Le précédent document du Bureau latino-américain de la IV• Internationale, écrit le 27 septembre 1961, analyse correctement la ligne principale fondamentale et les conclusions et perspectives du processus de crise politique et sociale de la bourgeoisie brésilienne, rendue publique par la démission de J. Quadros.
Nous ajoutons ci-dessous les conclusions générales qui apparaissent après l'accession au pouvoir de J. Goulart.
La crise n'est pas résolue. Elle a été reportée. La remise de la présidence à J. Goulart s'est faite sur une base de compromis provisoire parce qu'aucune des tendances de la bourgeoisie ou de l'armée n'avait la force nécessaire pour imposer sa solution. Mais la solution, encore transitoire, s'est imposée en préparant les bases pour de nouvelles et plus profondes contradictions et crises.
Le changement du régime présidentiel en régime parlementaire modifie les normes, le rapport des forces politiques et le poids politique des diverses tendances de la bourgeoisie, prépare les conditions pour les arrangements et les alliances des partis bourgeois qui, précédemment, ne pouvaient se réaliser ou ne le pouvaient que sous une forme limitée.
Du point de vue bourgeois, le parlementarisme est un régime plus progressiste que le régime présidentiel, car il permet une expression plus democratique (bourgeoise) des élections. Mais, du point de vue de la situation que le Brésil a traversee et des interets des masses, 1l était possible d'imposer une Assemblee constituante pour permettre aux masses de se lever, entraînant les paysans pour pouvoir imposer le gouvernement ouvrier-paysan.
Le secteur de l'armée de Sao Paulo et Rio de Janeiro, allié à Lacerda et représentant limpérialisme yankee, se proposait de terroriser la population et d'imposer une solution politique sur la base d'un changement de la politique étrangère de Quadros, laquelle était de commercer avec les Etats ouvriers, de reconnaître la Roumanie, la Pologne et la Hongrie, et d'entamer des relations avec l'U.R.S.S. Ce secteur fut défait dans ses prétentions. Une majorité absolue écrasante de la bourgeoisie a profité de la crise pour essayer d'emprisonner Goulart dans les mains du Parlement. Elle ne le fit pas seulement pour asseoir Jes bases du compromis avec les militaires, mais pour contrôler elle-même Goulart et pour que chaque groupe de la bourgeoisie soit en condition d'obtenir les concessions et compromis qui ne pouvaient être obtenus avec le gouvernement présidentiel.
Le compromis n'apportera pas mentarisme est un compromis pour éviter la guerre civile, imposée par crainte des masses et des conséquences des luttes de celles-ci contre le régime capitaliste.
Dans les milieux financiers, dans les grands centres, dans les familles capitalistes, dans l'armée, et en rapport avec l'impérialisme, les milieux bourgeois cherchent un équilibre qui stabilisera la nouvelle situation. Mais cette situation est soumise aux conditions objectives économiques, commerciales, financières, politiques et sociales que ni les bourgeois, ni l'armée,
Les bases du déséquilibre et de l'instabilité sont toujours les mêmes et tendront ie secteur fondamental de l'armes la recheres des marche a lessites de len faire pression, mercer avec les Etats ouvriers, reconnaissance commerciale et diplomatique de certains Etats ouvriers, la non-intervention à Cuba, etc...
Les secteurs de l'armée dirigés par les ministres de l'Aviation et de la Marine, ont agi au nom de l'impérialisme. Les généraux, amiraux et aviateurs — avec leur très grande influence et leur faculté de faire agir les forces armées - qui ont essayé d'imposer un gouvernement et un changement dans la politique extérieure, ont été en partie battus. Mais leur essai démontre qu'ils sont très forts et qu'ils n'abandonneront pas leur ferme résolution malgré le demi-échec qu'ils ont subi.
La crise politico-sociale de la bourgeoisie est très profonde. La résistance de l'armée de Rio Grande do Sul, Parana et Santa-Catarina la rébellion des sergents contre les généraux, amiraux, brigadiers alliés de l'impérialisme, démontrent que, l'armée brésilienne, s'est développée une couche nationaliste qui sent les effets de coloniale, de l'avance des Etats ouvriers, de la perte constante d'autorité et de force du capitalisme. sont pas anti-capitalistes, mais ils reflètent ces effets et ne favorisent pas les desseins des impérialistes.
L'INTERVENTION DES MASSES
A Sao Paulo et Rio de Janeiro, dans le nord, la plus grande partie des masses n'est pas intervenue activement dans la lutte. Elles ne se sont pas senti attirées patense en luci dis dirigeants les appelerent timidement des quelques greves parce que ni leurs ni Quadros, ne firent rien pour les intéresser à la passives, le coup militaire réactionnaire. milieux ouvriers (cheminots, marins, et même des étudiants intervinrent. Mais le gros et la base essentielle du prolétariat n'intervinrent pas lutte. Les paysans ne bougerent pas non plus. Ils ne furent ni appelés à intervenir, ni organisés.
Ils furent retenus. Leurs chefs, comme Juliao, disparurent pour ne pas se compromettre. Ils craignaient un soulèvement pourraient contrôler qui se développerait, en dehors de l'armée, uni avec les ouvriers de Rio Grande do Sul, et des cheminots, des dockers et des étudiants. Ils craignaient un processus de lutte anti-capitaliste.
Juliao n'a pas confiance dans cette lutte et n'y croit pas. Il n'y eut ni indifférence, desinteressement des masses. Il n'y eut pas de passivit Leurs directions it maintenues en faisant des appels à la légalité exigeant que Goulart soit présider et les masses sentaient que la légalité, c'étaient les décrets de Quadros contre leurs salaires et leurs grèves, la répression des mouvements paysan et universitaire de Recife, Elles ne furent pas appelées à prendre les armes ni à s'opposer par la force,
Recife. Elles ne furent pas appelées à prendre les armes à lutter pour leur propre programme de classes. Mais Denys obtenir le moindre appui populaire, ni la sympathie ou le consentement des ouvriers. Il dut employer une grande partie de l'armée pour contrôler les masses et se heurter directement à elles. Il craignait un soulèvement populaire, sous l'influence de la résistance de Rio Grande do Sul.
Les masses virent tout de suite les tergiversations de Goulart, ses négociations, ses craintes et sa faiblesse et ne se sentirent pas attirées par un soulèvement. Sans direction, sans parti de classe indépendant, sans centralisation syndicale ni centrale unique, les masses n'avaient pas les possibilités d'être attirées collectivement pour leur propre mobilisation. Elles démontrèrent leur manque de confiance et répudièrent le coup militaire réactionnaire, mais elles n'avaient pas les moyens d'intervenir en tant que classe. Au contraire, elles furent liées et contenues par les directions ouvrières des partis communiste, socialiste et travailliste (Goulart).
Les masses de tout le Brésil sentirent et virent qu'il est possible d'abattre l'armée. A Rio Grande do Sul, Parana et Santa-Catarina, le peuple descendit dans la rue, se mobilisa, prêt à marcher sur Sao Paulo et Rio de Janeiro. On y organisa des débuts de milices ouvrieres et paysannes et des organes de double pouvoir. La résistance du gouvernement Brizzola et du général Machado Lopes montra la profondeur de la crise du capitalisme brésilien et l'énorme pression anti-impérialiste des masses. Brizzola ne se proposait pas d'attaquer le pouvoir capitaliste. Mais ses appels à la résistance à l'armée, et l'appui de la 3º armée et sa résistance auront, ultérieurement, d'énormes conséquences.
Brizzola fit de tels appels en comptant sur le contrôle des organismes des masses par Denys et l'acceptation de sa propre politique. A cause de cela, l'armée, à Rio Grande do Sul, appuya Brizzola.
L'appui massif à ces appels démontra qu'il existait une énorme pression de la base, que, toute façon, il y aurait explosion. Brizzola essava de canaliser en sa faveur l'énorme vitalité et l'esprit combatif des masses de Rio Grande do Sul. Par l'instabilité et la décomposition, comme par les caractéristiques économiques et politiques du Brésil, à Rio Grande do Sul, on réalisa de très profondes mobilisations, des luttes de masses et des mobilisations anti-ampérialistes (expropriations d'entreprises électriques) appuyées par le gouvernement Brizzola.
La résistance et la combativité du peuple du sud du Brésil ont influencé et fait pression sur lanmée. Cette résistance fut d'un énorme effet sur le secteur de l'armée dirigé par Denys et paralysa ses efforts d'invasion et d'attaque contre Rio Grande do Sul. Ce même effet aurait pu s'exercer puissamment sur les masses de Sao Paulo et du nord du Brésil, avec une politique et une ligne révolutionnaires.
LA SOLUTION EST TEMFORAIRE La crainte de la guerre civile et l'intervention des masses et de leur fraternisation avec l'armée, ont conduit à la solution « parlementaire ».
Mais seulement transitoirement. La peur des masses a imposé un compromis qui peut se rompre d'un moment à l'autre. La politique extérieure du nouveau gouvernement parlementaire, en ligne générale, est la même que celle de Quadros. La pression des conditions objectives, nationales et mondiales, oblige les milieux de la bourgeoisie brésilienne à maintenir cette politique. L'impérialisme essayera de trouver d'autres conjonctures, pour un autre coup. Lacerda ne restera pas dans la passivité. L'inflatior rovoquera l'augmentation des prix. Il șe metrentes condelien de travail, de luttes des masses pour des salaires et de meilleures conditions de De proletariate b ses se set trompe det lesprise re continuent st fales se. es. pation, etc... Les bases de l'instabilité et du déséquilibre continuent d'être les mêmes.
du sud se sent trompé et méprise Goulart pour sa faiblesse. Le proletariat a démontré qu'il était disposé à aller plus loin, à se battre et à développer le mouvement contre l'impérialisme. Il ne se sent ni battu, ni écrasé, et son esprit combattif est intact. Les paysans n'ont pas bougé. On ne les a pas appelés à intervenir. Il n'y avait ni bases, ni moyens, ni organisation, ni attraction pour une spontanée et collective. Les «Trobalhismo » et Juliao, leader paysan, se sont démenés pour maintenir les paysans et les ouvriers dans la passivité. Devant les masses, l'armée montra sa faiblesse, et elles se sentirent fortes
Les masses du sud n'ont pas influencé davantage celles de Sao Paulo et de Rio de Janeiro parce qu'il dans ces régions, un parti ouvrier de masse, indépendant, ni des organisations syndicales nationales, ni des centrales syndicales ouvrières ou paysannes. Mais les masses brûlèrent les étapes. La bourgeoisie brési- lienne et l'impérialisme sont conscients des dangers de la situation au Brésil et sont prêts à empêcher, par tous les moyens, que se produisent des situations qui mobiliseraient les masses en des formes indépendantes, surtout les paysans et le proletariat de sao faulo. Cette conscience, au dernier moment, œuvra pour imposer le compromis du régime parlementaire. Mais la situation objective, de même que les masses, font pression pour détruire ce compromis.
Les masses ont senti que leurs intérêts se défendent les armes à la main. Le processus, commencé au Brésil par la crise politique et sociale de la bourgeoisie, pose de nouveau les pour que ce soit le prolétariat qui lutte pour une issue progressiste, unique et réelle.
de la lutte et de la situation de crise, ni le Parti communiste, ni le parti socialiste, ni Brizzola, n'appelèrent les paysans à exproprier, à expulser impérialistes ; c'est là que se trouve l'issue de la crise
L'alliance ouvrière et paysanne est la force invincible qui imposera un résultat progressiste pour le peuple exploité du Brésil.
ASSEMBLEE CONSTITUANTE REVOLUTIONNAIRE
Le compromis sorti de la crise, meme du point de vue capitaliste, est anti democratique. Les masses n'ont pas été consultées et n'ont pu s'exprimer directement La résistance, le vigoureux esprit de lutte démontré par le sud et une partie de Sac Paulo, de Rio de Janeiro, et du nord, démontre que les masses désiraient intervenir, mais qu'elles furent trompées, freinées et déroutées.
Il faut préparer la lutte pour l'Assemblée constituante, appuyée par la mobilisation des masses, pour déterminer lintervention massive et imposer par elle le gouvernement ouvrier et paysan.
C'est là qu'est la réponse à la crise du Brésil. Les masses doivent répondre à cette situation par leur propre programme et leur politique révolutionnaires.
La crise se posera de nouveau et éclatera. L'expulsion de l'impérialisme, l'occupation des terres et l'expropriation des entreprises d'intérêt public, la remise de la terre aux paysans et le gouvernement ouvrier et paysan en sont les moyens, la politique et les perspectives uniques pour une issue progressiste de la crise politique et sociale que la bourgeoisie et l'impérialisme ont apportée au Brésil.
Il n'existe pas, au Brésil, de centrale syndicale unique, ni un parti ouvrier indépendant, qui groupe les masses. Ces tâches devront résoudre processus. Il est nécessaire de construire une direction révolutionnaire, qui réponde aux nécessités des masses, qui les conduise et unifie les luttes ouvrières, paysannes et estudiantines pour parvenir à une Assemblée constituante, au gouvernement ouvrier et paysan, basé sur le programme anti-impérialiste et anti-capitaliste. Le processus objectif est dynamique, tendant à rapprocher les étapes et l'unification de la tâche historique. En quelques semaines de crise bourgeoise, les masses apprennent autant qu'elles pourraient apprendre en plusieurs années « normales ».
Sur cette perspective doivent se baser les cadres et directions du prolétariat, de la paysannerie et les étudiants, pour conduire les luttes vers l'issue progressiste de la crise politique et sociale brésilienne, parce que c'est la crise du capitalisme et de l'impérialisme. 12 septembre 1961 Bureau latino-américain de la IVe Internationale.