Le développement réel de l'Orient arabe durant les dernières années, et particulièrement au cours de sa phase la plus récente, prouve à l'évidence que l'unification de la nation arabe, sa libération de la domination étrangère directe ou indirecte et l'élévation du niveau économique et social ne constituent pas des étapes distinctes l'une de Tautre, mais sont des parties entrelacées l'une dans l'autre d'un seul et même processus de développement. Il ne peut être question d'achever préalablement la libération, pour aller ensuite à l'unité. Tout mouvement national bourgeois met au premier rang la question de l'unification étatique des parties de la nation, pour pouvoir se développer.
Nous ne nous proposons pas de traiter dans cet article de létat des peuples qui vivaient au Proche-Orient avant les vr° et vile siècles, pas plus que de l'extension de la nation arabe au Moyen-Age, à partir du Hedjaz vers le Nord, jusqu'à l'actuelle frontière turque, plus à l'Est en Irak et enfin dans toute l'Afrique du Nord. A cette époque, l'existence d'une nation arabe — et non de nations arabes — du Golfe Persique à l'Atlantique et d'Aden à la frontière turque et à l'Euphrate devint une réalité historique, qui n'a pu être détruite malgré le morcellement étatique dans les temps modernes. Lorsque nous assistons de nos jours à l'enthousiasme inoui des masses dans tous les pays arabes pour Nasser, il ne s'agit pas de l' « amour » pour une personnalité mystique. Il s'agit d'une personnalité qui exprime la volonté du peuple arabe de s'unifier.
LE MOUVEMENT
Lors du déclin de l'empire arabe, le peuple tomba sous la domination horriblement oppressive et inculte des Tures. L'ancien empire arabe se vit diviser selon des besoins administratifs en provinces et sandjaks. Il s'agit souvent aussi de régions et même de pays dominés par des suzerains féodaux, lesquels étaient soumis au pouvoir central de Constantinople et lui payaient l'impôt.
Ce n'est que le repartage du monde entre les puissances occidentales à l'issue de la première guerre mondiale qui morcela TOrient arabe en Etats par un tracé de frontières artificielles: des Etats séparés virent le jour sous les noms de Syrie, Liban. Irak, Transjordanie, Palestine, Egypte, Arabie Séoudite, Yémen et les différentes petites principautés contrôlées par l'Angleterre le long du Golfe Persique sur la péninsule arabe. Ces désignations de pays sont sans rapport avec l'appartenance nationale de leurs habitants; il s'agit de noms exelusivement géographiques: Liban est le nom d'une montagne ; le nom de Svrie est resté en souvenir du peuple assyrien disparu de-
Demandez à un habitant européanisé du Liban ou à un demi-barbare du Hedjaz (sur la péninsule arabe) à quel peuple il appartient ; il ne répondra pas Libanais Hedjazi, mais fièrement il proclamera sa qualité d'Arabe. La conseience nationale arabe est profondément ancrée dans les masses.
On ne peut traiter la question nationale selon un schéma pédant. L'histoire montre que des peuples se sont fondus, que d'autres se sont divisés ; les grandes migrations ont détruit des peuples et en ont créé de nouveaux ; les frontières étatiques d'aujourd'hui, de création artificielle, donnent moins que jamais une image fidele des limites nationales. Aux Etats-Unis s'est formée, et se forme encore de nos jours, une nouvelle nation qui procède du mélange de toutes les nationalités de la terre. Il y a des peuples dont les parties constitutives ne sont pas homogènes ; il y a des différences dans l'économie, la mentalité, ete.
Dans son explication du concept. « nation », Staline déclare que quatre points caractérisent une nation: la langue, le territoire, l'économie, la formation psychique qui se traduit dans la communauté de eulture. L'usage schématique et pédant de cette définition permit tant aux «spécialistes» du Kremlin qu'aux dirigeants des Partis communistes dans les pays arabes de parler de peuples arabes et non pas du peuple arabe. Ils n'ont pas saisi qu'un peuple est le résultat d'un certain développement historique, de facteurs historiques, qui raménent des masses humaines à un dénominateur national commun. NATIONAL ARABE puis des millénaires ; Transjordanie signifie de l'autre côté (au-delà) du Jourdain, ete.
Dans ce domaine, ce sont les Français qui ont poussé le plus loin. Ils créèrent dans le cadre de l'actuelle Syrie deux Etats nains — les Allaouites et le Djebel Druze — pour pouvoir enfoncer ainsi un coin dans le mouvement national arabe. Cependant, cela ne leur réussit pas, vu qu'il était absurde de parler d'un peuple Allaouite ou Druze, de même qu'il est absurde de parler d'un peuple copte, maronite ou ismaélien. Ce sont là des minorités religieuses, qui se sont constituées au sein du peuple arabe. Chez ces minorités, il n'y a d'ailleurs aucun mouvement séparatiste, comme voudraient le faire croire maintes personnes intéressées dans le monde.
Déjà bien avant la première guerre mon•diale, proprement avec l'invasion de l'Egypte par Napoléon, l'impérialisme occidental commenea à s'installer dans l'Orient arabe. En fait, dès les dernières décades du siècle passé, les Anglais dominaient déja en Egypte, même si celle-ci était formellement rattachée à l'Empire ture et ne devint une colonie britannique qu'après la première guerre mondiale. Le mouvement national avait donc à se battre non seulement contre les Tures, mais aussi contre l'influence politique, économique et financière creissante des Anglais en Egypte. Ces batailles prirent à l'occasion la forme de combats sanglants. Le soulèvement le plus important fut celui des paysans égyptiens en 1881 sous conduite de l'intelligentzia et de l'officier d'armée Ahmed Arabi, soulèvement que l'armée britannique écrasa dans le sang. En Turquie naquit le mouvement démocratique-bourgeois, généralement connu sous le nom de « Jeune-Ture» : la jeune intelligentzia arabe prit une part active à ce mouvement. Mais après avoir renversé le sanglant Sultan Abd-ul-Hamid, les maîtres « démoratiques » du pouvoir se retournérent avec encore plus de violence contre leurs anciens collaborateurs arabes. Non seulement avec la victoire de la Révolution bourgeoise « jeune-turque » les Arabes n'acquirent pas leur liberté. mais l'oppression nationale allait encore s'intensifier. Les dirigeants arabes espèrent durant la •première guerre mondiale en la « libération » par les impérialismes démocratiques d'Oceident et certains d'entre eux établirent des contacts avec l'Angleterre et la France. Beaucoup parmi eux furent arrêtés et pendus par le commandant ture de la Syrie, Diamal Pacha. A la même époque, l'Angleterre négociait avec TEmir de La Meeque, le futur roi et fondateur de la dynastie hachémite. Hussein. Cet homme ne songeait à aucun moment à la libération nationale. Bien au contraire. Il s'allia avec les Anglais pour se venger des minimes réformes des « Jeunes Tures ». Pour lui, les Jeunes Tures étaient des « révolutionnaires » : que les dirigeants arabes aient été traqués par eux, l'intéressait fort peu. Il espérait créer avee l'alliance des Anglais un pouvoir réactionnaire suffisamment fort contre les buts nationaux-révolutionnaires du mouvement; de plus. les Anglais payaient bien. En 1916, commença la soi-disant «grande révolte arabe » avec elle l'alliance toujours existante de la dynastie hachémite avec l'impérialisme britannique.
La domination d'un royaume arabe indépendant, promise a Hussein, ne se réalisa jamais. Limpérialisme britannique commit une imposture. Au même moment, en ellet, il signait le fameux accord Sykes-Picot, qui fixait le partage entre l'impérialisme anglais et l'impérialisme français. Bien plus. La sécurité de leur zone de domination contre l'impétueux mouvement national arabe n'était pas suffisamment garantie par les féodaux et conservateurs hachémites. C'est pourquoi le ministre britannique des Affaires étrangères, Balfour, transmit en novembre 1917 au futur Président de l'Etat d'Israël. le Dr Weizman, la « Délégation Baltour », devenue célèbre. Celle-ci promit à TOrganisation sioniste la création d'un «Foyer national juif » en Palestine : c'est-à-dire, la création d'un instrument utile à l'impérialisme contre l'indépendance arabe.
Quand, par la publication des archives après la Révolution d'Octobre. le traité secret Sykes-Picot fut divulgué, ce fut la fin de l'amitié du mouvement national arabe avee l'Angleterre et la France. La haine devint terrible. Mais entre temps eut lieu le partage de Orient arabe. Après que Feyçal, le fils d'Ilussein, eût été chassé de Syrie par les Français, il se vit, par la grâce de l'impérialisme britannique, cou ronné comme roi en Irak, de même que son frère Abdallah le fut dans la Transjordanie, presque exelusivement habitée par des Bédouins.
Avee la dislocation du monde arabe en Etats naquit une nouvelle situation pour le mouvement national. D'abord il ne se trouvait plus en face d'un grand adversaire, mais pour partie en face des Anglais et pour partie face aux Français. A cela s'ajoutait que les deux puissances impérialistes créèrent, respeetivement dans leur zone de domination, de petites entités étatiques qui à leur tour causèrent un morcellement supplémentaire du mouvement : ensuite, grands propriétaires fonciers féodaux arabes, compradores et politiciens réactionnaires arabes qui étaient intéressés au maintien de la domination étrangère, commençaient aussi à se. cramponner au maintion du particularisme, celui-ci leur conférant davantage de jouissance et garantissant leur situation sociale, économique et politique.
Ce nouvel état de choses, quelque handicap qu'il put être pour le développement du mouvement national disloqué, ne pouvait cependant l'empêcher. A un rythme différencié, il se fraya un chemin dans tous les pays arabes, avec plus de puissance encore que sous la domination turque. L/industrialisation limitée tolérée par limpérialisme créa un prolétariat qui commençait à imprimer son sceau au mouvement national. Tandis qu'à ses débuts le mouvement avait été représenté par un cerele de riches «éclairés », il devenait de plus en plus un mouvement de masses.
Le facteur entravant de l'Eglise et de létat d'esprit fortement religieux passa toujours plus à l'arrière-plan. Le fondateur du parti égyptien joua au début des armées 1020 un côle révo Wafd. Sa'id Zaglul, qui Iutionnaire important. lança la devise : « Addin l'Allah, w'al-utan I'djamie » (« La religion pour Dieu et la Patrie pour tous »): Une série d'érudits commença à exiger la séparation de l'Eglise et de l'Etat. L'audace d'exprimer une telle aspiration dans un Etat islamique signifiait à elle seule une véritable révolution.
Pendant. et après la deuxième guerre mondiale apparurent pour la première fois des organisations de gauche légales. Partout se créèrent des associations syndicales. Des forces culturelles neuves et des publications progressives veloppa que conséquence 1946 éclata de grèves e le départ des se développaient. L/idée se déle bas niveau matériel est une de l'oppression nationale. En une vague de manifestations et 1 Egypte, ayant pour objectif Anglais. Au Caire et à Alexandrie. ouvriers et étudiants formèrent des comités communs qui dirigèrent ce mouvement. A côté de mots d'ordre de caractère anti-impérialiste, en apparurent également d'autres contre les gros propriétaires fonciers et les capitalistes indigènes.
Les di igeants arabes cherchèrent les moyens pour maîtriser ee mouvement de plus en plus impétueux. Les rois et les presidents se rencontrèrent et se concertèrent. Des Anglais, « spécialistes de la lutte contre le communisme », jouèrent un rôle important à cet égard. Toutefois, même les représailles sanglantes ne purent venir à bout de la poussée. Seul le déclenchement de la guerre israélo-arabe en 1948 eut des conséquences tragiques, de ce point de vue également. Les couches dirigeantes purent exploiter l'état de guerre et la forte vague de chauvinisme en résultant pour ramener provisoirement les masses silence. L'Union soriétique qui avait été l'un des principaux instigateurs du partage de la Palestine et de la création de l'Etat d'Israël, avait apporté en cela une aide aur dirigeants réactionnaires.
Cette répression ne put cependant résoudre les problèmes de la domination impérialiste et du bas niveau de la situation sociale et économique. Mais, étant donné que les masses n'étaient pas encore suffisamment organisées, ne s'étaient pas encore relevées de leur défaite - et en conséquence du manque d'une direction marxiste révolutionnaire et du comportement exécrable des directions des partis ouvriers traditionnels de par le monde, une nouvelle force apparut : les jeunes officiers révoltés contre les conditions sociales et politiques inhumaines, ce que les journalistes désignent aujourd'hui par « Nassérisme».
Lorsqu'en 1932 la jeune caste des officiers égyptiens chassa le roi et détruisit à jamais le pouvoir des féodaux par une réforme agraire, non seulement la construction pourrie de l'édifice social arabe en vint à chanceler, ce fut le commencement de la liquidation de la domination étrangère, le début de la conscience nationale encore bien plus vigoureuse et de la base concrète de l'unification de l'Orient arabe. Tel est, comme nous l'avons déjà dit, le fondement réel de l'indescriptible enthousiasme des masses de tous les pays arabes pour Nasser.
Le régime Nasser n'a rien à voir avec le socialisme. Le régime Nasser, régime de la bourgeoisie nationale luttant pour l'indépendance et le développement de son économie, est empirique dans ses démarches et réprime le mouvement indépendant de la classe ou-
LES FACTEURS DE LA TENDANCE
Aussi bien les politiciens et publicistes impérialistes que leurs alliés dans les pays arabes et les sionistes se plaisent à représenter l'idée de l'unité des pays arabes et l'unité déjà faite entre l'Egypte et la Syrie comme un désir de conquête du régime égyptien. Toute bourgeoisie ascendante prend le chemin de l'unification nationale. Lorsqu'un réactionnaire comme Bismarck unifia les pars allemands, cette unité en tant que telle - malgré le début simultané du développement de l'impérialisme allemand — était un viière. Sil est vrai que les conquêtes du régime Nasser, par la réforme agraire, l'industrialisation, l'élévation du niveau culturel, la laïcisation des écoles, universités et tribunaux, la construction de logements pour les pauvres, etc., sont beaucoup trop minces pour être à même de résoudre les problèmes fondamentaux de la société égyptienne, elles n'en représentent pas moins un facteur révoIntionaire. Le triomphe définitif sur le retard par l'utilisation complète desressources potentielles etre le fait que d'un qui
Les histoires quelles lEgypte et satellites de l'Union de l'économie ne peut
Orient arabe socialiste.
circulent, selon leslesla Syrie seraient des soviétique, exactement comme les « démocraties populaires », sont des naiseries. Tandis qu'en U.R.S.S. et dans les « démocraties populaires» la domination capitaliste et le mode de production capitaliste ont été abolis, la bourgeoisie nationale indigène règne ici avec l'objectif de développer et de renforcer, précisément à l'aide de l'industrialisation, le capitalisme.
Dans les rapports entre Egypte-Syrie et TU.R.S.S., il y a un aspect qui n'existait pas autrefois. Jusqu'ici, la bourgeoisie des pays coloniaux et arriérés devenus « indépendants » recherchait l'aide des pays capitalistes les plus forts pour renforcer sa position économique par un partage des profits ; tandis que la bourgeoisie nationale arabe recherche cette aide auprès de TU.R. S.S. L'U.R.S.S. est aujourd'hui en état d'aider économiquement les pays arriérés, de contribuer au développement de leur industrie et elle ne demande nullement en contrepartie une révolution sociale, pas même la légalité pour les partis communistes et le mouvement ouvrier indépendant. Tandis qu'elle se met au service de la bourgeoisie nationale, elle assiste tranquillement à l'oppression et à l'incarcération de communistes et d'autres éléments de gauche par cette même bourgeoisie. Pour la bureaucratie du Kremlin, le critère de ses relations avee chaque pays -- c'est la question de l'attitude momentanée du pays considéré à l'égard de l'impérialisme américain. Pour la bourgeoisie natiónale, tant du point de vue de la lutte contre l'impérialisme que de celui de la lutte contre la menace venant du côté des masses travailleuses, cette aide est plus avantageuse que celle des puissances occidentaies. ECONOMIQUES A L'UNIFICATION fait progressif du point de vue économique et social. Ceci est encore mille fois plus vrai pour l'Orient arabe, alors que le processus d'unité se déroule dans le combat le plus rude contre l'impérialisme. L'unité est une pré-condition indispensable à toute tentative de surmonter le retard — non seulement le retard politique, mais aussi le retard économique.
La réforme agraire du régime Nasser n'est que très limitée, puisque seuls quelque 10 % des paysans sans terre ou pauvres en obtiennent par elle. Mais cette réforme futelle beaucoup plus vaste — et un régime socialiste devrait aller beaucoup plus loin dans ce domaine - à elle seule elle ne pourrait résoudre le problème agraire. Seule combinée avec une industrialisation poussée elle pourrait atteindre le but. Mais toute industrialisation nécessite un vaste marché, l'où la nécessité de l'unité.
On pourrait ici élever l'objection : done Nasser veut conquérir des marchés pour son pays, il a done des « visées » impérialistes. C'est là un argument très naïf, sinon consciemment hostile. Il n'y a pas ici de pays qui en conquiert un autre, mais des pays peuplés d'une même nation qui s'unissent. De plus l'industrie s'était développée en Syrie avant l'unification à un rythme inconnu autrefois et, comme nous le montrerons plus loin, la bourgeoisie syrienne fut précisément l'un des promoteurs les plus actifs de la fusion syro-égyptienne. Quiconque a l'esprit normalement tourné ne peut imaginer qu'une bourgeoisie en plein développement prie la bourgeoisie d'un autre pays de prendre en charge sa situation.
Au cours des 40 à 50 dernières années, les fellahs égyptiens se sont appauvris dans une mesure incroyable. L'une des causes importantes en est le rapide accroissement de la population - quelque 1,5 million annuelLement sans que l'on puisse suffisamment agrandir la surface cultivable, tandis que l'industrialisation n'est pas assez importante pour pouvoir absorber ce « surplus de population ». Par contre, il y a en Syrie et en Irak d'énormes surfaces de terre arable réclamant avee désespoir de la maind'œuvre ; et même, des ouvrages commencés en Syrie, avec des réseaux d'irrigation, ne peuvent être réalisés par manque de bras. L'Irak et la Syrie, contrairement à l'Egypte, sont des pays « sous-peuplés » ou plus exactement, des pays manquant de forces de travail par rapport aux possibilités existantes.
Les richesses naturelles de l'Orient arabe ne sont pas encore tout a fait connues. Mais, même si l'on prend pour base ce qui est déjà connu, non seulement la répartition disproportionnée de la population entre les pays arabes apparaît absurde, mais on se rend compte quelles ressources économiques restent inutilisées.
C'est dans le domaine du pétrole que le mal est le pire. Les maitres de l'Arabie séoudite et des petites principautés où il y a des ressources pétrolières fantastiques, nagent dans l'or qu'ils perçoivent sous la forme de « royalties » des monopoles pétroliers américains et anglais. Ces fortunes sont dilapidées, ne sont consacrées à aucune branche productive et une très petite partie seulement en est dépensée pour des besoins publies.
Il n'est pas vrai que les pays arabes ne soient riches qu'en pétrole. En fait, la recherche des richesses minérales est encore limitée. De grandes richesses n'en sont pas moins connues. Dans le Nord de l'Irak il y a du lignite, et récemment on y découvrit des minerais de cuivre et de fer et soufre ; dans le Sud, il y a du plâtre et du sable pour la production de verre. En Syrie : du bitume naturel, des eristaux de sel, du soufre, du manganèse, de l'amiante, chrome. Au Liban: du lignite, des minerais de fer, du sable particulièrement précieux pour la production de verre qu'utilisèrent déjà les anciens Phéniciens. En Jordanie: des phosphates de haute qualité en quantités considérables, des quantités inestimables de produits chimiques de différentes sortes dans la Mer Morte, dont l'extraction par distillation est économique (la Mer Morte borde tant la Jordanie qu'Israël), des minerais de manganèse dans la région de Patra, de fer, de cuivre, peut-être aussi du pétrole. En Arabie séoudite: en plus du pétrole. de lor. Yemen : en dehors d'un sol de qualité pour l'agriculture, il y a du fer, du cuivre, de l'or, de l'argent. En Egypte: des mines de fer riches, très proches de la surface ; à l Est des minerais de manganèse, à FOuest du Nil : du chrome, du nickel, du tungstène; ensuite du zine, du plomb et un peu d'or, de grandes quantités de sonde, des sels, des sulfates, de l'amiante, du charbon et du pétrole dans le désert du Sinaï. ploitées. Lorsqu'on connait ce potentiel éco- Toutes ees richesses sont a peine nomique à côté des riches sources de pétrole mises en valeur, l'excellent coton d'Egypte et aussi, depuis quelques années, de Syrie; les plantations d'agrumes de Palestine, les immenses possibilités agricoles en Syrie, Irak et au Yémen — alors l'aspiration à l'unité devient une chose qui va de soi. Pour lexploitation de ses richesses et de son potentiel économique. chacun de ces pays pris à part est limité et en dépendance à l'égard du capital étranger. C'est l'unité de tous ces pays et leur indépendance des intéréts économiques du capital financier international qui permet la pleine mise en valeur de ce potentiel économique. L'unité et l'indépendance ne sont pas seulement un besoin fondamental des larges masses et du mouvement socialiste révolutionnaire, mais un objectif premier des tâches démocratiques bourgeoises.
Un autre facteur important : la masse des intellectuels. Le nombre des étudiants universitaires croit depuis la fin de la guerre mondiale et, après formation, beaucoup ne trouvent pas d'emploi ; certains d'entre eux se rendent dans les contrées les plus arriérées de l'Orient arabe pour y trouver des moyens d'existence et portent ainsi l'idée de l'unité jusque dans ces contrées.
Rien qu'à Beyrouth, capitale du Liban, il existe trois universités, dont le niveau est relativement élevé, alors que toute la strueture étatique artificielle a une population de moins d'un million et demi. Si l'on ajoute à cela la production fort développée d'intellectuels de l'Egypte, on peut se faire une idée de la pression qu'exerce cet élément dans le sens d'une plus grande unité étatique, de l'indépendance à l'égard des forces intellectuelles étrangères et du développement de la base économique.
Par ailleurs, il faut mentionner dans ce contexte la grande masse de forces, professionnellement qualifiées de la partie occidentale de la Jordanie, à qui a été enlevée leur base d'existence dans la Palestine plus développée et qui se trouvent maintenant dans une Jordanie plus arriérée, semi-patriarcale, semi-féodale et qui ne possède d'ailleurs ancune base d'existence au point de vue économique.
L'UNIFICATION DE L'EGYPTE ET DE LA SYRIE
Dans le discours publie par lequel il annonça officiellement la réalisation de l'unité syro-égyptienne, Nasser dit que Tunité pan-arabe étant, il est vrai, le but principal, il était cependant surpris par la réalisation rapide de cette unification même partielle. Si nous considérons la situation actuelle, nous ne pouvons qu'admettre ces paroles.
Notre exposé a démontré la nécessité urgente de l'unité pour le développement progressif de l'Orient arabe, du développement capitaliste, de l'industrialisation. Tel est le but de Nasser. Mais le chemin vers ce but est hérissé d'embüches pour Nasser, y compris du point de vue du mouvement des masses. Il est vrai que le mouvement ouvrier organisé est durement traqué et réprimé en Egypte; cependant, n'importe quel observateur peut constater que le processus de développement voulu précisément par Nas ser et ses hommes a provoqué - et cela dans tout l'Orient arabe - un mouvement de masse inconnu auparavant, qui menace de lui passer par-dessus la tête. Nasser a besoin des masses pour ses tâches démocratiques-bourgeoises, mais un mouvement de masse est une base pour une Révolution socialiste ; c'est pourquoi, en même temps, il réprime dans le sang toute manifestation de mouvement ouvrier indépendant. Pour cette raison aussi, il n'a pu accepter avec tant de rapidité et de légèreté l'unité àvec la Syrie où le mouvement ouvrier indépendant est fortement organisé. Aussi peut-on admettre que l'initiative de l'unification dans le moment présent n'était pas son fait et qu'il n'était prêt à l'accepter qu'à certaines conditions bien précises.
Pour comprendre les origines immédiates de la fusion intervenue et aussi les condifions de Nasser, considérons l'autre face, la situation politique de la Syrie.
Les trois principaux partis de Syrie — en dehors du P.C. - étaient « Hiseb as ch'ab » el-Assali, était président du Conseil pendant les dernières années, s'est avéré, à l'eneontre du Parti Populaire, comme le représentant de la bourgeoisie nationale de Syrie, partisan de la collaboration avec l'Egypte et de rapports économiques avee I'U.R.S.S., pour pouvoir développer l'industrie syrienne et être plus indépendant politiquement de
TOuest.
Le . troisième Barti, connu sous le raccourci d'El-Baath, résulta en 1953 de la fusion du Parti arabe de la Renaissance
(surtout des intellectuels sous la direction de Michel Aflak et d'El Bittar) avec . le Parti socialiste arabe sous la direction d'Akram Haurani qui s'est acquis une réputation par sa défense des pauvres fellahs contre les grands propriétaires fonciers. Le programme du Parti est d'une confusion petite-bourgeoise, ce qui n'empêche pas
Uses deux points essentiels d'être typiques sile gauche de la bourgeoisie nationale, ent d'une core qu'ils soient révolutionnaires par leur contenu :
1° Unité étatique de tous les pays de l'Orient ; 2º Réforme agraire. Les autres points sont : élévation du niveau de vie des masses ; entente entre ouvriers et entrepreneurs dans l'industrie ; nentralité entre les deux bloes de puissances; « socialisme arabe et non marxiste ». Ce parti avait gagné une influence très considérable tant dans les masses que dans lappareil d'Etat et dans T'armée et fut, de concert avec le Parti National, la principale force qui provoqua la fusion avec l'Egypte.
Dans une certaine mesure, quoique dans des conditions très différentes, le Parti National et le El-Ba'ath se trouvaient dans une situation analogue à celle de Nasser. Comme ce dernier, ils avaient besoin des masses dans la lutte contre la réaction interne et limpérialisme. Mais, de même que lui, comme représentants de la bourgeoisie nationale, ils sont conscients du danger du mouvement des masses. Tandis qu'en Egypte matone, us sont conscients du danger du les masses n'ont aucun droit à l'organisation, en Syrie ce droit était le plus développé de tout l'Orient arabe et les travailleurs y étaient organisés de facon indépendante. Contre l'impérialisme, de layon madependante. (les couches dirigeantes devaient accepter l'aide de TU.R. S.S., et l'influence du P.C. syrien se développa. Pour leur domination, elles ne craiguaient pas tant fU.R.S.S. ni tellement ce P.C., dont le programme n'atteignait même pas là partie progressive de celui du Ba'ath, mais que le développement fongueux des masses ne leur passe par-dessus la tête. Dans les conditions de la Syrie, elles ne pouvaient tenir seules contre la menace potentielle du mouvement des masses et furent donc les instigatrices empressées de la fusion avec l'Egypte, alors que Nasser l'accepta volontiers à la condition, toutefois, que soient dissous tous les partis politiques syriens. Nasser a déclaré qu'il agissait de la sorte pour empêcher la réaction de se développer : en réalité, il a peur de l'existence des partis devant ce flux spontané des masses.
Cette analyse ne doit pas minimiser le facteur essentiel de la fusion : renforcement contre l'impérialisme agressif des Etats-Unis
(Parti Populaire).
(Parti National)
et ichtirakki » (Parti de liste arabe).
Les deux premiers
C Fiseb al-watani »
« Hiseb el-ba'ath el la Renaissance sociaproviennent du « Bloc
National » ayant existé avant et pendant la guerre, et qui était la direction du mouvement national en Syrie. Quelques-uns de leurs leaders dirigèrent dans le milieu des années 1920 le fameux soulèvement syrien contre la domination française et certains furent déjà des militants du mouvement national arabe sous la domination turque. Pendant et après la chute du dictateur Chichakli, les oppositions se cristallisèrent plus nettement que dans la période précédente.
Il est vrai que, dans les directions des deux partis, se trouvent des éléments capitalistes et même féodaux ; mais le Parti Populaire s'est avéré comme étant le représentant typique des féodaux et de la bourgeoisie compradore, a fait campagne pour l'union avee l'Irak réactionnaire et a tenté de saboter et de réprimer tout mouvement progressiste. Cependant, le développement de la Syrie la finalement contraint au silence et pendant Innification syro-égyptienne ce parti n'osa pas relever la tête.
Le Parti National, dont le dirigeant, Sabri et contre la réaction indigène. Il importe ici de connaitre exactement les raisons de classe de la forme de l'unification. La bourgeoisie nationale syrienne se sentit trop faible pour pouvoir affronter les divers dangers. Il est intéressant qu'elle n'ait
La presse bourgeoisie voit dans cette puissances occidentales, contre Tunion syrounion une contre-mesure, inspirée égyptienne. Le journalisme occidental se plait à ne considérer les événements des pays arriérés que du point de vue des inté. rêts et de la politique des grandes puissances.
Que dans la politique intérieure et extérieure de tout pays, particulièrement de petits pays et d'autant plus qu'ils sont faibles économiquement et socialement arriérés, les grandes puissances exercent une forte pression, est hors de discussion. Mais il est erroné de ne considérer la politique intérieure des deux pays de la couronne hachémite que du point de vue des intérêts impérialistes des Etats-Unis et de l'Angleterre. La formation de la Fédération irakojordanienne est la conséquence d'une nécessité historique et économique immédiate. Bien sûr, la pression de l'union syro-égyptienne a constitué sur le champ le facteur essentiel pour la formation de la Fédération irako-jordanienne ; celle-ci a pour tâche de servir d'antidote au Front anti-impérialiste. Mais, même sans cette situation conjoncturelle, la pression objective et subjective l'eût en fin de compte contrainte à l'unité.
La revue « International Affairs » paraissant à Moscou, et qui exprime toujours le point de vue momentané du Kremlin, dit tout à fait justement, dans son numéro de mars 1958, qu'en dernière analyse cette
Fédération aussi est une expression de la poussée à l'unité venant d'en bas. Par ailleurs, elle expose le problème ainsi : « L/attitude de la Fédération irako-jordanienne à l'égard du Pacte colonialiste de Bagdad et de la Doetrine Eisenhower sera sans nul doute l'un des principaux critères de sa nature ». Elle ne déclare pas que les critères décisifs énoncés par elle posent la question de la nature sociale du pouvoir dans les deux pays et que le critère le plus important du développement ultérieur de cette Fédération est la question du maintien ou de la modification de leur nature sociale.
L'attitude anti-impérialiste de l'Egypte-
Syrie repose sur le fait qu'en Egypte a déjà été entièrement extirpée l'influence des vestiges féodaux et des compradores et qu'en
Syrie elle est en voie rapide de l'être. Le pouvoir irako-jordanien, par contre, repré
Afin de ne laisser planer nul malentendu, nous tenons à affirmer nettement au terme de notre exposé, que nous ne voyons point dans l'unité de l'Orient arabe un idéal aucun ersatz de la Révolution socialiste.
De même la théorie de la marche au socialisme par étapes nous est étrangère, vu que la bourgeoisie nationale, si elle est progressive jusqu'à un certain point et peut agir même pas osé jusqu'ici accomplir le pas le plus élémentaire des tâches démocratiquesbourgeoices : une réforme agraire. Mainteégyptienne, le plan d'une telle réforme est nant seulement, avec l'aide de sa sœur en élaboration. sente les grands propriétaires terriens et la bourgeoisie compradore.
Les Partis communistes de l'Orient arabe se trouvent encore en retrait sur « International Affairs » dans la question de la Féderation irako-jordanienne. Jusqu'au début de la fusion égypto-syrienne, ils étaient contre l'unité complète. Lorsque toutefois cette fusion devint réalité, ils tombèrent dans l'autre extrême pour la reconnaître sans critique. Par contre ils voient dans la Fédération irako-jordanienne exclusivement une intrigue impérialiste et appellent les Irakiens et les Jordaniens à rompre l'unité qui vien: de se constituer.
Il est intéressant de noter que Nasser, dans le discours qu'il a prononcé, juste après la naissauce de la Fédération irakojordanienne et dans lequel il a attaque avec véhémence ses dirigeants, n'a pas prononce le moindre mot pour réelemer la dissolution de la Fédération. Il dit sans fard aux masses de ces deux pays que l'unité est positive, mais qu'elles doivent chasser les agents de l'impérialisme. Cela se situe sur le même plan que la déclaration de l'ancien Président le roi de Jordanie, Abdallah, assassiné dee syrien, Kouatli, lors de sa discussion le roi de Jordanie, Abdallah, assassiné puis : Union de la Syrie avec la Jordanie ? Oui, mais à la condition que la Constitution soit républicaine ! En d'autres termes :
Unité de l'Orient arabe avee expulsion des rois hachémites et de leurs acolvtes qui représentent les féodaux et les compradores.
Même la création de la Ligue arabe après la guerre mondiale, que les Anglais cherchèrent à exploiter comme instrument impérialiste et qui était un lien très lâche entre les Etats arabes, les engageant à peu, fut une concession à la tendance et à la nécessité politico-économique de l'unité. On ne doit pas voir le seul côté négatif. De même que dans l'Union syro-égyptienne on ne doit pas voir un événement ne constituant qu'un merveilleux progrès — vu qu'il s'agit d'un régime de la bourgeoisie nationale qui opprime le mouvement indépendant des masses — de même on ne peut voir dans la Fédération irako-jordanienne que les intrigues de la réaction intérieure et de l'impérialisme. Celle-ci aussi est un résultat de l'aspiration des masses à l'unité, a son importance économique et renferme socialement et politiquement un potentiel de renversement de la réaction indigène.
contre l'impérialisme, est cependant incapable d'accomplir pleinement même les taches démocratiques.
C'est pourquoi les thèses du 5º Congrès
Mondial de la IV° Internationale déclarent :
« La IV• Internationale lutte pour la création de partis ouvriers de masse, indépendants des formations politiques de la bour-
LA FEDERATION IRAKO JORDANIENNE
CONCLUSIONS
LA FEDERATION IRAKO JORDANIENNE
CONCLUSIONS geoisie, de la petite-bourgeoisie et du staJinisme ». La tâche du parti ouvrier dans les colonies n'est pas la création du pouvoir bourgeois, mais du gouvernement ouvrier et paysan qui, sur le chemin de la construction du socialisme, accomplit les tâches démocratiques ; cela veut dire qu'il mène à bien la réforme agraire, l'industrialisation et Tunilication nationale, cependant que, simultanément, il nationalise les principaux moyens de production et s'appuie politiquement sur les Conseils des classes laborieuses.
La situation présente est toutefois telle, en conséquence de la politique opportuniste des dirigeants des partis ouvriers traditionnels et du Kremlin, que de par le monde les partis ouvriers de masse à qui incombent ces tâches n'existent qu'embryonnairement. Ces organisations embryonnaires, pour se developper, doivent œuvrer au sein de la réalité ; c'est-à-dire agir dans le cadre du mouvement progressif effectivement existant, sans renoncer à leur indépendance politique et organisationnelle. Tel est le sens des termes suivants des thèses ci-dessus mentionnées : « La IV• Internationale.. soutient inconditionnellement toutes les luttes des peuples contre l'impérialisme, indépendamment de leur direction momentanée ».
Tel est également le sens de notre position dans la question de l'unité de l'Orient arabe, éventuellement de l'unité de l'Orient arabe et du Maghreb, laquelle toutefois dépend de l'évolution ultérieure. Encore une fois : cette unité n'est pas un but indépendant (en soi) pour des socialistes révolutionnaires, mais une partie intégrante du combat mondial pour le socialisme. C'est pourquoi nous soutenons tout acte antiimpérialiste, même de la direction bourgeoise dans l'Orient arabe et chacune de ses mesures économiques qui contribue à l'élévation du niveau social des masses. En même temps nous stigmatisons sa politique de répression du mouvement des masses indépendant et travaillons à la création d'organisations ouvrières de masse et à la formation du Parti marxiste révolutionnaire.
Opposons à cela la position du stalinisme international. Léon Feix, l'un des dirigeants du P.C. français, a écrit dans l'organe théorique de celui-ci, les « Cahiers du Communisme » : « Certains dirigeants nationalistes préconisent la fusion des trois pays (Tunisie-Algérie-Maroc) au sein d'un Maghreb arabe ou musulman, lié à tous les pays arabes ou musulmans, depuis le Maroc jusqu'au Pakistan. C'est là une vieille idée de la Ligue arabe, reprise et impulsée par les milieux bourgeois dirigeants du Caire et de Karachi... Voilà longtemps que Lénine et Staline ont montré le caractère forcément réactionnaire des courants nationalistes basés sur la race ou la religion...».
Cette façon de présenter les choses est absolument fausse et calomnieuse. Qui Lénine visait-il ? Quels étaient ces « panislamistes » ?
Pendant la guerre civile en Union soviétique après la Révolution d'Octobre, Enver Pacha, le maître sanglant de la Turquie à cette époque et l'un des pires oppresseurs des Arabes, fit une énorme propagande antibolchevique parmi les Musulmans du Caucase et de l'intérieur de l'Union. Pour attirer les masses, il joua sur leur état d'esprit religieux et propagea le « panislamisme ». Cette propagande, basée sur des sentiments religieux, fut qualifié par Lénine de réactionnaire et cela était mille fois justifié. Mais contre qui done polémique le « communiste » Léon Feix ?
Les « milieux bourgeois dirigeants » ne parlent d'aucun « panislamisme », mais de lunité de la nation arabe. Ils ne parlent pas non plus, comme le prétend Feix, en commun avec Karachi, qui n'est point arabe, mais en commun avee Damas, Bagdad, Amman, ete., c'est-à-dire au nom de la nation arabe. Cette aspiration à l'unité et à l'indépendance nationales est d'un caractère hautement progressif, et non « réactionnaire ».
Bien plus, Lors de la controverse entre le Congrès Pan-Indien et la Ligue Musul mane avant le partage de l'Inde, le mouvement national arabe prit nettement position en faveur du Congrès et accusa la Ligue d'être pro-impérialiste. Peut-il y avoir une meilleure preuve de l'inconsistance de ce Léon Feix? Les staliniens commettent un crime contre la lutte des peuples coloniaux et arriérés en dénaturant et en calomniant de la sorte les mouvements nationaux. Le comble, c'est que ces « communistes » parlent « d'intérêts historiques communs de la France et de l'Algérie ». Là nous avons déja une phraséologie exactement semblable à celle des impérialistes.
Voyons maintenant le dirigeant du Parti communiste syrien, Khaled Bagdache. Celuici, comme son éminent maître Staline, ne reconnait qu'un développement par étapes rigoureusement respectées. Il était contre l'entière unité étatique de l'Orient arabe. D'abord, disait-il, chaque pays séparément doit être libéré. Ce « communiste» n'a pas la moindre notion de l'interaction dialectique de divers facteurs. Il ne voulait pas comprendre que l'unification et la libération de l'Orient arabe sont deux facteurs inséparables Tun de l'autre.
Les mêmes « communistes » de l'Orient arabe qui, il y a encore si peu de temps, étaient contre l'union syro-égyptienne, la déifient aujourd'hui sans esprit critique -cependant que ces gens disent aux Irakiens et aux Jordaniens qu'ils doivent détruire la Fédération irako-jordanienne, au lieu d'exiger l'union de la Fédération et de la République et l'expulsion des Hachémites et de leurs politiciens.
Dans leur récent enthousiasme pour les efforts d'unification de Nasser, les staliniens oublient aussi bien l'action prolétarienne indépendante que les communistes et tous les éléments de gauche qui languissent dans les cachots de Nasser ; ils ont déjà oublié que Nasser a interdit le P.C. syrien, le plus grand de tout le Proche-Orient.
Nous, trotskystes, soutenons le « nassérisme » dans la mesure où il est progressif. Mais nous luttons contre la répression du mouvement ouvrier indépendant, pour la création d'un parti ouvrier marxiste révolutionnaire et la formation d'un gouvernement ouvrier et paysan de l'Orient arabe.
1er juin 1958.