Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › 18e année, n° 9

Nouvelles du mouvement ouvrier et de l'Internationale

Quatrième Internationale, 18e année, n° 9 · mai 1960 · p. 83-86 · 2 476 mots

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Reconstitution de la section de la IVe Internationale

Le Parti Ouvrier Révolutionnaire (section cubaine de la IV° Internationale) a été reconstitué. Le mouvement trotskyste a des traditions anciennes dans le mouvement des masses cubaines. C'est en 1934, au retour d'U.R.S.S. du membre du P.C. Sandalio Junco, que fut constituée l'organisation trotskyste à Cuba ; le camarade Sandalio Junco fut assassiné par les staliniens. L'organisation fonctionna ouvertement jusqu'en 1946, quand la répression s'abattit sur elle.

Le Parlement élu le 18 mars n'aura eu qu'une vie brève, d'à peine un mois. Ceylan connaîtra de nouvelles élections le 20 Juillet. Ce seul fait montre l'instabilité de la situation politique. Mais quels sont les enseignements des dernières élections ? Nous publions ci-après l'analyse de notre correspondant ceylanais.

Aux élections parlementaires du 19 mars, le L.S.S.P. (section ceylanaise de la IV internationale), tout en obtenant 324.000 voix, n'a gagné que 10 sièges. La disproportion entre les voix et les sièges résulte clairement du fait que le principal parti bourgeois, U.N.P., a obtenu 50 élus avec 900.000 voix. Les dispositions constitutionnelles et les modifications dans les circonscriptions ont donné une prépondérance aux masses rurales, faisant de l'électeur rural arriéré l'arbitre aux élections.

Le Parti s'est présenté aux élections, pour la première fois comme revendiquant le pouvoir sérieusement. Cela fut readu possible par suite du role joue par le Parti lors des émeutes communalistes et de l'assassinat de Bandaranaike. Partout dans le pays, le Parti reçut une oreille attentive des masses : mais cette attitude amicale ne signifiait pas encore un soutien actif du Parti.

Par la suite, des trotskystes jouèrent un rôle important dans la section « Action et Sabotage » du Mouvement du 26 juillet. Ils y trouvèrent d'autres membres exclus du P.C. en 1949, parce qu'ils se dressèrent contre la politique pro-Batista, et en 1953.

La section cubaine reconstituee groupe ainsi des militants qui ont participé activement à la lutte révolutionnaire a Cuba. Elle bénéficiera aussi du respect réel qui existe dans le pays pour la pensée et les traditions trotskystes.

Celui-ci procède actuellement à une analyse critique de sa propre position. Bien que la situation économique actuelle soit sérieusement préoccupante, il faut dire qu'elle n'a pas soulevé des questions économiques profondément ressenties qui entraineraient décisivement les larges masses rurales.

En outre, espoir que les elections donneraient une polarisation entre IU.N.P. d'une part et le L.S.S.P. et le groupe Philip d'autre part, tandis que le S.L.F.P. serait brisé et démoralisé en conséquence de la faillite de sa politique au gouvernement, s'est avéré incorrect. Les élections se sont montrées être une lutte entre I'U.N.P. et le S.L.F.P. tandis que le L.S.S.P. et le groupe Philip furent écartés.

Comment expliquer ce développement ? En 1956, les masses rurales rompirent pour la première fois avec TU.N.P. dont l'influence sexerçait par intermediaire des proprietaires fonciers, des éléments conservateurs et des fonctionnaires gouvernementaux. A partir de 1956, elles ont suivi la direction de l'intelligentzia villageoise, des moines bouddhistes et d'autres éléments petits bourgeois. La force du S.L.F.P. provient du fait que les masses y voient une libération de leurs oppres-

CEYLAN

Le résultat des élections du 19 mars

CEYLAN

Le résultat des élections du 19 mars seurs locaux, malgré le discrédit résultant de la politique du gouvernement.

C'est aussi cela qui explique pourquoi l'U.N.P. n'a pas remporté une victoire déqui le représente dans chaque village, de expériences sociales, comme le programme du L.S.S.P. en impliquait. Doutes en seul se de dans les régions Ajoutons enfin que le L.S.S.P. n'a pas de langue tamile, bien que dans ces régions, son chilire de voix soit en moyenne le même que dans les regions de langue cinghalaise dans leur ensemble.

tenir en mains les masses rurales, cellesci n'étant pas encore prêtes à de nouvelles

Voici un tions :

tableau des résultats des élec-

1947

Voix

Sièges

Voix

1952

Sièges

1956

Voix

1960

19 mars

Sièges

Voix

Sièges

United National

Party

Sri Lanka Freedom

Party

Federal Party

(tamil) ..

Lanka Sama Samaja Party

Mahajana Eksath*

Peramuna

Peramuna

(groupe Philip) ..

Lanka Prajathanthawadi Party

(Dahanayake)

. . .

Parti Communiste .

Coalition formée de

SLFP, VLSSP,

Bhasha Peramuna et indépendants

Partis mineurs ..

Coalition Parti communiste et

VLSSP

....

Indépendants

Total

% des votants

751.432

-204.020

-

70.331 306.208 549.381 1.881.312

1.026.00

361.25

45.33

-

305.13

718.164

142.036

274.204

119.715

68.424

289.491

2.616.759

907.036

711.601

-

176.452

324.654

324.251

145.505

146.759

396.988

253.284

3.129.246 au Kérala

Les élections au Kerala furent marquées par un pourcentage d'électeurs élevé : 80 à 90 % des inscrits participèrent au vote.

Les résultats en sièges sont connus le P.C., 29 sièges ; le Front unique démocratique, comprenant le Parti du Congrès, le Parti socialiste Praja et la Ligue musulmane, 94 sièges, ainsi répartis : Congrès, 63 ; P.S.P. 20 ; Ligue musulmane, II. Trois autres sièges revinrent respectivement au Revolutionary Socialist Party, au Karnatac Samity et à un indépendant.

Sur le plan des voix, les résultats furent les suivants:

1960: nombre de

1958

: nombre de

Parti du

Ligue

P.S.P.

votants votants

Total

%

P.C.

des voix des voix

52,8

3.550.136

43,3

51,5

2.308.408

39.

Pis.t.

Congrès musulmane

4.337.251

2.791.294

1.146.029

399.928

1960

3.043.210

205.698

1957

2.209.251

528.261

2.327.627

74 %

INDE

1.045.725

128.597

134.528

326.783

2.327.627

61.3 %

74 %

INDE

Les élections

8.200.000

5.900.000

Le P.C. avait présente — ou soutenu -des candidats dans 125 circonscriptions. En plus des 29 sièges qu'il obtint, il y en eut I1 qu'il perdit pour moins de mille voix. Mais il avait 96 sièges dans l'Assemblée précédente. Une partie des pertes s'explique par le fait de la coalition qui lui fut opposée à ces élections, à la différence des élections précédentes. Mais cette explication n'est pas valable pour 18 sièges qu'il avait emportes la fois précédente à la majorité absolue. Ce tut, entre aute, le cas de s des anciens ministres. Un examen plus serré des votes montre

Dans les derniers mois, évolution de la situation en Bolivie a été marquée par des l'article publié dans ce numéro ait été événements importants. Apres que écrit (décembre 1959), non seulement il va eu de nouveaux mouvements paysans, mais aussi les ouvriers ont réussi à porter des coups sérieux à leurs ennemis de classe, affermissant la perspective d'une pour faire sortir la révolution de la stanouvelle étape et de nouvelles chances gnation et de l'impasse où elle piétine depuis des années, sous la direction petite bourgeoise du M.N.R.

Parmi ces événements, on peut signaler:

— La « Proclama de Achacachi », lancée par les paysans et la Centrale Agraire de cette region, avec un programme represan du P.O.R., et sous l'inspiration directe nant plusieurs points du programme payde celui-ci.

- Le triomphe armé des mineurs de

Huanuni sur l'appareil bureaucratique Terroriste armé jusqu'aux dents, monté au syndicat mineur de Huanuni par le gouvernement et par la droite du M.N.R.

(Guevara). L'insurrection des mineurs de

Huanuni a triomphé avec l'appui décisif des milices armées des mineurs de Catavi-

Siglo XX, qui ont pris d'assaut les nositions des agents du gouvernement, leur infligeant une écrasante défaite (voir le (voir le récit dans « La Vérité des Travailleurs », avril 1960).

- La candidature présidentielle pour les prochaines élections (juin 1960) de la formule Victor Paz Estenssoro - Juan Lechin

(leader de la C.O.B. et de la Fédération des Mineurs), proclamée au dernier Congrès du M.N.R. et qui y a triomphé sur la candidature droitière de Guevara.

— La défaite d'un coup d'Etat guevariste (contre la candidature Paz-Lechin).

lancé par un secteur des carabineros, police semi-militaire), qui a été écrasé après secteur de l'armée, avec l'appui des mi. plusieurs heures de combat, par un aute lices. Ces evénements ont scellé, au moins pour le moment, l'échec de l'aile du que les pertes du P.C. furent plus sensifurent plus sensibles dans les centres urbains, tandis qu'il gagna relativement des voix dans les campagnes. Par conséquent, si les réformes progressives en matière agraire lui furent profitables, sa politique anti-ouvrière notamment son attitude contre les grèves à Trivandrum et à Ernakulam — a servi la réaction. Il est à présumer que les élections au Kerala auront pour résultat de développer la crise au sein du P.C. indien qui, depuis de longues années, se trouve partagé en tendances opposées. ions présidentielles M.N.R. la plus liée à l'impérialisme. On Lechin, maintenant consolidée, escompter entraînera secteur le plus important des masses boliviennes, étant donne que les paysans d'espoirs en Paz Estenssoro pour la solution de leurs proont encore beaucoup blèmes, et que les ouvriers voient la candidature de Lechin comme l'ascension de leur dirigeant à la vice-présidence de la

République.

Cependant, si le M.N.R. peut ainsi maintenir encore pour une période (dont la durée, à prévoir courte, dépend surtout de l'intervention de l'avant-garde révolutonnaire), son controle sur les masses et les conditions de ce contrôle seront très différents du passé.

La candidature Paz-Lechin peut donner.

un certain délai encore au M.N.R., mais signifie, en même temps, un encouragement aux luttes des masses, et cest surtout cela que craignent l'impérialisme, l'oligarchie, la droite du M.N.R. et Paz

Estenssoro lui-même. D'où le fait que lopposition droitière ait été portée jusqu'au soulèvement armé, et on peut attendre encore de nouvelles pressions et tentatives de ce genre jusqu'au jour des élections.

Siles, ne pourra donner une solution réelle Paz Estenssoro au pouvoir, pas prus que aux profonds problèmes de la révolution.

absolument les en compta, et par eut A la Estenssoro, aidé par Lechin, tient surtout à défendre ce régime contre les assauts des masses.

Les problèmes de la réforme agraire, de la nationalisation des usines, du contrôle ouvrier, du niveau de vie des travailleurs,

Use poseront avec la plus grande ete.... acuité dans la prochaine période, et cela en présence d'un mouvement ouvrier et paysans centralisé et organisé dans ses syndicats et milices qui, malgré son soutien électoral à Paz-Lechin, a développé:

a travers hut annees de revolution et de grandes luttes contre les mesures réactionnaires du M.N.R. au pouvoir, un profond

BOLIVIE addr Paz Estenssoro-Lechin

La Candidature -a

BOLIVIE addr Paz Estenssoro-Lechin

La Candidature -a aux prochaines élect esprit critique et une remarquable confiance dans ses propres forces.

On peut y ajouter, comme autre élément de l'avance de la conscience des masses, non seulement la révolution coloniale dans son ensemble, mais, beaucoup plus concrètement, l'exemple de la révolution cubaine, qui a une énorme répercussion dans les masses boliviennes.

Le problème de la direction révolutionnaire, qui est le problème central de la révolution bolivienne à son stade actuel, a été abordé comme tel à la dernière Conférence nationale du P.O.R. bolivien, et se pose ainsi encore une fois avec une extrême acuité.

Dans l'inévitable crise avec les masses, à laquelle sera amené à nouveau le M.N.R après un triomphe électoral de Paz et Lechin (ses dernières réserves de prestige), c'est le P.O,R. qui, non seulement peut donner une réponse programmatique et organisationnelle aux besoins aigus des masses, mais aussi éviter, par son inter-vention, que la crise ne mène à une nouvelle impasse et même à une défaite sérieuse de la révolution. Dès maintenant, le P.O.R. prépare la lutte en appelant à la formation d'un Front d'Action Révolutionnaire avec toutes les forces et organisations syndicales et politiques ouvrières, paysannes et anti-impérialistes, pour participer aux élections avec des listes de front unique en dehors de la candidature capitaliste du M.N.R. (Paz-Lechin). C'est la tâche centrale du P.O.R. de réussir à organiser, en temps utile, une nouvelle direction ouvrière syndicale et politique (dont le noyau central sera le P.O.R. lui-même) pour la révolution bolivienne, capable de diriger les nouvelles luttes révolutionnaires, anti-capitalistes et anti-impérialistes, des masses ouvrières et paysannes, vers un gouvernement ouvrier et paysan, seul capable d'en finir avec la stagnation de la révolution et d'ouvrir la voie pour donner satisfaction aux urgents besoins des masses.

FRANCE

Les étudiants contre la guerre d'Algérie

Si la situation en France est marquée avant tout par la pius grande apathie polilique, ainsı qu indiqué par ailleurs dans ce numéro, cela ne veut pas dire que rien ne se passe.

Nous traitons, aussi à une autre rubrique, du livre de Baby, qui constitue une nouvelle manifestation de la crise du P.C.F.

Un fait important est la constitution du Parti socialiste unifié, par fusion du P.S.A. de l'U.G.S. et du groupe Tribune du communisme, La nouvelle formation est marquée par un éventail de tendances des plus large : il va de bourgeois radicaux (Mendès-France) à des marxistes de nuances diverses (Naville, Rosenfeld), en passant par des socialistes traditionnellement révisionnistes (Philip), des chretiens, etc., etc... Mais la direction repose principalement sur des socialistes du genre blumiste, dont l'objectif est d'une part de dégager un Parti socialiste de l'aventure gaulliste où l'a entraîné la direction Guy Mollet, et, d'autre part, d'offrir à la bourgeoisie une autre direction ou une partie d'une autre direction pour après de Gaulle.

Malgré ses prétentions, ce Parti ne mordra guère sur les cadres ouvriers du P.C.F. ; mais son existence posera la question du front unique en termes nouveaux. En outre, la vie intérieure de ce parti, qui sera sans aucun doute animée par de fortes luttes de tendance, ne sera également pas sans effets indirects sur la crise chronique du P.C.F.

Un événement très important est la prise de position de T'U.N.E.F. (Union Nationale des Etudiants de France) à son récent Congrès, demandant, sur l'Algérie, en fait des négociations avec le F.L.N. à la fois sur les conditions d'un cessez-le-feu et sur les garanties de lautodétermination. Ce vote fut acquis à une très forte majorité. La presse bourgeoise, en général, à l'exception du « Monde », a tente de mınimiser l'affaire. Mais ce vote traduit à sa façon l'état d'esprit de larges couches petites bourgeoises envers la guerre d'Algérie. Elles n'y voient aucune issue victorieuse, mais sentent que cette guerre bouche l'avenir au développement économique, intellectuel, avec tout ce que cela peut signifier pour l'avenir des étudiants d'aujourd'hui.

Ce vote sert à souligner d'autant plus fortement les lourdes responsabilités des directions du mouvement ouvrier français.

On comprend aussi que les milieux intellectuels, artistiques, et que la jeunesse qui se prépare pour ces milieux, aient fourni, en l'absence d'actions de masse, un nombre relativement notoire de personnes qui, pour des raisons de conscience, ont fourni en France une aide, sous une forme ou une autre, aux militants de la Révolution algérienne. Les arrestations qui ont eu lieu à propos de la publication du Bulletin « Vérités pour » ont peut-être pour la première fois, remué une certaine opinion publique. Aux journalistes de gauche, comme Bourdet et Domenach, qui ont pris des distances par rapport a ces activités, ont répondu des hommes, comme le professeur à la Sorbonne Mayoux, qui n'ont . pas hésité à dire que le probleme algérien ne soulevait pas que des questions « humanitaires », mais nécessitait une prise de position plus générale.

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