Documents de la IVe Internationale

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La revue › 18e année, n° 10

La crise congolaise

Quatrième Internationale, 18e année, n° 10 · juillet 1960 · p. 12-13 · 885 mots

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La bourgeoisie belge avait décidé d'accorder l'indépendance au Congo afin de conserver l'essentiel de ses positions économiques et de prévenir une mobilisation révolutionnaire des masses qu'une lutte prolongée pour l'indépendance aurait invariablement déclenchée dans ce pays dont un tiers des hommes adultes sont déjà des salariés. Elle avait de nombreux atouts pour faire aboutir ce : l'absence d'un parti politique national au Congo; la fragmentation de la vie politique d'après des lignes de démarcation ethniques et tribales; l'absence d'un mouvement syndical bien organisé; la faiblesse des cadres politiques; l'absence totale d'une intelligentsia (le Congo comptait moins de 20 universitaires africains au moment d'accéder à l'indépendance).

Et malgré tout, ce dessein a échoué. Il s'est heurté à deux obstacles imprévus la bêtise provocatrice de l'administration belge, « ultra », au Congo même; la poussée de revendications économiques et sociales de la part des salariés congolais. Voyant que les nouveaux dignitaires congolais s'accordaient des traitements et d'autres privilèges royaux, alors qu'ils vivaient eux-mêmes dans la misère, les travailleurs et les soldats congolais ont commencé par réclamer des augmentations de salaires substantielles. L'attitude provocatrice des officiers belges de l'armée congolaise a conduit les soldats à se révolter et à réclamer de ne plus être commander que par des Africains. A certains endroits, ce mouvement de révolte a été nettement progressiste, dirigé par de véritables conseils élus par les soldats; ailleurs, il a été d'inpiration nettement tribaliste, dirigé mouvement central congolais et fomenté par des forces politiques pro-colonialistes.

Les administrateurs belges, désireux de montrer au Congo et à l'Afrique que « les . noirs sont incapables de gouverner le pays », ont largement contribué générale, dans laquelle le nouveau gouvernement s'est trouvé démuni moyens de L'absence d'un puissant parti national s'est fait cruellement sentir. car il a empêché le gouvernement de mobiliser de larges masses à son appui.

Dans ce chaos, quelques incidents ont eu lieu, mais malgré la campagne d'excitation inouie de la presse belge et occidentale, le tout doit être réduit à ses justes proportions :

en tout et pour tout une douzaine de morts. Jamais une mutinerie d'armée ne s'est produite dans des conditions aussi disciplinées et bénignes que la mutinerie congolaise.

Néanmoins, les milieux les plus réactionnaires de la bourgeoisie belge ont saisi le prétexte de ces incidents pour déclencher une double opération politico-militaire : d'une part, intervenir militairement au Congo, surtout afin de séparer le Katanga — où ils ont le plus d'intérêts - et de s'efforcer éventuellement de renverser le gOUvernement Lumumba, installant un régime bao-daiste ou plus exactement Ngo-Din-Diem (appuyé comme celui-ci sur les missions catholiques); d'autre part, mobiliser la petite bourgeoisie en Belgique même contre le « système » et répéter la Belgique le « coup du 13 mai », autour du roi ou de l'une ou l'autre personnalité militaire (par exemple le général Janssens, ancien chef de la Force Publique, et responsable de l'éclatement de l'armée congolaise).

Le premier objectif a lamentablement échoué et devait échouer dans le contexte mondial d'aujourd'hui. Le gouvernement Lumumba tout de suite obtenu l'appui des Nations Unies où l'impérialisme américain a froidement « abandonné » son allié belge comme il avait abandonne ses alliés français et britannique lors de l'affaire de Suez. Les seuls alliés véritables du coup de force du Katanga peuvent être cherchés à Pretoria, à Salisbury, à Lisbonne et à Madrid; ils n'ont aucune chance de modifier lattitude de l'O.N.U. qui rétablira d'une manière ou de l'autre l'intégrité territoriale de la République du Congo.

Ce seront d'ailleurs les capitalistes belges qui risquent d'être les gros perdants de cette maine et insense liledu Cain du de pendant contralie corele te te ze economique et administrative du Congo independant: demain. de glisser vers d'autres mains étrangeres, et avant tout vers les Américains (à travers le Ghana), avant de revenir aux Congolais eux-mêmes.

au deuxième objectif de l'extrême-droite, il n'a pas beaucoup chances d'aboutir premier. Le choc emotionnel provogue en pre sur les Belges essace roles lemmes et les filettes Belgique par les nouvelles alarmistes lancées violées, les « atrocités » commises, a un instant ébranlé de larges couches populaires, sauf à Bruxelles (où l'élément petit-bourgeois nationaliste est prédominant) dans quelques centres secondaires de province, la classe ouvrière s'est reprise après quelques jours et a admirablement résisté à la pression chauvine. Le refus de guerre coloniale et la volonté d'arrêter toute aventure fascinante ou d'Etat fort sont largement répandus. Cette pression a même été ressentie au sein des organisations masse réformistes qui, après un mouvement de flottement et d'union sacrée, ont conservé pour le moment leur attitude d'opposition (fût-elle largement opportuniste)

du gouvernement bourgeois. Le résultat le plus tangible de la crise en Belgique, surtout après la rentrée des anciens coloniaux, sera l'apparition d'une force politique d'extrême-droite. sera l'apparition politique d'extrême-droite. Le parti libéral a cherché dans les années 20 - ces forces ultrachauvines, partisans de formules « autoritaires ». Il n'a pas d'assises assez larges pour réussir. Ce sera aux confins du Parti Social-Chrétien, ou en rupture avec celui-ci, que la crise congolaise fera naître pour la première fois depuis 15 ans un substantiel parti d'extrême-droite modifiera assez sensiblement la géographie politique du paysier et de la classe ouvrière, qui conservent leurs forces et leur prestige instacts. sans pouvoir pour autant miner la prépondérance potentielle du mouvement

15 juillet 1960.

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