Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 22

Alfred Rosmer (1877-1964)

Quatrième Internationale, n° 22 · juillet 1964 · p. 10-11 · 793 mots

In English: Alfred Rosmer (World Outlook Vol. 2, No. 20, 15 May 1964).

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(1877-1964) Le 6 mai est mort Alfred Rosmer, à l'âge de 87 ans. Avec Rosmer disparait un des derniers survivants d'une période, oubliée ou défigurée, du mouvement ouvrier. Il appartenait avant la guerre de 1914-1918 à cette partie du courant syndicaliste révolutionnaire qui se regroupait autour de la Vie Ouvrière dirigée par Monatte. C'etait sans aucun doute l'aile la plus révolutionnaire du mouvement ouvrier français à cette époque, réagissant vigoureusement contre l'opportunisme et le parlementarisme du Parti socialiste et aussi contre des courants de scepticisme au sein de la C.G.T. de l'époque; mais elle ne possédait aucune conception théorique solide, autre sur la question de l'Etat. c'est cette aile qui fut, en France, le pivot de la résistance à l'Union sacrée Tole de premier plan, notame lat aue les de lien etat a 1914 et de la lutte contre rares partisans de Zimmerwald, ce premier essai de regroupement internationaliste contre la première guerre impérialiste.

C'est aussi dans cefte lutte pour l'internationalisme prolétarien que Rosmer fit connaissance avec Trotsky. De cette époque naquit une longue amitié qui se manifesta surtout dans les moments ics plus difficiles.

Rosmer apporta son adhésion à la Révolution d'Octobre ,fut membre du Comité de la 1l|° Internationale et, après la scission de Tours (fin 1920), occupa des fonctions dirigeantes dans le Parti Communiste qui venait de naître. Il fut membre du Bureau politique et il fut également élu à l'Exécutif de l'Internationale Communiste. Partisan de la tendance de gauche du Parti communiste de France, il fut, au lendemain du Congrès de Paris (1922) et du IV• Congrès de l'Internationale communiste, chargé en fait de la direction de l'Humarité.

La crise du mouvement communiste, sa bureaucratisation qui devait culminer la victoire du stalinisme, l'amena des premiers dans l'opposition, et il fut exclu du P.C. avec Monatte et Delagarde.

A partir de ce moment, il occupa une position à part, en dehors des groupes d'opposition organisés. l1 collabora Révolution prolétarienne, sans qu'on puisse l'identifier aux positions et à l'évolution qu'a connues cette publication. En 1929, après l'expulsion de Trotsky de l'Union soviétique, et de celui-ci, il fut au centre du petit groupe qui lança la Vérité, et fut vraiment à l'origine du mouvement trotskyste en France. Mais il s'en sépara au bout d'environ dix-huit mois, et cela entraîna aussi une absence de relations avec Trotsky pendant plusieurs années, avant de reprendre des rapports suivis dans l'action contre les infâmes procès de Moscou. Il participa à la Commission Dewey, qui fut une sorte de contre-procès.

Pour revenir à la rupture de Rosmer avec le mouvement trotskyste organisé, la cause profonde en est à trouver dans le fait que Rosmer, si grande qu'ait été l'évolution du syndicalisme au communisme (à la différence de amis de la Révolution prolétarienne. en réaction au stalinisme, il ne retourna pas aux idées d'avant 1917), il n'était pas devenu un homme de parti, d'organisation. Son domaine était le journalisme, les essais, l'histoire. Il ne pouvait se faire aux difficiles problèmes soulevés par la tentative qu'avec Trotsky, et ensuite après lui, nous poursuivons de reconstruire un mouvement vraiment communiste. indépendamment de nous, mais au fond dans le même sens, et ses rapports avec nous amicaux. La IV° Internationale n'oubliera jamais qu'elle tint de fondation, en sepfenbre 1938, chez Rosmer, dans sa « grange », à Périgny, aux environs de Paris.

A partir des années 30, Rosmer servit le mouvement ouvrier avant tout par des travaux littéraires. Il écrivit ses deux tomes du « Mouvement ouvrier pendant la première guerre mondiale » - un ouvrage d'histoire de la plus grande valeur et, au cours des derniers mois de son existence, il travaillait à un troisième tome. Il écrivit également son « Moscou sous Lénine », rappelant ses souvenirs des séjours qu'il fit à Moscou dans les premières années de la Révolution d'Octobre. Dans ce livre remarquable, Rosmer donne, à plus de trento années de distance et avec une mémoire d'une netteté sans pareille, un tableau des efforts faits par Lénine et Trotsky pour associer et gagner au bolchevisme les meilleurs courants qui existaient dans le mouvement ouvrier mondial.

Depuis la mort de Trotsky, Rosmer avait été chargé par Natalia de la publication des œuvres de Trotsky dans les pays européens; après une longue période où il se heurta à une incompréhension de la part des éditeurs, il avait dans les dernières années vu ses efforts commencer à porter leurs fruits. Il n'est pas possible de parler d'Alfred Rosmer sans associer sa compagne, Marguerite, qui se dépensa sans compter et qui devait être emportée très rapidement en janvier 1962, de jours avant que disparaisse Natalia Trotsky.

La IVe Internationale adresse son dernier hommage à la mémoire du militant de la cause du prolétariat révolutionnaire que fut Alfred Rosmer.

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