Documents de la IVe Internationale

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La revue › 16e année, n° 3

La troisième exécution de la Commune hongroise

P. Richards · Quatrième Internationale, 16e année, n° 3 · juillet 1958 · p. 56-57 · 1 378 mots

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Ce n'était pas par hasard que, après la victoire de la Révolution d'Octobre en Russie, la Commune triompha dans le premier pays européen en Hongrie. Les Soviets à Budapest qui se créèrent à peine plus d'un an après la Revolution russe n'en étaient pas seulement un écho, mais en même temps l'annonce d'une grande vague révolutionnaire en Europe. Le mérite en revenait avant tout à la classe ouvrière hongroise qui s'était déjà éduquée autrefois dans de puissants mouvements de grève, et en jouant le rôle dirigeant dans de grands soulèvements populaires pour la liberté nationale de la Hongrie, dans la lutte contre les magnats et les capitalistes. L'énorme volonté de libération du prolétariat hongrois se montra déjà, il y a près de 40 ans, dans la victoire de la révolution prolétarienne en Hongrie.

Ce succès était à attribuer dans une mesure pas du tout minime aux merveilleux cadres du Parti socialiste (puis communiste) hongrois. Lénine et les dirigeants du Parti bolchevik parlaient de ces mérites avec une grande admiration.

Lorsque la Révolution hongroise fut écrasée par l'intervention des armées des pays voisins (avant toute la Roumanie et la Tchécoslovaquie), soviétique ouvrit ses portes aux réfugiés de la révolution qui réussirent à echapper à la sauvage terreur blanche. Au cours des années 1920 on pouvait voir à Moscou et dans d'autres villes de l'Union soviétique beaucoup d'émigres politiques hongrois qui, en commun avec le prolétariat russe, se sacrifiaient lotalement pour consolider le pouvoir ouvrier et participer aux débuts de la construction socialiste. Ils étaient exceptionnellement actifs et occupaient des positions importantes, entre autre aussi dans l'Armée rouge. La construction d'un véritable, d'un beau socialisme en Union soviétique — tel était lidéal qui les animait et qui, pour eux, ne signifiait pas seulement le prolongement de leur activité révolutionnaire en Hongrie mais aussi une importante préparation à la lutte pour le socialisme dans leur propre pays.

Jamais un révolutionnaire, un communiste hongrois n'aurait pu penser que dans l'Union soviétique qui était pour lui la substance de la ouvrière et d'une véritable camaraderie — quelque chose de mauvais pouvait lui arriver comme réfugié politique.

Et cependant il en advint autrement. Deja aux premières étapes des luttes dans le parti, qui commencèrent dans les années 1920, les lois élémentaires de l'hospitalité et du droit d'asile furent violées grossièrement. La clique dirigée par Staline, et stimulée par l'égoïsme et le désir de pouvoir, trouva que parmi les émigrés politiques hongrois (ainsi d'ailleurs que surtout chez les Polonais et les Italiens) il y avait trop de trotskystes - et plus tard de partisans de lopposition de Leningrad.

Déjà dans les années 1920 commencèrent les chicanes et les représailles contre les Hongrois en Union soviétique : ces prolétaires de la « vieille école » voulaient la démocratie ouvrière, ils voulaient la liberté de pensée - avant fout dans le parti, ils protestaient contre l'abaissement continu du niveau vie des masses ouvrières d'une part, contre la corruption et l'arbitraire d'autre

Les tentatives de Staline pour stimuler le ton chauvin grand-russe et pour pousser la politique étrangère de l'Union soviétique vers des canaux impérialistes provoquèrent l'indignation parmi les communistes hongrois, et notamment parmi les meilleurs d'entre eux.

Déjà au début des années 1930 un grand nombre des émigrés politiques hongrois actifs s'étaient vus relevés de leurs postes, envoyés dans des régions lointaines ; les arrestations et les condamnations secrètes du collège du Guepeou qui existait encore commencerent; nt les camarades en question ni les parents les plus proches de ceux qui etaient arretes ne savaient pourquoi et à quelles peines ils étaient condamnés, et pas même ce dont ils étaient accuses.

Au milieu des annees 1930, lorsque les représailles contre la vieille garde tiques, notamment des Polonais et des Hongrois, devint générale. Puisque les bolchevique prirent un caractère de masse, la persécution des émigrés polivélérans de la Révolution d'Octobre eux-mêmes étaient sacrifiés à un régime devenant de plus en plus cruel, pourquoi prendrait-on en considération les survivants de la Commune hongroise ? Ce qui était vraiment le plus tragique à ce sujet, c'était qu'a cette époque le regime lasciste Europe, notamment Hitler, developpait complétement son activite oppressive: le prolétariat européen et pour ainsi dire les meilleurs, les plus formés de ses représentants, ne pouvaient pas croire que Staline utilisait précisément ce moment pour liquider de manière sanglante les victimes de la réaction et du fascisme qui se troudans les limites de l'Union soviétique.. Et un blocage de frontière raffiné, calculé pour ne pas permettre qu'un mot sur les crimes commis soit connu à l'étranger, acheva de désorienter les masses dans le monde entier.

Lorsque, en 1937-1938, les mesures de police pour assurer ce que dans les documents officiels d'aujourd'hui on appelle le culte de la personnalité de Staline, mais qui était en fait l'autocratie de celui-ci, atteignit son stade le plus eleve, la série des poursuites contre les émigrés politiques fut couronnée par deux crimes énormes : l'un fut la dissolution du Parti communiste polonais et l'exécution de ses dirigeants, le second l'arrestation et la liquidation physique des communistes hongrois, avec à leur tête le Président du premier gouvernement soviétique, Bela Kun.

Tout cela eut lieu sur ordre personnel de J.V. Staline et fut réalisé - bien avant que Beria n'apparut à Moscou - par N. Jezov, une personne tout a fait insignifiante qui exécutait effectivement les ordres donnés par Staline au nom du C.C. du P.C. de TU.R.S.S

Dans la presse ne paraissaient que des rapports contenant des injures et des calomnies. Sur Bela Kun, il était dit que

« ses mains étaient tachées de sang ouvrier ». Lui-même essaya jusqu'au dernier moment, au siège du Comité exécutif de l'Internationale communiste, dont il était membre jusqu'au moment de son arrestation, d'en appeler à Staline — car cela était le seul et, comme Il s'avera, le vain espoir de l'homme pourchassé littéralement depuis des mois par tous les chiens. C'est seulement dans sa cellule de prison, où il était malade t impuissant, dans la saleté et la puanteur, au milieu d'un public toujours changeant de prisonniers, attendant sa derniere minute, que Bela Kun exprima l'opinion que s'il était tombé dans les mains de Horthy ou de Goemboes, ils l'auraient certainement également tué, mais bien moins cruellement que ne le fit Staline.

Aujourd'hui, il est établi par les autorités judiciaires soviétiques, déclaré solennellement par les autorités du parti et publié officiellement dans toute la presse sovietique que, dans les cas du Parti polonais, et de nombreus milliers d'émigrés politiques, de Bela Kun et des autres dirigeants de la première Commune hongroise, il s'agissait de provocation, de banditisme, de terreur (blanche, contre-révolutionnaire) qui ne fut pas exercée par eux mais contre eux par Staline et ses sbires !

Il fallut plus de 20 ans pour que la vérité sur le crime commis contre Bela Kun et les communistes hongrois de la « première » génération vint au jour. Mais, entre temps, Staline avait poursuivi son œuvre de destruction contre les communistes hongrois : il fit envoyer Laszlo Rajk et avec lui, avant et après lui, beaucoup d'autres communistes hongrois, à la potence. Quel qu'ait été le rôle de Rakosi et de son groupe dans ces procès et exécutions honteuses, ils étaient — comme cela a été établi -- ainsi que Jezov autrefois, seulement des instruments du moment dans la réalisation des ordres de J.V. Staline.

Les autorités de l'Etat et du parti, la presse officielle de l'Union soviétique et des démocraties populaires ont entre temps déclaré que, là encore, s'agissait de provocations contre-révolutionnaires. Ce fut la deuxième exécution de la Commune hongroise.

Il est logique et cela montre mexorabilite des lois historiques que, plus d › ans après la mort de Staline, ait lieu pour la troisième fois Pexécution de l: Commune hongroise en la personne d'Imre Nagy et de ses camarades. Comme la mémoire de Staline n'a pas été stigmatisée par la publication de la vérité sur ses tristes crimes, que les gens de sa suite et ses séides, ses élèves et ses policiers sont restés comme autrefois à leurs postes, ils poursuivent dans des conditions semblables la même pratique.

Et seule une véritable renaissance du mouvement ouvrier dans le monde entier peut mettre un terme à leur œuvre.

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