L'écroulement spectaculaire de la IV° République en France retentira encore longtemps sur la scène politique européenne et mondiale, tant il fut subit, inattendu pour les masses et leurs partis traditionnels en France même, et tant le mythe d'une citadelle démocratique dans ce pays avait internatiomalement des racines profondes. Il s'agit d'autre part d'un événement dont les conséquences et les enseignements remueront dans les profondeurs les idées et les structures du mouvement ouvrier mondial.
Are chue de les a Republice es Frne clothermentau miel pres. expansion dynamique du capitalisme, a vu s'épanouir les attraits d'un néosuerre qul, réformisme vulgaire prêchant, y compris par la bouche des nouveaux maîtres archi-opportunistes du Kremlin, les « voies nouvelles », « pacifiques », « parlementaires », au socialisme.
La fin peu glorieuse de la République parlementaire dans un pays traditionnellement des plus démocratiques, au milieu du fracas des mitrailleuses des parachutistes, de l'hystérie des foules de colons fascistes, de la désorientation paralysante des immenses masses métropolitaines, a du coup rappelé des souvenirs atroces de lavant-guerre : la cascade de victoires réactionnaires suivi l'ascension des nazis en Allemagne, en Autriche, en Espagne, en France.
Certes le contexte international est actuellement tout autre qu'à cette époque là, et de Gaulle après tout n'est pas et ne pourra pas être un nouveau Hitler. Il n'est cependant pas moins vrai que le régime politique en France a qualitativement changé, que la démocratie parlementaire a été détruite, et que la classe ouvrière ne pourra sortir de ce nouveau cadre qu'en le brisant par un sursaut révolutionnaire porté au plus haut degré.
D'autre part, il serait d'une légèreté impardonnable de sous-estimer les effets réactionnaires de cette première victoire importante de la bourgeoisie dans l'après-guerre sur l'arène européenne et mondiale. RAISONS DE LA CRISE DE LA DEMOCRATIE PARLEMENTAIRE
De Gaulle est arrivé au pouvoir porté par la révolte de l'armée contre l'appareil politique parlementaire de la bourgeoisie, impuissant et inefficace. Cet appareil multi-parti fonctionnait dans le cadre d'institutions et de procédés constitutionnels qui fractionnaient le pouvoir politique de la bourgeoisie et le maintenaient dans un régime de crise permanente. L'instabilité gouvernementale était devenue la risée des critiques domestiques et étrangers du « système ». Cependant, cette instabilité ne faisait qu'exprimer dans le cadre lémocratique parlementaire un processus plus tondamental, a travers leque passait la societé francaise d'après-guerre : le fractionnement politique réel di pays dans des formations reflétant sa restructuration économique et sociale.
La société française relativement stable d'avant-guerre, assise sur une structure économique formée d'une multitude de petites et moyennes entreprises et sur des profits faciles provenant de l'exploitation de colonies soumises et de capitaux usuriers à l'étranger, s'est vue aspirée par le dynamisme provisoire du capitalisme mondial d'apres-guerre. La tâche de la bourgeoisie francaise était de moderniser hativement ses structures économiques au milieu d'un mouvement irrésistible de nivellation économique européenne par en haut et d'émancipation des colonies, faute de quoi elle risquait d'être ellemême colonisée dans la métropole par des capitalismes plus dynamiques, tout en perdant définitivement, y compris sur le terrain économique, ses propres colonies.
Par la force des choses, la France d'après-guerre a entrepris la tâche gigantesque de se moderniser, de se mettre « à l'heure du xx" siècle ». Ce processus qui fut entamé n'a pas été sans bouleverser profondément les structures conservatrices du pays. Tandis que l'ensemble de l'industrie s'est fortement développé ces dernières années (de 42 % entre 1953 el 1956), une industrie très concentrée et dynamique a été créée dans certaines branches, la sidérurgie en premier lieu. Dans Pagriculture, la mécanisation de la production au profit de la propriété moyenne et surtout grande, s'est également beaucoup développée: la France compte actuellement douze fois plus de tracteurs qu'avant la guerre.
1s contre du reste de sa et rame petits boutiquiers aussi onéreux qu'inefficace, a subi des transformations pro fondes par l'extension continue du réseau des grands magasins et la concentration du commerce.
Ces processus entrainent des reclassements et des polarisations sociales qui expriment leurs intérêts et tendances antagonistes dans les partis et les luttes politiques qui ont marqué la vie de la IV° République. Secteurs divers de la bourgeoisie métropolitaine et coloniale en mouvement et couches petites bourgeoises diverses de la campagne et de la ville, lésées par le processus de ‹ modernisation », se sont entrechoqués avant que le processus révolutionnaire par lequel passe la société française ne s'apaise et qu'à défaut d'une nouvelle classe dominante, une couche sociale dominante n'émerge avec suffisamment de dynamisme, d'autorité et d'efficacité pour diriger cette société.
Tout ce processus, ayant ses racines dans les transformations de la métropole elle-meme, est devenu infiniment plus spasmodique et explosif par Finterférence de la révolution coloniale secouant les assises d'outre-mer de la France capitaliste. il rese tie doit diste a in pu
C'est dans ces conditions que l'instrument politique de la démocratie parlementaire est insensiblement devenu inoperant pour la bourgeoisie. La nécessité d'une « réforme des institutions » fut ressentie bien avant le point culminant de la crise récente. La guerre d'Algérie n'est que la cause directe de la crise du régime politique, mais celle-ci était en réalité nourrie par l'ensemble du processtis de restructuration des assises économiques et sociales de la France capitaliste et impérialiste de cet après-guerre.
La recherche d'un Etat « fort » était inhérente à ce processus afin que celui-ci aboutisse et se capitalise au profit des couches les plus dynamiques, les plus puissantes de la bourgeoisie française « modernisée ».
DE GAULLE INSTALLE UN REGIME BONAPARTISTE Cette recherche ne saurait prendre que la forme soit d'un régime bonapartiste plus ou moins bénin, soit la forme d'un régime fasciste. Il est incontestable que ces deux tendances s'affrontent encore au sein de la bourgeoisie française, et dans une certaine mesure s'expriment dans l'ambiguite qui caractérise encore actuellement le régime de de Gaulle.
Nous appelons régime bonapartiste un régime politique dans lequel l'appareil d'Etat (bureaucratie administrative, police, armée) s'élève sous une forme quelconque au-dessus de la démocratie parlementaire et s'efforce de résoudre la crise, l'instabilité de cette dernière, dans la continuité d'une action autoritaire extraparlementaire. Un tel régime n'est possible que dans le cas d'une sorte de neutralisation mutuelle des forces divisées, antagonistes et impuissantées de la démocratie parlementaire, y compris des forces de la gauche intégrées dans le jeu parlementaire.
Ce régime apparaît dans ees conditions comme un super-arbitre et tire sa force précisément de la neutralisation mutuelle des forces de la démocratie parlementaire.
Les formes d'un régime bonapartiste sont naturellement variées, allant d'un gouvernement à façade parlementaire jusqu'a une dictature militaire ouverte qui supprime complètement tous les attributs de la démocratie parlementaire. Cela dépend de la dynamique concrète de la lutte de classe.
Cependant, le régime bonapartiste n'est jamais un bonapartisme pur, réellement suspendu au-dessus de toutes les classes el couches; il exprime en définitive les intérêts d'une classe donnée, et même d'une couche donnée de la classe.
Dans le cadre du régime social capitaliste, le bonapartisme joue en définitive en faveur des couches concentrées, plus dynamiques, plus conscientes du grand capital. existe ce dmn Parite ne vesceste parcore de est sar, organise militant, par Un régime politique fasciste par contre est caracterise avant tout par s'empare de l'appareil d'Etat pour le mettre à son tour au service du grand capital, sous la forme d'une évolution du fascisme au bonapartisme.
Mais le bonapartisme peut également précéder le fascisme et lui ouvrir en quelque sorte la voie, comme ce fut le cas en Allemagne avec les gouvernements successifs de Bruning, Papen, Schleicher, avant l'arrivée de Hitler.
Comment se présente la situation dans le cas concret de la France? Pendant toute une période, la tendance dominante de la bourgeoisie — surtout métropolitaine — vers l'Etat « fort » épousa la forme d'un régime bonapartiste à façade parlementaire. On parlait surtout de renforcement de « l'exécutif » ; on allait jusqu'à envisager un régime présidentiel « à l'américaine ». Il n'était question ni d'une dictature bonapartiste militaire, ni à plus forte raison d'un régime fasciste qui, dans la conjoncture économique actuelle, manquait visiblement d'une large base populaire dans la métropole.
Cependant, la guerre d'Algérie a commencé à jouer dans un sens différent. Une tendance autoritaire extrême s'est développée dans les couches de la bourgeoisie coloniale, de l'armée et parmi des couches de la bourgeoisie métropolitaine liées économiquement à P'Algérie, ou aux profits résultant de la guerre dans ce pays. C'est cette tendance qui a pesé surtout ces dernières années sur la politique de la métropole, jusqu'a l'infléchir au point où elle en est arrivée actuellement : le pouvoir bonapartiste de de Gaulle.
La dvnamique de cette tendance s'explique par le fait que celle-ci englobe en realité l'armée. L'armée, instrument de la politique coloniale de la France l'après-guerre, a passé par une crise profonde face à l'invincible montée de la révolution coloniale. Incapable de comprendre la révolution coloniale et de la dominer. elle s'est mise naturellement à vouloir dominer son propre pays, dont le régime politique impuissant lui apparaissait être la cause principale de ses propres défaites.
Dans le climat particulier de l'Algérie, l'armée, coupée de la métropole, a pu réaliser une sorte de réintégration nationale, en se confondant avec la masse des colons européens si proche de sa mentalité et de ses aspirations. Mais les succès de cette tendance armée-colons ne peuvent pas s'expliquer par la seule présence de l'armée, force organisée principale la bourgeoisie. En réalité, celle-ci dans son ensemble aspirait à un Etat «fort» pour les raisons précises que nous venons d'expliquer. D'autre part, face aux problèmes posés par les colonies et plus spécialement par l'Algérie, il est encore maintenant douteux qu'une fraction quelconque de la bourgeoisie puisse opposer une politique diamétralement différente de celle de la tendance armée-colons.
Par l'intégration réelle sous une forme ou une autre de l'Algérie à la France, la bourgeoisie française non seulement maintient les privilèges d'une forte fraction de sa classe mais pense pouvoir contrôler ainsi les richesses du Sahara et «fédérer » économiquement la Tunisie et le Maroc. L indépendance réelle de l'Algérie est une solution qui risque de ruiner tout cela et n'est actuellement envisagée par aucune fraction importante de la bourgeoisie.
Les territoires de l'Afrique, les richesses réelles du Sahara, le marché africain. loin de perdre de l'importance dans le processus de modernisation de la France, dans la mesure où ce dernier signifie en définitive accumulation du potentiel industriel et économique de la France, signifient également en termes de régime capitaliste, potentiel impérialiste accru, sous une forme ou une autre.
L'évolution économique de la France implique un intérêt grandissant pour l'Afrique de la part de toutes les fractions de la bourgeoisie. De ce point de vue les ambitions de « grandeur » africaines ou euro-africaines, sont partagées sous des formes différentes aussi itive Par en faute les interes de dies- Gaulle que par un MendèsPrance, destinés à servir en définitive lisme modernisé, plus dynamique et par conséquent également plus expansionniste que jamais.
Ainsi la victoire de de Gaulle, porté au pouvoir par la complicité presque unanime de toutes les forces de la bourgeoisie, afin de changer l'instrument politique, désormais inopérant, de la démocratie parlementaire, et d'instaurer un Eiat «/orl », reflète les tendances, les vues et les intéréts fondamentalement communs de toutes les fractions essentielles de la bourgeoisie à l'heure actuelle.
Les divergences qui existent entre elles portent sur la forme de l'Etat «fort » : régime bonapartiste à facade parlementaire, ou dictature militaire fascisante.
Ces divergences sont naturellement réelles, profondes, et ont une importance évidente pour les formes et l'évolution du régime. La réponse à cette dernière question sera donnée cependant avant tout dans une première étape par l'évolution de la guerre d'Algérie, dans une seconde étape par le degré de résistance des masses dans la métropole. Si la guerre d'Algérie se terminait rapidement par une victoire militaire de la France ou une capitulation du F.L.N., le nouveau régime autoritaire que prépare de Gaulle pourrait revêtir pour toute une période des formes bénignes. Son évolution dépendrait ensuite des réactions des masses dans la métropole; si ces dernières étaient insuffisamment fortes, le résultat en serait de durcir le régime; réellement fortes, elles pourraient rendre impossible sa stabilisation.
Par contre, si la guerre d'Algérie durait - le F.L.N. rejetant toute solution de compromis sur lindépendance — celle-ci contribuerait à travers une aggravation transitoire du régime autoritaire en France, à empêcher la consolidation du régime et à précipiter sa crise et sa chute
Dans un sens, de Gaulle est arrivé au pouvoir par l'incapacité de la gauche francaise de réaliser sa jonction militante avec la révolution algérienne et d'ouvrir la perspective de la révolution en France même.
La principale faiblesse du régime de de Gaulle, son principal adversaire reste la puissance de la révolution algérienne.
Il est peu probable que de Gaulle puisse accorder l'indépendance réelle de l'Algérie, y compris dans un cadre fédératif avee les autres pays du Maghreb et la France. Reste à voir si la Révolution algérienne, qui est isolée de la solidarité agissante des masses françaises, et qui se trouve sous la pression de forces conciliatrices bourgeoises de l'extérieur et de l'intérieur, saura trouver la force de continuer son combat glorieux.
LE PROLETARIAT METROPOLITAIN
ET LA REVOLUTION COLONIALE La lutte déterminée des peuples coloniaux pour leur indépendance a fourni objectivement une base très importante pour la propulsion de dans les métropoles et sa victoire. Mais, au lieu d'assister à une jonction effective du prolétariat métropolitain et de la révolution coloniale, nous avons en réalité assisté au processus inverse, les masses métropolitaines agissant pratiquement comme des alliés de fait de leur bourgeoisie contre la révolution coloniale. Ce fait est naturellement dú avant tout à l'éducation et à la direction données aux masses par les tongues pratiques chauvines, oppor-
Get de collaboration de classe, des Partis socialistes et des Partis communistes. La social-démocratie européenne en particulier s'est montrée avant pratiquement partie liée jusqu'à la mort avec la bourgeoisie impérialiste. Elle l'a secondée dans toutes ses entreprises visant à perpétuer d'une manière ou d'une autre sa domination sur les peuples coloniaux. L'exemple du P.S. français en est naturellement le plus scandaleux.
Il ne faut pas oublier que contre ce parti, qui a mené une lutte d'extermination du peuple algérien, qui a ensuite ouvert la voie a de Gaulle et qui participe encore aujourd hui en la personne de son secrétaire général gouvernement bonapartiste, l'Internationale socialiste non seulement n'a pris aucune sanction mais a pratiquemeht couvert l'activité de ee parti.
Quant aux Partis communistes, leur opposition verbale aux guerres coloniales ne doit pas non plus faire oublier que pratiquement ces partis ont tout fait pour saboter une lutte révolutionnaire effective L'exemple du P.C. francais est a ce propos également accablant.
Le P.C. francais sest aligne a plusieurs reprises sur la position de la S.F.I.O. concernant Algérie; il a voté les pleins pouvoirs à Guy Mollet et Lacoste ; il a voté les pleins pouvoirs, l'état d'urgence, la réforme dictatoriale de la constitution du cabinet Phimlin qui a ourdi le complot pour l'instauration à froid de de Gaulle; et il n'a jamais dissipé l'équivoque sur sa véritable position concernant l'indépendance de l'Algérie. En réalité sa position a élé constamment influencée par les considérations du Kremlin concernant les Etats-Unis et la France. Afin de stimuler l' « anti-américanisme » de certaines couches de la bourgeoisie française, le Kremlin a toujours favorisé une solution du probleme algérien tenant compte des ‹ liens historiques qui unissent l'Algérie à la France», comme vient de le répéter encore très récemment lambassadeur soviétique à Paris.
Mais ce n'est pas seulement cette attitude dictée par le Kremlin qui paralysé le P.C. français, l'empêchant de mener une lutte réelle contre la guerre d'Algérie. Par toute sa doctrine et sa structure parlementariste, ce parti a complètement perdu la possibilité d'une lutte révolutionnaire efficace. Lutter reellement contre la guerre d'Algérie signifiait tourner pratiquement le dos aux « voies nouvelles » d'action éminemment parlementaire, pour une action révolationnaire éminemment extraparlementaire. exigeait d'autre part une tout autre structure du parti et d'autres liens qualitatifs avec les masses. Or, le P.C. français est actuellement bel et bien un parti à pratique et structure réformiste, incapable de mobiliser les masses.
loute sa pratique de ces dernieres annees et plus particulierement au cours de la crise qui a précédé larrivée de de Gaulle au pouvoir, la ample ment prouvé. Cependant, il ne suffit pas de rejeter les responsabilités suprêmes de la non mobilisation des masses pour aider la révolution coloniale aux direcopportunistes traditionnelles completement classe ouvriere même. La trahison des directions traditionnelles est patente depuis de longues années déjà, et se confirme de manière éclatante à chaque crise importante. Pourquoi la classe se montre-t-elle incapable d'en tirer conclusions et de passer outre à ces directions ? C'est là une question qui mérite, qui exige une réponse.
constatation s'impose maintenant qui concerne les l'ensemble du prolétariat européen et des pays capitalistes métropolitains en general. Le degré de sa spontaneite révolutionnaire, de ses réactions révolutionnaires de classe, marque dans cet après-guerre un énorme par rapport à la spontanéite révolutionnaire dont font preuve les masses des pavs dépendants. L'éducation reformiste reçue depuis de longues la part des directions socialistes et communistes a fait reculer la spontaneité révolutionnaire des masses métropolitaines. Le scepticisme sinon la méfiance envers les directions traditionnelles y pèse également.
Il se peut que, dans un tel contexte, la prospérité passagère que le capitalisme d'apres-guerre a connue a également joue dans le sens de provoquer une certaine collaboration de fait des masses métropolitaines et de la bourgeoisie face à la révolution coloniale menacant le régime.
Cependant lexpérience française va démontrer la fausse base d'un tel La révolution coloniale est un processus irréversible et invincible, au bout duquei 1l y aura inexorablement l'indépendance de toutes les colonies. Dans ces conditions, la bourgeoisie métropolitaine s'efforcera de compenser les concessions et les pertes dans le domaine colonial, par l'aggravation de Texploitation des masses métropolitaines. L'opération de Gaulle va dans ce sens. Sa politique coloniale pourrait s'avérer en fin de compte plus « libérale » que celle du « socialiste » Lacoste. Par contre, elle se traduira en France même par linstauration d'un régime de dictature de fait de la bourgeoisie, dans lequel les moyens de représentation et d'action parlementaires des organisations ouvrières n'auront pas même l'illusion d'une certaine efficacité.
Ainsi le fait que les masses mélropolitaines se sont montrées incapables de joindre dans l'action révolutionnaire la révolution coloniale et de l'aider, en commençant leur propre revolution, risque d'amener leur propre défaite dans les métropoles et la dégradation inévitable de leur niveau de vie.
Encore une fois, sur ce terrain également, la politique réformiste s'avère totalement inopérante et catastrophique.
Naturellement, cette attitude de fait du prolétariat métropolitain ne va pas sans inconvénient pour la révolution coloniale elle-même. Non seulement elle retarde sa victoire mais influe sur son développement social en renforçant les tendances nationalistes bourgeoises au détriment des tendances prolétariennes-socialistes.
Un le voit deja dans le developpement de la révolution arabe en général, et plus particulierement dans les développements récents au sein même du F.L.N. Cette organisation, qui a débuté comme un front unique anti-impérialiste de toutes les forces nationales, se différencie de plus en plus selon les lignes des forces sociales. Pour le moment la direction appartient encore à la tendance des « militaires », à base sociale paysanne, que représentent des hommes comme Krim Belkacem et Boussouf. A sa droite se renforce la tendance des éléments franchement plus pro-bourgeois, à la Ferrat Abbas, qui jouissent de l'appui de la bourgeoisie tunisienne et marocaine, et sont les plus sensibles, malgré leur intransigeance verbale, à la pression de l'impérialisme.
A sa gauche, il y a la tendance des éléments plus plébéiens et même prolétariens de la campagne, des villes, et de l'émigration en France, tendance qui a trouvé jusqu'ici occasionnellement des représentanis a tous les échelons, et dont les meilleurs furent parmi les premières victimes de la répression et de la guerre.
Dans un sens, la résistance de la Révolution algérienne, face à l'offensive militaire, politique et diplomatique de l'impérialisme francais sous le régime de de Gaulle, dépendra dans les semaines et les mois à venir de l'orientation définitive de la tendance « militaire-paysanne» : alliance structurelle avec celle de Ferrat Abbas, qui l'absorberait politiquement, ou alignement sur la gauche. Cette dernière éventualité ne serait cependant possible que dans le cas où la gauche du F.L.N. s'organise en profondeur en développant le contenu social de sa politique.
LE PROLETARIAT ET LA DEMOCRATIE BOURGEOISE. Le naufrage de la IV République en France devrait servir à une réorientation fondamentale des éléments révolutionnaires du mouvement ouvrier français et même international.
Le système politique de la démocratie parlementaire a été abandonné par la très grande majorité de la bourgeoisie au profit d'un système politique de pouvoir « fort ».
Ainsi, sur l'initiative de la bourgeoisie, les « voies nouvelles » d'acheminement au socialisme par la démocratie parlementaire sont interdites pour toute une periode. Le parlement bourgeois n'est capable que de mutations amenant froid « socialisme » mais le pouvoir ouvertement dictatorial de la bourgeoisie. Vouloir maintenant lutter pour le retour pur et simple à la IV° République, et ceci au moyen des votes non au prochain référendum sur la Constitution, c'est manifestement dépasser les limites du crétinisme parlementaire pour s'installer carrément dans la trahison consciente.
En effet, une telle politique, comme celle que préconise actuellement la direction du P.C. francais, ne peut signifier pratiquement que le sabotage d'une lutte révolutionnaire pour une perspective révolutionnaire. Elle équivaut s'installer dans la dictature de la bourgeoisie.
Il n'est pas du tout exelu que telle est en effet la volonté cachée du Kremlin et du noyau de la direction du P.C.F. au courant de cette volonté. Le Kremlin peut parfaitement souhaiter la consolidation pour toute une période du pouvoir de de Gaulle, misant sur les difficultés et les discordes que celui-ci pourrait semer au sein de l'alliance atlantique, et lui donner dans ce sens des garanties exprimées par l'attitude d'opposition verbale du P.C.F. à son égard.
La politique de « défense de la République » que le P.C.F. oppose au ‹ fascisme » de de Gaulle, au moyen d'une action éminemment encore parlementaire comme celle de la « bataille » à coups de morceaux de papier pour un non au référendum sur la Constitution, laisse naturellement les masses largement indifférentes et ne contribue nullement à leur regroupement militant.
One grande partie des masses petites bourgeoises et même prolétariennes ¡ été rejetée, par P'inefficacité. la corruption, l'impuissance de la IV• République bourgeoise, vers des positions antiparlementaires qui favorisent la solution aatoritaire de de Gaulle. Pour éviter leur cristallisation autour du pouvoir de ce dernier, il faudrait ouvrir à ces masses une antre perspective, qui tienne compte de leur expérience négative avec la République bourgeoisie, et altere quallativement le contenu de cette Republique, Il faudrait ouvrir la perspective de la democratie socialiste, concretisée par un programme précis de revendications économiques, sociales et politiques transitoires culminant dans le d'ordre du gouvernement ouvrier et paysan des organisutions ouvrières, appuyé sur les comiles democratiques des ouvriers et des paysans.
A lacion contre-révolutionnaire extraparlementaire de la bourgeoisie, il faudrait opposer non pas les fades chimères d'un régime porlementaire du lupe de la IV République, historiquement maintenant dépassé par la lutte concrète des classes en France, mais l'action révolutionnaire de la classe pour un programme révolutionnaire.
Le réformisme petit bourgeois des directions traditionnelles ne saurait que mourir de sa belle mort s'il se montre incapable de tirer le moindre enseignement des initiatives propres de la bourgeoisie.
L'alternative historique en France n'est pas désormais, comme veulent le faire croire les dirigeants du P.C. francais, qui se plaisent à se déguiser en jacobins petits bourgeois attardés de quelques siecles sur l'horaire de l'histoire, fascisme ou république, catégories politiques abstraites, sans contenu de classe (sinon précisément deux formes de régime social capitaliste), mais contrerévolution ou révolution.
Le régime bonapartiste de de Gaulle, indépendamment de son évolution el de ses formes futures, a installé les masses en France dans un régime de diclature de fait de la bourgeoisie. Pour en sortir, il faut désormais briser cet étau de fer par une mobilisation révolutionnaire portée au plus haut degré.
LE PROLETARIAT ET LA LUTTE REVOLUTIONNAIRE Les directions traditionnelles ont contribué à affaiblir énormément les réactions de classe, révolutionnaires, du prolétariat des pays métropolitains. Elles ont cultivé les penchants chauvins, réformistes que le prolétariat reçoit de lambiance de la société capitaliste; elles ont pendant très longtemps pratiqué une politique d'un opportunisme outrancier, de collaboration de classes, et ont systématiquement discrédité les formes et les moyens de lutte révolutionnaire.
Mais l'histoire n'a pas évolué dans le sens des « voies nouvelles » d'action éminemment réformiste et parlementaire du prolétariat. La situation objective du capitalisme n'a pas cessé d'être caractérisée par des changements brusques, apres une periode plus ou moins longue deuphorie, qui posent crument le filemme : Contre-révolution ou Revolution.
Les organisations traditionnelles du prolétarial s'avèrent dans ces crises complètement dépourvues d'orientation idéologique et de préparation matérielle adéquates pour les. affronter. Leur puissance en voix électorales, mandats parlementaires, appareils légaux, s'effrite vite comme un château de cartes devant le soufile des forces organisées, militantes, de la contre-révolution. La crise francaise a pleinement justifié ces vérités de la lutte de classes envisagée non seulement dans les intermèdes « démocratiques » mais dans son ensemble.
Les tentatives du P.S. et surtout du P.C. en France de stopper la marche vers la dictature bonapartiste appuyée par l'armée - - qul a surgi brusquement au bout de leur nez par un recours aux movens de la démocratie parle mentaire — appui au gouvernement Plimlin, démonstrations pacifiques dans la legalite pour la « République », etc. - prenaient l'allure de véritables batailles de Don Quicholte, se ruant avec une lance désuète contre une muraille de mitrailleuses ou de tanks modernes. Dans le meilleur des cas, il s'agissait d'une naïveté désarmante frisant la stupidité. Dans le cas le plus probable, s'agissait de camouflages ‹ gauchistes » d'une acceptation à froid de la défaite, destinés à l'usage de militants malheureusement aussi dévoués que politique-
La luite contre la dictature de l'armée, qui amena de Gaulle au pouvoir, n'eut été possible que par une mobilisation révolutionnaire de la classé, portée au plus haut degre : greve generale, non pas passive mais accompagnée de Parmement généralisé des masses et de l'occupation des usines, des aérodromes des gares, des places et des rues. C'est-à-dire mobilisation révolutionnaire des masses décidées à affronter et à battre les forces armées, organisées, de la contre-révolution. Il s'agissait dans un tel cas évidemment du début de la Révolution.
Seul un parti révolutionnaire, ayant des années durant pratiqué une politique de classe conséquente, pouvait espérer mobiliser les masses dans un tel sens. Seul un tel parti révolutionnaire pouvait effectivement saisir l'occasion présentée par histoire de transformer une crise contre-révolutionnaire en crise révolutionnaire victorieuse
Certes le fait que la contre-révolution a eu l'initiative de l'offensive était deja un handicap, résultant de toute l'évolution antérieure du rapport de forces qui se dégradait au détriment du prolétariat. Mais, d'autre part, il ne fallait pas surestimer les forces de l'adversaire, en oubliant que son armée était en réalité fixée sur le front de la révolution coloniale en Algérie.
La vérité historique est que tout le puissant apparat de la démocratie bourgeoise dans la metropole, avec ses grandes organisations ouvrières, ses millions d'adhérents et d'électeurs, ses centaines de parlementaires, s'est lamentablement écroulé sous l'ombre de la menace de quelques milliers de parachutistes, seule force militaire disponible de la bourgeoisie pour combattre sur l'éventuel front de la métropole !
L'impuissance réelle de la gauche prolétarienne française éclate ainsi mieux. Cette impuissance est le résultat de labandon, depuis de longues années, de l'orientation et de l'organisation révolutionnaires au profit d'une politique et d'une organisation réformistes.
C'est en cela que doit consister le principal enseignement pour le prolé tarial de la crise francaise. Cest de cette constatation que doit également résulter sa reorientation future. Pour sortir du cadre actuel de la dictature, il lui faudra une politique et une organisation révolutionnaires.
La politique doit consister à lier les revendications et les formes transiLoires nécessaires, à la perspective d'un sursaut révolutionnaire, d'une mobilisation révolutionnaire des masses armées qui, à un point culminant de la lutte, abattraient la dictature et instaureraient un gouvernement ouvrier el paysan de la République - - socialiste démocratique - en France.
Il faut, avec ténacité, pas à pas, défendre dans l'immédiat chaque conquête démocratique, politique ou économique, dans un front unique prolétarien, antifasciste, organisé dans des comités démocratiques aussi larges que possible, dans les quartiers, les villages, les usines.
Ces comités de la nouvelle Résistance trouveront les moyens de combiner la lutte légale et illégale, sous toutes les formes, y compris les plus élevées. Ils lutteront en même temps contre la guerre d'Algérie el pour l'indépendance de ce pays qui, dans la guerre, sert de base principale de la contre-révolution dans la métropole.
Mais l'organisation ultime, pour la conduite victorieuse d'une telle lutte, doit consister dans un regroupement militant de toules les forces marxistes révolutionnaires sur la base d'un programme total clair, au sein d'une même organisation : le nouveau Parti marxiste révolutionnaire du prolétariat fran-
I! y a un seul moyen pour le prolétariat de retourner une défaite de classe importante en victoire au moins partielle : tirer de la défaite toutes les conclusions nécessaires par une critique révolutionnaire qui, sans ambages, hésitations ou faux-fuyants quelconques, va aux racines des causes et affronte face à face les vrais problèmes et les véritables solutions.
1° juillet 1958.