Depuis février 1962 la guerre de l'Angola est entrée dans sa deuxième année. C'est en effet du 4 au 6 février 1961 qu'a eu lieu l'attaque des prisons de Luanda, de la radio et d'une caserne militaire, par une foule angolaise que dirigeaient des militants chevronnés du M.P.L.A. (Mouvement Populaire de Libération de l'Angola ).
La police. l'armée et les civils portugais riposterent, tuant dans la seule Journee du 5 février plus de 3.000 Africains. Un certain nombre de cadres nationalistes, ayant échappé aux massacres de Luanda, réussirent à gagner la campagne et organisèrent la résistance des travailleurs employés dans les plantations de la Baiya do Cassange dans le district de Malange.
Les populations du Nord du pays, encou-
Apparemment linitiative de la « violence » appartient aux masses angolaises, l'impérialisme portugais ayant été mis dans l'obligation de riposter pour « se défendre ": En réalité les événements de février 1961 à Luanda venaient à la suite d'une longue série de provocations et d'exactions de toute sorte de l'odieuse domination portugaise. L'attaque des prisons militaires et civiles de Luanda entreprise par la foule angolaise le 4 février 1961 visait à libérer les dirigeants et militants nationalistes arrêtés depuis le mois de mars 1959.
Le 8 juin 1960, la police arrêtait également, a Luanda, le leader nationaliste Agostin Neto qui, après avoir été conduit à Lisbonne, fut déporté sans jugement aux iles du Cap Vert.
Quand la population du village natal du Dr. Agostino Neto manifesta pacifiquement pour réclamer sa libération l'armée portugaise riposta, faisant plus de 30 morts et 200 blessés. Ce sont les massacres de Icolo et de Bengo.
Le 25 juin de cette même année 1960, l'abbé Joachim Pinto de Andrade, prêtre africain et personnalité bien connue en Angola pour ses prises de position anticolonialistes, fut également emprisonné ensuite déporté sans jugement. En juillet 1960 les troupes portugaises, considérablement renforcées après l'avénement du Congo à l'indépendance, effectuent de fréquentes incursions de terreur dans les quartiers africains de Luanda et à l'intéreur du pays, se livrant à des sévices, massacres et tortures de la population africaine.
Le but est naturellement de prévenir par la répression que la Révolution congolaise ne s'étende dans le sur, d'auragées par ces exemples, s'engagèrent à leur tour dans la lutte armée. Depuis l'Angola s'est installé dans la guerre.
Il s'agit là, de toute évidence, d'une nouvelle « guerre d'Algérie », allumée dans la partie sud du continent africain, au voisinage immédiat des réserves ultimes de l'impérialisme en Afrique : Afrique du Sud et Rhodésies.
Pris entre le Congo embrasé qui cherche sa révolution manquée, et cette partie de l'Afrique ayant une forte minorité europeenne. bien organisee, bien determinee à défendre avec acharnement ses privileges exhorbitants, l'Angola est appelé à connaître une lutte dure, dont cependant l'issue finale ne laisse absolument aucun doute. tant plus que les Bakongo habitant le nord du pays appartiennent à la même ethnie que les Bakongo « français » et « belges » libérés.
L'influence quasi-directe des événements du Congo sur la résistance angolaise ne fait du reste aucun doute. Dès la libération du Congo (ler juillet 1960) l'idée d'une résistance même armée à l'adminisnistration colonialiste portugaise gagne du terrain non seulement dans les milieux nationalistes avancés de Luanda, mais également dans les régions forestières et les villes de Cabinda et de l'Angola du Nord.
Ce sont précisément les petits groupes. de résistants paysans rassemblés depuis cette date déja dans les forêts de l'Angola du Nord et de Cabinda . sous l'influence politique lumumbiste (1), qui répondirent aux massacres de Luanda de février 1961, en déclenchant, vers le 15 mars, une campagne de représailles contre les demeures, les plantations, les boutiques, les bureaux, les centres de communications des Européens.
Mais les origines plus lointaines et fon-. damentales de la guerre de l'Angola, qui ne saurait évoluer autrement qu'en tant que guerre-révolution, qu'en tant que Révolution angolaise, se trouvent naturellement dans les caractéristiques et conséquences du joug impérialiste séculaire des Portugais sur le pays.
Certes on ne saurait parler d'occupation effective portugaise du territoire qui constitue aujourd'hui l'Angola, que depuis le traité de Berlin du 26 février 1885 consacrant le partage de l'Afrique entre (1) Comme il est expliqué plus loin.
ORIGINES IMMEDIATES ET LOINTAINES
ORIGINES IMMEDIATES ET LOINTAINES les puissances impérialistes. Cependant, jusqu'en 1922, la conquête militaire de l'Angola par les Portugais n'était pas encore, parachevee, tant furent grandes et opiniatres la resistance et les révoltes repétées, — environ une tous les 12 ans -de la population de l'intérieur.
Ce qui veut dire que l'occupation administrative de ce territoire grand comme deux fois et demie environ la France, et peuplé de près de 4,5 millions d'habitants, n'a effectivement . commence qu'à cette date (1922). C'est à partir de cette date que la colonisation de peuplement européen, forte actuellement de quelque 209.000 personnes, s'étend à l'intérieur et que se développent les grandes compa-
En elfet ces derniers se divisent en trois grandes catégories :
a) Les travailleurs forcés. véritables bêtes de somme, en majorité des paysans qui englobent environ 50 % de la masse des travailleurs africains. Théoriquement cependant le système du travail libre fut institué en Angola dès 1906.
Les travailleurs forcés sont recrutés par la convention Colons-Administrateur, travaillent souvent 12 heures par jour et ne touchent en moyenne que 3,50 dollars par mois. C'est l'administrateur qui donne l'ordre aux Chefs coutumiers indigènes de lui envoyer des hommes forts et robustes pour la culture du café, du palmier, etc. Ceux-ci sont expedies a " longa et à Catete » où ils cultivent les champs sous la surveillance des forces armées (3). Le travail forcé est incontestablement une des principales causes de l'avilissement des conditions matérielles, physiques et culturelles de l'Africain ; b) Les travailleurs libres, engagés dans les entreprises des colons sous contrat unilatéral signé gouvernement-colons, avec un salaire journalier fixé à 3 escou-
Dans un pays où règnent des conditions sociales pareilles, où 99,3 % de la population les indigènes, comme les considère la loi portugaise, ne participent pas aux élections, et où le taux d'analphabétisme
(2) Selon le Père Dieudoni.
(3) Voici comment Marcelo Caetano, exministre portugais des Colonies, justifie le travail forcé: « La main-d'œuvre ne vient pas spontanément... c'est-à-dire : la demande ne correspond pas a une offre proportionnelle de bras. Les recruteurs ont dû parcourir la brousse à la recherche d'hommes valides pour travailler dans les plantations, les fabriques, les mines, les ports et les transports, et les autorités administratives ont dû intervenir pour discipliner le recrutement, d'autant plus que l'Etat a besoin de travailleurs pour les travaux publies. Et comme on ne peut pas toujours installer les exploitations européennes là où la maind'œuvre abonde, il en résulte que le recrutement pour le travail aux dépens d'autrui, au moyen de contrats qui durent six mois en général, détermine l'envoi des travailleurs vers des régions très distantes de celles où ils habitent». (M. Caetano, Os Nativos na Economia Africana - Coimbra 1954).
NALE 39 gnies concessionnaires qui exploitent les vastes plantations de café, les mines de diamants Les Portugais arrivèrent polede fer, de manganèse, pétroles. Portugais arrivèrent pourtant en Angola des 1482, et pendant les cent ans qui suivirent ils occupèrent plu_ sieurs points d'appui le long de la côte. Entre 1700 environ et 1850 la principale exportation du pays devint le commerce des esclaves, 15 millions de Noirs (2) avant été envoyés vers les plantations de l'Amérique du sud! Le trafic d'esclaves avait été officiellement aboli en 1836, mais l'esclavage camouflé, trait particulier caractéristique de l'impérialisme portugais continue pour des millions de travailleurs angolais ! dos 30 centavos, soit sept dollars environ par mois ! Le travailleur reçoit son salaire 15 jours après la fin du mois. Entre temps il se sert de bons qui lui donnent droit de s'alimenter aux cantines des colons bons payés naturellement par son salaire. Les droits syndicaux sont par ailleurs inexistants, 95 % des travailleurs africains étant privés de toute organisation syndicale légale (4) ; c) Les travailleurs intellectuels, auxqueis est attribué le titre d'assimilados jouissant en principe des mêmes droits que les Portugais et qui représentent cependant moins de 1 % des Africains.
Au total le nombre officiel des travailleurs angolais s'élève à quelque 800.000 dont 150.000 travailleurs dans les industries et plus de 500.000 dans l'agriculture. taires privés et pour l'Etat colonial, ainsi Mais le travail salarié pour les que le travail forcé (pour la construction et l'entretien des routes, des ponts, fabrication de briques, plantations, etc.) fabrication de englobe en réalité environ 2,5 millions l'Africains (hommes, femmes et enfants de moins de 12 ans). est supérieur à 99 %, constituant une barrière supplémentaire pour accéder au statut des assimilés, il ne reste en définitive que la voie de la « violence » c'est-à-dire de la lutte armée, comme moyen unique de libération nationale collective, et de réhabilitation individuelle.
Le mouvement politique national angolais, avant qu'il ne débouche sur la voie « algérienne » et « cubaine », c'est-àdire de la lutte armée basée sur la paysannerica l'histoire générale des mouve sannerie, a parcouru toutes les phases propres
(4) Il y a seulement deux syndicats légaux : le Syndicat National des Chauffeurs, Cheminots et Métallos et le Syndicat National des Employés du Commerce et de l'Industrie, à prépondérance européenne et dont la direction est nommée par le Gouverneur Général et par le Ministre des Colonies.
Le syndicalisme clandestin est représenté par l'Union des Travailleurs et Ouvriers Noirs de l'Angola (UTONA), qui a son siège en Angola même, et lUnion Nationale des Travailleurs Angolais (UNTA), qui a son siège à Léopoldville.
LES TRAVAILLEURS ANGOLAIS
NATIONAL ANGOLAIS
LES TRAVAILLEURS ANGOLAIS
NATIONAL ANGOLAIS
INTERNATIONALT ments d'émancipation des peuples coloniaux. Pendant longtemps, on se berça d'illusions assimilatrices d'avec l'occupant ou de réformes, ou d'accès par « voie légale » à l'indépendance dans l'« association », la « coopération » avec la métropole impérialiste. Mais tout cela naturellement, tout ce mouvement qui se limita aux cercles intellectuels des « évolués » échoua inexorablement, dans le cas plus particulier de l'impérialisme portugais atrophié, qui puise puissance économique et « prestige » dans l'exploitation moyenâgeuse d'un empire de quelque 13 millions d'habitants.
C'est l'accentuation du caractère fascis_ te du régime de Salazar instauré au Portugal en 1928 qui précipita l'évolution et la maturation du mouvement national angolais. En 1929 les Africains de Luanda fondent d'abord La Liga National Africana (L.N.A.), ensuite le Gremio Africano (Corporation Africaine), appelé plus tard Associaçao Regional dos Naturais de Angola (ANANGOLA). Indigènes africains se polarisent à l'ANANGOLA, assimilés à la LNA. Même cette dernière organisation connait, au cours de la deuxième guerre mondiale, une crise insurmontable, sa base plébéienne exigeant l'abandon des méthodes réformistes de lutte et l'adoption de méthodes de lutte directe des masses. Sa direction corrompue par l'impérialisme, noyautée par la police, ne sut nullement répondre aux aspirations des masses.
Il faut attendre les premières années
M.P.L.A. et U.P.A. sont actuellement les principales organisations politiques du mouvement national angolais, qui revendiquent la direction de la Révolution angolaise commencée. Il est difficile d'établir à l'heure actuelle leur influence respective exacte sur les masses angolaises en lutte.
Le M.P.L.A. semble contrôler les ma_ quis opérant dans les districts de Luanda, Quanza Norte et Malange, tandis que I'U.P.A., ceux du Nord du pays le long de la frontière Congo-Angola.
LU.P.A. qui a ses racines dans la population d'un demi-million d'Angolais vivant au Congo à la suite d'une émigration commencee il y a deja deux siècles, ne fut à l'origine qu'une excroissance congolais. point que son principal leader actuel, Holden Roberto, révélé au public international pour la première fois lors de la Conférence d'Accra en 1958 semblait bien n'être à l'époque qu'un disciple de Lumumba, introduit depuis grâce au prestige de ce dernier, dans la confiance des milieux nationalistes atricains dirigeants. Revendiquant avoir initié la lutte armée des paysans angolais, partie selon lui le 15 mars 1961 du district du Congo, du Nord de l'Angola, Holden Roberto refuse la création d'un Front de Libération de l'Angola dans lequel participerait sur un pied d'égalité le M.P.L.A., et proclame son de l'après-guerre pour que, de la jeunesse angolase des villes, de Luanda en particulier, et celle étudiant à létranger, a Lisbonne, à Paris, émerge un mouvement national culturel, prodrome du mouvement national politique actuel. Poetes et écrivains angolais, noirs et métis, donnent naissance à un embryon de conscience nationale, font parvenir les idées libératrices qui agitent le monde révolutionnaire me de da cesque de gie imperialiste d'après-guerre, et passent à l'aiportugaise.
Agostino Neto, Mario de Andrade, Vinato Cruz, Illidio Machado, représentants de la poésie et de la littérature nationale angolaise naissante, cristallisent dans les annees 30 sur le plan culturel les aspirations nationales de la jeunesse et des masses angolaises.
En décembre 1956 des dirigeants du Partido da Luta Unida dos Africanos de Angola (PLUA), organisation clandestine de masses, créé peu auparavant, et d'autres organisations, fondèrent le Mouvement Populaire de Libération de l'Angola (MPLA) organisation politique africaine de masses, créée à Luanda, à l'intérieur de lAngola, par des Africains qui n etaient Jamais sorts de leur pays.
Parallèlement à ces développements à l'intérieur de l'Angola, les nationalistes angolais des milieux émigrés au Congo (ex-Belge). ). fondèrent en 1954 l'UNIAO das Populaçoes do Norte de Angola, devenue en 1958 UNIAO das Populaçoes de Angola (U.P.A.) organisation lU.P.A. direction unique et exclusive de la Révolution angolaise.
Le M.P.L.A. ne conteste pas l'action menée par les paysans du district du Congo, ni l'influence politique exercée sur eux par l'U.P.A.L. (5). Il affirme cependant avoir ete, lui, à l'origine des événements de Luanda en tevrier 196l, qui précipiterent laction des paysans du Nord et avoir généralisé ensuite cette action dans toute la partie du Centre du pays. Il réclame d'autre part avec insistance la création d'un Front Unique, incluant aussi bien lui-même que I'U.P.A.
Sur le plan du programme, les diiterences entre ces deux organisations ne paraissent pas importantes à l'étape actuelle, toutes deux mettant l'accent sur l'objectif primordial de la lutte nationale anti-impérialiste pour l'indépendance nationale. Mais les expériences algérienne et congolaise, entre autres, ont bien montre que la division du mouvement natio_ nal perpétuée en pleine action directe des masses n'est ni un accident, ni le produit des rivalités de personnes, ou de tribus. ou d'ethnies. Elle se développe, en définitive, selon des lignes de classe précises, la lutte nationale anti-imperialiste ayanı,
(5) Voir, entre autres, l'article « La lutte armée », paru dans le premier numéro du Journal Unigade Angolana, organe de combat du M.P.L.A., édite depuis décembre 1961 Léopoldville.
NATURE, PROBLEMES ET DIRECTION
DE LA REVOLUTION
NATURE, PROBLEMES ET DIRECTION
DE LA REVOLUTION
QUATRIEME dans le contexte historique actuel, inexorablement tendance à développer en révolution sociale visant à la fois l'indépendance politique et économique effective du • joug de l'impérialisme Seul un régire socialiste assurera en définitive un tel but. Mais déjà, lors de la phase nationale anti-impérialiste de la révolution, il est courant actuellement de voir le mouvement national africain se scinder en deux tendances, l'une « bourguibiste », c'est-à-dire bourgeoise et « pro-occidentale », c'est-à-dire pro-impérialiste; lautre, « castriste », c'est-à-dire s'orientant en définitive vers le socialisme et le dégagement effectif de l'influence de l'impérialisme.
Quiconque veut voir clair dans les développements de la révolution congolaise, doit tenir compte du rôle particulier que joue actuellement en Afrique, et en Afrique Noire plus spécialement, l'impérialisme américain. Pour des raisons à la fois économiques - qui tiennent aux richesses minérales et agricoles considérables de cette partie du continent - et politiques qui tiennent à l'importance stratégique de l'Afrique dans aussi bien périalisme yankee est décidé, à évincer les impérialismes mineurs (belge et portugais en premier lieu) rayer l'implantation de l'influence sinosoviétique dans cette région. A cet effet, il jouera à fond la carte du nationalisme noir, en favorisant y compris l'indépendance formelle sous des gouvernements « nationaux » évoluant dans son orbite économique et diplomatique. Exemple, l'opération qu'il mène actuellement au Congo, à travers le gouvernement central, à la fois contre Tschombé, instrument d'intérêts principalement anglais et en partie encore belges et même français et contre Gizenga, instrument soit d'une pénétration soviétique éventuelle, soit d'une résurrection d'un authentique ment révolutionnaire congolais.
Le mouvement national angolais ne saurait éviter d'exploiter les antagonismes inter-impérialistes, ni l'antagonisme « EstOuest » pour accélérer l'heure de l'indépendance nationale formelle. Mais, dans la mesure où celle-ci ne saurait être effective que dans le développement anti-impérialiste, social et socialiste de la révolution, il n'est pas sans importance pour les masses angolaises de savoir par quel canal précis se véhiculera, au sein du mouvement national angolais actuel, l'action de l'impérialisme yankee.
Un an de répression sauvage de l'impérialisme portugais, dont les effectifs atteignent maintenant quelque 60.000 hommes armés, n'a pu venir à bout de la rósistance héroïque des masses angolaises. Malgré 50.000 morts. 150.000 réfugiés et plusieurs centaines de détenus polititiques, la lutte commencée continue et continuera jusqu'à sa conclusion victorieuse.
Mais elle sera, nous l'avons noté déjà. très dure. C'est le sort de toute l'Afrique du sud, à forte colonisation européenne, qu est mis en cause par la Révolution angolaise. D'où la solidarité agissante des Rhodésiens et de l'Afrique du Sud envers
Salazar, et la modération de l'O.N.U. dans ses interventions encore toutes verbales sur cette question.
La guerre d'Angola en se prolongeant, en s'étendant vers le sud, en s'approfondissant en véritable révolution, risque d'embraser une région aussi explosive, et déjà aussi agitée dans ses profondeurs, qu'est l'Afrique du sud. Elle risque, d'autre part, d'amener la chute du régime Salazar, qui impulserait considérablement la révolution espagnole en gestation. C'est ce de limperialisme, explique la solidarité et la prudenqui se reflètent dans les votes de l'O.N.U. prêchant à Salazar une décolonisation formelle, contrôlée par étapes: de cette terre de souffrances séculaires.
C'est cependant par l'extension de la guerre dans la partie du sud du pays, peuplée de pasteurs nomades aguerris, quoique beaucoup moins nombreux que les habitants du centre et du nord du pays, qu'on libérera la révolution, en partie au moins, de l'aide actuellement octroyée par le Congo, conditionnée par des influences étrangères certaines et précises. Du même coup, on dispersera l'effort de la répression et on se rapprochera du front commun avec les masses de l'Afrique du sud les principales alliées naturelles et inévitables de la Révolution angolaise.
D'autre part, c'est en affirmant bientôt un programme social plus précis de la Révolution angolaise, mettant l'accent sur la question agraire en particulier, qu'on galvanisera davantage l'effort fourni par les masses paysannes, ossature de la révolution.
Les alliés européens de la Révolution angolaise ne sauraient que souhaiter ardemment la conclusion rapide d'un Front Unique Anti-impérialiste de toutes les organisations politiques angolaises. Mais Jeur devoir principal consiste à éviter les retards, les lacunes, les taiblesses qui ont marqué leur action en faveur de la Révolution algérienne, et à voler avec plus d'efficacité au soutien actif de la Révolution angolaise commencée.
En particulier par la formation de co. mités, larges, représentatifs, d'aide matérielle et morale à la Révolution angolaise. Ces Comités devraient organiser, sur la base d'un Front Unique anti-impérialiste et anti-colonialiste, tout d'abord de toutes les formations prolétariennes, politiques et syndicales ‚l'assistance financière, médicale, technique, militaire, de la Révolution angolaise, faire connaître et populariser sa ,cause, et promouvoir le boycott commercial et diplomatique du fascisme portugais.
Il s'agit de rétablir, dans la solidarité agissante effective, la soudure absolument nécessaire entre la révolution européenne et la révolution coloniale, dans un nouveau front parmi les plus valeureux, les plus poignants, de la lutte libératrice des peunles encore soumis à l'esclavage impérialiste.
20 février 1962.
(voir note page 56)
P.S. - Depuis que cet article a été écrit se sont produits divers événements qui ont ajouté à la confusion de la situation du mouvement nationaliste :
1) Le chef de l'état-major de l'Armée de Libération nationale, Marcos Kassanga, a dénoncé Roberto Holden et retiré la confiance de cette armée dans l'U.P.A. ; 2) Roberto Holden vient de constituer à Léopoldville un gouvernement de l'Angola. Cette confusion ne saurait évidemment diminuer la tâche soulignée dans l'article : assurer une aide matérielle et morale à la Révolution angolaise.