Congrès « morne », contraste « décevant » avec le 20e Congrès, congrès « insignifiant », réunion « purement technique » : voilà quelques-unes des formules que les observateurs occidentaux ont employées au sujet du 2le Congrès du Parti Communiste d'Union Soviétique, qui s'est réuni dans la capitale soviétique du 27 janvier au 5 février 1959. Toutes ces remarques contiennent un noyau de vérité -mais seulement un noyau !
Après le dramatique 20° Congrès, culminant dans la dénonciation du culte de Staline et le rapport secret de Khrouchtchev, le 21ª Congrès ne pouvait pas offrir un équivalent de sensation. La bureaucratie soviétique, après la dure leçon des événements de Pologne et de Hongrie d'octobrenovembre 1956, entreprit un effort exceptionnel pour resserrer son contrôle politique sur l'ensemble de son empire. Khrouchtchev a accepté le point de vue que toute nouvelle phase « bruyante » de déstalinisation menace directement le règne de la bureaucratie. C'est d'ailleurs après cette concession faite à Molotov et Cie que le « groupe anti-parti » semble s'être mépris il est passé à l'attaque au Bureau Politisur l'ampleur de la victoire remportée que en juin 1957, avec les conséquences qu'on connaît. Mais dans sa défaite, il a conservé l'avantage sur un point essentiel. Au 2le Congrès, il n'y eut pas de nouvelle dénonciation de Staline ; c'est à peine si son nom fût prononcé une ou deux fois.
LA LUTTE CONTRE LE
A côté du plan septennal lui-même, ce fut la dénonciation du groupe anti-parti qui servit de thème général à presque tous les orateurs du Congrès. Et en quels termes !
Telle une litanie byzantine, les machinations « honteuses », « éhontées », « ignobles », « criminelles », « fractionnelles » de ce groupe sont dénoncées de façon stéréotypée et monotone par les bureaucrates qui se succèdent à la tribune. Quelle distance sépare ce Congrès, non seulement des Congrès de l'ère léniniste mais encore des Congrès du début de l'ère stalinienne, quand la tradition et les cadres bolcheviks n'avaient pas encore été détruits ! Là, du moins, des arguments politiques — fussent-ils faux, démagogiques ou même calomniateurs - furent encore échangés.
Par contre, rien de ce qui a été dit ou fait à ce Congrès n'accorde de crédit à l'hypothèse que les décisions du 20ª Congrès seraient à leur tour soumises à révision. Au contraire, le rapporteur luimême et un grand nombre d'orateurs insistèrent sur le fait que les « violations de la légalité soviétique », que les « infractions à la démocratie socialiste et à la démocratie intérieure du Parti », ont été totalement et définitivement abolies. Le 21: Congrès apparait ainsi comme un Congrès qui confirme et consolide, sur le plan politique, les principales tendances de • destalinisation », sans passer outre les limites fixées par la bureaucratie à partir de fin 1956.
L'accent du Congrès fut mis sur le plan septennal, largement développé dans le rapport de Khrouchtchev. Nous avons déjà analysé les principaux aspects de ce plan dans le numero precedent de « Quatrieme Internationale » (1) ; nous ne le traiteplus ici, c'est sur dautres su jets discutés au 21° Congrès que nous voudresse bourgeoise ei la presse sela miendrions nous étendre, sujets auxquels ni la ne n'ont accordé une attention suffisante, et qui révèlent pourtant d'importantes tendances de développement de la société soviétique et de la politique du PC de l'U.R. S.S.
(1) Voir dans le numéro de janvier 1959 notre article : @ Du 20e au 21• Congrès du P.C. Soviétique. » GROUPE ANTI-PARTI Rien de cela ici. Il s'agit d'une « dénonciation » qui est à mi-chemin de l'excommunication et du rapport de mouchardage. Sur le plan du style, le PC de l'U.R. S.S. ne semble avoir surmonté ni le « culte de la personnalité » ni même les séquelles des « activités criminelles de l'ennemi de l'Etat, Béria ».
Si nous l'examinons de plus près, cette morne litanie nous révèle pourtant quelques faits intéressants. Tout d'abord, sur un total de os orateurs sovietiques qul ont pris la parole au 21º Congrès, 60 ont dénoncé le groupe anti-parti, et 23 ne l'ont pas fait. Qui sont ces 23 ? Nous y retrouvons, à trois exceptions près, tous les ouvriers et agriculteurs du rang qui ont pris la parole au Congrès, ainsi que tous les académiciens et savants ! Cela mérite d'être retenu. Les 83 orateurs se divisent en 64 bureaucrates du parti et de l'Etat (y compris un unique porte-parole de l'armée, le maréchal Malinovsky) et en 19 representants de la « base » (ouvriers, agriculteurs et inteliectuels). Sur les 64 bureaucrates, 57 ont participé à la dénonciation rituelle ; sept se sont abstenus. Sur les 19 représentants de la « base », trois seulement (un ouvrier et deux kolkhoziens) ont attaqué le groupe anti-parti ; seize se sont abstenus.
Il taut naturellement se garder d'accorder à ce fait révelateur plus d'importance qu'il n'en mérite. Parmi les bureaucrates qui ne se sont pas joints à la campagne contre le groupe « anti-parti » se trouve le tristement célèbre Semitchastny, secrétaire du CC des Komsomol au Congrès et gendre de Kkrouchtchev (il a été depuis lors deplace de ce poste). Semitchastny a la renommée d'être un hyper-stalinien dans la « fermeté » ; il s'est « distingué » en comparant Pasternak à un « porc qui salit son étable ». Il est d'autre part peu probable qu'il ait été un allié de Molotov, toute son ascension étant due à Khrouchtchev. Le fait qu'il ait fait preuve de « manque d'orthodoxie » peut s'expliquer simplement par un oubli, ou par le désir de manifester que les Komsomol « ne font pas de politique ».
D'autre part, les ouvriers qui se sont abstenus d'attaquer le groupe anti-parti sont décrits comme tels par les seuls documents officiels du Congrès. Nous ignorons s'il s'agit de véritables ouvriers, de chefs d'équipe, de contremaîtres ou de membres du personnel de maîtrise.
Néanmoins, cette division étrange des orateurs mérite d'être soulignée ; elle le mérite d'autant plus que Khrouchtchev désigne nommement dans sa réplique un certain nombre d'orateurs qui ont fait des exposés « remarquables » — et qu'à quelques exceptions près, il s'agit précisément des orateurs qui se sont abstenus d'attaquer le groupe anti-parti.
Mieux : il y a eu une certaine gradation dans •les attaques contre le groupe " anti-parti ». Alors que la plupart des orateurs se sont contentés de répéter les adjectifs mentionnés ci-dessus, vers la fin du Congrès les attaques sont devenues de plus en plus dures, et de plus en plus lourdes de sous-entendus.
Ainsi, J.P. Kolustchinski (dirigeant du PC d'Omsk) parla du « groupe de conspirateurs ». Joudine renchérit et affirme que si les « conspirateurs criminels » n'avaient pas été « désarmés » par le C.C., le communisme aurait été « décisivement af faibli » en U.R.S.S. Kousmine, chef de la commission du plan, fait un pas de plus et accuse Pervoukhine et Sabourov d'avoir, de mauvaise foi (donc pour des intentions mauvaises ?) freiné le développement de l'industrie pétrolière et chimique, et d'avoir poussé aux centrales thermiques à carburant solide, plutôt qu'à carburant li quide. L'accusation touche presque le domaine du sabotage ! Un certain Chegaline, chef du parti à Stalingrad, reprend et élargit cette même accusation, et un cerlargit cette même accusation. et un cer tain Denisov, bureaucrate de Saratov, accuse même le groupe « anti-parti » d'avoir voulu sciemment retarder l'avance du pays vers le communisme.
Toutes ces accusations sont de nature à rappeler la formule d' « ennemi du peuple » que le procureur Rudenko avait prononcée à la dernière session du Soviet Suprème. Et pourtant, Khrouchtchev, dans sa réplique, ne leur fait pas echo. Les membres du groupe « anti-parti » ne sont -pas exclus du parti ; Pervoukhine et Sabourov ne sont même pas exclus du Comité Central. Il est vrai que le renouvellement de cet organe n'était pas à l'ordre du jour. Mais la campagne de Kousmine visait sans aucun doute des mesures extrêmes ; celles-ci ne se sont pas produites. Kousmine lui-même, au lendemain Congrès, a été démis de ses fonctions. Faut-il y voir un signe que la direction a voulu tranquilliser la masse des bureaucrates et des membres du parti ? Ceux-ci ont dû sans doute craindre que les attaques contre le groupe « anti-parti » ne donnent le signal de nouvelles mesures extrêmes qu'on avait pourtant promis d'éviter.
Nous avons dit que le style de ce Congres reste plus proche de celui des Congres staliniens que de celui des Congrès de l'ère 1923-27, sans parler des Congrès auxquels Lénine participa. La composition du Congrès, révélée par le rapport de la commission des mandats, donne à ce propos quelques précisions terrifiantes. Sur 1.269 delegues au Congres, huit — nous disons : huit — sont de vieux bolchéviks, c'est-à-dire des membres du parti au moment de la révolution d'Octobre. - Or, à ce moment le parti bolchévik comptait 240.000 membres, dont des dizaines de milliers de jeunes, âgés de 20 à 30 ans, qui auraient aujourd'hui de 62 à 72 ans. Beaucoup sont morts dans guerre civile, mais des dizaines de milliers ont survécu. D'ailleurs, fin de la guerre civile, le parti bolchévik comptait en mars 1921, 732.500 membres. Or, de ces membres, un tiers de personnes de moins de 35 ent comportaient certainement (qui auraient eu moins de 73 ans aujourd'hui), 45 — nous disons quarante-cing sur 200.000 — sont délégués au XXI Congrès...
Faut-il d'autres chiffres pour se rendre compte de l'effroyable hécatombe que Staline a provoquée dans les rangs des bolchéviks ?
Il est d'ailleurs significatif que Khrouchtchev lui-même n'a adhéré au parti bolchévik qu'après octobre 1917, bien qu'au moment de la révolution il avait déjà 23 ans. Il ne se trouvait pas dans l'élite de la jeunesse ouvrière russe, dont des dizaines de milliers de fils, du même âge ou moins âgé que lui, rejoignirent les rangs du parti avant la victoire de la révolution.
Ajoutons encore que sur 1.269 délégués, il n'v avait que 399 ouvriers et kolkhoziens et 50 intellectuels actifs comme tels ; le reste, soit 820 délégués, étaient des bureaucrates. Ceux-ci constituaient donc près des deux-tiers des délégués du Congrès : proportion significative, même si elle est lé gèrement inférieure à celle du XX: Congrès.
LA LIQUIDATION DES « VIOLATIONS DE LA LEGALITE
ET DE LA DEMOCRATIE SOVIETIQUE »
Un grand nombre d'orateurs prit la parole au sujet des décisions du 20e Congrès concernant la « répression des violations de la légalité et de la démocratie soviétiques ». Ce fut le troisième thème plus ou moins généralement traité au Congrès. Si de nombreuses déclarations, en cette matere egalement, turent plutot stereotypees, plusieurs remarques méritent d'être mises en reliel.
Ainsi Khrouchtchev lui-même affirma qu'il n'y avait plus de prisonniers politiques aujourd'hui en U.R.S.S. et que personne n'était plus persécuté pour ses opinions politiques. Mikoyan s'étendit sur le même sujet et déclara notamment :
* La démocratie soviétique a fait de grands pas en avant, et plus nous avançons, plus cette évolution s'approfondit, en même temps que l'ordre social du pays socialiste se consolide et se perfectionne. Chaque pas qui nous rapproche du communisme donne de plüs en plus d'importance au rôle de la persuasion, de l'influence sociale, l'éducation communiste et de la discipline consciente des membres de la société communiste, et tend à réduire de plus en plus l'emploi des moyens de contrainte.
Il n'y a plus aujourd'hui chez nous de représailles contre les citoyens pour des raisons politiques. »
Le ton de Mikoyan est ici différent de celui qu'emploient tous ses collègues. Il est le seul orateur qui affirme que * le 21° Congrès est le développement organique du 20 Congrès ». On sent aue c'est une école diflérente qui parle ici, et er fait Mikoyan est un de ces huit délégués du Congrès qui étaient déjà membres du Parti en octobre 1917. Cela se sent à paroles... Il est d'ailleurs intéressant de constater que Mikoyan affirme que jamais auparavant les lens entre le parti et les masses n'étaient aussi solides que maintenant. Naturellement, cette affirmation rituelle se retrouve dans tous les Congrès précédents du P.C. bolchévik. Mais peutêtre est-elle à mettre en rapport avec le • dépérissement de la fonction de contrainte » ? Peut-être admettra-t-on aujourd'hui que lorsque l'Etat et la police, loin de dépérir, atteignaient un degré de puissance totale inconnu, comme ce fut le cas entre 1934 et 1954, cela ne témoignait guère de la solidité mais au contraire du déchirement de la société, cela ne prouvait pas l'adhésion enthousiaste mais au contraire l'opposition - fût-elle tacite — des citovens envers le pouvoir ? telle perdu beaucoup de sa violence, mai?- Sans aucun doute, cette opposition t-elle perdu beaucoup de sa violence, maintenant que les besoins fondamentaux des consommateurs commencent peu à peu à être satisfaits. Néanmoins Chélépine. le nouveau chel de la police, se voit obligé de constater que les services de sécurité (police politique) tout en limitant leurs fonctions, restent indispensables : et il a également en fait contredit l'affirmation selon laquelle ces services se dirigeraient exclusivement vers létranger. Ses objectifs sont, dit-il « quelques rénégats, des hommes dégénérés, des ivrognes, des bavards qui pourraient (!) tomber dans les filets de lennemi ».
S'il n'y avait vraiment que de telles exceptions, on ne voit pas très bien pourquoi il faudrait maintenir un appareil extrêmement lourd et coûteux (même s'il a été considérablement réduit, comme l'a affirme Khrouchtchev, disant sans doute la verite). En tait si la cohesion de la société soviétique a été augmentée au cours des dernières années, nous sommes encore loin d'une « société sans classes ». C'est là, et là seulement, que réside le secret de la survivance des « organismes de répression orientés vers l'intérieur ». Mais on ne peut l'expliquer sans remettre en doute le dogme de la « construction achevée de la société socialiste ».
Aussi bien Khrouchtchev que Chélépine ont insisté sur la nécessité de transmettre à des « organisations sociales certaines fonc •ons exécutées jusqu'à maintenant par , appareil d'Etat. Chélépine cite l'exemple du grand nombre de jeunes délinquants dénoncés à la justice (ce qui, entre parenthèses, jette une lumière fort crue sur « l'harmonie sociale » qui règne dans cette « société sans classes »). Il le regrette à Juste titre, et demande que des jeunes puissent être rééduqués et corrigés amicalement par les syndicats, les organisations de jeunesse, le collectif d'entrepri ses, plutôt que par la justice et la maison d'internement. Khrouchtchev de son cote envisage l'administration par les syndicats des maisons de vacances, la remise entre les mains d'organisations de sportifs de l'équipement relatif au sport, le développement par des organisations bénévoles (notamment des groupes d'amateurs de théâtre, des orchestres d'amateurs etc.), d'activités culturelles diverses.
Tous ces développements sont à saluer et marquent la détente incontestable qui se manifeste actuellement dans les relations sociales en U.R.S.S. Certains apologistes occidentaux - notamment le groupe allemand « Arbeiterpolitik * -parlé à ce propos de « dépérissement de Palat ace est us ex dépéron emi tride le ridicule. A ce compte-là, « l'Etat dé périrait » depuis longtemps en démocratie bourgeoisie, où les phénomènes maintenant montrés en épingle sont courants depuis des décades. Le jour où des conseils ouvriers prendront en main la gestion des entreprises ; le jour où groupes de travailleurs exécuteront à tour de rôle les fonctions dirigeantes des granles municipalites ; le jour ou des groupes le citovens prendront l'initiative de faire publier partout en U.R.S.S. des quotidiens politiques, ce jour-là, on pourra parler d'un « dépérissement de l'Etat » dans le sens où Lénine emploie le terme. Car ce jour-là, l'Etat ouvrier démocratisé sera à la fois un Etat et un Etat qui dépérit, par sa fusion grandissante avec la masse des citoyens.
En U.R.S.S., où l'appareil administratif reste le plus lourd du monde et ou linitiative politique et administrative des travailleurs est infiniment réduite par rapport à celle des premières années de la révolution, parler de « dépérissement de l'Etat » c'est tromper cyniquement les masses - à moins de se tromper solmeme (
Chvernik a affirmé que « tous les communistes condamnés sans fondement ont été réadmis dans le parti », et il a ajouté que ces mesures concernaient surtout « des cadres dirigeants (!) du Parti, de l'Etat, de l'économie et de l'armée ». Souslov a promis que les comptes rendus des Congrès et des conférences du Parti bolchévik seront reproduits. Il est incontestable que la falsification de l'histoire la plus hystérique tend à « dépérir » en
U.R.S.S. ; mais elle n'est pas remplacée par une recherche objective de la vérité - du moins pas de la part des dirigeants du parti et de l'Etat.
La préface aux « Mémoires » d'AntonovOvséenko «Dix Jours qui ebranlerent le Mondeux ; la préface « Dix de John Reed - deux des publications les plus sensationnelles en U.R.S.S. au cours des dernières années - montrent que la déstalinisation s'arrête au niveau qui précède la grande « épuration ». On continue à combattre le « trotskysme » à l'aide de calomnies politiques, mais ce sont les calomnies des années 1926-32 plutôt que celles des années 1936. Le résultat objectif de cette « évolution », c'est de donner aux jeunes et aux chercheurs honnêtes la possibilité de se réorienter par leurs propres moyens ; et cela promet pour l'avenir !
La « libéralisation » de la vie publique en U.R.S.S. n'était pas seulement une concession aux larges masses ; c'était aussi une concession à la masse de la bureau-
Après le plan septennal, la dénonciation du groupe anti-parti et le « rétablissement des normes léninistes de démocratie et de la de alite songeti, e, matoramon consde la légalité soviétique, quatrième thèmetante du niveau de vie du peuple soviétique. En cette matière, les réalisations des dernières années sont incontestablement impressionnantes, même si souvent les promesses n'ont pas toutes été tenues dans les délais envisagés. De nombreux orateurs sont venus confirmer par des chiffres les progrès réalisés et les progrès prévus dans les années à venir. Espérons que tous ces plans - et notamment celui de la construction de logements, le plus impressionnant et le plus urgent de tous — seront effectivement réalisés et que le peuple soviétique verra son standing s'élever de façon notable après des décades de sacrifices terribles.
Pourtant, les dirigeants de la bureaucratie qui, pour la première fois, pouvaient citer des arguments solides en faveur du régime soviétique, n'ont pas pu s'abstenir de tomber dans une démagogie facile et outrancière ; on ne se défait pas facilement de ses mauvaises habitugest ainsi qu'en comparant la consommation du sucre en U.R.S.S. et aux EtatsUnis, les orateurs du 21° Congrès ont cité les chiffres de production courante et les cratie qui, sous Staline, était exclue de l'exercice effectif du pouvoir et en danger permanent de perdre ses privilèges et sa vie pour des raisons arbitraires. Nous avions souvent insisté sur ce fait, comme direction as selle du Pati operait la nous avions souligné à ce propos que la cherchait à élargir les bases de la dictature, à associer un nombre croissant de bureaucrates à l'exercice du pouvoir.
Nous avons trouvé une confirmation éclatante de cette thèse dans la décentralisation économique. Nous en trouvons une autre au 21° Congrès par la déclaration de Kirichtchenko, selon laquelle aux seances plemeres du Comité Central, et aux central. et conférences qui aboutissent à des décissions du Comité Central pour des questions importantes
« sont invitées les personnalités les plus progressistes (•) du pays, les collaborateurs dirigeants (1) des organes du parti, de l'Etat et de l'économie, c'est-à-dire des grandes entreprises et des kolkhozes, des savants, des ingénieurs, des techniciens etc. »
Cette énumération est éloquente. La démocratie au sein de la bureaucratie s'étend manifestement ; les séances plénières du Comité Central se transforment de plus en plus en assemblees representatives de la bureaucratie dans son ensemble. Mais Kirichtchenko oublie un detall (signies reprises es par dimennis insıgnitiant : les dirigeants peut-être pas aux « personnalités les plus progressistes » du pays ? C'est sans doute par simple oubli qu'on ne les invite pas à ces séances... prévisions d'ici 7 ou 12 ans - en s'abstenant de mentionner que la majeure partie de la consommation américaine est coumais par limportation du sucre nérienne intérieure
D'autres orateurs, faisant de la surenchère sur les déclarations de Khrouchtchev, attirment imprudemment que, d'ici 1970, le niveau de vie des travailleurs soviétiques sera deja supérieur à celui des travailleurs américains à ce moment-là - affirmation non fondée comme nous l'avons démontré (1). Khrouchtchev luimeme pretend que les soins de sante en U.R.S.S . sont les meilleurs du monde, et cite, comme preuve, la dépense de 360 milliards de roubles pour ne fait en définitive que moins de 250 roublese la motte ar tete de titat dispense bles par an et par tête d'habitant, soit à vice de saBre. En a pou de sancer le seren Grande-Bretagne pour financer le ser-
Ce fut encore Mikoyan qui, contrairement à de nombreux orateurs insistant sur la « priorité absolue du développement de l'industrie lourde », souligna la particularité du plan septennal :
(1) Voir dans le numéro de janvier 1959 notre article : « Du 20° au 21• Congrès du P.C. Soviétique. »
LA LUTTE POUR L'AMELIORATION DU NIVEAU DE VIE
LA LUTTE POUR L'AMELIORATION DU NIVEAU DE VIE
« Le plan septennal est caractérisé dans une mesure bien plus large que nos plans économiques précédents par le fait, qu'en s'appuyant sur les énormes succès de l'industrie lourde et de son développement ultérieur, 1l prévoit une croissance beaucoup plus rapide qu'auparavant de la production de biens de consommation, et un relèvement plus rapide du bien-être de la population. »
Il y a là à la fois un programme et un aveu, tous deux véridiques. Nous ne devons pas douter de la promesse qui est sincère (même si elle ne pourra pas être complètement tenue). Mais l'aveu est moins réel. Il inflige un démenti cinglant aux laquais de la bureaucratie, et notamment à ses laquais en Occident, qui se sont évertués à cacher ou à minimiser les sacrifices imposés à la population soviétique au cours des décades passées et qui ont décrit en couleurs de pastel la vie misérable de la masse du peuple, insultant de ce fait dans sa détresse. Un autre orateur, Kirichtchenko, a d'ailleurs complété cet aveu, et confirmé que nous avions raison lorsque nous critiquions avec le même argument le dernier ouvrage économique de Staline (2). Il dit en effet :
Le 21' Congrès confirme à ce propos les plaintes du 19e et du 20° Congrès — ce qui demontre bien que les réformes introdultes entre temps n'ont rien modifié aux racines du mal.
Ainsi le vice-président du Conseil, Sasjadko, annonce qu'au ler janvier 1959, il (!) chantiers de construction non achevés, avait en U.R.o.s. pas moins de 320.000 et que les dépenses gelées dans ces constructions, qui ne pouvaient être rentables qu'avant la fin de ces travaux, s'élevaient à 179 milliards de roubles. Cette situation ralentit énormément le rythme de progression de l'économie. Aristov y ajoute que, dans la seule République fédérative de Russie, il y avait 60.000 machines-outils et 15.000 groupes de machines déjà produits, capables de fonctionner, mais non encore installés. De là une nouvelle source de pertes.
La fourniture regulière, ininterrompue, de matières premières et de produits auxiliaires, est loin d'être assurée. L'ouvrier Gorbounov, deja cité, affirme que la seule regularisation de lapprovisionnement des chantiers navals de Léningrad permettrait une augmentation de la production de 20 à 30 %, sans aucun investissement supplémentaire. « Voilà les réserves inemplovées dans notre industrie », s'est-il exclamé. En effet ; et une situation identique a été dénoncée 19: Congrès du P.C. 1 Dar Malenkov. au
Un autre orateur, Koslov, s'est étendu sur les pertes entraînées du fait de déchêts de métal excessifs. Il les a chiffrées à 4,5 millions de tonnes par an, soit 25 milliards de roubles en valeur...
« tous connaissent la situation dans laquelle s'est trouvée notre production agricole il y a quelques années (!) à peine. Il y avait trop peu de blé, il y avait une grande pénurie (!) de viande, de lait, de beurre, de sucre, de légumes et d'autres produits alimentaires importants. »
D'autres orateurs ont d'ailleurs signalé en passant des cas de pénurie tout aussi lamentables qui persistent jusqu'à aujourd'hui dans la deuxième puissance industrielle du monde. Le poète Tvardovski a signalé qu'il est extrêmement difficile de trouver dans les magasins des rayonnages pour y caser ses livres. Un autre orateur, Touvrier Gorbounov, des chantiers navals de Léningrad rappelle qu'il est difficile, même pour les entreprises, de trouver...
des clous, des boulons et du petit outillage, et qu'elles sont souvent obligées d'er fabriquer a grands frais. Nous retrouvons ici la chappe de plomb bureaucratique qui alourdit le tonctionnement de léconomie planifiée et qui continue à lui causer des pertes et des gaspillages énormes.
(2) Les problèmes économiques de l'U.R. S.S.
Divers orateurs se sont étendus sur certaines conséquences néfastes de la décentralisation industrelle — par ailleurs důment vantee par tout le Congrès. Ils ont souligne le developpement du regionalisme, de légoisme d'entreprises ou de localites, la violation des contrats de fourniture, la modification arbitraire de l'assortiment des produits, etc.
Un des faits, pour la première fois officiellement révélés par le 21ª Congrès, c'est labsence de calcul de coûts comparés des projets d'investissement jusqu'à maintenant réalisés en U.R.S.S. Ainsi, divers projets sidérurgiques ont été comparés par Sasjadko pour en calculer la rentabilité à long terme, qui tient compte de la rémunération de l'investissement ; un projet qui ne rapporte que du 7.%, affirme-t-il Il semble bien que les planificateurs soviétiques soient amenés dorénavant à inclure la charge d'intérêt (le calcul de la rentabilité monétaire et non seulement l'accroissement de la productivité physique) dans le choix entre divers projets d'investissements.
L'énorme diversité des prix de revient a été soulignée surtout par les orateurs qui ont traité des centrales électriques. Un orateur du Tadchikistan — depuis lors démis de ses fonctions - a proposé la construction d'une centrale hydraulique qui fournirait le kWh pour 0.3 kopeks (ce fut une attaque voilée contre Khrouchtchev qui a demandé qu'on se concentre sur la construction de centrales thermiques à base de gaz et de produits pétroliers). La moyenne du coût du kWh dans les grandes centrales électriques a été chiffrée par
LES DEFICIENCES DE LA PLANIFICATION BUREAUCRATIQUE
LES DEFICIENCES DE LA PLANIFICATION BUREAUCRATIQUE
Novikov, ministre de l'Industrie électrique, à 8 kopeks. Mais à côté de ces grandes centrales, il y en a de petites qui fournissent le courant à 1 à 2 roubles le kWh !
Novikov a d'ailleurs révélé que ces « pettes centrales », au nombre de 100.000, concentrent 80 % du personnel de l'indus-
Si le 21° Congrès du P.C. soviétique fut avant tout un Congrès pratique, pragmatique même, il n'a pas pu passer sous s1lence une série de problèmes théoriques de plus en plus compliqués et contradictoires qui se posent aux théoriciens de la bureaucratie, ainsi qu'à tous les théoriciens marxistes tout court. Quelle est la phase réelle du développement social que traverse actuellement l'U.R.S.S. ? Quelles sont les étapes qui lui restent à parcourir avant d'atteindre une phase supérieure du développement social ? Quelles transformations politiques, économiques, devront accompagner celte evolution iales
Ces questions sont d'autant plus pénibles pour les théoriciens de la bureaucratie qu'elles touchent toutes, directement ou indirectement, au problème de la bureaucratie elle-même. Aussi les théoriciens officiels ne s'avancent-ils dans cette « terre inconnue » que sur la pointe des pieds, en jetant constamment de regards en arrière et en revenant chaque fois sur leurs pas. Ce n'est pas par hasard si le Tameux nouveau programme du P.C. soviétique, qu'on nous promet depuis des années, n'est toujours pas rédigé et qu'au 21" Congrès, un orateur ait avancé la proposition s'inspirer du rapport Khrouchtchev pour rédiger ce programme !
On ne peut contester au premier secrétaire du P.C. soviétique mas, et and etament one sil rage, même sur le terrain de la théorie. s'agissait de défricher des terres vierges ou d'imposer une nouvelle technique de la culture du maïs. Malheureusement, la théorie marxiste n'est pas un champ friche, meme si Staline a fait l'impossible pour qu'il soit rouchtchev qui a le merite de ser certaines questions, ne peut protérer que des réponses banales, que des courtisans s'empressèrent d'acclamer comme remarquables sinon géniales.
Khrouchtchev constate qu'en U.R.S.S. le socialisme a complètement et définitivement triomphé ; ce dernier adverbe a été repris par de nombreux orateurs, qui y ont trouvé une innovation sensationnelle. Que faut-il en penser ?
Il y a près de dix ans que notre mouvement, au lendemain de la victoire de la révolution chinoise, avait affirme que les rapports de forces avaient évolué de trie de l'électricité d'U.R.S.S., tout em ne fournissant que 10 % du courant.
Il est certain que de telles anomalies subsistent dans de nombreuses branches de l'économie soviétique, et que la « décentralisation » ne les a pas précisément surmontées. capitaliste et aun depens du camp merialiste. kien de ce qul est arrive depws
One permet de reviser cette estimation ; au contraire, elle a été complètement confirmée par les événements. Cette évolution mondiale des rapports de forces - fonction autant de la victoire de la révolution chinoise et des progrès constants de la révolution coloniale que des progrès économiques réalisés en U.R.S.S. - a incontestablement raffermi à un degré inconnu avant 1941 le régime soviétique. Il est difficile cependant d'y voir une confirmation de la théorie selon laquelle il est possible d'achever le socialisme dans un seul pays. Car n'est-ce pas précisément l'extension internationale de la révolution qui a modifié les rapports de forces globaux entre les classes ?
Nous pouvons approuver Khrouchtchev lorsqu'il affirme qu'une restauration du capitalisme en U.R.S.S. peut être considérée comme exclue. Pareille restauration ne pouvait être fonction que d'un renforcement international des forces contrerévolutionnaires par rapport aux forces de la révolution. On ne peut guère prévoir ce renforcement dans un avenir prévisible.
Malheureusement, comme nous l'avons deja dit dans le passé, le Kremlin est surestimation de la puissance impérialiste passé d'un extrême à de la (qui caractérisa sa stratégie à l'époque stalinienne) à une sous-estimation non moins dangereuse. Si nous suivons Khrouchtchev lorsqu il affirme qu'une restauration du capitalisme est impossible en U.R.S.S., nue lae le stoire s p'so laisme est denous ne le nitive ». Car ! oublie qu'il y a, hélas, un autre terme a alternative : à savoir la destruction réciproque des Etats-Unis et de I'U.R.S.S. dans une guerre nucléaire.
Affirmer que pareille destruction matérielle des bases de l'économie soviétique est impossible, ce serait affirmer que limpérialisme américain n'est plus en mesure de déclencher la guerre mondiale. Plusieurs orateurs l'ont plus ou moins déclaré au 21° Congrès ; mais il s'agit là d'une illusion extrêmement dangereuse. Une illusion qui ne semble d'ailleurs pas influencer le comportement des chefs des forces armées soviétiques, à juger de la masse annuelle des dépenses militaires.
UNE DERNIERE FOIS :
LA CONSTRUCTION ACHEVEE DU SOCIALISME
DANS UN SEUL PAYS
UNE DERNIERE FOIS :
LA CONSTRUCTION ACHEVEE DU SOCIALISME
DANS UN SEUL PAYS
Peut-on en outre affirmer, comme le fait Khrouchtchev, à la suite de son maître Staline, que le socialisme est déjà « définitivement achevé » en U.R.S.S. ? Cela l'entraîne immédiatement dans des contradictions flagrantes. Le socialisme est un système social supérieur au capitalisme, caracterise par la disparition de la division sociale en classes. Or, le « socialisme » sovietique ne prevoit de depasser le niveau de productivite du capitalisme américain que d'ici à 15 ans ; et la disparition des classes sociales - notamment de la distinction entre classe ouvrière paysannerie kolkhozienne est remise par Khrouchtchev lui-même dans un avenir assez brumeux.
Il est donc plus logique, et davantage conforme à la tradition marxiste, d'affirmer que nous nous trouvons toujours, en transition entre se capidume et les de U.R.S.S., en présence lisme, mais qui commence à se rapprocher du but, au fur et à mesure que l'essor des forces, productives, l'élévation du niveau de vie et de culture, et l'industrialisation de la campagne, permettent la solution des principales contradictions de cette phase. Inutile d'ajouter que le ren-
Mais si de nombreuses questions souletions du communisme sont en realite dess ees par Karouchtchev e tant que quesquestions du socialisme, quelles sont donc les véritables problèmes du communisme ?
On sait que, dans sa « Critique du Programme de Gotha », Marx distingua les deux phases de la société socialiste, la phase inférieure et la phase supérieure dite phase communiste. Il en énumérait les caractéristiques suivantes :
1° Dans la phase inférieure - que nous appelons aujourd'hui la phase socialiste -la valeur et l'échange ont disparu. Ce qui subsiste, c'est la mesure exacte du travail donné par chaque individu à la société ; car c'est cette mesure qui préside à la répartition égalitaire des biens de consommation.
2° Dans la phase supérieure — que nous appelons aujourd'hui la phase communiste - la mesure du travail de chacun aura disparu en même temps que la mesure de ce que chacun consomme. La règle « de chacun selon ses capacités, à chacun seIon les besoins » sera appliquée. Nous serons dans le règne de l'abondance, rendu possible par :
(a) un développement prodigieux des forces productives :
(b) une révolution psychologique provoquée par la satisfaction automatique de tous les besoins fondamentaux au cours de la phase précédente, qui fera ainsi disparaitre le desır denrichissement individuel en tant que mobile d'activité économique et sociale.
Il suffit de jeter un coup d'œil sur ce résumé succinct pour se rendre compte que les problèmes du communisme - problème du passage d'une distribution égaversement de la dictature (tut-elle légerement libéralisée) de la bureaucratie, el le rétablissement d'une démocratie soviétique pleine et entière, permettant par la suite son rapide dépérissement, sont des conditions sine qua non pour l'achèvement de la construction d'une société socialiste.
En vérité, plusieurs des caractéristiques citées par Khrouchtchev pour la société communiste sont en réalité des caractéristiques d'une société socialiste, comme par exemple la conquête d'un niveau de productivité, de niveau de vie, de santé et de culture supérieur à celui du capitalisme le plus avancé. Si donc Khrouchtchev affirme de façon assez étonnante -en révisant heureusement Staline - que le communisme ne sera pas construit dans un seul pays, mais dans l'ensemble du « camp socialiste » (c'est-à-dire sur un ters de la surtace du globe, meme si for admettait que ce camp ne s'étendrait pas dans les annees a venir), il affirme en l'histoire a définitivement balayé la « théoréalité, peut-être inconsciemment, que rie du socialisme dans un seul pays », et que ce sera sans doute une douzaine de la la socie socialist aboutiront ensembie qui aboutiront ensemble litaire à une distribution abondante — ne peuvent encore guere etre soulevés en U.R.S.S. de façon serieuse.
L'académicien Ostrovitianov, qui a réussi ce tour de force de rester pendant trente ans un économiste officiel en URSS -
— affirme qu'au cours supérieure du communisme la production des marchandises et les rapports marchandise-argent dépériront. Il y ajoute que, grâce aux machines à calculer électroniques (!), on pourra mesurer directement le temps de travail social dans les travaux individuels de chacun.
La confusion est manifeste. C'est au cours de la phase de transition et au début de la première phase du communisme — la phase du socialisme - que les marchandises, la valeur, l'argent dépériront et feront place à une comptabilité en heures de travail de l'effort de chacun. Dans la mesure où Ostrovitianov insiste sur l'essor des catégories marchandises, valeur ‚argent, non seulement à l'intérieur de I'U.R.S.S. ports entre l'URSS et les pays * socialismais encore dans les raptes », il apporte malgré lui la meilleure preuve que la construction d'une société socialiste est loin d'être achevée en Union soviétique.
Khrouchtchev explique beaucoup plus correctement que, dans la société communiste, la répartition mesurée des biens de consommation disparaîtra — y compris lorsqu'elle est mesurée par la « machine à calculer électronique ». Ce qui subsiste, dit-il, c'est la nécessité de répartir de lacon scientifique les forces de travail disponibles dans les différentes branches industrielles. Nous sommes ici fort proches
PROBLEMES DU COMMUNISME
PROBLEMES DU COMMUNISME de la fameuse formule de Jarochenko, le jeune économiste avec lequel Staline fut obligé de croiser le fer avant sa mort : les seuls problèmes économiques qui subsisteront dans la société communiste seront les problèmes de l'organisation de la production.
Seulement pour arriver à cette conclusion, Khrouchtchev est obligé d'emprunter à Staline la fameuse formule absurde « de chacun selon ses capacités, à chacun selon son travail (!) « comme formule qui guiderait la répartition des biens dans une société socialiste. Cette formule ne se trouve dans aucun ouvrage classique du marxisme ; elle en est une contrefaçon grossière. Mieux, elle doit voiler le caractère bourgeois des normes de distribution en U.R.S.S., définition qui correspond à toute la tradition marxiste et qui, selon Khrouchtchev, a été récemment reprise par « certains savants ».
La discussion des « problèmes du communisme » ramène ainsi inévitablement à la discussion des « problèmes du socialisme », et celle-ci conduit à lanalyse des problèmes réels de la phase de transition que traverse encore l'U.R.S.S. Cette analyse se heurte à la nature apologétique de toute une série de définitions et de théories actuellement en vogue au sein de la bureaucratie. Mais la jeunesse soviétique qui s'est attaquée avec tant de vigueur au problème pratique de la bureaucratie, ne manquera pas de soulever ces problèmes théoriques eux aussi.
La revue social-démocrate des EtatsUnis « The New Leader » publie dans son numéro du 18-25 août 1958 un article extrêmement significatif de David Burg, un jeune émigré soviétique qui y fut étudiant jusqu'en 1957. Il y décrit le « courant néo-bolchevik » qui est un des principaux courants de la jeunesse intellectuelle non conformiste aujourd'hui en U.R. S.S. :
Ils ont une forte nostalgie de la période pré-soviétique et des premières années de la période post-révolutionnaire. Aujourd'hui, la jeunesse soviétique manifeste fréquemment son opposition au régime en présentant devant la réalité contemporaine le miroir des classiques du marxisme-léninisme. A leur avis, les épurations de 1937 ont liquidé les véritables dirigeants de la Révolution. Ils opposent Thermidor à Octobre.
Ils idéalisent la révolution et demandent un retour aux idées premieres du léninisme, qu'ils croient pouvoir trouver dans certains ouvrages de Lénine (« L'Etat et la Révolution »). Ils parlent frécuemment de « dégénéres. parlent fréquemment de « dégénérescence bureaucratique » du régime, de l'apparition d'une bureaucratie régnante, privilégiée, qui a établi une dictature contre le peuple...
Ils voient « cette bureaucratie en tant qu'une tumeur maligne » qu'on peut éliminer « par une opération chirurgicale » afin de permettre « un développement normal d'un organisme fondamentalement sain. »
Cette jeunesse qui est trotskyste sans le savoir et qui se nourrit de plus en plus aux mêmes sources dont jaillirent nos idées, préparera et exécutera son • opération chirurgicale » malgré l'euphorie khrouchtchevienne.