Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › 18e année, n° 10

Illusions détruites, nouvelle poussée révolutionnaire

Quatrième Internationale, 18e année, n° 10 · juillet 1960 · p. 1-5 · 2 684 mots

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De l'échec de la conférence au sommet aux grandioses mouvements des masses japonaises, toute une série d'événements a marqué une nouvelle évolution de la situation internationale.

Ceux de nos lecteurs qui se rappellent les éditoriaux précédents de notre revue, savent que nous n'avons jamais nourri aucune illusion sur l'issue de la Conférence de Paris. Nous écrivions notamment au mois de mai: « Dans le meilleur des cas. la "Conférence au sommet" pourra se terminer sans rupture, en maintenant le "dialogue" , mais sans accord réel non plus sur aucune question essentielle. »

En faisant un bilan a posteriori, nous n'avons presque rien à ajouter. Fondamentalement, la Conférence a échoué parce que, sur aucun problème important, un accord véritable n'était possible. La seule exception était le désarmement — sur ce plan, d'ailleurs, les pourparlers ont aussi cessé — mais absolument pas dans le sens qu'on aurait pu ou qu'on puisse réaliser un désarmement total ou même assez avancé, ce qui était et reste impossible. Un accord n'était et n'est pas exclu sur une base tout à fait limitée, dans le but commun de réaliser non le désarmement, mais, pour ainsi dire, une rationalisation dans les armements (avec une élimination éventuelle de frais désormais inutiles ou excessifs).

L'impossibilité de la réalisation d'un accord quelconque à la Conférence de mai explique de toute évidence l'attitude de Khrouchtchev. D'autant plus qu'à la veille même de la Conférence les impérialistes avaient manifesté clairement leur décision de ne faire aucune concession sérieuse et avaient même organisé la provocation spectaculaire de 1'U2.

Apôtre de longue date de la « coexistence pacifique » et de la diplomatie « au sommet », Khrouchtchev ne pouvait arriver a la fin de la Contérence, à savoir à la conclusion de toute une opération qu'il avait si patiemment préparée et si vivement défendue contre toute sorte d'adversaires, avec les mains vides. Cela aurait signifié, pour lui, accepter une consécration de la faillite de sa politique, ce qui aurait provoqué inévitablement un affaiblissement très sérieux de sa position, sinon sa chute même. Il ne taut pas oublier que, dans le camp des Etats ouvriers, il était attaqué assez âprement par les Chinois, dont les thèses ont vraisemblablement une audience importante, entre autre, dans des milieux de cadres et de dirigeants du Parti soviétique.

On a beaucoup discuté dans le mouvement ouvrier sur l'attitude formelle adoptée par Khrouchtchev à Paris. Toutefois, c'est une question secondaire. L'essentiel est qu'une base objective pour un accord n'existait pas, que les impérialistes n'étaient prêts à aucune concession et que, dans ces conditions, Khrouchtchev aurait « brûlé » sa ligne inutilement. D'autre part, si on juge les répercussions de l'attitude du chef du gouvernement soviétique et de certaines déclarations de Malinovsky, on ne peut s'arrêter aux réactions plutôt négatives de tels secteurs ouvriers ou petit bourgeois en Europe occidentale (PSI italien, PSU français, etc); on doit considérer le problème de tous les points de vue, y compris de celui de l'alarme que même les couches dirigeantes de certains pays n'ont pas cachée pour l'utilisation des bases américaines sur leur territoire. On peut être sûr que, dorénavant, des pays comme le Pakistan seront beaucoup plus prudents avant d'offrir leur hospitalité aux avions de type U 2 ou à des engins similaires.

Mais le trait fondamental de la situation internationale actuelle consiste dans la nouvelle aggravation de la lutte des classes à l'échelle mondiale et dans les nouvelles crises révolutionnaires qui se sont ouvertes notamment en Asie. Les événements de la Corée du Sud, de Turquie et du Japon indiquent, sans équivoque possible. qu'une nouvelle vague révolutionnaire est commencée et que l'on doit s'attendre à de nouveaux tremblements de terre. Surtout le mouvement japonais a démontré combien sont intrinsèquement fragiles certains piliers du système impérialiste mondial, même lorsque, sous certains aspects, on pourrait croire à leur relative stabilité.

Les mouvements révolutionnaires récents, où généralement les masses se sont mobilisées bien au delà de ce que voulaient leurs directions traditionnelles, et où l'on a même enregistré le rôle manifeste d'avant-garde joué par des forces en dehors du contrôle desdites directions, ont marqué généralement l'irruption sur l'arène politique de générations nouvelles. Il s'agit des jeunes gens nés pendant ou même après la guerre, qui n'ont pas connu de déceptions, qui ne sont pas usés, qui ne veulent pas accepter une société gangrenée dans laquelle leurs perspectives seraient bien sombres, qui ont quelque chose à dire et à faire valoir et qui sont décidés à se battre avec une énergie extrême. Jusqu'ici, l'expérience n'est pas encore généralisée; mais il existe des signes avant-coureurs que dans la vieille Europe également la génération nouvelle ne voudra pas vivoter dans une « prospérité » somme toute bien limitée et précaire, mais saura suivre l'exemple des jeunes de la Turquie, de la Corée ou du Japon.

Que tous les événements des derniers mois, depuis l'affaire de TU 2 jusqu'à la lutte à Tokyo, aient signifié de nouveaux coups assez rudes au prestige et à la force même de l'impérialisme américain, personne ne saurait le contester. Le problème qui se pose maintenant et qui est capital pour toutes les implications éventuelles, est le suivant: comment vont réagir les dirigeants des Etats-Unis face à cette détérioration accentuée du rapport de forces à leur désavantage ?

Une situation de désarroi et de véritable crise règne évidemment à Washington, la confusion et l'incertitude étant accrues par le fait qu'on est désormais presqu'à la veille des élections, avec la paralysie qu'un système politique suranné implique normalement à cette occasion. Mais il n'y a pas de doute que les hommes les plus responsables de l'impérialisme se rendent parfaitement compte que la partie est désormais extrêmement serrée, et les délais sont assez courts.

En réalité, les dirigeants impérialistes se trouvent plus que jamais devant un dilemme dramatique: ils savent, d'une part, que le temps travaille irréversiblement contre eux, mais, d'autre part, ils n'ignorent pas qu'une guerre éventuelle serait déclenchée aujourd'hui dans des conditions politiques défavorables et dans un état d'infériorité manifeste en ce qui concerne les armes les plus homicides.

Il est donc vrai que des obstacles très importants entravent la marche de l'impérialisme à la guerre. Mais il est vrai aussi que, justement à cause d'une détérioration accentuée ultérieure de sa position, l'impérialisme pourrait être acculé à la guerre par désespoir ou par affolement (outre le risque toujours existant d'un conflit « par accident »). A plus forte raison, pourrait-il être tenté d'endiguer par des guerres partielles d'éventuels nouveaux pas en avant de la révolution en Asie ou en Amérique latine.

C'est pourquoi le mouvement ouvrier international doit, plus que jamais, condamner les illusions lamentables sur une « coexistence » qui ne saurait être définie comme « pacifique » que par un abus de mots. Lidée en particulier qu'un accord fondamental pourrait être trouve entre les impérialistes d'une part, et les Etats ouvriers et la révolution sous toutes ses formes d'autre part, et que le soi-disant « esprit de Camp David » pourrait finalement se matérialiser et s'imposer est une utopie intenable. En d'autres termes, si on propageait une conciliation possible avec l'impérialisme et, par conséquent, une transition « paisible » au socialisme, on désarmerait le mouvement ouvrier devant les tâches capitales qu'il doit accomplir dans la période où nous sommes entrés.

Même au risque d'être tancé de « dogmatisme » par les révisionnistes ouverts ou camouflés, nous devons répéter constamment cette vérité première qu'aussi longtemps que l'impérialisme existe, le danger de guerre n'est absolument pas écarté. Et nous devons souligner avec force qu'une guerre, dans les conditions actuelles de l'armement nucléaire, aurait des conséquences effroyablement meurtrières pour tous les habitants de notre planète.

puisse démoraliser les masses. Au contraire, elles en seront d'autant On ne doit pas craindre qu'un tel constant rappel à la plus stimulées à une lutte résolue contre un ennemi qui, bien que condamné à une défaite inévitable, dispose encore de redoutables moyens. En dernière analyse, c'est seulement par une telle lutte — dans laquelle se posera nécessairement le problème de la destruction même du système capitaliste — qu'on pourra contrecarrer le danger de guerre, qu'aucune rencontre au sommet ni aucun esprit de Camp David ne sauraient aucunement exorciser. La polémique entre Chinois et Soviétiques

Loin de s'atténuer, la polémique des communistes chinois contre certaines positions khrouchtcheviennes, sur laquelle nous avions déjà attiré l'attention numéro de mai, s'est développée sous un forme plus ouverte et aiguë d'articles parus dans différents organes du Parti et les discours prononcés par des dirigeants, soit dans des meetings de masse soit à des réceptions officielles, on a enregistré au mois de juin l'attaque massive des délégués chinois au Conseil de la F.S.M. tenu à Pékin. Aussi bien dans les séances plénières que dans les commissions, ces délégués ont critiqué la ligne khrouchtchevienne et, malgré le vote formel final, sont restés pratiquement dans l'opposition en repoussant les idées du rapport partagées par les délégations de l'U.R.S.S., des démocraties populaires et de la plupart des autres pays. A leurs côtés s'est rangé le représentant des forts syndicats indonésiens.

soviétique, comme on le sait, la réponse aux Chinois a été donnée par certains articles plus ou moins ouverts, mais surtout dans celui consacré à versaire de la parution de la brochure célèbre de Lénine : « La maladie infantile du Communisme ». Le choix ne pouvait être plus éloquent : c'est au fond d'ultrales siens Finalement, que les dirigeants chinois sont accusés aujourd'hui par Khrouch chev et au Congrès de Bucarest, Khrouchtchev al augmenté la dose, non seulement en reconfirmant ses thèses, mais aussi en proclamant nettement que sur telles questions, il ne peut y avoir deux positions dans mouvement communiste.

A y bien réfléchir, c'est une partie importante des thèses du 20° Congrès que les

Chinois remettent en discussion. Ils acceptent il est vrai, l'idée que, dans certaines conditions, Cautre aspect, a savoir le fait que l'impérialisme n'a pas change pourrait être évitée, mais ils soulignent constamment plutôt de nature et que, par conséquent, aussi longtemps qu'il subsistera, le danger de sera absolument pas Mais, surtout, ils contestent la possibilité que les impérialistes puissent vraiment accepter l'idée d'une véritable « coexistence pacifique »; ils n'ont jamais cru a « l'esprit du Camp David » et ils ont condamné toute tentative de ve cordons ali des de . Frangie du P.E. Ten et ma

Men particulier, contraste avec certaines feste.

Les dirigeants chinois ne semblent pas non plus enthousiastes pour la campagne soviétique en faveur du désarmement. Certes, ils déclarent être complètement d'ac cord avec les propositions de Khrouchtchev, mais ils s'empressent d'ajouter qu'ils sont convaincus que les impérialistes ne les accepteront pas, ce qui permettra de les démasquer davantage aux yeux monde entier. On voudra s'agit d'un soutien très particulier !

Une autre idée du 20° Congrès, celle de la possibilité d'une transition « pacifique », voire parlementaire, vers le socialisme, est en substance repoussée par les

Chinois. S'ils n'excluent pas « la possibilité extrêmement rare » d'une telle transition

(Is nrétendent se baser sur une citation de Lénine), ils mettent l'accent sur la nécessité d'une rupture révolutionnaire, en se réclamant, entre de leur propre expérience. En même temps, ils ont envers la bourgeoisie de certains pays coloniaux une attitude beaucoup plus critique que Khrouchtchev que certains partis communistes : il suffit de rappeler leur hostilité actuelle envers les Nehru et les Sukarno. On ne peut pas non plus oublier la position chinoise en ce qui concerne la Révolution algérienne que, politiquement du moins, ils soutiennent maintenant avec beaucoup de vigueur. Tandis que Moscou n'a pas encore reconnu le G.P.R.A. → dans l'espoir de ménager de Gaulle →, une représentation officielle du même G.P.R.A. sera établie désormais à Pékin. Il faut encore rappeler que sur la question des Communes le désaccord entre Khrouchtchev et les Chinois — que nous avons déjà mentionné en d'autres occasions — est loin d'être surmonté et qu'il n'a pas manqué d'exercer une influence sur toutes les attitudes des dirigeants du P.C. chinois.

La polémique ouverte par les Chinois a done une ampleur considérable et, vrai dire, il s'agit de la polémique la plus importante qui ait eu lieu dans le mouvement ouvrier au cours des dernières années, pour toute une série de facteurs (force de la Chine, puissante influence de sa révolution, contexte objectif et terrain du débat) de loin plus importante que celle commencée en 1948 entre le Kominform et le P.C. yougoslave. Il va de soi que toute une série de critiques des Chinois se rapprochent des critiques que notre mouvement a constamment développées, et qui, par ces nouveaux canaux, se propagent sur une échelle bien plus grande bien que d'une façon déformée, Ajoutons que l'idée avancée parfois par les dirigeants chinois, selon laquelle les Etats ouvriers pour frapper l'impérialisme devraient tâcher de profiter davantage des condifavorables actuelles est pleinement justifiée.

Toutefois, il faut dire que les positions chinoises ne sont pas exemples, d'un certain

Get que, plusieurs fois, meme quand le fond du raisonnement est exact. leur façon de procéder n'est absolument pas dialectique. Il y a quelque chose qui rappelle la vieille école stalinienne dans laquelle la forme dogmatique cachait un empirisme de fond. Seul l'avenir nous prouvera si les attitudes chinoises actuelles ne sont pas dictées par des exigences contingentes particulières, ce soit le bien-fondé de ces exigences considérées en soi (par exemple, l'opposition à leur exclusion des Conférences au sommet et de l'O.N.U.).

En ce qui concerne la question de la guerre, en dehors de toute autre considé ration, on a de toute façon l'impression que les Chinois sous-estiment la force dont dispose encore l'impérialisme américain ainsi que les conséquences éventuelles d'un conflit nucléaire, qui pourraient être extrêmement lourdes aussi pour ceux qui en sortiraient vainqueurs (comme nous le soulignons par portée du danger ne doit pas nécessairement démoraliser les masses, mais au contraire le pousser à lutter davantage contre l'impérialisme et contre la guerre).

Mais le côté le plus négatif de la polémique chinoise, c'est leur attitude envers le communisme yougoslave. Nous avons critiqué de longue une série de positions des Yougoslaves en ce qui concerne la politique internationale, et nous ne partageons pas certaines appréciations faites à Belgrade après la faillite de la Conférence au sommet. Mais les Chinois ramènent la polémique à un niveau essentiellement stalinien : Tito et sa « clique » sont des agents de l'impérialisme et comme tels doivent être combattus. En d'autres termes, malgré tout ce qu'ils ont écrit eux-mêmes en 1956-1957, les Chinois tâchent encore une fois d'expliquer ce qui peut étre la dialectique interne dans le mouvement ouvrier comme si elle était déterminée par des agissements des impérialistes ou de leurs agents. Cette attitude envers Yougoslaves doit être d'autant plus condamnée que, dans la plupart des cas, en quant Tito c'est en réalité Khrouchtchev qui est car les dirigeants chinois n'oublient pas leurs habitudes bureaucratiques et évitent la polémique directe et franche — qui dans le mouvement communiste devrait être normale et n'aurait absolument rien de scandaleux ou de ruineux - en préférant les déformations, les réticences et des procédés d'une saveur très byzantine.

Malgré toutes les réserves, on ne saurait oublier que les thèses avancées par les dirigeants chinois sont, en dernière analyse, le reflet d'une réalité profonde. la réalité de la révolution asiatique, de la révolution coloniale en général, des positions qui ne sont pas l'impérialisme et qui ne peut pas non plus se satisfaire de racontars sur une « coexistence pacifique » qui serait désormais possible, sur l'esprit de Camp David, sur une détente irréversible. Ce dont cette révolution a besoin, c'est d'un recours aux sources intarissables de la pensée dialectique et révolutionnaire du léninisme : et la mique des dirigeants chinois — malgré tout le carcan bureaucratique - le confirme à sa manière. aura des répercussions resportant des menti vase poursuivre

Plans le mouvement ouvrier, où elle devrai stimuler des attitudes de plus en plus critiques de la part de militants et de cadres communistes. C'est la tâche des marxistes révolutionnaires de faciliter et de propulser ce processus par une intervention plus active que jamais dans leurs secteur de travail respectif.

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