contexte de bourgeoisie libérale est ridicule - ne peut directement influencer la IVe Internationale avec sa forme de pression particulière. Sa pression s'exerce sur des sections nationales qui se situent justement dans un rilieu donné où une telle

NALE 49 influence est possible. Pour combattre cette pression la IV• Internationale dispose du soutien de ses sections qui sont libres de cette pression, ou plus capables d'y résister, plus une équipe de dirigeants qui tendent, par une longue expérience, par les épreuves et par la sélection, à refléter les intérêts du mouvement dans son ensemble. Mais pour faire en sorte que ce soutien agisse de manière efficace dans une situation donnée, là où il peut précisément faire le plus de bien, il faut une certaine force matérielle.

Nous savons en tant que matérialistes que la politique est déterminée en dernière analyse non par les idées mais par les forces sociales. Même les idées les plus fortes ne triomphent pas s'il n'y a suffisamment de force matérielle derrière elles. Le contre-poids le plus puissant pour faire échec aux déviations opportunistes dans les sections nationales du mouvement trotskyste mondial est une Internationale forte avec une force de cohésion puissante et suffisamment de ressources matérielles pour rendre possible une aide politique effective dans les domaines et les régions où elle est la plus nécessaire, avec suffisamment de poids et de prestige pour couper court à toute tendance centrifuge et l'obliger à réfléchir à deux reprises avant de faire un pas décisif dans la vole de la rupture avec la ligne politique determinée par le mouvement trotskyste mondial à ses congrès.

La scission dans le mouvement trotskyste mondial en 1953 a indiscutablement affaibli les forces hostiles à l'opportunisme dans le LSSP. La réunification de 1963 est venue trop tard pour pouvoir renverser le courant. Que tous ceux qui ont cherché à bloquer cette unification, qui ont réussi à l'empêcher et à la retarder pendant quelques années, qui ont refusé d'y participer lorsqu'elle s'est finalement réalisée, ou qui ont agi depuis lors en vue d'affaiblir la cohésion et la force de l'Internationale, méditent la leçon de Ceylan. Ils portent une lourde responsabilité dans la perte d'une partie des cadres révolutionnaires dans ce pays.

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